CHAPITRE 14 : Un secret à la clé

Teddy sentit un frisson glacé remonter le long de sa colonne vertébrale et cette sensation fut davantage accentuée encore par le courant d'air froid et humide qui traversait les cachots. Il se retourna, regarda par-dessus son épaule mais ne vit personne derrière lui. Qui pouvait bien l'avoir appelé ? Les battements de son cœur s'accélérèrent dans sa poitrine et il se mit à regretter d'avoir ainsi quitté ses amis.

« Hé petit, ne regarde pas là-bas, je suis là ! »

Il pivota sur lui-même et finit par comprendre d'où venait la voix. Il ne s'agissait pas réellement d'une personne comme il l'avait cru au premier abord mais plutôt d'un tableau. Il avait été relégué dans un coin comme une partie de son cadre avait souffert de la Grande Bataille. Sur un coin inférieur, le bois avait éclaté et une partie de la toile était déchirée. Les couleurs étaient délavées et de grandes traces de suie la parsemaient d'un bout à l'autre. Personne ne semblait l'avoir déplacé ou même touché depuis un long moment. La poussière formait comme une croûte sur son cadre et des araignées y avaient tissé leurs toiles.

Teddy s'approcha et plissa les yeux pour mieux voir la peinture. Elle représentait une pièce richement décorée et au centre de laquelle se tenait un unique personnage, peint à hauteur du buste. C'était un vieil homme dont les cheveux blancs commençaient à se raréfier. Il avait une barbichette taillée en pointe et des yeux d'un noir intense.

« Est-ce que je vous connais ? »

Le portrait fronça les sourcils et prit un air vexé.

« Bien sûr que tu devrais me connaître bougre de nigaud ! Est-ce que tu as lu tes manuels d'histoire ? »

Teddy hésita entre avoir honte et être en colère. Comme la plupart des élèves qui fréquentaient Poudlard, il n'avait jamais ouvert ses livres en-dehors des cours, et surtout pas ceux d'histoire. Il lui suffisait de lire un article pour entendre la voix de Binns dans son esprit et sombrer dans un profond sommeil. A son avis, il était inutile de vendre des somnifères aux sorciers souffrant de troubles de l'endormissement. Une heure en compagnie du professeur fantôme et tous leurs problèmes étaient réglés.

« Pas vraiment non.

_ Tu ne t'intéresses donc pas à l'histoire de ton école et de ton pays ?

_ Mon oncle m'en raconte bien assez, vous savez. Il a vécu toute la guerre et c'est plus intéressant raconté par lui que par un livre.

_ Mmmm pas faux. Ton oncle est un héros de guerre ?

_ Comme tous mes oncles et tantes oui.

_ Et peut-être que je le connais du coup.

_ Vous ? Un tableau ? »

Le portrait prit un air pincé. Il leva fièrement le menton. Teddy se demanda s'il était vraiment quelqu'un censé être connu ou s'il se fichait de lui.

« Je ne suis pas qu'un tableau jeune homme. Qui est ton oncle ?

_ Il s'appelle Harry Potter. »

Il y eut un moment de silence pendant lequel Teddy se sentit observé de la tête aux pieds, ce qui avait tout de même un petit quelque chose de dérangeant.

« Harry Potter, répéta-t-il. Et il ne t'a jamais parlé de moi.

_ Encore faudrait-il que vous me disiez votre nom.

_ Je m'appelle Phineas Nigellus Black, petit. J'ai été directeur de Poudlard.

_ Alors pourquoi est-ce que vous êtes ici et pas dans le bureau du professeur Stone ? »

Selon l'avis de Teddy, si le portrait disait vrai alors il aurait dû se trouver avec tous les anciens directeurs. L'année précédente, il avait vu Severus Rogue et il pouvait attester qu'il ne présentait pas mieux que celui-ci.

« J'ai été… j'ai été banni, voilà, tu es heureux ?

_ Pourquoi est-ce qu'on vous a banni ? Qu'est-ce que vous avez fait ?

_ Je suis un Black ! Et pour Stone c'était suffisant. Quand il est arrivé à la tête de l'école, il a juré de se battre contre les préjugés du sang.

_ Et finalement son fils était un pro-Mangemort. »

Le regard de Black s'alluma subitement et le garçon se demanda s'il ne venait pas de dire une bêtise. Mais Atticus avait bien œuvré pour les Mangemorts, s'il n'avait pas été démasqué et envoyé à Azkaban, il aurait été en compagnie de ce Yaxley à l'heure qu'il était à chercher à recruter des adolescents au sein de Poudlard afin de les endoctriner et de relancer leur mouvement.

« Tu me vends du rêve, petit. Les méchants sont toujours punis n'est-ce pas ?

_ Je ne sais pas. Ça dépend qui on considère comme méchant, non ?

