Bonjour/Bonsoir!

Je sais, personne n'en crois ses yeux: ELLE EST VIVANTE WOUHOUUUU! Et pendant que vous hésitez entre le cageot de légumes pourris et le Champagne, permettez-moi de m'excuser pour ce retard, que je n'explique pas autrement que par les cours, les devoirs à rendre, le travail pour payer le loyer, les amis et les voyages et mon tempérament naturellement mélancolique quand vient l'automne.

La BONNE nouvelle dans tout ça, c'est que le chapitre 13 est divisé en trois parties qui sont déjà toutes écrites: Partie 1, Patientia / Partie 2, Furiosa/ Partie 3, Fortuna. Et donc je pourrais les publier toutes les deux semaines normalement, ça nous permettra de reprendre un rythme de publication tranquille d'autant que les vacances ne sont plus loin!

Alors voilà, merci à tous et toutes d'avoir attendu.


Et merci encore plusse plusse à

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maraille

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ElwynCloud

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Leolili

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Swangranger

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Charliee3216

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Sey Maerks

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otaku-chocolat


J'attends vos impressions sur celui-ci avec impatience! Lever de rideau!


Chapitre 13 partie 1

Praeludo (Patientia)


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Samedi 13 janvier
Dix-neuf heures dix

-Non.

-Celle-ci ?

-Non.

-Bon, voyons pour celle-là.

-Non plus.

-Et ce modèle, alors ?

-Hors de question ! Refusa Hermione, ses joues s'empourprant à la vue du modèle qui révélait tout et cachait à peine l'essentiel.

Zacharias Smith pinça du pouce et de l'index l'arrête de son nez en trompette. D'aucun aurait pu le croire las ou découragé, mais pas du tout : chaque refus essuyé ne faisait qu'augmenter sa pugnacité, chaque rebuffade renforçait de plus belle sa détermination. Un éclat brillait dans ses yeux tandis qu'il s'affairait à chercher dans les nombreuses piles de vêtements qu'il avait amené avec lui, et à cette expression on comprenait qu'il était loin d'abandonner la partie.

On peut tout de même saluer le courage de cet homme. Fidèle à lui-même, il était d'une élégance à toute épreuve, avec ce je-ne-sais-quoi (en français dans le texte) de décontracté, de presque indolent qui lui conférait une aura indéniablement cool (en anglais dans le texte) en plus. Personne ne portait l'ensemble chemise-bretelle-nœud papillon comme il le faisait en ce moment même, et le tissu boutonné d'une blancheur immaculée ne laissait même pas filtrer une seule goutte de sueur qui serait signe de tension ou de nervosité. C'est bien pour cela que Malfoy en avait fait son styliste attitré, chapeautant toute la maison : Smith était, dans un contexte professionnel à tout le moins, imperturbable. Dans sa vie privée…c'est une autre histoire, et qui sera comme tant d'autres semées ça et là contée en son heure. Pour le moment restons concentré avec lui et observons dans le décor alentours si l'on ne trouve rien qui puisse l'aider à accomplir sa quête : habiller la cavalière de Draco pour la soirée.

