Avertissements :
L'histoire de Candy Candy et de tous ses personnages appartiennent à Kyoko Mizuki, les images à Yumiko Igarashi et le dessin animé à TOEI Animation. L'histoire écrite ci-après est une fiction à but non lucratif.
Un grand merci à Lenniee pour son support continuel et à Stormaw et K.e.c.s. pour vos commentaires, MPs et votre fidélité. Merci pour vos suivis et favoris.
Alors sans plus attendre voici la suite…
XXX
Chapitre 13 : l'enquête
Après leur éprouvante aventure, Candy et Albert se virent accorder le reste de la journée libre qu'ils passèrent ensemble dans le parc. Ils n'avaient pas besoin de se cacher par souci des convenances, puisque de toute façon, tout le monde était au courant de leur engagement.
Toutes ces émotions cumulées avaient fini par drainer toute l'énergie du jeune couple et c'est dans les bras l'un de l'autre que les deux jeunes gens s'endormirent, épuisés, à l'ombre des arbres dans leur coin favori. En se réveillant Albert pensa qu'il était impératif de parler sérieusement des détails de leur mariage. Il avait eu si peur pour Candy, de ce que ces scélérats avaient voulu lui faire subir. Il en avait encore le cœur meurtri et la chair de poule. Il en était malade rien qu'à y repenser. Il fallait rentrer à Chicago très rapidement. Cette fois elle avait eu de la chance de s'en sortir indemne ou presque, car elle avait été secouée psychologiquement et durement giflée, comme l'ecchymose laissée sur sa joue lui rappelait toujours. Il se sentit bouleversé en regardant la trace bleu-violacé. Mais la prochaine fois ? S'il n'était pas là pour la sauver ou qu'il en soit incapable ?
Il avait très hâte de se marier avec Candy pour faire d'elle sa femme corps et âme bien sûr, mais s'il était si pressé, c'était surtout pour la ramener le plus vite possible à l'abri en Amérique, loin de cet enfer. Instinctivement, il caressa sa joue meurtrie avec douceur comme pour effacer les traces laissées par cette brute. Candy, qui avait sa tête reposée sur la poitrine musclée d'Albert, s'éveilla à ce contact si agréable. Elle battit ses paupières, puis se plongea dans deux lacs azurés qui l'observaient avec une infinie tendresse, mais elle y décela également une pointe d'inquiétude.
- Tu es réveillée mon amour. Te sens-tu mieux ? sa voix douce était comme une caresse aux oreilles de Candy.
- Oui Joli Bert, et toi ? lui répondit-elle avec un sourire lumineux.
- Ça va, mais il y a quelque chose d'important dont nous devons parler. Il faut que l'on discute de notre mariage. J'aimerais que ce soit bientôt, le plus tôt possible en fait. Qu'en penses-tu ? il avait un air sérieux, tout en balayant d'un geste de la main un insecte indésirable qui venait de se poser sur sa joue.
- Quand exactement ? Et où ? Il faut aussi que l'on prévienne la famille, nos amis.
- Je pensais que tu aimerais que ce soit à la chapelle de la Maison de Pony.
- Oui, cela me plairait beaucoup, mais… nous ne savons pas quand la guerre sera finie, répondit-elle d'un air pensif.
- On pourrait ne pas attendre la fin du conflit Candy. Imagine qu'il dure encore deux ou trois ans ou même davantage ; je ne veux pas attendre si longtemps... alors cet automne ?
Il l'observait très sérieusement avec une supplique silencieuse dans son regard et un ton ferme dans la voix.
- Si tôt ? Mais cela signifie qu'il faudrait démissionner et partir d'ici maintenant! répondit-elle contrariée, elle se mordit la lèvre inférieure tout en observant le vol d'un couple d'oiseaux qui se disputaient en piaillant.
- Je sais ce que ce travail ici représente pour toi, mo chridhe, mais de toute façon, je ne peux pas rester indéfiniment ici, dit-il d'un ton convaincu.
- Oui, je comprends mon amour. Ta famille a besoin de toi à sa tête, tu es le patriarche après tout, et la Tante Elroy est sans doute très inquiète à ton sujet maintenant qu'elle sait que tu es ici. Mais tu peux repartir avant moi, tu sais, je comprendrais fort bien et nous pourrions nous marier à la fin du printemps prochain ou même en été ? essaya-t-elle.
- Je ne veux pas te laisser et repartir sans toi, Candy ! s'exclama-t-il fermement en plissant les yeux et en fronçant les sourcils.
- C'était pourtant ce que tu prétendais faire il y a trois semaines ! rétorqua Candy en se redressant pour s'asseoir. Elle sentait qu'elle allait avoir du mal à convaincre Albert, alors elle cherchait un défaut dans sa cuirasse de preux chevalier.
