Aux lecteursde«ilyaundébutàtout», je sais que cela fait très longtemps que je n'ai pas publié mais, s'il vous plait, attendez encore un peu, ça finira par venir, promis !
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Wouhouuuuu ! on dirait que je reprends un bon rythme, hein ? ouais, bon, on s'habitue pas, s'il vous plait !
Au fait, pour le chapitre13, je les remplacé corrigé il n'y a pas longtemps, je fais toujours des fautes, mais là c'était le pompon, ça a dû vraiment être désagréable pour vous de lire ça, je m'en excuse bien bas ! (non, je n'ai malheureusement pas corrigé les chapitres précédents, mais ça viendra ;-))
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Chapitre 14 : Premier pas
- Il n'est vraiment pas venu…
James poussa un soupir et releva la tête de ses devoirs pour regarder son meilleur ami en train de broyer du noir. Il était dix heures et demi, un samedi, et Remus Lupin n'était pas apparu au cours de neuf heures – pas plus qu'à ceux du vendredi d'ailleurs.
- Je pense pas que l'autre ahuri serait venu jusqu'au snack pour nous mentir, remarqua James, il doit sûrement aller b…
Sirius venait de lever un visage effrayant et son ami grimaça, le manque de sommeil ne lui allait vraiment pas, l'ex gravure de mode aurait remporté haut la main un casting pour un film de zombies avec, comme appréciation, "économie de maquillage".
- C'est encore pire si tu essaies de me rassurer en prenant la serpillière mal brossée pour argument, grogna-t-il. Raaaaah !
Il se redressa sur sa chaise en frottant vivement ses cheveux.
- Je ne peux même pas le contacter ! Pourquoi n'a-t-il jamais voulu qu'on échange nos numéros, hein ? Si cette vieille bique n'avait pas été là, j'aurai pu l'appeler !
- C'était évident que tu ne pourrais pas accéder à son dossier pour avoir son numéro, souffla James. Même sans McGonagall, tu ne sais même pas crocheter une serrure.
- J'aurai brisé la vitre ! Une expulsion contre un moyen d'avoir de ses nouvelles ? Je suis preneur !
- Mais oui, mais oui, soupira le jeune Potter. Tu veux bien te calmer ? J'aime bien être le centre d'attention, mais pas vraiment dans ces circonstances.
Avec un sifflement de rage, Sirius laissa retomber sa tête sur la table de la cafétéria en reprenant son air morose.
- On se sort ce soir, et ensuite tu n'auras qu'à attendre un jour pour le retrouver, il sera sans doute présent lundi.
- Elle doit savoir ! s'exclama Sirius en se levant brusquement. Lily Evans, elle doit être au courant de…
- Elle ne sait pas.
- Hein ?
- Elle ne sait pas ce qu'il se passe, je l'ai appelée hier soir mais elle n'était pas au courant. Je m'en veux de l'avoir inquié…
- Comment ça se fait que tu as son numéro ? s'étonna son ami.
- Et bien… euh… Comme tu dis, Remus ne donne pas le sien, même pas à elle, alors je… je lui ai proposé qu'on s'échange les nôtres pour la tenir au courant, au cas où…
Sirius le fixait d'un air abasourdi et James baissa la tête, gêné.
- T'es vraiment du genre à savoir tirer parti d'une situation…
- Mais ce n'était pas un mensonge ! se défendit James. J'ai même promis de ne jamais l'appeler pour autre chose que ce qui le concernait, et je tiens ma promesse !
- Tu réfléchis vraiment bizarrement, à quoi peut bien te servir d'avoir son numéro dans ce cas ? soupira-t-il en reprenant place.
- Si je me rappelle bien, lorsque Remus a refusé de te donner le sien, tu as dit que tu ne l'utiliserais jamais qu'en cas d'extrême urgence…
- Admettons que je n'ai rien dit. J'en ai marre d'attendre comme ça ! Je m'en vais !
- Et le cours de physique ?
- Je sèche !
Le garçon se rendit dans le parc, jusque dans un coin assez reculé. Il s'assura que personne ne pouvait le voir et escalada le grillage pour sortir. Cette attente lui était insupportable et il n'y avait qu'une seule façon pour lui d'avoir des réponses. Il chaussa ses rollers et prit la direction de l'immeuble de Remus.
En discutant avec le pion qui était venu chercher leur ami, James et Sirius avaient appris que Remus avait quitté le lycée avec un homme dont la description ne correspondait pas à celle de son père, mais pour qu'il soit ainsi laissé à sa charge, les deux comparses en avaient déduit qu'il devait être un membre de sa famille. Maigre information néanmoins, elle ne les aidait pas plus que le fait de savoir que le père de Remus avait fourni une excuse à l'absentéisme de son fils, dans la mesure où ils ignoraient la cause donnée.
Et puis pourquoi diable cela devait-il arriver lorsqu'il venait de reconnaître ses sentiments ? Selon ses plans, il aurait dû multiplier les approches et l'inviter à sortir ce week-end pour lui déclarer sa flamme. Ils auraient dû échanger leur premier baiser dans l'après-midi et roucouleraient tranquillement au lycée le lundi suivant, voilà ce qui aurait dû se passer !
Bon, peut-être pas en fait, en admettant que Remus ait répondu à ses sentiments, ils n'auraient jamais pu s'afficher au lycée, mais quelle qu'ait été sa réponse, cela aurait marqué un tournant, à savoir en cas de rejet, l'annonce d'un harcèlement officiel : il lui ferait la cour jusqu'à ce qu'il cède, foi de Sirius Black !
De toute manière, tout cela n'était pas près d'arriver, Sirius avait un très mauvais pressentiment au sujet de cette affaire d'absentéisme. En fait, il aurait peut-être été moins inquiet sans l'intervention de Severus. Celui-ci n'avait pas cours le jour où Remus avait été appelé par la directrice,donc s'il savait de quoi il retournait, c'était que le jeune Lupin s'était rendu chez lui après sa rencontre avec l'homme inconnu, or Sirius savait que Rogue était un confident pour Remus – il ne risquait pas d'oublier cela vu la jalousie qui l'avait envahie quand Remus le lui avait annoncé le plus naturellement du monde – donc s'il avait été le voir, c'est que quelque chose n'allait vraiment pas. CQFD et Sirius sentait sa frustration augmenter de plus en plus.
Si ce bâtard de Severus Rogue n'avait pas été là, nul doute que Remus aurait été plus proche de lui, mais il avait fallu qu'il s'incruste ! Quelqu'un, quelque part dans ce monde, devait vraiment lui en vouloir pour qu'on lui mette tant de bâtons dans les roues pour sa première véritable histoire d'amour.
Sirius ralentit un peu le mouvement. Amoureux… Tout comme James, il n'aurait pas cru que ça lui arrive si tôt, en fait il ne pensait même pas que cela lui arrive un jour. Il ne comprenait pas non plus comment il pouvait savoir qu'il s'agissait d'amour. Après tout il n'avait pas de référence et une définition encyclopédique ne suffisait pas à décrire tout ce qu'il ressentait. Pourtant il savait, c'était une idée qui s'était transformée en certitude au jour où il l'avait prononcée. Il n'y avait pas de raison, si Andromeda revenait avec ses stupides questions du « pourquoi ? », il serait autant incapable d'y répondre que la première fois, sauf que cette fois il lui dirait qu'il n'avait pas besoin de raison. Il aimait son regard, il aimait son physique, sa façon de se tenir, sa manière de parler, sa voix, comment il agissait, les mystères qui l'entouraient, il voulait le prendre dans ses bras et le serrer contre lui. Il pourrait se passer d'un baiser, mais, au moins une fois, il voulait l'étreindre contre son cœur, son corps savait que cela suffirait à le faire se sentir bien, cela exploserait son cœur, sans aucun doute, mais peu lui importait. Ses rires, ses larmes, sa tendresse, sa colère, il voulait tout recueillir dans le creux de ses mains pour les chérir encore et encore. Pourquoi ? Il ne le connaissait pas après tout. Peu importait ce pourquoi, à l'instant où Sirius avait compris ses sentiments, il avait abandonné derrière lui cette quête perpétuelle de sens innée et dérisoire de la nature humaine, peu importait ce qui y avait mené, il l'aimait et c'était la seule chose qui pouvait compter pour le moment.
