Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.
Bonjour à tous ! Oui, je suis encore vivante, et me revoici avec un nouveau chapitre. J'aimerais pouvoir me confondre en excuses des délais que je vous ai fait subir cette fois-ci, c'est impardonnable, mais je n'ai pas le temps et je vais vous expliquer pourquoi. Mais tout d'abord je me justifie : je viens de finir une année de master avec un mémoire, et si je suis restée inactive pendant ces quatre derniers mois, c'est tout simplement parce qu'il m'était rigoureusement impossible de travailler sur quoi que ce soit d'autre que ce bon sang de mémoire. Je vous assure que même mes partiels sont passés largement au second plan. Je sais bien que ce n'est pas votre problème, mais vous avez le droit de savoir.
Maintenant, trois choses :
- Non, cette fiction ne sera pas abandonnée. Quatre mois de silence je vous assure, chez moi ce n'est rien.
- Mon message est court, je ne vais pas pouvoir répondre individuellement aux reviews et je ne sais pas quand je vais publier le prochain chapitre, et j'en suis profondément désolée : la raison de ces trois faits est simple : je suis en stage en Afrique équatoriale pour trois mois donc jusqu'en juillet, et mon accès à internet sera du pur hasard. Je préfère poster tout de suite le chapitre que perdre du temps à répondre aux reviews. Si jamais ça marche encore après, je répondrai.
- Dernière chose : je tiens néanmoins à remercier tous les lecteurs sans exception et les commentateurs encore plus, je ne serais rien sans vous, vos réactions et vos critiques. Mention spéciale à Nyal27 pour avoir pris le temps de re-commenter mon chapitre refait et d'être si géniale. Et aussi un grand merci à Easyan qui a pris le temps de commenter chaque chapitre sorti, c'est tellement rare, toi je t'adore déjà, je te remercie infiniment et j'espère que tu aimeras la suite tout autant.
Ce chapitre a été une torture à écrire et je l'ai recommencé plusieurs fois. Soyez sans pitié mais pas trop quand même, petit questionnaire en bas, bonne lecture :
Chapitre 12 : Une erreur du destin en ma faveur.
L'air béat et le sourire rêveur, Eren ouvrit la porte de la chambre en essayant d'être le plus silencieux possible. Même si, depuis le couloir, il percevait encore les rumeurs des conversations qui se tenaient dans les chambres, il savait qu'il était minuit passé et que certains élèves fatigués s'étaient couchés malgré l'excitation générale qui régnait dans l'établissement. En ce qui le concernait, l'idée-même de dormir lui paraissait absurde. Il venait tout juste de quitter Levi après avoir passé la dernière heure en sa compagnie, dans la chambre que le jeune homme partageait avec Erwin - le grand blond avait d'ailleurs eu la courtoisie de prétexter devoir aller parler aux professeurs pour leur laisser plus d'intimité.
Quelle soirée surréaliste il avait vécue, songea-t-il. Encore quelques heures auparavant, il n'était qu'Eren, le garçon lambda de la classe B qui rêvait secrètement des grands yeux noirs de son homologue (Ami ? Rival ? Confident ? Leur relation n'avait jamais pu et ne pourrait jamais tenir dans une seule case) de la classe A, Levi. Levi, le génie solitaire, le garçon charismatique et solennel, courageux et dévoué, l'individu brillant qu'il n'aurait jamais cru capable de voir en lui quoi que ce fût de plus qu'un copain un peu idiot. Puis, Levi l'avait maladroitement embrassé au pied de la Tour Eiffel, et à présent, il était Eren, celui qui avait le droit d'embrasser Levi, le droit de le toucher, le droit de lui dire ce que Levi voudrait sûrement entendre de lui seul, le droit de passer des heures à mémoriser le chef d'œuvre des traits de son visage sans avoir à culpabiliser de le faire, sans avoir à se cacher.
A leur arrivée à l'internat, une fois que les élèves avaient terminé de s'installer dans leurs chambres respectives et qu'il s'était de nouveau retrouvé seul avec Levi, il y avait eu un flottement, un moment de timidité hésitante entre eux. Leur historique n'était pas simple. Après la si féroce animosité qui les avait opposés avant de laisser place à une amitié sincère, il demeurait entre eux une pudeur, une crainte de l'autre et de ce qu'un rapprochement leur ferait risquer, qui rendait délicat la floraison de leur relation naissante. Alors ils avaient parlé, de tout et de rien, en prenant soin de ne pas évoquer leur situation, pour éviter d'avoir à mettre des mots sur ce qu'ils ressentaient. Ils avaient le temps. Pour le moment, tout était si fort, si confus et sans demi-mesure, qu'ils n'auraient pu que se brûler en essayant. Minute après minute, ils s'étaient détendus, apprenant lentement à apprivoiser l'autre sous cet angle nouveau. Cependant, il était tard et le retour d'Erwin avait sonné l'heure de prendre congé.
Eren se retrouvait donc à présent devant la porte de la chambre qu'il occupait avec Armin et la poussa sans faire de bruit. Son ami devait certainement déjà dormir, lui aussi. Pourtant, lorsque le jeune allemand pénétra dans la pièce, il eut la surprise de constater qu'il avait eu tort : le petit blond était assis en tailleur sur son lit, en face de son ordinateur portable, visiblement en pleine conversation avec Jean via Skype. Avant même d'avoir le temps de prononcer un mot, Eren perçut un mouvement sur sa gauche et sursauta en découvrant Mikasa allongée sur son lit, un quelconque magazine entre les mains.
« - Qu'est-ce que tu fais-là ? protesta-t-il à mi-voix. Tu as vu l'heure ?
- C'est ce que j'allais te dire ! Qu'est-ce que tu fabriquais ?
Il fut dispensé de répondre par le cri de guerre que poussa la voix désincarnée de Jean à travers l'ordinateur.
