CHAPITRE 14
POV BECKETT
Cela faisait désormais une heure que Castle avait disparu, je déambulais malgré tout dans les rues New-Yorkaise, complètement ailleurs, je ne faisais attention à rien, mon téléphone n'avait pas arrêté de sonner.
C'était essentiellement Lanie, elle s'inquiétait pour moi. Les gars avaient tenté eux aussi quelques appels sans succès, Javier m'avait laissé un message pour m'indiquer que Jordan et Andrew se chargeaient de l'interrogatoire de Jones.
Je ne sais pas ce qu'ils espéraient, Jones était tellement euphorique de la situation qu'il ne lâcherait rien.
Je n'arrivais pas à m'enlever de la tête les derniers mots de Castle, il avait raison, j'aurais dû l'arrêter quand j'en avais l'opportunité, mais non, je voulais épingler Potter et Jones en même temps.
J'étais tellement paniqué à l'idée de perdre Rick que je n'arrivais pas à respirer correctement, j'avais cette boule qui faisait obstacle à mon diaphragme en continu. Je revivais les images de ma propre détention, attachée à des maillons à même le sol, électrocutée à chaque parole condescendante, mes hurlements face à la douleur…
À cause de moi, Rick était surement en train de vivre ce cauchemar et je ne savais pas où le chercher pour l'aider.
Cela faisait plusieurs jours, que Potter avait une avance sur nous, nous avions tout vérifié : comptes bancaires, biens immobiliers, relevés téléphoniques et tout ceci ne nous avait strictement rien appris.
Mon téléphone se remit à sonner, regardant mon écran, je vis que c'était Andrew, soufflant un bon coup, je répondis :
-Beckett
-Hey ! Kate je sais que c'est difficile, mais on a besoin de toi au poste
-Je ne peux pas, je suis à bout de forces
-À bout de forces ne veut pas dire sans ressources Beckett ! Castle a besoin de toi, reprends-toi! me sermonna-t-il
-Qu'a donné l'interrogatoire ?
-Il dit qu'il ne souhaite parler qu'avec toi
-Que pense Jordan?
-Elle pense qu'il serait plus enclin à discuter avec toi
-Ok, soufflais-je, j'arrive.
Arrivée au poste, je me dirigeais en premier lieu vers la salle d'interrogatoire, j'y retrouvais Jordan et Esposito en grande conversation :
-Va-t-il changé son mode opératoire ? demanda Javier
-c'est-à-dire ?
-Il ne laisse même pas 24 heures à ses victimes
-Je ne sais pas, je pense qu'il va se jouer de détenir Castle. Son but final étant Kate, il souhaitera l'atteindre d'une manière ou d'une autre
-Vous savez, j'ai été dans les premiers à découvrir Kate pendant sa détention et les semaines qui ont suivi ont été terrible pour elle. ça l'a détruite complètement. Il faut qu'on retrouve Castle.
-On va tout faire pour y arriver.
Décidant, qu'il était temps de couper ce moment de tension, je toussai pour montrer ma présence, dès lors leur regard se fixa au mien, j'y vis beaucoup de tristesse, ce qui augmenta mon angoisse.
-Beckett, tu es revenue?
-Jones, me demande ?
-Oui, continua Jordan, je pense qu'il …
Je ne lui laissais pas finir la fin de sa phrase et rentrais en trombe dans la salle d'interrogatoire en refermant derrière moi. Allan Jones était tranquillement assis à sa chaise, menotté au niveau des poignets.
-Miss Beckett, plaisanta-t-il
Au son de sa voix, une rage élut domicile en moi, je le regardai avec une haine dont je ne me savais pas capable et m'assis en face de lui.
-Où est Castle ?
-Oh, oh, oh! ria-t-il, pas de civilité avant ?
-Qu'on soit clair, Allan, je ne perdrais pas mon temps avec vous, soit vous me dîtes où je peux retrouver mon partenaire, soit je vous laisse pourrir en taule
-De toute manière, j'irais en prison, souriait-il
-Oh oui! c'est certain mais je peux vous éviter Rikers et ses droits communs…. Je suis sûre qu'un ancien maton serait un joujou désiré dans la cour et ses dortoirs.
-Vous ne pouvez pas, avec les charges qui pèsent sur moi, on m'enverra à l'isolement comme Abott, me nargua-t-il
-Vous savez à qui vous vous en êtes pris! criais-je en le bousculant avec la table. Je suis le FBI ! Et vous un pauvre petit flic déchu !
Poussant à nouveau la table, je le renversais à l'arrière avec sa chaise :
-Et si ça ne suffit pas, Richard Castle est le meilleur ami du maire qui se fera une joie de vous envoyer à l'abattoir !
