Bonsoir à toutes.

Combien d'entre vous sont restées scotchées momentanément devant leur écran en voyant une de mes alertes ? Soyez franches... Toutes ?... Je parierais quand même sur la plus part. Je ne m'attarderai pas sur le pourquoi de cette absence vu que j'ai laissé une note sur mon profil au mois de Juillet mais je vais vous expliquer comment cette... résurrection. J'ai chez moi un très vieil ordi portable dont le clavier est complètement mort. Ca faisait très longtemps que je ne l'avais pas allumé mais j'étais tellement malheureuse de ne plus pouvoir me couper de temps en temps de la réalité qu'un jour, je me suis décidée. Mais le problème le plus important persistait... Le clavier. Mon cher et tendre m'a alors trouvé la solution miracle : raccorder un clavier individuel à l'ordinateur. C'est comme ça que j'ai pu écrire ce chapitre. Je vous préviens de suite que c'est assez galère. J'ai néanmoins tapé un chapitre de 22 pages aujourd'hui qui, je l'espère, n'est pas trop raté. Je ne garantis rien parce que je suis un peu " rouillée " donc il va falloir que je m'y remette petit à petit. Quant à savoir quand viendra la suite ?... Je ne sais pas parce que mon ordi de dépannage chauffe beaucoup et que, comme je l'ai déjà dit, j'ai une vie à côté qui sera peut-être chamboulée dans pas longtemps.

En espérant ne pas vous décevoir et merci d'être encore et toujours fidèles, je vous souhaite une très bonne lecture et... à très bientôt. Bises, G.


CHAPITRE 14


And she said : Take me now...


Alice se regarda pour la quatrième fois dans l'immense miroir en face d'elle, tournant et retournant la tête, passant une main délicate sur ses mèches folles, sous le regard anxieux de la coiffeuse qui l'observait avec une terreur et une anxiété vivaces dans ses yeux. Ma meilleure amie plissa ses paupières en penchant la tête légèrement en avant pour observer la raie en zig zag.

« C'est dépassé de quelques années, ça. » Dit-elle d'un ton coupant à la coiffeuse qui devint tout à coup pâle comme un linge.

Elle reporta son attention malgré tout sur sa coupe et me regarda à travers le miroir, sa main virevoltant toujours sur ses cheveux.

« Qu'en penses-tu ? Me demanda-t-elle.

_ Je trouve qu'elle a fait un excellent travail. Répliquai-je alors que la coiffeuse me lançait un regard de gratitude.

_ N'exagérons rien ! Voilà plus d'une heure qu'elle se bat avec mes cheveux. Même Mike pourrait faire mieux.

_ Il faut toujours que tu exagères… Soufflai-je.

_ Pas du tout ! C'est quand même insensé de demander quatre fois de refaire une coupe à une fille qui se dit professionnelle…

_ Il faut dire que tous les mannequins dont je m'occupe habituellement n'ont pas autant d'exigence que Mademoiselle… » Murmura la coiffeuse en baissant les yeux.

Alice la regarda avec une nouvelle attention.

« Vraiment ? » Lui demanda-t-elle, comme intéressée.

La pauvre fille s'empressa d'acquiescer vivement, visiblement un peu plus détendue.

« Oui, Mademoiselle. C'est au créateur à choisir comment elles seront coiffées, elles n'ont pas leur mot à dire là-dessus.

_ Et vous trouvez que les cheveux dans tous les sens, c'est ce qui me va le mieux ? Demanda Alice, sceptique, en se contemplant à nouveau.

_ Je trouve que ça vous donne un air…

_ Espiègle. On dirait un petit lutin futé. » Terminai-je.

Ma meilleure amie esquissa son premier vrai sourire depuis des heures en touchant une nouvelle fois ses mèches.

« Il y a mieux pour représenter le glamour. Réfuta-t-elle toute fois.

_ Ça te donne un côté rock et décalé. Tu veux te faire remarquer, non ? » Lui demandai-je.

Son regard alla alors vers notre opposé où je m'interdisais de me tourner car le démon aux yeux verts s'y trouvait actuellement avec son frère et Kate.

Un soupir pensif sortit de sa gorge alors que ses yeux devenaient tout à coup rêveurs.

« Ça lui plaira. » Lui soufflai-je.

Une rougeur colora ses joues tandis qu'elle prenait un petit miroir pour observer sa coupe vu de derrière.

« Toi, c'est ton corset qu'il va apprécier… » Me dit-elle l'air de rien.