Il ne pensait plus qu'à ça en montant les escaliers de l'immeuble, et même l'idée que Francis Lupin serait sûrement présent n'arrivait qu'à modérer légèrement son envie de se déclarer dès que la porte lui serait ouverte. Il marqua un temps d'hésitation sur le seuil puis pressa la sonnette, le cœur battant. Comme prévu, ce fut le père de Remus qui vint ouvrir, il ne dissimula pas sa surprise de voir Sirius.
- Bonjour, vous vous souvenez de moi ? Je suis un camarade de classe de Remus, je viens prendre des nouvelles.
Francis Lupin ne répondit pas immédiatement, il le fixa d'un air entre incompréhension et hébétude qui mit Sirius mal à l'aise. L'homme avait des cernes sous les yeux et ses vêtements froissés devaient dater de la veille. Il sembla remarquer que le lycéen notait sa tenue.
- Je suis rentré du boulot il y a une heure. D'ailleurs, tu ne devrais pas avoir cours ?
- Je m'inquiétais pour Remus, vu comme il est parti avant-hier. Je peux le voir ? demanda-t-il comme un nouveau silence s'installait.
- Non… Non, il n'est pas là, il est sorti avec Eline pour voir quelqu'un.
- Il va bien alors ?
- Oui, ce sont juste quelques affaires familiales qui ont valu son absence.
- Alors il va vraiment bien, répéta Sirius dans un murmure en souriant. Pardon pour le dérangement. Vous pourrez lui dire que je suis passé ?
- Pourquoi tant t'inquiéter ?
- Pardon ?
- Rien. Je lui transmettrai, bonne journée.
La porte se referma et Sirius resta un instant immobile, perplexe. C'était peut-être dû à l'affaire familiale dont il lui avait parlé mais l'homme ne lui avait pas du tout laissé la même impression que la dernière fois. Et puis il était normal qu'il s'inquiète en tant qu'ami, pourquoi avait-il eu l'air aussi surpris ?
Il s'apprêtait à repartir quand il avisa la porte du second appartement du palier, se demandant si le frère d'Olivier était là. Il finit par sonner et ce fut le même colocataire que la première fois qui lui ouvrit, David Guert, s'il se souvenait bien.
- Sirius ? Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'étais venu rendre visite à Remus mais il est absent, alors j'ai pensé venir passer le bonjour.
- C'est sympa ça, et ça me fera un peu de compagnie, Laurent et Fabien sont sortis.
- Ils sont ensemble ? demanda Sirius en entrant, se rappelant que la dernière fois aussi ces deux-là étaient revenus ensemble.
- Oh non ! Ils sont plus hétéro l'un que l'autre, Olivier ne t'a jamais parlé de toutes les conquêtes de Fabien ? rigola le jeune homme.
- Tu étais en train de travailler ?
Sirius venait de remarquer sur la table basse des partitions de musique remplies au crayon.
- T'en fais pas pour ça, j'allais faire une pause et il y a certains arrangements pour lesquels j'ai besoin de l'avis de Laurent, je ne peux pas vraiment avancer.
Il lui servit à boire et l'invita à s'asseoir.
- Alors ? Ça avance avec Remus ? s'enquit-il, un sourire en coin.
- Si seulement, soupira Sirius. Il y a eu certains événements qui m'ont ralenti, si je puis dire. Qu'est-ce que tu sais de la famille Lupin ?
- Pas grand-chose, tous les trois sont assez appréciés dans l'immeuble, ils sont aimables tout en étant discrets, en plus le père de Remus fait des réparations à moitié prix de temps à autres.
- C'est son métier ?
- J'en sais rien… J'ai pas la moindre idée de ce dans quoi il bosse, mais il n'a pas l'air d'avoir d'horaires fixes, je ne le croise pas souvent mais jamais aux mêmes heures. Il semble être un type bien, ça doit pas être facile pour un père seul d'élever ses enfants.
- Oui, il m'avait laissé cette impression aussi, la première fois.
- Pourquoi ça t'intéresse ? Tu veux apprendre à connaître ton futur beau-père ? s'amusa David.
- Quelque chose dans le genre, sourit grandement le garçon. Tiens, j'y pense, on vient au Paradis Rouge ce soir !
- Fabien m'a dit ça. Dommage que vous ne puissiez pas venir en semaine, vous ne pourrez pas rester longtemps.
- Comment ça ?
- Olivier ne vous a pas dit ? Ne dis pas que j'ai vendu la mèche. Comme vous êtes mineurs, vous ne pouvez entrer que sur invitation spéciale, mais le samedi soir, ce sont des strip-teases intégraux que font les danseurs à partir de minuit, vous allez devoir la jouer version Cendrillon.
- Je vois, Olivier a voulu faire en sorte de retarder sa mise à mort, parce que lorsque Mélodie saura ça, elle va l'écharper.
- Tu as des amis intéressants, s'esclaffa son hôte. J'espère qu'on pourra vous compter parmi nos fans à partir de ce soir, comme ça vous viendrez assister à notre concert !
- Vous allez faire un concert ?
- Ouais, enfin, le mot est un peu fort en fait, sourit-il. Ce sera au café théâtre de l'avenue Matisse, fin janvier, la première fois qu'on se produira réellement devant un public venu juste pour nous. Mine de rien, on a quand même déjà amassé quelques fans en faisant des premières parties.
- L'aperçu que vous nous aviez montré la dernière fois m'avait beaucoup plu et je pense que c'est le genre qu'aimeront les autres, tu peux nous considérer comme acquis.
- Fais attention, je risquerai de te prendre au mot. Au fait, vous avez prévu quelque chose pour le nouvel an ? Un de nos potes à un immense garage qu'il va aménager pour l'occasion, et comme plus on est de fous, plus on rit, vous serez les bienvenus.
- Pourquoi pas, on n'a encore fait aucun projet avec les autres, je leur en parlerai.
- Fais donc, et ça te donnera une bonne excuse pour inviter Remus, ajouta-t-il avec un clin d'œil.
- Je croirai presque que tu dis ça pour toi, remarqua Sirius d'un air suspicieux.
- Va savoir, Remus est un beau mec dans son genre, s'amusa David.
- Tu ne vas pas…
- Relax ! rigola-t-il. J'ai déjà un mec et je suis très heureux avec, si tu veux tout savoir.
- Tu as un mec ?
- Ouaip, il a cinq ans de plus que moi et c'est un routier, on s'est connu aux Eurockéennes il y a deux ans.
Un immense sourire était apparu sur ses lèvres et son regard s'était perdu dans le vague, nul doute qu'il était accroc, mais ce n'était pas vraiment ce qui intéressait Sirius.
- Vous avez mis longtemps à vous mettre ensemble ?
- On s'est rencontré le premier jour, enfin, les deux groupes avec qui on était. On a sympathisé le second jour, passé un bout de temps à parler, on s'est embrassé le troisième jour et je suis resté chez lui, près de Niort, durant une semaine.
- En trois jours ? se récria Sirius, stupéfait. Pourquoi c'est pas aussi simple pour moi ? gémit-il.
