Disclaimer : Aucun des personnages de Gundam Wing ne m'appartient.

Merci à ceux qui ont laissé des reviews sur les chapitres précédents, ça m'aide à avancer dans ce texte.

Bonne lecture à tous.


Jeux de miroirs

Chapitre 14

AC 205

Heero tournait en rond, il se sentait nerveux sans trop savoir pourquoi, Duo n'était parti que depuis quelques heures mais il lui manquait déjà.

Tous ceux vivant et travaillant au ranch savaient ce qu'ils avaient à faire et ne prêtaient pas attention à lui sauf pour lui demander de ne pas rester dans le passage, ce qui était tout de même assez vexant.

Plus vexant encore, ses tentatives étaient toutes refusées avec un sourire et quelques mots aimables qui lui donnaient l'impression d'être traité en enfant.

Il commençait à n'en plus pouvoir d'être écarté de la sorte, avec cette gentillesse affectée qui lui mettait les nerfs à vif.

D'accord, il n'y connaissait rien au travail de rancher, mais il était tout prêt à apprendre, était solide et résolu, avait deux bras musclés et ne demandait pas mieux que de se joindre aux autres travailleurs du lieu.

Réveillé dès l'aube selon son habitude il essuya de nouveaux refus et se dirigea vers les pâturages.

Puisqu'il ne pouvait rien faire d'utile il pouvait au moins regarder.

Assis sur une barrière, le visage fermé et l'esprit maussade il se mit à fixer un troupeau de bovins d'un œil qui n'était pas loin d'être ce que l'on pouvait qualifier de morne.

Encore une journée où il n'aurait rien à faire.

Une journée sans Duo dont personne n'avait de nouvelles.

Cela ne faisait pas encore deux jours complets que le natté et l'enfant étaient partis, mais Heero ressentait déjà une forte impression de manque.

Oui... Duo lui manquait.

Plus qu'il n'aurait jamais pensé cela possible.

Il avait le sentiment étrange que son ami était parti depuis une éternité.

C'était nouveau et très troublant pour lui.

Cela le poussait à s'interroger.

Duo avait il ressenti la même chose lorsqu'il avait opté pour la fuite au lieu de répondre avec sincérité à sa demande ?

Ce vide au creux du ventre, ce manque douloureux...

Certainement.

Duo était bien plus sensible qu'il ne le serait jamais, il avait du ressentir tout cela au centuple.

Maintenant qu'il en faisait l'expérience Heero devait bien admettre que c'était un vrai miracle que le natté n'en soit pas venu à le haïr pour lui avoir fait un coup pareil.

Qu'il n'en soit pas arrivé à les refuser tous deux, Jiro et lui.

Mais heureusement, pour son clone comme pour lui, Duo avait un cœur immense, assez grand et généreux pour pardonner et aimer encore.

Mais si grand que soit le cœur de Duo, serait il assez grand pour aimer deux hommes en même temps ?

Assez grand pour l'aimer lui et aimer tout autant Jiro.

Heero avait très peur que non, que tôt ou tard Duo ne prenne une décision et ne vienne lui dire qu'après réflexion c'était Jiro l'élu.

Ce serait mérité, au vu de sa trahison, mais combien douloureux.

Aurait il alors la force de partir et de laisser son clone profiter de l'amour du natté ?

Même sachant qu'il avait eu cet amour à portée de main et qu'il était le seul responsable s'il avait fini par le perdre.

c'était bien lui qui avait blessé Duo, le natté avait toutes les raisons de le chasser de sa vie sans espoir de retour.

Pourquoi ne le faisait il pas ?

Il en était là de ses pensées pour le moins déprimantes lorsque quelqu'un s'installa sur la barrière à ses côtés.

Tournant la tête pour identifier le nouveau venu il n'eut besoin que d'un seul regard pour ce faire et se raidit.

L'arrivant qui venait le déranger dans ses pensées n'était autre que Jazz !

La dernière personne qu'Heero avait envie de voir en cet instant.

Il ressemblait bien trop à Duo physiquement malgré ses cheveux courts.

Décidé à lui faire comprendre qu'il valait mieux pour lui partir sans tarder Heero lui adressa un regard noir qui en aurait fait trembler plus d'un mais resta sans effet sur Jazz.

Sans effet ?

Non, pas exactement, cet horripilant personnage se permettait même de sourire avec une insolence rare.

