II


Le lendemain matin, très tôt, je m'éveillais avec la sensation plombante d'une gueule bois. Mon crâne était une petite bombe sur le point d'exploser. Tic tic tic tic. Je lançais coup d'oeil alentour pour me re-situer. Je me trouvais allongé sur la roche sanguine et aride caractéristique du Nevada : Seth et Embry ronflaient à mes cotés. La veille, après notre incontrôlable et nerveuse crise de fou-rire, nous avions tant bien que mal retenu nos larmes de rage et de fatigue.

La situation dérapait complètement. Le cauchemar avait pris un tel pas sur la réalité qu'il me semblait qu'on incarnait les personnages d'un très mauvais road movie.

Nous nous étions écroulés à l'orée du désert des Mojaves, au sud de l'état. La soirée avait été passée à relativiser et à laisser nos plaies cicatriser en totalité.

La trace des loups ennemis était quasiment nulle.

Je me relevai précautionneusement, retins un cri de douleur : mon épaule, que Gros-Tas-De-Neige avait salement mordue me lançait terriblement. Nessie, ma Nessie, j'espère que tu t'en sors mieux que moi. Penser à elle me faisait du bien et du mal en même temps.

A cet instant, j'aurais tout donné pour la seule certitude qu'elle allait bien. J'étais déchiré par l'envie de la rejoindre, pour garantir sa sécurité. Mais pas d'inquiétude rationnelle à avoir, je savais qu'il faudrait passer sur les Cullen au grand complet pour oser ne serait-ce qu'espérer l'effleurer.

Nessie, Renesmée, la petite princesse, l'enfant triste, la reine tyrannique, l'adolescente futile, la jeune femme perdue, le jeune femme merveilleuse, l'unique Nessie, la beauté absolue : l'amour incarné.

Rien que ça ?

Je me retournais, Embry venait d'ouvrir les yeux.

C'est sympa, ici. On devrait revenir camper.

Embry, il faut que j'y aille seul.

C'est ça, cause toujours, tu m'intéresses à mort. J'étais sûr que tu te taperais un délire du genre " laissez moi crever seul". Tu te prends pour Harry Potter ?

C'est ..

Un ordre ? Et tu vas faire quoi tout seul gros bêta ?

Alpha, infâme cabot subalterne , je suis l'Alpha.

Ne prend pas la grosse tête, surtout.

Je détournais la tête. Ma meute me suivrais jusqu'au bout. Rien de neuf sous le soleil. Seth continuait de ronfler et pour rien au monde je ne l'aurais réveillé. Ainsi, endormit, la gueule ouverte sur ses canines baveuses, on aurait dit le môme d'autrefois.

Je recomptais dans ma tête tous les loups ayant participé à l'affrontement contre les Volturis, après la naissance de Nessie : Sam, bien sûr, Quil, Embry, Paul, Jared, Collin et Brady, Leah, Seth, et les nouveaux de l'époque : Adam, Ethan, Samaël qui s'était imprégné peu après, Art, Krum et Liam, les jumeaux originaire de Makah, Zyhed et Rakhum Sahalis. Ils étaient si jeunes à l'époque...entre quatorze et treize ans si je me souviens bien. Ça avait tellement choqué Bella, mais nous avions besoin d'eux. De toute façon, Sam étant leur Alpha, la décision de les amener ne m'appartenait pas. Et maintenant, je le comprenais.

Embry, pourquoi on s'est retrouvés à seize ? Il y a pourtant eu de nouvelles naissances, de nouveaux phasés.

On a préféré être entre « vieux » pour défendre la Push. Tous les jeunes protègent les familles abritées à Seattle. Et puis ils ne sont que quatre.

En sept ans ?

Sans les Cullen, le passage de vampire s'est extrêmement limité. Peu de transformations se sont déclenchées. Ils n'étaient pas non plus assez expérimentés pour le combat. Il valait mieux qu'ils protègent les familles.

