Hey tout le monde !
Merci encore mille fois à tous ceux qui me lisent et aux nouveaux lecteurs qui s'accumulent, ça me fait un bien fou de voir tout ce monde là, réellement. Merci à tous.
Et sachez qu'aujourd'hui je vous fait un petit cadeau. Normalement vous deviez encore attendre deux chapitres avant de retrouver plus de sérénité... Et bien je les ai condensés en un seul. J'en avais marre de vous faire attendre je l'avoue, ça m'oppresse moi-même. Alors le voilà.
Je ne vous en dis pas plus pour l'instant, on se retrouve plus bas.
Bonne lecture~
Chapitre XIV
« La porte de sortie »
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Les hurlements étouffés résonnent encore dans sa tête. Des cris de douleur, de haine, de faiblesse. Dean jurerait même qu'entre deux sanglots Castiel l'ait appelé.
Il ne s'est pas évanoui comme Dean l'avait fait lorsqu'il a été marqué, bien au contraire. Il est resté éveillé tout du long. Éveillé mais sûrement inconscient de ce qu'il se passait réellement. Il ne pensait probablement qu'à lui, qu'à lui faire plaisir, lui appartenir.
Mais bordel Castiel… C'était tout sauf la solution.
Dean n'a pas rouvert les yeux depuis un moment déjà. Il ne sait pas quand est-ce que les cris ont cessés tant ils hurlent encore dans sa tête. Il aurait tout donné pour empêcher ça, pour ne pas qu'il souffre mais il reste paralysé par ces foutues chaînes.
Alors faute de ne pouvoir empêcher Lucifer de dessiner sa putain de croix il a fermé les yeux, comme un lâche, se disant que si Castiel ne peut pas ne pas ressentir ce qu'il lui fait, lui peut au moins ne pas le voir même si c'est trop tard, même s'il a déjà vu le liquide rouge dévaler ses côtes.
Et putain de merde ses cris sont encore dans sa tête.
Tout ça lui donne envie de vomir mais même de faire ça il en est incapable. Son estomac refuse de recracher ses tripes pour tout garder, mieux intérioriser ce qu'il s'est passé, ce que ses yeux ont vu et que ses oreilles ont entendu.
Il finit tout de même par lever la tête et ouvrir les yeux, les dirigeants vers le plafond, ne voulant pas constater les dégâts.
Les gémissements, sanglots et autres supplices s'effacent alors de son esprit pour constater qu'en réalité c'est le silence qui domine la pièce. Seule une respiration de moins en moins erratique, retrouvant son calme, se fait entendre de même que quelques murmures à peine perceptibles. Dean tend l'oreille afin de les comprendre.
« -Merci… Merci… Merci… » répète lentement Castiel.
L'effroi parcours l'échine du barman de même que sa gorge se noue d'une étrange manière.
Il se décide enfin à baisser les yeux et voit.
Castiel est étendu au sol, sa tête posée sur les jambes de Lucifer qui a une main sur sa joue, contemplant son œuvre, le sang rependu au sol ne semblant nullement les gêner.
Dean ne peut contenir le sanglot le prend d'assaut face à cette scène on ne peut plus lugubre. Le Diable relève les yeux vers lui avec un sourire paisible.
« -Tu es prêt Dean ? » demande celui-ci.
« -Mais prêt à quoi putain de merde ? » en hurlant ses larmes de rage et d'impuissance « T'es vraiment malade, faudrait penser à te faire soigner ! »
« -A m'écouter. » la voix posée comme à son habitude.
« -Putain mais tu crois vraiment que c'est le moment ? » crachant sans peine sa colère en regardant sans parvenir à s'y attarder l'état de Castiel.
Lucifer regarde sa montre.
« -Pour être exact oui. » en levant les yeux vers lui avec un pâle sourire « D'ailleurs si tu le veux bien je vais te détacher. » en s'approchant de lui « J'ai planqué mes autres clés ailleurs si tu veux savoir. Et je sais que tu vas me frapper. »
Ses entraves se défont, Dean fait tourner ses poignets pour laisser le sang circuler à nouveau dans ses mains puis regarde avec stupéfaction Lucifer qui est accroupi devant lui.