- Les circonstances étaient différentes et c'était seulement pour te pousser à me parler, Candy. Je t'aime, et maintenant que je sais que c'est réciproque, je veux encore moins me séparer de toi. De plus, tu as vu ce qui aurait pu t'arriver ? C'est trop dangereux, et cela peut même s'empirer si le front se déplace. Or tu es pour moi la personne la plus précieuse au monde, je ne supporterai pas s'il t'arrivait malheur. Mon amour, je t'en supplie, j'ai toujours respecté tes choix, mais là, il en va de ta sécurité !
Albert revoyait une fois de plus cette maudite scène où ces monstres voulaient… il n'osait même pas mettre des mots sur ce qui avait failli arriver à l'amour de sa vie, alors il se mit sur ses genoux, s'assit sur ses talons et lui prit les mains en la regardant dans les yeux avec intensité.
- Mais Albert tu sais combien cette mission est devenue importante pour moi. Venir ici m'a aidée à surmonter ma peine quand tu es parti. Aider à soulager la souffrance, les horreurs de cette guerre que j'ai vues et que je vois encore chaque jour au travers des blessures des soldats, que tu as vues toi aussi. Je me sens utile depuis que je suis devenue infirmière et encore davantage ici. Quand je suis partie de Londres, j'étais complètement perdue sans savoir vraiment quoi faire de ma vie. Et puis j'ai repensé à cette lettre que tu m'avais envoyée d'Afrique dans laquelle tu me parlais d'une certaine infirmière que tu y avais rencontrée et que tu admirais, et quelque part c'est cela qui a révélé ma vocation. Aider les autres, soulager leur douleur, soigner leur maladie, panser leurs blessures, je trouvais enfin un sens à ma vie et je ne peux pas renoncer à tout cela d'un coup. Ce métier fait aussi partie de moi, répondit-elle avec conviction.
- Mais enfin Candy, je ne te demande pas d'abandonner ton métier, mais simplement de l'exercer ailleurs, dans un endroit moins dangereux et près de moi !
Chose inhabituelle, Albert commençait à perdre patience en sentant qu'il n'arrivait pas à la persuader, à la convaincre de s'éloigner du danger ; il sentait sa poitrine se serrer.
- Parce que tu seras toujours près de moi ? Pourtant tu me parlais de voyages d'affaires en prévision l'autre jour, lui répondit-elle sèchement en retirant ses mains des siennes.
- Oui, c'est vrai, mais au moins à Chicago tu risques moins ta vie qu'ici. Bon sang, Candy, si seulement tu pouvais être un peu plus raisonnable parfois !
Cette fois son sang bouillait dans ses veines, le ton de sa voix était monté et il soupira lourdement de de frustration. Il finit par se lever. Sur le moment Candy sentit la colère monter en elle également. Pourquoi ne voulait-il pas respecter son choix ?
- Mais c'est mon choix Albert ! Tu dois respecter cela ! rétorqua-t-elle en rogne, en se levant à son tour.
- Pas lorsque ton choix te met en danger, Candy ! il était excédé et inquiet.
Candy sentait qu'Albert était extrêmement contrarié, tout comme elle d'ailleurs, mais elle réfléchit quelques instants en le regardant se passer nerveusement les deux mains dans ses cheveux et marcher de long en large, les sourcils froncés. Visiblement il cherchait à contenir sa colère.
Depuis des années qu'ils se connaissaient, c'était leur première dispute.
Et hormis les enjeux, les deux jeunes gens en étaient bouleversés.
Quelques secondes passèrent, leur semblant être une éternité, dans le silence.
Une, deux, trois…
Comment en étaient-ils arrivés là ? Ils n'osaient même plus croiser leur regard.
Malgré sa propre contrariété et énervement, Candy finit par comprendre son point de vue : il était seulement très inquiet pour elle. Il était encore imprégné des derniers événements, de l'agression. Elle devait bien admettre qu'il l'avait toujours soutenue dans ses choix auparavant, même s'ils allaient à l'encontre de ce que pensait le reste de la famille et la Grande Tante Elroy en particulier. À ce moment-là elle ne savait pas encore que celui qui était derrière, le Grand Oncle William, c'était lui, Albert. Donc cette fois, s'il s'opposait à son vœu, c'est que cela devait vraiment lui tenir à cœur. Peut-être avait-il raison, il ne cherchait que son bien. Elle décida qu'un compromis serait souhaitable pour arrêter la dispute, alors timidement, avec une petite voix, elle lui proposa :
- Bon… alors peut-être… à Noël ?