Je savais qu'Embry se faisait du soucis pour sa famille et sa petite-amie qui venait justement de tomber enceinte. On l'avait appris juste après notre arrivé à La Push. Youpi.

S'il te plaît, Jake.

Désolé, mec.

Dis moi tout : quel âge ont-ils ?

Moins jeunes que la dernière fois, si c'est ça qui t'inquiète. Le benjamin s'appelle Wilfried, il a quatorze ans. Sinon, y à Brian, seize ans , Abel, dix-sept, Tarek, quinze et Joshua, quinze aussi. De bons gars, même si Abel ressemble à un pitbull sous acide.

Okay, voilà comment je vois les choses : tu vas retourner à la Push rassembler tout les loups, les jeunes, les vieux, tout ceux qui peuvent phaser. Les familles sont en sécurité à Seattle, et la meute patrouillera jusqu'au sud de l'état. Mon petit doigt me dit que les loups ennemis ne se sont pas tous montrés : la prochaine fois, si prochaine fois il y a, ils seront encore plus nombreux. Je sens quelque chose comme une guerre éclore. On danse sur un putain de volcan. Et je parierais qu'il y a aussi des vampires là-dessous. Ce n'est pas dans nos manières les kidnappings, les devinettes et tout le bordel : ça pue la sangsue à plein nez. Reste à savoir quel buveur de sang pactiserait avec des loups ? Et dans quel but ? Quelque chose de sombre.

Embry acquiesça gravement.

Ensuite, essaie de contacter d'autres clans. Demande aux anciens. Il est temps de renouer les vieilles alliances et d'unir nos forces : on ne s'en sortira pas seuls. Il y a les Makah, les Quinault, nos cousins du sud et peut être aussi les Chehalis. Rassemble tout ces clans et dis-leur que le petit-fils d'Ephraïm Black est parti négocier avec le chef des loups ennemis.

Un aigle survola la plaine rouge et caillouteuse. Son cri sonna dans la vallée déserte.

Et Seth ?

Seth ne voudra jamais repartir sans sa sœur.

Comment allez vous faire ? On ne peut même pas communiquer.

C'est un peu approximatif. Une négociation, j'imagine. Au besoin, je me proposerai à sa place.

Jake, non ! On a besoin de toi ! Débrouille toi mais reviens : avec ou sans Leah.

Je secouais la tête. J'y avais déjà pensé. Mais non, je ramènerais Leah aux siens, quoi qu'il m'en coûte.

Quand tu reviendras à la Push, téléphone aux Cullen. Explique-leurs la situation. Ils peuvent nous aider, on a déjà combattu ensemble par le passé, et puis...c'est un peu ma famille aussi, maintenant.

Si on m'avait dit un jour que tu dirais ça, soupira-t-il....C'était le bon vieux temps, hein ?

Les années avaient passé, et les situations se ressemblaient tellement. Leah était à la merci de loups psychopathes et on était là, à papoter du bon vieux temps. Pourquoi cette discussion n'était-elle pas apparue plus tôt ? Quand on patrouillait à la Push ? Parce qu'on ne savait pas à quoi s'attendre. Et maintenant que c'était arrivé, on s'arrêtait pour en discuter tranquillement. J'avais peur. Peur d'avoir totalement échoué. Leah était peut-être déjà morte.

Ne dis pas ça. Ça ne sert à rien.

Quand je saurais contre qui on se bat et pourquoi, tout s'éclairera, et là on aura un plan.

Et si ils attaquent ?

Normalement, comme on se rend à leur base, on devrait pouvoir voir venir, Seth et moi. Mais si jamais on ne peut ni les stopper ni vous avertir, essayez de négocier. Je ne veux pas de morts. Les enfants de Sam et d' Emily...je ne veux plus d'orphelins. Vas-y, maintenant.

Il se retourna en direction du nord.

Bonne chance, Jake. Attend !