L'ex-prisonnier serre le poing à s'en faire blanchir les jointures avant de lui envoyer en plein dans le nez.
« -Salaud ! » hurle-t-il avant de renvoyer son poing à l'assaut.
Et Lucifer se décale légèrement sur le côté et le maîtrise en moins de temps qu'il ne le faut pour le lui dire, le plaquant au sol.
« -Calme-toi. » soupire-t-il exaspéré « La violence ne résout rien Dean. »
Il reste stupéfait, Lucifer n'a même pas cillé, il a simplement réagit rapidement et avec habileté.
Et Dean aimerait pleurer de se sentir aussi nul et impuissant, étant simplement obligé de subir et de suivre ses règles à lui. Mais il n'en fait rien parce que son regard chute sur cet homme au sol.
« -Cas… » en voyant que ses yeux son clos.
Il s'en approche, s'agenouille dans le sang et prend avec précaution son visage en coupe, ne voulant pas regarder son torse.
« -Hey Cas… Réveille-toi. » dit-il doucement.
Ses paupières papillonnent avant de s'ouvrir, dévoilant ses yeux rougis et encore plus bleus que d'accoutumé.
« -Dean… » souffle-t-il en tentant de se relever.
« -Non, ne bouge pas. Ton corps a subit un traumatisme alors évite pour l'instant. » explique-t-il avec un nœud dans la gorge.
« -J'ai réussi. » avec un sourire las, des larmes s'échappant de ses yeux sans qu'il ne le veuille.
Dean ne comprends pas tout de suite de quoi il parle. Qu'a-t-il a pu réussir dans un moment pareil ?
Mais la lumière se fait rapidement dans son esprit. C'est ce pourquoi il survit : sa mission. Et oui, il l'a réussi. Malheureusement…
« -Oui, tu as réussi. » avec un triste sourire.
Il relève la tête vers Lucifer, le visage fermé, reprenant pleinement ses esprits.
Il semble avoir bien planifié son petit jeu macabre alors il doit y jouer, il doit simplement jouer à son jeu, il n'a visiblement pas d'autre issue.
« -Je veux bien t'écouter. » articule résolument Dean « Puisque je n'ai pas le choix… » en pestant.
Et il n'a réellement pas le choix. Il n'a aucune idée d'où sont les clés et sait pertinemment qu'il perdrait dans un combat au corps à corps contre le Diable, il le connaît bien assez pour le savoir, il ne sait pas gagner contre lui. Et Castiel est là, juste là. Foutrement mal en point mais il est là, avec lui.
Lucifer sourit et s'assoit, dos au pilier où Dean se trouvait il y a encore deux minutes, signe qu'il faut s'installer confortablement.
Le barman pose son séant à côté de Castiel qui reste allongé comme un mort le serait.
« -Sache que je ne m'apprête pas à te raconter ma vie. Je ne dévoilerai jamais tout de moi de mon vivant. Même si ma fin est proche et que j'en ai gros sur la patate. » ironise-t-il.
Une main couverte de sang séché court le long de la jambe de Dean, cherchant la sienne. Il lance un bref sourire conciliant à Castiel et l'attrape.
« -J'ai fait tout ce que j'ai fait pour une seule et unique raison : m'élever et voir jusqu'où je suis capable d'aller, jusqu'où peut s'étendre mon pouvoir. Je sais que je peux aider les gens. Et même si je ne peux pas terminer mon projet, ce n'est pas grave, je sais que je partirai l'esprit tranquille. »
« -Des conneries… » lâche Dean entre ses dents.