Comme promis par ce dernier, Zac avait fait son apparition devant le pallier d'une Hermione qui avait été tellement débordée par les deux enfants en bas âge restés jusqu'en début d'après-midi dans son petit chez-elle qu'une serviette était encore enroulée autour de ses cheveux lorsqu'elle avait ouvert la porte…en peignoir. Ce qui n'avait pas manqué d'amuser tranquillement le styliste, tandis qu'une horde de livreurs s'engouffraient à travers sa porte pour déposer des monceaux de tissus partout, partout, partout : sur son fauteuil, les chaises, son lit, même sur la cuvette des toilettes : partout. C'est à peine s'il restait un centimètre carré de libre au sol à la vue de la mine horrifiée de la jeune fille, un employé lui avait tout de même assuré qu'une fois qu'elle serait sortie tous viendraient récupérer le « matériel » prêté par l'entreprise pour l'occasion. Encore une idée du grand patron, pour sûr, qui décidément ne faisait pas les choses à moitié : sans entrer dans le détail, le prix de quelques uns de ces articles griffés aurait suffit à lui payer le loyer pour plusieurs mois, et même de se permettre quelques largesse de plus. Démesuré, démentiel, dantesque : avec un « D », comme Draco. Pourtant, malgré le choix en vêtements et accessoires digne d'une grande boutique parisienne, rien ne convenait à Hermione, comme Zac le constatait non sans quelque déplaisir qu'il manifestait par petites moues et autres pincements de lèvres. Trop décolletée, trop courte, trop longue, trop chic, trop baroque, trop princesse…D'habitude, il décidait des tenues et les mannequins exécutaient leur tâche passive de modèles de pièces de haute-couture, mais en l'occurrence Hermione ne travaillait pas pour lui et n'hésitait pas à lui résister. Cet ensemble rouge aurait-il été seyant sur une brune au caractère de feu comme elle, la rendant incandescente ? Il en était persuadé, mais elle avait tranché que l'habit lui donnait l'air aguicheuse. Et cette robe bleu nuit fendue jusqu'en haut de la cuisse lui donnais mauvais genre. Ne parlons même pas de la jupe à motifs noir et blanc car là aussi horreur : on se ferait un plaisir de la traiter en serveuse.

Alors, alors, rien ne va décidément ? Même moi je commence à sentir poindre l'impatience, mais Smith reste calme, Hermione inflexible : une idée émergera bien de la tension des volontés, il faut juste un peu de patience, encore un peu de…

-Temps, pointa le blond.

-Comment ?

-Le temps, ma chère : au-cas où tu ne l'aurais pas remarqué il ne nous reste qu'une petite heure et trente minutes pour t'habiller et arranger ta coiffure…C'est le moment d'avoir une suggestion brillante, je crois ?

Hermione soupira, profondément. Si rien n'entame le flegme de son collègue, pour elle c'est une tout autre histoire : passée par toutes les phases tour à tour de l'amusement et de l'indignation, elle sent désormais monter une légère angoisse, de celles qui lui glissent qu'elle pourrait faire faux bond à son patron ce qui serait d'une ironie sans nom après tout le mal que ce dernier s'est donné pour réussir à ce qu'elle accepte son invitation. Quoique, ça vaudrait presque le coup d'annuler juste pour voir sa tête, lui souffla sa conscience malicieusement. Mais non, elle serait une gentille fille et puis surtout : elle tenait à cette bon sang de promotion. La promotion, oui…qui s'éloigne cependant à mesure qu'elle rejette toutes les suggestions de Zacharias. Elle n'était pas réfractaire à s'habiller avec une tenue élégante pour des évènements importants –en témoigne cette fameuse sortie avec Harry- mais ce soir elle faisait une sorte de…blocage. Et il ne servait à rien de s'acharner, si son esprit lui faisait barrage, il ne cèderait qu'une fois qu'elle en aurait compris la raison. Et pour ce faire, les Britanniques ont souvent une idée toute trouvée.

-Une suggestion brillante, en voilà une : Zac, balance tout ce que tu as dans les mains aux quatre coins de l'appartement et vient avec moi : nous allons prendre une tasse de thé dans ce qu'il me reste d'espace cuisine.

Les sourcils du jeune homme qui se haussent témoignent de sa surprise.

-Tu veux dépenser le peu de crédit qui nous est imparti pour…bon, soit, céda-t-il soudainement, secouant les épaules avec bonne grâce et lâchant tout ce qu'il tenait dans les mains tandis qu'ils se suivaient jusqu'à la bouilloire.

Toujours dans son peignoir de bain blanc à motif fleuri, Hermione s'affaire et jette le Earl Grey en grains par cuillérées dans le fond d'une théière à côté de laquelle son compagnon dispose les soucoupes, puis les tasses. Le gargouillis chantant de l'eau qui bout s'étant fait entendre, elle déversa le liquide dans le contenant qui se mit à fumer et à répandre une odeur amère de feuilles noires et de bergamote. Tandis qu'il disposait les tabourets hauts près de la gazinière, elle attendait, scrutant le fond trouble attendant que la couleur maronné s'éclaircisse à l'image de ses pensées.

Quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas commun qu'elle hésitât si longtemps à choisir ce qui ne devrait être qu'un bout de tissu quelconque et qu'elle ne remettrait certainement plus jamais de sa vie…mais alors, alors…

Elle se mit à touiller vigoureusement, Zacharias faisait patiemment, silencieusement, chauffer le lait.

Ginny d'habitude était celle qui la conseillait : elle avait un œil redoutable pour assortir les couleurs et une intuition infaillible. Elle était son amie, elle la connaissait et…par conséquent, elle savait ce qui lui correspondait en fonction de sa personnalité.

Hermione eut un mouvement impatient tandis qu'elle reposait le couvercle. C'était ça, bêtement ça : aucune des tenues qu'on lui avait présenté ne lui ressemblait. Oh, bien sûr, elle savait d'instinct que quelques unes de ces robes étaient capables de la mettre réellement en valeur et qu'elle pourrait faire tourner bien des têtes avec ces soieries suggestives, mais ce n'était pas ce qu'elle souhaitait montrer ce soir. Elle serait là non simplement en tant que cavalière, mais en tant que partenaire de Malfoy au sens d'excellence du terme : une vitrine de la boutique, une image de Roseway qui serait associée à la marque et à son patron. Dans ces circonstances, il n'y avait QU'UNE SEULE façon de s'habiller qui lui semblait propre à stupéfier tout le monde et à réussir son pari auprès du patron…

Un petit sourire jouait sur ses lèvres quand elle servit le styliste, qui avait bien voulu respecter ces minutes de calme pendant lesquelles il avait entendu tourner ses idées avec frénésie. Il lui demanda simplement :

-Une larme, un éclair, un nuage de lait ?

Ce à quoi elle répondit, joueuse :

-Surprend-moi.

Il sourit franchement. Ils s'étaient entendus.


oOo

Alors, cet examen ?

-…

-Penny ?

-Je ne veux PLUS JAMAIS T'ADRESSER LA PAROLE DE MA VIE !

Slam !

-Dis-donc, Percy, est-ce que c'est la douce et charmante Miss Deauclaire que je viens d'entendre hurler après toi ?

-Fiche-moi la paix, Cormac : je ne veux pas te parler, répondit le Préfet en s'en allant le dos bien droit.

-J'ai touché une corde sensible on dirait ?

-Laisse-le mon gars, tu sais à quel point il prend les cours au sérieux.

-Parce que nous non, Dubois ? Et quelqu'un sait au nom de quoi nous venons d'avoir droit à cette double scène ?

-Ben…tu te souviens de cet examen d'histoire que Pénélope était si anxieuse de passer ?

-Qui ne serait pas anxieux à l'idée de passer devant Binns…dans les cauchemars qui précèdent mes partiels je m'endors même dans mon rêve devant lui.

-Euh…certes. Toujours est-il que pour la galvaniser, il a décidé de l'aider à réviser en regardant une série historique. Et ça a marché au-delà de ses espérances…

-Ne me dis pas…commença McLaggen, ébaubi.

Olivier hocha la tête.

-Toi aussi, tu as entendu cette voix qui semblait surgir d'outre-tombe hurler « THE KING IN THE NORTH ! » ? eh bien c'était pour illustrer l'avènement de la royauté en Suède.

-…

-Allez, bonne chance pour ton tour.

Penny, Percy, Cormy, Oly. DAKINGINDANOOOORFFFF!