Contrarié de voir que ses efforts ne servaient à rien et que Jazz avait bien l'intention de rester planté là Heero se détourna avec humeur.

Il ne lui restait guère d'autre choix que de partir ou de faire de son mieux pour ignorer l'intrus.

Partir serait un aveu de faiblesse et Heero avait été éduqué pour n'en montrer aucune, partir n'était donc pas une option valable.

Il ne lui restait plus qu'à faire de son mieux pour faire abstraction du châtain au sourire insolent.

Jazz le fixait en sifflotant joyeusement, visiblement peu impressionné et encore moins touché par cette action.

Au bout de quelques minutes Heero était à bout.

Il était clair que Jazz ne sifflait que pour le faire craquer et il était sur le point d'y parvenir.

Heero eut la tentation de faire comme avait fait Duo et de coller son poing dans le visage souriant du châtain, mais cela serait une mauvaise idée.

Aussi horripilant que soit Jazz il était plus à sa place en cet endroit que lui et Heero ne se faisait pas d'illusion sur qui aurait la sympathie des gens du coin s'ils en venaient aux mains.

Il n'avait aucune envie d'être mis à la porte et de savoir Jiro seul.

Ne pouvant se délivrer de sa frustration par des actes il tenta de le faire en paroles.

- Vous ne savez donc pas vous taire ! lança t'il avec humeur.

- J'en ai bien peur. répondit Jazz avec un large sourire.

Heero se tourna à nouveau vers lui pour le gratifier d'un second regard noir qui n'eut pas plus d'effet que le premier.

- Je suis censé avoir peur ? Questionna Jazz.

Heero haussa les épaules et dédaigna de répondre.

Il n'avait pas envie de parler avec ce type.

Il avait beau avoir l'allure, les traits et les yeux de Duo, il n'était pas Duo.

Il n'y avait aucun intérêt à se lier d'amitié avec lui ni même à lui parler.

Strictement aucun.

Le faire ne pourrait bien au contraire qu'être cause de problèmes.

Duo n'avait pas fait mystère de son aversion pour son clone et Heero n'avait donc pas la moindre intention de se montrer amical.

Peut être y repenserait il si Duo et Jazz devenaient proches, mais pour le moment il n'en était aucunement question.

- Vous n'aimez pas les gens en général ou c'est juste moi ? questionna soudain Jazz d'un ton qui n'avait plus rien de rieur ni d'amusé.

Heero haussa encore les épaules mais ne dit pas un mot.

Que l'autre en tire les conclusions qui s'imposaient.

Si toute fois il en était capable.

Jazz n'était visiblement pas stupide car il ne tarda pas à pousser un long soupir trahissant le fait qu'il avait compris et en tenait compte.

- Je vois, c'est donc moi le problème. murmura t'il comme s'il se parlait à lui même.

- Oui. déclara sèchement Heero décidé à bien enfoncer le clou.

- C'est votre droit. De toute façon, vous n'avez aucun intérêt pour moi non plus. affirma calmement Jazz en bougeant pour trouver une meilleure position.

Sa cruelle franchise fit bondir Heero.

Furieux il serra les poings et fit face.

- Si je ne vous intéresse pas pourquoi venez vous ici ?

- Parce que lui m'intéresse. répondit Jazz.

Lui, ce ne pouvait être que Duo.

Heero sentit une très désagréable sensation le parcourir.

Comme une vague de froid suivie d'une flambée de rage.

Encore un qui n'avait d'intérêt que pour Duo.

Comme si lui, le soldat formé depuis son plus jeune âge, n'en présentait aucun.

- Et vous comptez sur moi pour vous parler de lui ?

- Exactement.

- Navré, mais je n'ai rien à vous apprendre.

Jazz le regarda d'un air surpris, il ne s'était pas attendu à un refus, il pensait qu'un ami de son original se ferait un plaisir de lui parler de lui.

- Pourquoi dites vous cela ? C'est votre partenaire. fit il valoir en dernier recours.

- C'était. corrigea Heero avec un pointe de regret.

Il sauta à bas de son perchoir, la conversation commençait à prendre un tour vraiment trop désagréable, il n'entendait pas la continuer.

Tant pis s'il indisposait quelqu'un.

Jazz ne bougea pas quand à lui.

La situation lui avait complètement échappée et il ne comprenait pas à quel moment il avait perdu son avantage.

Il se mit à réfléchir à un moyen de renouer le dialogue, de retenir le brun auprès de lui et lui faire dire ce qu'il voulait savoir.

