Désolée pour cette mise à jour si tardive, je pensais le faire plus tôt mais j'ai passé une année bien remplie, pour patienter j'ai posté un autre one-shot il y a quelques semaines, mais voilà la suite. donc normalement il reste un chapitre mais je réfléchis encore à ce sujet... un ou deux.
bonne lecture.


-Tu n'as pas... tu n'as pas osé ? Iséris ! Comment as-tu pu ?

Molly avait lâché la main de la jeune femme et s'était reculée estomaquée et horrifiée par ce qu'elle venait d'entendre.

-Vous croyez que je ne sais pas que ce crime était le plus horrible ? Vous croyez que je ne sais pas que je suis réellement devenue un monstre ce jour-là ? Elle avait été si douce, si gentille avec moi exprès pour que je le fasse. J'étais... je suis sous son influence et on ne peut plus rien faire. Je...

La toux la reprit plus forte, plus intense, plus sèche, plus douloureuse. Du sang était craché. Iséris porta ses mains à sa poitrine et la serra comme pour retenir le peu de vie qui lui restait à l'intérieur d'elle. Elle se tourna la tête hors du lit et un flot de sang jaillit. Il fallait qu'elle tienne jusqu'au bout. Elle devait tout dire. Dire comme elle a torturé des prisonniers. Dire comme elle ne ressentait plus rien en tuant. Dire comme tout sentiment était devenu étranger. Dire qu'avoir le corps de Bellatrix sous elle était devenu une obsession, un désir brûlant, un besoin nécessaire. Dire que ses excuses ne servaient à rien. Dire qu'elle regrettait mais que cela ne changerait rien. Dire que Ginny l'avait sauvée. Dire qu'au fond d'elle la jeune Weasley avait toujours eu sa place. Dire que Ginny était sa rédemption. Dire que le véritable amour est sauveur.

-Si j'avais su que j'aurais pu revenir ici plus tôt. Si je ne m'étais pas convaincue qu'il était déjà trop tard le jour où j'ai rejoint le manoir Malfoy peut-être y aurait-il pu avoir un espoir. Je sais que je ne mérite rien. Je ne demande rien. Je ne demande pas le pardon. Je ne demande pas qu'on me comprenne. Je ne demande pas à rester dans les mémoires. Je veux juste la retrouver. Quel mal y a-t-il ? Si, je voudrais une chose. Dites à votre fille qu'elle est exceptionnelle. Dites à votre fille qu'elle a aidé à tous vous sauver.

-Que veux-tu dire ? Qu'a-t-elle fait ?

La dégoût de Molly s'était atténué devant cette énigme et la curiosité maternelle avait eu raison d'elle.

-Raconte-moi la suite.

-La suite est assez rapide. Nous sommes revenues. Narcissa nous attendait comme promis. Elle s'est approchée de nous. Je me suis éloignée d'elle, je ne voulais plus qu'elle m'approche. J'avais honte en face de cette mère. J'étais tellement en colère contre tout, contre moi. Je n'arrivais même pas à savoir si c'était bien ou non. Je ne sais pas ce qui s'est passée ensuite. Je me suis réveillée le lendemain et je n'avais qu'une idée en tête : blesser, tuer, torturer. Je me suis détachée de Narcissa, ingrate que je suis. Je suis restée avec Bellatrix, l'attendant dans sa chambre quand elle rejoignait le Seigneur des Ténèbres, me battant avec elle le reste du temps. Les quelques semaines avant la bataille finale à Poudlard se ressemblaient. Violence, violence et encore violence. Je ne crains pas la mort je l'ai trop vue. C'est comme une vieille amie maintenant. J'avais même cru mourir bien plus tôt. Parfois je me dis qu'il aurait mieux valu. Mais je n'aurais pas pu la revoir. Je n'aurais pas pu revoir le sourire de votre fille. Je n'aurais pas pu me plonger à nouveau dans ses yeux. Savez-vous comment nous avons sympathisé ?

Iséris regardait Molly dans les yeux et vit une étincelle d'intérêt pour la mince dose d'humanité qui apparaissait à nouveau chez la jeune femme. Depuis le début une question la taraudait : devrait-elle dire à sa famille ce qu'avait fait Iséris ? Devrait-elle détruire l'image qu'ils en avaient ? Elle avait fait une promesse mais pourrait-elle la tenir ?