oOo

Pas rapide, pas rapide : demi-tour. Pas rapide, pas rapide : demi-tour. Et voici encore une fois Draco qui fait les trois cents pas, étouffés par l'épais tapis persan qui orne le salon de son appartement dans lequel Narcissa le regardait…non. Elle dévorait des yeux avec une fierté ouverte le beau jeune homme et qui était issue de sa chair comme il essayait de calmer son stress avant d'aller faire son apparition chez les Greengrass. Il n'était pas beau, son petit garçon : c'était le plus beau, il l'avait toujours été. Du moins, à ses yeux de mère et c'est bien normal même si l'on pourrait être tentés d'apprécier la vue, nous aussi : habillé d'un smoking noir d'encre Malfoy réussissait d'exploit d'être encore plus élégant que de coutume, ce qui n'est pas peu dire. Ses cheveux sont soigneusement coiffés en arrière, et à son majeur brille une chevalière aux armes des Malfoy, incrustée de superbes émeraudes et qu'il ne porte que pour de telles occasions : les mariages, les enterrements, et les réunions où beaucoup d'argent est en jeu. Et il savait que chez la famille d'Astoria ce soir seraient présent nombre de partenaires sur lesquels il faudrait compter dans la suite des aventures de l'essor de son entreprise et donc pas question de laisser passer l'opportunité d'échanger quelques contacts bien placés.

-Tu t'énerves pour rien, mon chéri, nota Cissy d'un ton désinvolte tournant les pages de son livre préféré.

-Je. Ne. Suis. Pas. Enervé.

-Comme je le disais, poursuivit la matriarche imperturbable, quand tu te fâches tu serres toujours exagérément les dents.

Il ne répondit pas, sachant parfaitement qu'il ne servait à rien de contredire sa mère : elle avait parfaitement raison, il le savait. Pour tout dire, il se sentait énervé, oui, mais cela était surtout dû à un stress tout à fait particulier : depuis qu'il avait envoyé Zacharias chez son assistante à quinze heures, il n'avait plus eu de nouvelles. Aucune. Zéro. Message, appel ? Vous rigolez, il avait été laissé dans l'ignorance la plus scandaleuse des heures durant et maintenant vous voyez le résultat : ils sont en retard. De vingt-quatre minutes et dix-huit secondes précisément, et tout de même : Zac savait qu'il n'était pas dans ses habitudes d'attendre comme lui-même était surpris que son collaborateur le plus ponctuel ait pu manquer un créneau horaire aussi important. Il attendait que Smith lui signifie qu'elle était prête, et il se précipiterait à la voiture pour aller la quérir chez lui où il était sensé donner les dernières touches de coiffure et de maquillage. Seigneur, que c'était long ! Vingt-cinq minutes désormais, mais pour qui est-ce…

Son cellulaire retentit. Il n'avait jamais entendu de musique plus triomphale. Enfin ! il se précipita pour décrocher.

-Zacharias Smith…commença-t-il, d'un ton particulièrement menaçant.

-Prête à t'en mettre plein la vue. Alors qu'est-ce que tu fais Malfoy, tu nous rejoins, ou quoi ?

Hermione Granger. Entendre sa voix à l'accent Londonien net le troubla suffisamment pour faire tomber la colère qui s'était accumulée un instant. Mais ses manières revinrent bien vite :

-Granger ! S'exclama-t-il, avec autant d'impatience que de soulagement, qu'est-ce que vous faisiez, je ronge mon frein depuis presque une demi-heure et c'est insupportable.

-Désolés, nous avons eu un…léger contretemps. Mais tu seras heureux d'apprendre que je suis tout à fait disposée à partir dès que tu…

-Considère que je suis déjà en chemin, coupa-t-il, raccrochant du même geste.

Et le stress s'en allant, il ne put s'empêcher de se sentir presque stupidement…heureux. La situation revenant à son contrôle, il se remit à penser ce qui l'avait effleuré déjà au moment où plus tôt ce matin elle avait accepté d'être son garde-fou : avec Granger dans les parages, ces soirées ennuyeuses, hypocrites et trop convenues seraient peut-être enfin intéressantes, amusantes même pour lui. Dans son enthousiasme, il s'était exprimé au pluriel…commencer par cette soirée, serait déjà une belle performance. Mais s'il continuait à divaguer comme ça, il n'y aurait rien…Il enfila rapidement son manteau noir, dont la coupe flatteuse devait être à son costume ce que l'emballage est à un chocolat, et se tourna vers sa mère pour l'embrasser avant de partir.

-Êtes-vous sûre de ne pas vouloir m'accompagner, mère ?