_ Voilà une parole sensée pour un gamin ! Dis-moi, tu as quel âge ?

_ Douze ans. Je suis en deuxième année.

_ Quelle maison ?

_ Gryffondor. »

Le portrait tiqua.

« Tu aurais été un bon Serpentard.

_ Bof. Ma meilleure amie est chez les Serpentard et elle dit qu'ils sont très fermés. Je crois que je suis très bien là où je suis et puis je suis dans la maison de mon père comme ça. Quoi que j'aurais aimé être à Poufsouffle comme ma mère. »

Il se demandait bien pourquoi il lui racontait tout ça. Après tout, le portrait se fichait pas mal de qui il était.

« Tu es de sang-mêlé ?

_ Mes deux parents l'étaient oui. Mais ma grand-mère est de sang-pur.

_ Ah oui ? Je la connais peut-être. Comment est-ce qu'elle s'appelle ?

_ Androméda Tonks. »

Le portrait prit alors une étrange expression que le jeune garçon ne sut pas déchiffrer. Il le considéra à nouveau de la tête aux pieds, avec cette fois dans les yeux une lueur de réel intérêt.

« Androméda Tonks, souffla-t-il. Tu… tu es mon descendant. »

Le cœur de Teddy bondit dans sa poitrine. Il sentit une foule d'émotions l'envahir allant de la peur à l'envie de rire. S'il avait pu, il aurait presque pris le portrait dans ses bras.

« Vous croyez ?

_ Je croyais ma lignée éteinte avec la mort de Nymphadora.

_ Nym… c'était ma mère ! »

Des larmes envahirent ses yeux et il s'en voulut horriblement. Il ne voulait pas pleurer, il voulait se montrer digne et fort. Il se retint du mieux qu'il put.

« Un enfant ? Je me demandais bien comment Androméda pouvait avoir eu un petit-fils. Je ne savais pas que sa fille avait eu un bébé.

_ Si, quelques mois seulement avant qu'elle ne meurt. Je ne l'ai pas réellement connue.

_ Et ton père ?

_ Mort le même jour.

_ Dis-moi son nom. »

Teddy hésita. Si cet homme était bien Phineas Nigellus Black alors il allait s'épouvanter de constater que Teddy était le fils d'un loup-garou.

« Alors ? Tu as bien un père non ? Tu n'es pas né par la volonté de Merlin que je sache.

_ Il s'appelle Lupin. »

Il y eut à nouveau un silence puis Black éclata de rire.

« J'aurais dû m'en douter ! Il y avait un truc entre eux !

_ Vous les connaissiez tous les deux ?

_ L'Ordre du Phénix se servait de moi pour faire le relais entre le Square Grimmaurd et Poudlard. Je tiens à noter qu'ils m'ont d'ailleurs honteusement exploité contre mon gré. Ils m'ont menacé de m'enfermer à la cave et d'ailleurs je constate que Stone a fini par le faire quand même. Ainsi donc ma lignée ne s'est pas éteinte… »

Black caressa pensivement son menton. Les lèvres pincées, il semblait plongé dans une intense réflexion.

« La maison du Square Grimmaurd appartient toujours aux Black ?

_ Elle a été donnée à mon oncle Harry.

_ Il y vit ?

_ Avec sa famille oui.

_ Est-ce que tu y as accès toi aussi ? »

C'était étrange toutes ses questions. Mais Teddy n'arrivait pas à deviner de piège aussi répondait-il ce qu'il savait. Et puis que pourrait bien faire un portrait contre lui ?

« Bien sûr, j'y vais régulièrement.

_ Eh bien mon garçon, si tu trouves le moyen de me sortir de cet endroit, je te dévoilerai un grand secret. »

Les yeux de Teddy s'illuminèrent. Il fit un pas de plus pour s'approcher encore du tableau.

« Quel secret ?

_ Quelque-chose qui te plaira à tous les coups. En attendant, tire-moi de ce fichu cachot. »

Teddy réfléchit. Desceller le tableau du mur ne devait pas être trop compliqué mais que pouvait-il bien en faire ensuite ? Il décida qu'il pouvait bien aviser plus tard et il attrapa des deux mains les bords supérieurs du cadre. Black, lui, n'avait tout de même pas l'air très à l'aise.

« Tu fais attention hein ? J'ai déjà eu quelques dégâts. J'aimerais limiter un peu quand même. »

Le garçon ne répondit pas. Il fit appel à toutes ses forces pour décrocher le tableau mais fut bien incapable de le faire bouger ne serait-ce que d'un pouce. Et pourtant, il tenta aussi fort que possible, tirant et même poussant parfois pour le déloger de son emplacement. Ce fut en vain et il finit par abandonner en soufflant.