Il était encore en pleine réflexion lorsque l'attention d'Heero fut attirée par ce qui ne pouvait être que le reflet du soleil sur un objet métallique.

Un éclair blanc qu'il nota du coin de l'œil sans vraiment le localiser et qui le poussa à se jeter à terre sans plus réfléchir.

Il avait traversé assez de situations dangereuses pour réagir à la moindre alerte et son instinct le poussait à faire ainsi.

Il n'eut pas le temps de repérer le tireur ni de prévenir Jazz que son action avait figé de surprise sur la barrière et qui le regardait, les yeux écarquillés par l'étonnement.

Heero se préparait à bondir pour le mettre à l'abri, se maudissant d'avoir oublié que l'autre n'était en rien formé comme lui, Trowa ou même Duo.

Ce n'était qu'un civil, une proie facile qu'il se devait de protéger.

Son mouvement s'esquissa trop tard, une détonation parvint à ses oreilles, puis le sifflement d'une balle passant au dessus de lui et Jazz atteint à l'épaule bascula en arrière, les yeux toujours agrandis par la surprise.

Heero le vit tomber sans rien pouvoir y faire, il était trop loin, il allait devoir ramper pour le rejoindre, heureusement, les herbes étaient très hautes aux alentours de la clôture et le troupeau effrayé par la détonation s'éloignait au galop dans un concert de mugissements apeurés, tout en soulevant un nuage de poussière qu'Heero mit à profit pour se rapprocher du blessé.

Il craignait de le trouver sans connaissance, mais lorsqu'il s'étendit près de lui il vit que le châtain avait les yeux ouverts.

Il souffrait visiblement beaucoup, était choqué, mais pleinement conscient.

Heero sortit son arme, la vérifia et se plaça de manière à pouvoir faire feu sur quiconque s'approcherait d'eux en ayant l'air suspect.

Pour le moment ils ne risquaient rien, le tireur embusqué, qu'il cherchait toujours à localiser, ne pouvait les situer avec précision tels qu'ils étaient, ainsi enfouis dans les herbes.

S'il voulait finir ce qu'il avait commencé il devrait quitter sa cachette et se rapprocher d'eux.

C'était ce qu'espérait Heero.

Que l'ennemi se mette en mouvements, qu'il lui donne une occasion de le localiser et de le mettre hors d'état de nuire.

- Ne bougez pas, ordonna t'il à mi voix à l'intention de Jazz, ne faites rien qui trahisse notre position.

Jazz grimaça, le brun abusait tout de même un peu en cet instant précis.

Il n'était peut être pas un combattant, mais il n'était pas complètement abruti tout de même !

Il n'avait aucune intention de se faire tuer, pas alors qu'il avait une petite fille.

Hilde n'avait peut être pas besoin de lui, mais Merle si.

Elle était encore si petite...

Il voulait la voir encore...

La voir grandir, devenir une femme...

Un peu d'angoisse lui vint.

Et s'il était sur le point d'y rester ?

De mourir là, dans ce champs...

S'il ne revoyait jamais sa fille, qui lui servirait de père ?

Il regarda en direction du brun.

Regrettant qu'il n'y ait que lui pour recueillir ses dernières volontés.

Il fit un geste discret, pour inviter le brun à se rapprocher de lui.

Heero ne bougea pas sur le champs et Jazz répéta son geste jusqu'à ce qu'enfin l'autre le rejoigne.

- Vous voulez nous faire tuer ? Maugréa Heero.

- Non, je veux vous confier ma fille.

Heero le regarda comme s'il avait perdu la raison.

Ils étaient étendus dans un pré à vaches, avec un tueur embusqué sans nul doute décidé à les tirer comme des lapins et le châtain venait lui rabattre les oreilles avec la garde de sa gamine.

- Merle a besoin d'un père, vous et mon original vous serez de bons pères n'est-ce pas ? Insista Jazz.

- Personne ne peut le dire, nous n'avons pas d'enfants. grogna Heero. Trouvez quelqu'un d'autre.

- C'est vous que je veux.

- Très bien, je vais faire le nécessaire. soupira Heero.

Il compléta mentalement sa phrase par un "si je ne peux pas faire autrement et vous sortir de là en vie."

Puis il recommença à guetter le tireur, tout en priant que le châtain ne se remette pas à jacasser.

Il n'avait aucune envie de s'entendre détailler une liste de recommandations concernant une gamine qui ne lui était rien.

