Chapitre 14 – Prise de conscience
Vador regarda son chronomètre, presque incapable de croire qu'il était 7 heures.
Il n'y avait que très peu de nuits dans sa vie qui lui avaient paru aussi longues que celle-ci. Il avait survolé la région pendant six heures d'affilé, et n'avait rien senti. Les patrouilles de rue n'avaient rien trouvé. Ça n'aidait pas de ne pas avoir d'image récente de Luke à donner comme référence. Le mieux qu'il avait trouvé était une photographie de son visage de son dossier des SFI.
Il y avait un million d'êtres dans la seule Cité Impériale. Des millions de plus dans les zones aux alentours. Seule la Force pouvait lui fournir une chance de distinguer son fils dans la masse grouillante de formes de vie. Mais elle lui avait fait défaut.
Ou peut-être que Luke n'était même plus sur Coruscant...
La pensée était si horrifiante qu'il s'affala dans son fauteuil et agrippa la table en guise de soutien. Comment son jeune fils pourrait-il avoir la moindre chance de survivre là dehors ? Il n'était même pas assez mature pour manger ses légumes sans qu'on lui dise ! Il n'avait même pas pris de comlink avec lui, ou de vêtements de rechange... qui allait le protéger ?
Dans une prise de conscience soudaine, il apparut à Vador que peu de temps auparavant, il avait envisagé d'envoyer Luke ailleurs lui-même. Était-ce une cruelle ironie de la Force en guise de vengeance ? Il avait mal traité Luke depuis le début... il l'avait ignoré, disputé, lui avait crié dessus... s'était disputé avec lui... Il ne méritait pas d'être le père du garçon. Il n'était pas étonnant qu'il soit parti.
L'interphone de la porte sonna, mettant fin au moment de désespoir de Vador. Il se leva avec anticipation alors qu'un assistant personnel pénétrait dans la pièce.
-Monsieur, je reviens tout juste d'une visite à Ben et à son père.
-Et ? Demanda impatiemment Vador.
Les gens ne pouvaient-ils pas aller droit au but ?
-Luke n'y est pas. Ils ne l'ont pas vu depuis que je l'ai récupéré au palais, hier après-midi. Ben n'a aucune idée d'où Luke aurait été susceptible d'aller.
-Quel était cet endroit où il a été retrouvé hier ? Avez-vous déjà des retours de l'équipe de recherches ?
-Ils ont plusieurs rapports de témoins qui auraient pu ou non l'avoir vu, mais rien de concret. Ils nous contacteront dès qu'ils auront quelque chose d'exploitable.
-Luke pourrait être en danger d'ici là, dit Vador, faisant les cent pas. Il pourrait être en danger en ce moment même !
-Monsieur, le chef des forces de sécurité locales m'a dit que la plupart des fugueurs revenaient après un ou deux jours.
-La plupart ? Et qu'arrive-t-il à ceux qui ne reviennent pas ?
L'homme ne répondit pas. Il n'en avait pas besoin. Vador savait ce qui arrivait aux enfant qui ne rentraient jamais à la maison. De désespoir, il se connecta à la Force une fois de plus, espérant un signe, un indice, que Luke était là dehors, quelque part.
Mais il n'y avait rien.
-Salut Luke.
Luke se concentra sur la forme floue, ayant l'impression d'essayer de voir à travers une tempête de stable.
-Oh, dit-il, alors que l'image se mettait au point. C'est toi.
-Écoute-moi, Luke. On n'a pas beaucoup de temps.
Luke regarda aux alentours.
-Je suis où ?
-Tu es seulement en train de rêver, expliqua Obi-Wan. Mais en réalité, tu es en danger. Tu as été kidnappé par des gens qui se moquent de ta sécurité.
-Kidnappé ? Je suis avec Crix et Val et...
-Tes amis sont dans la même situation, j'en ai bien peur...
-Qu'est-ce que je peux faire ? Dit nerveusement Luke. Vous pouvez m'aider ?
-Je ne peux que te donner des informations qui te permettront de te sortir de là tout seul. Tu devrais savoir que l'Empereur ne t'a pas dit toute la vérité sur ton père.
-Il ne l'a pas dite ?
-C'est une histoire longue et compliquée, Luke, et une que je ne peux pas partager avec toi à présent. Mais tu dois savoir que ton père était tout à fait capable de ressentir de l'amour autrefois. Je croyais, moi aussi, qu'il ne le pouvait plus... jusqu'à ce qu'il t'accueille.