« Je… je vais essayer autrement. »

Il tira sa baguette et regarda tout autour de lui. L'année précédente, il avait eu des soucis avec le professeur Starlight qui l'avait vu jeter un maléfice à un tableau. Mais pour sa décharge, l'arlequin qui y était représenté s'était cru en droit de l'insulter. Il pointa sa baguette vers le tableau. Black se mit soudainement à agiter les mains très vite.

« Attends un peu ! Tu sais quel sort utiliser ? Tu as dit que tu étais en deuxième année, non ? Tu es bon en sortilèges ? »

Teddy baissa sa baguette.

« Je… non je n'ai aucune idée de comment vous décoller de là.

_ Tu allais essayer quoi ?

_ Un accio je crois. »

Black laissa échapper un gémissement ressemblant à s'y méprendre à un cri de douleur.

« Tu m'aurais arraché le cadre espèce de bigorneau ! Laisse-moi donc là, réfléchis à un moyen de m'aider, tu as toute l'année scolaire pour ça. »

Teddy acquiesça et rangea sa baguette, un peu déçu de ne pas avoir eu tout de suite ce fameux secret dont il lui avait parlé. Il remit cependant sa baguette dans sa poche. Sa colère contre Sam s'était momentanément effacée et son cœur battait à tout rompre.

« Je vais trouver un moyen de vous sortir de là. Et je vais vous ramener dans ma salle commune.

_ Chez Les Gryffondor ? Eh bien je suppose que ce sera toujours mieux que ce cachot humide. Si encore les amoureux daignaient descendre se bécoter ici, je râlerais, je serais écœuré, mais au moins j'aurais du spectacle. Allez file donc chercher un bon moyen de me décoller sans m'abîmer. Je te jure que si tu casses mon cadre ou déchires ma toile, tu en répondras de ta personne ! »

Teddy n'était pas sûr de comprendre réellement ce que cela impliquait ni comment un dessin plus ou moins griffonné sur une toile pourrait s'y prendre pour se venger mais il ne voulait pas non plus tenter le magyar à pointes. En attendant, il acquiesça, promit de revenir dès qu'il avait du nouveau et prit ses jambes à son cou pour revenir à la salle commune des Gryffondor. Il courut le long des couloirs et manqua de peu de tomber dans les escaliers lorsque l'un d'entre eux décida de changer brusquement de direction, déclenchant chez ses passagers des vagues de protestations dont il n'avait que faire. Il arriva cependant à destination après quelques chemins détournés.

Dans la salle commune des Gryffondor, c'était l'effervescence. Des bannières de Quidditch avaient été accrochées aux murs, jouxtant celles, plus artisanales, qui clamaient le score de ce premier match de la saison. Un buffet avait été installé au centre de la pièce, sur les diverses tables qui avaient été ramenées là. Du jus de citrouille, des pâtisseries et des confiseries en tout genre y étaient installées et les élèves y piochaient joyeusement en riant aux éclats. De la musique hurlait dans un poste de radio moldu qui avait été trafiqué pour fonctionner dans l'enceinte de l'école.

« Les Bizard'Sisters ! hurla Jesse en lui fonçant dessus et en parlant fort pour couvrir le son de la musique. J'adore ce groupe ! Tu étais passé où ? »

Ses paroles indiquaient qu'il s'était inquiété mais la part de tarte au citron qu'il était en train d'enfourner assurait le contraire. Ils essayèrent de discuter mais finirent par admettre que le bruit de la fête les en empêchaient. Ils montèrent dans le dortoir. Sitôt la porte refermée, le silence tomba et Teddy eut l'impression qu'on lui bouchait soudainement les oreilles. Il trépignait tellement d'impatience de raconter ce qui venait de se passer qu'il oublia de demander où était Sam.

« J'ai rencontré un de mes parents ! »

Jesse écarquilla les yeux.

« Mais… mais ce n'est pas possible, ils sont morts Teddy. »

Il avait répondu avec un ton particulièrement calme et doux, comme s'il essayait de ramener son ami mentalement dérangé à la raison. Il avait cet air condescendant qui mit immédiatement Teddy en colère.

« Mais je ne te parle pas de mon père et de ma mère ! Mais d'un ancêtre ! Je crois que c'est mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père ou quelque chose comme ça. »

Cette fois-ci, ce fut Jesse qui fut vexé. Il fit la moue et croisa les bras sur sa poitrine.

« Et comment est-ce que j'étais censé le savoir, hein ? Tu bafouilles et je ne comprends rien à ce que tu racontes ! Qui c'était ce type et comment tu as pu le rencontrer ? Il doit être vieux.

_ Il est mort, Jesse.

_ Tu vois, je ne comprends pas un mot de ce que tu me dis. C'est un fantôme ?

