Coucou tout le monde ! Voici la suite ! Et je constate que l'on arrive bientôt à la fin ! Dans deux chapitres ! Que ça passe vite, quand même ! :o

J'espère que la suite vous plaira ! Je vous avoue que j'ai un peu eue dû mal avec ce chapitre, alors dites-moi ce que vous en pensez. ^^

Ah, et aussi, je m'excuse des possibles fautes qui traineraient par-ci par-là. J'ai relue mais ne sait-on jamais... x)

Chapitre 14 : « C'est beau de fabriquer sur scène une émotion, de faire partager du sacré, du spirituel, du charnel. » Alain Bashung

La sonnerie que la coordinatrice avait enclenchée retentit bruyamment dans la pièce et obligea cette dernière à se redresser, les yeux ouverts, afin d'éteindre la musique. Elle s'étira ensuite longuement, les bras vers le plafond et poussa ensuite un profond soupir en laissant mollement tomber ses membres le long de son corps. Une œillade vers son portable lui indiqua qu'elle n'était pas en retard; juste le temps de passer une dernière fois à la salle de bain et c'était bon.

Aurore gagna donc la pièce d'à côté, alluma la lumière et cligna des yeux pour mieux observer celle qui se tenait derrière le large miroir. Après avoir arrangée les mèches de cheveux qui s'étaient éparpillés sur le haut de son crâne, la coordinatrice posa la brosse devant elle et scruta son reflet. Elle avait vraiment dû mal à se reconnaitre : Sa peau blanche était cachée sous une fine poudre tandis que le gloss faisait discrètement ressortir ses lèvres. Le mascara et le crayon noir, quant à eux, accentuaient légèrement la couleur de ses yeux.

Un sourire trancha doucement son visage, satisfait du résultat final. Elle n'avait pas trop mis de maquillage, de peur de ressembler à un véritable pot de peinture, mais en avait suffisamment mis pour que cela se remarque quand même un maquillage discret, c'était ce qu'elle préférait.

La coordinatrice éteignit la lumière et quitta la salle de bain. Elle repéra son sac de voyage et chercha à l'intérieur pour en sortir une petite veste qu'elle enfila dans bref mouvement d'épaules. Elle ferma ensuite son bagage, fourra son téléphone portable dans la poche de son manteau, et coula une œillade sur ses ballerines. Si jamais le bord de la chaussure frottait contre son talon et que ce dernier se retrouvait en sang, cela n'allait pas être glorieux ; elle devrait peut-être mettre des pansements en prévention… Après avoir lâché un juron, elle courut jusque dans la salle de bain, fouilla dans sa trousse de toilette, empoigna ce qu'elle cherchait et se laissa tomber sur le bord de son lit pour aplatir sauvagement les pansements sur ses talons. Aurore se redressa dans un long râle et posa les petits papiers sur le bord de sa table de nuit ; elle les jetterait quand elle rentrera…

Enfin, elle éteignit la lumière de sa chambre et quitta la pièce en prenant soin de bien fermer la porte à clé. Maintenant, tout ce qu'elle espérait, c'était que Paul vienne au rendez-vous…

OoOoOoOoO

Le regard d'Aurore observait les environs, ou plutôt examinait la moindre personne qui s'approchait de l'entrée. Si Paul lui passait devant et l'attendait à l'intérieur de la masse sombre qui s'agitait à plusieurs mètres dans son dos et qu'il ne consultait pas son téléphone, ils allaient mettre une heure à se trouver cela ne serait pas très pratique. Alors la coordinatrice restait plantée là, à un mètre de l'entrée, les mains dans les poches de sa veste parce que, mine de rien, une légère brise soufflait de temps en temps et qu'elle n'était pas aussi chaude que cette après-midi. Elle créa un petit nuage dans l'air devant elle et referma aussitôt la bouche en se rentrant sa tête dans ses épaules. Ouais, le temps se rafraîchissait doucement mais sûrement…, constata-t-elle en tournant paresseusement la tête à droite pour voir un couple la dépasser pour s'enfoncer dans la foule.

Impatiente, Aurore jeta un coup d'œil à l'écran de son portable ; vingt-deux heures quinze. Elle soupira discrètement. Mais qu'est-ce qu'il foutait, à la fin ? Avait-elle mal calculée son coup ? Ne viendrait-il vraiment pas au rendez-vous ? Et puis, pour une fois qu'elle l'invitait ouvertement, il n'allait quand même pas lui poser un lapin, si… ? , se questionna la coordinatrice en regardant une énième fois la rue vide.

