Hey ! Le prochain chapitre sera donc la fin de la transition, et plus ça va plus je me dis que je suis vraiment à la bourre... J'ai encore pas mal de chapitres d'avance, hein, mais j'ai l'impression que je vais finir par être en retard, et j'aime pas ça ! Du coup... Je sais que j'avais dit que normalement je n'aurais pas besoin de faire de pause entre la transition et la partie 2, mais je vais peut-être en faire quand même une, juste pour me rassurer, en sachant que je n'aurais pas d'ordinateur pendant toute la première semaine des vacances de noël, donc je ne pourrais pas écrire pendant cette période, et après c'est noël, donc... Je vais sûrement faire une pause d'une semaine ou deux, le temps de vraiment prendre de l'avance, et comme ça je pourrais aussi m'avancer dans mes autres fics...
Mine de rien, ça fait un an que j'écris cette fiction (si si, je vous promet) et c'est un peu pesant, vu que j'ai pas l'impression d'avancer des masses et que je suis obligée de me forcer à écrire le week-end pour maintenir un rythme de parution correct... Enfin bref, j'espère que ce chapitre vous plaira, pour ceux qui sont au lycée et au collège (je ne connais pas les dates des vacances de ceux qui sont en études supérieurs), tenez bon, plus qu'une semaine avant les vacances ! Et... Je posterais la fin de la transition la semaine prochaine, et après je ferais une pause. Bonne lecture, (on a dépassé les deux mille vues, les gens, c'est énormes !) et à la semaine prochaine, bye~
Réponses aux reviews :
Chocomy : Eh oui, Gilbert va être vraiment très important dans cette fic, surtout dans la partie 2 en fait... Bonne lecture !
Felili : Mieux vaut tard que jamais ! Merci beaucoup, ça me fait plaisir que ma fic te plaise, et c'est vrai qu'elle est un peu malfaisante... (oui, ce mot n'existe peut-être pas, et alors ?) C'est vrai qu'Allistor est un peu tête à claque des fois, mais c'est pour ça qu'on l'aime ! J'espère que ce chapitre te plaira aussi !
Guest : Merci !
Les jours passaient et se ressemblaient dans le foyer. Arthur et Allistor avait fini par y trouver une certaine routine, et ils réapprenaient doucement à vivre comme des enfants normaux. Ils avaient toujours quelques réflexes qui prouvaient qu'ils n'avaient pas vraiment eu une vie parfaite -Arthur fuyait toujours tout contact quel qu'il soit, et Allistor n'était jamais très à l'aise quand on le touchait, et pouvait parfois se montrer violent- mais ils s'en sortaient tous les deux plutôt bien. A la suite de sa crise, Arthur avait eu de nombreux rendez-vous avec un psychiatre, ce qui était peut-être la chose qu'il détestait le plus dans son emploi du temps minutieusement calculé. Il n'aimait pas parler de lui, encore moins à un étranger. Alors parler de ce qu'il s'était passé avec son père, dans cette foutue baraque… Il ne fallait pas trop lui en demander. Mais il ne protestait pas, parce qu'Allistor semblait croire que cela marchait même s'il tentait de se montrer indifférent, et cela rassurait Kate. La vérité, mais ça seul lui et ce foutu psy le savait, c'était qu'Arthur refusait tout bonnement de parler. Et le médecin ne le forçait pas. Il finirait bien par se livrer de lui-même.
Ce brusque retour à une vie normal -enfin, retour pour Allistor et commencement pour Arthur- avait aussi modifié leur façon d'être. Surtout pour le cadet, en fait. Allistor était toujours aussi bougon, pas très poli, s'énervant pour un oui ou un non. Il recommençait à mettre de la distance entre lui et son frère, mais sans vraiment faire exprès cette fois. C'était qu'il passait énormément de temps avec Francis, Antonio et Gilbert. Surtout Gilbert. Il avait un peu de mal à se faire au caractère toujours joyeux d'Antonio, et c'était certainement celui qu'il appréciait le moins. En revanche, il appréciait beaucoup Francis, avec qui il discutait beaucoup et déconnait souvent. Mais s'il avait besoin de se laisser aller, de ne penser à rien, c'était vers Gilbert qu'il se tournait. Avec lui, ce n'était pas pareil. Peut-être parce qu'ils s'étaient mutuellement racontés leurs passés -plutôt rapidement dans le cas d'Allistor. Peut-être aussi parce que l'albinos était le genre de mec à faire beaucoup de bruit et à foncer dans le tas, mais qui au fond était aussi bousillé que le rouquin. Il ne savait pas trop. Mais s'il y avait bien une chose qu'il appréciait dans ce putain de centre, c'était Gilbert. Il continuait de prendre des cours avec lui, parfois un prof du lycée voisin venait pour les aider un peu, et globalement, l'Ecossais n'était pas mécontent de ce fonctionnement.
