Précédemment : Sherlock se réveille de son malaise. Quand John réalise que cela est dû à la surconsommation de médicaments il va jusqu'à le frapper à plusieurs reprises. Il fini par l'insulter de monstre avant de lui laisser les médicaments à disposition en signe d'abandon et d'appeler Mycroft pour l'informer que tout est terminé.
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Sherlock se leva difficilement, jeta un œil aux médicaments qu'il envisagea comme une solution l'espace d'une seconde mais les laissa là où John les avait posés avant d'entreprendre de se diriger vers sa chambre.
Le médecin ne lui accorda aucun regard même quand il l'entendit trébucher et s'agripper aux meubles pour réussir à avancer. Même quand il ferma doucement la porte derrière lui.
La colère de John ne s'atténua pas jusqu 'à ce que Mycroft arrive enfin presque deux heures plus tard, mais celui-ci préféra d'abord s'entretenir en premier avec son frère.
Il frappa à la porte de la chambre et ne reçu évidemment aucune invitation à entrer.
Mycroft ouvrit tout de même sans trop savoir pourquoi ses mouvements étaient aussi lents. Avait-il peur de de ne pas savoir sur quel image il allait tomber ? N'importe quoi pouvait se cacher derrière cette porte et il n'avait aucune idée de l'état dans lequel il allait trouver Sherlock.
Il fut rassuré mais plongé dans l'incompréhension quand il le vit assit par terre, au milieu de toutes ses affaires qu'il éparpillait sans soin.
- Sherlock ? Qu'est-ce que tu fais ?
L' interpellé n'eut pas l'air surpris de le voir et continuait à remuer ses vêtements avec une incohérence totale, sans but apparent.
- Sherlock ! Est-ce que tu veux bien t'arrêter une seconde ?
Il semblait fatigué et légèrement paniqué.
- Je n'arrive pas à tout ranger..
Il se stoppa et regarda Mycroft, les sourcils froncés.
- Vous aviez vraiment prévu que je reste aussi longtemps ? C'est quoi tout ça ?
- Calme-toi, tu veux bien ?
- Mais je dois ranger, on s'en va, non ? John m'a laissé tomber, tu viens me chercher.
L'aîné avait l'habitude de voir son cadet dans des états seconds et de le voir ainsi ne le choqua pas plus que les autres fois.
- On va s'en occuper, ne t'inquiètes pas. Viens là.
Il l'aida à se relever et l'installa assis sur le lit. Il aurait pu prendre place dans le fauteuil en face de lui, dans une position élégante, mais préféra se poser à côté de lui. Sa posture lui donnait un air étrange, décontracté.
Côte à côte, d'égal à égal, Mycroft tentait d'en savoir plus.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Tu dois bien le savoir, non ?
- Je suis venu directement te voir, j'irais parler a John après
Sherlock le fixa, incrédule.
- Essayerais-tu de me faire croire que tu ne suis pas le feuilleton sur tes caméras dissimulées un peu partout? Est-ce que tout ceci est assez distrayant ?
Mycroft sourit en coin.
- Pas de caméras.
- Pas de caméras ?
- Pas une seule.
Sherlock tourna la tête vers lui en plissant les yeux et retroussant le nez, se rapprochant à quelques centimètre de son visage et se concentrant au maximum pour déceler le moindre mensonge.
- C'était une condition de John avec laquelle j'ai été rapidement d'accord. Il m'a convaincu qu'on devait te faire confiance.
Sherlock pouffa amèrement
- Me faire confiance... Tu as vu ou ça nous mène quand on me fait confiance ?
Il voulu redescendre du lit, obnubilé par le rangement de ses vêtements mais fut retenu par le bras par Mycroft.
- Bon tu vas me dire ce qu'il se passe ?
- Et si tu voulais bien arrêter d'essayer de jouer au grand frère s'il te plaît. Fais juste ce que tu as à faire.
- Je ne joue pas Sherlock, pas quand il y a autant à perdre.
C'était vrai. Il était en train de tout perdre. Il y a des mois quand tout a commencé et que tout était encore clair il n'aurais jamais pensé que le contrôle de la situation lui échapperait autant. Ce n'était pas prévu. Rien de tout ça n'était prévu. Pour la première fois il n'avait pas réussi à anticiper John Watson.
Sherlock fit tourner son cerveau à plein régime pour essayer d'expliquer un tant soit peu la situation et peu importe comment se tournaient les phrases dans sa tête il se rendait compte qu'il avait tous les tords.
Il baissa les bras
- Je l'ai déçu.. Encore une fois.. Et à un point où j'ai réussi à le perdre.
- John Watson ? Le perdre ?