- HAHA ! Le voilà, le héros de la soirée ! Alors, champion, tu t'es jeté à l'eau ?
- Il est déjà au courant, lui ? grommela Eren en branchant son téléphone portable au chargeur.
Trois messages de maman, nota-t-il distraitement.
- Je n'aurais pas dû lui en parler ? s'inquiéta Armin en se redressant.
- Que je le sache maintenant ou plus tard, quelle différence ? rétorqua de nouveau la voix de Jean. Racontez-moi plutôt comment vous l'avez convaincu !
- En fait, c'est plutôt Levi qui a fait le premier pas, reprit Armin, avant de se recroqueviller de nouveau sous le regard noir d'Eren.
- Sérieusement ?
- On aurait dit que ça vous arrivait un peu… Malgré vous, intervint Mikasa. C'était assez bizarre à regarder.
- Parce que vous nous avez regardés ?
- Tout le monde vous a regardés, Eren.
- Super… Je vais me doucher. »
Lorsqu'Eren sortit de la salle de bains une quinzaine de minutes plus tard, Armin avait terminé sa conversation avec Jean et avait désormais le nez plongé dans la biographie de quelque scientifique.
« - Tu es vexé ? demanda-t-il timidement en le voyant s'approcher.
- Pas du tout, répondit Eren, avec sincérité.
Il savait que les taquineries de ses amis étaient bienveillantes et il n'était de toute façon pas en mesure de se mettre en colère. Il se sentait ivre, comme sorti de son propre corps. Sa tête tournait légèrement et l'envie de rire le chatouillait en permanence.
- Tu as l'air d'un idiot, commenta Mikasa.
Sans prendre la peine de répondre, il s'assit à côté d'elle et saisit le magazine qu'elle avait délaissé au profit de son portable. Il se mit à feuilleter les pages d'un air absent, et finit par relever la tête en sentant les regards de ses deux amis peser sur lui. Mikasa et Armin étaient effectivement en train de le dévisager. Si sa sœur avait l'air songeur, son meilleur ami semblait au bord de l'hilarité.
- Quoi ?
- Comment ça, « quoi » ? répéta la jeune femme. C'est tout ce que tu trouves à dire ?
- A propos de quoi ?
- Eren ! s'exclamèrent-t-ils à l'unisson.
- D'accord, d'accord, s'esclaffa-t-il en reposant le magazine, jugeant qu'il avait suffisamment attisé ses amis. Il n'y a pas grand-chose à dire, vraiment. Nous étions amis et maintenant... nous sommes ensemble, c'est tout.
- Mais pourquoi maintenant ?
- Je n'en sais rien. Peut-être que j'ai eu un comportement qui l'a encouragé. Je ne sais pas ce qui l'a pris mais je ne vais pas me plaindre.
Il y eut un court silence. Armin jeta un regard à Mikasa, qui acquiesça.
- Nous sommes vraiment très heureux pour toi, Eren, s'exclama le petit blond d'une voix enjouée. Nous n'avons jamais douté que vous finiriez par vous trouver, ce n'était qu'une question de temps.
- J'ai encore du mal à y croire, souffla le jeune homme.
Armin gloussa, et Eren se tourna vers sa sœur, silencieuse. Il voyait bien que quelque chose n'allait pas. En la regardant droit dans les yeux, il devina aisément la source de ses troubles. Elle avait peur pour lui. Comme toujours.
- Tu ne dis rien ?
- Je n'ai rien à dire pour le moment, répondit-elle auprès quelques secondes. Je n'ai pas encore déterminé si cette évolution de votre relation était une bonne chose.
- Comment ça ? rétorqua Eren en se redressant, sur la défensive. Tu penses qu'il se fiche de moi ?
- Bien sûr que non. Il t'adore, ça crève les yeux. Mais ça reste Levi Ackerman. Il perd cinquante points de Q.I. dès qu'il s'approche de toi. Qui sait ce qu'il pourrait encore aller inventer.
Eren se leva du lit pour aller enlacer sa sœur.
- Tu t'inquiètes trop. Je suis un grand garçon, maintenant. Je peux me débrouiller seul. Ça va aller, tu verras.
Mikasa soupira, et finit par se détendre dans les bras de son frère.
- Très bien, concéda-t-elle. Je te fais confiance.
Eren sourit.
- Mais j'irai quand même lui dire deux mots. C'est mon rôle, que ça te plaise ou non. »
XXX
Quelques mètres plus loin, une conversation quasiment identique se tenait dans une autre chambre. En effet, à peine Eren eut-il quitté la chambre de Levi et d'Erwin qu'il fut remplacé par une Petra sautillante vêtue d'une chemise de nuit fleurie, qui vint s'asseoir contre Levi, et posa sa tête contre son épaule.
« - Je donnerais n'importe quoi pour voir la tête que tu aurais fait il y a encore deux mois, si tu avais su que ça se finirait comme ça, déclara-t-elle distraitement, les yeux perdus dans le vague.
Il réfléchit quelques secondes.
- Moi aussi.
- Je suis si contente… Eren va avoir une merveilleuse influence sur toi.
- C'est déjà le cas, d'une certaine façon.
En face d'eux, Erwin s'esclaffa d'un air moqueur, sans relever les yeux de son ordinateur portable.
- Mais regarde-toi donc, Levi. Tu deviens fleur bleue. Il ne nous reste plus qu'à fixer la date du mariage.
Le sourire de Levi perdit de son éclat, et son visage s'assombrit imperceptiblement.
- Ne sois pas ridicule.
Poussant légèrement Petra, il se redressa pour faire face à ses deux amis.
- Je vous conseille de ne pas trop vous y habituer. Ne vous imaginez pas que ça va s'éterniser.
- Comment ça ? demanda Petra, une pointe d'inquiétude dans la voix.
