Une chanson pour la route ? Peut-être The Howling du groupe Within Temptation, histoire de soutenir le rythme du chapitre. Bonne lecture !
Disclaimer : Une fois encore je m'inspire du Combat d'Hiver pour certaines scènes mais je vais finir par me détacher progressivement du cadre du roman au fil de la narration, si ce n'est pas déjà fait. Sinon, au passage, les citations et personnages de la saga ne m'appartiennent toujours pas.
Chapitre 14 – Confrontation
Dans le ravin hanté des chats-pards et des onces
Nos héros, s'étreignant méchamment, ont roulé
Et leur peau fleurira l'aridité des ronces.
« Duellum » - Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
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Ted paraissait plus calme que ce à quoi elle s'attendait. Il avait l'air de vouloir garder une respiration régulière, et un certain flegme vis-à-vis de sa situation. Mais au fond, peut-être était-il terrifié, elle n'en savait rien.
Meryl baissa la tête. Maintenant, qu'allait-il se passer ? Est-ce qu'ils allaient d'abord faire son procès ou allaient-ils se jeter sur lui pour le dévorer ? Elle ne voulait pas voir ça. Mais elle ne pouvait pas reculer non plus. Alors elle n'avait d'autre choix que de le regarder dans les yeux.
Elle y vit une lueur de reproche qui la fit se pétrir de honte. Avait-elle le choix ? D'une certaine manière, peut-être. Elle avait le choix de se sacrifier pour lui permettre de rester en vie, et de le laisser faire ce pourquoi il s'était enfui. Meryl n'avait jamais su ce qu'elle voulait, alors elle s'en remettait aux autres, à leurs idéaux.
« Alors, petit, on abandonne volontairement ses petits camarades ? On profite de la belle vie tout seul ? Ce n'est pas gentil. Tu devrais pourtant savoir ce que ça veut dire, « être soudés » ? Si tu t'en étais tenu à l'adage, tu serais là-bas en bonne forme et tu n'aurais pas fini bêtement ici. »
Ted semblait s'appliquer à ravaler ses mots. Il savait que le moindre faux-pas ferait bondir ces hommes, et que par-là même ils n'attendaient qu'une perte de patience de sa part. Chaque geste pouvait lui coûter, à présent.
« Remercie ta belle surveillante, gamin. Elle a tenu à te retrouver. Heureusement qu'elle est tombée sur nous, sinon elle restait gelée dans ce champ pour un long bout de temps. »
Il jeta un regard oblique à la jeune fille. Elle gardait les yeux fixés devant elle, l'air apparemment indifférent. Néanmoins, quelque chose trahissait ce qu'elle pensait réellement : elle se tordait les mains, inconsciemment. Tout allait mal se passer, il le sentait.
« Rassure-toi tout de même. On est là désormais mais on ne te ramènera pas chez toi. Figure-toi qu'on nous a dit de faire tout ce qu'on voulait de toi, alors on va profiter. »
Il sentit un frisson glacé lui traverser l'échine. L'homme qui avait parlé tout le long de la scène rapprocha son visage du cou de Ted, et renifla bruyamment. Il soupira d'aise avant d'éclater d'un rire ravi.
« Exactement la même odeur que son père. J'aurais aimé qu'elle soit plus forte, quand même. »
Il eut alors un mouvement brusque qui surprit le groupe. Le teint livide, Ted ne put se retenir plus longtemps. Il lâcha ces quelques mots :
« Mon père ? Vous… Vous le connaissiez ? »
Il se passa un moment, avant que Fenrir Greyback ricane, amusé par l'ironie de la situation.
« Exact. Depuis l'âge le plus tendre. Il aurait pu être un allié fidèle si je l'avais pris sous mon aile plus tôt. Mais bon, on ne peut pas réparer les erreurs du passé. »
Il saisit tout d'un coup le garçon au cou, lui enfonçant le bout de ses ongles crochus dans la gorge, à un point tel qu'il se retenait de respirer, s'attendant avec terreur à ce qu'on l'égorge.
