Serena avait repris la route dès qu'elle avait pu parler à Chuck. Elle ne pouvait se résoudre à laisser trop longtemps sa meilleure amie seule dans cette maison immense. Elle n'attacha que peu d'importance au fait qu'elle avait à peine dormi quelques heures, et sur le canapé de Chuck qui plus est. Elle était fourbue, sentait qu'elle avait perdu la main sur son apparence physique, mais n'y apportait aucune importance. Au lieu de profiter du trajet en voiture pour prendre un repos mérité et surtout utile pour les jours à venir, elle ne cessa de penser à Chuck. Son frère était allé si loin. Elle était fière de lui, et surtout elle espérait tellement qu'il allait réussir. A Manhattan il était tout puissant, n'avait pas d'égal. Cependant il était cette fois confronté à un pouvoir tout à fait considérable, et elle ne parvenait pas à se convaincre de l'issue. Pourquoi fallait-il que le seul combat d'égal à égal qu'avait eu Chuck à mener dans sa vie ai pour enjeu la seule chose qui avait une réelle importance pour lui. Ce n'était pas l'Empire, ni Bass Entreprises, ni sa fortune. C'était Blair. Elle ne pouvait que se répéter une seule chose, la seule chose dont elle était convaincue en cet instant : son frère allait mettre toutes ses forces dans la bataille.

La voiture filait rapidement sur la route déserte. Serena, perdue dans ses pensées, ne parvenait pas à fixer son regard sur le paysage qui défilait, n'essayait pas vraiment. Lorsque le chauffeur s'arrêta devant la maison, entièrement sombre et silencieuse, elle ne réagit pas tout de suite. Elle se prépara mentalement à retrouver Blair. Elle ne parvenait pas même à imaginer l'enfer que son amie devait vivre. Elle pénétra dans la maison qu'elle connaissait si bien et s'arrêta dans la cuisine pour prendre un verre d'eau, et se confectionner rapidement un sandwich. Elle sortit de la pièce son plateau dans les mains, avec l'idée de s'installer dans le salon, devant la baie vitrée donnant sur la plage, mais elle s'arrêta interdite. Un des gardes de Louis avait décidé de passer la nuit dans le salon, comme pour mieux les surveiller. Serena était consternée, affligée. Comment la situation avait-elle pu déraper à ce point, échapper à tout contrôle. Elle était là, au milieu de la nuit, dans la maison ou elle avait passé toutes ses vacances d'été depuis des années, à contempler le garde du corps d'un prince endormi sur son canapé, pendant que sa meilleure amie se retrouvait contrainte à un choix impossible entre son bébé et l'homme qu'elle avait aimé toute sa vie. « Chuck je t'en prie, sors-la de là ». Sa prière muette formulée, elle fit résolument demi-tour et monta dans sa chambre. Elle tenait le plus possible à se ternir éloignée des hommes de Louis. La chambre de Blair semblait silencieuse, et aucune lumière n'était allumée. Elle entrouvrit néanmoins doucement la porte, de manière à ce que son amie se rende compte de sa présence, et puisse se manifester si elle souhaitait de la compagnie, mais la forme que Serena distingua sur le lit ne bougea pas. Elle espérait que son amie avait pu trouver le sommeil, elle en avait désespérément besoin.

Apres le départ de Chuck, Blair avait passé plus d'une heure, assise appuyée au mur, tout près de la baie vitrée de sa chambre. Son cœur était comme vidé des émotions de la journée. Et elle était épuisée. Epuisée de toute l'incertitude et de l'agitation qui menait sa vie depuis plusieurs mois maintenant. Tous ces moins d'hésitation et d'angoisse pour enfin retrouver l'homme qu'elle aimait, enfin voir clair dans ce qu'elle voulait pour son avenir, pour au final devoir supporter ce revirement. Pourquoi le destin l'avait-elle laissé admettre que c'était avec Chuck qu'elle voulait être, pour ensuite l'en éloigner ? Elle avait réussi à s'éloigner de lui au printemps dernier, et cela lui avait demandé toutes ses forces. Où allait-elle trouver la force de le refaire, alors qu'enfin il était devenu l'homme qu'elle avait toujours rêvé qu'il soit ? Elle était si fière de lui, de sa force, de sa droiture. Elle aurait tellement souhaité former enfin une famille, avec lui et son bébé. Elle devait aujourd'hui renoncer à ce rêve, alors qu'il n'avait jamais été aussi prêt de se réaliser. La vie lui semblait désespérément cruelle.

Après s'être laissée aller à ces pensée sombres, elle se reprit et parvint à se dire qu'elle avait besoin de sommeil, elle devait prendre soin d'elle, elle n'était plus toute seule désormais. Elle trouva la force de se lever, de se préparer à se mettre au lit, et se glissa enfin entre les draps. Tournée vers la fenêtre, elle contemplait silencieusement la lune et son reflet sur l'océan, tandis que les larmes roulaient sur ses joues sans pouvoir s'arrêter, mouillant peu à peu l'oreiller. Elle finit par s'endormir d'épuisement, ramassée sur elle-même, seule dans ce grand lit. Elle n'entendit pas Serena rentrer à la maison, tout comme elle n'avait pas réellement réalisé son départ. Elle avait le sentiment de prendre ses distances avec la réalité ces temps-ci.

Serena avait donc rejoint sa chambre en silence, avait rapidement mangé, et s'était endormie rapidement, avec l'idée que chaque heure de sommeil serait profitable pour arriver à épauler Blair et Chuck dans les heures, les jours qui arrivaient.