Je me retins de lui dire qu'il l'avait déjà apprécié dans les cabines d'essayage improvisées et les deux ou trois fois où je l'avais croisé par la suite en faisant mine de ne pas le remarquer.

Je l'avais pourtant malgré moi entraperçu quand il était descendu de l'étage dans son complet noir d'encre ajusté, le col de sa chemise impeccablement blanche entrouvert, parfaitement conscient de l'aura qui se dégageait de lui, l'atmosphère lourde, chargée de promesses inavouées qui tournoyait autour de lui. De son sex-appeal.

Nos regards s'étaient croisés à ce moment-là.

J'étais alors encore bouleversée par notre dernière conversation - si tant est qu'on pouvait appeler notre échange comme ça -, par mes violentes émotions mais je m'étais constitué un masque de marbre impassible, incapable de lui donner cette satisfaction supplémentaire. Maintenant encore, mon cœur battait de façon anormalement lourde et complètement absurde.

« Bien ! De quoi voulais-tu me parler ? »

En regardant à nouveau ma meilleure amie, je vis qu'elle s'était retournée vers moi et que la coiffeuse avait disparu. Jambes croisées, les bras campés sur ses accoudoirs, les yeux noisette d'Alice semblaient me lire en profondeur, comme si elle voulait savoir d'elle-même la raison qui m'avait poussé à attendre près d'une demi-heure derrière sa coiffeuse tremblante.

Un peu plus loin, Jane Volturi et Rosalie se faisaient maquiller côte à côte.

« Tu n'y crois pas non plus, n'est-ce pas ? Me demanda-t-elle, ses yeux suivant les miens.

_ Je ne crois pas en quoi ?

_ En leur supercherie. Pour un couple qui se dit ensemble depuis plusieurs mois, ne pas se montrer une once d'affection, je trouve ça particulièrement louche.

_ Tu es devenue experte en affaire sentimentale ? Souris-je.

_ J. Whitlock m'a appris à l'être. Dit-elle avec orgueil.

_ Et qu'est-ce qui te fait penser ça ?

_ Tout ! Mais enfin, regarde-la ! Regarde-les ! S'impatienta-t-elle.

_ Ils sont peut-être pas démonstratifs, tout simplement. Hasardai-je.

_ Cullen te brûle le cerveau, ma parole ! Tu as vu la façon dont il dévore des yeux Rosalie ? Je suis sûre qu'il n'attend qu'une chose…

_ Tout comme toi et un blond très sexy qui habite en face de chez toi. » Contrai-je.

Elle me lança un regard noir alors qu'une légère rougeur envahissait ses joues.

« J'attends toujours que tu ailles m'arranger mon rendez-vous, d'ailleurs. Fit-elle.

_ Pour ce soir ? Minuit, dans ta suite, avec fraises, Champagne et lingerie fine ? Musique d'ambiance ? Draps en satin ? La taquinai-je.

_ Un verre ou un dîner sera suffisant dans un premier temps. Marmonna-t-elle.

_ Quelqu'un en vue ? » Demanda une voix masculine derrière nous.

Alice sembla pétrifiée dans son fauteuil alors que ses yeux s'écarquillaient et qu'elle se retournait vivement pour saisir brusquement le petit miroir rond et reprendre avec minutie l'inspection de sa nouvelle coiffure.

« J'aime beaucoup. Lui dit alors Jasper Cullen à travers le miroir.

_ Vraiment ? Murmura-t-elle d'une voix oppressée en osant lever les yeux vers lui.

_ Oui… Ça vous donne un air… Espiègle. Plus en accord avec la lueur de vos yeux. »

J'esquissai un sourire alors que la confusion rougissait les joues d'Alice de façon alarmante et charmante. Ses doigts se crispèrent sur le miroir et ils échangèrent un long regard avant qu'elle ne se détourne.

« J'ai cru comprendre que vous étiez une grande fan de J. Whitlock. » Dit-il en s'éclaircissant la gorge, lui brandissant le dernier roman de l'auteur à la hauteur de sa poitrine.

Un sourire radieux fendit alors le visage d'Alice et elle se retourna pour lui faire réellement face.

« De la première heure. Je suis… intoxiquée. Vous aimez ? Lui demanda-t-elle d'une voix mal assurée en regardant la couverture du livre les yeux brillants.

_ Je l'ai acheté au hasard à l'aéroport. J'en ai vaguement entendu parler à la radio. Répliqua-t-il.

_ Vaguement ? Vous ne devez pas beaucoup sortir de chez vous dans ce cas parce qu'on en parle partout. Il y a même un numéro qui lui sera entièrement consacré dans un petit magasine littéraire le mois prochain.