- Nous en avons déjà parlé. C'est moi qui suis allé vers lui ce soir, expliqua le brun en saisissant la main de son amie pour la rassurer. Il ne s'y attendait pas. Peut-être qu'il s'est laissé prendre par l'euphorie de l'effet de surprise, peut-être qu'il est curieux. Peut-être qu'il veut juste quelqu'un à câliner pendant quelques temps. Quoiqu'il en soit, à mon avis, ça va lui passer rapidement. Enfin, peu importe. J'ai rendu les armes, acheva-t-il avec un sourire navré. Je vais en profiter le temps que ça dure. On n'a qu'à dire que ce sera mon sursis.
- Ne sois pas idiot, gronda Petra en s'éloignant de lui. Eren t'adore.
- Ça ne change rien à ce que je viens de dire. Il existe des dizaines de façons d'aimer quelqu'un. Je ne suis pas certain qu'Eren ait la maturité nécessaire pour toutes les différencier. »
Erwin, pour sa part, ne dit pas un mot et se contenta de l'observer, songeur. Semblant réfléchir, semblant calculer. Comme toujours. Par moments, Levi se disait qu'il aurait donné cher pour savoir ce que son ami avait dans la tête.
XXX
Le lendemain matin, le réveil fut atrocement douloureux pour tout le monde.
« - Ce n'est pas humain de réveiller quelqu'un au bout de cinq heures de sommeil ! gémit Eren lorsque l'alarme de son portable sonna, tandis qu'Armin bâillait à s'en décrocher la mâchoire.
Le petit blond fut le premier à trouver le courage de s'extirper d'entre ses draps. S'étirant de tout son long, il saisit son téléphone et envoya quelques rapides messages avant de s'approcher du bureau pour consulter le programme. Au bout de quelques secondes, il poussa une exclamation et fit volteface pour se précipiter sur son ami, toute trace de sommeil disparue de son visage.
- C'est ce matin qu'on va voir Montmartre !
Grimpant sur le lit d'Eren, il se mit à lui sauter impitoyablement dessus.
- Dépêche-toi, vite ! Si on n'arrive pas assez tôt, ce sera bourré de touristes et ça n'aura plus aucun intérêt !
- Euh… Mais on est des touristes, non ? En plus, on sera bien une quarantaine de personnes…
Armin se stoppa un instant, l'air songeur. Puis il recommença à rebondir de plus belle.
- Mais je ne veux pas être un touriste qui arrive à l'heure des touristes ! Je veux être un touriste qui ne se comporte pas comme un touriste !
- Ça y est, j'ai mal au crâne. »
Lorsque tous les élèves de Trost furent réveillés et réunis dans la salle du réfectoire, le petit-déjeuner leur fut servi. Nulle trace des élèves français qui avaient encore une bonne heure de sommeil devant eux. Hanji, assise à côté de Mikasa, contemplait avec suspicion le morceau de pain recouvert de confiture que la brune était en train de manger.
- C'est un peu bizarre, tout de même. C'est vraiment ça qu'ils mangent tous les matins ?
- Tu n'as même pas essayé.
- Je n'en ai pas très envie. Ça me rappelle ce qu'on peut parfois trouver à l'intérieur des intestins d'un crapaud-buffle quand on dissèque son... »
La vague d'exclamations dégoûtées qui s'éleva de la tablée la dissuada de finir sa phrase.
De l'autre côté de Mikasa, Eren guettait l'arrivée de Levi et de Petra, chargés de faire l'appel. D'une main, il envoyait distraitement un message à Jean pour lui assurer qu'Armin s'amusait et semblait de bonne humeur. Lorsqu'il releva la tête, il aperçut les deux Alpha rentrer dans la salle et se diriger dans leur direction. Levi fut stoppé dans son élan par Erwin qui l'interpella pour lui montrer les documents qu'il transportait. Pendant ce temps, Petra vint s'asseoir face à Mikasa.
« - Bonjour, tout le monde ! s'exclama-t-elle d'un ton joyeux en saisissant une carafe d'eau fumante et un sachet de thé. Tout le monde est prêt ? Surtout, couvrez-vous bien ! Nous nous rendons sur le point culminant de Paris, il risque de faire assez froid !
- Pourquoi a-t-il fallu qu'on se lève si tôt ? la questionna Connie, assis à côté d'elle. Tout sera fermé à cette heure-ci, non ?
- La butte de Montmartre ne se limite pas à la visite de la basilique ou d'un musée. C'est un quartier avec une âme et une histoire. Les artistes de rue, les odeurs, les sons et les musiques… Tout commence dès le lever du jour. S'y rendre tôt est le meilleur moyen de saisir cette ambiance avant qu'elle ne soit altérée par la foule et les activités touristiques. Enfin, tu verras tout ça de tes propres yeux. De toute façon, la basilique est un site religieux. Elle est ouverte au public dès six heures du matin.
Tandis que Petra continuait de discuter avec Connie, Eren sentit une présence dans son dos et tourna la tête pour tomber nez à nez avec Levi qui s'asseyait à côté de lui. Le brun ne lui prêta pas attention, toujours plongé dans sa conversation avec Erwin qui s'était placé à sa gauche. Les deux jeunes hommes s'entretenaient au-dessus de ce qui semblait être une carte du métro parisien. Eren décida de ne pas s'en mêler et se contenta de caresser furtivement la main droite de Levi, qui lui retourna instinctivement l'affection.
Les premiers rayons de soleil commençaient à filtrer une lumière froide à travers les baies vitrées du réfectoire, et les rumeurs des conversations augmentaient au fur et à mesure que les élèves s'extirpaient des dernières vapeurs de sommeil. En scrutant l'assistance, le jeune allemand aperçut Annie, qui prenait son petit-déjeuner seule au bout de l'une des tables. Un peu plus loin, Franz et Hannah se dévoraient mutuellement des yeux, assis en tête à tête, tandis que leurs tasses de café respectives refroidissaient. Juste en face de lui, Sasha tentait de détourner l'attention de Connie pour lui dérober ses madeleines.