Oui ?

Pourquoi t'as pas appelé les Cullen avant ?

Je pensais pas que ce serait si grave.

Tu mens ! Tu mens ! tu mens ! Aboya-t-il, t'as oublié qu'on était potes ou quoi ?

Ma fourrure sembla de déchirer. Bon sang, Embry ! Ce qu'il m'avais manqué !

Toi aussi, vieux. La meute c'était plus la même sans toi. C'est dingue ! Parce que malgré tout sa, je suis super-content que tu sois revenu.

Quand toute cette merde seras finie, on se fera une méga-fête à la plage, pour mes fiançailles avec Nessie.

Mouais...à part si elle te refoule encore une fois !

Connard, j'croyais que t'étais mon ami !

Moi aussi je t'aime, Jake !

Bon, casse-toi, maintenant.

Après un dernier sourire de loup, il s'élança sur la bande rocailleuse en direction du nord.

Il accéléra la cadence, sa queue se balançant en rythme, il ne fut bientôt plus qu'un point sombre à l'horizon, et ses pensées me furent de plus en plus indistinctes.

Eh, Embry ! Si jamais..Dis à Ness..

Tu lui diras toi-même, vieux !

Toujours le soleil écrasant, toujours l'angoisse, toujours pas de loup blanc, et toujours pas de réponses.

On en trouvera.

Seth était réveillé. Il faisait peine à voir.

Je te remercie.

Il fit quelques pas pour se dégourdir les pattes. Ses griffes accrochèrent le sol avec des bruits de scie.

Allons-y.

J'abaissais mon museau à terre et tâchait de démêler l'écheveau des parfums qui m'assaillaient. Souffre, poussières, déjections en tout genre, végétal...quelque chose de capiteux, un peu écœurant, légèrement enivrant.

Je l'ai ! Cap plein sud.

Nous nous élançâmes en même temps, la cadence habituelle reprit – bruits de pas, souffles qui s'accélèrent, queues qui se balancent en rythme- décalé pour moi, résultat de ma douleur à l'épaule qui ne semblait pas vouloir partir.

On dirait que ça mène en Arizona...depuis quand y a-t-il des loups en Arizona ?

J'en sais rien, mais c'est sûrement pas la chose la plus bizarre du voyage.

Seul son souffle me répondit. Seth ne pensait qu'au chemin à la trace au cap. Je me tu, respectant son silence.

L'aigle nous suivait toujours.


Des années plus tard, desséchés, brisés, éreinté par notre interminable course à travers le désert caillouteux, la forêt ombrageuse du Nevada, le désert à nouveau de l'Arizona, ce désert long, qui n'en finissait pas, qui tirait la langue, de sa bouche de sable chaud qui nous crevait les pattes et nous collait les poils. Je n'avais plus une goutte d'eau dans le corps. Notre organisme avait beau être insensible à la chaleur, il fonctionnait comme les autres : je ne ressentais pas ce chaud comme un humain, mais mon corps réclamait de l'eau, de la nourriture et du sommeil.

Seth s'effondra. Le soleil cramoisi nous fixait de son œil narquois. C'était l'œil d'Albinos-man, ce rond horrible se détachant dans le bleu absolu du ciel.

Je décidais de chasser un peu. J'attrapai un pécari à collier, un espèce de petit phacochère coriace. Miam miam miam. Quand je revins, Seth avait taillé plusieurs cactus pour se désaltérer. Nous nous étions arrêté dans le parc de Saguaro, au sud de l'Arizona. La trace semblait continuer jusqu'au Mexique.

Déjà qu'on a passé la journée à éviter la police des parcs nationaux, comment est-ce qu'on va franchir cette foutue frontière ?

Aucune idée.

...

...

Jake, qu'est-ce qui c'est passé avec Nessie ?