_ Comment savez-vous ça ? »

Elle se mordit la lèvre inférieure et détourna son regard, une nouvelle fois gênée.

« J'ai envoyé une petite critique de son dernier roman et j'ai appris la semaine dernière qu'elle sera publiée. Murmura-t-elle. Ce n'était que des rumeurs... J'ai fait ma petite enquête sur Internet...

_ Vous avez quelque chose à lui reprocher ? Lui demanda-t-il les yeux brillant d'intérêt.

_ Au contraire ! C'était parfait. Du début à la fin. On ne se lasse jamais. Le style est vif, fluide, plein d'intelligence. On commence la première phrase, et on sent ses muscles se détendre et la langueur nous envahir. On retient notre souffle quand les héros se rapprochent l'un de l'autre, on soupire rêveusement quand ils s'embrassent sous le ciel étoilé, on marmonne quand ils ne se comprennent pas. C'est vivant et réel. Les personnages ne sont pas parfaits, ils sont juste… humains. D'ailleurs, dans son premier roman, le personnage principal ressemble étrangement à votre frère. Je m'en suis rendu compte en le relisant la semaine dernière et j'ai trouvé ça particulièrement amusant. »

Je haussai un sourcil alors que Jasper lui lançait un regard espiègle et brillant.

Un héros de roman qui ressemblait à Cullen et qui avait une fin heureuse ? Il fallait absolument que je vois ça.

« Vous lui avez déjà écrit ? Lui demanda Jasper.

_ A qui ? Fit Alice.

_ J. Whitlock.

_ Je n'ai jamais osé. Répliqua-t-elle en devenant rouge pivoine.

_ Il serait pourtant heureux, j'en suis sûr. Surtout après l'éloge que vous venez d'en faire.

_ Je ne sais pas… Je ne saurais pas… par où commencer. Souffla-t-elle.

_ On ne vous demande pas un mémoire. Plaisanta-t-il.

_ Je pense qu'Alice a peur de passer pour une groupie ou une folle furieuse qui couperait l'inspiration de son auteur favori à tel point qu'il ne publie plus jamais. M'amusai-je.

_ Vous voulez que je vous aide ? » Lui proposa-t-il alors.

Alice ouvrit la bouche d'hébétement, les yeux légèrement écarquillés. Elle déglutit légèrement, les lèvres tremblantes et la lueur paniquée qui traversa furtivement ses prunelles me fit poser une main implacable sur son épaule.

Je lui lançai un regard instant pour la forcer à accepter ce qu'elle m'avait demandé quelques instants plus tôt. Elle secoua imperceptiblement la tête et reporta son attention sur Jasper Cullen qui sembla tout à coup plus hésitant.

« Enfin… Je propose ça… A tout hasard. Ce n'était qu'une simple suggestion. Avança-t-il.

_ Elle accepte. Répondis-je vivement.

_ J'accepte ? Couina-t-elle en me regardant, prise de panique.

_ Tu acceptes. Fis-je lourdement en la fusillant du regard. Et avec joie.

_ J'accepte avec joie. » Répéta-t-elle dans un nouveau couinement.

Un immense sourire illumina le visage de Jasper alors qu'il hochait la tête.

« Entendu. Ce soir ? Pour fêter votre réussite ? Proposa-t-il.

_ A New-York plutôt. Je n'ai rien de… convenable à me mettre. Et on ne sait pas comment notre soirée finira pour notre maison. Fit-elle précipitamment.

_ Vous êtes pourtant parfaite comme vous êtes. Mais soit… Disons… Mardi soir ?

_ Mardi soir.

_ Vous avez une préférence de restaurant ?

_ Non. En avez-vous une ? Lui demanda-t-elle d'une voix tremblante.

_ Pas forcément, non. Je vous laisserai un mot sur votre porte pour les détails. Et maintenant, si vous pouviez me rejoindre sur le podium pour que nous répétions notre petite chorégraphie ? »

Elle acquiesça en mode automate, le visage figé et se tourna vers moi dès qu'il se fut éloigné, l'air satisfait.

« J'ai un rencard ! S'écria-t-elle.

_ J'ai entendu. M'amusai-je.

_ Avec Jasper Cullen !

_ J'ai entendu aussi.

_ Et je n'ai absolument rien à me mettre !

_ A part la cinquantaine de robes qui patientent dans ton dressing.

_ Mardi soir !

_ Oui.

_ Au restaurant !

_ Tu aurais préféré chez lui ? » M'amusai-je une nouvelle fois.