- Chacun avance à son rythme, il y en a qui mettent plus de temps et d'autres sont plus rapides. On a été rapides pour tout, lui et moi.
- Pour tout ?
David rougit et grimaça légèrement, buvant dans son verre pour dissimuler sa gêne.
- Oh… Ouais, ce stade me semble très éloigné, grommela Sirius.
- Tu y penses déjà alors ? C'est bien. Quand j'avais ton âge, j'en étais à me persuader que c'était impossible que je sois homo, ce n'était pas une très bonne période pour moi…
- J'ai jamais eu de souci pour ça, je l'ai toujours su.
- Vraiment ? s'étonna le jeune homme. Comment ça ?
- Je le savais, c'est tout. Les hommes m'intéressaient plus que les femmes, je trouvais leur corps plus intéressant, plus beau. Depuis toujours, j'ai un côté assez nombriliste, alors je me disais que si j'aimais ça, c'est que ça devait être bon. "Ce que je pense est ce qui vaut", ou un truc dans le genre.
- T'es incroyable, j'aurai tout donné pour penser comme toi quand j'étais au lycée. Enfin, c'est le passé. Mais c'est amusant qu'avec cette ligne de pensée, tu t'inquiètes de ta première fois.
- Hey ! Qui a dit que je m'inquiétais ? s'insurgea l'adolescent.
- Intuition d'homme engagé, plaisanta David.
- Parce que t'étais pas inquiet toi, peut-être ? bouda Sirius.
- euh… si, et j'avais raison, grimaça-t-il.
- Ça s'est mal passé ? s'inquiéta le garçon.
- Et bien… Tu sais, chaque première fois est différente. Perso c'était avec un gars de mon âge qui avait déjà de l'expérience mais qui se moquait un peu de son partenaire lors de l'acte alors je ne peux pas dire que ça ait été agréable. Mais je ne pense pas, de toute manière, qu'une première fois puisse ne pas être douloureuse, ce n'est pas ce qui empêche d'en faire un bon souvenir, bien que ça n'ait pas été mon cas.
- Je crois que je peux comprendre ça, répondit Sirius, pensif.
David le fixa un moment puis se leva.
- Attends une seconde, j'ai un truc à te filer.
Il disparut un moment dans sa chambre puis revint mettre une boîte dans la main de Sirius.
- C'est une taille standard, je suppose que ça devrait aller, sinon vous devrez vous débrouiller.
- Des préservatifs ? Mais…
- Le meilleur ami de l'homme, et de la femme aussi d'ailleurs. Il y a une notice à l'intérieur, lis la attentivement, ce serait bien si vous la lisiez ensemble. Prenez pas ça à la légère, tant que vous n'aurez pas fait de tests, il vous faudra être prudents, même si vous êtes tous les deux vierges, promis ?
- D'accord… et merci.
- Considère ça comme mon cadeau de bonne chance, un talisman pour que ça marche entre toi et Remus, sourit-il grandement.
Peu après, lorsqu'il se retrouva dans la rue, Sirius sortit de la poche de sa veste la boîte de contraceptifs et la regarda un moment. Un instant, il se rappela les séances consacrées à la contraception qui avaient lieu chaque année au lycée, mais soudain, une autre image qui lui sembla bien plus réelle lui vint à l'esprit et il rougit violemment en remettant les préservatifs dans sa poche. Il ne regrettait pas d'être allé voir David, il se sentait le cœur bien plus léger et confiant maintenant.
- Votre cours n'est pas sensé finir dans cinq minutes ? remarqua Stéphane en le voyant arriver au Terrain. Où est James ?
- En cours, je reviens de chez Remus.
- Tu as pu le voir ?
- Non, mais son père m'a assuré qu'il allait bien, ça me soulage un peu. J'ai rencontré un des amis du frère d'Olivier aussi, dit-il en regardant son ex petit ami faire des slaloms, il espère qu'on appréciera la musique. Mélodie n'est pas ici ?
- Regarde sur la troisième rampe et évite de trop grimacer, sourit Stéphane.
Sirius tourna des yeux intrigués vers l'endroit qu'il lui indiquait et retint de justesse une grimace.
- Ah, elle est là elle aussi…
- Elle s'inquiétait pour Remus, alors elle est venue au seul endroit qu'elle connaissait pour avoir des nouvelles.
- Ouais, j'aurai pu m'en douter.
- C'est un véritable vaudeville qui se joue sous nos yeux, mon cher ami, déclara Olivier, qui revenait de son slalom, en entourant d'un bras les épaules de Stéphane. Je subodore quiproquos et rebondissements en tout genre.
- Quels quiproquos ? grogna Sirius.
- Mélodie s'entend trop bien avec Lily pour qu'il n'y ait pas anguille sous roche, même si j'ignore le genre dont il s'agit, insista Olivier en hochant vivement la tête.
- Je vote pour, annonça Stéphane en levant la main. Bien que je pense qu'il y a ou a eu définitivement quelque chose entre elle et Remus. De quoi qu'il s'agisse, elle reste malgré tout une rivale pour Sirius, tu ne crois pas ?
- Mmmh… Il faut songer à l'outsider, réfléchit son ami. James n'a encore abattu aucune carte en présence de Lily.
- Au moins vous avez l'air de vous amuser, messieurs les commentateurs, se vexa Sirius.
- On manquerait ça pour rien au monde, répliquèrent en même temps ses deux amis avant d'éclater de rire.
- Butors insensibles, grommela le garçon.
- Wohou ! J'ai réussi à faire un 360 sur la rampe grâce à Lily ! s'exclama Mélodie en se jetant sur le dos de Sirius. T'as pas cours toi ?
- Pas de quoi faire un flan pour un 360°, t'aurais pu me demander, je t'aurai montré, remarqua Sirius. Mais bon, je suppose que c'est tout ce que tu peux enseigner, ajouta-t-il d'un ton moqueur à l'adresse de Lily.
- Tu as eu des nouvelles de Remus ?
La question le déstabilisa comme il s'était attendu à ce qu'elle réplique, mais elle attendait sa réponse avec une telle inquiétude sur le visage qu'il rendit aussitôt les armes qu'il venait de sortir.
- J'ai vu son père et il m'a dit qu'il allait bien, il n'y a pas à s'en faire.
- Tant mieux, souffla-t-elle de soulagement.
- Je ne vois pas ce que tu as à t'inquiéter comme ça alors que tu es restée sans nouvelle de lui pendant quatre ans.
D'accord, il n'avait pas rendu les armes et c'était mesquin, voir même cruel, de sa part de dire cela, mais qu'est-ce qu'elle pouvait l'énerver à se soucier autant de son bien-aimé !
- Mais je n'ai jamais cessé de le faire durant tout ce temps. Après tout c'est normal, nous formions un si beau couple lui et moi, je ne risquais pas de l'oublier.
Sirius lui lança un regard chargé d'éclairs sans prendre garde au sursaut de surprise de Mélodie à ces paroles, trop fier pour admettre qu'il avait mérité de prendre cette réplique encore bien trop tendre.
- Le drapeau blanc vient d'être levé, cette zone est désormais considérée comme terrain neutre, ça marche ? proposa Stéphane.
- Cette zone ? On ne se voit qu'ici.
- Vraiment ? demanda-t-il avec un grand sourire innocent.
- Et si vous nous faisiez chacun une démo, qu'on compare vos niveaux, suggéra Mélodie.
- Ça me va parfaitement, répondit aussitôt Sirius. Les dames d'abord.
- Qui eût cru que tu connaîtrais la galanterie.
- Ne va pas croire ça, c'est juste pour me donner le temps de m'échauffer.
- Evidemment, répondit-elle avec amusement avant de se diriger vers une rampe libre.