Jazz le regardait, fasciné par le changement magistral qui s'était opéré chez le brun depuis le tir.

Il l'avait pris pour un gars taciturne et de peu d'intérêt, renfrogné et à la limite du désagréable, n'ayant pour seul point positif son désir de ne pas rester inactif, comme l'avait prouvé ses demandes répétées aux gens du ranch.

Il révisait à présent son jugement.

Le maintien d'Heero, la façon dont il tenait son arme, son regard vif et attentif, tout démontrait qu'il était un soldat dans l'âme et qu'il ne se laisserait pas tuer facilement.

Qui que soit le tireur embusqué, il avait du soucis à se faire.

Ce n'était pas pour déplaire à Jazz.

Tout menaçant que puisse sembler Heero Yuy en cet instant précis, Jazz ne se sentait pas en danger, bien au contraire, il se sentait en sécurité, blessé certes, mais sous bonne garde.

S'il mourrait ce ne serait pas parce que le brun lui avait fait défaut.

Il ne pouvait pas encore dire si son original serait un bon père pour Merle, mais le brun serait au moins quelqu'un de protecteur et c'était déjà parfait.

S'il venait à mourir, ce qu'il ne souhaitait pas le moins du monde, il n'aurait pas à s'en faire pour sa fille.

Entre Hilde, Heero et Duo elle aurait de quoi grandir en ayant tout ce qu'elle nécessitait.

Sans compter que les autres clones ne l'abandonneraient pas non plus.

Jazz fixa le ciel en souriant.

Merle était son seul trésor, la seule chose dont il puisse être fier.

Il espérait que les deux hommes qu'il avait choisi pour veiller sur elle auraient la même vision des choses.

Puis, à regarder Heero il se prit à songer qu'il n'était pas à l'agonie, sa blessure à l'épaule lui faisait mal certes, mais elle ne saignait plus, preuve que la balle n'avait pas causé de trop gros dégâts.

Il se pouvait même qu'il s'en sorte au final.

Oui, ce n'était pas une option à écarter, il devait rester optimiste, comme il l'avait été la plupart du temps.

Ragaillardi par ces pensées il retrouva le sourire.

Aussi paradoxal que cela puisse sembler, il se sentait beaucoup mieux d'un seul coup.

Bien sur, il était toujours couché dans l'herbe, il y avait toujours un tueur embusqué et un type aux aguets allongé près de lui, armé et dangereux, mais il ne ressentait plus l'angoisse du début.

Ils n'entendaient rien en provenance du ranch qui n'était pourtant pas très loin, ni coups de feux, ni cris.

Tout était calme, comme si rien ne se passait là bas.

Ce détail rassura Jazz.

S'il y avait eu d'autres assaillants ils entendraient tirer et crier, le silence et le calme étaient donc de bon augure.

Heero était parvenu à la même conclusion, mais son visage restait tendu par la concentration qu'il mettait à localiser leur agresseur.

Il était désormais certain qu'il n'y avait qu'un seul homme.

Il se faisait fort d'en venir à bout une fois qu'il aurait réussi à le trouver.

Il n'avait pas survécu à toutes ces batailles, à toutes ces guerres pour mourir de la main d'un lâche embusqué.

C'était hors de question !

Il devait être là au retour de Duo, il le devait absolument !

Cette guerre des nerfs ne pourrait durer éternellement, tôt ou tard son ennemi se trahirait, il en avait la certitude.

Il pouvait aussi précipiter les choses en se redressant, en provoquant l'adversaire.

Mais ce serait prendre un risque et il n'aimait pas prendre de risques.

Mieux valait attendre encore.

Patienter.

Lui le pouvait, il était entraîné pour cela.

Mais Jazz ?

Il se tourna vers le blessé afin d'évaluer son état.

La plaie à l'épaule ne semblait plus saigner, ce qui était une bonne chose, s'ils devaient bouger le châtain ne baliserait pas leur piste de son sang.

Il évita de poser les yeux sur le visage pâli par la douleur, regarder ces traits identiques à ceux de Duo, les voir crispés de souffrance, lui était presque insupportable.

- Vous avez une arme ? demanda t'il à mi voix.

Une question qu'il posait uniquement pour la forme, si Jazz avait eu son arme sur lui il l'aurait déjà sortie et la tiendrait.

Ou alors c'est qu'il n'avait rien de semblable avec Duo en dehors du physique.