Il la regarda pendant une minute et comprit qu'elle lui offrait une branche d'olivier avec ce compromis. Elle avait l'air à la fois si fragile, mais si forte, si déterminée et elle était si implorante que sa colère s'évanouit d'un coup pour céder la place à l'admiration. Malgré tout ce qu'elle venait d'endurer, son dévouement envers les autres ne faiblissait pas. Il ne devait pas oublier que c'était l'une des raisons pour lesquelles il l'aimait tant, alors il finit par répondre sur un ton faussement désabusé, et pour désamorcer la dispute.
- Mais pourquoi n'ai-je pas demandé en mariage une jeune femme docile et obéissante ? Tu es vraiment têtue tu sais, Candy ?
- Oui, je l'avoue. Alors tu regrettes déjà ? Il est encore temps de changer d'avis tu sais, Albert ? elle avait compris son jeu et elle pensait qu'ils pouvaient être deux à jouer ainsi.
- Ah ! Je vais y réfléchir... Il la taquina aussi.
- Dans ce cas je reste jusqu'à la fin de la guerre, même si c'est dans dix ans, elle continuait à le taquiner.
- Bon très bien, alors mariage pour Noël, mais départ dans deux mois au plus tard pour faire les préparatifs !
- Un compromis alors ? Si je suis têtue, toi tu es un sacré négociateur, Joli Bert ! Peut-être que je reviendrai après le mariage ? Dit-elle pour le provoquer gentiment. Une légère brise vint désordonner quelques mèches de ses cheveux dorés.
- Une fois mariée tu pourrais te retrouver enceinte et alors, il n'est pas question que tu continues. C'est beaucoup trop risqué, répondit-il avec malice en se rapprochant d'elle dangereusement.
- Joli Bert ! Tu vas vite en besogne. Nous ne sommes pas encore engagés officiellement que tu parles déjà d'un bébé. Et puis d'ailleurs, une grossesse n'est pas une maladie qui empêche de travailler… et tu sais quelquefois cela met du temps à arriver.
Elle continuait sur un ton enjoué, alors qu'il écartait les mèches rebelles qui recouvraient le beau visage de la jeune-femme, puis il ajouta, les yeux brillants de malice :
- Mais rien n'empêche d'essayer et …
Il se rapprocha encore et l'enlaça par la taille avant de continuer.
- ...tu peux compter sur moi pour essayer souvent… si bien sûr cela te plaît aussi…
Il déposa un baiser sur sa joue, elle émit un petit rire en rougissant, et il continua :
- ...et essayer encore…
Il la gratifia d'un autre baiser sur son nez, elle soupira.
- ...et encore …
Cette fois, il laissa un baiser fugace sur ses lèvres. Elle ferma les yeux dans l'anticipation de plus d'intimité.
La voix d'Albert était devenue rauque, mais au dernier moment, il se retint d'approfondir le baiser. Il voulait finir d'apaiser complètement la tension qui s'était installée au cours de cette dispute. Mais le souvenir des épreuves endurées la veille surgit à l'improviste dans son esprit et l'inhiba, car même si Candy avait l'air de bien accepter ses attentions, il savait qu'elle avait été extrêmement choquée et bouleversée, alors il modéra ses ardeurs.
Il n'avait pas aimé se disputer avec elle.
Elle n'avait pas aimé se disputer avec lui.
Mais ils adoraient leur réconciliation...
XXX
Pendant qu'ils discutaient, deux autres personnes en faisaient autant avec véhémence : le Dr de Vigny et le Dr Mercier. Ce dernier trouvait suspicieuse cette soi-disant embuscade avec la disparition, une fois de plus, du ravitaillement, et cette fois avec un cheval et la charrette en plus, même si ce n'était pas le convoi habituel qui avait été dérobé. Alors que Pierre n'imaginait pas Candy coupable (il la connaissait assez bien pour avoir travaillé avec elle pendant des heures). Elle était le dévouement incarné, de plus elle avait eu l'air vraiment très affectée par ces événements, et il avait aussi remarqué l'ecchymose sur sa joue.
- Mais enfin Pierre, vous ne trouvez pas cela bizarre ? En plus, les vols ont commencé peu de temps après qu'elle soit arrivée ici ! il agitait les mains en agacement.
- Elle n'est pas la seule à être arrivée à ce moment-là, Pierre faisait signe non de la tête.
- Peut-être, mais c'est avec elle que le ravitaillement a disparu. Vous y croyez, vous, à cette histoire d'enlèvement et à des gentils allemands qui les auraient laissés repartir tranquillement ? dit-il ironiquement.
- Il ne faut pas diaboliser systématiquement l'ennemi, Robert. Il y a des gentils et des méchants dans les deux camps. Et puis ils ont été agressés par d'autres. Ils ont été blessés tous les deux d'ailleurs et ils en portent les stigmates! Pierre parlait avec animation.
- Ils auraient pu s'infliger mutuellement leurs blessures. Et puis ce M. Ardlay, d'où sort-il d'ailleurs ? il agitait son index droit.