Et à côté il y avait Arthur. Il avait repris du poids, ses marques s'atténuaient de semaine en semaine, ses engelures avaient presque disparues et ses pieds étaient moins sensibles. Physiquement, il allait mieux. Mentalement, c'était un changement du tout au tout. Lui qui, lorsqu'il était arrivé ici, n'osait même pas s'aventurer hors de sa chambre sans autorisation était désormais presque hargneux, sarcastique et constamment sur la défensive. Concrètement, il ne faisait confiance à personne. Sauf à Kate, qui continuait de lui faire rattraper son retard scolaire avec succès. Son envie d'apprendre facilitait largement la tâche, et la directrice ne cessait de s'extasier devant ses capacités à assimiler les choses rapidement. D'après elle, il pourrait intégrer un collège normal dès la rentrée prochaine, s'il continuait à fournir un travail de cette qualité. Il ne se sentait pas spécialement fier de ses « exploits », pour la simple et bonne raison qu'il savait que tout ce qu'il apprenait, il aurait dû le savoir depuis longtemps. Il ne se sentait pas particulièrement humilié d'être inférieur aux autres enfants de son âge, juste terriblement frustré. Il voulait être meilleur qu'eux, être bon au moins dans un domaine, se prouver qu'il était capable de faire quelque chose de lui-même. Qu'il n'était pas un raté sur toute la ligne.
Il ne parlait pas aux autres enfants, et les autres ne venaient pas lui parler. Il se moquait de lui, de loin. Le garçon chétif, un peu trop petit pour son âge, constamment en train de bouder, avec des sourcils trop épais. Le garçon qui ne parlait pas aux autres, qui restait dans son coin. Quand il était seul, les voix aigues ne cessaient de chuchoter à l'oreille de leur voisin, se moquant de lui, mais il n'y prêtait pas attention. Et quand il était avec Allistor et les trois autres adolescents, les voix se taisaient, mais il sentait leurs regards méprisant et goguenards sur lui. Il les ignorait assez facilement, même si ça faisait mal. Il était assez fort pour supporter ça. Il avait enduré les insultes de son père pendant douze putains d'années, il était bien capable de faire l'impasse sur quelques gamins un peu stupides qui n'avaient rien de mieux à faire que se foutre de la gueule des autres. Et puis Allistor… Et bien il ne le voyait que le matin et le soir. Le reste du temps, il le passait avec Francis, Antonio et Gilbert dans leur chambre, et lui il restait seul ou avec Kate. Parfois il aidait les femmes qui travaillaient à la laverie, plus rarement celles qui étaient en cuisine à cause de son absence totale de talent en matière de nourriture. Disons que le laisser seul dans une cuisine ne serait-ce que cinq minutes se résumait à prendre le risque de se retrouver avec un début d'incendie.
-Arthur, tu devrais aller manger.
Le blond releva la tête de son livre et croisa le regard à la fois joyeux et inquiet de Kate. Il fallait vraiment qu'elle arrête de faire une fixation sur son poids…
-J'irais après, lui assura Arthur avec un demi sourire.
La vieille femme ne semblait pas convaincue, mais elle soupira.
-Comme tu voudras… Essaye de sortir, aussi. Ce n'est pas bon de rester enfermer toute la journée.
Il haussa les épaules et se redressa pour s'étirer un peu. Les chaises n'étaient pas vraiment confortables. Cela faisait maintenant cinq bonnes heures qu'il était dans la bibliothèque, assis au fond dans la salle entre deux étagères, à l'abri des regards. Même s'il n'y avait pas beaucoup de gosses à venir ici. Il aurait pu aller dans sa chambre, il aurait été mieux dans son lit qu'ici, mais il ne voulait pas croiser Allistor. Assez égoïstement, il avait décidé que si son frère ne faisait pas d'effort pour s'occuper de lui, il arrêterait de chercher son attention. Il en souffrait, forcément, mais il y tenait.