« -Je ne crois ni en Dieu ni en rien. » en ignorant la remarque du barman « Juste au pouvoir de la douleur et du sang. C'est ce qui nous rend plus fort. C'est en souffrant que l'on se rend compte de la valeur de la vie. Tout ce que tu as vu, tout ce que je t'ai fait, ce que je vous ai fait… » se reprend-il en constatant que Castiel a tourné la tête vers lui « C'était pour que vous vous en rendiez compte, que vous appreniez à être heureux. En ce qui concerne tous les petits rituels que j'ai mis en place, j'avoue que c'était pour le fun et l'efficacité, bien que Freud vous dirait bien d'autres choses à mon sujet… » avec un demi-sourire nostalgique « Mais tout ce que vous avez pu sentir : la douleur physique, » en regardant Castiel « psychologique, » en passant à Dean « ce n'était que pour torturer. »
« -Sans déconner… » siffle Dean.
« -Tu ne m'écoutes donc pas ? Je vous ai fait souffrir pour que vous puissiez connaître le bonheur de ne plus souffrir. »
« -Je t'écoute et j'ai compris. Tu te prends pour Jigsaw, en espérant que les gens trouvent une vie meilleure après avoir croisé ton passage. Mais ton raisonnement ne marche pas lorsque l'on sait que chacune des personnes que tu dis avoir sauvées se sont données la mort. »
« -Elles n'étaient pas assez fortes pour vivre. Pas comme toi. Mais en se donnant la mort elles n'éprouvent plus de douleur et elles ont trouvé la porte de sortie qui ressemble le plus à leur bonheur. »
Dean décide de ne pas relever qu'une fois de plus le chemin de sa pensée ne lui semble pas approprié et choisi de changer de sujet puisqu'il semblerait que ce soit l'heure de vérité.
« -Et c'est quoi la tienne, de porte de sortie ? »
« -Tu te rappelles lorsque tu m'as dit que j'étais malade ? » sourit-il presque amèrement « Tu ne croyais pas si bien dire. J'ai une saloperie de tumeur au cerveau. Il me reste quoi… Deux mois à tout casser. Deux mois qui vont être affreusement douloureux mais la fin n'en sera que meilleure. Elle est là ma porte de sortie. » en regardant une fois encore sa montre.
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Téléphone qui vibre. Sam ne dormait de toute manière que d'un œil.
Il tâte de la main sa table de nuit, trouve son portable et décroche sans même regarder le numéro affiché.
« -Allô… » en se passant lourdement la main sur le visage.
« -Agent Winchester ? C'est Ruby. »
« -Ruby qui ? » en allumant sa lampe de chevet.
« -Ruby, l'indic. Vous en connaissez beaucoup des Ruby ? » ironise-t-elle « Je… Je vous appelle parce que… Vous savez l'autre soir quand il a pris la fuite… »
« -Je m'en souviens très bien oui. » sur le ton de reproche.
« -Il m'a mis un papier dans la main. »
« -Un papier dans la main ? » tentant de savoir s'il existe un sens caché quelconque dans cette phrase.
« -Oui. Dessus il y a de marqué "Appelez Sam Winchester samedi à 6h00 et donnez lui cette adresse : 139 Builder Street, Minneapolis" »
« -Non mais vous vous moquez de moi là ? » s'agace-t-il en se levant de son lit.
« -Non. »
« -Pourquoi vous ne me l'avez pas dit plus tôt ? » en frappant à la porte de la chambre de son supérieur.
« -J'avais peur. » dit-elle avant de raccrocher.
« -Rufus, habille-toi ! Je sais où ils sont. »
Aussitôt, Sam voit la lumière s'allumer dans la pièce d'à côté. Rufus non plus ne trouvait visiblement pas le sommeil.
« -J'appelle les renforts. » résonne sa voix à travers la porte.
« -Comme tu veux mais il est hors de question de les attendre. »
La porte s'ouvre sur un supérieur presque habillé, fermant encore les boutons de son pantalons.
« -Bon sang… On va finir par me faire rendre mon insigne avec toutes ces conneries… » soupire-t-il en s'attaquant à sa chemise « J'en suis. Je te couvrirai, on dira que ce sont mes décisions. On ne perd pas une minute, allez, en voiture. On appellera la flicaille sur la route. »
« -T'es le meilleur boss du monde. » sourit presque Sam en allant mettre ses chaussures.