Je souris. Il mordit machinalement dans le pécari, j'en fis autant. Beûrk. C'était infâme. Mais j'étais tellement affamé que j'aurais bouffé une merde de grizzli.

Alors le môme, toujours pas de copine ?

Détourne pas la conversation, l'Alpha raté.

J'éclatais de rire.

Alors... tu veux un résumé ou la version longue ?

Je crois qu'on ira pas plus loin ce soir, donc j'ai tout mon temps pour me distraire de tes malheurs avec la petite princesse. Non ! La belle princesse, maintenant !

Oui, cette conversation nous ferait du bien a tout les deux, je mourais d'envie de parler d'elle à quelqu'un.

Alors, reprenons depuis le début...Quand on a quitté Forks, je crois que tu te souviens de la crise qu'elle à piqué ?

Comment l'oublierais-je ? Sa majesté trépignait sur son trône. Mais c'était triste, en fait.

Ça m'a fracassé de la voir souffrir comme ça. Elle aime diriger les gens, voir qu'ils s'émerveillent devant elle et tout ça, mais en fait elle a surtout peur de les perdre : elle se souvient qu'elle a été un danger pour sa mère, puis pour tout le monde, avec la bataille contre ces foutues sangsues italiennes, et ça l'a vraiment marqué. Elle s'attache vite aux gens, sans en avoir l'air et vlan ! C'est le drame ! Se faire adorer est un peu une sécurité pour elle, un moyen d'être sûre que les gens l'aiment. Quand on est arrivé dans le Main, pour ne plus avoir à déménager et contrarier Nessie , les Cullen se sont complètement coupés de la civilisation. Tu es venu : c'est au beau milieu des bois, à coté d'une rivière. De temps en temps, on va dans le clan de leurs amis dans le Denali- c'est encore plus loin de tout, là-bas ; je te promets : la famille Adams !

Seth gloussa. Bien joué Jacob !

On a même poussé jusqu'au Brésil voir les sangsues amazones- flippantes. Des femmes...mon Dieu, flippantes, ouais – d'autant plus que ces foutues parasites femelles ne sont pas végétariennes ! Rien que d'y penser, ça me retourne l'estomac. Donc, on a voyagé, parfois ils partaient sans moi, le temps que je vienne voir mon père, ou rendre visite à Rachel et accessoirement, à tout le monde, avec...Bref. Mais Nessie, elle, ne voyait, non, ne rencontrait plus jamais d'humain à part son grand-père, une fois pas an. Elle grandissait, grandissait, mais elle était la seule à évoluer et...elle étouffait un peu, je crois. Un peu comme l'histoire de cette princesse coincée en haut d'une tour..

Qui fait monter son prince charmant avec ses cheveux ? J'crois que t'es un peu trop lourd, Jake.

Mais c'est qu'il est hilarant, le môme ! Mort de rire. Mais vraiment. Il faudrait que tu me disent où tu trouves tes vannes, mec. Y a un bouquin exprès pour ça ou c'est toi qui les invente ?

La suite !

Enfin bref, elle s'est enfermée, elle s'est embrouillée et c'est devenue une adorable peste. Là-dessus, elle ne s'arrête plus, elle grandit toujours plus vite, Carlisle transforme une fille qui s'est fait renversée par une bécane, ça la distrait un peu, elle devient amie avec elle et Leah, puis elle se brouille avec Leah pour cause de trop de pestouille. Leah s'ennuie, Nessie brasse du vide, les Cullen ne savent pas comment réagir, d'autant qu'elle ne communique plus par télépathie.

Comment ça ?

Tu sais, avant elle te touchait et te montrait ses souvenirs en image, ce qu'elle ressentait...Eh bien elle ne le fait plus du tout, je ne sais pas pourquoi. Elle a commencé se renfermer, même avec moi. Et puis, il y a ce jour, ça fait bientôt deux semaines...je revenais du mariage – où je fondais plein d'espoirs.