- Alors t'as carrément séché un cours pour aller prendre de ses nouvelles ? se renseigna Mélodie. On pourra bientôt dire que tu le harcèles pour de bon, ce pauvre Remus.
- S'il n'y a que ça pour qu'il comprenne, je plaide coupable, assura Sirius.
- Tu le feras aussi devant le prof de physique, il était sur les nerfs quand il a appris que tu avais assisté au premier cours de la journée.
- Déjà là James ?
- Il nous a lâché plus tôt. Alors ? T'as été chez lui, non ? Ça a donné quoi ?
- Je n'ai vu que son père et il m'a dit que ça irait pour lui. T'en as pas marre de deviner tout ce que je fais ?
- Je n'y peux rien, c'est un sixième sens. C'est parfois dur d'être aussi exceptionnel…
- Dur pour les autres, ricana Mélodie.
- C'est toujours difficile de se sentir inférieur à quelqu'un, confirma James. Mais ne vous en faîtes pas, je vous considère comme mes égaux.
- En fait on préférerait que ce ne soit pas le cas, grimaça Olivier.
- Ah ! Ma dulcinée ! L'ombre de feu hantant mes nuits m'est soudain apparu, voile léger divulguant un pays de cocagne à ma vue.
Ses quatre amis le regardèrent d'un air horrifié et reculèrent d'un pas, au cas où son état serait contagieux, mais il avait déjà filé vers sa future.
- Lui aussi il s'inquiète, hein ? remarqua Stéphane.
- Aucun doute qu'il avait vu Lily avant, confirma Mélodie. On n'y peut rien, Remus fait partie intégrante de nos vies maintenant, comment faire autrement que de se soucier de lui ?
- Et c'est pourquoi tu as intérêt à nous prévenir si jamais quelque chose se passe, monsieur l'égocentrique amoureux, ajouta Olivier en regardant Sirius d'un air sévère. Tu as beau penser qu'il t'appartient, nous aussi on s'inquiète pour lui.
- Je tâcherai de ne pas l'oublier, leur assura Sirius.
- Plus que deux semaines avant les vacances de Noël, si tu gères bien ton forcing, tu devrais le voir assez souvent, nota Olivier. Si tu ne te montres pas trop ballot, tu devrais pouvoir sortir avec lui d'ici la fin de l'année.
- Comme si c'était mon genre de l'être !
Lily les quitta à midi et ils se séparèrent en début de soirée pour aller se préparer, se donnant rendez-vous à vingt-et-une heures.
Personne n'était sensé être présent chez lui lorsqu'il rentra, sa mère se trouvait chez une amie, son père devait terminer un dossier à son bureau principal et Regulus était sorti avec des potes. Du moins, c'est ce qui était prévu.
- T'étais pas censé être au boulot, toi ? lança-t-il lorsqu'il remarqua que son père se trouvait dans le salon.
- Bonsoir Sirius. Nous avons bouclé le dossier plus tôt que prévu.
Son fils haussa les épaules et s'apprêta à se rendre dans sa chambre, mais il s'arrêta, pris d'une soudaine impulsion.
- On dirait que tu as abandonné ton projet avec la fille Parkinson. Pourtant c'est en bonne passe, non ?
- Je suis ravi de constater que tu es plus aux faits que tu souhaites le laisser entendre.
- Contente-toi de répondre. C'était quoi cette mascarade ? C'est évident que même sans ça, dès le départ, tu l'avais dans ta poche.
- Ne t'ai-je jamais appris à assurer tes arrières ?
Une autre question brûlait les lèvres de Sirius à ce sujet, mais elle était dangereuse, il n'était même plus sûr d'avoir entendu ce qu'il avait cru entendre de la bouche de son père. Il se détourna définitivement de l'homme.
- Ton camarade ne devait-il pas venir travailler ici pour votre projet scolaire ?
Sirius se figea, la question était inhabituelle, elle n'avait pas sa place ici.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Il s'agit de ton travail scolaire.
Evidemment, on s'inquiète des capacités de l'héritier Black… C'est ce qu'il aurait dû répondre, ce qu'il aurait répondu en temps normal, mais un doute venait de s'insinuer en lui.
- Il avait des trucs à faire, on n'a pas pu se voir pour le projet.
- Je vois.
- Ton dossier… Ça fait combien de temps que tu es rentré ?
Quelque chose se jouait, Sirius ignorait quoi mais chaque seconde qui s'écoulait, chaque mot prononcé, n'était là que pour mener à ce quelque chose, même ce court silence marquant une hésitation anormale de la part de son père, surtout celui-ci en fait.
- A peu près deux heures, nous avons vraiment fini tôt.
Sirius ne dit plus rien et se retira pour de bon, mais son cœur cognait fort dans sa poitrine alors qu'il montait dans sa chambre. Si Remus était vraiment venu, il serait parti une heure plus tôt, il était impensable que son père… Quelle drôle d'idée ! Décidément, Sirius ne se reconnaissait plus, à se prendre la tête pour des choses insignifiantes. Il mit cela de côté et sortit ses affaires pour la soirée. Il avait encore largement le temps avant l'heure du rendez-vous, il ferait sans doute mieux de descendre manger un morceau. Ses yeux tombèrent sur la poche de sa veste où se trouvaient les préservatifs.
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L'avenue était noire de monde, les groupes enjoués d'étudiants côtoyaient les couples enlacés et les travailleurs en congé, l'esprit de la fête avait contaminé la ville comme à chaque samedi soir. Mélodie était excitée comme une puce, elle traînait Stéphane par la main en riant comme une enfant, emportée par l'allégresse générale, et ses quatre amis ne demandaient pas mieux que de la suivre dans ce dynamisme ambiant. Il était rare qu'ils se rendent en centre-ville le soir, ils profitaient du Terrain jusqu'à la fermeture et finissaient généralement la soirée chez l'un ou l'autre ou encore sur la plage. Une fois, pour tenter, ils s'étaient rendus en boîte de nuit, passant l'entrée avec une facilité déconcertante, dans la mesure où ils étaient mineurs. Mais Olivier et Stéphane avaient rapidement été vaincus par la fumée des cigarettes et les décibels et ils n'y étaient jamais retournés, n'en ayant pas même l'envie.
- Trouvé ! s'exclama Mélodie en désignant des panneaux dressés devant un escalier qui menait en sous-sol. Regardez moi ces corps !
- Ouais, on a vu, grommela Stéphane en détournant la tête, visiblement vexé.
Mélodie rigola et l'embrassa.
- T'en fais pas, tu es le meilleur d'entre tous.
- Tu es certain qu'ils vont nous laisser entrer ? demanda James.
Il regardait en bas des escaliers, où deux véritables molosses en costard cravate qui ressemblaient plus à des truands qu'à des videurs montaient la garde. Ce n'était pas vraiment le genre de James d'être intimidé, même par ce genre de choses, et Sirius ricana en passant un bras autour de ses épaules.
- Maintenant que tu y es, tu n'as plus le choix, tu dois venir !
- Je sais, je sais, de toute façon j'ai déjà été fiché, remarqua-t-il avec un sourire en coin tout en pointant du pouce les passants.
Certains les regardaient en effet furtivement, plus particulièrement James et Sirius, leur pose semblant à leurs yeux équivoque en considération du lieu devant lequel ils se tenaient.
- Tu crois que si je t'embrassais, ils nous lanceraient de l'argent, comme dans ces spectacles de rue ? demanda très sérieusement Sirius.
- Ça permettrait de te payer la chirurgie dentaire pour les molaires que je t'aurai brisé, répondit James de même.
- Pas faux, j'y gagnerai pas au change. On y va, mon mignon ?
- Si vous le permettez ma princesse, répondit James en faisant une légère révérence et en présentant son bras.