« -Profite donc de moi avant qu'on me mette à pied… » souffle-t-il en prenant ses clés.
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« -La vie est belle lorsque l'on y prend goût, lorsque l'on a appris à souffrir. Mais la mort est vraiment la fin de tout, la porte de sortie universelle puisque nous y passerons tous. Mais si on décide de se la donner de sa propre main c'est un belle porte de sortie vers le bonheur. Un ultime memento mori. »
Dean soupire. C'est donc ça le fameux dialogue entre le méchant et le gentil, cette scène dans les films où le criminel parle de ses projets passés et avenirs… C'est bien plus terrifiant qu'il ne le pensait, ce qu'il y a dans la tête de cet homme est un cauchemar vivant. Souffrir pour être heureux… Mais où son esprit tordu a-t-il traîné pour inventer ça ?
« -Pourquoi ? » demande subitement Dean.
« -Pourquoi quoi ? » tique-t-il.
« -Pourquoi maintenant ? Pourquoi après m'avoir laissé tu as attendu cinq putain d'années à vivre dans le silence avant de t'en prendre à d'autres ? »
Il hausse les épaules, nullement surpris par cette question.
« -J'ai vécu Dean, tout simplement. Après toi, j'ai tenté de me construire une vie, j'ai travaillé et juste… Vécu. Jusqu'à ce qu'on m'annonce ma maladie. J'ai pris conscience que je voulais vivre et vivre bien. Je voulais et je veux que les autres arrêtent de gâcher bêtement leur vies, par exemple, en cachant soigneusement leur homosexualité derrière eux-même ou en souffrant à cause d'une quelconque autre chose, l'important n'est pas là, ce n'est pas ça le cœur du problème. Je voulais simplement que les gens apprennent à vivre après m'avoir vu. Et je voulais sans doute aussi un peu te retrouver au travers d'eux, je n'en sais trop rien. » en souriant tristement.
Une nouvelle question brûle alors les lèvres de Dean.
« -Comment est-ce que tu t'appelles ? »
Lucifer qui regardait le sol relève les yeux dans les siens, comme surpris par la question.
« -Dean… Je suis in articulo mortis, tu ne peux pas attendre que je sois ab agendo ? »
« -Dis-le moi ! » s'énerve-t-il.
« -Désolé, je ne le ferai pas. Mais tu le sauras très bientôt. »
« -Tu viens d'où ? » enchaîne-t-il, voyant que ce sujet est clos.
« -D'une famille honteusement riche et fanatiquement religieuse. » crachant cette expression avec un air de dégoût « Une famille qui suivait toutes ces foutues règles de Dieu tel des petits toutous bien dressés. Je devais prendre la succession de mon paternel figure-toi. » en jetant un œil à Castiel « C'est pour ça que j'aime autant mon Cassie. » avec un sourire carnassier « Tout comme lui je me suis rebellé. »
« -Alors c'est ça que t'es ? Un fils à papa qui se croit tout permis ? » en ignorant sa dernière remarque.
« -Je ne suis pas un fils à papa ! » hurle-t-il soudainement, faisant sursauter ses prisonniers « Je n'ai même plus de famille… Tu connais le rejet ? » plus doucement.
Dean fait non de la tête, docile, voulant éviter d'énerver à nouveau son vis-à-vis.
« -Ça te bouffe de l'intérieur, te tue à petit feu… Pour eux j'étais l'affreux Diable, le Serpent ou encore Satan lui-même. Tous m'ont tourné le dos, m'ont mis à l'écart puis enfermé dans des placards, mutilé, privé de nourriture, de lit puis de toit. Lucifer, voilà ce que je suis devenu. » en fermant douloureusement les yeux à ses souvenirs.
Il se renfrogne, regarde un dernière fois l'heure, ferme les yeux et prend une grande inspiration
Dean ne ressent aucune compassion mais une sorte de compréhension malsaine envers cet homme étrange dont il ne connaissait pas cette facette. Parce qu'il comprend enfin le cœur du problème, non pas qu'il comprenne Lucifer, bien loin de là, mais il comprend enfin cette question qu'il répète sans cesse, cette question qu'il lui a posé tant de fois et qu'il a posé à Castiel.