Cette dernière arqua un sourcil fin dans une imitation parfaite de l'expression favorite de son fils. Il remarqua qu'elle avait laissé Une maison de poupée de côté et qu'elle l'observait avec sa plus belle expression de Lady Malfoy sur le visage.

-Certaine, Draco : j'ai eu mon temps pour les rallyes de cette sorte, et je ne suis pas pressée de croiser la Marquise à nouveau.

Ils échangèrent un regard entendu suivit de sourires qui se répondaient. Puis son fils la gratifia d'un rapide baiser sur le haut de sa pommette saillante ponctué d'un « A plus tard, maman » à peine soufflé, et déjà il avait filé dans un courant d'air. Elle se leva pour suivre sa silhouette qui s'installait sur la banquette arrière d'une berline garée devant l'immeuble, et suivit le véhicule jusqu'à ce qu'il ait tourné à l'angle de la rue. L'accompagner eut été parfaitement inutile, et aurait fait jaser plus que nécessaire : une bonne épouse ne se présentait pas à un évènement qui réunissait des personnalités aussi importantes sans son mari. On poserait des questions. On voudrait savoir pourquoi Narcissa était sans Lucius. Les gens feraient des sous-entendus, des rumeurs se lanceraient et plus que perdre la face, elle pouvait faire perdre de la crédibilité à son fils.

Non, non…Ce soir, elle regarderait certainement dans le secret un de ces vieux films Japonais qu'elle affectionnait quand elle était jeune, en profitant d'une de ces rares soirées de solitude que sa vie ne lui accordait plus. Non, non… cette nuit appartenaient aux jeunes aux nombres desquels elle ne comptait plus : elle ne regretterait pas de ne pas avoir accompagné Draco, elle le savait tout à fait capable. Dans son anxiété, ce dernier avait d'ailleurs le temps d'une conversation téléphonique oublié un détail moindre mais qui ne lui avait pas échappé à elle et sur lequel elle pourrait méditer à loisir dans l'obscurité de l'appartement.

Le rétroprojecteur diffusait les premières images de Yojimbo sur la toile blanche tendue en face du grand lit de la chambre d'invités. Et tandis que le générique défilait sous ses yeux, elle ne parvenait qu'à avoir un seul mot en tête.

« Granger ».


oOo

Malfoy ne disait rien.

En fait, assis côte-à-côte sur la banquette arrière de la voiture ni Hermione ni Draco ne disaient rien. La proximité était grande pourtant, et dans les virages leurs jambes se touchaient presque le temps d'une inflexion involontaire que l'un et l'autres retenaient de toutes leurs forces l'air de rien. De temps à autres, le jeune homme ouvrait la bouche pour tenter d'entamer la conversation mais quelque chose- un coup de klaxon, un feu rouge qui virait au vert- l'arrêtait. Ils étaient à deux, ils étaient en route : alors qu'est-ce qui cloche cette fois ? La réponse se trouve quelques minutes en arrière, à la porte de la barrière du foyer autrefois joyeux des Smith-Zeller. Divorcé, le père de famille n'en avait pas moins tenu à garder la maison moderne- pas nécessairement pour les souvenirs, mais il avait ainsi de la place les week-ends pendant lesquels il avait la garde des jumelles. Hermione était là quand la berline se gara devant l'édifice, et quand le blond était sorti pour galamment lui tenir la portière, il avait fait une grossière erreur.

Une erreur fatale, même.

Après avoir rapidement détaillé la jeune femme, il n'avait rien dit : trop étonné certainement, il n'avait aucune intention maligne derrière la tête mais le mal était fait : Hermione avait mal interprété son silence et était allée se caller sur la banquette après un rapide « Bonsoir ». Elle avait bien prévu de s'excuser pour le retard, mais alors qu'elle attendait joyeusement qu'on vienne la récupérer un doute improbable l'avait assaillie : et si elle avait joué la carte de l'audace à mauvais escient ? Si son patron n'appréciait pas leur…son initiative, et qu'il se retrouvait forcé de partir avec une cavalière dont il n'approuvait pas le choix mais que les Greengrass attendaient néanmoins ? Mauvaise anticipation de Draco donc, autant que de paranoïa d'Hermione. Quiproquo, jusqu'à ce que l'un des deux brise la glace.