Elle me fusilla du regard et entrouvrit les lèvres comme si un détail capital lui revenait en mémoire.

« Il sait que j'habite en face de chez lui ! S'écria-t-elle à nouveau.

_ Bien joué, Sherlock.

_ Comment l'a-t-il su ? Il sait que je l'observe dès que je le peux. S'angoissa-t-elle.

_ Ne t'inquiètes pas. Nous en avons discuté à l'aéroport. Vu la façon dont il m'en a parlé, ce serait peut-être lui qui t'observe dès qu'il le peut. »

Un léger sourire rêveur étira un instant ses lèvres puis elle planta son regard dans le mien.

« Tu crois que je lui plais ? Souffla-t-elle.

_ Je crois que c'est assez évident. » Souris-je.

Elle pouffa de rire et pivota son fauteuil face au miroir pour s'observer une nouvelle fois.

« Finalement, c'est pas si mal que ça… Décréta-t-elle.

_ Tu es parfaite. »

Elle se leva et me prit momentanément dans ses bras en me murmurant merci. Je la serrai à mon tour contre mon cœur, touchée par ce geste inattendu et cette affection qu'elle ne démontrait pas souvent.

« Ça va aller ? Me demanda-t-elle dans un souffle en s'éloignant.

_ Toujours. Pourquoi ça n'irait pas ?

_ Cullen… » Fit-elle avec hésitation.

Je haussai des épaules et détournai à mon tour mon regard.

« Ce n'est qu'un homme, Alice. Soufflai-je.

_ Vraiment ? Ce n'est pas l'impression que j'ai eue quand je t'ai vue descendre précipitamment les escaliers tout à l'heure comme si tu avais le Diable aux trousses et qu'il te suivait de quelques mètres.

_ Il veut juste jouer.

_ Ce que tu fais d'habitude. Quand un homme te provoque, tu rentres toujours directement dans son jeu. Mais pas avec lui.

_ Non… Pas avec lui.

_ Pourquoi ? »

Je secouai la tête en signe de dénégation, ne sachant quoi lui répondre. J'inspirai longuement et sentis soudain les larmes poindre aux coins de mes paupières.

Pourquoi, oui. Toute la question reposait dans ce simple petit mot de huit lettres.

Pourquoi ne pouvais-je pas passer outre ?

Pourquoi avais-je le cœur qui battait aussi fort ?

Pourquoi avais-je autant envie d'être auprès de lui que d'être à l'autre bout de la Terre ?

Pourquoi sa présence me faisait-elle suffoquer ?

Pourquoi le méprisai-je autant ?

Pourquoi ?...

« Je vais aller chez mon père. Répliquai-je en me sortant de mon labyrinthe de questions sans fin.

_ Chez ton père ? Répéta-t-elle, surprise.

_ J'ai besoin de me ressourcer. Et Rosalie m'y a contrainte.

_ Quand ?

_ Après le show-room.

_ Si tôt ?! Mais… Tu ne peux pas partir comme ça ! J'ai besoin de toi . J'ai rendez-vous avec Jasper Mardi soir ! C'est dans trois jours ! Je n'y arriverai jamais sans toi ! Et tu n'as pas pris de vêtements en conséquence !

_ J'ai une petite garde robe pour les coups de tête inopinés comme celui-ci, à Forks. Et... Charlie me manque. Je te téléphonerai. Puis il y a Rose…

_ Elle est trop occupée avec Mc Carty pour se soucier de mes états d'âme et de mes affaires de cœur. Marmonna Alice.

_ Elle sera là pour toi. Elle l'a toujours été. Au pire, demande conseil à Mike et Tyler.

_ Il en est hors de question ! S'exclama-t-elle.

_ Si tu veux conclure, je te le conseille vivement.

_ Conclure quoi ? »

Je lui jetai un regard lourd de sens alors que ses yeux s'écarquillaient et qu'elle me donnait un coup de poing dans l'épaule avant de s'éclipser d'un pas lourd vers les portes latérales sans un regard ni un mot de plus.

Je la suivis des yeux, amusée, et croisai le regard pénétrant de Cullen qui abandonna Kate pour se diriger droit sur moi l'instant d'après, comme s'il avait attendu patiemment la fin de notre conversation. Mon sourire se ternit alors que je baissai les yeux, prête à tourner à mon tour les talons, une fois de plus.

« Nous devrions y aller aussi. Me dit-il sur un ton neutre.

_ Je ne suis pas encore passée entre les mains du coiffeur.

_ Vous en aviez pourtant tout le temps pendant que vous discutiez avec Alice. » Ironisa-t-il.