- Il est le chef de l'une des familles les plus riches d'Amérique.
- Et vous avez vérifié ses papiers ? N'étaient-ce pas des faux ? Moi, je propose déjà que l'on fasse fouiller les chambres du personnel, nous aurons peut-être la chance de découvrir des choses compromettantes pour le, la ou les coupables, déclara-t-il résolument.
- Bon, d'accord pour la fouille et nous aviserons ensuite, répondit Pierre en soupirant.
- Dès que possible nous convoquerons tout le monde dans le réfectoire lorsqu'une équipe extérieure viendra pour réaliser la fouille, on ne peut avoir confiance en personne d'ici.
XXX
La vie à l'hôpital avait repris sa routine. Candy et Albert se remettaient peu à peu de leur terrible périple, même s'ils faisaient chacun de leur côté de terribles cauchemars chaque nuit, réveillant leur compagnon de chambrée. Ils se retrouvaient dès qu'ils le pouvaient pour parler de leurs projets d'avenir, leur présence mutuelle les calmait, les rassurait. Ils partageaient beaucoup d'amour et de tendresse, mais Albert se retenait encore dans ses baisers, réfrénant sa passion, toujours pour la même raison. Cette agression commise sur Candy l'avait profondément et plus secrètement atteint, qu'il n'y paraissait à prime abord, et à chaque fois qu'il commençait à se laisser aller à vouloir l'embrasser passionnément, des images de Candy se faisant agresser surgissaient sous forme de flashs dans sa tête, le figeant de peur de la traumatiser davantage. Candy se rendait compte de sa réticence, mais elle ne chercha pas à soulever le sujet avec lui pour le moment, étant elle-même encore perturbée, leurs moments tels qu'ils étaient lui suffisaient amplement.
Yann Guézennec, maintenant remis de ses blessures était sur le point de sortir pour rentrer chez lui en Bretagne. L'instituteur était content de pouvoir bientôt retrouver sa famille, mais il repartait révolté et écœuré par ce qu'il avait pu voir et savoir à propos des injustices commises, notamment les exécutions pour l'exemple après les mutineries pourtant bien justifiées. Tant de morts inutiles qui s'ajoutaient à celles que se comptaient par millions dans la bataille de Verdun et celle de la Somme l'an dernier et récemment, celle du Chemin des Dames.
Quelle folie !
Jane et Pierre de Vigny continuaient de faire équipe ensemble et cela les aidait à panser leur peine de cœur. Ils se comprenaient. Ils se découvraient peu à peu et ils s'appréciaient de plus en plus, mais il n'était pas question d'amour. Du moins, pas encore… Il leur faudrait encore quelques mois pour vraiment tourner la page, mais ce qui était fort probable, ils la tourneraient ensemble.
XXX
Puis vint le jour de la fouille qui se déroula comme prévue. Tout le personnel qui avait été regroupé au réfectoire se posait des questions, mais tous avaient deviné que c'était probablement en rapport avec les attaques des convois.
Le Dr de Vigny, médecin en chef, eût la responsabilité de l'opération et lorsqu'il fut informé de la présence de documents compromettants dans les affaires de l'un des membres du personnel, c'est à lui qu'incomba la tâche de l'interrogatoire. De plus, en tant que Colonel de l'armée française, il était habilité à arrêter le coupable. Il fut assisté par le Dr Mercier. Pierre avait un air très grave et il semblait très affecté lorsqu'il se dirigea vers la personne qu'il voulait interroger.
- Mlle Ard…, euh, ou Johnson ? Voulez-vous nous accompagner s'il vous plaît, nous avons quelques questions à vous poser.
Des murmures et des exclamations de surprises s'élevèrent tandis que tous les yeux se tournèrent vers Candy qui était surprise et atterrée. Elle sentit son cœur s'emballer. Elle ne comprenait pas pourquoi c'était elle que l'on venait interroger. Mais qu'avaient-ils donc découvert ?
- Pardonnez-moi Dr de Vigny, mais elle est mineure et de surcroît citoyenne américaine. Vous ne comptez pas l'interroger sans son représentant légal ?
C'était Albert qui venait de s'interposer, tout aussi interloqué qu'elle. Il savait Candy innocente et il n'allait pas laisser faire cette terrible injustice !
- Pardonnez-moi à mon tour M. Ardlay, mais premièrement, j'ai cru comprendre que vous n'étiez plus son tuteur et deuxièmement, il s'agit de trahison en période de guerre et enfin, vous aussi vous êtes soupçonné en tant que complice, tout au moins pour la dernière attaque et vous serez interrogé séparément, répondit péniblement, mais avec fermeté, le médecin-chef.
- Mais enfin, c'est absurde ! Nous étions les victimes dans cette histoire.