Soupir agacé.

-Est-ce que tu vas passer la soirée à me faire la gueule pour un commentaire que je n'ai même pas encore fait ?

-Je ne fais pas « la gueule », pour reprendre ton expression, répliqua Hermione, piquée qu'il la crut si puérile.

-Ça y ressemble drôlement en tout cas, ironisa-t-il se passant l'index sur la joue. Tu sais, je n'aime pas la langue de bois (et il faut bien que quelqu'un aborde le sujet) et donc j'irais droit au but.

-De quoi est-ce que tu parles ? Soupira-t-elle voyant pourtant où il allait en venir.

-Je n'ai pas remplit mon rôle de gentleman en t'accueillant alors que j'aurais dû le faire, expliqua-t-il. Et donc permets-moi de me rattraper en te le disant tout simplement. Granger, ta tenue est…

Inconsciemment, incompréhensiblement elle serra les dents attendant le premier coup d'estoc.

-…fabuleuse.

Hermione eut un sursaut, et ne put s'empêcher de dévisager le grand blond qui la considéré d'un air plus qu'amusé avec des yeux ronds.

-De quoi ?

-Tes vêtements, Granger, tes vêtements, répéta-t-il, plus joueur. Tu sais, ces fils entremêlés qui couvrent les parties nues de ton corps qu'on n'expose pas à la vue du public…

-Je crois que j'ai compris, merci, fit-elle plus sèchement, déclenchant le rire d'un Draco de plus en plus amusé.

-Ce que je veux dire, se reprit-il retrouvant presque son sérieux, c'est que tout à l'heure j'ai été tellement surpris de ton choix peu conventionnel pour une telle occasion que j'en suis resté coi et ça Granger tu peux me croire : ça ne m'arrive pas beaucoup.

-J'y crois bien plus facilement que tu ne l'imagines Ô Malfoy, toi le Diable personnifié et tout vêtu de Prada.

Il eut un large sourire, toutes dents dehors.

-Hé, mais c'est que ça me va bien. Après tout c'est vrai : Malfoy s'habille en Prada, et Malfoy est le Diable c'est bien connu. Mais ce soir, je crois bien que nous sommes deux. Tremblez pauvres mortels….

Il lui envoya un clin d'œil qui lui arracha malgré elle un sourire. Ce garçon, cet homme, parfois elle ne savait plus. Son approbation l'avait toutefois détendue et elle sentait sa confiance revenir : pour la première fois elle prit même la décision que ce serait une bonne soirée, que les Gourdes-Grasses à Double G et les Nott le veuillent ou non.

-Mmph…nous y sommes presque, indiqua son directeur faisant référence à la grande demeure qui se dessinait derrière la vitre. Encore quelques minutes pour faire le tour du parc-qui est immense comme tu peux le constater- et nous serons enfin au sabbat. Tout se passera bien tant que resteras près de moi Granger, et que tu refuseras de boire tout verre que Fenrir Greyback te proposera.

-Hermione.

Draco se figea l'espace d'une seconde…

-Hein ?

…pendant laquelle son incrédulité fusa spontanément.

-Si nous devons passer la soirée ensemble du début à la fin et que nos conversations se mêlent à celles d'autres hôtes, il vaudrait mieux que nous nous appelions par nos prénoms : les invités trouveraient cela suspect, surtout après tous les mystères que tu as fait autour de ta cavalière imaginaire…

-Tu es loin d'être imaginaire, et je prédis déjà que ce sera au grand dam de certains, rit-il. Pardonne-moi, se reprit-il après qu'elle lui ait décoché un regard réprobateur, ta vivacité d'esprit m'est familière et pourtant elle me surprend encore. Va pour qu'on s'appelle par nos prénoms alors Hermione l'Atride.

-Ça y est, je regrette, asséna-t-elle tandis qu'il riait de plus belle.