Nessie ressemble à une femme à présent. Depuis quelques semaines déjà, je remarquais à quel point elle était belle...et désirable.

En voyant Rachel et ce crétin de Paul, les yeux dans les yeux, si...entiers, si heureux...Je pouvais pas m'empêcher de penser « ça..se sera Nessie et toi, un jour si elle le souhaite. » Quoique demander sa main à Edward promet d'être...divertissant !

Donc, je rentre de la noce, radieux, confiant, je rejoins la clairière, marche jusqu'à l'entrée de la maison principale, celle qui donne sur le salon jaune safran, et là...

C'était la première fois, le jour de sa naissance...c'était une deuxième éclosion, la nôtre.

Elle était au piano avec son père. Elle s'est retournée... Elle était si belle, si tu savais. Si belle, adorable, éclatante, rose et nacrée...je pourrais continuer comme ça pendant des siècles. Mais cet abruti d'Edward à grogné , et ça à brisé tout le charme. Elle a remis son masque et m'as houspillée, comme quoi j'étais en retard.

Seth était écroulé de rire.

Que veux-tu, prince charmant, les femmes aiment la ponctualité. On peux pas prétendre vouloir leur tirer les cheveux pour escalader la maison si on est pas un minimum à l'heure ! Se marra-t-il.

C'est ça, rigole, monsieur Je-suis-toujours-un-louveteau-puceau. En fin de compte, elle m'a fuit toute la semaine. Je crois qu'elle était gênée, parce que toute la maisonnée était au courant de ses sentiments-la faute à Jasper qui décryptait ses émotions et Edward qui connaissait ses pensées ...C'était un peu la mélasse totale...finalement, je l'ai invitée à me suivre, un soir. Fin d'été, la rivière, le soleil couchant, tout ça.

T'as fait ton romantique ? Oh, Jake, c'est trop mignon !

Il était sincère. C'est dingue, dès qu'on grattait un peu, la gentillesse et la sincérité du gamin revenait au galop.

Ouais...mais ça a pas marché, comme tu vois. On s'est assis sur l'herbe, près de l'eau, je me sentais plutôt dans mes petits souliers, et elle, le visage fermé, ne disait rien. J'ai voulu lui faire une tirade, je sais pas...pour lui expliquer que mes sentiments avaient évolués...mais j'ai merdé. J'y suis allé trop brusquement, et c'était trop tôt pour elle, je le savais depuis le début.

Alors pourquoi tu lui à parlé ?

Parce qu'elle allait encore se renfermer, et rien ne dit qu'elle aurait cherché à comprendre si elle m'avait pas repoussé aussi brutalement. Même si ça m'a fait mal de la voir souffrir.

T'as jamais eu de chance avec les filles.

Chacun son karma.

Il sourit, les traits détendus.

D'une certaine manière, on peut dire que ça vous fait du bien d'être un peu séparés.

Ma gorge se noua. Oui, d'une certaine manière, même si..

Quoi ?

Tout est irréel. Tout ce que je fais, je touche me paraît irréel. Notre conversation est irréelle. Parce que ma vie n'est pas là. Elle se situe à Portland, dans le Main, le cœur de ma vie, le centre de mon univers se trouve là-bas. C'est...spécial.

Je te comprend. Enfin pas tellement mais bon. J'te soutiens.

Tout Seth, ça : sa sœur était kidnappée et il venait me taper l'épaule en plaignant mes peines de cœur.

Pas des peines de cœur banales. Tu joues les blasés mais je sais que tu flippe complètement chaque seconde en te demandant si elle va bien...bon, bailla-t-il, bonne nuit, mon Alpha préféré. .

Toi aussi, bêta.

Deux minutes et demie plus tard, il roupillait, la joue écrasée sur le sable froid. Je m'allongeais et repassais dans ma tête les événements de la journée. Je pensais à la Trace qui se poursuivait jusqu'au Mexique, source d'interrogations, mais surtout à Nessie et Bella. Et à cette drôle de phrase que j'avais sortie à Embry, ce matin : « téléphone aux Cullen..c'est un peu aussi ma famille, maintenant ». Je m'étonnais de sa véracité.