Kate repartit comme elle était venu, et Arthur se replongea dans son livre. Il adorait lire, et c'était sûrement dans cette discipline qu'il avait fait les progrès les plus fulgurants. Il ne lisait pas encore un gros pavé en une journée, mais il était déjà plus rapide que quelques enfants de son âge, d'après Kate. Il gardait un dictionnaire à portée de mains, et progressait très vite aussi au niveau du vocabulaire. Il était très organisé, beaucoup trop pour son âge en fait, et ses journées étaient strictement rythmées par un emploi du temps qu'il connaissait par cœur. Il jeta un coup d'œil à l'horloge qui étaient sur le mur d'en face, et plaça un fin ruban rouge dans son livre pour marquer la page où il s'était arrêté. Ca allait être l'heure de son rendez-vous avec le médecin. Ca et le psy, c'était ce qu'il aimait le moins au foyer. Et les autres gamins, aussi. Il rangea le dictionnaire, pris son livre sous le bras, et sortit de la pièce en saluant l'homme assis derrière son bureau qui gérait l'endroit.
Il ne prit pas le temps de faire un détour par sa chambre et fila directement à l'infirmerie. Les couloirs étaient déserts, la plupart des gosses étaient soit dans leur chambre, soit à la cantine. Ca lui allait très bien. Il pleuvait dru dehors, et le bâtiment était assez sombre. Mais au moins, il ne risquait pas d'y avoir une coupure de courant simplement à cause d'une averse.
Il frappa trois fois à la porte de l'infirmerie, et entra dès qu'on l'invita à le faire. L'infirmière, qui était une vielle femme sèche au visage comme figé dans une expression de colère et de supériorité constante, était assise derrière son bureau et consultait des dossiers, ses lunettes fines et carrées repoussées au bout de son nez. Ses cheveux grisonnant mais conservant quelques mèches brunes étaient ramenés en queue de cheval haute, et ses yeux gris le transpercèrent presque lorsqu'elle tourna la tête dans sa direction. La plupart des autres enfants la trouvaient flippante, Francis et Gilbert se moquaient souvent d'elle, mais Arthur l'appréciait. Elle ne fourrait pas son nez partout, et elle faisait son travail avec rigueur.
-Monsieur Kirkland…
Il inclina légèrement la tête en guise de salutation, et s'assit sur un tabouret terriblement inconfortable, posé juste à côté de la porte. La pièce était de taille moyenne, un peu plus petite que le hall mais plus grande qu'une chambre. Une large armoire vitrée se trouvaient derrière le bureau, dans laquelle se trouvaient de nombreux flacons, compresses, et autre matériel médical. Le bureau était en bois sombre et était strictement organisé : des pochettes rangées dans un ordre logique se trouvait en haut à droite, des classeurs en haut en gauche, un téléphone noir juste en dessous, un encrier et des plumes étaient en haut au milieu, et un agenda avec une couverture en cuire bordeaux sous la pile de pochette.
-Le médecin arrivera d'ici cinq minutes, se contenta-t-elle de siffler sèchement.
Arthur ne répondit pas, il savait qu'il n'en avait pas besoin, et il se contenta de se tenir bien droit. Une table d'auscultation se trouvait en face du bureau, contre le mur opposé. Une fenêtre était entre les deux, juste en face d'Arthur, et il put regarder la pluie se déchainer à l'extérieur. Les arbres qui délimitaient le terrain se tordaient dans tous les sens, et le blond se demanda quelques secondes s'ils n'allaient pas finir par se déraciner.
Un silence s'installa, simplement troublé par le bruit que produisait les pages du dossier lorsque l'infirmière les tournait. Finalement, la porte s'ouvrit après que deux coups brusques se soit fait entendre, et un quadragénaire avec un embonpoint prononcé fit son entrée. Sa moustache taillée avec soin ruisselait d'eau, tout comme le chapeau melon noir qui cachait la calvitie de l'homme. Des lunettes rondes reposaient sur son gros nez, et ses joues constamment rouges lui donnait l'air d'être ivre en permanence.
-Excusez le retard, miss Pierce, mais les routes étaient encombrées à cause de la météo…
L'infirmière releva les yeux vers lui, toujours aussi froide, et se leva.
-Vous avez toujours une bonne excuse, lâcha-t-elle en levant dignement la tête.
Vraiment, Arthur l'admirait. Elle avait cette prestance, cette assurance, cette façon de ne pas douter d'elle qui la rendait intouchable. Elle pouvait paraitre hautaine, le blond ne voyait qu'une confiance certainement justifiée en ses capacités. C'était le genre de femme qui avait dû se battre toute sa vie pour être reconnue. Il avait déjà vu ce genre de personne dans des romans, et s'était généralement des héroïnes pleines de courage.
Le médecin se ratatina un peu sur lui-même, alors qu'il faisait déjà une bonne tête de moins que l'infirmière. Il tira nerveusement sur sa cravate pour la desserrer sensiblement, avant de finalement se tourner vers Arthur, semblant se rappeler qu'il était là pour lui à la base.
-Arthur Kirkland. Comment vas-tu depuis la semaine dernière ?