Et c'est ainsi que, bras dessus, bras dessous, ils ouvrirent la marche de leurs amis hilares dans les escaliers.
- Vous avez l'air de bien vous amuser vous autres, et vous croyez aller où comme ça ? demanda l'un des deux gorilles lorsqu'ils arrivèrent devant eux.
- Nous avons des invitations, dit aussitôt Olivier en s'avançant pour les leur montrer.
- Quand même, ils sont super stéréotypés, ces deux mecs, chuchota James aux autres.
- D'après le frère d'Olivier, le patron a fait exprès de prendre des types avec "la tête de l'emploi", pour dissuader les groupes homophobes et autres skinheads, expliqua Stéphane. Et il paraît qu'ils sont aussi balaises qu'ils en ont l'air, ils se sont déjà chargés d'un groupe qui faisait du grabuge dans le coin bien que ça n'était pas en rapport avec la boîte.
- Il est pas bête leur patron, sourit Mélodie.
- Monsieur Farés est un homme très intelligent, merci pour lui.
Ils sursautèrent et remarquèrent que les deux hommes les fixaient, Olivier grimaçant à côté, mais ils semblaient surtout amusés.
- On pourrait voir vos papiers s'il vous plait ?
Ils sortirent leurs cartes d'identité et l'un des deux entra dans la boîte après les avoir consultées.
- Qu'est-ce que des minots comme vous peuvent bien vouloir faire ici ? demanda celui qui restait.
- Mon frère fait partie du groupe qui se produit ici, expliqua Olivier. C'est de lui qu'on tient les invitations.
- Ah oui, l'un de ces trois là ? Ils nous avaient prévenu que vous viendriez dans le week-end, mais on s'attendait à ce que vous soyez moins. Vous ne risquez pas de vous ennuyer, jeune demoiselle ?
- C'est la plus excitée d'entre nous, soupira James.
- Je n'aurai manqué un tel spectacle pour rien au monde ! assura Mélodie. Même si certains nous ont caché qu'on n'aurait pas droit au final jusqu'à la dernière minute, ajouta-t-elle avec un regard de reproche à Olivier qui se contenta de lui adresser un clin d'œil.
Un couple arriva à ce moment-là et entra après avoir salué le videur, qui balaya le groupe d'amis des yeux après avoir refermé la porte. Stéphane avait passé un bras autour de la taille de Mélodie, James regardait l'entrée avec fatalisme, Sirius lui adressait des regards moqueurs et Olivier ne cachait pas son impatience d'entrer à son tour.
- Vous formez un drôle de groupe, rigola-t-il, on n'en voit pas assez souvent des comme vous. Lorsque vous serez en âge, n'hésitez pas à revenir, vous serez les bienvenus.
- On n'y manquera pas ! assura Mélodie, toute contente.
La porte se rouvrit sur son collègue et un homme d'une trentaine d'année que Sirius jugea plutôt beau mec – à l'instar de Mélodie au vu du sourire émerveillé qui avait éclairé son visage à son apparition.
- Je me nomme Léandre, je suis serveur ici, je serai chargé de m'assurer que vous ne dépassiez pas la limite d'heure, compris ?
- Aucun souci !
- Bien, je vais vous installer dans ce cas, ajouta-t-il en se décalant pour leur laisser le passage.
La première chose qu'ils virent lorsqu'ils se trouvèrent à l'intérieur fut la scène en contrebas où des danseurs vêtus de débardeurs noirs et de jeans coupés à leurs mesures se mouvaient au rythme d'une musique entraînante, ainsi que la piste de danse des clients qui se laissaient également emporter par la cadence. Le plafond constellé de centaines de petites ampoules leur apparut peu à peu alors qu'ils descendaient l'escalier intérieur, ainsi que le bar courbe plongé dans la lueur vermeille des miroirs d'eau et dorée des spots encastrés dans la partie haute du comptoir, les poufs accueillants entourant les tables de verre grenat, les hauts guéridons en contrebas de la scène, la moquette d'apparat écarlate aux arabesques noires. Les lieux étaient stylés et pourtant accueillants, chaleureux, et plus que de l'émerveillement, ce fut du bien-être qui envahit les jeunes gens quand ils franchirent la dernière marche.
- Cette table vous convient-elle ? leur demanda le serveur en leur présentant un emplacement à la limite de la fosse, d'où ils avaient une vue parfaite sur la scène.
- C'est parfait, merci beaucoup.
- Je me charge de la salle basse, une autre personne s'occupera de vous pour la soirée, passez un agréable moment.
Il se retira après s'être légèrement incliné et ils se regardèrent tous avec incrédulité.
- J'ai l'impression d'être un gosse de riche, rigola Olivier. C'est excellent cet endroit ! Ah, on peut voir mon frère et son groupe !
Ils se trouvaient à droite de la scène, éclairés de spots rouges et orangés, et ne devaient pas voir grand-chose de ce qu'il se passait dans la salle entre la lumière braquée sur eux et celle tamisée de la boîte.
- Ils s'en sortent vraiment bien, remarqua James. Et la chorégraphie des danseurs est pas mal du… euh…
Les dits danseurs étaient en train de retirer leurs débardeurs et les quatre autres rigolèrent au changement de physionomie de James, qui semblait avoir oublié pendant un instant où ils se trouvaient exactement.
- Salut les jeunes ! Alors lequel de vous est le frangin de Fabien ?
Ils se tournèrent vers le serveur qui venait d'apparaître. Il n'avait absolument rien à voir avec le précédent, il était plus mince, plus jeune, le visage constellé de taches de rousseur et les cheveux blond cuivré coiffés en catogan lâche. Son seul point commun avec l'autre était son classement incontestablement élevé dans la catégorie des canons masculins de ce monde.
- Théo, pour vous servir ! Du moins si vous le désirez, vous aurez tout le temps de faire votre choix ce soir, déclara-t-il en leur adressant un clin d'œil charmeur.
- Je m'appelle Olivier, je suis le frère de Fabien, et voici Sirius, James, Mélodie et Stéphane.
- Vous avez de belles frimousses les gars, dit-il en se penchant sur la table pour regarder James avec un sourire en coin.
- Je veux bien vous croire, mais c'est à eux deux qu'il faut dire ça, répliqua aussitôt le garçon en plaçant ses mains en avant d'un geste défensif.
- T'en fais pas, je te taquine juste, je sais que tu n'es pas de ce bord-là, rigola le jeune homme. Mais la personne au visage le plus charmant est sans conteste la seule orchidée présente à cette table, dit-il en s'inclinant pour faire un léger baisemain à Mélodie. Vous avez bien de la chance, jeune homme.
Stéphane ne cacha pas sa surprise qu'il connaisse leur relation, tout comme James ne comprenait pas comment il pouvait savoir qu'il n'était pas homo.
- Ce qui me laisse un choix difficile sur la personne à qui accorder la première danse, remarqua-t-il en passant un regard gourmand d'Olivier à Sirius.
- Notre ami ici présent est en quête d'amour, je vous le recommande, déclara Sirius en tapant dans le dos d'Olivier.
- Sirius ! s'insurgea le garçon en rougissant violemment.
- Cette teinte sur tes joues m'attire vraiment, confirma Théo. Et puis il semblerait que nous nous ressemblions un peu trop pour que je m'amuse à t'entraîner dans une danse, ajouta-t-il avec un rire à l'adresse de Sirius.
- Sans aucun doute, acquiesça celui-ci, amusé.
- Alors ? Qu'est-ce qui ferait plaisir à vos délicats palais ? Un ange infernal, alliant la douceur de la poire à l'agressivité du citron par une délicate touche de vanille et de fraise ? Je crains de n'avoir que des cocktails pour chérubins à vous proposer, mais l'un d'eux sera sans nul doute à votre goût.