Je lui lançai un regard polaire accompagné d'un rictus digne de lui.

« Et vous auriez pu vous changer au lieu de faire du plat à Kate. Assénai-je en retour.

_ Est-ce de la jalousie qui couve sous vos mots ? Me provoqua-t-il.

_ Est-ce un lobotomisé à qui mes mots s'adressent ? »

Sa main droite se referma sur mon épaule tandis que ses yeux lançaient des éclairs et que mon corps souffrait une nouvelle fois de sa proximité. Ses mâchoires se crispèrent et sa bouche se plissa puis il murmura :

« Faites attention, Miss Swan… Ma patience a hélas des limites…

_ Que comptez-vous faire ? Fis-je malgré moi sur le même ton alors que la peur qui m'avait envahie dans les cabines d'essayage me submergeait à nouveau.

_ Comme si vous ne le saviez pas… Comme si… vous ne le vouliez pas… »

Je m'arrachai de sa poigne et un sourire satisfait éclaircit momentanément son visage parfait.

« Allez au Diable. » Crachai-je avant de sortir de la pièce surbondée.

Alice et Jasper étaient tout au bout du podium en train de discuter avec Rosalie qui s'était assise sur une des chaises blanches avec Mike et Tyler.

Jane Volturi, Black et Mc Carty attendaient un peu plus loin sur ma droite. Le sportif avait l'air de s'ennuyer ferme alors que deux blondes pouffaient de rire à côté de lui en le regardant les yeux plein de convoitise. Afin d'éviter Cullen, je me dirigeai vers eux et montai les trois marches qui menaient à l'estrade.

« C'est long… Marmonna Mc Carty en étouffant un bâillement.

_ Il faut toujours qu'elle trouve à redire. Fit Jane Volturi sur le même ton.

_ D'après ce que j'ai cru comprendre, elle est du genre perfectionniste. » Enchaîna Black.

A l'évidence, Alice posait encore une fois problème.

Jane Volturi se tourna la première vers moi, le regard froid lorsque je me postai à côté de l'avocat. Celui-ci, qui m'avait à son tour remarquée, passa un bras négligeant autour de ma taille et me rapprocha légèrement de lui. Je posai à mon tour ma main dans son dos et l'embrassai à la commissure des lèvres.

Mc Carty arbora un rictus moqueur.

« Je t'aurais crue plus passionnée, Miss Strip-tease. Remarqua-t-il.

_ Je ne vais quand même pas lui rouler un patin rien que pour votre bon vouloir… Cinglai-je.

_ Ça ne me dérangerait pas.

_ … D'autant plus que vous n'êtes pas trop démonstratifs non plus. » Tranchai-je.

Il me lança un regard de défi et approcha violemment Jane Volturi de lui, la faisant trébucher contre son torse avant de coller sa bouche contre la sienne.

La main de Black se serra convulsivement sur ma hanche tandis que je les regardai, médusée.

« Satisfaite ? » Me demanda-t-il en la relâchant aussi vivement qu'il l'avait saisie.

Les joues rouges, elle porta la main à ses lèvres comme pour les essuyer mais se ravisa lorsqu'elle croisa le regard noir de l'avocat avant d'afficher un petit sourire dédaigneux.

« Quel est le problème ? Demandai-je en me tournant vers le bout du podium sans lui répondre.

_ La chorégraphie ne semble pas au goût de votre… de ton amie. » Se reprit Black.

Je soupirai.

« Ça ne m'étonne pas d'elle. Répliquai-je.

_ Donc, elle parlemente. Elle ne veut pas avoir l'air ridicule, d'après ce qu'on a pu entendre. »

Au bout de quelques minutes, cependant, Alice et Jasper revinrent vers nous, mon amie visiblement satisfaite.

« Où est Edward ? Me demanda-t-elle.

_ Sans doute avec Kate. Répondis-je.

_ Va le chercher. Nous devons faire notre final.

_ Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, seules trois personnes d'entre nous sont prêtes. Et à en juger par le nombre de personnes qui se trouvent avec Madame Newton près des ascenseurs, les journalistes commencent à arriver.

_ Exact. Donc inutile de perdre notre temps qui nous est compté et très précieux. Va le chercher. » M'ordonna-t-elle.

Je marmonnai et retournai aux backstages. J'allai ouvrir la porte quand celle-ci s'ouvrit sur justement Cullen et Kate qui riaient aux éclats, m'assénant un violent coup dans l'estomac.

« Bella ! Nous parlions justement de toi. Fit mon amie.