Soudain, du coin de l'œil, Eren entrevit Christa arriver discrètement dans le dos de Petra pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille. En tendant subrepticement l'oreille, le jeune homme parvint à saisir des bribes de ce qu'elle lui disait.
- Pardonne-moi de te déranger si tôt, Petra. Mais je suis très inquiète. Ymir est sensée dormir dans la même chambre que moi mais… hier soir, j'ai eu beau l'attendre jusqu'à deux heures du matin, elle n'est jamais venue. Je ne sais pas où elle a dormi et je ne la vois nulle part ce matin… »
La rouquine sembla réfléchir quelques secondes à la meilleure façon de procéder, puis se leva de table et s'éloigna, Christa sur ses talons. Eren les suivit des yeux, jusqu'au moment où il sentit une main caresser son bras et un souffle sur sa joue. Se retournant, il se retrouva face à Levi qui avait visiblement terminé sa conversation avec Erwin et le regardait à présent, un demi-sourire aux lèvres et les nuances ébène de ses yeux illuminées par les rayons matinaux. Pour la première fois depuis leur réconciliation, Eren resta muet devant son ami, incapable de trouver ses mots ou de nommer ses émotions.
Son interlocuteur releva un sourcil, amusé. Autour d'eux, les gens ne semblaient pas leur prêter attention, à la vague exception de Mikasa qui leur jetait de temps à autre un furtif coup d'œil aiguisé. Armin, lui, avait le nez plongé dans son guide touristique.
« - Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es devenu timide pendant la nuit, Jaeger ? lui glissa le petit brun en se servant une tasse de thé fumante.
Cachée derrière cette anodine taquinerie, Eren perçut sans difficulté la muette interrogation, la question inquiète que Levi lui posait. Il réalisa que son compagnon était aussi intimidé et appréhensif que lui au regard de ce grand changement dans leur vie. Il musela son embarras et les mots devinrent plus faciles à trouver.
- Non, il n'y a pas de raison, dit-il en saisissant une pomme dans la corbeille de fruit de la tablée. Tu es toujours le même crétin qu'avant.
Il attendit que Levi poussât un léger gloussement, et décida de faire changer la timidité de camp.
- Sauf que maintenant, je peux faire ça.
Lorsque Levi releva des yeux intrigués vers lui, Eren lui saisit le menton pour l'embrasser à la vue et au su de tous les élèves présents.
- Comme ça, tu te tais. »
Finis, les airs assurés et les piques moqueuses. La pudeur naturelle et l'humilité sentimentale du jeune homme transformèrent la terreur des Alphas en une petite chose mortifiée que ses sentiments soient ainsi exposés à la vue de tous ; Levi était à présent aussi écarlate que la confiture de cerises qu'il avait commencé à étaler sur un morceau de pain.
Face à eux, Sasha manqua de recracher son jus d'orange sur Connie.
XXX
Tandis que le métro conduisait le groupe à travers la ville jusqu'à la butte de Montmartre, la plupart des élèves profitaient de la longueur du trajet pour somnoler quelques minutes supplémentaires. Armin continuait de lire son livre, debout au milieu de la rame. Mikasa, accrochée à la rampe verticale, semblait absorbée par les autres passagers du métro et rattrapait machinalement le petit blond dès que les brusques arrêts du train menaçaient de lui faire perdre l'équilibre. Eren, assis entre Petra et Levi, dodelinait de la tête, à moitié endormi et emmitouflé dans son manteau kaki. Du coin de l'œil, il observait distraitement son entourage. Ses yeux se posèrent successivement sur Marco, qui avait le regard vague et des écouteurs enfoncés dans les oreilles, Sasha, qui rirait aux éclats sur les genoux de Connie, et Hanji, qui grattait à l'aide d'une pince à épiler quelque immonde substance qu'elle avait trouvée sous son siège. Plus loin, il repéra Christa, assise à côté de Reiner, qui la dévorait des yeux.
Il avait finalement obtenu le fin mot de l'histoire de la mystérieuse disparition d'Ymir, juste avant de quitter l'internat. Il s'était avéré que la grande rousse avant passé la nuit dans la chambre de Reiner et de Berthold, à l'insu de tous et bien évidemment des professeurs. Si Eren devinait naturellement la raison qui l'avait poussée à fuir sa chambre commune avec Christa, il ne pouvait en revanche s'empêcher de souligner une incohérence dans le comportement de la jeune femme. En effet, pourquoi diable Ymir était-elle allée dormir – de son plein gré et au risque d'être punie, de surcroît – en compagnie de Reiner, le garçon qui lui avait, pour ainsi dire, officieusement « volé » Christa ?
Dans un premier temps, Eren avait été très intrigué par cette étrangeté, mais s'était très rapidement laissé distraire par l'objet de ses propres amours, qui, assis à côté de lui, semblait bouder tel un enfant, toujours vexé par la plaisanterie qu'il lui avait faite lors de petit-déjeuner. Amusé, le jeune allemand gloussa avant d'enfouir son visage dans le cou de son compagnon.
« - As-tu envoyé ne serait-ce qu'un seul message à Kenny depuis que nous sommes partis ? lui demanda-t-il, la voix étouffée par sa position.
- Non.
- Fais-le, Levi… c'est important.
- Tu aurais tort de croire que Kenny attend un message de moi.
- Non, c'est toi qui as tort de croire que –
Lorsque Levi tourna la tête pour voir ce qui avait interrompu Eren, il le trouva figé dans une posture alerte et suivit son regard pour finalement poser les yeux sur Annie. La froide blonde avait abordé Armin et discutait à présent avec lui. Elle se tenait plus près que ne l'aurait fait une simple amie, mais pas suffisamment pour attirer les soupçons de l'assistance. De temps en temps, la main de la jeune fille, qui se balançait entre eux, venait frôler celle de son interlocuteur. Les dents d'Eren grinçaient au même rythme.