A vrai dire et en relisant la réponse de Paul qui imposait sa condition, elle avait encore un petit doute. Elle était pourtant certaine qu'il craquerait et viendrait voir ce qu'elle lui réservait mais il fallait croire que le jeune homme n'était pas le genre de personne à dire des paroles en l'air… Elle se l'imaginait très bien être allonger sur son lit, à fixer le plafond éclairé de sa chambre dans un regard sombre, et a maudire son monde pour n'importe quelle raison…

Aurore se mordit anxieusement la lèvre inférieure alors que l'écran de son appareil étala sa lumière sur le visage de cette dernière. Qu'est-ce qu'elle faisait ; lui renvoyait-elle un message ou attendait-elle qu'il pointe le bout de nez ? Si elle lui envoyait un message, il risquerait de s'irriter encore plus et, au cas où il serait sur le chemin, ferait demi-tour à coup sûr. Ce n'était finalement pas une très bonne idée de choisir cette option… Autant patienter encore quelques minutes, conclut-elle en enfournant son téléphone à l'intérieur de sa poche.

Au moment où elle relevait la tête, elle entendit des pas et tourna la tête à gauche. Alors qu'un énième inconnu se dessinait à quelques mètres d'elle, au moment où ce dernier passa sous un lampadaire, Aurore reconnue sa veste mauve ainsi que les cheveux qui étaient assortis. A la vue de sa démarche nonchalante et de ses deux orbes noirs, la coordinatrice sentit les pulsations de son cœur s'accélérer et sa gorge se nouer petit à petit. Alors qu'un fin sourire étira discrètement ses petites lèvres, elle tendit un bras au-dessus de sa tête et le secoua timidement. Il était venu, il était venu, se répéta-t-elle, le cœur gonflé d'une joie non feinte.

Les mains dans ses éternelles poches, Paul arriva finalement auprès d'elle. Sachant qu'il ferait immédiatement demi-tour si elle lui faisait remarquer qu'il était en retard, elle resta silencieuse et l'observa. Il venait de jeter une œillade au bruit derrière elle pour finalement grimacer explicitement en voyant l'endroit où elle l'avait invitée.

« Un concert ? Alors c'était ça que tu voulais me montrer ? » Questionna-t-il sur un ton agacé, les sourcils froncés

« J'avais promis de te faire entendre le genre de musique que j'écoutais, non ? Je me suis dit que c'était l'occasion. » Répondit-elle en haussant les épaules, le sourire aux lèvres

Un simple « Ah… » sortit de la bouche du jeune homme tandis qu'elle lui ordonnait de la suivre puisque cela avait déjà commencé, avant de s'arrêter dans son élan en entendant à nouveau la voix de ce dernier.

« Attends : Tu t'es… maquillée ? » Osa-t-il dans une remarque qui se voulait neutre

« Et-Et alors ? » Répliqua Aurore sur la défensive, sentant déjà ses joues se colorer de rouge

« Alors, rien du tout ! » Enchaina-il en la dépassant dans un râle non dissimulé

La coordinatrice ne savait pas si c'était sa vision ou l'éclairage des lumières qui arrivait jusque devant l'entrée, mais elle lui avait semblé voir les traits de Paul se tirer d'embarras. Etait-ce pour cela qui venait de râler ? Lui faisait-elle vraiment de l'effet ? Non, non, elle avait sans doute rêvée, se persuada Aurore en le rejoignant d'un pas rapide. Cependant, elle se demandait tout de même qu'est-ce que le jeune homme pensait du fait qu'elle se soit maquillée pour l'occasion… Elle se voyait mal lui poser la question et après réflexion, elle préférait ne pas connaitre la réponse.

Paul accélérait le pas et gagnait déjà l'attroupement qui se formait ainsi que la mélodie qui se faisait entendre. Il s'enfonçait dans la foule et Aurore peinait à le suivre ; elle dû bousculer quelques passionnés ou encore s'excuser pour avoir la voie libre. Alors, lorsqu'elle le rattrapa, la coordinatrice lui agrippa le bras, obligeant ainsi son propriétaire à s'arrêter. Ils étaient encore loin de la scène et on pouvait entendre aisément les badauds parler entre eux sans qu'ils ne soient obligés de crier. Le dresseur lui fit remarquer que c'était elle qui voulait voir ce fichu concert et que, même si cela l'ennuyait profondément, il avait fait un effort pour venir au rendez-vous. Il rajouta qu'à présent, elle avait plutôt intérêt à rester ici si elle ne voulait pas le voir repartir dans la minute qui suivait. Et le ton que Paul venait d'employer était sans appel.