Albert révolté serrait ses poings si fortement que ses jointures blanchirent.
- C'est ce que l'enquête nous dira. Pour l'instant soyez raisonnable et n'aggravez pas la situation ! s'exclama le Dr Mercier en essayant de raisonner le blond.
- ça va aller Albert, ce n'est qu'un interrogatoire après tout, et je vais répondre à leurs questions, car je n'ai rien à cacher.
Candy sentait que la situation pouvait dégénérer et il fallait bien savoir ce qu'ils avaient à lui reprocher pour qu'elle puisse se défendre, mais elle n'en menait pas large. Elle posa la main sur le bras d'Albert en réassurance. Elle sentit sa tension musculaire et vit la rage passer comme un orage dans l'azur de ses beaux yeux assombris, alors qu'il observait les deux médecins. En sentant sa main, Albert détourna son regard sur elle et vit son inquiétude dans ses prunelles malgré ce que disaient ses paroles. Il se sentait impuissant et frustré, et pour l'instant il pensa que le mieux était de plier pour savoir exactement de quoi il en retournait.
Candy fut donc emmenée dans le bureau du Dr de Vigny pour y être interrogée.
- Asseyez-vous Mlle Johnson. Voilà les faits : lors de la fouille, on a retrouvé ceci dans vos affaires personnelles.
Le médecin tendit la main vers des lettres posées devant lui sur son bureau. Elles étaient rédigées apparemment en allemand.
- Mais je ne comprends pas ! Je n'ai jamais vu ces documents avant et d'ailleurs je ne comprends pas la langue dans laquelle c'est écrit.
- C'est en allemand et vous pouvez toujours prétendre que vous ne comprenez pas cette langue, ce n'est pas une preuve mais une déclaration, mademoiselle. On ne peut pas faire semblant de connaître une langue sans être démasqué, mais le contraire est tout à fait possible ! s'exclama, en ironisant, le Dr Mercier qui apparaissait être convaincu de sa culpabilité.
- Mais je vous jure que c'est vrai ! Et d'ailleurs que disent ces documents ? répondit Candy indignée, mais également angoissée.
- A première vue il s'agit de lettres innocentes, mais en lisant attentivement, on peut se rendre compte que certains éléments peuvent être codés pour donner des informations ou plutôt des instructions à suivre par exemple, poursuivit le Dr Mercier en pointant les lettres.
- Mais je n'ai rien à voir avec ça ! D'ailleurs n'importe qui aurait pu placer ces lettres dans mes affaires, les chambres ne sont pas verrouillées après tout, Candy se défendait du mieux qu'elle le pouvait en resserrant ses mains sur le tissu de sa jupe.
- Peut-être, mais pourquoi une personne aurait fait cela puisque la fouille était surprise ? Et puis c'est bien vous qui avait été, soi-disant, enlevée et qui avait perdu le chargement avec le cheval en plus.
C'était toujours le Dr Mercier qui continuait l'interrogatoire de façon cinglante, alors que Pierre, désabusé, laissait faire son collègue. Il avait la ferme intuition que Candy n'était pas coupable, même si tout l'accusait. Il se contentait de l'observer attentivement pour essayer de déceler le moindre signe qui pourrait la trahir, mais il ne vit rien d'autre qu'une jeune femme innocente et traquée, si elle était coupable elle savait bien jouer la comédie, en tout cas.
- Enlevée, parfaitement, et ensuite agressée par d'autres !
Candy agrippa les accoudoirs de son siège et avait les larmes aux yeux en se remémorant la scène.
- Candy, racontez-nous en détails comment cela s'est passé depuis l'embuscade, Demanda Pierre sur un ton plus calme que son collègue, il avait même réemployé son prénom sans même en avoir eu conscience.
Et Candy conta en détails tout ce qui s'était passé, y compris la tentative de viol qu'Albert et elle avaient jusqu'alors omise, après tout ils étaient deux médecins et elle était accusée de trahison. Elle tremblait de tout son corps et les larmes roulaient sur ses joues en racontant la violence de son agression. Ensuite, elle expliqua comment Albert l'avait sauvée. Pierre était touché de la voir si bouleversée, surtout que les sentiments qu'il éprouvait envers elle subsistaient toujours, même s'il avait renoncé à la conquérir. Il ne pouvait pas croire qu'elle simulait, mais ce n'était pas l'avis de son collègue qui s'exclama :
- Et vous voulez nous faire croire qu'un homme désarmé et mis en respect a réussi à maîtriser trois hommes armés, et des soldats de surcroît ? il était plus ironique que jamais avec un sourire en coin.
- C'est pourtant la vérité ! se défendit Candy, mais le combat était inégal et les preuves l'accusaient.