« -C'est pour ça que tu veux que les autres t'aiment… ? Putain mais c'est pour ça que t'as besoin que les gens s'accrochent à toi comme à une bouée de sauvetage ! » constate-t-il finalement à voix haute en tentant de passer outre les larmes de Castiel qui glissent le long de ses joues au fur et à mesure que Lucifer parle.
« -Les garçons, sachez seulement que je vous ai aimé. »
« -Super Cas, t'entends ça ? Un psychopathe nous a aimé… » ironique « Non, pardon… » se reprend-il rapidement en sentant l'agent desserrer ses doigts des siens à l'entente de ses mots, se rendant compte qu'il est trop tôt pour qu'il puisse les entendre.
« -Je suis très sérieux. » reprend Lucifer.
« -Et tes croix bordel ? Elles veulent dire quoi tes putains de croix ? »
« -Tu ne l'as pas compris par toi-même ? » relève-t-il, étonné « C'est le symbole de ta nouvelle vie Dean. C'est la dernière étape, la dernière douleur même, avant de réapprendre à vivre en voyant ce que cela fait que de ne plus souffrir. C'est l'ultime purification par le sang et la souffrance. Si un jour tu n'as aucune gratitude envers la vie, souviens-toi que tu as souffert bien plus que ça. »
« -Tu m'as abandonné… » grogne-t-il.
A l'heure actuelle, Dean ne lui en vaut aucunement d'être parti, bien sûr que non, leur relation était bien plus que malsaine et il sait que plus de temps avec lui l'aurait totalement anéanti. Mais il a souffert de son départ, de l'abandon qu'il a subi, il se rappelle parfaitement de cette terrible douleur qu'il a laissé en partant.
« -Je n'aurais peut-être pas dû rester avec toi tant de temps, je te l'accorde… Deux ans c'était bien trop long, tu t'es trop attaché à moi… Et moi à toi d'ailleurs. D'où le fait que je ne reste plus qu'un an avec les nouveaux, les autres à qui j'ai redonné une vie. »
« -Ils se sont tués putain, tu ne leur a pas redonné de vie ! » hurle Dean, exposant sa rage.
« -Soit… Vois les choses comme tu le veux. Mais j'ai dû m'éloigner de toi parce que la police me recherchait Dean, du moins elle était sur mes traces parce qu'ils voulaient remonter à mon dealer. Ou plutôt au tien. Je n'ai jamais voulu partir. »
Dean est scié par ses mots mais n'en laisse rien paraître. Il ne voulait donc réellement pas le quitter…
« -Tu ne m'as pas répondu pour les croix. » d'une voix blanche « J'ai bien compris ton petit manège sur la torture, ne te fais pas d'idées. Mais tes croix… Pourquoi des croix ? »
Lucifer hausse les épaules en faisant une moue, levant légèrement les yeux au ciel dans un soupir.
« -Et pourquoi pas Dean ? » las « Tu ne t'es jamais demandé qui m'a marqué, moi ? »
Trois violent coups résonnent à la porte, coupant Lucifer qui s'apprêtait à en dire plus.
Il sort un canif d'assez grande envergure de sa poche, le déplie et se lève.
« -FBI, ouvrez cette porte ! » hurle une voix indistincte.
« -Je pense fortement qu'une ancienne connaissance à moi viendra vous voir en temps voulu pour vous en parler. » répond-il finalement.
« -Ouvrez ou nous entrons. » répète la même voix à travers la porte.
« -Comme ils le disaient si bien, Stat crux dum volvitur orbis. On se retrouvera bien un jour, de l'autre côté. » dit-il simplement aux deux hommes.