« Ce n'est pas ça… » Tenta Aurore avant de croiser son regard perçant et de détourner finalement les yeux, les sourcils légèrement froncés, mal à l'aise

C'était horrible : Son cœur n'arrêtait pas de tambouriner contre sa poitrine, comme s'il voulait sortir au plus vite de sa prison. Elle pinça ses lèvres et ferma les yeux dans un soupir silencieux. Elle calma du mieux qu'elle pouvait ses battements incessants et réussie finalement à parler. Sa voix s'éleva néanmoins sur un ton de reproche.

« Il y a beaucoup de monde et tu avances trop vite ; je n'arrive pas à te suivre. »

Autour d'eux, les fanatiques se déhanchaient tandis que d'autres restaient debout, les yeux rivés en direction de la scène où la voix du chanteur hypnotisait son public. En fixant le visage de Paul, elle lui avait semblé voir ses traits se tirer, ses lèvres se pincer ainsi qu'un air embarrassé caresser sa peau. Alors que sa marche reprit bien malgré elle, la coordinatrice ne comprit pas tout de suite ce qu'il venait de lui arriver. Mais en sentant que quelque chose lui empoignait la main gauche et que ce contact réchauffait sa main refroidit par le temps, elle comprit, le rouge aux joues, que le jeune homme venait d'attraper brusquement sa main. Il marmonnait un « Comme ça, tu avanceras à la même vitesse que moi. » d'une voix qui trahissait sa gêne, pour ensuite lui tourner le dos, concentré à se frayer un chemin à travers toute cette foule.

Elle resserra délicatement sa prise et étira ses lèvres dans un autre sourire un geste ferme mais remplit de bonnes intentions. Dans le fond, Aurore l'avait toujours su ; il y avait vraiment du bon en Paul et elle était plutôt contente que ce soit à elle qu'il montre cette partie de lui. Elle pensa alors que les doigts du jeune homme lui procuraient une agréable sensation de sécurité. Oui, c'était cela ; malgré son aura menaçante, elle se sentait en sécurité lorsqu'elle était près de lui. En laissant tomber son regard sur leurs paumes liés qui se balançaient maladroitement de droite à gauche, la coordinatrice ne put s'empêcher de sentir sa cage thoracique grossir simultanément. Maintenant qu'elle y faisait un peu plus attention, la main du dresseur avait l'air énorme accrochée ainsi à la sienne. C'était sans doute l'effet des lumières qui jaillissaient de la scène, éluda Aurore en tournant la tête vers le groupe de chanteurs.

Le dos de Paul ralentit et, après avoir fait quelques pas, il s'arrêta définitivement pour jeter une œillade au-dessus de son épaule. Elle tenta de lui sourire malgré les rougeurs sur ses pommettes mais le dresseur se tendit et évita discrètement de rencontrer son regard. Aurore remarqua que l'endroit où il s'était arrêté était plutôt bien choisi. Il n'y avait ni trop de monde ni trop d'espace. Juste la place pour que quelques personnes puissent danser. Les deux jeunes s'étaient rapprochés de la scène et par conséquent, ils ne pouvaient plus parler aussi facilement que tout à l'heure. Elle devait donc s'approcher de lui pour être sûre de se faire entendre… Les applaudissements et les cris d'hystérie suivirent naturellement le brusque tintement de cymbales qui signait la fin de la musique.

Un autre morceau commença dans de profondes basses et Aurore pensa qu'il n'y avait pas qu'elle qui devait s'amuser ; Paul aussi était là pour profiter de la fête. Alors, prise par le tempo, elle tira le jeune homme pour tourner le dos à la scène et saisir sa deuxième main. Elle releva le menton dans un rire silencieux et essaya de le faire danser. La coordinatrice secoua idiotement ses bras mais le dresseur n'avait pas l'air très réceptif puisqu'il ne bougeait pas d'un pouce, coulé sur place. Le chanteur prononçait déjà des paroles avec passion, suivit bien évidemment des fans qui l'accompagnait tous en chœur. Aurore arrêta d'agiter les membres du jeune homme et fit un pas en avant pour s'approcher de lui. Paul n'était pas très grand, mais la coordinatrice nota qu'elle devait quand même s'élever légèrement pour pouvoir communiquer avec lui.

« Danse ! » Cria-t-elle près de son oreille

Elle s'écarta de lui puis, entrainée par la musique, se balança légèrement de droite à gauche, fixant le visage de son interlocuteur. Ses traits étaient encore tendus et sa pomme d'Adam venait de brièvement se lever, signe qu'il venait de déglutir. Ses yeux parlaient sans qu'il n'ait besoin de lâcher le moindre mot. Son regard lui demandait clairement si elle l'avait bien regardée et ajouta qu'il n'allait pas danser comme tous ces fous autour d'eux.