Arthur haussa les épaules et se remit debout, regardant du coin de l'œil miss Pierce ranger le dossier dans un meuble en bois foncé, à côté de la porte.
-Installes-toi, retires ta chemise. Enfin tu connais la chanson…
Le blond n'était toujours pas à l'aise à l'idée de se déshabiller devant d'autres personnes, mais les douches avec les autres enfants avaient fini par lui faire prendre conscience qu'il ne pourrait pas fuir le problème éternellement. Alors certes, il allait maintenant se doucher après tout le monde, mais il avait de nouveau été confronté à la réalité lors de ses fréquentes visites médicales. Et là, pas moyen d'échapper au problème. Il serra légèrement les dents mais ne fit pas d'histoire et défit un à un les boutons de sa chemise blanche. Miss Pierce avait repris sa place derrière son bureau, lançant un regard assassin à la porte dès qu'un groupe d'enfants turbulents passaient devant l'infirmerie en parlant beaucoup trop fort. Le médecin, quant à lui, semblait toujours aussi mal à l'aise en présence de la vieille femme, mais Arthur s'en contrefichait. Il n'aimait pas cet homme, et il appréciait que l'infirmière le remette à sa place.
-Bien… Installes-toi, finit-il par déclarer lorsque le blond eu posé sa chemise sur le tabouret.
Sans opposer de résistance, Arthur monta sur la table d'auscultation et s'y allongea, plissant légèrement les yeux à cause de l'éclairage. Il eut un bref sursaut lorsque le médecin s'approcha jusqu'à être penché au-dessus de lui, mais son nez qui semblait comme écrasé sur son visage et ses joues tombantes et flasques lui rappelèrent que définitivement, ce n'était pas son père. Rien à voir.
-Bon… Les griffures ont presque disparues, c'est une bonne chose. Pas d'infection ou d'inflammation.
Ses mains froides et rêches se posèrent sur le ventre d'Arthur, qui se tendit d'autant plus et retint un sifflement de fureur. Il détestait vraiment qu'on le touche. Sans parler des mauvais souvenirs que cela ramenait, il avait toujours peur de se faire frapper, et il était dégouter de sentir les doigts de qui que ce soit se poser sur lui. Il ne se l'expliquait pas. Parfois, cela lui donnait juste des frissons, parfois c'était plus violent, et il se retenait de vomir. Il se forçait à croire que tout cela allait s'atténuer, et il n'en parlait à personne. Il n'était pas un gamin. Il avait treize ans bordel !
-Il y a encore pas mal de travail au niveau de l'alimentation, jugea finalement el médecin en palpant les côtes encore trop saillantes du garçon, et remonta d'un vague mouvement de main ses lunettes qui commençaient à tomber. Tu manges assez ?
Arthur haussa les épaules. Oui, vraiment, il détestait ce type. Déjà, contrairement à l'infirmière et à son psychiatre, il ne le vouvoyait pas. Cela pouvait paraitre bizarre, après tout il n'était qu'un enfant, mais cette différence l'avait marqué plus qu'il ne l'aurait cru, et l'entendre le tutoyer l'agaçait. Surtout que de tout le personnel médical, c'était peut-être celui qu'il appréciait le moins. Physiquement, il était horrible, il avait sa façon de lui parler aussi, comme s'il était un bébé qui ne pouvait pas comprendre s'il parlait normalement. En plus de ça, il empestait l'eau de Cologne bon marché, appliqué en surdose. Et la sueur.
Ses mains quittèrent finalement le ventre d'Arthur pour se diriger vers sa tête. Il écarta quelques mèches et examina ce qui restait des griffures.
-C'est un peu mieux, mais il faudra continuer de surveiller, jugea-t-il.
Il regarda enfin ses mains, ses pieds, vérifiant que les engelures n'avaient pas laissées de séquelles, et s'écarta. Arthur refusait catégoriquement de retirer son pantalon devant lui, et c'était Kate et miss Pierce qui gérait l'irritation de ses cuisses. Il descendit de la table et fonça récupérer sa chemise, pendant que le médecin écrivait le compte-rendu de l'examen sur un cahier. La vieille infirmière était penchée sur son bureau, jetant de fréquent coup d'œil par-dessus ses lunettes, attendant sûrement le moment où il aurait fini pour récupérer le feuillet qui devrait aller dans le dossier d'Arthur.
-Vous pouvez y aller, lui signifia-t-elle alors qu'il terminait de refermer sa chemise.