Dean ne comprends pas le sens de la phrase, son latin étant trop mauvais mais surtout les idées se bousculent dans sa tête. Des coups d'enfoncement se font entendre et le FBI est là, juste derrière la porte, Sam et Rufus sont là. Mais quelle sera l'issue de tout ça et comment Lucifer pense pouvoir s'en sortir ?
Il n'a pas le temps d'y songer plus qu'il se place derrière lui et le lève. Dean reste incrédule un instant, se laissant mener, trop abasourdi pour se défendre.
« -Tu fous quoi là ? » demande-t-il finalement.
« -Tu es ma porte de sortie. » déclare Lucifer en lui prenant les bras dans le dos pour les bloquer.
Non. Non Dean ne veut pas servir de bouclier humain, il ne veut pas être sa porte de sortie.
Il se retourne et lui colle une droite du même côté qu'il l'avait fait peu de temps auparavant.
Mais Lucifer lui rend le double puis plaque sa main sur son épaule droite pour le faire plier et lui lance un violent coup de genoux dans le ventre pour le vulnérabiliser. Dean rabat douloureusement ses mains à son ventre alors qu'il reçoit un coup dans ses jambes déjà vacillantes pour le faire tomber.
« -Dean, tu te bats toujours aussi mal… » soupire-t-il « Et ne me regarde pas comme ça Cassie. » lance-t-il à son égard en constatant qu'il est toujours au sol, somnolant mais éveillé, vidé de toute ressource physique, le corps en état de choc.
Des coups d'enfoncement se font de plus en plus insistant et bruyant, son métal étant solide.
Lucifer ramasse Dean qui est trop sonné pour réagir et bloque fermement ses bras tout en le plaquant bien contre lui, posant sa lame un peu en dessous de sa jugulaire.
Au bout de quelques longues secondes supplémentaires la porte cède.
Deux agents seulement. Sam et Rufus, arme au poing, prêt à l'assaut.
Face à eux un homme à terre, blessé et un autre pris en otage, visiblement blessé aussi.
« -Ça va Castiel ? » demande Sam lorsqu'il voit enfin son coéquipier bel et bien en vie malgré son pieux état et le sang répandu autour et sur lui.
Pour toute réponse il obtient un léger hochement de tête. Les yeux de Sam se tournent alors vers son frère, le cœur serré en constatant sa position et l'état de son visage qui vient vraisemblablement de recevoir des coups.
« -Lucifer… » débute Rufus en remarquant qu'il n'a toujours aucun autre nom à lui donner « Vous êtes en état d'arrestation pour non assistance à personne en danger et coups et blessures sur la personne de Castiel Novak. Vous avez le droit de… »
« -Je connais mes droits, merci. » répond-il calmement.
« -Lâche ce couteau ! » ordonne Sam, peu rassuré.
« -Sammy… Comme tu es grand maintenant. » commente simplement Lucifer.
« -Lâche ta putain d'arme ou je te jure que je te bute. » fixant froidement la lame pointé sur la jugulaire de son frère.
« -Winchester, on n'a pas besoin de ça. » tente de le calmer Rufus.
Sam a peur, il a la peur au ventre et ça se voit. Bien sûr qu'il ne veut pas commettre de meurtre, qu'il ne veut pas tirer, d'autant plus avec la tête de Dean juste à côté de celle de son bourreau, ça serait imprudent. Mais Rufus voit sa peur, celle de perdre son frère et elle est terrifiante. Ce gamin n'a que vingt-quatre ans, il ne doit pas foutre sa vie en l'air en tuant quelqu'un, pas maintenant.
Et soudain la lumière se fait dans l'esprit de Dean. Il comprend ce que Lucifer lui a toujours dit, à savoir qu'il ne compte pas lui faire de mal. Puisqu'il n'est pas un tueur de sang froid, seulement un manipulateur né.
Il ne veut tout simplement pas s'en tirer, il veut mourir, il veut que Sam tire. Ce salaud n'a pas le courage d'affronter sa maladie jusqu'au bout alors il veut son ultime porte de sortie, il veut la mort et veut se servir de son frère pour arriver à ses fins.
« -Sam, ne tire pas ! Il ne me fera pas de mal ! » cri Dean.