« Tu t'en fiches, personne ne peux te voir ! » Argumenta-t-elle

Et c'était vrai, elle pouvait poser les yeux n'importe où, Aurore ne voyait que des silhouettes se mouvoir dans le noir. Elle n'en était pas très sûre la première fois qu'elle s'était approchée de lui, mais maintenant elle en avait la certitude : Paul avait mis du parfum. Et il sentait plutôt bon, nota la coordinatrice en humant discrètement l'odeur qui se dégageait du jeune homme. Mais quelque chose la gênait ; d'habitude, Paul n'en mettait pratiquement pas. Enfin, pas qu'elle le reniflait à chaque fois qu'elle le croisait, non, mais cela prouvait que, malgré les apparences, il prenait quand même le rendez-vous au sérieux, pensa-t-elle dans un fin sourire.

La lumière venait d'éclairer le public et Aurore pu voir qu'à présent, le dresseur la scrutait comme si elle venait de lui sortir une mauvaise blague, les sourcils froncés.

Après avoir réfléchit un instant, elle tiqua et supposa que Paul ne sache peut-être pas danser. C'était sans doute pour cette raison qu'il ne réagissait pas… ? Si c'était le cas, elle se fit la réflexion qu'un jour, elle devrait lui apprendre. Cela pourrait toujours lui servir plutôt que de rester planter au milieu de la piste, à ne rien faire. Mais vu le caractère du jeune homme, Aurore était presque certaine que si Paul était invité à ce genre de fête, il passerait sa soirée à côté du buffet, le regard blasé, un verre à la main, s'imagina-t-elle avec amusement.

Une deuxième réponse s'imposa ensuite dans son esprit : A moins… qu'il n'aimait pas du tout ce genre de musique… ? Elle croisa ses deux orbes sombres pour voir qu'il se tendait et détournait discrètement le regard, embarrassé. Aurore effectua une petite pression sur ses mains pour attirer à nouveau son attention et s'éleva ensuite sur la pointe des pieds ; le meilleur moyen de le savoir était encore de lui poser la question…

« La musique ; tu aimes ? »

Elle fronça les sourcils en voyant la bouche de son interlocuteur bouger faiblement. Il n'avait pas parlé assez fort et elle ne savait malheureusement pas lire sur les lèvres pour comprendre ce qu'il venait de dire. Elle grimaça un « Quoi ? » et s'approcha une énième fois de son visage.

« J'ai entendu pire… ! » Répondit-il en haussant légèrement la voix

Donc ? Cela voulait dire qu'il aimait bien ? Pourquoi ne disait-il pas les choses clairement ?! Aurore n'eut pas le temps de se torturer de questions qu'un détail la stoppa progressivement dans ses pensées. Même si Paul arborait un air impassible, ses lèvres ne bougeaient pas ouvertement mais elle avait très bien remarquée que ces dernières se mouvaient au même rythme que les paroles du chanteur, et qu'un petit mouvement de la tête trahissait son attirance pour la guitare qui grésillait dans les énormes hautparleurs. Alors sa réponse était positif ; ce genre de musique lui plaisait, sourit la coordinatrice.

Voir le dresseur se faire hypnotiser par une musique ne lui ressemblait pas du tout et elle devait avouer qu'elle prenait vraiment plaisir à observer le jeune homme qui profitait discrètement de la fête. Cette vision la fit doucement rire alors que son cœur se serra et que ses poumons se bombèrent d'une sensation indescriptible. La coordinatrice riait d'un rire vraiment doux et avait l'impression d'être ivre. Ivre de joie. Ivre d'amour. Ou les deux, elle ne savait pas très bien… Mais une chose était sûre ; elle se sentait extrêmement bien, là, près du jeune homme, leurs mains liées, se balançant légèrement au rythme de la musique qui envahissait l'air.

Et accessoirement, Aurore ne put s'empêcher de penser qu'une fois de plus, elle venait de faire un autre pas vers la mission que lui avait confiée Reggie. Elle commençait un peu à comprendre pourquoi il n'y avait qu'elle qui puisse changer le cadet et que c'était bien parce que sa joie de vivre poussait naturellement les autres à la suivre dans tout ce qu'elle entreprenait. La musique se finit sur les dernières paroles du chanteur et les hurlements des plus hystériques se firent bruyamment entendre.

Une autre mélodie débutait et l'obligea bien malgré elle à lâcher les mains moites de Paul pour se tourner vers le groupe qu'elle distinguait entre deux épaules, le cœur battant, le regard pétillant. C'était son morceau préféré. Elle se mit à son tour à mimer les paroles du chanteur tandis que la passion commençait à la dévorer petit à petit, entrainée par le duo de batterie et de la guitare qui s'enchainaient alternativement.

