Reviewer's corner :

Mellyna : Yheaaaa ! Elle est revenue ! (fait des mamours à son panda) Alors, le soleil, c'était comment ?

Dame Emma : (essaye désespérement d'empêcher son crêne de gonfler) Et après on dit que c'est moi qui suis méssante… Monde cruel… Ho. Et Tenpou te fais dire qu'il te trouve toi méchante avec lui. Mais que pour la deuxième partie de tes espoirs (cough) il est partant, mais c'est pas lui qui décide, de toute façon... (soupir).

Katsumi W : Idem. Tenpou t'en veut aussi. Vous devriez monter un club toutes les deux… Quand l'histoire sera finie, je vous le filerai et vous en ferez ce que vous voulez (sous réserve que Kenren vous laisse faire, bien sûr)…

Meenoo : Nyooo ! Une nouvelle ! On va faire la course… Est-ce que tu seras arrivée à ce chapitre avant je le poste ou pas… (evil smirk)

« Le Rubicon de Tenpou »

oOo par les yeux de Konzen oOo

Je me souviens… Il y a des années… Je ne l'avais pas entendu entrer.

Nouveau dossier.

Lire (ou faire semblant).

Tamponner pour approbation.

Et… nouveau dossier.

Barbant.

« Barbant, n'est-ce pas ? Pourtant, je dirais que cet exemplaire est le mien puisque le vôtre est ici, » dit l'homme qui se tenait devant lui, agitant dans sa main une liasse de feuillets très semblable à celle posée sur son propre bureau.

C'était un homme aux cheveux sombres possédant des yeux d'un vert brillant qui fixaient Konzen avec l'éclat d'une curiosité presque prédatrice, provoquant un certain malaise chez celui-ci en dépit du sourire désarmant qui apparut tout à coup sur ce visage ouvert pourtant à moitié dissimulé par des lunettes.

« On ne peut pas faire confiance aux bleus dans l'armée, même pour quelque chose d'aussi simple que la distribution des documents, » reprit l'autre dieu avec un haussement d'épaule. « Alors vous êtes le fameux Konzen Douji, hein ? » Et l'homme s'installa sur son bureau sans réfléchir tout en commençant à bavarder affablement. Juste comme ça.

C'était la première fois que je le rencontrais…

Tenpou Gensui…

oOo

Et ensuite, Tenpou commença à se montrer de temps en temps, venant perturber son travail avec une régularité bizarre et des conversations futiles (pour ne pas dire bientôt étrangement bienvenues). Il faisait encore plus partie de sa routine journalière depuis que Goku était arrivé, et se reposer sur lui pour les « responsabilités éducatives » était un soulagement profond (au point d'en être presque absurde). Konzen devait l'admettre : il s'était habitué au personnage et à ses drôles d'habitudes, maintenant. C'est pourquoi il ne fut pas du tout surpris, ce matin-là, à la première heure, de le trouver assis à même le sol juste devant la porte de son bureau mais apparemment déjà en train de l'attendre. Le marshal se leva en le voyant, salut enjoué aux lèvres. Konzen accepta sa présence avec un haussement de sourcil et le laissa entrer dans le bureau qu'il venait juste de déverrouiller.

Tenpou prit comme d'habitude sa place sur la table de travail (Konzen ne prit même pas la peine de lui jeter un regard noir : il avait appris depuis longtemps que cela ne servait à rien, et avec une question, sa seule réponse aurait été : « Une chaise ? Pourquoi faire ? ») et déposa près de lui quelque chose qu'il avait amené. Le marshal se pencha en arrière, et d'un geste cavalier, ouvrit un tiroir pour en sortir d'un geste souple le cendrier qu'il avait laissé dans ce bureau, il y a bien longtemps, en prévision de toutes les occasions où il aurait envie de débarquer ici. Avec un léger sourire, il écrasa son mégot de cigarette dedans avant d'en allumer une nouvelle. Il regarda tranquillement autour de lui, comme s'il venait soudain de penser à quelque chose.

« Dommage. J'aurais bien voulu venir plus tôt pour admirer le résultat des exploits de Goku avec son encrier… » constata-t-il avec bonne humeur.

« J'ai tout fait remettre en état le jour où nous sommes allés aux champs de fleurs, » répliqua Konzen un peu sèchement, très peu désireux de se rappeler l'état de la pièce.