Le lendemain matin, elle eut le soulagement de constater que les gardes du corps de Louis avaient décidé de relâcher la garde suite à leur nuit agitée. Elle trouva le rez-de-chaussée de la maison tranquille et désert, et entreprit de préparer un petit-déjeuner copieux afin que Blair prennent des forces. Apres avoir envoyée la gouvernante chercher des croissants frais, elle commença à préparer des œufs, à faire griller les toasts, et pressa aussi quelques oranges. Il fallait que Blair comprennent que quoiqu'il se passe, quoiqu'elle risque de perdre, certaines choses ne changeraient jamais. Et les lendemains difficiles, elle devait pouvoir compter sur le « Non Judging Breakfast Club ». Croissants frais et Breakfast at Tiffany. Toujours.

Blair fut réveillée par la lumière du soleil. Le lit était tellement confortable, le silence et la tranquillité totale, qu'elle ne réalisa pas toute de suite ou elle était. Quelques secondes bénies où non, elle n'était pas prisonnière de son futur mari, et ne s'apprêtait pas à renoncer pour toujours à Chuck. Quelques secondes avant que la réalité ne la frappe de nouveau, et que son cœur ne s'écrase de nouveau dans sa poitrine. Elle ferma les yeux et inspira profondément. C'était une journée importante. Elle était Blair Waldorf, et elle allait la traverser dans la dignité. Elle se leva lentement de son lit, enfila un peignoir léger, et passa dans la salle de bain. Elle fut choquée par l'image qu'elle découvrit dans le miroir. Son teint de porcelaine était blafard, et des cernes profonds marquaient le haut de ses pommettes. Ses yeux noisettes étaient rougis, et gonflés par les larmes de la nuit dernière. Ses cheveux étaient emmêlés, et avait perdu toute leur brillance habituelle. Elle ne ressemblait plus à Blair Waldorf. Elle posa les mains sur le rebord de l'évier pour ne pas vaciller, et baissa les eux, ne supportant plus son reflet. Son regard se posa involontairement sur la bague de fiançailles qui brillait à sa main gauche. Elle n'était plus Blair Waldorf. Elle était Blair, Princesse de Monaco. Réprimant un frisson, elle ferma son peignoir, et quitta la salle de bain. Elle sortit de sa chambre et descendit lentement les escaliers, pour trouver Serena attablée dans la cuisine devant une quantité imposante de nourriture.

« Seigneur Serena tu n'as pas j'espère préparé le petit déjeuner pour toute la maison », lui demanda-t-elle en soulevant un sourcil interrogateur.

« Aucune inquiétude, je n'apprécie pas plus que toi la compagnie de ces charmants messieurs », lui répondit elle un sourire aux lèvres, quelque par rassurée que son amie soit encore capable d'un minimum d'ironie. « Au programme du NJBC ce matin, croissants frais, jus d'orange pressé, et Breakfast at Tiffany bien sûr », annonça Serena avec un optimisme un peu forcé. Elle savait que tout cela était superficiel, et n'avait pas vraiment d'utilité, mais elle espérait que Blair y trouverait néanmoins un peu de réconfort.

Celle-ci sourit. Serena était vraiment adorable. « C'est parfait S merci. Je te propose de prendre toutes ces délicieuses choses et d'aller dans le salon, histoire d'attaquer directement le film qu'en penses-tu ? » Elle n'avait ni l'envie ni le courage de se retrouver dans une situation où elle allait devoir parler, expliquer ou elle en était. Elle n'était pas dans le déni, elle savait ce qui allait se passer aujourd'hui. Elle souhaitait juste une occasion de se changer les idées jusque-là.

Alors qu'elles s'installaient toutes les deux dans le canapé moelleux, arrangeant les coussins et les couvertures, Serena tendit la main à Blair : « Chuck m'a raconté votre rencontre de cette nuit ». Elle tourna la tête vers Blair, qui restait silencieuse, le regard baissé. Elle s'était comme figé en entendant le nom de l'homme qu'elle aimait.

« Je ne voulais pas qu'il subisse la scène d'hier. Je n'aurais pas dû sortir le voir. » Elle marqua une pause malgré elle, tant la situation était encore dure à admettre. « Je prends la seule décision que je peux vraiment prendre. N'est-ce pas ? », Demanda-t-elle à son amie, levant vers elle des yeux remplis de larmes.

Le cœur de Serena se serra en voyant le visage de Blair se transformer à l'évocation de sa rencontre avec Chuck. Seigneur qu'avait-il-pu se passer … Elle ne pouvait malheureusement pas dire à Blair les mots qu'elle attendait. Non ce n'était pas un réel choix qui s'offrait à elle. Sans un mot, elle prit son amie dans ses bras, et la serra fort. Elle ne pouvait pour l'instant rien faire d'autre.

Blair essuya rapidement ses larmes alors que Serena desserrait son étreinte. « S, j'ai eu un message de Louis ce matin. Il va passer en début d'après-midi pour que je lui annonce ma décision. Et je partirais ensuite directement avec lui pour Monaco. C'est terminé. » Son regard était infiniment triste. Elle sera la main de son amie. « Maintenant j'ai juste envie de profiter de cette matinée avec toi d'accord ? »

« Tout ce que tu veux B », lui répondit Serena avec un sourire. Elles s'installèrent sur les coussins en silence, et Serena lança le film préféré de Blair. En silence, elle saisit son téléphone et envoya un message à Chuck pour l'informer que Blair partait avec Louis dès aujourd'hui. Elle priait pour qu'il soit là à temps. Elle priait pour qu'il trouve quelque chose d'ici là.