Aurore tourna la tête vers Paul pour voir qu'il scrutait à nouveau la scène en faisant du mieux qu'il pouvait pour ne pas suivre les paroles de l'interprète. Mais la mélodie était tellement attractive que même lui ne pouvait résister. Alors, dans un élan d'excitation, elle lui agrippa rapidement le poignet pour tirer son bras vers le ciel en laissant échapper un petit cri de joie. Après lui avait lâché le poignet, elle se tourna vers lui et rit joyeusement, la mine réjouie.

La coordinatrice observa Paul remettre sa main dans la poche de sa veste et n'eut qu'une envie ; lui dire à quel point elle était contente qu'il soit venu. Sans lui, elle était convaincue que la soirée aurait été bien fade. Elle attrapa donc un bout de tissu accroché à son bras et le fit pencher sur le côté pour s'élever une énième fois près de son oreille.

« Tu sais, je-… ! »

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que Paul venait de sursauter et de la repousser brusquement. Elle se cogna contre un passionné qui ne nota même pas ce qu'il venait de lui arriver, trop concentré dans le dernier couplet de la mélodie, et releva la tête pour apercevoir le regard sombre ainsi que les lèvres pincées du jeune homme avant de le voir disparaitre entre deux silhouettes.

Très vite, le refrain s'enchainait sous les cris de plus en plus hystériques des fans alors qu'Aurore était dos à la scène, bras ballants, les yeux rivés sur la masse qui se berçait devant elle. Comme au lac, il avait encore fui et cette fois, elle n'avait pas eu le temps de réagir aussi vite. Paul s'efforçait clairement de repousser l'échéance, de rejeter ses émotions, de reconnaitre qu'il était pratiquement devenu un adolescent normal. Il fallait croire que c'était beaucoup plus difficile que cela en avait l'air…, songea-t-elle. Mais ce n'était pas le moment de se torturer avec ce genre de pensées. La priorité était de le rejoindre pour s'assurer qu'il aille bien. Elle était convaincue que le dresseur n'était pas rentré à son hôtel et qu'il était toujours ici, du moins, à l'entrée. Elle s'y dirigea donc en doublant difficilement la lignée d'inconnus qui remuaient, entendit son prénom à quelques mètres de là, et stoppa automatiquement sa marche, la tête tournée à droite.

Paralysée, elle fixait silencieusement Zoé s'approcher d'elle. Ce n'était pas possible, elle qui espérait ne pas la croiser, on dirait que la chance ne tournait pas en sa faveur…, grimaça discrètement Aurore. La musique, se fit plus douce bien qu'elle conservait ses rapides solos de guitare électrique. C'est à ce moment-là que la rousse se décida à parler sur un ton plutôt hostile.

« Alors c'était ça ton empêchement ? J'le crois pas… ! » S'indigna Zoé dans un mouvement de bras, « Tu as préféré venir avec lui plutôt qu'avec moi ? »

« É-Écoute, je vais tout t'expliquer ; depuis longtemps, j'avais promis à Paul de l'emmener à un concert et-… »

« C'est ça ouais ! Si je ne t'avais pas mise au courant pour le concert, tu ne serais pas ici en ce moment ! »

« On y serait allé ensemble la prochaine fois… ! » Tenta la coordinatrice en ouvrant les paumes d'un air désolé

Zoé balaya sa remarque d'un revers de la main et lui avoua qu'en fait, cela l'arrangeait qu'elle soit là puisqu'elle allait pouvoir mettre certaine choses au clair. Aurore plissa le nez ; cela ne sentait pas bon mais soit, si la rousse voulait s'expliquer, autant le faire maintenant, pendant que la musique et le chant ne montaient pas dans des tons opposés. Elle ferma un instant les paupières, se préparant mentalement, et finir par lâcher un « Vas-y, je t'écoute. » d'une voix qui se voulait sobre.

« Pour commencer, Aurore... Je vais t'ouvrir les yeux : Tu ne vois pas que tes sentiments pour ce type sont à sens unique ? Et pourtant, tu t'acharnes à vouloir rester à ses côtés ? Tu espères qu'il finira par tomber amoureux de toi au fil du temps ? Mais redescends sur terre, bon sang ! »

La coordinatrice tiqua à ses questions plus que réprobatrices pendant que son cœur battait frénétiquement depuis quelques secondes. Comment avait-pu le voir ? Son affection pour le jeune homme se voyait donc tant que cela ? Non, c'était impossible. La seule réponse rationnelle, c'était parce que Zoé et elles se connaissaient plutôt bien et que la rousse avait déjà eue des doutes sur la relation qu'elle entretenait avec Paul. Mais alors pourquoi son amie n'était-elle pas contente pour elle ? Au lieu d'être aussi hostile, elle aurait dû la soutenir et l'encourager, pas détruire ce qu'elle avait mis tant de temps à forger avec le dresseur ! Elle ne comprenait vraiment pas la raison de ses agissements !