_ Vraiment ? Répliquai-je avec un sourire forcé, troublée par le rire spontané du démon aux yeux verts.

_ Oui ! Nous parlions de Drew… Tu sais mon collègue qui était totalement accro à toi !

_ Tu veux dire à mes décolletés. Et en quoi cela vous intéresse-t-il ? Demandai-je d'une voix mielleuse à Cullen.

_ Vous devriez commencer à comprendre que tout ce qui vous attrait m'intéresse. Fit-il en plantant ses yeux dans les miens.

_ Oups… Gloussa Kate. Je me sens soudain de trop. Je vous quitte… Je dois m'entretenir avec Carmen Newton. Bella… » Elle se pencha sur mon épaule en passant à mes côtés et me souffla : « Tu auras intérêt à tout me raconter quand tu rentreras à New-York. » Puis elle s'éloigna.

_ Je peux savoir à quoi vous jouez ? Demandai-je à Cullen une fois qu'elle se fut éloignée.

_ Vous le savez pertinemment. Répondit-il avec un léger sourire amusé.

_ Je veux l'entendre de votre bouche.

_ Vous savez très bien que je vous veux. Alors à quoi bon ces enfantillages ? »

Je déglutis et lui lançai un regard noir.

Vous savez très bien que je vous veux.

Pourquoi cette phrase sonnait-elle tout à coup si délicieusement à mes oreilles ?

Pourquoi, après l'avoir vu avec Kate, avais-je soudain envie de flancher ?

Ses yeux me happèrent une nouvelle fois dans leurs abysses. Ses yeux verts, profonds et merveilleux. Ils me promettaient toutes ces choses que ma conscience avait encore du mal à concevoir et que j'aurais si aisément imaginé avec un autre homme.

Pourquoi ne pouvait-il pas en être de même avec lui ?

Encore une fois, un pourquoi s'imposait.

Je pouvais me laisser tenter une seule fois. Me laisser aller à son étreinte, à ce sentiment affolant qui m'avait envahie quand il m'avait embrassée dans mon appartement. Je pouvais lui concéder un moment de faiblesse et me battre avec ma conscience et mes remords après.

Je pouvais le laisser m'atteindre pour mieux l'expulser de ma vie ensuite.

« Qu'attendez-vous tous les deux ? »

Je m'arrachai à son regard pour me tourner automatiquement vers Alice, les poings sur les hanches.

« Il ne faut pas tarder. Les journalistes et le gratin de Seattle vont bientôt arriver. Et nous avons encore un milliard de choses à faire. Dépêchez-vous ! »

Près d'une demi heure plus tard, Tyler m'expulsa sur le fauteuil d'un coiffeur pendant qu'une femme d'une quarantaine d'années s'attaquait déjà aux ongles de ma main droite.

En quelques minutes, Rosalie nous avait expliqués les grandes lignes de notre passage et Mike avait finalisé la chorégraphie. Nous avions ensuite fait un passage par couple et Alice avait paniqué après avoir trébuché au bout du podium en s'écriant qu'elle n'y arriverait jamais. Jasper avait alors posé une main rassurante sur son épaule, la calmant quasi instantanément, et Rose avait écrasé le pied de Mc Carty qui regardait son décolleté de trop près.

Notre passage avec Cullen s'était étrangement bien passé. Il s'était montré très professionnel, n'avait pas eu un regard, un geste ou une remarque déplacés, ce qui me mettait encore plus sur mes gardes.

« Bien. Je veux quelque chose de simple. Elle peut garder les cheveux détachés ou faites-lui un chignon. Rien de grandiloquent, sa tenue attirera assez l'œil comme ça. Ordonna Tyler.

_ Entendu. » Fit le coiffeur.

Il donna ensuite ses directives à la femme qui s'occupait de mes ongles puis disparut l'instant d'après.

Maintenant que l'échéance approchait, le stress commençait à nouer mes entrailles. Ma respiration devenait difficile à chaque fois que je voyais un des mannequins passer derrière moi au pas de course, l'air serein, comme si tout autour de nous était parfaitement normal. Ce qui l'était pour elles. Jamais dans mes rêves les plus fous je n'aurais cru monter sur un podium. C'était… effrayant. Impossible. Même pour une accro de la mode comme moi.

Je pensais à mon dieu vivant personnel, Jimmy Choo, et imaginais un coup de fil de l'assistante de son assistante pour me proposer un contrat avec lui après ma prestation de ce soir, ce qui me fit sourire.

« A quoi pensez-vous ? »

Je levai mes yeux vers un regard vert qui m'observait avec intérêt.