- Ça suffit, souffla Levi contre la jugulaire d'Eren, qui, à sa grande satisfaction, frissonna de tout son long. Laisse-les tranquille. De quoi as-tu peur ? Même s'il s'avère qu'elle lui fait ouvertement du charme, imagines-tu un seul instant qu'Armin va quitter Jean pour aller avec elle ? »
Pour éviter d'avoir à donner raison à son petit ami (Petit ami. Le mot sonnait encore si étrangement…), car sa réflexion tombait sous le sens, il se contenta de lui mordre l'oreille.
Par la force des choses, ils finirent par atteindre la butte de Montmartre. Les rayons du soleil commençaient à peine à éclairer la colline et pourtant, Eren fut surpris du nombre de personnes qui arpentaient déjà les rues. Les habitants se mêlaient aux touristes, créant un fond sonore complexe au milieu duquel se distinguaient des dizaines de langues différentes, noyées parmi les bruits domestiques des commerçants qui ouvraient leurs boutiques ou des artistes qui installaient leurs ateliers éphémères. Ils étaient partout, ces dessinateurs de la rue, au bord des rues, sous les halles, aux terrasses des cafés et hélaient chaque personne qui passait. La période de Noël approchant, l'endroit se voyait encombré du marché de Noël et de ses multitudes de stands et d'échoppes débordantes de babioles et de décorations, dans une atmosphère engourdie par les effluves de vin chaud et de sucreries.
Les élèves se dispersèrent dans toutes les directions, au gré de leurs envies, et Eren tenta de repérer ses amis. Armin avait déjà disparu. Le jeune allemand se souvenait vaguement de l'avoir entendu parler d'une certaine Place du Tertre. Quant à Mikasa, Connie et Sasha l'entrainaient déjà vers le stand d'un dessinateur spécialisé dans les caricatures. Il décida donc d'accompagner Petra, qui souhaitait admirer la fameuse Basilique du Sacré Cœur.
« - Levi et Erwin y sont déjà, lui expliqua-t-elle tandis qu'ils se rapprochaient de l'immense édifice. Erwin est chrétien, tu sais. Il aime se recueillir régulièrement.
Eren se contenta de hocher la tête, ne sachant quoi répondre. Sa propre famille était athée, et ne fêtait les dates religieuses que par mimétisme social et habitudes culturelles.
Silencieusement, il observa son amie. Dans l'air matinal, ses joues rosies rehaussaient son teint et sa bouche rouge exhalait de la buée au rythme de son souffle. Emmitouflée dans son épaisse veste crème, elle marchait aux côtés d'Eren de son allure à la fois distinguée et sereine. A ses yeux, les anges qui peuplaient les fresques religieuses de la basilique ne lui arrivaient pas à la cheville. Toutefois, le jeune homme la trouva légèrement amaigrie et nota les soupçons de cernes sous ses yeux.
Remarquant son inspection, la jeune fille tourna la tête vers lui et le contempla, le sourire aux lèvres.
- Nous n'avons pas trop eu l'occasion de discuter depuis que nous sommes arrivés à Paris, toi et moi. Tu as été assez… occupé, n'est-ce pas, Eren ?
Elle rit de bon cœur en le voyant rougir et lui frotta le bras.
- Je suis heureuse, tu sais. Pour vous, je veux dire. Ça me semblait si naturel, j'ai l'impression que le monde commence enfin à tourner à l'endroit. Levi est heureux aussi, ivre de joie. Trop, même, selon lui. Ça l'effraie mais je sais qu'il ne voudrait faire marche arrière pour rien au monde.
Elle prit le temps d'observer son expression, ses pommettes colorées et son sourire timide, avant de continuer.
- Il reste tout de même Levi, avec son caractère et ses… fantômes. Désormais, tu risques de te retrouver dans des situations que tu n'avais pas encore connues, en tout cas pas sous cet angle-là. Je veux que tu saches que si un jour quelque chose ne va pas ou que tu te sens dépassé par les évènements, peu importe ce dont il s'agit, je serai là pour toi. Il te suffira de venir me parler.
- Merci, Petra, répondit le jeune homme d'un ton solennel qui ne lui était pas familier.
Tandis qu'ils atteignaient un croisement de rue, la jeune fille le tira par la manche et ils empruntèrent la voie à leur droite. Soudain, Petra se stoppa et le regarda dans les yeux.
- Tu fais officiellement partie de notre famille, maintenant. Même si, à mes yeux, c'était le cas depuis le début.
Lorsqu'elle le serra dans ses bras, il répondit à son étreinte aussi fort qu'il put. Au risque de l'étouffer, au risque de lui faire mal. Il n'y aurait pas eu de mots assez forts pour exprimer son affection et sa reconnaissance et seule cette de poigne de fer lui semblait s'en rapprocher suffisamment.
- C'est grâce à toi, Petra, reprit-il lorsqu'ils recommencèrent à marcher. Sans toi, j'aurais perdu espoir depuis longtemps.
Petra éclata de rire, alarmant un marchand qui disposait ses étalages de souvenirs devant la vitrine de sa boutique.
- Je sais ! J'ai assuré le soutien psychologique des troupes ! Sans moi, vous seriez encore en train de dépérir dans vos coins ! Ah ! Tous mes efforts n'ont pas été vains. Mais ça n'a pas été facile, alors ce ne sera pas gratuit. En guise de paiement, je veux être le témoin de Levi à l'occasion de votre mariage. Si, si ! poursuivit-elle lorsque son ami commença à protester, mortifié. Hors de question que je cède ce privilège à Erwin.
A l'entente de ce nom, le jeune homme tiqua.