Son regard me sonda, puis il reprit :
-Je veux passer un marché
-Si vous me dîtes ce que je souhaite, je vous évite Rikers et les droits communs
-Je veux aussi, un allégement de peine
À sa phrase, je me mis à rire tant la situation était loufoque :
-Un allégement de peine, vous avez violé, torturé et tué quatre femmes !
-J'étais sous son affluence
-Écoutez-moi bien, vous parlez à quelqu'un qui a vécu cet enfer dont vous vous délectez ! Vous mériteriez la chaise électrique pour vos crimes…. soit vous prenez mon arrangement, soit vous vous débrouillerez seul à Rikers.
Face à son silence qui commençait à perdurer, je me retournais pour partir :
-Je n'ai pas de temps à perdre, bonne chance Jones ! lançais-je en ouvrant la porte
-Attendez!
Ne bougeant pas d'un millimètre, il continua :
-Je ne sais pas où il l'a emmené, je vous le jure
-Bonne chance ! répondis-je en avançant
-Il voulait finir le travail d'Abott, c'est tout ce que je sais, ça l'obsédait que la boucle soit bouclée.
-Comment communiquiez-vous?
-Par des portables prépayés, me répondit-il toujours allongé au sol, il m'envoyait l'adresse de la victime avec son nom et sa photo et je n'avais qu'à m'amuser.
-Vous amuser ? repris-je en me retournant pour le regarder
-Oui, ok, j'ai peut-être mal choisi mes mots.
-En parlant de mot, qui laissait ses mots dans leurs bouches?
-Moi, une fois le travail fini, je lui envoyai un message et il me répondait pour me dicter le mot.
-Comment l'avez-vous connu? continuais-je en le surplombant de ma hauteur
-Chez le psy, dit-il en haussant les épaules
-Le psy?
-Oui, nous sommes suivis tous les deux pour nos pulsions sexuelles et meurtrières, on se côtoyait dans la salle d'attente, on discutait de notre parcours, de notre vie.
-Comment cette idée de copy-cat est arrivée ?
-Un jour, Daniel, m'a demandé si je voulais rentrer dans l'histoire, tout comme Kyle Abott. Il m'a dit que je devais m'en faire un allié en prison, et que lui avait toutes les cartes en mains pour poursuivre son œuvre. Il m'a dit qu'il me laisserait m'occuper des victimes et que lui les sélectionnerait.
-Pourquoi maintenant ? Quinze mois après ?
-Il voulait boucler la boucle, je vous l'ai dit ! La boucle c'est toi chérie ! dit-il en souriant.
Sourire vite réprimé par mon talon sur son ventre.
-Continue ! lui ordonnais-je en appuyant avec mon talon
-C'est toi qu'il voulait, il attendait que tu reviennes à New-York auprès de ton auteur, mais ce bellâtre a trouvé cette avocate, ce qui t'a éloigné de notre dessin. Nous attendions le procès avec impatience car il signifiait ton retour. Ça nous a laissé plus de temps pour peaufiner les détails. Je ne sais pas ce que tu lui as fait, mais il fait une fixette sur toi !
-Où est Castle? réitérais-je en appuyant mon talon sous son bas-ventre
-Je n'en sais rien! hurlait-il
Descendant mon talon vers ses parties intimes, je lui notifiai :
-Réfléchis bien à ta réponse, Allan.
Je vis de la peur dans son regard, il était terrifié, complètement focalisé sur ses bijoux de famille. Appuyant légèrement, il hurla de douleur.
-Beckett ! cria Esposito qui était rentré dans la salle
-Sors de là Javier !
-Aidez-moi, cria Jones
-Tu joues ta carrière, Kate, j'entends ses hurlements dans le poste, Gates ne va pas tarder.
-Javier, on parle de Rick ! je me fous de ma carrière… alors sors de cette pièce ! ordonnais-je
Après un dernier regard, il rebroussa chemin jusqu'à fermer la porte.
-Vous n'avez pas le droit ; c'est de la brutalité policière et… Aïïïîee ! hurla-t-il après un nouvel assaut de mon talon.
-De la brutalité policière ! vous n'êtes pas attaché à une borne électrique, vous ne suppliez pas pour que cette impression de brûlure cesse, vous n'avez pas le sentiment que vos os se brisent, vous n'êtes pas violé ! Épargnez-moi la brutalité policière Jones ! Vous avez fait serment de servir et protéger… Pas de violer, torturer et tuer ! Maintenant reprenons, dis-je en continuant ma pression; ce qui le fit hurler. Vous allez me répondre, où à la prochaine pression, je vous transperce vos parties intimes en deux! Où est Castle ?