-Il ne m'aime pas, dit tristement Luke. Il a dit qu'il n'avait jamais voulu être mon père.
-C'est ce qu'il dit. Ne crois pas tout ce qu'il dit sous le coup de la colère.
Luke détourna le regard pendant un instant.
-Mais c'est un assassin !
Il regarda à nouveau Obi-Wan.
-Il a tué ma mère !
-Pas de la manière que tu imagines, Luke. Ta mère a perdu la volonté de vivre. Palpatine a détruit la démocratie pour laquelle elle s'était battu tout sa vie, afin de la protéger... et puis, il a transformé son mari en l'ombre de ce qu'il était. Elle aimait ton père au point de ne plus pouvoir vivre sans lui...
-Une minute... mais... Je pensais qu'elle soutenait l'Empereur ? Et qu'est-ce que tu veux dire par transformé ? Tu veux dire que l'Empereur a changé mon père ?
-Oui, Luke. Il a attiré ton père dans un chemin sur lequel ta mère ne pouvait pas le suivre.
-Je ne comprends pas.
-Un jour, tu comprendras. D'ici là, essaye d'accepter que rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît. C'est à toi de décider de rentrer ou non, Luke, et uniquement à toi. Mais prends une décision fondée sur la vérité, non sur des mensonges.
-J'ai déjà décidé, dit Luke. C'est pour ça que je me suis enfui. Je ne veux plus le revoir !
Il se retrouva à hurler la dernière partie au vent. Obi Wan était parti.
Mais sa voix raisonna dans les oreilles de Luke.
-Souviens toi de cela, Luke. Ça t'aidera à comprendre. La haine peut transformer quelqu'un en l'objet de sa haine.
Les réminiscences de son rêve s'évanouirent, et il regardait à présent la masse de blindage craquelé et de fils arrachés qui constituait l'intérieur du vaisseau.
Il s'assit rapidement, et leva les yeux pour voir si Val et Crix étaient toujours endormis. Son dos se raidit immédiatement à ce léger mouvement, et il trouva que ses membres paraissaient engourdis et lourds. Quoi qu'ils aient utilisé pour les assommer, cela semblaient ne pas s'être entièrement dissipé.
Il lui fallut plusieurs mouvements prudents, mais il parvint à se tirer hors du canapé et sur le pont. Il pouvait entendre une dispute derrière la porte, et il voulut s'approcher suffisamment pour l'entendre. Il pourrait alors faire la lumière sur ce qui se passait.
Après avoir rampé à travers la pièce jusqu'à la porte, il pressa son oreille contre l'interstice et écouta. Le vaisseau ne devait avoir qu'une faible insonorisation, car il pouvait distinguer chaque mot.
-Notre priorité est de décharger ces enfants du vaisseau dès que possible. Si Dark Vador n'a ne serait-ce qu'un soupçon que nous avons son fils, il nous donnera à manger à un rancor.
C'était une voix féminine donc Luke en déduisit que ce devait être la capitaine. La personne suivante avait une voix que Luke reconnut comme étant celle de Harl.
-La colonie minière ne nous offre qu'un quart de ce qu'on pourrait tirer de la résistance armée du secteur Lan. Et regarde toutes les autres parties intéressées ! Si on peut faire jouer la concurrence, on pourrait doubler, voire quadrupler nos bénéfices ! Nous n'avons même pas demandé à l'Alliance Rebelle ce qu'ils proposeraient...
-Que vaut l'argent si on est mort ?
-Tu as toujours été un lâche, Toydarien.
-Silence tous les deux ! J'ai pris ma décision. On les donne à la mine, à moins qu'une autre partie intéressée ne nous intercepte avant qu'on atteigne Felcius.
-Et s'ils viennent avec des vaisseaux armés ? Dit le Toydarien. Ils pourraient voler le garçon et nous laisser sans rien !
Le capitaine grogna.
-Harl, pourquoi tu ne retournerais pas jeter un œil sur eux. Ils sont probablement bons pour une autre dose de gaz.
Luke entendit des bruits de pas, et il se traîna rapidement en arrière. Les portes s'ouvrirent en coulissant, et Harl entra, fronçant toujours les sourcils face à sa perte de profits. Son expression se transforma en surprise quand il vit Luke, cependant.
Avant que Luke n'ait pu esquisser le moindre mouvement, un blaster paralysant fut pointé sur sa poitrine.