« Tu as peut-être un mot à dire à ta jolie surveillante, un message à faire passer ou quelque chose comme ça ? »
Non, ça ne pouvait pas se passer comme ça. Tout d'un coup rempli de haine, son regard obliqua vers la vieille furie, et la fusilla. Contrairement à son souhait, elle ne s'écroulait pas au sol, comme touchée en plein cœur, mais elle avait l'air aussi terrifiée que lui. C'était au moins ça de gagné. Il devait trouver quelque chose qui fît encore plus mal.
« Salope. »
Le mot lui avait échappé, mais portait ses fruits, apparemment. Meryl tressaillit. Un énorme rire répondit à sa remarque :
« Joliment balancé, ça. Tu as plus de répondant que je le pensais. Très bien, alors… Voyons voir si le goût que tu as est aussi savoureux que l'était celui de ton père. »
A l'évocation du nom de ce dernier, il vacilla de nouveau, mais resta retenu à la poigne de Greyback, s'attendant à ce que son jugement tombe. Mais cela ne se passa pas exactement comme il le prévoyait.
« S'il vous plaît, arrêtez. »
La petite voix avait retenti, brisant l'atmosphère sinistre qui s'était abattue. Tout le monde se tourna comme un seul homme vers Meryl. Elle avait les poings serrés et crispés sur sa robe déchirée et terreuse.
« Je crois pas que tu aies ton mot à dire. Je t'avais prévenue tout à l'heure, tu es sourde ou quoi ? » maugréa l'homme, en la vrillant de son regard clair.
Ted était surpris qu'elle intervînt de cette façon-là. Soit elle était effectivement très bête, soit son commentaire l'avait plus touchée qu'il ne le pensait. Malgré ses tremblements, elle avait l'air décidé.
« Arrêtez, je vous en prie. Vous ne pouvez pas faire ça.
-Tiens donc. C'est bien ce que je pensais, tu es sourde. Tu sais ce que je t'avais promis si tu continuais à me taper sur les nerfs à propos de ça, la miss ? Tu le sais ? »
Ah, d'accord. Du chantage. Ted se mordit la lèvre inférieure. Peut-être qu'elle n'était pas si lâche qu'il le pensait au premier abord, ou alors elle voulait qu'on lui épargne le spectacle de lui égorgé au sol.
Parce que c'était ainsi que cela devait se passer.
« Pourquoi voulez-vous faire ça ? Il ne vous a rien fait. Il a juste commis le crime d'être né…
-Ah oui, il y a de ça, ricana le loup-garou. Mais pas que. En fait, il tombe même rudement bien, ce môme, puisque ça faisait longtemps que je rêvais de tuer un Lupin. »
Encore une fois l'évocation de son nom. Ted comprit tout d'un coup qu'il tenait sa chance de mieux le connaître, à travers cette conversation. Même si l'heure actuelle devait être sa dernière.
« Cet abruti a choisi le mauvais côté, malgré mes efforts pour l'enrôler. Pourtant, d'une certaine manière, c'est moi qui l'ai fait naître. Il aurait pu laisser tomber tous ces crétins de sorciers pour rejoindre la meute, et faire un malheur à mes côtés. Comme les autres.
-Vous voulez dire que son père était… ? » questionna Meryl, sans aller plus loin.
L'idée faisait son chemin dans la tête de Ted.
« Assez bavardé. Tu nous retardes, gamine, et nous devons te ramener vite fait bien fait auprès du Seigneur.
-Le… Le Seigneur ? Mais… » balbutia Meryl, une nouvelle fois abasourdie.
Le loup-garou fit un signe et soudain, Meryl sentit quelque chose de froid contre sa gorge, la forçant à se taire.
« Je m'occuperai de te remettre les idées en place après. Maintenant, revenons à nos agneaux… »
Ted était encore abasourdi, si bien qu'il n'avait pu profiter de la diversion que lui offrait la fille. De toute manière, c'était vain. Il savait que ce genre de créature était très rapide et il n'aurait fait qu'une bouchée de lui malgré sa vitesse hors norme.