Quelques questions supplémentaires lui furent posées sur les raisons de son engagement, où elle avait fait sa formation d'infirmière, sur sa famille et d'autres du même genre. Puis elle fut conduite sous bonne garde dans sa chambre en attendant qu'Albert soit interrogé à son tour.
Ce deuxième interrogatoire fut plus animé, car Albert n'était pas homme à se laisser impressionner, surtout quand l'innocence de sa bienaimée était mise en cause. On lui demanda également de raconter en détails les derniers événements. Son récit corroborait celui de Candy, mais cela ne convainquit pas le Dr Mercier qui pensait qu'ils avaient très bien pu mettre leur histoire au point ensemble.
Les deux médecins discutèrent âprement, car Pierre n'arrivait pas à se résoudre à accuser formellement Candy et à la faire arrêter. Toutes les preuves étaient contre elle et même si son intime conviction lui affirmait qu'elle était innocente, il ne pouvait pas aller à l'encontre des faits ni de son collègue qui lui dit :
- Si vous ne le faites pas Pierre, c'est moi qui le ferais. De plus j'en référerai à votre hiérarchie, il agitait son doigt de façon menaçante.
Le Dr de Vigny était coincé. Il se sentait impuissant. Son collègue n'était pas un médecin militaire, mais il pouvait très bien faire un rapport à ses supérieurs et au final, le résultat serait le même pour Candy. Elle fut donc mise aux arrêts et assignée dans sa chambre sous la garde de deux soldats : un, posté devant la porte, avait été réquisitionné parmi les blessés guéris et sur le point de partir de l'hôpital, l'autre surveillait la fenêtre. Une équipe viendrait la prendre pour la conduire à la prison militaire la plus proche en attendant son procès.
Quant à Albert, il fut mis sous surveillance également. Il était accusé de complicité, tout au moins pour la dernière attaque, étant donné qu'il n'était pas là lors des précédentes, en plus aucun document compromettant n'avait été retrouvé dans ses affaires personnelles. Les deux médecins craignaient qu'il ne tente quelque chose, donc ils désignèrent le Lieutenant Yann Guézennec pour sa surveillance en remplaçant notamment Paul, le compagnon de chambrée d'Albert. Ils ignoraient que Yann et Albert avaient développé une franche amitié. Les deux jeunes hommes profitèrent de se retrouver seuls dans la chambre pour discuter.
- C'est incroyable toute cette histoire, mais je ne crois pas un instant à la culpabilité de Mlle Candy, ni vous en tant que son complice d'ailleurs. Ils font une lamentable erreur ! s'exclama Yann en lançant les bras d'indignation.
- Je suis soulagé qu'il y ait au moins quelqu'un qui ait foi en elle. Mais qui a pu faire ça ? Albert se cala dans son siège.
- Difficile de savoir car maintenant le vrai coupable est alerté et sera sur ses gardes, d'ailleurs il avait dû être mis au courant pour la fouille, puisqu'il a placé les documents compromettants dans les affaires de Mlle Candy.
- Vous pensez qu'on ne pourra pas retrouver le coupable ? demanda Albert inquiet.
- Peut-être que si, mais probablement trop tard. Yann était désolé.
- Mais dites-moi, Yann, vous qui connaissez le système, que va-t-il se passer maintenant ? Albert serra ses cuisses avec ses mains dans une expectative angoissée.
- Vous allez être emprisonnés jusqu'à votre procès devant un tribunal militaire. Le cas de Candy est beaucoup plus grave que le vôtre à cause de ces documents retrouvés dans ses affaires personnelles et qui sont des preuves tangibles. Je ne veux pas vous faire peur, mon ami, mais si elle est reconnue coupable de haute trahison et d'espionnage, par temps de guerre, c'est le peloton d'exécution. Il serra les poings.
- Mais avec un bon avocat, on devrait pouvoir démontrer son innocence, non ?
Albert était alarmé, il avait l'impression de revivre un ancien cauchemar : celui où c'était lui qui avait été soupçonné d'espionnage dans cette même guerre. Sauf qu'à l'époque il n'y avait aucune preuve contre lui, même pas de fausse preuve.
- N'avez-vous pas entendu parler du procès de Mata Hari (1) ? lui demanda Yann en haussant les sourcils.
- Non, qui est-ce ?
- C'est une femme accusée d'espionnage pour le compte des allemands. Son procès vient de commencer et fait étalage dans toute la presse en ce moment, et visiblement elle est en mauvaise posture malgré la faiblesse des preuves trouvées à sa charge. Vous vous souvenez de nos discussions au sujet des mutineries ? Et bien, depuis ces événements on accuse, condamne et fusille très facilement pour l'exemple. Et je crains fort que la tête d'une américaine soit une pièce de choix !