- En parlant d'Erwin... Que pense-t-il de tout ça ? Je veux dire, Levi et moi. Je ne suis pas certain qu'il m'apprécie, tu sais. Il est toujours très cordial, ce n'est pas ça le problème. Mais parfois, je sens son regard sur moi, et il y a… quelque chose.
Petra sourit d'un air qui se voulait rassurant.
- Ne t'inquiète pas au sujet d'Erwin, Eren. Il est comme ça avec tout le monde. Il est analytique, c'est tout. Engage la conversation la prochaine fois qu'il fera ça et tu verras que tout se passera bien. »
Eren décida de se laisser convaincre par le ton assuré de la rouquine et décida d'ignorer la petite ride soucieuse qui venait d'apparaître sur le front de la jeune femme.
Lorsqu'ils arrivèrent devant le monument, ils le parcoururent de long en large, tentant d'en définir les courants et les éléments de construction, Petra s'amusant à tester les connaissances architecturales d'Eren. Alors qu'ils s'apprêtaient à entrer, Levi et Erwin en sortirent. Aussitôt, le petit brun entraîna son compagnon à l'écart.
« - Eloignons-nous. Petra adore l'architecture. C'est une passion, pour elle. Elle peut passer des heures devant la même façade d'un monument. Je comprendrais que tu ne partages pas ce centre d'intérêt.
Eren, qui jusque-là suivait docilement son ami, dégagea sa main de la sienne, sans pour autant cesser d'avancer. Il s'avança au niveau de Levi et posa sur lui un regard faussement empli de reproches.
- Pourquoi ? Tu penses que je suis stupide, c'est ça ?
- Bien sûr que non.
- Je crois que si. C'est toi-même qu'il l'a dit, non ? Je ne peux entrer dans un musée que « par erreur ».
Lui qui espérait taquiner Levi déchanta bien vite en le voyant pâlir à vue d'œil au souvenir de cette sombre histoire.
- Je plaisantais, chuchota-t-il. N'en parlons plus.
Alors que son homologue ouvrait la bouche pour répondre, Eren décida de détourner son attention. Brusquement, il l'attrapa par le bras et le tira vers la droite.
- Viens, je veux voir le cimetière.
- Il fermé au public. Il n'ouvre que le jour de la fête des morts.
- Quel dommage, soupira le jeune allemand, déçu. Je voulais vraiment le voir. Une princesse est enterrée là-bas.
- Tu vois, répondit doucement Levi. C'est une chose que je ne savais pas, alors que je suis né ici. Finalement, le plus bête de nous deux, c'est bien moi. »
Aux anges, Eren prit son visage entre ses mains pour l'embrasser.
XXX
Le reste de la journée suivit son cours, dans cette même nouvelle atmosphère feutrée, emplie d'espoirs et d'émotions étourdissantes. Après avoir exploré la butte de Montmartre, le groupe fit ses adieux au quartier du Moulin Rouge pour rejoindre le musée d'Orsay. Au fur et à mesure que la journée s'écoulait, Eren jonglait entre la compagnie de Petra, celle d'Armin et de Mikasa et celle de leurs amis mais finissait invariablement par revenir vers Levi. A la fin de l'après-midi, lorsque le moment arriva de retourner à l'internat, plus personne n'ignorait la nouvelle nature de leur relation. A leur grand embarras – en particulier celui de Levi, qui avait une réputation à tenir – mais aussi à leur grand amusement, leur idylle donna matière à mille ragots et à une vague d'hystérie. Des rumeurs commencèrent à courir, affirmant pour certaines que leur histoire durait depuis plusieurs mois déjà et que leurs déboires passés n'avaient servi que de couverture. D'autres chuchotaient qu'ils étaient déjà fiancés, d'autres encore affirmaient qu'il s'agissait d'une simple plaisanterie qui serait démentie à la fin du voyage. Cependant, en fin de compte, l'extrême majorité s'extasiait sur le « romantisme » de leur couple et de leur histoire, un adjectif qui laissait Eren agréablement rêveur, quoique confus.
« - C'est la mince frontière entre la haine et l'amour qui a été franchie, lui expliqua Armin lorsqu'il le questionna, le soir venu. Le genre de truc qui fait rêver, tu vois.
- Euh… ouais ? »
Le dîner était terminé et Eren s'apprêtait à prendre sa douche mais avant cela, il souhaitait attendre le retour de sa sœur, disparue depuis une dizaine de minutes sans rien dire à personne. Il avait une vague idée de ce qu'elle était partie faire et cela était loin de le rassurer.
En effet, lorsque, plus tard, la porte de la chambre s'ouvrit et que Mikasa se glissa silencieusement dans la pièce, il n'eut pas besoin de prononcer le moindre mot pour savoir qu'un grand changement venait de se produire. Il était inscrit dans l'air, dans les yeux brillants de sa sœur et son air rêveur, presque détendu, une expression si rare sur son beau visage. Elle vint s'asseoir à côté d'Eren et fixa un point devant elle, songeuse.
« - Alors ? souffla-t-il.
Sans même bouger ou tourner les yeux vers lui, elle répondit :
- Alors, il a fait ses preuves. »
Il savait qu'il n'en saurait pas plus et ne chercha même pas à insister. Mikasa, partie mettre Levi à l'épreuve de son jugement et de son instinct de protection, était revenue avec un secret.
XXX
Il était plus de vingt heures lorsque Levi reçut un message de Petra l'invitant à la rejoindre dans la salle commune. La sonnerie le fit sursauter, le tirant de sa rêverie, et il réalisa qu'il avait passé plus de quinze minutes à admirer le plafond, allongé sur son lit trop dur, l'esprit embrumé d'émotions. Le jeune homme se redressa sur ses coudes et jeta un œil à Erwin, qui, assis au bureau, lisait attentivement les prospectus qu'il avait récoltés au fur et à mesure de la journée écoulée.