Il leur annonça les autres boissons tout en continuant à lancer des petites piques de ci de là puis les laissa pour aller passer commande, laissant derrière lui un groupe hilare et un Olivier gêné mais rouge de plaisir à tous les compliments qu'il lui avait débité pour le taquiner.
- Tu as déjà une touche, dit Sirius en lui donnant un coup de coude.
- C'est du service, rigola son ami, mais c'est quand même plaisant, avoua-t-il en baissant les yeux pour sourire.
- C'est bien la première fois qu'on me compare à une orchidée, déclara Mélodie, apparemment tout aussi heureuse.
- C'est parce que tu es une rose pleine d'épines, s'amusa Stéphane.
- Et tu es le seul à ne pas avoir eu peur de t'y piquer, ajouta sa petite amie en l'embrassant.
- L'orchidée représente la sensualité et la beauté suprême dans le langage des fleurs, ainsi que la séduction, Théo aime à faire des compliments à chaque parole qu'il prononce, même s'il n'a aucune honte à emprunter pour cela le savoir d'un autre.
Ils se tournèrent d'un même mouvement vers l'homme qui venait de parler et leur adressa un respectueux signe de tête pour les saluer. Il s'agissait d'un autre serveur, plus âgé que les deux autres, il portait des lunettes aux verres oblongs et à l'armature fine, avait des cheveux châtain foncés coiffés en arrière et des yeux vert foncé pétillants d'intelligence. Le premier mot qui vint à l'esprit de Sirius en le voyant fut « gentleman », sa manière de se tenir et de les regarder lui faisait penser à un lord anglais.
- Pour ce charmant jeune homme qui vous accompagne, vous seriez plutôt un camélia en cet instant où vous portez cette tenue.
- Mon cache cœur rouge ? s'étonna Mélodie.
- Le camélia rouge est le symbole de la fierté admirative, si vous trouvez que cette adorable personne est la plus belle en ce monde, je vous conseille de lui en offrir, jeune homme. Je me présente, Serge, sachez que si une réponse vous fait défaut lors d'une de vos conversations, vous pourrez sans doute la trouver avec moi.
- Vous êtes aussi attentionnés avec tous vos clients ? s'étonna James.
- Vous êtes des invités et les lieux sont encore calmes à cette heure, cela nous permet de vous assurer un service optimal de manière à ce que vous puissiez choisir sans erreur celui qui vous servira pour le reste de la soirée. Sur ce je m'en retourne à mes autres clients, je suis à votre disposition si mon savoir peut vous être utile.
- Il y a décidément toute sorte de personnes ici, nota Mélodie après qu'il soit parti. Théo est marrant et Serge est quelqu'un de vraiment distingué, quant à Léandre, il n'était pas très loquace mais il avait un de ces charismes ! Comment veulent-ils qu'on choisisse !
- Ne deviens pas trop hystérique quand même, s'amusa Stéphane, et puis Léandre nous a dit qu'il ne servait qu'en bas, ça te fait déjà lui en moins.
- Il y en a un autre qui sert là-bas. Et c'est un satané beau gosse !
- Tu aurais pu éviter l'appréciation personnelle, soupira James en regardant, comme tous les autres, l'homme que leur désignait Olivier.
Les cheveux noirs, les yeux d'un bleu si clairs qu'ils dénotaient même d'où ils regardaient, Sirius devait reconnaître que cet homme ne manquait pas de charmes, mais de toute manière, aucun n'arrivait à la cheville de Remus.
- Vos boissons sont là, l'Aurore est pour ?
- Pour moi s'il vous plait, annonça James en se retournant.
Sirius le fit également, mais plus vivement, car cette voix…
- Voici pour…
Le temps se figea, littéralement. Sirius, les yeux écarquillés, fixait le nouveau serveur sans pouvoir parler et les quatre autres n'étaient pas dans un meilleur état, le serveur avait lui-même suspendu son geste, à quelques centimètres de la table, cloué sur place, regardant James avec stupéfaction. Il se redressa brusquement et le plateau qu'il tenait en main se fracassa au sol, le bruit des verres qui se brisaient contre la table retentissant dans la salle. Un morceau de verre vint écorcher la main de Sirius mais il n'y fit pas attention. Remus les regardait maintenant en secouant la tête, l'air horrifié.
- Oh là ! Tu vas bien ? demanda la voix de Théo, que Sirius sentit lui prendre la main. Heureusement ce n'est qu'une égratignure. Désolé pour… Matt ?
Mais celui-ci se détourna brusquement et courut en bousculant les danseurs qui s'étaient arrêtés pour regarder la scène, disparaissant derrière une tenture qui se trouvait près du bar. Sans plus réfléchir, Sirius le poursuivit, suivi de peu par James, sourd aux appels du serveur blond.
- Hey ! Vous ne pouvez pas entrer là ! voulut l'arrêter le barman, mais Sirius fut plus rapide et James resta en arrière pour retenir l'homme.
Il avait cru qu'il aurait encore à courir mais Remus était dans la pièce juste après, agenouillé au sol, le souffle court.
- Remus ?
Le garçon sursauta et se releva brusquement pour lui faire ça.
- T'as rien à faire ici, dégage ! hurla-t-il.
La violence qu'il mit dans ses propos surprit Sirius, mais il n'avait pas l'intention de partir comme ça.
- J'ai rien à faire ici ? Parce que c'est peut-être normal que tu y sois, toi ? répliqua-t-il.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? intervint le premier serveur qu'ils avaient vu. Les clients n'ont pas le droit de venir dans cette salle de repos.
James était derrière lui et passait son regard de Sirius à Remus, en quête de réponses que son meilleur ami n'était malheureusement pas en mesure de lui donner.
- Fais les sortir d'ici Jonas, maintenant !
Jonas ? Il ne s'appelait pas Léandre celui-là ?
- Qui sont-ils, Matt ? demanda-t-il en insistant bien sur le prénom.
- Personne ! Ce n'est personne, fais les sortir ! répéta-t-il en reculant jusqu'au mur, la tête entre ses mains crispées.
Léandre, ou Jonas, l'observa un moment puis retourna à la tenture.
- Tout va bien Yoann, je m'en occupe, dit-il à une personne qu'ils ne pouvaient voir avant de revenir. Ce sont tes camarades de lycée, n'est-ce pas ?
Remus poussa un gémissement et crispa un peu plus ses doigts sur son front. Sirius ne savait pas comment réagir, il ne l'avait jamais vu ainsi, aussi désemparé, leur présence semblait le terrifier au plus haut point. Le grand noir les observa longuement l'un et l'autre avant de s'attarder un peu plus sur Sirius.
- Ce serait embêtant de les fuir maintenant, dit-il finalement. Fais ce que tu veux, mais je ne le sortirai pas. Il fit signe à James. Toi, tu sors, je n'en laisse qu'un ici, vous autres vous attendrez dans la boîte.
James regarda Sirius, qui hocha la tête, puis sortit à la suite du serveur, visiblement inquiet. Le jeune Black les regarda partir puis revint sur Remus, qui secouait la tête en signe de refus.
- Non… Je t'en prie, va-t-en. Je travaille ici, ok ? C'est tout, y'a rien d'autre à dire.
- Rien d'autre ? Mais tu as seize ans ! Et dans un endroit pareil, tu veux me faire croire que c'est normal ? Et puis quand bien même, tu aurais pu nous en parler, on n'aurait pas… Attends une seconde… Tu travailles pas ici tous les soirs, n'est-ce pas ? C'est juste pour le week-end ?
- Ça ne te regarde pas ! rugit Remus en levant des yeux furieux sur lui. Tu… Je… Vous n'auriez jamais dû découvrir ça ! Comment ça se fait que vous soyez ici ?