« Certainement pas à vous. Répliquai-je.

_ Réponse prévisible. Sans doute l'ai-je cherchée. Montez directement vous changer après. Apparemment, nous ouvrons les festivités. » Fit-il avant de s'éclipser.

Ma salive se coinça dans ma gorge alors que je me forçai à déglutir avec difficulté et que mon cœur prenait un rythme plus soutenu.

Qu'entendait-il par là ? Nous étions le premier couple de notre maison à défiler ou la maison Hale était-elle la première à passer sous le regard acéré des journalistes et du groupe d'amies de Carmen Newton ?

Quand je remontai à l'étage après m'être fait maquiller, je vis qu'ils étaient tous prêts à monter sur le podium, Tyler papillonnant avec Alice de l'un à l'autre.

Rosalie, Jane Volturi et ma meilleure amie étaient chacune divines dans leur robe de soirée.

La tenue virginale d'Alice soulignée de rouge sous la poitrine n'aurait pas choqué dans un mariage.

Rosalie était parée pour défiler sur le tapis rouge.

Quant à Jane Volturi, elle était quasi l'incarnation d'une reine maléfique avec sa moue impérieuse et ses lèvres rouges sang.

Je croisai le regard d'Alice et lui indiquai d'un signe de tête les cabines d'essayage pour qu'elle m'aide à mettre mon corset, peu désireuse de tomber une nouvelle fois entre les mains chaudes de Cullen.

« Tu es sublime. Lui dis-je en pénétrant dans la cabine.

_ Tu parles ! Je suis à deux doigts de la crise de nerfs. Je n'y arriverai jamais ! S'écria-t-elle.

_ Mais si… Et tu pourras avoir les doubles des clichés si tu les demandes gentiment à Mike. Souris-je.

_ Et qu'en ferai-je ? »

Je lui lançai un regard équivoque par-dessus mon épaule en finissant de me déshabiller.

« Je suis sûre que tu encadreras la photo te représentant souriant de toutes tes dents main dans la main avec Jasper. Ou que tu la garderas jalousement sous ton oreiller.

_ Nous ne serons pas main dans la main. J'aurai juste le bout de mes doigts élégamment posés sur la manche de son blaser, c'est tout.

_ C'est très… britannique. Dis-je après un moment d'hésitation.

_ N'est-ce pas ce qu'il est en fin de compte ? Même après des années passé ici, il restera tout de même Anglais.

_ Je suis sûre que ce n'est pas pour te déplaire. Toi qui adore tout ce qui attrait à la pluie, au thé et la Régence. »

Elle haussa des épaules avec l'esquisse d'un sourire pendant que j'enfilai la jupe.

« Tu as choisi la simplicité finalement ? Me demanda-t-elle en montrant mes cheveux lâchés d'un air vague.

_ C'est Tyler qui a donné ses directives. Je n'ai fait que subir.

_ C'est réussi.

_ Il pense que ma tenue attirera assez l'œil. Fis-je en lui présentant mon dos, le corset collé contre ma poitrine.

_ Surtout celui de Cullen. »

Je ne répondis pas.

« Tu ne veux toujours pas en parler ? Hasarda-t-elle.

_ Pas plus que je n'ai envie de parler de James. »

Ce fut à son tour de se taire alors qu'elle laçait le corset après avoir dégagé mes cheveux.

« James. Voilà un prénom que je n'ai pas entendu depuis fort longtemps. » Murmura-t-elle quand elle eut fini.

Je m'écartai en me taisant toujours, cherchant des yeux les escarpins aux talons monstrueux que j'allais devoir porter.

« Tu les mets donc dans le même sac ? Me questionna-t-elle.

_ A quel niveau ?

_ Au niveau de ton cœur, Bella ! »

Le silence fut une nouvelle fois sa seule réponse.

En étais-je arrivée à ce point-là ? Vu l'état dans le quel je me trouvais quand j'étais près de lui ou dans la même pièce, cela devait être le cas à quelques différences près : James ne m'avait jamais inspiré de haine ou de mépris.

« Tu as peur de tomber amoureuse. » Constata-t-elle.

J'eus un rire sans joie.

« De lui ? Impossible. Murmurai-je.

_ C'était ce que tu disais pour James. Répliqua-t-elle du tac au tac.

_ Je n'ai jamais été amoureuse de James.

_ Oh, Bella ! Arrête de te voiler la face ! Ce type t'a détruite ! Ce type a fait de toi ce que tu es aujourd'hui ! Il t'a fait douter de l'amour ! Tu en es devenue phobique à cause de lui !