-J'ai voulu faire une blague aux serpentards avec la complicité de Fred et de Georges. Une inondation de l'étage il me semble, à moins que ce n'était une invasion de scrouts ou peut-être un léger changement de couleur de l'uniforme. Je ne m'en souviens plus. En tout cas, Ginny était très intriguée par les exploits de ses frères, elle a voulu les aider mais son nom et son statut de sang en étant une première année ne l'aidaient pas. Elle a souvent été victime des brimades des serpentards, oh son caractère faisait qu'elle s'en sortait très bien, mais donc avec les jumeaux on a pensé mettre au point une petite blague de notre cru. Elle a apprécié que je prenne sa défense d'autant plus avec tout ce qui s'est passé avec la chambre des secrets. J'aurais aimé l'aider plus mais je ne m'en suis pas plus préoccupée que cela tentant moi-même de m'en sortir. Après ça j'ai gardé un œil attentif sur elle et j'ai passé beaucoup de temps avec elle. Elle a toujours été si gentille et si ouverte. Elle n'est pas comme la plupart des gryffondors. Elle ne juge pas au premier regard. Quand on est revenus du ministère après avoir combattu les mangemorts, elle m'a dit que Bellatrix ne devait pas être que ça, qu'une meurtrière, qu'un jour elle avait dû être comme tout le monde. Votre fille n'est pas naïve, loin de là, il y a juste énormément d'espoir en elle. Jamais elle n'a douté du retour de Harry, de sa réussite. Elle croit en l'humanité. Ginny est la personne la plus incroyable qui soit.

Iséris s'arrêta un instant. Son regard portait au loin. Un éclat encore inconnu par Molly y apparaissait. Elle comprit qu'elle n'avait jamais connu Iséris. Elle ne l'avait vue que trop peu de fois sans jamais lui prêter une réelle attention. Elle s'en voulut comme si l'avoir eue à l'œil aurait pu tout changer. Iséris était-elle seule dans ce cas ? Y en avait-il d'autres ? Abandonnés ? Esseulés ? Qui s'étaient tournés vers les Ténèbres par manque d'aide de la part de la Lumière ?

-Es-tu la seule ? La seule à avoir vécu cela ?

-Je ne sais pas, Molly. Je pense que oui. Aucun mangemort n'aurait pris autant de risques que Bellatrix. Elle était persuadée d'être protégée par le Seigneur des Ténèbres. Elle était assurée d'être sa préférée, sa plus fidèle. Tout comme je pensais être celle qui comptait le plus pour elle, plus que sa sœur, plus que son Seigneur. Nous étions aveuglées par l'intérêt qu'on nous portait. Je pense être la seule dans ce cas. Je pense que ceux qui voulaient rejoindre les rangs voulaient servir Voldemort directement et ne passaient pas par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre. Mon but n'était pas de l'aider, de me battre pour lui mais simplement de m'approcher de Bellatrix, de la connaître, de savoir qui je suis. Le résultat n'a pas été concluant : je n'ai jamais eu Bellatrix et je me suis découvert une ignominie redoutable. Réellement, ma décision de départ a été la plus idiote au monde.

A nouveau le silence emplit la salle. Un sourire s'étalait sur le visage d'Iséris comme si déverser son secret lui permettait de redevenir l'enfant qu'elle fut autrefois. Une fine pellicule de sueur recouvrait son visage et son souffle était plus profond, plus rauque, presque un râle. Une clarté dans le regard semblait lui redonner vie et lui conférer une conscience plus équilibrée qu'elle n'avait eue depuis des mois. Molly aurait presque pu croire que la jeune fille allait se lever d'un instant à un autre et retourner profiter de la présence de ses amis.

-En fait, je ne sais pas quoi penser de toi Iséris. Tu n'es ni bonne ni méchante. Tu n'es ni une coupable ni une victime. Tu es les deux à la fois. Tu as été emportée par tout ce qui t'a construite. Tu n'as jamais pu avoir la vérité. Tu as été abandonnée à toi-même et tu n'as pas su demander de l'aide. Tu as été jouée de Bellatrix et de ce qu'elle pouvait t'apporter. Et tu as joué de nous en mentant sur ta part dans la guerre. Pourquoi ne t'es-tu pas dévoilée lors de la bataille à Poudlard ?