- Le frère d'Olivier est dans le groupe qui joue ici, on a eu des entrées grâce à lui.
- Le frère de… Le… L'un des types qui habitent en face de chez moi ?
Son teint avait dangereusement blêmi malgré le fond de teint qu'il arborait, il semblait à deux doigts de s'évanouir.
- Pourquoi… Pourquoi ça arrive ? Ça n'aurait pas dû se passer comme ça ! Jamais ! Ça n'aurait pas dû ! Ça n'aurait pas…
Sirius s'avança brusquement vers lui et lui agrippa les poignets pour retirer ses mains de son front. Comme il le craignait, il s'était enfoncé les ongles dans la peau et se serait blessé s'il ne l'avait pas arrêté.
- Lâche moi !
- Non, tu vas te faire mal si je le fais. Pourquoi tu t'énerves comme ça ?
- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Lâche moi ! Dégage ! Je t'ai dit de partir !
- Je ne peux pas partir, cria le garçon pour couvrir la voix de Remus et commençant à s'énerver également face à ce comportement excessif. Je m'inquiétais pour toi, tu comprends ça ? On s'inquiétait tous ! Ton père a dû te dire que je suis venu chez toi, non ? Et je te retrouve ici, comment ça se fait ?
- Tu es venu chez… commença Remus, stupéfait. Pourquoi ? Severus vous a dit que je revenais lundi, non ? Tu… Tu savais que je serai ici ? Comment tu l'as su ? paniqua-t-il.
- C'était une coïncidence je te dis ! Qu'est-ce que tu fais ici ? Et pourquoi tu as manqué ces derniers jours ? Pourquoi tu ne veux pas répondre ?
- Ça n'a… Ça n'a rien à voir avec toi ! En quoi ça te regarde, hein ? Pourquoi je devrais te rendre des comptes ?
Les mots de Remus énervaient Sirius de plus en plus, il n'avait pas à le répéter autant !
- Ça me regarde ! répliqua-t-il en serrant un peu plus ses poignets. Evidemment que ça me regarde ! Tu comptes pour nous, tu peux même pas comprendre ça ? Nous sommes tes amis, c'est normal qu'on se fasse du souci pour toi, n'agis pas de manière si égoïste !
- Égoïste ? couina l'adolescent. De quel droit me juges-tu ? Je n'ai rien à voir avec vous, c'est vous qui êtes venus ! Je ne vous ai jamais rien demandé ! Pourquoi est-ce que tu insistes autant alors que…
- Parce que je t'aime ! hurla Sirius. Je t'aime ! Je t'aime, tu entends ? J'ai le droit de te traiter d'égoïste parce que je veux t'aider mais je ne le peux pas si tu ne me dis rien !
Remus le fixait avec stupeur alors que Sirius reprenait son souffle, cette réaction le fit grimacer.
- Pourquoi t'as l'air aussi stupéfait ? Tu le savais, non ? Sinon tu ne m'aurais pas demandé ce que tu m'as demandé le soir d'Halloween. Tu faisais semblant de rien après alors j'ai préféré ne pas insister mais j'ai mes limites moi aussi. Est-ce que tu estimes que ça ne me donne pas le droit de me soucier de toi ?
- Tu m'aimes ? répliqua Remus en baissant la tête.
Il y eut un silence puis il releva un visage rageur.
- Et comment est-ce que tu peux dire ça, hein ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu ne sais rien de moi, absolument rien !
- Je ne demande pas mieux que de savoir ! Et tu n'avais pas vraiment l'air contre ce soir-là !
- Les choses changent en un mois, figure-toi ! Et même, je ne vois pas ce qui te permet d'affirmer cela ! Tu ne sais pas qui je suis, quelle est ma vie, ce que tu connais de moi n'est qu'une façade, un artifice, tout ce que tu aimes, c'est un leurre, tu l'as bien compris ce soir, non ? Alors fous-moi la paix maintenant !
- Et toi, qu'est-ce qui te permet de douter de ma sincérité ? répliqua Sirius. Je sais que je ne te connais pas, je le savais avant de venir ici ! Ça ne m'empêche pas de t'aimer ! Tu veux une raison ? Je suis désolé mais je n'en ai pas à te donner et je me fiche de ce que tu peux penser, c'est encore le cas ! Je ne demande pas mieux que d'apprendre à te connaître et que tu me connaisses aussi. Je suis peut-être un mec plus franc que toi, tu ne sais pas tout de moi malgré tout. Peut-être que pour toi ça ne signifie rien mais je ne te lâcherai pas simplement parce que tu me demandes de le faire !
- TAIS TOI ! La ferme ! Comment peux-tu prononcer de tels mots ? Si tu veux savoir qui je suis alors je vais te le dire ! Je suis un monstre ! En moi, il y a… un monstre hideux et cruel, c'est le véritable moi ! C'est tout ce que tu pourras découvrir si tu cherches à me connaître ! Alors arrête ! Arrête avant que je te le montre !
- Alors je le regarderai droit dans les yeux, répondit Sirius en lâchant les mains du garçon pour encadrer son visage et plonger son regard dans le sien. Si c'est ce que tu es vraiment, je n'hésiterai pas à le regarder et à l'accepter, parce qu'il s'agit de toi, n'est-ce pas ? Je l'accepterai s'il est une partie de toi, je l'ai déjà décidé. Cette part sombre que tu dissimules mais que tu laisses transparaître malgré tout, montre la moi en entier pour que je puisse l'enlacer et calmer sa fureur. Je suis prêt à le faire pour toi.
Le corps de Remus se mit à trembler et des larmes coulèrent sur ses joues.
- Pourquoi… pourquoi dis-tu de telles choses ? Comment peux-tu prétendre aimer quelqu'un que tu ne connais pas ?
- Je n'en ai pas la moindre idée et je m'en moque complètement. J'ai toujours su qu'il y avait quelque chose d'étrange en toi, une chose néfaste à toi-même, il aurait fallu que je sois aveugle pour ne pas le voir. Je ne sais pas qui a prétendu que l'amour rendait aveugle mais je n'ai jamais aussi clairement vu personne hormis toi. La seule chose que tu as à faire, c'est de l'accepter, car que tu le veuilles ou non, je t'aime, et rien ne changera cela.
- Ces mots… On ne dit pas ces mots à une personne qu'on ne connaît pas ! hurla Remus, ses larmes redoublant, en tapant violemment contre l'épaule de Sirius. Tu ne sais pas ce que tu dis ! Ce ne sont que des paroles ! Tu ne comprends rien !
- C'est vrai que je ne comprends rien mais tu crois vraiment qu'un mec comme moi pourrait dire quoi que ce soit qui ne soit pas sincère ? Je suis un idiot après tout, je suis le type le plus franc de cette terre… ouais, enfin, excepté pour les boulettes au lycée, grimaça-t-il.
- Tais-toi… Ne dis plus rien… arrête…
Remus laissa tomber sa tête sur le torse de Sirius sans cesser de pleurer, les mains crispées sur sa chemise.
- Tu n'as… pas le droit… gémit-il. Je ne peux pas… Je ne peux pas le comprendre !
- Eh bien, eh bien ! C'est quoi tout ce raffut ?
Sirius se tourna pour voir un homme d'une quarantaine d'année les fixant depuis une autre entrée de la pièce. Remus le repoussa brutalement et essuya son visage.
- Tu n'es pas en service, Matt ?
- Désolé monsieur, je vais me rafraîchir le visage et j'y retourne.
Il passa rapidement devant Sirius pour s'engager dans un autre couloir. Celui-ci voulut le retenir mais l'homme lui bloqua le passage.
- Je n'apprécie guère qu'on empêche mes employés de travailler.
- Mais vous voyez bien qu'il va mal ! s'insurgea Sirius.
