Chapitre 14
Tandis qu'ils se dirigeaient vers l'entrée principale, Catherine s'arrêta brusquement et fixa quelque chose devant elle.
"Qu'y a-t-il?"
"La ... la voiture... là!!! La voiture rouge. C'est celle que j'ai vue dans mon rêve!"
Jacques lut la plaque.
537ONN.
"On dirait en effet. Vous voyez, déjà un mystère résolu. Enfin presque. Allons-y."
Ils entrèrent. Une fois à l'intérieur, Catherine lâcha le bras de Jacques et avança lentement, comme sur un sol glissant. Les personnes qui passaient à côté d'elle observaient d'un œil curieux cette jeune femme qui semblait débarquer d'un autre monde, les yeux écarquillés comme un enfant devant un décor de cinéma fantastique.
Jusqu'au moment où une femme policier en uniforme ouvrit de grands yeux de stupeur en reconnaissant Catherine. Elle s'avança vers elle, lui prit la main.
"Catherine! C'est... c'est bien vous?? Oh mon Dieu!" dit-elle en se couvrant la bouche de l'autre main.
Catherine regarda la jeune femme qui l'avait reconnue.
"Vous me connaissez?"
"Catherine... C'est moi, c'est Minnie!"
Jacques s'approcha de la jeune femme et lui expliqua brièvement la situation. L'accident. L'amnésie. Le retour.
"Oh mon Dieu. C'est absolument incroyable! Oh Catherine, c'est un miracle."
Minnie était au bord des larmes.
Plusieurs personnes s'étaient approchées des deux visiteurs, conscientes qu'il se passait soudain quelque chose de très inhabituel. Minnie était réputée pour ne jamais perdre son sang-froid.
Minnie entraîna doucement Catherine qui d'abord résista, puis se laissa emmener.
"Venez avec moi."
Elle fit signe à Jacques de les suivre.
Elle les conduisit dans la salle d'interrogatoire la plus éloignée au fond du couloir, la plus discrète.
Minnie ne parvenait pas à détacher ses yeux de Catherine, comme si elle venait de voir un fantôme. Elle se dit que tout compte fait, c'était le cas.
"Vous voulez un verre d'eau?" voyant que Catherine déglutissait avec peine.
"Non, merci." réussit-elle à articuler.
Minnie se tourna vers Jacques.
"Monsieur, qui que vous soyez, vous ne pouvez imaginer ce que vous avez fait en ramenant Catherine. Cela fait des semaines que... Enfin, je vais prévenir... Je... "
Elle se dirigea vers la porte et avant de disparaître, elle finit par dire:
"Merci de tout cœur, Monsieur. Il n'y a pas que Catherine que vous ayez sauvée."
La porte se referma sur elle, laissant les deux voyageurs seuls dans une salle meublée d'une seule table et de trois chaises, aux murs ternes.
Catherine se leva et se dirigea vers la fenêtre, regarda au dehors. Il faisait soleil. Elle avait vu l'océan en arrivant dans la ville. Elle avait vu la voiture, reconnu la plaque qu'elle voyait en rêve.
Mais aucun déclic. Elle se retourna brusquement vers Jacques. Sa voix était sèche et déterminée.
"Je veux partir. Je ne sais pas ce que je fais ici, Jacques. Je ne me souviens de rien!"
"Pas question. Plus maintenant. Cette jeune femme policier semble bien vous connaître et semble véritablement heureuse de vous revoir. Vous m'avez promis de laisser le temps au temps, vous vous souvenez?"
"Oui. Mais j'ai peur."
"C'est une réaction tout-à-fait légitime. Elizabeth vous a prévenue. C'est un peu comme une première fois et les premières fois sont toujours un peu stressantes."
"Je vais rencontrer des gens que je ne vais pas reconnaître, ils seront comme des étrangers pour moi. Comment vont-ils réagir?"
"S'ils tiennent à vous un tant soit peu, ils seront tout d'abord heureux de vous voir vivante, et à ce stade, c'est tout ce qui compte. Le reste viendra en son temps."
"Et si j'ai laissé de mauvais souvenirs?"
"Catherine, à présent, détendez-vous. Vous êtes ici, de retour chez vous."
"Chez moi." répondit-elle avec une lueur d'ironie dans les yeux.
Elle se tourna à nouveau vers la fenêtre et regarda au dehors, tournant le dos à la porte.
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Minnie courut vers le bureau du Capitaine Harold Dobey. Elle passa par les bureaux de Hutchinson et Starsky, mais elle ne les vit pas à leur poste. Il fallait qu'elle prévienne quelqu'un, tout de suite. Elle frappa avec énergie à la porte de son chef et entra sans attendre de réponse.
"Dites-donc, Kaplan, cela vous arrive souvent?" cria Dobey, en appelant la jeune femme par son patronyme, ce qui signifiait qu'il n'appréciait pas l'intrusion intempestive.
Minnie ne répondit pas. Elle le regarda, lui, puis Starsky, affalé, les jambes allongées, comme à son habitude, et Hutch, debout près de la fenêtre.
Son regard allait de l'un à l'autre. Les trois hommes la fixèrent d'un air interrogateur.
Il y avait dans les yeux de la jeune femme aussi bien des larmes que l'expression d'une stupeur intense.
Hutch s'approcha d'elle et posa une main sur son épaule.
"Minnie, ça ne va pas? Vous êtes toute pâle."
Elle regarda le sol, tenta de reprendre son souffle et parvint enfin à articuler:
"Il faut que vous veniez voir ça, dans la dernière salle d'interrogatoire!"
Dobey intervint.
"Minnie, je ne sais pas si vous vous bien rendez compte, mais nous étions en réunion."
"Mais Chef. Il faut... que vous veniez.. tous les trois!"
Elle se mit à pleurer silencieusement. Starsky se leva brusquement.
"Eh, Minnie, qu'est-ce qui se passe? C'est grave?"
"Venez!"
Elle prit Starsky par la main et l'entraîna de force.
Hutch et Dobey suivirent, sans chercher à comprendre.
Lorsqu'ils furent devant la porte de la salle du fond, elle se tourna vers eux, lâcha enfin la main de Starsky et leur annonça:
"Préparez-vous à un choc!"
Elle ouvrit lentement la porte. Starsky était en première ligne. Au milieu de la salle se tenait un homme d'âge mûr, debout, vêtu d'un costume bien taillé. Près de la fenêtre, une femme leur tournait le dos. Les trois hommes entrèrent dans le local.
Dobey affichait à présent une attitude franchement impatiente.
"Minnie, allez-vous me dire ce que tout cela signif...Oh mon Dieu!!"
Il fut brisé net dans son élan. La jeune femme venait de se retourner.
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