Midi était arrivé puis passé, et il n'y avait toujours aucun signe de Luke. Vador ne s'était jamais senti aussi impuissant. Tout ce qu'il pouvait faire était attendre. Ce n'était pas dans sa nature d'attendre pour rien, mais il n'avait pas le choix. Il y avait toute une pile de rapports qui attendaient qu'il les lise, et une liste de choses à faire d'un mètre de long. Mais il ne pouvait pas se concentrer sur quoi que ce soit en rapport avec l'Empire pour l'instant. Pour la première fois en plus d'une décennie, l'Empire semblait insignifiant.
Pourquoi l'univers était-il aussi injuste ? Si quelqu'un devait être en danger, ce devrait être lui, pas Luke. Il était une cause perdue, et il avait passé depuis bien, bien longtemps le point de non retour. Luke était si innocent... il était la meilleure chose qu'il ait jamais contribué à créer. Pourtant, comme tout ce qui était bon et qui croisait sa route, il l'avait poussé à partir.
-Monsieur ?
Vador se retourna, surpris. Il n'avait pas entendu que quelqu'un était entré dans la pièce.
-Vous avez des nouvelles ?
L'assistant lui jeta un coup d'œil. Sur le pas de la porte, hésitant entre rentrer et rester dehors, se tenait Ben. Ou du moins, Vdaor était quasiment certain que c'était Ben... C'était assez difficile de le reconnaître, considérant qu'il n'était pas couvert de jus d'ordures cette fois.
-C'est bon, Ben. Tu peux entrer.
Le lieutenant lui fit un signe amical de venir, mais Ben secoua la tête et glissa légèrement en arrière.
-Veuillez l'excuser, monsieur. Il est un peu... timide. Mais je pense qu'il pourrait avoir des informations qui pourraient nous renseigner sur l'emplacement de Luke.
-Où est-il ?! Demanda Vador
-Je... je ne sais pas, je le j-jure, dit le garçon, se ratatinant un peu plus.
Il avait à présent disparu de l'encadrement de la porte, et un son laissa suggérer qu'il avait frappé le mur opposé du couloir.
-Je vais voir si je peux faire davantage de progrès seul à seul avec lui, dit Vador.
-Il est fatigué, monsieur, mais... le lieutenant s'interrompit, puis parla calmement. Je ne pense pas qu'il soit entièrement convaincu, dans son esprit, de faire la bonne chose en nous disant quelque chose. Il a raconté que Luke avait mentionné qu'il comptait partir, mais il nie savoir quoi que ce soit d'autre... mais j'ai l'intime conviction qu'il en sait plus. Les jeunes gens forment des liens étroits avec leurs amis... il semble peu probable que Luke ne lui ait pas dit au moins quelque chose. Peut-être que si vous pouviez lui assurer que Luke a une maison ici.
Le sous-entendu était trop clair pour Vador. Luke devait avoir dit à son ami qu'il était malheureux ici. La raison à cela avait dû être plus qu'évidente pour le garçon.
-Très bien, dit Vador, se résignant à l'inévitable. Ramenez-le à l'intérieur. Et attendez dehors.
-Oui, monsieur.
Il fallut une bonne minute avant que Ben soit gentiment amadoué pour rentrer à nouveau dans la pièce. Vador l'aurait traîné par le col, si ça n'avait tenu qu'à lui, mais le lieutenant pensait clairement que cela aurait joué contre eux. Il avait probablement raison.
Une fois que le garçon fut sur le seuil, les portes se refermèrent, et ils furent seuls tous les deux. Vador se rassit à la table, décidant que cela pourrait un peu réduire le facteur intimidation. A en juger par les yeux ronds du garçon, cela n'aidait pas du tout.
-Alors, dit Vador, faisant de son mieux pour paraître naturel. Tu es l'ami de Luke.
Le garçon hocha la tête une fois. Puis, presque après y avoir pensé à deux fois, il ajouta en marmonnant un « oui, monsieur ».
Vador du lutter contre le besoin impérieux de soupirer. Les Seigneurs Sith et les enfants n'allaient tout simplement pas ensemble. Mais il devait aller au bout de cela, pour le bien de Luke.
-Je suppose qu'il t'a dit que j'étais le pire père de la galaxie.
Ben haussa les épaules, les yeux rivés sur le tapis.
-P...Pas exactement, m... monsieur.
