Chapitre 14
John attendait patiemment devant leur porte. Elles finirent par sortir. Root souriait et Shaw semblait plus…détendue.
– Tiens, dit-il à Shaw, en lui tendant une petite oreillette. Harold m'a dit que la machine voulait que nous en portions tous une pour que nous puissions l'entendre.
– Où est-il ? Demanda Root.
– Greer voulait avoir une entrevue avec lui, il est parti il y a quelques minutes.
Il les regarda sérieusement.
– Vous vous souvenez du plan ?
Elles hochèrent la tête en silence.
Claire arriva à leur hauteur, un sourire niais sur le visage. Shaw plissa les yeux.
– T'as l'air d'une conne. Pourquoi tu souris comme ça ?
Claire tourna la tête vers elle.
– Parce que contrairement à toi, je ne suis pas l'incarnation de la mauvaise humeur…
John entoura les épaules de Claire d'un geste protecteur en l'entraînant vers les escaliers avant que Shaw ne puisse répondre.
– Harold est triste que vous vous soyez disputés, commença-t-il.
– Ouais, je sais, répondit Claire en baissant la tête.
Shaw les observa s'éloigner.
– Mauvaise humeur, mauvaise humeur, bougonna-t-elle. C'est n'importe quoi, je suis toujours de bon poil ! Non ? Demanda-t-elle à Root.
Elle surprit un regard plein d'adoration de sa part pour toute réponse.
– Oh, ne commence pas ! Grogna Shaw avant de se mettre en marche.
Root la suivit silencieusement en souriant intérieurement.
Lambert les attendait en bas des escaliers, il les conduisit à une grande salle. Plusieurs tentures blanches accrochées au plafond, tapissaient l'allée centrale. Chacune d'elles portait un triangle rouge, pointe en haut, sous un petit trait noir horizontal.
– C'est le symbole de Samaritain, dit-il simplement devant leurs interrogations silencieuses.
Dans la grande salle, ils attendaient en silence. Shaw remarqua l'arme de Lambert et celles des gardes. La sienne lui manquait, néanmoins il ne serait sans doute pas très difficile de le désarmer …
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Harold entra dans une salle de taille moyenne et lumineuse. Pour tout meuble, deux chaises se faisaient face. Il regarda l'homme qui s'avança vers lui. Les cheveux blancs, les yeux bleus, marqué de rides profondes, une certaine maîtrise et assurance se dégageaient de sa personne.
– M. Finch, dit-il avec un sourire, je vous en prie, asseyez-vous.
Il regarda autour de lui.
– Veuillez excuser la décoration minimaliste. C'est un plaisir de mettre un visage à votre nom.
– Majesté…
– M. Finch, pas de ça entre nous, vous pouvez m'appelez M. Greer.
Harold s'approcha d'une des chaises et s'assit. Greer s'installa en face de lui. Vêtu d'un scapulaire noir élégant, un cercle blanc sur la poitrine entourait le petit triangle rouge et le trait noir. Une couronne fine et entrelacée en argent encerclait sa tête, au centre de celle-ci, figurait le même emblème que sur son poitrail.
Greer observa Harold qui l'étudiait.
– Vous semblez intéressé par ce symbole.
– Plus par les couleurs…
Greer leva un sourcil.
– Le rouge, le noir et blanc furent, il me semble, commença Harold, dans les temps anciens sur la Terre, les couleurs de….
– L'alchimie.
– Oui.
Greer eut un petit sourire.
– Je dois dire que je vous admire, M. Finch, vous m'impressionnez, vous connaissez tellement de chose sur la race humaine. Et puis nous partageons le même amour pour notre peuple et son histoire… Un peuple qui a besoin d'être guidé…
– Par vous ? Le roi Greer ?
Harold parlait doucement, tout en fixant l'homme en face de lui.
– Vous me faites penser au personnage de Daniel Dravot…
Greer réfléchit un instant, puis son visage s'illumina.
– Ah… Mais je n'ai jamais voulu être roi… Et je ne pourrais pas être comparé à Iskander… Non, M. Finch, je ne suis qu'un pion, pour apaiser les humains de cette planète, le véritable berger de ces moutons ne peut être que Samaritain.
– Samaritain ? La galaxie ?
– Oui, mais c'est aussi comme cela que nous nommons notre machine… Comment appelez-vous la vôtre ?
Harold le regarda un instant puis murmura :
– Athéna…
Greer sourit.
– Bien sûr… Vous deviez vous attendre à ce que ce moment arrive. Ou pensiez-vous que personne d'autre que vous, ne pourrait y arriver ? Créer une Intelligence Artificiel, capable de voir et diriger le monde entier… J'avoue que vous avez réussi à déjouer tout le monde. Nous nous sommes tournés vers M. Ingram, pour finalement nous apercevoir que le créateur de votre machine n'était pas lui.
Harold regardait discrètement son bracelet une petite diode verte lui révéla que la machine avait terminé, le signal devait être donné à l'instant même à son équipe. En entendant le nom de son frère, il demanda.
– Où est Nathan ?
Greer soupira.
– J'ai bien peur qu'il ne nous ait quittés. Martine a parfois la main un peu lourde lorsqu'elle s'énerve… Mais sachez qu'il a résisté un moment avant de craquer…
Harold baissa la tête. Son frère était mort… Il l'avait pressenti, ces hommes ne plaisantaient pas, mais l'espoir avait toujours été présent.
Greer lui accorda un instant pour digérer la nouvelle puis :
– Je sais qu'un homme tel que vous, ne serait pas venu sur Decima sans un plan…
Il n'eut pas le temps d'approfondir son interrogatoire. La porte d'entrée s'ouvrit sur John, un pistolet à la main. Il interrogea Harold du regard qui hocha la tête. Il n'en fallut pas plus pour que son homme de main tire sur Greer qui tomba par terre. Il se mit à saigner abondement.
En fond sonore, le bruit d'une bataille trahissait l'activité de la pièce d'à côté.
– Il faut y aller, Harold. Où est Nathan ?
– Nathan est mort.
– Alors il faut partir et vite.
Harold se leva et suivit John. Il se retourna, écoutant les dernières paroles de Greer.
– Pour un esprit aussi brillant, M. Finch…vous êtes un très mauvais joueur d'échecs… C'est pourquoi vous avez déjà perdu…
Harold leva les yeux vers la porte du fond de la pièce qui venait de bouger. Un jeune garçon d'une dizaine d'années entra et marcha vers Greer, il lui prit doucement le poignet et colla son bracelet au sien. Greer eut un faible sourire pour le garçon et ferma les yeux, mort.
L'enfant leva les yeux vers lui. Son regard était froid.
Harold entendit son nom crié par John qui l'attendait, juste avant de sortir de la pièce, il ne put se retenir de frémir en entendant la phrase qu'énonça le petit blond.
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N/A : Daniel Dravot est un des personnages du livre L'homme qui voulut être Roi de Rudyard Kipling, Iskander fait référence à Alexandre le Grand dans l'histoire.