Le cadet des Winchester fait un pas en avant¸ toujours son Glock tendu droit devant lui.
Rufus le suit avec précaution et pose une main sur son bras pour lui faire baisser son arme.
« -Il a mon frère. Il a… Mais putain Rufus, regarde l'état de mon coéquipier ! » lâche Sam au bord de la rupture.
« -Ne t'en mêle pas Dean. » murmure Lucifer à son oreille, comprenant que son jeu est clair aux yeux de celui-ci.
« -C'est toi qui m'a mis là-dedans je te signale. » répond-il à voix basse.
« -Allez Sammy, tire si t'es un homme. Mais vise bien, il ne faudrait pas que tu tires en plein dans la caboche de ton grand frère chéri. »
« -Sam ne fais rien ! Il ne veut pas me faire de mal. Il en est incapable. » le conjure son aîné.
« -Il est incapable de te faire du mal ? » avec ironie « Tu te fous de moi j'espère ? »
Le cœur de Dean est au bord de l'implosion. Il n'avait jamais entendu son petit frère parler aussi vulgairement, lui qui est d'habitude plutôt poli. Mais il comprend, tout simplement. Il comprend que Sam a en face de lui l'homme qui l'a privé de son frère pendant deux longues années, qui a désuni sa famille et le menace maintenant au couteau. Néanmoins Sam sait faire la part des choses et Dean le connaît, il sait qu'il l'écoutera s'il réussi à trouver les mots.
« -Sam, je t'en pris, crois-moi. Tout va bien se passer. » le plus sincèrement possible.
Le cadet vacille entre son frère et ses sentiments. Et Castiel reste étendu au sol, regardant la scène tel un pantin désarticulé. Seul le mouvement de ses yeux indique qu'il est encore en vie. Et ce sang, tout ce sang… C'est son coéquipier, son deuxième frère. Et Dean, le couteau littéralement sous la gorge, qui lui demande de ne pas tirer malgré tout ce qu'il a fait…
Mais après tout s'il baisse son arme, il le fera aussi sûrement et alors tout ira pour le mieux et ils pourront simplement l'arrêter pour ensuite chercher des preuves de ses autres crimes ou le faire avouer. D'autant plus qu'il ne veut tuer personne, il est du côté de la loi et personne ne mérite de mourir. L'isolement dans une cellule est encore bien plus cruel que la mort.
Alors Sam baisse son arme, observant les moindres faits et gestes du criminel.
« -Bye bye Dean. » lui murmure Lucifer au creux de l'oreille.
Et il ose. Il ne veut pas voir son plan échouer alors il fait un mouvement brutal du bras, comme s'il allait réellement lui trancher la gorge.
Et Sam réagit au quart de tour, sans réfléchir, mécaniquement. Il relève son arme.
Un coup de feu retentit suivi du bruit lourd d'un corps qui s'écrase au sol.
Puis silence.
Dean reste pétrifié, tenant à peine debout, la bouche grande ouverte, son regard passant de son frère à l'arme.
Une seule conviction : Lucifer ne lui aurait jamais fait de mal, il a fait semblant.
Le lourd mutisme ambiant de la pièce reste assourdissant durant quelques secondes encore, le temps que les cerveaux assimilent ce qu'il vient de se passer.
« -Je… Il allait… » bégaie Sam qui perd toute assurance, laissant son Glock tomber au sol, absolument horrifié de son geste.
Une main se pose sur son épaule, il sursaute.
« -Tu as fait ce que tu avais à faire fiston. » le rassure calmement Rufus, ayant la sagesse de l'âge et du métier, tentant de l'apaiser comme il le peut avec des paroles « Ça arrive… Ça arrive à tout agent. »
Mais Sam n'entend plus rien, fixant seulement ses mains meurtrières qui tremblent, qui ne sont plus capable de rester immobiles parce qu'il a tué, il a osé tirer.
Dean pose finalement sa main sur son oreille droite qui siffle encore du parcours de la balle et sens quelque chose d'anormal sur ses doigts.