Levi se redressa, enfila un sweatshirt, et après avoir informé le grand blond de sa destination, sortit dans le couloir pour rejoindre son amie. Partant vers la droite, il descendit les escaliers pour rejoindre le rez-de-chaussée.
Il s'agissait de la seconde nuit qu'ils passaient dans l'établissement, aussi parvint-il à trouver aisément son chemin. Comme prévu, ils logeaient dans l'internat d'un lycée situé près du centre-ville. Les locaux étaient un peu austères et la présence des élèves français agaçante, mais il devait reconnaître que c'était là la dernière de ses préoccupations. Ses pensées étaient constamment sollicitées ailleurs, jonglant être la joie d'être ici, les réflexions stratégiques liées au concours, s'aventurant comme elles l'avaient toujours fait dans zones plus sombres, mais revenant inexorablement vers ce qui était devenu leur centre de gravité : Eren. Levi devait le reconnaître, il ne faisait rien pour les en empêcher. Pourquoi l'aurait-il fait ? Penser au jeune allemand avait été une telle torture durant les derniers mois écoulés et était à présent si enivrant et si naturel que cela l'effrayait presque. Sa vie, depuis le début du voyage, était devenue plus belle qu'elle ne l'avait jamais été en quasiment dix-sept ans. Pourtant, Levi restait sur ses gardes. Malgré le regard épris dont Eren le couvait désormais en permanence, malgré chacun des gestes de tendresse dont il le gratifiait et dont lui-même mettait un point d'honneur à profiter, jusqu'au moindre baiser, jusqu'au moindre effleurement du bout des doigts, il n'arrivait pas à complètement y croire.
C'était une chance inouïe, un cadeau du destin d'aimer une personne, la personne, et d'être aimé d'elle en retour. Mais Levi ne croyait pas au destin et surtout, Levi n'avait jamais eu de chance. Il avait la désagréable impression que tout ceci ne durerait guère, comme s'il ne s'agissait que d'une erreur qui eut été faite en sa faveur et qui serait rapidement rectifiée. Alors il en profitait, timidement, avec humilité et discrétion, comme un étudiant rase les murs en se réjouissant lorsque le propriétaire de son studio oublie de lui réclamer le loyer.
Le jeune homme secoua la tête pour couper court au chemin que prenaient ses réflexions. Il ne devait pas y penser. Il ne voulait pas y penser.
En passant dans le hall d'entrée, il surprit Reiner et Christa assis seuls sur un banc, légèrement dissimulés par l'obscurité. Si le rugbyman blond n'avait d'yeux que pour sa compagne, celle-ci, sans paraître réellement mal à l'aise, lui sembla plutôt… ennuyée. Il passa rapidement devant eux sans leur accorder plus d'attention. Les déboires amoureux de la classe B ne le concernaient pas.
Lorsqu'il arriva devant la porte de la salle commune, il l'entrouvrit silencieusement et jeta un coup d'œil à l'intérieur. La salle, un grand espace chaleureux, était peuplée de groupuscules d'adolescents dispersés à ses quatre coins. La plupart était des élèves de l'institut de Trost, mais en examinant la scène, le jeune homme remarqua également plusieurs groupes de résidents de l'internat, des étudiants français qui observaient les étrangers avec une curiosité déguisée en nonchalance. Il finit par repérer Petra et Hanji, assises à l'angle d'une table. Pénétrant dans la pièce, il passa devant un groupe de garçons de la classe B qui jouaient aux cartes et s'approcha de ses amies.
Les deux comparses, assises côte à côte, étaient toutes les deux absorbées par l'ordinateur portable qui trônait en face d'elles, au milieu des emballages de bonbons et des bouteilles de soda. Lorsqu'elle le vit arriver, Hanji se leva brusquement en rejetant sa chaise en arrière.
« - Halte-là ! s'écria-t-elle, faisant sursauter les français qui occupaient la table voisine et qui la regardèrent farouchement. Ne t'approche pas plus. Tu pues le bonheur et la niaiserie, c'est peut-être contagieux.
- Mets-là en veilleuse, répliqua Levi entre ses dents serrées, embarrassé. Inutile de nous faire remarquer davantage qu'on ne l'est déjà avec ta dégaine. Tout le monde a compris que tu es folle, inutile d'en rajouter.
La jeune fille, vêtue en tout et pour tout d'un large t-shirt d'un violet vif sur lequel on pouvait lire « I woke up like this » en lettres vertes et qui peinait à descendre jusqu'à la mi-hauteur de ses cuisses, le regarda comme s'il avait proféré une absurdité. Elle haussa les épaules et se rassit, croisant ses jambes affublées de chaussettes orange. A côté d'elle, Petra s'esclaffa.
- Eren n'est pas avec toi ? s'enquit-elle.
- Il prend sa douche, se contenta-t-il de répondre. Que faites-vous ?
- Mon appareil photo est plein, je dois le vider sur mon ordinateur.
- Déjà ?
- On a fait beaucoup de choses, se justifia la rouquine. Regarde, ce sont celles d'aujourd'hui.
Elle tapota la chaise vide à sa droite, et il vint s'y asseoir, face au petit ordinateur portable qu'elle avait apporté.
Petra était visiblement en train de passer en revue les photographies qu'elle avait prises au musée d'Orsay, qu'ils avaient visité plus tôt dans la journée, ainsi que des galeries Lafayette. En faisant défiler le panorama, il se rendit vite compte qu'elle avait pris beaucoup plus de clichés de ses amis que des lieux qu'ils avaient découverts. La jeune fille fit rapidement défiler les images, sur lesquelles il eut à peine le temps d'apercevoir Erwin, Auruo et le reste de leur groupe, mais aussi Eren, Mikasa, Armin et leurs amis de la classe B.
- C'était une bonne journée, commenta Petra en contemplant l'écran. Oh ! s'esclaffa-t-elle, regarde celle-ci !