Il ne se le fit pas dire deux fois, et récupéra son livre avant de déserter. Une fois dans le couloir, il s'adossa au mur et leva les yeux vers le plafond. Maintenant, il avait le choix entre retourner à la bibliothèque et subir les chaises inconfortables jusqu'à la fin de la journée, ou remonter dans sa chambre et prendre le risque de rester dans la même pièce que son frère et les trois idiots. Il fallait aussi qu'il fasse un crochet par la cuisine pour prendre un peu de pain. Il soupira, passa une main dans ses cheveux pour les ébouriffer un peu -il n'était plus à ça près, de toute façon- et se dirigea vers la cantine. La grande pièce était presque vide, et Arthur fut surpris d'y voir Allistor, Francis, Gilbert et Antonio, à la même place que d'habitude, soit très loin de lui. Ca lui allait. Il ne voulait pas manger beaucoup, et s'il se faisait remarquer, il y avait de grandes chances pour qu'il finisse attablé avec eux, obligé à avaler plus qu'il ne le pouvait. Francis avait tendance à se prendre pour une mère poule, sans parler de Gilbert.
Il longea le mur en essayant de se faire discret. Il était presque rendu à la porte qui menait aux cuisines lorsqu'il entendit son nom gueulé à travers la salle. Il aurait reconnu la prononciation si spéciale de Gilbert n'importe où. Pourtant, sur le coup, il ne le reconnu pas. La seule chose qu'il comprenait était qu'on avait crié, à son encontre, et prit d'un violent sursaut, il prit ses jambes à son cou et fit un brusque demi-tour. L'adrénaline pulsait dans ses veines, et il sentait son cœur battre tellement fort qu'il avait l'impression qu'il s'était logé directement dans sa tête. Il sortit en courant de la cantine, traversa le couloir sans se soucier de percuter quelqu'un, et grimpa les escaliers comme s'il était poursuivi par un fantôme. Il ne s'arrêta qu'une fois dans sa chambre, la porte close et lui adossé à elle pour être sûr que personne n'ouvrirait. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'il comprit ce qu'il venait de faire. Il fronça les sourcils, le souffle encore court, et analysa un peu plus calmement ce qui venait de se passer.
-Qu'est-ce que je fous… ? marmonna-t-il, la respiration encore saccadée.
Il se laissa glisser jusqu'à toucher le sol, et ramena ses genoux contre son torse, posant son livre par terre. Il y avait définitivement quelque chose qui clochait chez lui. Il ferma les yeux le temps de se calmer, et essaya de réfléchir à la situation. Il ne savait pas exactement ce qui l'avait fait fuir. Si c'était simplement la fatigue qui le faisait dérailler, si c'était juste qu'il n'avait vraiment pas envie de se retrouver en compagnie de son frère -ce n'était pas tout à fait exact, mais quittes à ce que Allistor s'éloigne, il préférait encore qu'il le fasse complètement et qu'il ne lui donne pas de faux espoirs-, si c'était autre chose… En fait, à bien y réfléchir, c'était le fait que Gilbert crie qui l'avait mis dans cet état. Tout partait de là. Un long frisson le secoua, et il se força à se remettre debout. Il se traina jusqu'à son lit et s'affala dessus, son livre fermement serré contre sa poitrine. La voix de Gilbert était fondamentalement différente de celle d'un adulte, et pourtant… Pourtant il n'avait pas pu s'empêcher de confondre cette voix si particulière avec celle grave, rauque et pâteuse de son père. L'espace d'un instant, il se demanda comment Allistor faisait. Comment il pouvait rester aussi calme, aussi neutre, comment il pouvait s'adapter aussi vite, ne pas ressentir ce malaise constant, cette impression de ne pas être à sa place… Comment il faisait pour ne pas sursauter comme un dément à chaque passage dans le couloir lorsqu'il faisait nuit, comment il faisait pour ne pas avoir peur lorsque Gilbert ou Francis entrait sans prévenir dans la chambre le matin, comment il pouvait rester insensible à la vision de son propre reflet dans le miroir, comment il faisait pour ne pas souffrir de cauchemars à répétition, d'insomnie et de douleur fantôme lorsqu'il se réveillait trop vite.
Il retira ses chaussons et se glissa sous les draps. Depuis qu'ils étaient arrivés, ils avaient pu ajouter quelques touches personnelles à leur chambre grâce au peu d'argent qu'ils avaient de l'Etat, de par leur condition. Arthur avait quelques livres qu'il avait déjà lu mais qu'il gardait précieusement dans sa table de chevet, des vêtements à sa taille, et des cahiers et des stylos pour pouvoir rattraper ses lacunes scolaires convenablement. Allistor avait à peu près la même chose, sauf que les livres qu'il possédait étaient plus épais et plus compliqués, et qu'il avait des manuels en plus de ses cahiers. Kate leur avait aussi acheté des draps, pour qu'il se sente chez eux. Ainsi, Arthur avait désormais un lit avec un grand dragon blanc sur fond rouge, et Allistor avait des draps bleus et un oreiller blanc. Les couleurs de l'Ecosse, d'après lui. Après vérification dans une encyclopédie, il s'était avéré que c'était exact.