Meryl était entravée. Néanmoins, elle venait d'apercevoir, à ses pieds, la baguette de Ted, abandonnée. Personne n'y prêtait attention, comme elle se confondait aux branches traînant à terre. Le loup-garou derrière elle semblait déterminé à la garder en joue jusqu'à ce que la tâche funeste de son chef fût terminée, mais elle ne pouvait clairement pas laisser cela se passer. Elle bougea légèrement le pied, veillant à ne pas se faire remarquer, pour coincer l'objet dessous et le ramener vers elle.
« A ton avis, à quelle sauce devrais-je te faire cuire ? J'aime la viande crue, mais je n'ai rien contre un plat cuisiné à feu doux… susurra Fenrir.
-Tu ne devrais pas te fatiguer à faire un feu, Fenrir. Contente-toi de faire ce que tu as à faire. »
Comme elle voyait la respiration du garçon s'accélérer, et la pression des ongles crochus s'accentuer sur sa peau, Meryl sut qu'elle devait faire vite. Faisant semblant de paraître horrifié, elle se cacha le visage dans une main et fit mine de chuter, comme si elle venait de faire un malaise.
« Allons donc, elle n'a pas fini, elle. Quelle petite nature. »
C'était la voix d'un Rafleur, ironique et méchante. Elle n'y prêta pas attention, au moins son coup, bien que peu débordant d'imagination, fonctionnait. Sa main était désormais toute proche de la baguette, et elle priait pour que personne ne la remarquât. Par chance, les autres semblaient se désintéresser d'elle pour regarder dans la direction de Lupin et de Fenrir. Ce dernier prenait son temps, mais son impatience de plus en plus visible montrait qu'il n'allait pas tarder à passer à l'action.
« Quel dommage, quand même. La chasse sera passée tellement vite. C'est à cause de mon empressement de te rencontrer, sûrement. Tu veux que je te laisse courir encore un peu ? Tu veux me faire voir jusqu'à quel point tu cours vite, pas vrai ? Alors ? »
Mais Ted ne voulait, ou ne pouvait pas parler. De légères gouttes de sueur apparaissaient sur son front, et il songeait à ses camarades, là-bas, au Pensionnat. Il avait peur de ne pas les revoir, ni les sauver. La surveillante, visiblement sensible, s'était écroulée au sol. C'était étrange qu'elle ne semblât pas plus ravie que lui de cette situation. Toutes les surveillantes étaient sadiques, elles n'auraient pas regretté sa mort. Mais celle-là…
Ce fut en jetant un coup d'œil vers elle qu'il comprit alors son stratagème.
« Tu ne veux pas répondre, petit morveux ? Alors dis-moi tes derniers mots.
-At...tention, » parvint-il à haleter, esquissant une grimace en guise de sourire.
Les autres furent pris au dépourvu par l'incongruité de la remarque, mais ce fut le moment que choisit Meryl pour s'emparer de la baguette et lancer un sortilège au hasard.
« Stupéfix ! »
Par chance, elle visa juste, car elle entendit un cri étouffé l'instant d'après, semblable à un gémissement canin. Elle se releva brusquement et fit face au groupe, les menaçant tous de sa baguette. Son acte était désespéré, mais elle avait au moins réussi à créer une diversion.
Sous le coup de la surprise, Greyback avait lâché Ted. Ce dernier, soulagé de ne plus sentir sa vie menacée, en profita pour s'esquiver. Voyant qu'elle avait réussi son coup, Meryl pointa sa baguette sur chaque personne qui l'encerclait. Certains avaient des rictus ironiques, mettant en doute sa crédibilité, d'autres se montraient menaçants. Scabior observait la jeune fille avec un sourire en coin. Elle était plus futée qu'elle n'en donnait l'air.
« Toi… » grogna Fenrir, mécontent de voir sa proie lui échapper.
Il commença à s'approcher dangereusement, mais à ce moment-là, elle tourna sa baguette vers lui. Il éclata de rire.