-Je ne vais pas te mentir. Tout ce qu'il t'a dit est probablement vrai. Je suis un mauvais père. Si je ne l'étais pas, Luke serait ici en ce moment.
Vador s'interrompit un instant, se demandant si l'approche la plus honnête était la meilleure idée. Dommage qu'il soit trop tard pour revenir en arrière.
-Je peux sentir qu'il est en danger, dit Vador d'une voix lointaine. Mais je ne peux pas sentir où. Je dois le rejoindre. Si tu m'aides, je ferais tout en mon pouvoir pour le retrouver et le ramener en sécurité.
-Il pensait que vous ne vous souciez pas de lui, dit Ben, semblant légèrement moins pétrifié. Il m'a dit que vous ne le remarqueriez même pas s'il partait.
-Alors, il est temps que je lui montre à quel point il s'est trompé, dit Vador. D'accord ?
Ben hocha la tête, parvenant même à esquisser un petit sourire.
-Je... Je ne sais pas si ça peut vous aider, monsieur. Mais hier... j'ai rencontré certains de ses amis. Des amis qu'il a rencontrés quand il était aux Services Familiaux. Crix... c'est un zabrak. Val, c'est une twi'lek. Ils sont plus âgés que Luke... En tous cas, tous trois comptaient rejoindre l'équipage d'un freighter.
-A freighter ? Dit Vador. Quel genre de freighter ?
-Je ne sais pas, monsieur, je suis désolé, dit Ben. Mais le capitaine ne pouvait pas quitter Coruscant avant d'avoir payé sa dette à un seigneur du crime local. C'est ce que Val m'a dit, en tout cas. Je ne sais pas s'ils s'y sont parvenus, ou... mais Crix et Val semblaient connaître beaucoup de gens dans la communauté du coin. Quelqu'un pourrait savoir où ils sont allés.
Vador se dirigeait déjà vers la porte.
Luke se réveilla pour découvrir qu'il était toujours allongé là où il avait dû être frappé par le rayon paralysant. L'air chatoyait légèrement, suggérant que de grandes quantités de la substance, quelle qu'elle soit, qu'ils utilisaient pour les gazer étaient toujours présentes.
Cette fois, Crix et Val remuaient également.
-Luke ? Dit Val, d'un air endormi.
Luke tenta de s'asseoir, mais finit par s'avachir sur le sol.
-Ils vont nous vendre à une colonie minière, dit Luke, se concentrant précautionneusement pour former chaque mot. On doit s'échapper !
-Qui ? Marmonna Crix, se frottant le front.
-L'équipage.
-Quel équipage ?
-Oh, oublie ça, dit Luke, se traînant sur les genoux.
Il devait trouver un moyen de saboter le vaisseau. Il devait y avoir une arrivée de carburant qui passait par là, quelque part. S'ils étaient à cours de carburant, ils seraient forcés de s'arrêter, et ils pourraient s'échapper.
Il glissa le long du sol, vers un panneau lâche à côté de la porte. La personne qui avait fait la maintenance du vaisseau était trop négligence pour le fixer correctement. Luke l'arracha et fouilla dans les profondeurs.
Il y avait plusieurs tubes différents. Dont un légèrement chaud, suggérant que c'était probablement l'arrivée d'air. Quand il le repoussa sur le côté, un autre tomba. Celui avec les pictogrammes de sécurité « inflammable » sur la couche externe, et il était attaché par un ruban adhésif. En une minute, Luke le décolla, et une substance huileuse, épaisse commença à fuir entre ses mains.
L'odeur était dégoûtante, mais elle lui éclaircissait également l'esprit. Ses membres commencèrent à se raffermir, et il se remit en tremblant sur ses pieds.
Il retourna en titubant sur le divan quand les murs commencèrent à trembler. Pendant un instant, Luke pensa qu'il avait fait caler tout le vaisseau.
-On atterrit, dit Crix, désignant la baie vitrée.
Luke leva la tête, et vit que Crix avait raison. Il était trop tard.
Les portes s'ouvrirent, et Harl entra, suivi de près par le toydarien. Luke tenta de se mettre sur ses pieds une nouvelle fois, puis fit mine de trébucher contre le divan. Il ne résista pas lorsque le toydarien glissa vers lui et commença à lui lier les mains. Il valait mieux garder la vigilance de ses gardes baissée, jusqu'à ce qu'une opportunité de s'enfuir ne surgisse.