« C'est comme avant. Exactement comme avant, » constata le marshal, avec une once de désapprobation. « C'est bien, le changement, tu sais ? Tu aurais pu…redécorer ! »

« Avec des beignets multicolores et des fleurs géantes sur les murs, » ricana Konzen, se carrant plus confortablement dans son siège, tout en se souvenant des suggestions aberrantes de Goku le jour d'avant. Ou peut-être que c'était plus vraisemblablement des fleurs multicolores et des beignets géants, mais qui sait avec ce baka saru

Le silence se prolongea une bonne minute. Mais cela suffit à éveiller la suspicion du blond. Habituellement, Tenpou lui aurait déjà parlé de la raison de sa visite. Et puis il y avait la tenue. Il portait son uniforme de cuir. Une vision assez peu commune pour le neveu du bodhisattva. Konzen se sentait troublé. Quelque chose n'allait pas. Il voulait vraiment demander, mais…

Au lieu de cela, il ouvrit le premier dossier de la journée tandis que Tenpou continuait de laisser errer son regard dans le vide tout en faisant des nuages de fumée avec sa cigarette. Le seul indice de l'agitation intérieure du blond était le bruit sonore du sceau s'abattant chaque fois avec plus de force que nécessaire sur le papier. Et tout à coup, le marshal était déjà en train de se lever du bureau, tout en se dirigeant vers la porte avec un léger geste d'adieu :

« Haaa ! Faut que j'y aille. Je ne serai pas dans le coin pendant un moment. Le paquet est pour Goku. Je ne sais pas quand je reviendrai, alors je lui ai apporté ses mangas au lieu qu'il vienne les prendre dans ma bibliothèque. Sayonara ! »

« Et c'est juste pour ça que tu es venu ? » appela Konzen tandis que l'autre se trouvait déjà à la porte. Le marshal ne répondit pas. Il disparut dans le couloir.

C'était quatre jours auparavant.

oOo

Konzen, toujours à son bureau, poussa un profond soupir. Il détestait vraiment le changement. Et Tenpou avait beaucoup changé, récemment. Non pas qu'il soit devenu secret du jour au lendemain. L'homme l'avait toujours été et ça ne gênait pas Konzen outre mesure (ou du moins cela ne lui importait guère… Jusqu'à maintenant) d'être mis à l'écart d'un grand pan de la vie du marshal, tel que son travail ou même davantage comme il s'en doutait bien… Mais, comme Goku l'avait fait remarquer, quelque chose n'allait pas récemment. Konzen jeta un bref coup d'œil au paquet maintenant placé sous son bureau. Quand est-ce que tout avait commencé ? Peut-être… Peut-être ce jour bizarre dans la bibliothèque. Kenren devait savoir…Le blond réalisa alors qu' il était en fait toujours en train de foudroyer du regard ce paquet fermé par de la ficelle posé à ses pieds. Des mangas, avait dit le marshal. Pour Goku. Kuso

En parlant du loup…

« Kooooooonzeeeeeen ! » était en train de crier son « animal de compagnie » en faisant irruption dans la pièce, un général légèrement essoufflé sur ses talons. Le visage bouleversé et les yeux brillants d'inquiétude du saru rencontrèrent les siens. De très près. Goku avait presque escaladé le bureau.

« Là, » soupira Konzen, posant les mangas sur le plan de travail avant que le gaki n'ait eu le temps de dire un mot. Le sourire de l'enfant itan s'illumina d'un coup alors qu'il se mettait à babiller gaiement :

« Je croyais qu'il m'avait oublié… Mais d'habitude, il est toujours là, les jeudi après midi. C'est la règle. Il a promis. Il est là et je choisis des livres. Mais j'arrive pas à le trouver. Nulle part. Hey ! Pourquoi tu m'as pas dit avant que tu les avais… »

Le taishou observa le gamin, comme frappé de stupeur. La règle ? Les jeudi ? Comment… ? Alors c'était ça… Le mystère qui tenait depuis quelques mois en haleine l'armée de l'Ouest quasiment tout entière. Pour quelle raison le marshal refusait-il systématiquement d'assister au moindre débriefing ayant lieu un jeudi après midi ? invariablement ? Parce que le dit marshal était trop occupé à partager sa passion pour les bouquins avec un enfant itan. Kenren eut soudain très envie de rire. Même lui n'avait jamais obtenu de réponse. Mais le sourire de Kenren vacilla rapidement, en fait. Encore une chose qu'il n'avait jamais su à propos de cet homme, il réalisait.

Tu ne sais pas qui je suis, Tenpou avait-il dit lui-même. Tu ne sais pas qui je suis.

« Tu ne m'as rien demandé. Il les a laissés pour toi. » La réponse bourrue de Konzen à Goku interrompit le fil de ses pensées.