Mycroft eut un petit rire comme si son frère avait dit une bonne blague. Sherlock continua sur un ton sarcastique.
- Oh mais je me suis appliqué cette fois !
Il frotta sa pommette éraflée pour illustrer ses dires.
Mycroft repris son sérieux.
- Mais ce n'est pas de lui que je parlais. C'est toi, tu es complètement perdu.
Sherlock senti alors un vertige l'envahir. L'adrénaline de la dispute s'évaporant, la fatigue et les douleurs s'attaquaient de nouveau à lui. Il posa ses deux mains sur le lit pour garder son équilibre et respira grandement. Mycroft restait d'un calme olympien.
- Comment tu te sens ?
- Ca va, ça va..
Il failli alors tomber du lit. Mycroft se leva pour se diriger vers le salon et Sherlock se crispa
- Non s'il te plaît..
- Je voudrais qu'il te voit, tu transpire à grosses gouttes et tu tremble.
- Il faut juste que je me repose un peu
Sherlock s'allongea doucement comme si chaque geste lui demandait les plus grands efforts.
- Il a été.. C'était tellement violent.
Mycroft resta droit, surplombant le lit de toute sa grandeur, créant un contraste avec la posture fœtale de Sherlock.
- Une simple réaction à la violence de ce qu'il a pu ressentir.. Tu lui fais peur, surtout ces derniers temps.
- Ah oui... Sherlock le monstre.. Comme il l'a si bien dit.
- Tu sais très bien qu'il ne le disait pas dans ce sens, arrête...- Il réfléchit une seconde puis baissa les épaules - Moi aussi tu me fais peur tu sais..
Sherlock leva un sourcil
- Toi ? Je te fais peur ? Le gouvernement britannique tremblerait devant le grand Sherlock Holmes ? J'en suis flatté..
- Tu veux bien t arrêter un moment ? Ce que je veux dire c'est que tu es tellement...- il chercha ses mots - imprévisible. Tu as toujours terrorisé les gens qu'on côtoyait, depuis tout petit déjà. Tu étais l'électron libre, l'indomptable. Je crois même que quelques part je t'enviais. Tu as toujours vécu dans l'insouciance.
Sherlock l'écoutait sans oser bouger, étonné de voir son frère lui avouer tant de sentiments enfouis pour la première fois de toute sa vie.
- Je me suis conformé à un moule, à ce qu'on attendait de moi alors que tu vivais ta vie comme tu l'entendais, libre, au mépris du regard des gens. Tu as toujours été indifférent à ce qu'on pouvait penser de toi.
Sherlock commençait à somnoler, emporté par un reflux de médicament.
- C'est pas vrai, il est important John. C'est important ce qu'il pense... Et toi aussi... Des fois..
Dans le sommeil, Mycroft sourit à la voix qui devenait boudeuse et enfantine. Il avait l'impression de retrouver son petit frère.
Quand il leva la tête il remarqua que John arrivait dans l'entrebâillement de la porte. Il lui sourit tristement
- Vous avez entendu ? "il est important John".
John ne desserra pas les dents, la colère encore visible sur son visage. Il s'approcha de Sherlock et se pencha pour l'observer et s'assurer que tout allait bien, du moins pas trop mal. Il releva instinctivement les boucles collées sur son front par la sueur et soupira à son geste.
- Je vais brancher le monitoring.
Il alluma l'écran et posa simplement la pince au bout de l'index de Sherlock. Les bips réguliers envahirent la pièce.
- Si il y a quoi que ce soit on sera averti. J'ai pas envie de rester là. Allons à côté.
John fit chauffer de l'eau pour un thé et prépara tout le nécessaire devant Mycroft qui ne le lâchait pas du regard. Le médecin sentait son sang bouillir sous les yeux insistants dans son dos. Il posa les tasses avec fracas sur le plan de travail sans se retourner. La tête enfoncée dans les épaules.
- Quoi ?!
Mycroft sourit.
- Rien. Je n'ai rien dit.
- Vous pensez que j'ai tord !
Mycroft laissa un moment silencieux.
- Non, vous avez sûrement fait de votre mieux. Qu'est-ce qu il a fait cette fois ?
- Il a volé des médicaments apportés par Mlle Hooper. Et une seule petite contrariété et...
-... Et Sherlock Holmes se conduit de la manière la plus irréfléchie possible quand il est face à des émotions ingérables pour lui.. Qui l'eut cru..
- N'essayez pas de me renvoyer la faute avec vos sarcasmes. Il est irrécupérable. Si il veut se détruire, qu'il le fasse mais qu'il me laisse en dehors de ça !
John baissa d'un ton, sa voix s'étouffa presque.