POV Castle
Je reprenais lentement mes esprits, cette décharge m'avait complètement séché. Je n'arrivais plus à bouger sans me provoquer d'infinies douleurs qui me fit gémir. A l'idée que Kate ait pu vivre ce calvaire pendant plus de 24 heures avec des attouchements en prime, me détruisait intérieurement. J'avais toujours été certain, que je comprenais sa peur, ses douleurs mais j'étais dix mille fois en dessous de la réalité. M'asseyant dos au mur, je constatais les dégâts des décharges sur mes poignets, mes chevilles étant hors d'atteinte pour moi. Il m'était impossible de relever mon pantalon ou de bouger les pieds, tant je me retenais de ne pas hurler face à cette douleur.
Mes poignets étaient rouges sur tout le contour des menottes et sentaient le poulet ! Je me fis la réflexion que le « Castle à la casserole »n'était vraiment pas pour moi.
Regardant à nouveau autour de moi, je revis cette salle où tous nos malheurs à Kate et moi avaient commencé.
Le lit où je l'avais découverte siégeait toujours au milieu de la salle comme pour me narguer, la vision de Kate nue menotté mains et pieds m'apparut. Un sentiment de tristesse et de rage prenait place en moi, tout comme les derniers échos de la conversation qu'on avait eue. J'avais été injuste avec elle, je savais qu'elle faisait pour le mieux, mais la peur qu'il s'en prenne à elle, m'avait poussé à avoir des paroles odieuses.
Je lui avais promis d'être là et de l'aider, je n'avais encore une fois pas tenu promesse. Perdu dans mes pensées, je pensais à ma fille, qu'adviendrait-il d'elle ? bien sûr j'avais ma mère mais j'espérais que Kate ne serait pas comme moi, et qu'elle tiendrait parole, qu'elle veillerait sur mon bébé. Je me savais condamné, je savais qu'il allait s'amuser, prendre plaisir à me torturer mais je connaissais aussi l'issue finale.
La porte s'ouvrit de nouveau pour laisser apparaître Daniel Potter.
-Réveillé l'écrivaillon?
-….
-Bon, on va peut-être avoir cette conversation entre mecs?
-Dans quel but ? on sait tous les deux comment ce petit jeu se terminera.
-C'est vrai, rigola-t-il, mais tu ne veux pas gagner un peu de temps ?
-…
-Allez Ricky, soit un homme ! bats-toi au moins un peu pour ta vie!
-….
-Eh bien! Ta copine… Jessica était plus vaillante que toi
-Au nom de Jess, je relevais la tête pour le toiser du regard, j'avais une telle rage en moi que je lui dis :
-C'est vrai que s'attaquer à des femmes, c'est tellement masculin !
-Tu aurais dû la voir, se débattant pour que Jones la lâche, hurlant qu'on l'aide avant qu'il la bâillonne.
Face à sa phrase, j'essayais tant bien que mal de remonter mes mains afin de me boucher les oreilles, je savais ce qu'il essayait de faire et ça fonctionnait à merveille.
-Mais bon, reprit-il, d'après Abott, Katie est plus… sauvage, susurra-t-il
-….
-Toujours sans avis, à ce que je vois! rigolait-il
-C'est vrai, répliquais-je, elle est beaucoup plus sauvage, elle fait tellement de choses si… excitante, lui dis-je pour reprendre le contrôle de la situation, tu devrais le savoir ? Ah non, c'est vrai, pour des tigresses comme ça, il leur faut un homme, un vrai? c'est pour ça qu'elle t'a rejeté, non ? Daniel?
Il se releva rapidement s'avança vers moi, et me décolla un coup de pied en plein visage qui me brisa certainement le nez. Réprimant un cri, je lui dis:
-C'est tout ce que t'as?
Il se baissa et me dit :
-Fais le malin, tu le feras moins quand j'aurais envoyé une jolie photo de toi menotté au lit à ta fille et ta chère Kate.
-Je suis très photogénique, rétorquais-je plus pour essayer de ne pas relever la teneur de sa phrase, je n'osais pas imaginer la peine infligée à Alexis à l'ouverture de ses photos, mais côtoyer Kate depuis cinq ans, m'avais appris que je ne devais jamais montrer ma peur ou ma faiblesse.
Suite à mon acte d'insubordination, je reçus une nouvelle décharge qui me fit crier de douleur à pleins poumons. J'avais l'impression que mes jambes allaient se briser et mon cœur lâcher. Quand il eut fini, je vomis mon dernier repas avant de perdre une nouvelle fois connaissance.