« Tu crois vraiment me faire peur avec cette brindille ? Allons… »
Il sembla prendre son élan, prêt à bondir, quand soudain, quelqu'un se mit à crier.
Ted était revenu avec une branche morte dont il s'était servi pour tenter d'assommer l'un des sbires.
« Fais gaffe, Fenrir, tu es en train de te faire déjouer par deux pauvres gosses, dit Scabior, ne pouvant réprimer son amusement.
-Alors, viens m'aider ! Tu ne fais rien ! »
Poussant un profond soupir, le Rafleur sortit sa baguette et, sans crier gare, saisit violemment Meryl en enroulant un bras autour de son cou, l'attirant vers lui. Elle se retrouva bloquée contre son torse, suffocante.
« Maintenant, tu ne fais plus de manières, jeune fille, » murmura t-il, presque tendrement, en pointant le bout de sa baguette sur sa tempe. Il s'efforçait de faire desserrer sa prise sur la baguette qu'elle tenait encore.
« Passe-moi ça ! » cria Ted, en voyant Meryl aux prises avec le grand homme. Il tendit le bras en murmurant « Accio baguette ! » et elle sentit immédiatement l'objet se battre pour rejoindre son propriétaire. Elle le lâcha avant que Scabior eût pu mettre la main dessus.
« Stupéfix ! » s'exclama t-il, en visant Greyback.
Ce dernier, agile, manqua le sort de justesse mais poussa un cri de rage.
« Je te jure, dit-il, je te jure, que je ne laisserai rien de toi une fois tout ça terminé ! »
Le garçon ne répondit pas. Il envoya un autre sort à Scabior qui esquiva en tenant toujours son otage serré contre lui, sans retirer sa baguette de la tempe de Meryl.
« Gamin, s'écria ce dernier, si tu veux voir ton amie mourir, ça ne tient qu'à toi. Alors dépose les armes et peut-être que tout ira bien. »
Sa proposition, dite très calmement, n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Néanmoins, si Ted arrêta un instant de se battre, il gardait sa baguette avec lui, tandis que Scabior semblait mettre sa menace à exécution en appuyant son arme contre le crâne de la jeune fille comme s'il voulait y faire un trou. Cette fois, c'était elle qui avait peur. N'avait-il pas dit qu'il n'hésiterait pas à la tuer ?
Greyback profita de l'occasion en or qu'il tenait pour bondir et plaquer sa proie au sol, ne lui laissant pas le temps de se débattre. A présent, il le dominait, approchant son visage monstrueux du jeune visage de l'adolescent. La baguette de ce dernier était retombée par terre, à un mètre.
« Tu vas voir ce que ça coûte aux petits merdeux comme toi de me contrarier, » cracha le loup-garou.
Il dévoila une bouche pleine de dents pointues et gâtées, laissant deviner à Ted ce qu'il comptait faire.
Meryl voyait la chose se faire avec horreur. Elle se débattit, mais Scabior avait une poigne forte, et elle n'était pas assez robuste pour échapper à son emprise. Elle chercha un autre moyen, trouva son bras nu, et même si cela ne l'enchantait guère, le mordit avec toute la force qu'il lui était possible d'avoir. Elle entendit un gémissement tandis que l'étreinte se desserrait, et elle se faufila sous le bras blessé de son cerbère.
« Sale petite… » vociféra Scabior, reprenant contenance, avant de se jeter sur Meryl pour l'empêcher d'aller plus loin. Mais il ne parvint qu'à se saisir de sa jambe droite, et malgré elle, elle tomba à genoux, en poussant un cri. Elle regarda derrière elle, pour le voir prêt à l'aplatir au sol sans autre forme de cérémonie, et elle se mordit la lèvre. Elle se déroba du mieux qu'elle pouvait, même si l'autre était plus rapide qu'elle.
Elle heurta quelque chose, et l'instant d'après, Fenrir Greyback relevait la tête, surprenant ce qui l'avait bousculé au moment de mordre Ted au visage.
« Scabior, je n'autorise personne à me gêner.
-Elle résiste, » répondit ce dernier.