« Tu sais où il est parti ? » s'enquit cependant Kenren avec un renouveau d'espoir. Konzen avait vu Tenpou avant qu'il ne parte, manifestement.

« Il a dit qu'il serait absent pour un moment, » reprit le blond. Peut-être était-il en train de répondre au taishou. Ou simplement expliquait-il le paquet de mangas à Goku. Qui sait ?

Konzen était lui-même plutôt songeur, maintenant qu'il savait ne pas être le seul à s'inquiéter du marshal. Il était plutôt intrigant de penser que même son premier subordonné ne savait pas où le dieu se trouvait… Et lui qui avait toujours pensé que ce baka de général (aussi étrange que cela puisse paraître) était la personne la plus proche de Tenpou !

Il ne fait jamais ça. Il apparaît.

Il disparaît.

Revient comme s'il n'était parti qu'hier. Ça fait des années qu'il fait ça.

Mais il ne prévient jamais avant. Ja-mais.

Pourquoi maintenant ?

Je HAIS le changement.

Son regard quitta un Goku déjà occupé à regarder ses nouveaux livres pour se poser sur le taishou. Il y avait quelque chose d'égaré dans les yeux rouges.

Ce fut comme une soudaine illumination. Parce que ces jours-ci, ils s'étaient tous deux comportés de manière étrange.

« Qu'est-ce que tu lui as fait ? »

Et à toi, qu'est-ce qu'il t'a fait ?

Mais cette question-là, il ne la poserait pas. Ce n'était pas comme si lui et le taishou étaient « amis ».

Le général ne répondit pas. Il ignora le regard de Konzen qui pesait lourdement sur lui. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il n'avait toujours aucune idée de l'endroit où le marshal avait bien pu disparaître. Ça avait été la dernière possibilité.

Mince. Maintenant, il n'y avait plus qu'à demander au dragon, pensa Kenren.

Pourtant, comment expliquer qu'il puisse se sentir soulagé d'apprendre que le divin bureaucrate n'en savait pas plus que lui sur Tenpou ? Étrange. Il se rendait compte qu'il en aurait été blessé, autrement.

Sans un au revoir, il quitta discrètement le bureau, Konzen, le saru et ses mangas…

Où est-ce que tu te caches, bon sang !

oOo Terre oOo

Tenpou était juste là, en bas. Sur Terre, bien sûr.

C'était un endroit magnifique. Sauvage et libre. Au Paradis, la Nature paraissait comme entravée. Tout, là-haut, était conçu à l'échelle d'un simple œil divin. Rien ne devait porter ombrage aux « kami ». Les eaux étaient confinées dans de simples bassins à lotus, les arbres taillés sans merci pour ne pas trop grandir. Comme si les dieux ne pouvaient rien supporter qui paraisse plus insigne qu'eux. Même les champs de fleurs favoris de Goku avaient quelque chose d'artificiel dans la perfection de leur floraison éternelle. Ici, il n'y avait pas de limites…Les conifères étaient si imposants qu'ils avaient l'air de toucher les cieux. Les rocs de pierre sombre étaient aussi aigus que des rasoirs.

Tellement plus vivant qu'au Paradis. Tout comme lui. C'en était presque physique. Même sa mission ne pouvait l'empêcher de profiter de son séjour en ce lieu. Cette tranquillité de l'âme. Ironique, n'est-ce pas ? Trouver la paix en faisant la guerre…

Jusque-là, tout allait bien. Cela avait même été facile. Du gâteau, comme aurait dit Goku avec des yeux qui brillent, ou même Kenren lorsqu'il était d'humeur à taquiner le saru en l'imitant. Le marshal était aussi efficace à lui seul qu'une escouade tout entière. Même les youkai dont il était censé se charger n'avaient pas encore réalisé à quel point leur nombre avait déjà diminué. C'était la première fois que ses connaissances des techniques de guérilla lui étaient vraiment utiles. Il frappait un petit nombre la fois, les faisant disparaître sans une trace…

Nouvelle cible en vue. Un groupe de youkai. Il plissa le front en voyant un point noir qui se déplaçait sur ce paysage désertique, juste devant eux.

Une petite silhouette. Un homme. Qui fuyait pour sa vie. Ce n'était pas dans le plan. Il n'y avait pas de pertes humaines, dans le plan.

oOoTenkaioOo

Il y avait deux statues, dans ce bureau. Placées de telle sorte qu'elles avaient l'air de se regarder l'une l'autre. L'une était faite de l'albâtre le plus fin, figurant un dragon blanc, tandis que l'autre arborait toutes les couleurs de la vie sous l'apparence d'un général en uniforme. Le silence régnait sur ce lieu. Après une éternité pour le moins (comme l'en informait l'inconfort grandissant dans ses jambes), le général tressaillit imperceptiblement. Il apparaissait donc que tous deux n'étaient faits ni de bois, ni de pierre, après tout !