- Visiblement par votre faute.
L'adolescent serra les poings sans répondre, fixant avec hargne l'homme qui le dévisageait.
- Ne seriez-vous pas le fils aîné de Procyon Black ?
Sirius accusa le coup. Qu'est-ce que c'était que cette question ?
- Comment savez-vous ça ?
- J'ai votre père en haute estime, je dirai même qu'il a été un modèle pour moi. Je me souviens vous avoir vu à une soirée donnée en l'honneur de son entreprise, bien que vous étiez plus jeune, cela fait un moment que vous n'apparaissez plus à ces soirées.
- J'en ai eu marre de jouer au caniche bien dressé, répliqua-t-il, peu confiant envers cet homme qui se présentait comme un admirateur de son père.
- Bien, il est temps pour vous de partir maintenant. Quelqu'un va vous raccompagner à la sortie. Et ne songez pas à attendre la fin du service, je n'hésiterai pas à envoyer les videurs contre vous.
- Attendez un instant ! Il faut que je parle à Remus, ou Matt, peu importe !
- C'est parce que vous ajoutez ce « peu importe » que vous êtes encore jeune, monsieur Black. Et je ne pense pas me tromper en disant que vous aurez bientôt l'occasion de lui reparler. Pour le moment, Matt a un contrat à respecter en ces lieux et si vous tenez tant à lui, vous comprendrez qu'il faut qu'il s'y tienne. Léandre, je te charge de les raccompagner.
- Oui, monsieur Farés.
Sirius fut surpris de se rendre compte que l'homme se trouvait derrière lui, il ne l'avait pas entendu arriver mais il avait dû rester derrière la tenture tout ce temps.
- Ne fais pas d'histoires et suis-moi, s'il te plait.
Le ton était poli mais autoritaire et Sirius finit par obtempérer, comprenant aisément qu'il ne ferait pas le poids face à la force évidente de l'homme.
Dans la boîte, James et les autres l'attendaient impatiemment et prirent un air inquiet en notant son air furieux. Léandre ne les fit pas sortir par où ils étaient venus, il les fit monter un escalier puis prendre un ascenseur qui les mena dans le hall d'un grand hôtel.
- Vous êtes les camarades de lycée de Remus, n'est-ce pas ? demanda-t-il.
- Il vous a parlé de nous ? s'étonna James.
- Il va falloir lui laisser du temps pour admettre que vous sachiez ce qu'il en est de cette partie de sa vie, mais je pense qu'il finira par l'accepter. Je vous demande cependant d'être prudents, il est plus fragile qu'il n'en a l'air, particulièrement en ce moment, et j'espère que vous comprendrez qu'il ne faut pas que vous en parliez autour de vous.
- Mais qu'est-ce que ça veut dire ? s'exclama Sirius. Evidemment qu'on va pas aller le crier sur tous les toits ! Pourquoi ça le met dans un état pareil ?
- Même moi je l'ignore, mais il a besoin de vous. Si vous avez l'intention de l'aider, attendez-vous à ne pas en sortir indemnes, si vous avez ne serait-ce qu'un minimum peur de ce que vous allez découvrir, alors abandonnez dès maintenant, ne lui donnez pas un faux espoir qui pourrait le détruire. Je dis cela comme un conseil, autant pour lui que pour vous.
Il retourna dans l'ascenseur sans rien ajouter, laissant les cinq adolescents perplexes.
- Qu'est-ce que vous vous êtes dits ? demanda James à Sirius.
- Pardonnez moi, messieurs, mademoiselle, intervint un majordome de l'hôtel. Je vais devoir vous demander de sortir, vous ne pouvez rester ainsi dans le hall, veuillez m'excuser.
La politesse avec laquelle il s'adressait à eux les surprit, mais ils supposèrent, à juste titre, que cela était dû à leur "statut" de clients du Paradis rouge.
- A vrai dire il ne m'a rien dit, répondit Sirius une fois qu'ils furent sortis. Il était limite hystérique et n'arrêtait pas de me demander de sortir. Au final, son patron est arrivé et m'a viré. Je me suis déclaré dans la foulée, aussi.
- Hein ?
Ses quatre amis le regardaient avec de grands yeux, estomaqués.
- Dans la foulée ? Mais… il a dit quoi ?
- Je pense qu'il m'a traité de menteur… Mais peu importe, ça n'est pas ça le plus important. On est censé faire quoi maintenant ? Parce que je suppose qu'on ne peut pas vraiment lui tendre un traquenard au lycée.
- Il va y réfléchir entre temps, remarqua Mélodie. Ça lui a fait un choc de nous voir mais, dans l'ensemble, il est plutôt réfléchi, non ? Je pense qu'il viendra vous parler de lui-même.
- Peut-être… Et c'était qui ce mec ? grommela Sirius.
- Qui ça ?
- Ce Léandre ! Comment ça se fait qu'il connaisse si bien Remus ? C'est qu'un collègue de boulot, non ?
- Ça n'empêche pas de bien s'entendre, soupira Stéphane. Si tu as le temps d'être jaloux du premier venu, réfléchis plutôt à ce que toi tu vas dire lundi. Parce que si tu t'es déclaré, ça change forcément la manière dont tu dois te comporter avec lui.
- En tout cas, nous savons maintenant pourquoi il a l'air si crevé chaque jour. Vous avez vu les horaires hebdomadaires de la boîte ? C'est de la folie avec le lycée à côté. Mais pourquoi travaille-t-il ? Même s'il n'y a que son père, ils doivent recevoir des allocations, non ? Ils sont autant dans le besoin que ça ?
- Son père n'a pas l'air d'avoir un emploi fixe mais c'est vrai que c'est étrange. Je suis en train de péter un câble ! s'écria soudain Sirius. Je vais chercher mes rollers, on se retrouve au Terrain.
Et sans attendre leur réponse, il s'éloigna en courant. Il avait besoin de se défouler un maximum, sinon il ne répondait plus de ses actes. C'était aussi parce qu'une partie de lui savait qu'il fallait laisser le temps à Remus de mettre ses idées en ordre qu'il n'avait pas insisté, mais sa parcelle de sagesse était infinitésimale et il devait se focaliser sur autre chose pour la garder en vue.
Remus travaillait comme serveur dans un bar gay, il devait bien reconnaître que de tous les secrets qu'il avait imaginé le concernant, celui-ci n'en faisait pas partie.
(à suivre…)
(Eno espère qu'elle n'a pas laissé passer autant d'erreurs que la dernière fois :-S)
Je ne pensais vraiment pas que ce chapitre serait si long ! O.o Comme quoi, moi qui m'attendait à ne faire que 10 pages, j'ai quand même dépassé de 6 (oh yeah :-P)
Je me suis bien amusée à montrer comment agissaient les serveurs pendant leur boulot (ouais enfin, juste Théo et Serge mais c'est déjà ça ;-) On croirait vraiment un club d'hôtes, mdr !)
Help! : J'ai essayé de trouver sur le net les noms des différentes parties qui composent un bar, mais je n'ai pas trouvé ! Si quelqu'un sait comment on nomme la « partie haute d'un bar », ça me serait bien utile, s'il vous plait ! (enfin, je pense que ça a un nom…)
NdA: Comme d'habitude, j'ai un peu (beaucoup) galéré pour trouver le titre de ce chapitre. Finalement je l'ai intitulé « premier pas » d'une part rapport à la déclaration de Sirius, d'autre part pour marquer le premierpas vers la vérité.
Au fait, le titre du chapitre 11 « corne d'abondance » est en rapport avec le fait que les relations développées dans le chapitre sont toutes fructueuses pour Remus et source de plaisir.
(je sais, vous vous en fichez, mais je voulais le dire, na ! lol)