Néanmoins, il avançait lestement pour l'attirer hors de la scène.
Ted avait profité de l'inattention passagère de son bourreau pour reprendre sa baguette, et au moment où ce dernier retournait la tête pour vaquer à sa tâche, il lança un sort, suffisamment vicieux pour lui permettre de prendre la fuite avant que tout se gâte. Tous deux, Meryl et lui, avaient été déjà assez fous pour oser s'en prendre à tout un groupe de prédateurs expérimentés.
L'autre poussa un cri étranglé et il se dégagea, avant de lancer un autre sort à Scabior qui tenait le bras de Meryl. Celle-ci s'esquiva, se précipitant vers lui. Il la tira par la manche de sa robe.
« Maintenant, on court, » lui dit-il.
Elle hocha la tête, et ils coururent.
Derrière eux, ils entendaient les cris de rage des loups-garous, qui se lançaient à leur poursuite, mais ils accélèrent si bien la cadence qu'ils parvinrent à établir une bonne distance entre eux et leurs agresseurs. Ted courait plus vite que Meryl, mais cette dernière avait déjà de bonnes jambes pour la course à pieds. Néanmoins, elle s'essoufflait vite et au bout de quelques minutes, des crampes se firent sentir sur son côté.
Pourtant, ils étaient toujours talonnés par les traqueurs.
« Faut qu'on les sème, avertit Ted, entre deux souffles. On peut pas courir éternellement comme ça… Un endroit, une grotte… »
Comment trouver une grotte ici ? C'était juste un bosquet. Elle ne dit rien, préférant économiser son souffle. Toutefois, la seconde d'après, il disait à nouveau :
« Séparons-nous. Toi, par là, moi, là. »
Elle regarda la direction qu'il indiquait et hocha la tête, et à son signal, ils partirent dans deux directions différentes.
Elle entendait les cris des loups-garous, principalement la voix rauque de Fenrir qui ordonnait à trois de ses sbires de courir après elle tandis que lui et d'autres se lançaient à la poursuite de Ted. Elle n'en pouvait déjà plus, mais courait en regardant le sol, convaincue que de cette manière elle avançait plus vite. Néanmoins, les bruits derrière elle se rapprochaient, inexorablement, et elle était persuadée de ne jamais pouvoir y arriver. Il ne lui restait qu'à prier pour que Ted s'en sorte, même si sa propre punition quant à sa rébellion serait monstrueuse, de ce qu'avait laissé entendre le chef des loups-garous.
Tout d'un coup, elle perdit pied. Elle venait de percuter une racine et elle chuta lourdement en avant, en poussant un cri d'effroi et de douleur. A l'instant où sa tête percutait le sol, elle sut que c'était vain. Elle n'eut que le temps de voir une étrange fumée argentée qui apparaissait tout d'un coup entre ses paupières, sans doute l'invitation à l'évanouissement. Et elle ferma les yeux, assommée.
~oOo~
« Reviens-moi, disait la voix. S'il te plaît, Meryl…
-Arrêtez, arrêtez… » gémit-elle, et tout d'un coup elle ouvrit les yeux. Elle s'était agitée dans son moment d'inconscience et au-dessus d'elle, un visage la contemplait avec inquiétude.
« Ah, enfin tu es revenue à toi, dit Ted, apparemment soulagé de la voir encore en vie. Comment ça va ? »
Elle ne comprenait pas tout ce qui lui arrivait. Elle mit un temps à répondre, le temps de porter une main à sa tête et de tâter son front.
« J'me sens sonnée…
-C'est normal. Tu as dû te manger le sol, bêtement, » ricana t-il.
Son visage reprit une expression plus sérieuse.
« Il s'est passé un truc bizarre. »
Meryl se releva, intriguée. Elle avait encore la tête qui tournait et son cerveau semblait en bouillie.
« Quoi ? demanda t-elle.