Tous deux étaient en effet des êtres bien vivants. Pour ne pas les citer : Goujun, le dragon blanc qui se trouvait être roi de la mer Occidentale, assis à son bureau, très droit, ses mains pâles nettement croisées sur des rapports pour le moment oubliés, et Kenren taishou, un de ses nombreux officiers et subalternes, qui se tenait debout, juste en face de lui. Le général n'avait pas été convoqué par le dragon. Mais il se tenait néanmoins là. Ce qui était très rare. Il n'aimait pas l'endroit. Il n'appréciait pas non plus son occupant. Pourtant, le dragon n'avait pas eu l'air surpris de cette visite. Il avait simplement détourné les yeux de son travail lorsque le taishou (bousculant au passage le soldat supposé barrer l'accès) avait fait irruption dans la vaste pièce dénudée.

Chaque silhouette semblait aussi obstinée que l'autre, résolue à ne pas engager la conversation. Et toujours aucun mot ne passait leurs lèvres. Depuis le moment où il avait pénétré dans ce bureau, Kenren était sûr de n'avoir pas vu le dragon ciller une seule fois. Goujun laissait simplement errer avec nonchalance son regard froid et reptilien sur la forme dégingandée du général, attendant. Le problème étant que l'on ne peut s'adresser à son supérieur avant qu'il ne vous y autorise. Ce qui ressemblait fort à une impasse pour le fougueux général.

Cette volonté inhabituelle de respecter l'étiquette militaire ne ressemblait pas du tout au taishou. Cela pouvait signifier qu'il était là pour une raison valable. Le roi blanc n'avait pas grand mal à deviner laquelle. Le dragon plissa légèrement le regard, continuant à la regarder bizarrement, avec une grande intensité, comme s'il recherchait quelque chose en lui. Et Kenren n'aimait pas du tout ça. C'était pour le moins déstabilisant.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait ? » s'enquit finalement Goujun, les yeux rétrécis, et une once de menace dans la voix.

Pourquoi demandent-ils tous la même chose ? pensa un Kenren irrité. Mais la colère n'était pas le meilleur moyen d'obtenir quoi que ce soit du dragon. Et il y avait une chose que le général devait absolument apprendre. Il se força à expirer lentement pour garder son calme. Il y avait des questions plus importantes pour l'instant. Comme réussir à savoir où Tenpou se cachait. Et quelque chose lui disait que rester silencieux devait être la meilleure solution. De cette manière, il ne dirait rien qui puisse risquer d'irriter davantage le dragon.

« Ça fait quatre jours. J'aurais cru que vous viendriez plus tôt, » ajouta le dragon après un moment, toujours si prudemment neutre. « J'étais sûr que vous étiez responsable. »

Le roi de la mer Occidentale avait l'air vaguement dégoûté. À l'intérieur, Kenren se sentit monter un rire désabusé… Était-ce si évident ? Il avait vraiment un tel effet sur Tenpou ? Personnellement, il n'en était pas certain. Mais alors, pas du tout. Mais bizarrement, tout le monde les regardait comme, il ne savait pas…Les deux faces d'une même pièce, peut-être…Comment les gens pouvaient-ils être aussi aveugles ? Le marshal n'était pas comme ça. Il refusait même de laisser ses proches le connaître…Comment pourrait-on alors s'attendre à ce que ces mêmes personnes aient la moindre influence sur lui ? Le marshal ne laisserait personne savoir ce qu'il avait dans la tête. Il était bien trop secret.

Peut-être que Tenpou avait raison, pensa soudain Kenren. Il ne savait pas qui il était. Et tout ce qu'il ressentait lui-même maintenant n'était qu'une espèce de sentiment vain pour un inconnu. Un dieu qu'il pensait connaître mais qui n'était en fait pas réel. Kenren avait l'impression de se trouver devant un mur. Il était presque prêt à abandonner là. Oublier tout espoir. C'est le message que Tenpou avait essayé de faire passer toutes les dernières semaines. Il était même parti pour que tout soit clair. Naïvement, Kenren avait pensé qu'il arriverait à percer la cuirasse du marshal. Il avait tort. Quel dommage… Et…

La voix de Goujun interrompit son déprimant débat intérieur.