- Vous pensez vraiment qu'elle risque d'être condamnée à mort, même si elle est innocente ? Albert était complètement atterré et anéanti.
- J'ai bien peur que oui. Il leur faut des coupables et qui fassent parler la presse pour faire oublier le fiasco du Chemin des Dames, alors quoi de mieux comme publicité qu'une américaine convaincue d'espionnage pour les allemands ? Vous avez peut-être beaucoup d'influence aux Etats Unis, Albert, mais ici ce sera la lutte du pot de terre contre le pot de fer ! il se gratta le menton.
- Mais alors que faire ? Je ne vais pas la laisser être condamnée et exécutée. Jamais sur ma propre vie ! Albert s'agitait sur son siège.
- Fuyez ! Evadez-vous avec elle et quittez la France ! C'est la seule solution.
Albert regarda Yann qui avait l'air très sérieux en disant cela et il sentit que c'était effectivement le seul moyen de sauver la tête de Candy, ainsi que pour lui d'éviter probablement la prison. Albert était dans tous ses états. Il n'imaginait pas perdre Candy, elle était le souffle de sa vie, l'essence même de son âme, le soleil de ses jours, son étoile. Il ferait tout pour la sauver, coûte que coûte. Une si belle personne qu'elle ne pouvait pas disparaître, emportée, transpercée par le métal mortel des balles d'un peloton d'exécution sans merci, quitte à faire rempart avec son propre corps. C'est alors que le doute s'empara de son esprit l'ankylosant peu à peu comme une ronce qui s'enroulait insidieusement tout autour en plantant ses épines qui s'enfonçaient de plus en plus profondément à l'intérieur. Ses incertitudes s'insinuaient subrepticement dans son âme comme autant de sangsues qui le vampirisaient de son énergie vitale. La peur de l'échec et la panique qui l'envahissaient en cet instant agissaient comme les tentacules d'une pieuvre impitoyable qui se resserraient autour de son cœur et de ses poumons, l'empêchant littéralement de respirer. Il glissait peu à peu dans cet abîme en sombrant dans une mer de désespoir…
Non !
Non ! Non et non !
Il devait trouver un plan et qui devrait fonctionner. Absolument. La vie est une merveille. La vie devait triompher et l'amour avec elle !
Candy était probablement terrorisée et angoissée dans sa chambre. Elle avait besoin de lui à pleine capacité. Il ne devait pas se laisser gagner et ronger par ces sentiments négatifs énergivores alors, d'une pensée, d'un trait d'esprit, comme on le ferait d'un geste de la main, il balaya tous ses doutes. Albert était résolu et déterminé. Déterminé à la sauver.
Il réussirait.
Ils réussiraient, ensemble !
(Alexandre Desplat The Wonder Of Life- Une vidéo de morfeusmoon)
Après ces quelques instants de flottement, Albert abattit une main sur la petite table à côté de lui et dit :
- Il nous faut un plan. Et rapidement.
- Je vais vous aider, proposa Yann.
- Yann, non ! Vous risquez gros et vous avez une famille, il fit non de la tête.
- Vous connaissez mon opinion à propos des mutineries, des fusillés pour l'exemple et de tout cela. Je ne peux plus fermer les yeux et ne rien faire. Maintenant on s'en prend à des volontaires de La Croix Rouge et demain, ce sera au tour de qui ? Non, c'est trop révoltant !
Yann se leva de sa chaise, il était vraiment écœuré et c'était la goutte de trop.
- Je vous remercie infiniment Yann, mais on fera de manière à vous impliquer au minimum.
- Vous devez vous enfuir le plus tôt possible, dès demain et avant le transfert vers la prison, il marchait de long en large en se frottant le menton pour réfléchir.
- Il faut que l'on sache ce que pense Lise de tout cela ? Elle partage la chambre de Candy et je sais qu'elles sont très proches, toutes les deux j'espère qu'elle sera de notre côté, Albert se passa la main dans les cheveux.
- Il va falloir sonder son opinion prudemment avant de lui révéler notre plan, proposa l'instituteur en s'immobilisant.
- Je sais qu'elle est de service cette nuit. Albert avait croisé les jambes et balançait son pied, il était stressé.
- Il faudra la rencontrer tôt demain matin à la fin de son service en allant au réfectoire pour le petit-déjeuner, la croiser et déterminer quelle est son opinion.
- Si elle est de notre côté, on pourrait lui demander de transmettre un message à Candy pour lui expliquer dans les grandes lignes le plan, le blond décroisa ses jambes et se leva à son tour pour se calmer les nerfs en marchant à son tour.