Depuis que je l'avais rencontrée, Esmée m'évoquait ma mère...et, inconsciemment, elle l'était devenue un peu. Carlisle était le premier vampire que j'avais vraiment respecté pour son humanité incroyable. Quand j'avais perdu Billy, mon père, il l'avait lui aussi en quelque sorte... non pas remplacé mais compensé.

De tout temps, partout et pour toujours, Bella restait ma meilleure amie : et maintenant que nos vraies places avaient été trouvées, elle était pour ainsi dire devenue ma sœur. Je continuais à l'aimer et à la comprendre : elle restait Bella, dans toute sa bizarrerie et son amitié. En troisième lieu Alice, la « naine », qui m'arrivait au genou et était si prévenante, gentille et drôle que je n'avais pas tardé à l'adorer. Emmet ressemblait le plus à un des frères de la meute avec ses blagues douteuses et son coté bagarreur. Il s'était changé en un véritable poteau, à l'instar de Jasper. Edward, une fois la rivalité disparue, et l'irritation due au fait que je m'étais imprégné de sa fille, était devenu un ami sincère, un frère. J'avais découvert que nous nous ressemblions beaucoup, finalement. L'affection et le respect étaient devenus réciproques. Quand à Rosalie...avec elle, c'était toujours vaguement tendu. Cette femme était un vrai bloc de glace, et nous étions trop différents, trop fiers et trop entêtés tous deux pour nouer des relations ne seraient-ce que polies- même si je ne la haïssais plus (je ne pouvais juste toujours pas la sentir).

J'étais resté près d'eux grâce à Nessie. Mais aujourd'hui les Cullen étaient ma deuxième famille.

Qui aurait songé qu'un jour je dirais ça ?

La question d'Embry me trottait dans la tête : « Pourquoi t'as pas appelé les Cullen avant ? »

Cela semblait stupide, en effet. Pourquoi ne les avais-je pas mis au courant de la situation ? Prétextant avoir oublié mon portable, alors que mes frères en avaient tous un ? Toujours en rapport avec le fait que...tu peux le dire Jacob : je ne voulais pas les impliquer parce que j'avais peur que Nessie veuille absolument venir si tout le monde partait pour la Push. Je voulais absolument éviter ça. Mais, connaissant Nessie, elle avait compris à cette heure, et elle était partie se découvrir avec les petits cadeaux que tu lui avait réservé. Alors ? Tu voulais leur montrer que tu n'avais pas besoin d'eux, avoue ? Que tu pouvais être un Alpha fort et responsable, régler tes problèmes tout seul, que tu étais digne de Nessie ! Saleté de cabot, sans ton ego imbécile, tu ne serais peut-être pas là le cœur en vrac, à la poursuite de Leah ! Avec des frères angoissés dont un qui se tient à coté de toi, qui a peur, qui est triste et qui est encore un enfant !

Ce n'est pas la seule raison, c'est vrai. Aussi stupide que cela puisse paraître, tu es inquiet pour les Cullen, et tu n'as pas envie que l'un d'entre eux meure (à part si c'est Rosalie, bien sûr) parce que et, dis le bien fort (c'était un peu timide ton truc du " ouais, on est copains, ils me rappellent mes parents" !).

Ouvrez grand les oreilles : Jacob Black se fait du soucis pour les Cullen parce qu'il les aime !

Ouh...j'étais vraiment mort, là. Mais c'est vrai qu'ils me manquaient. La meute me manquait, Nessie me manquait abominablement et Leah me manquait. Je me tapais la tête contre la pierre, je me détestais.

Quel-cau-che-mars-mer-dique.


Et au dessus de moi, dansait, ironique, la Lune d'Arizona.