-J'étais en train de courir, et les autres étaient derrière moi. Lorsqu'ils ont été sur le point de me rattraper, il y a une drôle de fumée grise qui a surgi et, je ne sais pas très bien ce que j'ai vu, mais ils ont eu l'air de souffrir. A tel point qu'ils ont fini par s'enfuir en me laissant tomber. C'est incroyable. Comme je pensais qu'ils avaient dû te prendre, j'ai été immédiatement voir comment ça allait de ton côté. Et c'est comme ça que je t'ai trouvée. »
Elle ne comprenait pas tout, mais hocha la tête. Il avança un bras, comme pour la soutenir, alors qu'elle se mettait en position assise, mais se ravisa.
« Comment se fait-il que tu n'aies pas été capturée ?
-Fumée grise aussi. Je crois, » dit-elle, simplement.
Elle regarda autour d'elle, puis ses yeux se posèrent sur Ted. Elle fronça les sourcils.
« Tiens, tes cheveux ne sont plus châtains. »
En effet, ils avaient viré au bleu-vert.
« Ah, ça, c'est l'émotion, » se justifia t-il, un peu gêné, avant de leur redonner une couleur normale. Il parut soucieux.
« A quoi ça peut bien être dû, cette fumée ? C'est étrange, quand même.
-Aucune idée. Je n'ai pas envie de m'interroger dessus pour le moment. »
Il soupira, puis tout d'un coup, sembla hésiter.
« Eh bien… Je crois que je dois te remercier. »
Elle le contempla avec surprise.
« Pourquoi ?
-Pour m'avoir sauvé la vie. J'ai trouvé ça très étonnant de ta part. Pourquoi as-tu agi ainsi ? Tu n'es qu'une surveillante… »
Maintenant qu'il lui posait la question, Meryl n'arrivait pas vraiment à trouver de réponse exacte. Elle ne l'avait pas sauvé parce qu'il était différent des Héros. Elle ne l'avait pas sauvé pour lui rendre service. Elle l'avait sauvé parce que ce qu'avait l'intention de faire Fenrir Greyback avait été au-delà de son imagination.
« Une chose est sûre, je ne l'ai pas fait pour toi, » répondit-elle, d'un ton péremptoire.
Ted fronça les sourcils et une ombre passa dans ses yeux. Il se releva.
« Très bien, alors. Tu voulais juste préserver tes petits yeux innocents. »
Comme il s'éloignait, Meryl eut peur.
« Tu vas me laisser ? »
Il se retourna.
« Bien sûr que non. Après ce que tu as fait, ce serait lâche, qu'importe tes raisons d'ailleurs. »
Il avait l'air ennuyé, mais ses mots étaient sincères. Elle sentit son cœur se réchauffer.
« Tes cheveux sont vraiment sales, et tes vêtements, c'est une horreur. Quoique les vêtements des vieilles étaient déjà moches à la base, mais là ça ne ressemble plus qu'à des guenilles. »
Meryl n'avait pas vraiment prêté attention à sa tenue durant le voyage. Maintenant qu'elle se contemplait, elle se sentait effectivement très sale, et peu présentable. Sa robe était déchirée par endroit, on voyait le tissu blanc qui dépassait sous la couche noire. Elle ressemblait à un fantôme, ou un zombie, quelque chose du genre d'après ce qu'elle avait entendu dire par les Moldues qu'elle espionnait.
« Au fait, sympa ton stratagème. Basique, mais c'est dans ces moments-là qu'on sait que ça marche toujours. »
Elle cligna des yeux, puis se souvint vaguement de son évanouissement improvisé. Elle sourit légèrement mais ne répondit rien.
« Puis, tu t'es bien débrouillée. Ma baguette t'a répondu, c'est assez étonnant, vu que de ce que j'en sais les baguettes ne reconnaissent qu'un propriétaire et fonctionnent moins bien lorsque quelqu'un d'autre se sert d'elles.
-Il peut arriver qu'une baguette accepte quelqu'un d'autre comme maître. C'est rare mais pas impossible, » ajouta t-elle.
Sa tête tournait toujours, elle trouvait cela inquiétant.