« Quand vous l'aurez trouvé, dites au marshal que je le veux dans mon bureau dans deux jours au plus tard. »

Puis le dragon parla encore quelques secondes. Juste le temps de donner une location sur Terre et quelques informations basiques sur une situation militaire. Le taishou écouta attentivement, sa posture se redressant avec chaque mot. Maintenant, Kenren savait où chercher le marshal. Il avait toujours une chance. La Terre. Il allait sur Terre. Si absorbé dans son projet, il ne réalisa pas ce qu'il y avait d'étrange à penser que le dragon lui donne, à lui entre tous, la mission de ramener le marshal à la maison. Faisant peut-être preuve de plus d'esprit pratique que Tenpou n'en ferait jamais montre, le taishou refusait en fait absolument de se demander quelle pouvait être la logique d'un esprit de dragon.

oOo Terre oOo

Il était loin, et il était seul contre beaucoup. Habituellement, il aurait attendu qu'ils atteignent le lieu où il avait installé ses pièges à sceller. Il commença pourtant à courir.

Ce n'est pas juste, pensaitTenpou. Cet homme va mourir à cause de mon obstination à venir seul parce que je voulais un break, bon sang !

En certaines circonstances, la divinité ne suffit pas, réalisa le marshal. Ses yeux se fermèrent tandis qu'une nouvelle et inquiétante résolution se faisait jour dans son esprit. Il avait déjà brisé une fois le tabou de ne pas donner la mort. Alors, un peu plus de sang ? Du moment que ce n'était pas le sang de cet homme, qui courait pour sa vie, poursuivi par des bêtes. Ce n'était pas seulement le fait qu'il s'agisse de youkai qui faisait bouillir la haine dans la poitrine de Tenpou. Ceux-là étaient réellement des bêtes. Chassant comme une meute. Et certainement pas seulement pour leur survie comme les animaux le font. Mais ces anciens suiveurs de Gyumao chassaient pour le plaisir de tuer. Et manger de la chair humaine.

Alors Tenpou gensui franchit la ligne. Bien sûr, il avait déjà tué une fois. Un dieu, un des siens, même. Ça avait été la volonté de survivre et la force de l'adrénaline. Ce n'était pas pareil que de penser à enfreindre une telle loi de sang froid. Il savait exactement ce qu'il n'était pas censé faire et ce qu'il allait faire quand même. Mais la décision était facile… Si étonnement facile, de briser ce tabou divin. Je franchis Rubicon… il pensa. La limite entre le bien et le mal. Le légal et l'illégal. Le divin et… Quel était l'opposé de divin ?

Le revolver tranquillisant et l'artefact utilisé pour sceller les youkai tombèrent sur le sol. Quoi qu'il se passe, il n'y avait pas de retour en arrière possible. Même si personne ne l'apprenait jamais. Même s'il était capable de retourner indemne au Paradis. C'était plonger dans l'inconnu. Ça ne lui ressemblait pas. En tant que stratège, il méditait toujours ses actes. Il n'agissait jamais sans beaucoup de réflexion et la certitude d'avoir fait le bon choix. Et aujourd'hui…

« Les dés en sont jetés… » il murmura en atteignant enfin les créatures. De ses mains nues, il tua la première. Les youkai ne l'avaient pas vu venir. Il se pencha pour ramasser une vraie arme. C'était une épée courte (ou peut-être un long couteau) appartenant au youkai. Continua de courir. Tomba comme la foudre sur le dos des prédateurs. Et il se battit. Dur. Rapide. Mortel…

Absolument pas comme un dieu, donc.

Un moment, il épargna un bref regard pour la lame maculée de la brillance rouge du sang. C'était la couleur de la loi que l'on enfreint. Et il reprit son combat sans plus de scrupules.

oOoOoOo

minute culturelle du piaf

Parce que je suis paresseuse, je copie la définition du dico…Mais pour des précisions, suffit de demander…

Rubicon : rivière séparant l'Italie de la gaule Cisalpine. César le franchit avec son armée dans la nuit du 11 au 12 janvier 49 avant JC, sans l'autorisation du sénat, ce qui déclencha la guerre civile.

(A/N - En fait, il était interdit aux généraux romains de pénétrer sur le territoire de Rome avec une armée par peur des pressions politiques possibles par ce biais. C'était quasiment un tabou, ce que faisait donc César était illégal et s'apparentait à un coup d'état. Il briguait son second consulat, si je me souviens bien...)

Franchir le Rubicon signifie prendre une décision audacieuse et irrévocable.

Les dés en sont jetés… (alea jacta est) : phrase qu'aurait prononcée César en traversant…