Aurore fronça les sourcils alors que le sang, au même rythme que la mélodie, tapait de façon régulière à l'intérieur de ses tempes. Et puis, qu'est-ce que c'était que ces suppositions ? Elle ne restait pas avec lui en attendant qu'il tombe amoureux d'elle ! Pas du tout ! Elle voulait simplement être à ses côtés, qu'est-ce qu'il y avait de mal à cela ? Finalement, elle ferma ses paupières, comme pour se calmer, et reporta son attention sur la rousse.

« Je me suis déjà fait la réflexion mais… Tu n'écoutes pas quand on te parle… ! » S'irrita la coordinatrice, « Tu peux dire c'que tu veux, je reste avec lui ! Et ma relation avec Paul ne te regarde pas ! Pourquoi tu agis comme ça ? Qu'est-ce que tu cherches à faire en m'éloignant de lui ? »

Elle entendit la rousse lâcher un « Je… ! », se taire brusquement pour baisser la tête, se mordre la lèvre inférieure et se frotter anxieusement son bras qui reposait le long de son corps, mal à l'aise. Elle distingua les deux orbes rouges de Zoé se plisser avant laisser tomber son regard à côté d'elle, un pauvre sourire sur le visage.

« Tu n'es plus la même depuis que tu le fréquentes… » Avoua-t-elle, « Tu nous mets carrément de côté pour lui. »

« Parce que je devrais vous privilégier à son détriment ? » S'outra la coordinatrice, « Désolé mais je ne suis pas comme ça ! Je ne peux pas l'abandonner ! »

« Et pourquoi pas, après tout ? » S'obstina Zoé, « Il n'a rien d'intéressant ! Il a toujours été seul et il doit le rester ; tu ne comprends pas que c'est dans sa nature ? »

La coordinatrice ferma lourdement ses paupières dans un faible soupir silencieux alors que deux doigts pinçaient l'arrête de son nez : Cela suffisait, elle en avait marre de cette conversation qui ne menait à rien, qui tournait en boucle et qui lui faisait perdre du temps. Au moins, ses intentions étaient claires ; Zoé, ainsi que tous les autres, voulaient vraiment la séparer de Paul. Franchement, elle ne les pensait pas si égoïstes… ! Et cette simple pensée la répugnait. Et puis, pourquoi disait-elle cela ? Elle le connaissait à peine… ! Tout cela parce que le désagréable dresseur avait une personnalité plutôt solitaire… ! Foutu préjugés… ! Elle serra rageusement les dents et se détendit dans un autre soupir silencieux avant de faire à nouveau face à la rousse.

« Pense ce que tu veux ! Si rester avec lui signifie me mettre tout le monde à dos, alors tant pis ! Maintenant, si tu veux bien m'excuser… » Finit Aurore en s'enfonçant dans la masse qui continuait de s'agglutiner

La coordinatrice avait bien fait de couper court à la conversation. Elle ne sait pas ce qu'elle aurait fait si elle était restée une minute de plus, et elle s'imaginait difficilement se battre avec la rousse... En plein concert, cela n'allait pas le faire…, pensa-t-elle en contournant un énième fanatique qui sautait sur place. Mais cela ne l'empêchait pas d'être toujours énervé de sa conversation avec Zoé. Tout ce qu'elle espérait, c'était que la rousse comprenne le message et que son entourage la laisse enfin tranquille. Oui, tout ce qu'elle voulait à présent, c'était être au calme, auprès de Paul et rien de plus.

Elle sortit en trombe de la masse noire qui remuait dans tous les sens et reporta son attention devant elle.

Aurore s'arrêta net en découvrant le dresseur adossé au pot de pierre qui désignait l'entrée du concert. Il avait apparemment sentit sa présence aux bruits de ses sandales et tourna intentionnellement la tête vers la chaussée pour ne pas la voir. Elle resta silencieuse et attendit qu'il donne la première réplique. Après une longue minute d'intenses réflexions, la voix de Paul s'éleva rauquement dans l'air.