- Non, je ne l'ai pas prise en sortant. avoua Jazz d'un ton presque rageur.

Il était pris en défaut et il détestait cela.

Hors du ranch il ne se serait jamais séparé de son arme, elle faisait presque partie de lui, il évoluait dans un monde bien trop dangereux pour se balader sans rien qui puisse garantir sa sécurité.

Mais ici, au ranch, et malgré la menace de Jéricho, menace dont il ne se souciait guère à vrai dire, il n'avait pas jugé utile de la prendre.

Pour lui le ranch était un havre de paix, un lieu sécurisé.

Il pensait qu'il y était en sécurité.

Devoir réviser sa certitude à ce sujet le mettait en rage.

- Dites moi que vous allez buter ce connard. siffla t'il entre ses dents serrées.

- Seulement si c'est nécessaire. rétorqua Heero.

Jazz le regarda, réalisa qu'il n'avait aucune intention de bouger, qu'il attendait que leur adversaire fasse le premier mouvement.

Une attente qui pouvait se prolonger des heures.

Leur absence allait tôt ou tard être remarquée au ranch, même si visiblement le coup de feu était passé inaperçu, quelqu'un viendrait voir ce qu'ils faisaient et ce quelqu'un risquait de se faire tirer dessus avant qu'ils puissent le prévenir.

Jazz réprima un juron et se décida à bouger.

Puisque le brun avait décidé de s'en tenir à rester étendu et à attendre c'était à lui de bouger, de s'exposer.

C'était le seul moyen de pousser le tireur embusqué à se dévoiler.

Il se releva aussi vite que sa blessure le lui permettait.

Surpris Heero se redressa aussi, contrarié de ce mouvement qu'il n'avait pas prévu.

Jazz était tendu, attendant qu'un nouveau tir l'atteigne.

Heero repéra rapidement celui qui les menaçait, installé dans un arbre à quelques mètres de là il était en train d'ajuster son tir, de viser Jazz.

Trop concentré sur sa cible il n'avait pas réalisé qu'Heero venait de le localiser.

Son doigt se crispait déjà sur la détente lorsqu'Heero fit feu, le prenant de vitesse.

Il n'avait plus d'autre choix que de tirer pour tuer.

L'homme tomba de l'arbre, son doigt appuya tout de même sur la gâchette mais trop tard, Jazz avait lui aussi bougé et la balle le manqua comme elle manqua Heero.

Jazz était encore en train de réaliser qu'il était la cible, le tireur embusqué n'avait visé que lui, alors qu'il aurait du, en toute logique, d'abord viser Heero qui était seul armé qu'Heero courait déjà vers l'arbre, pressé d'en finir.

Tous ses sens aux aguets l'ancien pilote de gundam progressait aussi vite qu'il était humainement possible, redoutant un piège, un second tireur.

Mais rien ne se produisit et il atteignit l'homme à terre sans encombre.

La force de l'habitude le poussa à éloigner l'arme d'un coup de pied, puis une fois son adversaire désarmé il l'examina enfin.

Gardant sa propre arme en main il s'accroupit auprès du corps inerte et chercha un signe de vie qu'il ne trouva pas.

Son tir avait donc bien été mortel, il n'avait pas perdu la main.

Sa victime ne portait pas d'uniforme, soit il ne faisait pas partie de la milice privée de Jéricho, soit ce dernier avait donné des consignes pour que ses hommes se fassent plus discrets.

Il ne perdit pas de temps à le fouiller, ni à le regarder plus en détail.

Son apparence et son identité ne le préoccupait pas pour le moment, il était plus inquiet du fait que deux coups de feux aient pu être tirés sans que personne au ranch ne s'en alarme.

Se pouvait il que celui qu'il venait de tuer ne soit qu'une sentinelle et que le véritable danger soit ailleurs.

Jiro se trouvait là bas, sans nul doute toujours inconscient, vulnérable !

Il serait une cible facile.

Effrayé par cette certitude Heero fonça vers le ranch.

Jazz ne chercha pas à le suivre, le brun courrait trop vite pour qu'il puisse espérer rester à son niveau avec une épaule transpercée par une balle.

Il préférait rester sur place et examiner le mort.

S'agenouillant dans l'herbe auprès du corps il commença à le fouiller, d'une seule main, son bras blessé lui faisant trop mal pour qu'il ait envie de le bouger.