Une fois à moitié traîné hors de la salle des passagers, une bouffée d'air frais finit par dissiper les derniers effets du gaz. Il parvint à descendre la rampe du vaisseau sans aucune aide de Harl, qui gardait une forte poigne sur son épaule.
Mais quand Luke vit qui les attendait en bas, il se demanda s'il n'était pas toujours en train de rêver.
Après avoir restreint la recherche à un zabrak et une twi'lek, les choses avancèrent rapidement. Avant qu'une heure ne se soit écoulée, son réseau d'espions avait fait quelques recherches, et on lui avait fourni une bande de sécurité du port spatial low cost. La séquence était en basse résolution et en noir et blanc, mais c'était sans aucune erreur possible son fils. Il avait embarqué à bord d'un vaisseau nommé le Vagabond Téméraire, dans un sursaut de tragique ironie.
Pendant que ses assistants travaillaient à alerter toutes les autorités de la marine sur la surveillance du vaisseau, Vador envoyait des messages à des chasseurs de prime et ses contacts du monde souterrain. Une très grande récompense serait offerte à quiconque pourrait fournir des informations menant à la capture du Vagabond Téméraire. Après coup, il pensa à envoyer le même message à toutes les stations services et aux ports spatiaux enregistrés également.
Après une demi-heure, un vieux Whiphid du nom de Lunur, qui dirigeait un abri et une station de ravitaillement le long de la route maritime d'Ago Larn, indiqua que le Vagabond Téméraire était stationné sur son aire d'atterrissage à l'instant même.
Le star destroyer le plus proche partit l'intercepter, et le capitaine envoya un signal par holocom dès qu'ils eurent les membres d'équipage sous bonne garde. Vador s'entremêla les doigts d'anxiété alors qu'il acceptait l'appel. Si Luke avait été blessé d'une quelconque manière... il valait mieux ne pas y penser.
-Seigneur Vador, le capitaine s'inclina en guise de salutation. Ici le capitaine Imega, du SD Chasseur. L'équipage du vaisseau s'est immédiatement rendu. Aucun tir n'a été échangé. Nous les détenons en centre de détention en ce moment même.
-Et concernant le garçon ? Demanda Vador, impatient que le capitaine aille au but.
-Il n'était pas à bord, monsieur. Néanmoins, notre analyse du vaisseau a fourni des preuves ADN qui suggèrent qu'il y avait d'autres passagers dans le vaisseau récemment. Le carnet de bord du vaisseau a indiqué que la dernière escale a été une planète du système d'Eyala appelée Felcius. Sous la contrainte, le capitaine a admis qu'ils avaient vendu les enfants à une colonie minière là-bas.
-Felcius, répéta Vador.
C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir.
-Bon travail, Capitaine. Assurez-vous que le propriétaire de la station de ravitaillement reçoive une récompense substantielle.
-Oui, monsieur.
Vador coupa l'appel, et se tourna vers un officier qui attendait à proximité.
-Monsieur, le star destroyer Nexu attend en orbite, conformément à vos ordres.
-Bien, dit Vador. Dites leur que nous partons pour Felcius, dès que je serai à bord.
-Il y a autre chose, monsieur, dit l'homme, devenant légèrement nerveux. L'Empereur veut vous voir.
-Alors, dit l'Empereur, s'enfonçant dans son trône. Le garçon a fugué et a réussi à se faire kidnapper par une bande de criminels, et maintenant vous voulez gaspiller des ressources impériales pour le traquer ?
-Mon maître, je connais déjà l'emplacement du garçon. Je peux le récupérer rapidement.
-Pourquoi prendre cette peine ? Dit l'Empereur, agitant une main en signe de congédiement. J'ai pris ma décision. Je suis convaincu qu'il fera un très bon esclave.
Vador refusa de laisser les provocations de l'Empereur l'affecter. C'était trop important et le temps était déterminant.
-Il y a toujours des Jedi là-dehors. Si l'un d'eux le trouvait, ils pourraient l'entraîner. Il a le potentiel pour être un Jedi très puissant. C'est dangereux de le laisser là où nos ennemis pourraient lui mettre la main dessus.
L'expression de l'Empereur changea légèrement.
-Cela ne prendra pas longtemps, dit Vador, sachant qu'il devait insister davantage. Et je punirai sévèrement le garçon pour les désagréments qu'il aura occasionnés.