« Je suis désolé de gâcher les moments que l'on partage ensemble… »

La voix de Paul calma aussitôt sa colère et la coordinatrice frissonna en sentant un léger vent faire virevolter ses cheveux. Mais pour Aurore, c'était la phrase de trop. En fixant la silhouette du jeune homme qui dégageait une aura plutôt fière malgré sa solitude écrasante, ses bras croisés sur son torse, et à cause de la pression due à sa conversation avec Zoé, la coordinatrice rentra la tête dans ses épaules, les mains dans les poches de sa veste. Elle serra durement les dents et refoula les larmes qui lui montaient aux yeux. Elle ne devait pas pleurer et se donner en spectacle comme cela. Surtout pas devant lui. La réalité pesait trop lourd sur sa conscience et elle n'avait pas pu s'empêcher de se sentir blessé au sujet du dresseur. Elle ne pensait pas que cela serait si dur de se dire que personne ne voulait de lui, qu'il était traité comme un paria et que même s'il était au courant, Paul faisait comme si de rien n'était. Pourquoi lui, d'abord ? Il ne pouvait pas s'en prendre à quelqu'un d'autre ? Juste parce qu'il était le rival de Sacha, c'était cela ? A croire que son entourage aimait faire du mal aux autres…

Aurore déglutit discrètement et releva la tête en grimaçant un sourire, les paupières fermées.

« Tu ne gâches rien du tout ; arrête de dire ça, Paul. Si quelqu'un a tout gâché, c'est plutôt moi : Je devrais pourtant retenir que tu n'aimes pas être approché de trop près… » Finit-elle en portant une main à sa nuque, l'air désolée

Elle re-ouvrit les yeux et croisa son regard songeur qui l'observait en silence. Le dresseur tourna ensuite la tête vers la musique qui s'échappait de la foule, cligna des yeux et reporta calmement son attention sur la coordinatrice qui contracta automatiquement sa mâchoire, les joues roses, le cœur battant. Ce fût le moment qu'il choisit pour paresseusement se faire entendre.

« Je t'ai vue en train de parler avec ton amie. La rousse de cette après-midi, là… » Déclara-t-il

Aurore écarquilla les yeux et se mordit la lèvre inférieure. Elle n'arrivait pas à décrire ce qu'elle ressentait à l'instant présent. Elle se sentait mal à l'aise d'avoir été découverte en présence de la rousse, comme si aux yeux de Paul, la coordinatrice était encore en contact avec l'ennemi, mais en même temps, elle était heureuse d'apprendre que le dresseur avait attendu son arrivée, qu'il avait guetté la foule pour voir si elle l'avait suivie.

La coordinatrice scruta les deux orbes sombres du dresseur et finit par le rassurer maladroitement en lui avouant qu'elle n'avait pas changée d'avis depuis cette après-midi, qu'elle resterait avec lui et même s'il fallait qu'elle abandonne son entourage, elle préférait être avec le jeune homme plutôt qu'avec des gens qui ne faisaient que juger comme des gamins.

Lors d'un instant, Paul parut surpris et elle comprit que ses mots venaient encore de le toucher. Mais lorsque la seconde d'après, il la sondait silencieusement du regard, comme pour trouver le moindre mensonge qu'elle aurait pu prononcer, Aurore ne bougea pas d'un millimètre, ses yeux rivés sur le jeune homme. Il finit par fermer les paupières, décroiser ses bras et se décoller du mur pour s'avancer sur la chaussée où elle le suivit sans un mot. En observant le dos du dresseur qui avait les mains dans les poches de sa veste, elle comprit qu'il n'avait pas besoin de parler pour lui transmettre son message ; Il s'apprêtait à partir définitivement. Elle décida, après avoir pincées brièvement ses lèvres, de prendre les devants, le ton légèrement déçu.

« Tu ne veux pas rester plus longtemps ? Ça fait à peine une demi-heure que le concert à commencer… »

« Non. Merci de m'avoir invité quand même. »

Et le silence retomba lourdement entre les deux jeunes. Si Paul la remerciait malgré le ton sobre qu'il venait de prendre, c'était qu'il s'était tout de même amusé, supposa-t-elle en distinguant ce dernier jeter une œillade au-dessus de son épaule. La coordinatrice l'observa ensuite parcourir la distance qui les séparait pour lui saisir la main, lui fourrer un objet à l'intérieur et pour refermer fébrilement ses doigts dessus. Son cœur rata un battement et ses joues prirent un teint rose en fixant la paume de Paul qui s'accrochaient fermement, comme si ce qu'il venait de lui donner était très précieux.

« Je… S'il t'arrive quelque chose, utilise ça. » Ordonna-t-il d'une voix mal assurée, le regard ailleurs

Elle ouvrit doucement ses doigts pour découvrir l'objet en question, resta un instant dépitée et finit par relever le menton en déclarant un « Mais t'es vraiment parano, en fait. » , avant de détourner à son tour les yeux.