Sans grande envie, Arthur se replongea dans son livre, là où il s'était arrêté, et il finit par attraper le dictionnaire d'Allistor pour comprendre tout ce qu'il lisait. Il dormait affreusement mal, aussi piqua-t-il rapidement du nez, ainsi installé sur le ventre, redressé sur ses coudes. Il se surprit régulièrement à fermer les yeux et à devoir relire quatre fois la même phrase à cause de son cerveau qui faisait des siennes, et abandonnant finalement au bout d'une grosse quarantaine de pages. Il remit le petit cordon là où il s'arrêtait, reposa le dictionnaire sur la table de chevet de son frère, et il se résigna à faire une sieste. Il se tourna vers le mur, remonta la couverture jusqu'à son menton, et ferma les yeux en espérant qu'il n'aurait pas à subir d'autres cauchemars.
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-Tu sais, tu es un garçon et moi aussi, alors tu n'as pas à avoir honte de te déshabiller devant moi…
Malgré tout ce que Francis voulait bien dire, Arthur était loin, très loin d'être en confiance. Comme on pouvait s'y attendre, Allistor avait accepté de s'occuper de sa douche pendant les premiers jours, mais il avait rapidement été trop occupé avec Gilbert pour continuer. Ayant dans un premier temps hésité à ne plus se laver, Arthur avait rapidement dû trouver une solution. Prendre sa douche avec Francis dans le coin était loin d'être son plan de départ, mais au moins il connaissait quelqu'un dans cette pièce emplie de garçons de différents âges. Les plus âgés étaient regroupés et discutaient de chose que le petit blond n'était pas sûr de comprendre, et les plus petits se dispersaient dans tous les sens et braillaient comme des bêtes à l'abattoir. Alors oui, avoir la tête de Francis comme repère était loin d'être une mauvaise chose.
-Si tu ne te déshabilles pas, ça va être compliqué de prendre ta douche…
Il lança un regard mi gêné mi furieux à Francis, et se résigna à au moins retirer son t'shirt pour le moment. Il avait posé sa pile de vêtements propre sur le banc le temps de passer l'étape ô combien ignoble du déshabillage, et vérifiait du coin de l'œil que personne ne s'amusait à les lui voler pour les planquer n'importe où. Il avait vite compris qu'il fallait être très vigilant en présence des autres enfants.
Francis était déjà en sous-vêtement, pour sa part, plutôt habitué à être ainsi entouré. Arthur loucha quelques secondes sur la croix qui pendait à son cou, et sentant son regard sur lui, l'adolescent arqua un sourcil.
-Un problème ?
-Non… C'est juste ton collier que je regardais…
-Oh.
Francis rit légèrement, et ramena ses cheveux mi- longs en arrière.
-C'est une croix chrétienne. Théoriquement je ne devrais pas la porter parce que l'Angleterre n'est pas un pays chrétien, mais miss Kate a accepté que je la garde tant que je ne la montre pas à tout va.
Devant la moue curieuse d'Arthur, il ne put que rire de nouveau et terminer de se déshabiller.
-Je t'expliquerais après la douche, si tu veux. Mais pour ça, il faudrait peut-être que tu te résignes à enlever ton pantalon.
Légèrement boudeur mais très intéressé par ce qu'avait raconté Francis, il retira son bas de pyjama et grimaça en entendant un autre gamin hoqueter d'horreur, certainement en apercevant ses cuisses encore rouges voire bleues comme des hématomes, et ses côtes et sa colonne vertébrale terriblement saillantes. Tous ses os, en fait. Heureusement qu'il était de dos, car c'était sûrement son torse qui conservait le plus de marques. Certainement grâce aux bouches à oreilles, Arthur sentit bientôt tous les regards peser sur lui, et un silence lourd s'installa dans la pièce. Le jeune garçon se tendit net, légèrement affolé et angoissé d'attirer autant l'attention.
-Viens… lui souffla doucement Francis en le prenant par le coude.
Pour une fois, Arthur n'essaya pas de se soustraire à ce contact, et il ramassa rapidement ses affaires, exposant un peu son torse aux regards des autres et récoltant d'autant plus de murmures et de couinements terrifiés. Francis le tira vers les douches, et même si le petit blond n'était pas très bon pour deviner ce genre de choses, il avait l'impression que l'adolescent était légèrement tendu et agacé par ce qui venait de se passer.