Le cliché mettait en scène Eren, assis dans une position lascive aux pieds de l'une des statues qui se dressaient devant le musée d'Orsay. Il laissa un sourire attendri étirer ses lèvres. En revanche, la photo suivante le fit rougir jusqu'aux oreilles. Elle le mettait en scène devant les vitrines illuminées des galeries Lafayette, en train d'embrasser Eren, un peu à l'écart du reste du groupe. Ecarlate, il se hâta de faire défiler le cliché suivant.
- J'ai dû prendre cette photo-là en cachette, avoua Petra. Les appareils n'étaient pas autorisés, là-bas.
- Tu as bien fait, répondit distraitement Levi, les yeux rivés sur l'image.
Il s'agissait d'un portrait d'Eren, pris de profil dans l'une des galeries du musée d'Orsay. Le jeune allemand contemplait un tableau - Les Raboteurs de parquet de Gustave Caillebotte, si la mémoire de Levi était bonne – l'air ébloui par la peinture. Il avait effectivement passé un long moment dans cette partie du musée, obnubilé par les techniques impressionnistes. Comment c'est possible ? avait-il demandé à son petit ami. On dirait une photo. Cette partie des galeries se situait dans les étages, et la lumière qui filtrait à travers les grandes baies vitrées venait donner une teinte ambrée à ses cheveux et illuminer le vert de ses yeux.
- Tu me passeras celle-là ? demanda-t-il à Petra.
- Bien sûr.
Lorsque le cliché changea de nouveau, un gros plan d'Auruo apparut à l'écran. Ecarlate, la jolie rousse referma brusquement l'ordinateur.
- Le reste est une surprise, s'exclama-t-elle, mortifiée. C'est nul, si vous les voyez toutes avant la fin du voyage !
Lorsqu'elle croisa les regards sceptiques de ses compagnons, elle baissa la tête.
- C'est donc vrai, ce qu'on dit, commenta Hanji, en pianotant sur le clavier de son téléphone. Les cordonniers sont les plus mal chaussés.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler ! » S'offusqua son amie, en lissant nerveusement le haut de son pyjama en satin beige.
Avec force stratégies de détournement, la rouquine parvint à rediriger la conversation vers des sujets moins épineux. Ils discutèrent vaguement du programme qui les attendait le lendemain et des éléments sur lesquels il serait judicieux de se concentrer par rapport à la thématique du concours. Ensuite, lorsque Levi eu le malheur d'évoquer le tête-à-tête qu'il avait interrompu entre Reiner et Christa, les deux jeunes filles le harcelèrent durant plusieurs minutes, avides de détails. La discussion revint cependant rapidement sérieuse tandis que Petra leur parlait du comportement d'Annie Leonhardt, que Levi lui avait demandé de surveiller durant le voyage. Comme il s'y attendait, elle les informa que la blonde hostile n'avait en rien changé d'attitude et que rien dans ses agissements ne justifiait de la soupçonner de quoi que ce fut. Elle savait par Mina Carolina qu'Annie se couchait et se levait en même temps que tout le monde, téléphonait chaque soir à sa mère pour lui parler du voyage et continuait de fréquenter occasionnellement Reiner et Berthold comme elle l'avait toujours fait.
Soudain, tandis que la conversation dérivait peu à peu vers le sujet ardent de l'agression de Jean, Hanji, qui était silencieuse depuis plusieurs minutes, les yeux fixés sur un point lointain, se leva brutalement en affirmant avoir repéré un élève français en train de regarder un film du réalisateur Pier Paolo Pasolini.
« - Et alors ? demanda Levi, confus.
- « Et alors » ? Tu te fiches de moi ?! vociféra la brune en bondissant d'indignation. Tout le monde sait que le seul grand maître du cinéma gore est Herschell Lewis ! Pasolini n'est qu'un amateur qui récolte tout le mérite et dont les films ne servent qu'à dégoûter les pré-ados téméraires ! Excusez-moi, le devoir m'appelle.
Sur ces mots, elle tourna les talons et se dirigea à grands pas vers l'individu en question.
- Elle va le terroriser, commenta Petra.
- Bon débarras.
Profitant de ce moment de calme et d'intimité avec son amie de toujours, Levi se risqua à aborder le sujet qui le préoccupait depuis déjà plusieurs heures.
- Eren m'a dit qu'il ne te trouvait pas très en forme. Que quelque chose semblait te tracasser.
Petra ne répondit pas tout de suite, semblant chercher ses mots. Le regard vague, elle observa Hanji faire fuir de la salle le pauvre garçon amateur de films du fameux Pasolini. Mais au moment où elle allait lui répondre, Eren entra en trombe dans la salle, les cheveux mouillés et vêtu d'un pantalon de jogging. Il se dirigea droit sur eux, et sans préambule, déclara :
- Armin vient de recevoir un message. Ils ont retrouvé l'agresseur de Jean.
Tous deux hoquetèrent de surprise, leur propre conversation complètement oubliée.
- C'est une merveilleuse nouvelle ! s'exclama Petra. Tout le monde va pouvoir être rassuré. J'espère que sa punition sera sans pitié !
- Ce ne sera pas nécessaire de le punir. Il est mort. »
XXX
Voilà voilà, petit questionnaire :
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre en général ? De la relation entre Levi et Eren ? De Mikasa et Armin ? Que pensez-vous de cette histoire avec Christa et surtout Ymir ? Et Annie ? Avez-vous une idée du secret de Mikasa ? Pour les éventuels Parisiens qui lisent, ai-je massacré Montmartre ou ça va ? Et que pensez-vous du dénouement de ce chapitre ?
Question bonus : avez-vous envie de tuer l'auteur pour ses perpétuels retards et irrégularités ?
Je vous adore tous et vous êtes géniaux, à trèèèèèès bientôt je l'espère.