Elle se joignit à lui, et ils savourèrent ce retour à la paix alors que le moment devenait crucial : ils avaient pénétrés dans l'antre du château des Nott. La voiture alla se ranger le long d'une lignée de limousines, hummer et autres voitures de courses toutes plus clinquantes les unes que les autres. Quand il ouvrit la portière, un fumet agréable de viande grillée vint leur chatouiller les narines et ils entendirent les rires, la musique et le son de coupes qui s'entrechoquent entre elles en tintements cristallins caractéristiques.

-C'est ça le domaine ultramarin des Nott ? murmura la brune effarée tandis que Malfoy l'aidait à s'extraire de la voiture. Elle n'avait jamais vu de château habitable de cette envergure –hormis Poudlard- et son regard avait du mal à s'adapter à la magnificence décadente des lieux.

-Dans le plus pur style Victorien, ricana son interlocuteur. La meilleure imitation du Manoir Malfoy à ce jour…Allons.

Ils firent quelques pas en direction de l'escalier majestueux qui menait aux immenses portes d'entrée, où un majordome s'empressa de se mettre à leur disposition.

-Annoncez Lord Draco Lucius Malfoy, ainsi que sa collaboratrice le Docteur Hermione Jean Granger, prononça le susnommé d'un ton hautain et polaire, qui lui valut une tape sur l'épaule de son employée. Aïe, quoi ?

-Tu l'as terrorisé, le pauvre, chuchota-t-elle en observant le valet se précipiter pour prévenir le maître des lieux. Et pourquoi est-ce que tu m'as appelé Docteur ?

-Parce que tu es Docteur en histoire de la sociologie politique d'une grande université Britannique, tu te rappelles ?

Elle se rappelait, mais le fait que lui s'en souvienne la laissait étrangement émue.

-Oui, répondit-elle simplement.

Mais la pression de sa main sur son épaule était devenue amicale. Draco devint subitement très, très conscient de ce contact. Trop tard, avant qu'il eut pu ajouter quelque chose pour relancer une conversation qui semblait pour une fois bien partie il voyait déjà la chevelure brune de Théodore se frayer un chemin jusqu'à eux. Il était prêt une fois de plus, à rentrer dans l'arène.

Son regard bleu-gris alla accrocher le sien.

-Du début à la fin…tu es sûre que tu sais à quoi tu es en train de t'engager ?

Son ton était étonnamment sérieux, mais elle ne se démonta pas pour autant.

-Un marché pour un marché, prononça-t-elle, gravement.

Il lui tendit galamment son bras.

-Tu pousses la chance un peu trop loin, Draco, dit-elle, en acceptant pourtant cette main tendue.

Et ils allèrent à la rencontre du premier Nott en vue, l'esprit étonnement clair, curieusement apaisés.

oOo

-...Alors je lui ai dit: mon cher et estimé Collègue, nous sommes évidemment en présence d'un specimen de Bos Taurus des Alpes- ce qui n'a pas manqué de l'embarrasser bien sûr...

-...Blanc, blanc, blanc...

-Et...qu'est-ce que tu dis?

-C'est un jeu, tu veux jouer avec moi?

-Je n'ai pas le temps pour les gamineries. Et donc...

-Gellert...

-Albus?

Un regard. Un soupir.

-Bon. Vas-y, qu'est ce que je dois faire?

-Répète le mot "blanc", douze fois.

-...

-Allez!

-...Bon. Blanc, blanc, blanc, blanc, blanc,blanc, blanc,blanc, blanc,blanc, blanc, blanc.

-De quelle couleur est la neige?

-Blanche, répondit Gellert, du tac au tac.

-Que boit la vache?

-Du lait.

Abeforth éclata de rire.

-Alors, je ne sais pas ce que Bos Taurus veut dire, mais même-moi sans avoir fait d'étude je sais au moins que les vaches...ça boit de l'eau.

Il embrassa la joue de sa petite soeur.

-Bien joué, Ariana, souffla-t-il tandis que Grindelwald, écarlate, était consolé par un Albus plus que perplexe.

Gellert et Albus, chercheurs. Abe, agriculteur. Ariana, collégienne. L'enfance 1, le monde adulte, 0.

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