Il n'avait aucune intention de faire quoi que ce soit du genre, bien sûr, mais l'Empereur ne sentit pas pas sa supercherie. Il était trop occupé à se sentir amusé à l'idée. Vador savait que c'était mal de manipuler ainsi son maître, considérant tout ce qu'il avait fait pour lui, mais que pouvait-il dire ? Il avait appris cela en suivant son exemple.
-Très bien, mon ami. Allez-y et traquer votre progéniture.
-Merci, Maître, dit Vador, s'inclina de gratitude.
Val et Crix furent traînés au loin immédiatement. Luke n'eut pas le temps de protester il ne pouvait pas quitter des yeux la silhouette devant lui.
-Tu... tu devrais être mort ! Dit-il. Il m'a dit que tu étais mort !
La silhouette filiforme s'avança, et sa tunique s'ouvrit légèrement. Il y avait des lumières clignotantes sur sa poitrine, comblant ce qui semblait être une blessure de sabre laser. Des prothèses, réalisa Luke.
-Il a menti. C'est un Sith, c'est ce qu'ils font.
Une griffe avide se tendit pour l'attraper, et Luke fit un bond en arrière.
-Ne me touche pas !
Malheureusement, il était toujours instable sur les pieds, et il finit par s'écraser au sol.
Sa Némésis émit un drôle de sifflement, et deux créatures volantes, semblables à des serpents, entrèrent par l'un des tunnels. Leurs yeux orange luisaient comme des braises. Ils se murent pour encadrer Luke, alors qu'il se remettait hâtivement sur ses pieds.
-Amenez-le.
Le frêle alien commença à descendre le long du tunnel, et Luke reçut un coup pour l'inciter à le suivre. Ils traversèrent plusieurs salles de contrôle, dont les seuls occupants étaient les gardes-serpents, qui encadraient toutes les portes. Finalement, ils pénétrèrent dans une pièce avec une plate-forme rectangulaire surélevée, reliée au plafond par de lourdes chaînes noires.
Les gardes-serpents émirent d'étranges couinements aigus et commencèrent à pousser Luke vers elle. Luke fit plusieurs pas en avant, puis fit soudainement volte-face. Il saisit la lance d'un garde, l'arrachant aisément de sa frêle main. Les gardes se précipitèrent en avant, et Luke tenta de courir entre eux, mais le Jedi filiforme avait bloqué la sortie. La lance fut arrachée de son étreinte par un pouvoir invisible. Le même pouvoir qui fit léviter Luke et le laissa tomber sur la plate-forme surélevée.
-Il n'y a aucune raison d'être effrayé, dit le Jedi, marchant vers les commandes, les gardes s'ôtant promptement de son chemin. Tu ne seras pas blessé. Je ne t'utilise que comme appât pour ton père. Tu seras libéré une fois qu'il sera qui ne devrait pas tarder... je sens qu'il est déjà en route à l'instant où nous parlons.
L'étonnement à ces mots réduisit momentanément Luke au silence. Son père venait pour lui ? Est-ce qu'il tenait vraiment à lui ? Ne serait ce que rien qu'un peu ?
Bien sûr qu'il tient à moi, pensa Luke, en prenant soudain conscience. Il tient assez à moi pour m'emmener à l'hôpital. Il tient assez à moi pour payer l'école où je voulais aller... et il m'a donné de l'argent de poche. Et a ramené des droïdes pour que je puisse les réparer...
Luke jeta un coup d'œil au Jedi, ne percevant rien d'autre que de la haine dans ses yeux.
Par les étoiles, pensa-t-il. Qu'est-ce que j'ai fait ?
-Tu es un assassin, hurla Luke. Tu as tué ma tante et mon oncle ! Maintenant, tu vas tuer mon père !
Luke lutta pour regagner le sol, mais il était maintenu en place par des liens qu'il ne pouvait même pas voir.
Le Jedi se tourna vers lui.
-Ta tante et ton oncle seraient morts tôt ou tard. Si ça n'avait pas été de ma main, ça aurait été de celle de l'Empire. De plus, je t'ai fait quitter Tatooine, pas vrai ? Tu voulais vraiment gaspiller ta jeunesse sur cette boule de poussière appelée une planète ?
-Tu es un monstre ! Cracha Luke
-Tout comme ton père ? Tu te sentiras comme à la maison, alors.
-Ce n'est pas un monstre, insista Luke.