Il ne tarda pas à trouver son portefeuille et l'étudia sans vergogne.

Il empocha l'argent qu'il contenait, à savoir une somme conséquente, sans l'ombre d'un remords.

L'homme n'en avait plus aucune utilité et tant pis pour ses proches.

Lorsqu'il acheva son examen tous les papiers et documents qui se trouvaient dans l'épais portefeuille étaient éparpillés sur l'herbe autour d'eux.

Le visage de Jazz était sombre.

Parmi les papiers qu'il avait extrait se trouvait une photo de lui.

Il y avait d'autres photos, d'hommes qu'il avait entrevu à des tables de jeux.

Tous de gros gagneurs comme lui.

Ignorant ce que faisait Jazz Heero poursuivait sa course.

La première cour qu'il traversa était déserte, une machine qu'il ne pouvait voir, faisait un boucan d'enfer de l'autre côté des bâtiments.

Désireux de savoir ce qu'il se passait là bas Heero fit le tour sans ralentir ni ranger son arme.

Il se retrouva face à la majeure partie des occupants du ranch, entourant une antique moissonneuse batteuse qu'ils semblaient essayer de faire fonctionner et qui leur posait visiblement problème à en juger par les bruits alarmants du moteur.

Heero se détendit, pas étonnant que les coups de feu soient passés inaperçus avec un tel vacarme.

Midy qui se méfiait toujours de lui fut la première à remarquer qu'il tenait une arme et à donner l'alarme.

S'ensuivit un assez grand désordre.

Heero rangea vivement son arme et leva les mains en signe de bonne volonté.

Jarrod s'approcha de lui, sourcils froncés.

- Vous pouvez m'expliquer ?

- Nous avons été attaqué dans un pâturage au sud, Jazz est blessé. expliqua rapidement Heero.

Il ne précisa pas qu'il avait tué un homme, ils le réaliseraient bien eux même.

- Menez nous. ordonna Jarrod.

Il fit signe à Jethro et à Joshuah de le suivre.

T s'efforçait de calmer Midy qui semblait persuadée que tout était la faute d'Heero et ne cessait de le répéter.

Lorsque le petit groupe s'éloigna elle pleurait entre les bras de son mari.

Heero les conduisit jusqu'à l'arbre.

Jazz s'était redressé et les attendait, appuyé contre le tronc, il avait laissé les papiers dans l'herbe et les regarda d'un air choqué.

- C'est de ma faute. déclara t'il alors que Joshuah s'approchait de lui afin d'examiner sa blessure.

- Comment cela ? questionna Jarrod.

- C'était un tueur à gages, embauché pour éliminer de trop gros gagneurs. Il était là pour moi.

Jarrod hocha la tête.

Ce n'était pas la première fois que Jazz échappait à des tueurs à la solde des casinos qu'il plumait, mais c'était la première fois que l'un d'entre eux s'attaquait à lui dans l'enceinte même du ranch.

- Se peut il qu'il ait réussi à te suivre ? demanda t'il.

- Jarrod ! Je n'aurai jamais laissé quelqu'un me suivre alors que Merle était avec moi ! protesta Jazz outré.

Jarrod n'en doutait pas, mais il se devait de découvrir comment l'homme avait réussi à s'introduire dans leur ranch et surtout comment il avait fait pour savoir que Jazz y venait.

Jethro étudia l'homme à terre et laissa échapper un juron.

- C'est l'un des saisonniers que nous avons recruté pour la période du marquage.

Jarrod prit note de l'information, maintenant il savait comment l'intrus avait réussi à entrer, il savait pourquoi, restait à déterminer comment il avait su que c'était ce ranch là précisément que fréquentait Jazz.

Et il ne voyait qu'une seule explication quelqu'un avait renseigné le tueur.

Une personne mal intentionnée qui pouvait bien être Jéricho.

Ce n'était pas une bonne nouvelle, si Jéricho avait fait venir un tueur au ranch, rien ne leur garantissait qu'il n'en avait envoyé qu'un seul.

Il échangea un regard entendu avec Jethro.

Ils n'avaient pas besoin de mots pour communiquer en cet instant précis.

Ils avaient la même certitude.

Tous les saisonniers arrivés depuis peu et qui n'étaient pas des habitués devenaient suspects.

Il allait falloir les faire partir en douceur, sans éveiller les soupçons.

Et s'ils s'insurgeaient...

Et bien, ils partiraient quand même, mais de manière plus musclée.

A suivre