Les deux hommes élaborèrent minutieusement leur plan. Le lendemain matin, Yann escorta Albert et ils rencontrèrent Lise comme prévu. Elle était révoltée, elle aussi, de ce qui arrivait à Candy et ne croyait pas non plus à sa culpabilité. Elle fut d'accord pour glisser discrètement un billet, qu'Albert avait déjà préparé, à Candy, ce qui fut fait lorsqu'elle la rencontra dans leur chambre. Lise transmit discrètement le papier à Candy en lui faisant signe de se taire d'un doigt sur sa bouche. Lorsque Candy sous bonne garde sortit pour aller aux toilettes, elle put y lire le mot tranquillement, avant de le déchirer et de le jeter dans la cuvette. Elle était épuisée, car elle n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit, mais ces quelques lignes explicatives écrites par Albert, terminées par un «je t'aime pour toujours et à jamais» lui avaient redonné de l'énergie et surtout de l'espoir, même si l'opération serait dangereuse pour toutes les personnes impliquées.
XXX
Peu avant 22h, Albert et Yann s'étaient fait leurs adieux se souhaitant mutuellement bonne chance. Albert le remercia chaleureusement, il ne pourrait jamais oublier cet homme. Ensuite à la propre demande de Yann, il l'assomma, il le ligota et le bâillonna un mal obligé pour le disculper de toute complicité.
Dans le même temps, Candy et Lise se firent de déchirants, mais discrets adieux.
- Lise, tu es une personne extraordinaire, je te remercie pour tout. J'espère que tu trouveras le bonheur et que l'on pourra se revoir un jour, Candy avait les larmes aux yeux et la poitrine serrée.
- Candy, tu es la petite sœur que je n'ai jamais eue. Fais bien attention à toi! Lise serra Candy dans ses bras tendrement, ses yeux aussi étaient larmoyants.
- Je t'écrirai, à mots couverts bien sûr et sous le nom de Maria White, dès que je serai en sécurité.
Après une dernière chaleureuse accolade, Lise partit prendre son service, ce qui lui servirait aussi d'alibi. Après quelques minutes, à 22h, comme convenu dans le plan, Candy attira l'attention du garde situé devant la porte de sa chambre en prétextant qu'elle se sentait mal, elle le fit entrer dans la pièce. Albert qui se tenait prêt, caché dans un renfoncement, bondit et l'assomma par derrière. Les deux blonds échangèrent quelques mots à voix basse en s'étreignant quelques petits instants, mais le temps n'était pas aux câlins. Ils devaient penser à plus urgent pour le moment : fuir.
Avec l'aide de sa bienaimée, Albert ligota le garde et le bâillonna, exactement comme il l'avait fait à Yann quelques minutes plus tôt.
Candy était prête, selon l'instruction de la note d'Albert, elle avait gardé sa tenue de La Croix Rouge, tout comme lui qui avait pensé que cela pourrait éventuellement leur servir de laisser passer au cours de leur voyage. Albert récupéra son sac de voyage contenant entre autre : (efface) quelques provisions, une gourde d'eau, une bougie, des allumettes, son canif... ; il l'avait caché dans le renfoncement, sur lui il avait un plan de la région, de l'argent et leurs papiers.
Enfin, il la prit par la main et, en silence et à pas de loup, profitant de la pénombre, ils se dirigèrent discrètement dans le couloir de l'étage qui menait vers l'escalier. Ils entendirent des voix et les pas de deux infirmières qui se rendaient à leur chambre. Le cœur battant, ils se cachèrent dans une petite alcôve et retenaient leur souffle en attendant qu'elles s'éloignent, heureusement dans la direction opposée à leur chemin. Ils atteignirent l'escalier qui menait au rez-de-chaussée. Albert ouvrait la marche, il se plaqua contre le mur puis pencha la tête pour s'assurer que la voie était libre. Il s'engagea alors, entraînant Candy par la main, la tenant fermement dans la sienne. Chaque marche franchie était comme une petite victoire.
Une, puis deux, puis trois… la descente leur paraissait interminable.
Chaque marche gagnée était un pas de plus vers la liberté. Leur tension était palpable. Ils risquaient d'être surpris à tout moment, même si ce n'était pas la période la plus active de la journée ou plutôt de la soirée. Ils essayaient tant bien que mal de contrôler leur respiration haletante.
Encore une marche de franchie sans encombre. Encore une, la dernière et ils étaient arrivés tout en bas.
Toujours avec précaution, ils empruntèrent un nouveau couloir pour se diriger vers l'une des sorties, la plus isolée.
Ils allaient ouvrir la porte.
Ils y étaient presque…
Lorsque la porte s'ouvrit miraculeusement toute seule devant eux… Ils tombèrent nez à nez avec…
Pierre de Vigny !
à suivre...
Alors à votre avis, que va faire le Dr Vigny ?
Qui est le vrai coupable ?
Notes :
(1) Mata Hari : pour en savoir plus 3w (point) rha (point ) revues ( point ) o r g / 1993