-Pauvre enfant qui se fait des idées. Si tu ne savais qu'une fraction des crimes que ton père a commis, tu m'aiderais à le tuer toi-même.
-Je sais qu'il tue des gens, marmonna Luke.
-Tuer des gens ? Il a tué des enfants sans défense.
Luke demeura silencieux.
-Il a tué tous les amis que j'ai jamais eus. Il a tué mon maître, qui était comme un père pour moi. Dis-moi... si quelqu'un tuait tous les gens auxquels tu tiens, ne chercherais-tu pas à te venger ? Tu n'es peut-être qu'un enfant, mais même toi, tu devrais voir la logique là-dedans.
-Tu as bien tué ma famille, dit Luke.
Cette fois, il n'y eut pas de réponse.
-Tu as tué des gens que j'aimais, répéta Luke. Tu le détestes tellement... pourtant tu fais exactement les choses pour lesquels tu le détestes ! Obi-Wan avait raison... la haine te transforme en l'objet de ta haine ! Cela n'a aucun intérêt... Tu ne peux pas le voir ?
-Alors, tu es dégoûté par ce qu'il a fait ?
-Bien sûr, dit Luke, fixant à nouveau les yeux calculateurs et qui ne clignaient pas. Je déteste... le meurtre. Je ne le déteste pas lui je déteste la méchanceté. Il y a plus en lui que la méchanceté... je le sais. Je ne l'ai pas vu avant, mais maintenant si ! Il y a du bon en lui !
-Et qu'est-ce qu'il y avait de bon à tuer les enfants Jedi ?
-Je ne sais pas, dit Luke, enfouissant son visage dans ses mains. Mais je sais qu'il en a. Peut-être que je suis méchant de le dire, mais...
-Peut-être que c'est ça, dit-il, activant un interrupteur. Tel père, tel fils.
La plate-forme commença à descendre.
Coucou tout le monde !
Bravo à ceux qui ont compris que la destination était une colonie d'esclaves. En même temps, comme l'a si justement souligné Gest, cette offre était trop bonne pour être vrai.
Je suis quand même étonnée de la facilité (et rapidité) avec laquelle Vador a retrouvé la trace de Luke (mois d'une journée), dommage qu'en vrai, les autorités ne soient pas toujours aussi rapides.
Par contre, je me demande qui a soigné ce méchant Jedi. Avec un trou béant dans la poitrine, je ne pense pas qu'il aurait pu ramper seul jusqu'à l'hôpital le plus proche. Un coup de l'Empereur, vous penser ?
A un prochain chapitre pour assister au sauvetage !
Bon week-end à tous !
NH
Réponse à Gest : je suis d'accord sur le fait que ce n'était pas très malin de voler cette statue, mais bon, pour sa défense, il était pressé de partir et ne pensait pas croiser son père.
C'est vrai que Vador a eu raison de disputer son fils pour avoir volé l'empereur mais cette remarque a vraiment blessé Luke. Quel manque de tact ! Et Anakin qui se plaignait des méthodes d'éducation d'Obi-Wan. M'enfin, il a compris son erreur, je pense. Comme à qui pourrait contribuer à améliorer leurs relations.
Disons que Luke ne voulait pas quitter son père car il l'avait beaucoup idéalisé sur Tatooine et pensait naïvement qu'il serait comme il l'avait imaginé.
Réponse à Lymch : en même temps, qui ne serait pas inquiet de savoir son fils perdu dans la galaxie ? Une chance, personne n'est mort étranglé pour ne pas l'avoir retrouvé assez vite. Pauvre Ben, j'imagine l'angoisse de se retrouver face à la personne dont on rêve en cauchemar ! Heureusement que Vador a su faire preuve d'une empathie et d'une patience inhabituelles chez lui.
Réponse à Karozthor the Necromagus : oui, il l'a retrouvé très rapidement, mais la Force n'y est pour rien, comme quoi, même elle a ses limites ou alors, elle savait déjà que Vador allait le retrouver par d'autres moyens et n'a pas pris la peine de l'aider.
Réponse à Pims10 : à mon avis, ils ne sont pas spécialement des marchands d'esclaves. Ils doivent vendre de tout et n'importe quoi, temps que ça rapporte de l'argent. Dommage que la capitaine ne l'ait pas vendu à l'Alliance. Bail l'aurait certainement acheté, plutôt que de laisser le frère de sa fille être vendu à on ne sait pas trop qui.