-Fais pas attention à eux, ils vont finir par se lasser. C'est juste que tu es nouveau, alors tu vas être le centre de l'attention pendant quelques temps, et ils passeront à autre chose.
Pas vraiment convaincu, Arthur hocha maladroitement la tête et n'osa pas jeter un coup d'œil derrière lui. Qu'est-ce qu'il verrait ? Des regards emplit de dégout ? D'incompréhension ? De pitié ?
-Allez, prend une bonne douche, et on ira petit-déjeuner après. Je t'expliquerais pour ça, fit Francis avec un grand sourire en désignant la croix argentée qui pendant à son cou.
Arthur fronça légèrement les sourcils, et passa du torse de l'adolescent au sien avec une moue légèrement contrariée.
-Qu'est-ce qui t'arrive ? s'amusa le plus vieux en ramenant agilement ses cheveux en arrière pour les attacher et éviter de les mouiller.
-Pourquoi j'ai pas de poils… ? marmonna timidement le garçon.
Francis resta quelques instants surprit, avant de rire.
-Ne soit pas trop pressé d'en avoir, va. Et tu es encore jeune, c'est normal. Ca viendra quand tu grandiras.
Il hocha la tête, décidant de faire confiance au garçon, et il poussa l'une des portes des cabines de douche. Il accrocha sa serviette, tira le loquet pour verrouiller, et alluma l'eau. Il regarda quelques instants le liquide transparent s'écouler dans les canalisations, et songea que des trois amis d'Allistor, c'était peut-être Francis qu'il appréciait le plus. Même s'il ne l'admettrait jamais à voix haute.
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Arthur se réveilla avec une impression assez étrange. Il n'avait pas fait de cauchemar, ne se rappelait même pas d'un début de rêve, et il était peut-être encore plus fatigué que lorsqu'il s'était endormi.
-Moi je te le dis Scotty, ton frangin est bizarre en ce moment.
-Gilbert, si tu baisses pas d'un ton dans la seconde, je te fais bouffer ta putain de langue.
Arthur hésita à se redresser, mais il n'avait pas le courage de parler à son frère pour l'instant. Et en plus il était pour le moment statufié par ce qu'il venait d'entendre. Est-ce que Gilbert aussi allait se mettre à le regarder bizarrement, comme tous les autres enfants ?
-Ouais, ouais. Mais en attendant, il est pas normal, Arty.
Allistor soupira longuement, et le blond se tendit légèrement, appréhendant la suite.
-Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? Il se démerde, il est grand.
-T'es son frère, quand même… Je veux dire, c'est normal qu'il se comporte pas comme tout le monde vu… Ce qui vous est arrivé, mais il passe son temps enfermé dans la bibliothèque ! Même miss Kate commence à s'inquiéter.
-Elle s'inquiète toujours quand il est question d'Arthur.
-Oh, tu serais pas jaloux toi par hasard ? ricana Gilbert.
-Jaloux de quoi ? gronda Allistor, beaucoup plus menaçant.
-De l'attention que miss Kate porte à Arthur.
-C'est des conneries. Je suis pas jaloux. Je préfère encore que cette vieille emmerdeuse s'occupe de ses affaires et qu'elle me foute la paix.
-Hm…
Gilbert ne semblait pas convaincu, et Arthur serra un peu plus sa couverture entre ses doigts. Il n'était pas sûr d'apprécier ce qu'il entendait, mais il savait que maintenant, il serait quasiment impossible de se rendormir tant que les deux adolescents seraient là.
-Il avait une visite médicale, ce matin, non ?
-Aucune putain d'idée.
-Tu pourrais faire des efforts… Même Franny est plus au courant de son emploi du temps que toi.
-J'en ai rien à foutre ! Je suis pas sa mère, il peut se débrouiller sans moi !
Ne supportant plus cette conversation qui ne menait à rien et qui allait sûrement lui faire du mal une fois qu'il en aurait bien comprit le contenu, il se redressa, ignorant le silence qui s'installait, attrapa son oreiller, et sortit de son lit.
-Salut Arty, bien dormis ? tenta Gilbert, bien qu'il semble un peu crispé.
Arthur se demanda s'il se sentait mal à l'aise, avant de juger qu'il préférait ne pas savoir. Il ne jeta pas un regard à son frère, ni à l'albinos, enfila ses chaussons, et sortit de la chambre en ignorant Gilbert qui l'appelait. Il arpenta le couloir sur quelques mètres et frappa timidement à une porte. Avec le temps, il avait fini par remarquer des petits chiffres au-dessus des poignées, correspondant au numéro de chaque chambre. Lui et Allistor avait la vingt-deux. Pas trop difficile de s'en souvenir.