- Je ne le supporterais pas.
- Vous êtes trop impliqué envers lui. Cette mission courrait à l'échec de toute façon. Vous vouliez essayer et vous avez fait de votre mieux Dr Watson, une voiture viendra vous chercher demain matin à la première heure. Laissez moi juste le temps de contacter l'équipe de secours.
- L'équipe de secours ? Quelle équipe ?
- Les plus grands. Addictologie, toxicomanie, pharmacodépendance. Surveillance médicalisée totale et non stop. Rien n'a été laissé au hasard.
- Je croyais que vous ne vous en occuperiez plus.. Vous aviez tout prévu ? Vous saviez que je me planterais?
- John.. C'est mon frère.
Il avait dit ça comme une évidence, avec tous les non-dits ce que cela impliquait.
- J'étais cependant persuadé, vu ce que vous représentiez à ses yeux, qu'il aurait tenu un peu plus longtemps. Je ne l'ai jamais vu si perdu, hors de contrôle. J'aimerais tant savoir ce qu'il se cache dans le fouillis de sa tête.
- Je crois que personne ne le saura jamais.
- Détrompez-vous ! Les meilleurs psychologues ne le lâcheront pas d'une semelle jusqu'à décortiquer la moindre pensée.
John rit à gorge déployée.
- Des psychologues ? Venir à bout de Sherlock ? Vous ne connaissez pas votre frère si bien que ça apparemment.
Puis il reprit son sérieux, presque attristé.
- Ils vont le rendre fou. Ca ne va faire qu'aggraver la situation. De quoi va-t-il être capable pour se sortir de ce que vous avez prévu de lui infliger ?
- Auriez-vous une autre solution à me proposer ? Il ne me reste plus que cette option. Ou le laisser seul avec lui-même, mais on a déjà eu un aperçu de ce que cela donne.
John se leva et fit les cent pas. Il rageait contre Mycroft, il rageait contre Sherlock. Et surtout il rageait contre lui-même déjà exaspéré de la décision qu'il allait prendre.
- Peut être qu'on pourrait essayer encore. Laissez-le moi.
- Vous ?
- Oui, moi. Il a beau être ce qu'il est, je ne peux pas concevoir de le laisser aux mains d'inconnus. Il vont lui faire du mal. Ils vont... Ca va le tuer.
Il ne pouvait pas s'imaginer Sherlock se débattre jusqu'au sang au milieu d'individus en blouse blanche.
- Etes-vous certain ? Je ne veux pas revenir dans deux jours après que vous ayez changé d'avis
John se redressa dans sa posture de soldat.
- Je ne laisserais pas tomber. J'ai juste eu un moment de faiblesse. Ca va aller.
- Bien, c'est tout à votre honneur. Il a besoin de vous.
Mycroft se leva et se dirigea vers la sortie puis se retourna.
- Vous savez, vous êtes la seule personne qu'il a laissé entrer dans sa vie sans aucune retenue, et cela dès le premier jour.- Il leva les yeux au ciel.- C'est totalement déconcertant.
John fronça les sourcils.
- Je ne sais pas comment je dois le prendre
- Prenez-le comme vous voulez mais ne vous avisez plus jamais à lever la main sur lui. Est-ce qu'il vous est déjà arrivé à l'esprit que si Sherlock se défendait il n'aurait aucun mal à vous mettre à terre ? Sauf qu'il ne fait rien, il subit simplement votre châtiment qu'il pense mériter sans lever le petit doigt. Au fond de lui, il ne remettrait jamais votre jugement en doute peu importe vos erreurs. Moi, par contre, je m'arrangerais personnellement pour faire en sorte que ce soit le dernier geste que vous regretteriez.
John n'eut rien à répondre. Aucune justification possible alors qu'il était là pour l'aider. Mycroft continua.
- Sans que j'arrive à déterminer pourquoi, vous avez une influence incroyable sur lui et chaque geste ou mot de votre part, même insignifiant pour vous, ont un impact sur son comportement. Je l'ai tellement vu changer depuis votre arrivée, c'est terrifiant. Il a un respect et une dévotion infinie envers vous. Servez-vous en pour le sauver au lieu d'en profiter pour l'accabler.
Il passa la porte et se dirigea vers la voiture.
- Souvenez-vous, vous êtes important. Vous êtes son unique et dernière solution.
John suivi des yeux Mycroft qui remontait dans la limousine noire, un léger sourire satisfait en coin.
Il fronça les sourcils avec l'impression de s'être fait berné.
- Mycroft ?
- Oui ?
- Il n'y a jamais eu d'équipe de secours.
- Bonne journée. John.