-Vous m'avez fait une promesse et je sais que vous la tiendrez. Vous vous interrogez sur ce fait mais vous êtes une femme d'honneur, une gryffondor. Vous avez raison. Je suis et ne suis pas coupable. Quand j'ai dit que mes parents n'avaient pas fait attention à moi c'est vrai. Ils partaient au travail me laissant avec une baby-sitter. Ils rentraient, j'étais déjà prête à dormir. Plus tard, je passais ma journée à l'école et je restais à la garderie. Jamais ils n'ont pris la peine de me parler de mon adoption, de mon héritage. Ils ne m'ont jamais cru pour la magie. Ils n'ont jamais prêté attention à ce que je vivais à Poudlard. Ils ne m'ont jamais interrogée sur mes amitiés, sur mes notes, sur mes professeurs. J'étais devenue invisible à ne rentrer que l'été. C'était comme ça, je m'y étais habituée et Bellatrix et Narcissa m'ont montré que j'avais le droit d'être entourée, d'avoir un soutien, quel qu'il soit. Je m'en veux d'abandonner comme cela et de laisser Narcissa. J'aurais voulu la voir ne serait-ce qu'une dernière fois.

-Alors reste. Ne disparais pas comme ça. Tu m'as dit que tu aimais Ginny, ne la laisse pas non plus.

-Ginny est avec Harry. Ils sont faits pour être ensemble. J'aime votre fille et elle m'aimait mais pas de cette manière et c'est pour le mieux. Je n'aurais pas été à la hauteur. Elle est heureuse avec Harry. C'est très bien comme cela, ça me va. Je n'ai plus rien à faire ici. J'aurais pu mourir plus tôt mais je dois souffrir pour expier mes fautes. C'est sûrement insuffisant mais je l'ai fait durer autant que j'ai pu.

Les larmes coulaient sur les joues de Molly. Elle était incapable à présent de répudier cette enfant. Elle était l'héroïne dramatique d'une tragédie.

-Pourquoi penses-tu que tu n'as plus rien à faire ?

-Parce que j'ai tout fait. J'ai été une adolescente turbulente, je suis tombée dans les bras d'une mangemort et de le magie noire, j'ai aimé une fille bien, j'ai aidé à tuer des innocents et des coupables, j'ai aidé à tuer la femme que j'aimais, du moins que j'adulais, que j'adore encore. Que puis-je faire encore ? Regarder Cissy et voir dans ses yeux Bella ? Apprendre à connaître Andy qui lui ressemble tant ? Cacher chaque jour ce que j'ai fait pour échapper à Azkaban ? Mentir à ceux qui étaient mes amis ? Je pense que je ferais plus de tort qu'en partant maintenant.

-Tu as dit que tu avais aidé à tuer Bellatrix ? Mais comment ? Je lui ai lancé le sort et j'étais seule.

-Je pense qu'il est temps que je parle de la bataille finale.

Iséris se redressa comme elle put comme pour marquer un instant solennel. Elle se sentait de plus en plus soulagée depuis qu'elle avait commencé à se confesser. Les toux continuaient, elle crachait toujours du sang mais elle se sentait mieux. Elle avait mérité ce martyr. Elle l'avait choisi. C'était étrange de pouvoir prendre tant de recul et de ne pouvoir échapper à l'emprise de Bellatrix. Elle l'avait empoisonnée au plus profond de son âme.

Iséris regarda dans les yeux de Molly. Pour une fois elle s'en donna le droit. Elle reconnut certains traits de Ginny. Elle y trouva la même compassion. Elles étaient toutes deux courageuses et fortes. Elle avait trouvé en Ginny un soutien, un regard sur ce qu'elle était. Ginny était toujours là pour l'écouter, la conseiller. Mais cela n'avait pas suffit pour la retenir d'aller vers Bellatrix, sa famille. Peut-être que s'il n'y avait pas eu ce lien familial, Iséris aurait osé la réclamer, lui dévoiler ce qu'elle ressentait réellement. Ginny le savait sûrement, elle savait toujours ses choses là. Mais Harry était meilleur. Elle en avait conscience et s'était effacée.