« Tu as l'air intelligente. C'est étonnant, de la part de quelqu'un qui a fini dernier de la liste. »
Meryl eut un mouvement brusque et fusilla Ted du regard.
« Oh, je dis ça comme ça. Je l'ai entendu en écoutant deux surveillantes parler de toi. Comment tu t'es débrouillée pour être la plus mauvaise élève de ta promotion ? »
La jeune fille laissa passer un moment, puis soupira. Elle releva ses genoux et posa son menton dessus, en nouant ses bras autour de ses jambes comme pour créer une armure protectrice.
« Je ne suis pas assez forte pour m'en prendre aux plus faibles. »
Cette simple réponse en disait déjà long. Le temps de l'analyser, et la mine de Ted se renfrognait, comprenant ce qu'elle voulait dire :
« Est-ce qu'ils ne fonctionnent que sur ces critères ? Est-ce qu'ils n'ont pas d'autre moyen de gouverner ? »
Le jeune garçon comprenait mal que l'on puisse faire souffrir tant de gens pour des raisons obscures et sans doute idiotes. Pourquoi le punir lui pour ce qu'il était : l'enfant de Rebelles ?
Il s'arrêta sur cette pensée, et un sentiment de malaise tel qu'il n'en avait jamais ressenti surgit. Il avait du mal à digérer le peu de détails qu'avait daigné donner cet horrible monstre.
Il avança vers Meryl et s'assit à côté d'elle. Elle se mit prudemment de côté, ce qui ne l'empêcha pas de voir son geste. Il se fichait de son dégoût. Au moins, elle ne ressemblait pas aux autres.
« Ce qu'a dit ce sale type, tout à l'heure… Sur mon père… »
Elle comprit de quoi il parlait.
« Un loup-garou ? »
Il se mordit la lèvre inférieure. Il y avait beaucoup de choses qu'il ne parvenait pas à saisir.
« Il a laissé sous-entendre qu'il a mordu mon père. Ce qui veut dire que mon père était… comme lui… Mais les loups-garous sont horribles, non ? Ils travaillent pour le Seigneur ? Alors pourquoi mon père a été du côté des Rebelles ? »
Meryl haussa les épaules. Elle n'en savait rien, elle souhaitait même s'en moquer un peu, pour le moment, tant elle était fatiguée.
« J'ose pas y croire…
-Ne te pose pas tant de questions. Tu ne sais pas tout. Quelle heure il est ? »
Elle avait oublié de faire le décompte, sa montre s'étant cassée dans la bataille. Par miracle, Ted en avait une, apparemment intacte. Elle tenait dans un simple gousset qu'il sortit d'une poche de sa veste.
« Onze heures trente. Déjà tard. Nous sommes le vingt-sept décembre.
-Le vingt-sept ? Oh… »
Elle n'en dit pas davantage.
« C'est demain la pleine lune, non ? Il y avait cet homme, Scabior, qui était avec Fenrir. Il me l'a dit. »
Ted sentit un frisson lui traverser l'échine. Si les loups-garous étaient encore à proximité, ils risquaient d'en pâtir… Il demanda à Meryl d'un ton abrupt :
« Tu te sens capable de bouger, ce soir ? »
Malgré son épuisement, elle reconnut l'urgence dans sa voix. Elle fit l'effort de se lever, mais aussitôt, un vertige violent la saisit, la faisant chuter vers l'arrière. Tant bien que mal, son compagnon la rattrapa.
« Je ne pense pas. Qu'est-ce que tu as ?
-J'ai envie de dormir… »
Elle entendit un soupir, et le jeune garçon la ramena doucement vers le sol.
« Je crois qu'on a pas le choix. Tu as intérêt à être en forme pour demain. »
Elle eut un sourire de reconnaissance. Néanmoins, quelque chose la dérangeait. Certes, on était tard le soir, et les évènements récents l'avaient bouleversée, mais comment pouvait-elle être fatiguée à ce point ? Son corps entier était engourdi…
« Fais de beaux rêves, » entendit-elle, avant de sombrer.