_ Non, c'est un portrait. »

La lumière se fit dans l'esprit du garçon et, l'espace d'un instant, Teddy comprit l'expression « avoir le regard qui s'illumine ». Il se mit alors à lui raconter tout ce qu'ils s'étaient dits et lorsqu'il eut terminé, son cœur battait à tout rompre.

« Il connaissait mes parents. Tu te rends compte ?

_ Mais en quoi est-ce que ça peut t'aider ? »

Teddy pinça les lèvres. La réflexion de son ami était tellement pertinente qu'elle lui fit presque l'effet d'un coup de poing. Soudainement désespéré, il se laissa tomber assis sur son lit.

« Je ne sais pas. J'aimerais tellement les connaître tu sais ?

_ Je sais, Ted. Mais ce n'est pas possible. Tu te souviens de ce que Rockwell nous a dit l'année dernière ? »

Le garçon força un sourire un peu amer.

« Rockwell a dit beaucoup de choses et souvent ça consistait à nous mettre en retenue ou à nous enlever des points.

_ Pas faux, rigola Jesse. Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler. Il a dit à un moment donné qu'aussi noire soit-elle, la magie ne ramenait pas les morts à la vie. Jamais.

_ Mais Voldemort… »

Jesse haussa les épaules.

« Je ne sais pas trop quoi penser de lui. Peut-être que ton oncle ne l'avait pas bien tué la première fois.

_ Tu crois qu'on peut faire ça ? Pas bien tuer quelqu'un ? Et tu crois qu'il pourrait y avoir une possibilité que mes parents n'aient pas été bien tués eux non plus ?

_ Je ne sais pas. »

Jesse s'assit auprès de lui et se mit à balancer ses pieds dans le vide. Avec ses cheveux blonds un peu trop longs qui lui retombaient sur les yeux, son visage encore marqué par les rondeurs de l'enfance et sa chemise neuve un peu trop grande que sa mère lui avait envoyée par hibou la semaine précédente, il avait l'air d'un petit garçon perdu.

« J'aimerais bien que mon père aussi n'ait pas été bien tué mais je crois qu'on rêve, Teddy.

_ Je crois aussi. »

Ils furent coupés dans leur conversation par la porte qui s'ouvrit soudainement sur un Sam échevelé et affichant un sourire radieux sur les lèvres. Ils se tournèrent de concert vers lui.

« Dirk dit que l'année prochaine il me prendra peut-être dans l'équipe !

_ Ne t'emballe pas, dit Teddy. Tu as encore un an pour ça. »

Sam dévoila toutes ses dents en un large sourire.

« Tant mieux, ça me laisse un an pour continuer à le convaincre. (son sourire disparut.) Par contre je voulais m'excuser pour tout à l'heure, je pensais que tu avais dit à Napata que ton père était un loup-garou.

_ Non, je n'avais rien dit.

_ Elle a posé des questions après ton départ. »

Teddy avait la gorge sèche. Que Sam et Jesse sachent pour son père, ça ne le dérangeait pas, ils étaient ses deux meilleurs amis et il savait qu'ils passaient outre les préjugés, mais il n'arrivait pas à penser de la même manière avec Napata. Elle était pourtant sa meilleure amie, elle était la fille dont il était le plus proche après Victoire. Ils avaient vécu déjà des tas d'histoires ensemble qui les avaient beaucoup rapprochés. Ils s'inquiétaient l'un pour l'autre quand ils se perdaient de vue. Mais il ne parvenait pas à lui dire que son père était un loup-garou. C'était au-delà de ses forces, et même pire, il ne supportait pas l'idée qu'elle puisse savoir. Pourtant, elle lui avait dit un grand secret elle. Elle avait osé lui dire pour son père et lui ne lui en avait pas tenu rigueur. Son regard sur elle n'avait pas changé. Ou pas réellement en tout cas.

« Qu'est-ce que tu lui as dit ?

_ Que ce n'était pas ses affaires et qu'elle pouvait me torturer, je ne dirai rien. »

Sam gonfla fièrement la poitrine.

« Je ne suis pas un traître. »

Les lèvres de Teddy se fendirent sur un sourire. Mais il ne put continuer cette discussion-là non plus. Peut-être avait-il senti qu'il valait mieux ne plus ajouter de tensions. En tout cas, Jesse sauta subitement au bas du lit.

« C'est la fête en bas ! Il y a de la musique géniale et des tartes au citron à se taper le niffleur par terre ! On est vraiment trop bêtes de rester assis là à papoter et à déprimer ! »

Sam acquiesça.

« J'ai entendu dire que Tom Pottock a trouvé une bouteille de whisky pur feu. Peut-être qu'on pourra en avoir un peu. »

L'idée de faire quelque chose d'idiot et d'interdit sembla leur plaire et, d'un seul geste, ils se jetèrent tous les trois sur la porte pour retrouver ce Tom Pottock dont ils ne connaissaient que le nom.