« Ça aurait été plus simple si tu me raccompagnait… » Avoua-t-elle d'une voix embarrassée

Et c'était vrai ; elle se sentirait certainement mieux en sa compagnie plutôt qu'en celle d'un simple couteau suisse. Après l'avoir entendu soupirer brièvement, le jeune homme lui répondit que son hôtel et le centre Pokémon étaient à l'opposé l'un de l'autre, ce que la coordinatrice traduisit par une vulgaire paresse. Il ne voulait pas faire tout le chemin et c'était bien pour cette raison qu'il venait de lui coller une arme dans les mains… Elle comprenait maintenant pourquoi le dresseur avait toujours les mains dans les poches de sa veste… Mais n'allait-il pas un peu trop loin ? D'accord, une agression était si vite arrivée, mais de là à se promener avec un poignard sur soi…, estima Aurore dans un soupir découragé.

« On n'est jamais trop prudent… » Argumenta Paul d'une voix qui se voulait neutre

Le dresseur retira ensuite sa paume et rangea ses mains dans leurs poches habituelles. Un sourire étira discrètement les lèvres de la coordinatrice ; le fait qu'il lui donne une arme pour qu'elle puisse se défendre prouvait néanmoins qu'il s'inquiétait de son sort. Paul ne mentait pas lorsqu'il avait déclaré qu'elle comptait pour lui… Aurore n'eut pas le temps de pousser un peu plus loin ses réflexions que son interlocuteur lui tournait déjà le dos et s'était arrêter à quelques mètres de cette dernière. Pressentant qu'il allait dire autre chose, elle ne parla pas et laissa une légère brise souffler entre eux. Après que le vent se soit estompé, la question du jeune homme s'éleva enfin dans l'air.

« Est-ce que… Est-ce que demain, tu pourras venir au square qui se trouve à côté ? »

« Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? » Questionna Aurore, les sourcils froncés

« Ne pose pas de questions et viens ! » Ordonna-t-il d'une voix qui trahissait sa gêne

Elle mit ses mains devant elle, fit un petit mouvement afin de tempérer le caractère du dresseur et le rassura en lâchant un « D'accord, d'accord. » avant de promettre sur un ton peu assuré qu'elle viendrait. Paul jeta un dernier regard dans sa direction, l'informa qu'il s'en allait et, sans demander son reste, s'éloigna petit à petit.

Lorsqu'il ne fût qu'une toute petite tâche sombre, Aurore cligna des paupières et décolla enfin ses ballerines de l'endroit où elle était plantée. Imitant le jeune homme, elle enfonça ses poings dans les poches de sa veste et pria pour qu'elle n'ait pas à utiliser l'arme sur le chemin du retour. La coordinatrice tiqua soudainement dans un léger spasme et se rendit compte que Paul ne lui avait même pas donné d'heure à laquelle elle devait venir…

Elle remédia rapidement le problème en sortant son téléphone portable et en lui posant la question par message. La réponse ne se fit pas longtemps attendre et Aurore dût s'arrêter net pour relire l'horaire qu'il imposait...

« Huit heures trente. Neuf heures maxi. »

Hé c'était super tôt, en fait…! , râla-t-elle en reprenant sa marche. Cependant, elle ne pouvait pas se permettre de chipoter sur ce détail ; Paul avait fait un effort pour venir au concert alors elle devait en faire autant… Mais pourquoi aussitôt ? Il n'y aurait personne au square à cette heure-là. Peut-être le clochard de base couché sur un banc, avec toutes ses affaires autour de lui mais rien de plus… A moins que c'était ce qu'il voulait, qu'il y ait le moins de monde possible… Cela l'intriguait beaucoup et si elle ne savait pas le dresseur aussi impulsif, elle l'aurait déjà incendié de milliers de questions… Bon, ce n'était pas grave, elle pouvait bien lui rendre ce service, estima-t-elle en rangeant son appareil.

Aurore se replongea dans ses pensées en sentant le métal froid dans son poing gauche et ne put s'empêcher de lâcher un râle d'exaspération. Sérieusement, Paul était fou de se trimballer avec une arme sur lui… ! S'il se faisait vraiment chopper, on le prendrait pour un criminel et vu qu'il n'était pas encore majeur, c'était Reggie qui allait avoir des problèmes…, soupira la coordinatrice en dérivant ensuite sur son impression du concert.

Un sourire étira largement ses lèvres tandis qu'elle y songeait encore. Elle avait tellement de choses à dire et même s'ils n'étaient pas restés bien longtemps, elle avait réellement apprécié les moments passés avec le dresseur. La coordinatrice ne regrettait pas une seule seconde de l'avoir invité, et cette pensée la conforta dans l'idée qu'elle ne reviendrait pas sur sa décision, même si Zoé ou quelqu'un d'autre venait la supplier. Oui, elle était convaincue d'avoir fait le bon choix en restant auprès de celui qu'elle aimait, conclut Aurore en opinant du menton…