Du sang. Il a du sang de Lucifer sur les doigts.
Il se retourne alors, comme un robot sans âme, afin de considérer l'homme au sol. L'homme sans nom.
Il paraîtrait presque normal s'il n'avait pas un trou au beau milieu du front ni ces filets de sang qui coulent le long de son visage. Il parait d'ailleurs toujours aussi calme, comme a son habitude. Comme quoi, même une fois mort il garde son foutu air de plénitude.
Il se surprend à ne pas être choqué ou écœuré de voir ce cadavre devant lui. Il a l'impression d'être sans cœur, de ne plus rien ressentir du tout, exempté de tout sentiment.
Puis il se retourne et voit son petit frère agenouillé auprès de son ami et Rufus plus loin au téléphone.
Un déclique se fait, la réalité se présente de nouveau à lui et il rejoint immédiatement Castiel et son frère au sol, le cœur battant soudainement la chamade en s'inquiétant pour son ami.
« -Hey, Cas, ça roule mon pote ? »
Question idiote, il le sait. Mais que doit-on dire dans ces moments là ? Que doit-on dire à un homme qui a vécu l'horreur et vu plusieurs heures de sa vie se dérouler sous ses yeux, sans rien pouvoir faire, sans pouvoir intervenir, visiblement cloué au sol, épuisé physiquement ? Quelles paroles peuvent changer la donne une fois que l'on a vu quelqu'un se faire tuer devant nos yeux, impuissants ?
Rien. Il n'y a strictement rien a dire. Dean le comprend et se tait, tout simplement.
« -Les secours arrivent. Les flics aussi. » annonce Rufus après avoir raccroché.
Castiel ne dit mot, grelottant seulement au sol, le torse à l'air. Dean aimerait le couvrir mais se dit qu'il est préférable de ne pas le faire étant donné que ses plaies pourraient lui faire mal si elles étaient recouvertes.
« -Bon sang Novak… » commence doucement Rufus en s'agenouillant auprès de lui « Ne me refais plus jamais ça… » sourit-il, dépité par son état.
Pour toute réponse Novak sourit timidement, deux larmes s'échappant malencontreusement de ses yeux. Des larmes de soulagement : il a retrouvé les siens.
Sam ne décroche plus une parole, songeant seulement qu'il est un meurtrier de meurtrier. Il a voulu protéger son frère mais a des doutes. Peut-être qu'il ne lui aurait effectivement fait aucun mal, peut-être qu'il aurait dû écouter Dean… Le fait est qu'il a démontré tous les intérêts inverses avec ce mouvement de bras, ce fameux geste qu'on fait le centième de seconde avant d'égorger quelqu'un. Et Sam a cédé, il a tiré, il a tué.
« -T'as réussi Cas. Tout est fini. » prononce finalement Dean ayant trouvé une formule simple pouvant lui apporter un peu de réconfort.
L'ex-agent sous couverture avance sa main en sa direction et il comprend.
« -Je suis là. » en saisissant la main désespérée, laissant son pouce courir dessus afin de l'apaiser.
Ses yeux bleus parcourent les visages qui lui font face, qui le rassurent. Son coéquipier, un de ses patrons et le fameux consultant, Dean Winchester.
Il ferme les yeux et prend une grande inspiration. Tout est fini.
Tout est enfin fini.
Et bien sûr que non tout n'est pas fini, il reste un petit bout de chemin à parcourir. Mais on va enfin quitter cet environnement trop sombre et écrasant.
Remarquez qu'il reste encore en suspend quelques petits détails manquant sur Lucifer mais n'ayez crainte, tout sera expliqué plus tard.
En attendant je vous laisse mieux souffler et on va enfin ne plus vivre dans la crainte permanente de se faire torturer par un vilain Lucifer. Tous autant qu'ils sont, ils n'auront plus à subir mais seulement construire leur avenir et ce malgré leur passé qu'ils vont devoir affronter.
Alors à la semaine prochaine si le cœur vous en dit.
Bisous~