_ Tu as encore vu ça avec Bridget Jones ? Lui demandai-je, agacée, en me chaussant.

_ Non. J'ai vu ça en te regardant pleurer des mois quand on avait 17 ans. Quand il est parti sans rien dire en te laissant misérable derrière lui. J'ai vu ça quand je t'ai entendue me raconter tes premières aventures. J'ai vu ça quand je me suis rendu compte que ma meilleure amie était devenue une croqueuse d'hommes sans état d'âme ! »

Ma main partit avant que je n'ai pu réaliser mon geste.

Un silence de plomb suivit sa réplique alors qu'elle portait une main tremblante à sa joue endolorie et qu'elle me regardait estomaquée, les yeux écarquillés. Ce fut lorsque je vis les larmes dans ses yeux que je réalisai la portée de mon acte.

« Alice, je… »

Elle sortit brusquement en claquant la porte derrière elle, me laissant tremblante d'effroi, sonnée. Quelques secondes plus tard, Cullen pénétrait dans la pièce.

Un seul regard fut alors échangé avant que je ne m'approche de lui pour l'embrasser.

J'empoignai le devant de son blaser et le forçai à se pencher légèrement vers moi avant de poser ma bouche sur la sienne. Je me collai contre lui dans l'espoir vain d'un réconfort soudain. Une myriade de sensations m'assaillit quand ses mains se refermèrent sur mes hanches. Chaud, froid. Chamboulement. Exaltation.

Ma poitrine enveloppée dans le corset se pressait désespérément contre son torse dur et grâce à mes nouveaux talons vertigineux, nous faisions pratiquement la même taille. Mes doigts plongèrent dans ses cheveux hirsutes et éraflèrent son crâne. Mon sang bouillait dans mes veines et l'excitation s'empara de moi tout entière.

Pressée d'en avoir d'avantage, je plongeai ma langue dans sa bouche et engageai une bataille sans merci avec engouement. Je tirai sur ses cheveux, le trouvant trop passif à mon goût. Je crus le sentir sourire contre mes lèvres mais n'en fus pas certaine.

Je voulais tout oublier entre ses bras. Ces dernières affreuses semaines, notre jeu de chat et de la souris qui m'avait laminée, laissée sans forces, son air suffisant, son assurance, mes nerfs à fleur de peau…

Petit à petit, notre baiser devint plus lent, comme si l'un comme l'autre, nous voulions laisser notre marque définitive. Ses mains n'avaient pas bougé seuls ses pouces s'autorisaient à tracer de légers cercles sur mes hanches. Je me pressai malgré tout d'avantage contre lui, n'arrivant plus à me reconnaître.

Qu'avais-je fait à Alice ?

Qu'étais-je en train de faire avec lui ?

Trop de questions tournaient dans ma tête. Je n'arrivais plus à penser. Je n'arrivais plus à avancer. Mes sens voulaient prendre le contrôle de mon être, comme à chaque fois dans chacune de mes relations avec un homme. Mais ma conscience me soufflait qu'avec cet homme-là, ce serait différent. Avec cet homme-là, il faudrait mettre autre chose en jeu.

Mes doigts se figèrent dans ses cheveux et glissèrent le long de sa nuque. Je restai contre lui alors que mes yeux se rouvraient. Les siens m'observaient déjà. Il n'y avait aucune question précise. Aucune spéculation. Ils étaient juste brillants, comme s'il savait que ça devait forcément arriver un jour ou l'autre. Moi, me jetant dans ses bras.

Et pendant qu'une étrange solitude m'engouffrait, je murmurai contre lui, passant du vouvoiement au tutoiement :

« Je te veux aussi. »


Je ne sais pas comment vous avez imaginé cette suite... Ni ce qui va arriver après. Personnellement, ce chapitre-là était un peu flou dans ma tête alors quand j'ai vu que je ne m'arrêtais pas d'écrire en début d'après-midi, je ne me suis pas posé de question et j'ai foncé tête baissée. Je prends toujours des risques avec ma muse qui a parfois des idées inattendues - comme cette scène finale - mais nous avons besoin d'avancer et je pense que Bella est bouleversée et à bout de tout... Ce qui l'attend par la suite n'est pourtant pas de tout repos.

Je vous laisse méditer tout ça, on se retrouve à Forks pour le prochain chapitre, j'ai une petite idée de l'agencement, encore faut-il que j'arrive à l'écrire assez vite pour me faire pardonner ces longues semaines de silence et de frustration. Merci encore à vous et à très vite. Bises, G.