~oOo~
Plus loin, les Rafleurs reprenaient leurs esprits. Ils ignoraient ce qu'il s'était réellement passé, seulement d'avoir tous ressenti une intense douleur, proche d'un Doloris ou de quelques milliers de couteaux plantés dans chaque centimètre de leurs corps. Scabior en premier était fou furieux à l'idée que leurs proies se fussent échappées. Cela ne devait pas se passer ainsi. De son côté, Fenrir semblait tranquille. Il se contentait de se reposer, affalé comme un chien sur le sol. Il avait les yeux fermés, c'était le signe qu'il réfléchissait.
On voyait rarement Fenrir Greyback réfléchir. Ce dernier avait le sang tellement chaud que c'étaient ses sens qui lui dictaient en général ce qu'il devait faire. Mais dans les cas comme celui-ci, comprenant une circonstance exceptionnelle, on pouvait assister à ce spectacle étrange et rare. Scabior concentra son attention sur lui, fasciné.
« A quoi penses-tu ? » se risqua t-il à demander, au bout d'un moment.
Les autres prêtaient une oreille attentive, même s'ils faisaient semblant de récupérer à leur tour.
« A ton avis, grogna le chef des loups-garous, manifestement de mauvaise humeur (ce qui n'était guère étonnant). Au moyen de leur faire payer ça. Surtout à cette traîtresse.
-Tu sais que si nous n'accomplissons pas la mission, le Seigneur sera furieux.
-J'imagine que tu devines à quel point. C'est moi qui avais la responsabilité de la tâche, et ça va me retomber dessus. »
Scabior frissonna. Fenrir était certes un colosse, mais même un colosse de sa trempe aurait du mal à rester de marbre face au Chef Suprême. Un Chef Qui avait mené la révolution et instauré un régime inébranlable, construit selon Ses propres souhaits, et qu'Il voulait incontestable. Il était parvenu au sommet de Son ambition au prix de la vie de la plupart de Ses fidèles les plus dévoués.
« Que projettes-tu de faire ? »
Il y eut un moment de silence, où chacun attendait, impatient de connaître la marche à suivre. Finalement, un rire rauque retentit, qui semblait provenir d'outre-tombe.
« Quelque chose qui leur fera regretter de ne pas être morts à la naissance. »
Dans le prochain chapitre…
Elle regarda autour d'elle. Il avait été légitime pour elle d'avoir eu peur : leur environnement devait auparavant avoir été très boisé, mais il ne restait que des arbres morts pour une grande partie d'entre eux et totalement dépourvus de feuilles, rendant à l'atmosphère un ton des plus lugubres, si tant est que l'on pût faire plus macabre. Les chemins de terre, auparavant nombreux, se raréfiaient et se transformaient en des routes étranges, parfois droites ou sinueuses, faites d'une matière grisâtre et craquelée par endroits. Meryl reconnut dans un frisson d'effroi quelque invention moldue, qu'elle voyait pour la première fois. L'herbe était rare et abîmée. Tout était désolé.
Néanmoins, elle n'arrivait pas à saisir la nuance entre l'odeur à laquelle elle était habituée auparavant et celle-ci : Ted devait avoir un odorat développé, en plus d'une extraordinaire rapidité, et pour lui, cela relevait de l'évidence. Mais elle pouvait toutefois reconnaître qu'en effet, il y avait dans l'air quelque chose de différent, qui la mettait mal à l'aise.
« Je crois que c'est Oxford.
-Oxford ?
-L'ancienne ville. Celle dont je te parlais. Celle qui n'existe plus en tant que telle. C'est une ruine, maintenant, regarde. Mais on touche au but.
-Oxford… »
J'imagine que vous êtes soulagé(e)s de voir qu'ils s'en sont tirés, mais pour autant, ils ne sont pas tirés d'affaire. Ils ont encore du chemin à parcourir et il n'est même pas sûr qu'ils trouvent ceux qu'ils cherchent...
Je crois que j'aime faire monter la tension.
Sinon, eh bien, à la prochaine fois, pour une petite visite guidée de la ville fantôme.