-Arthur ?
Il leva la tête sur l'expression franchement étonnée de Francis, et serra plus étroitement l'oreiller contre lui. Parfois il se demandait s'il réfléchissait avant d'agir…
-Un problème ?
-Allistor et Gilbert sont dans la chambre, et ils font du bruit…
-Oh, je vois. Entre, vas-y. Antonio fait une sieste aussi, de toute façon.
Arthur le remercia et entra dans la chambre, un peu plus grande que la sienne puisqu'elle était censée servir à quatre personnes. D'où la présence des deux lits superposés, bien que seul trois couchettes possèdent des couvertures et des oreillers. Les murs étaient couverts de posters, de dessins et d'affiches en tout genre, prouvant que ses occupant étaient là depuis un moment. Antonio occupait le haut d'un des lits, ses draps pourpres détonnant avec ceux noirs de Gilbert, qui était juste en-dessous, et dont le lit était d'ailleurs toujours fait au carré, et ses affaires rangées à la perfection. Quant à Francis, il occupait le matelas du bas du deuxième lit superposé, et il possédait un plaid bleu terriblement doux. Antonio, lui, avait une armada d'oreillers, qui menaçait régulièrement de passer par-dessus bord.
-Tu peux prendre mon lit, lui chuchota Francis en désignant son matelas, et Arthur alla s'y installer lentement, commençant à de nouveau sentir les effets de la fatigue.
Il posa son oreiller avec celui de Francis, et se glissa sous les draps. Voulant bien faire, ce dernier étala en plus le plaid duveteux sur lui, et lui adressa un clin d'œil. Arthur préféra prendre une moue boudeuse plutôt que de sourire, et il se roula en boule, bien au chaud et confortablement installé. Il regarda vaguement Francis s'assoir sur le lit de Gilbert et attraper son téléphone, ses écouteurs, et un gros classeur remplis de pochettes transparentes et de feuilles. Il travaillait dur, et ça payait. Il était loin d'être stupide, et l'école ne le dérangeait pas le moins du monde.
Légèrement envieux, Arthur le regarda travailler pendant de longues minutes, sentant ses paupières tomber de plus en plus. Il savait que Francis l'observait aussi, du coin de l'œil, mais il n'était pas assez en forme pour s'en offusquer. Au fond, même s'il était plutôt froid et boudeur avec lui, il appréciait beaucoup la patience dont faisait preuve l'adolescent. Il ne rechignait jamais à lui apprendre tout un tas de chose, en particulier concernant l'histoire, il le laissait dormir dans son lit, lui poser toutes les questions qu'il voulait, et s'occupait de lui comme un frère. Comme Allistor le faisait avant. Il frissonna en chassant cette pensée, et se souvint alors d'une question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée au foyer.
-Dis Francis…
-Hm ?
-Pourquoi Gilbert parle bizarrement ?
Le blond arqua un sourcil surprit, et éteignit sa musique.
-Qu'est-ce que tu entends par « bizarrement » ?
-Quand il parle, c'est pas pareil que les autres enfants… Même toi et Antonio…
-Ah, tu veux parler de son accent ?
Comprenant bien que ça ne parlait pas beaucoup au garçon, Francis rit et s'installa en tailleur.
-C'est parce qu'il vient d'Allemagne. Là-bas on ne parle pas anglais, alors quand il est arrivé ici et qu'il a appris cette langue, il a gardé… Comment dire… Des restes de prononciations d'allemand, comme il était habitué depuis tout petit à le parler.
-Oh… Et c'est pareil pour toi et Antonio ?
-Si… intervint doucement le susnommé en passant sa tête par-dessus la barrière en bois de son lit.
Ses cheveux étaient tout ébouriffés, et ses yeux brillaient encore de fatigue. Il sourit doucement à Arthur en lui adressa un vague signe de main, avant de posa sa tête sur une pile d'oreillers.
-Je suis né en Espagne, et je n'ai appris l'anglais qu'en arrivant ici il y a…
Il s'interrompit, fronça les sourcils, et tendit ses deux mains au-dessus de sa tête pour compter sur ses doigts.
-Cinq ans je crois.
Francis réfléchit aussi à la question, avant d'acquiescer.
-Ouais, c'est ça. Et moi je suis Français. Mais je vis en Angleterre depuis plus longtemps que Gilbert et Tonio, donc j'ai un accent moins prononcé.
Arthur comprenait à peu près. Le principal. Il avait fait de gros progrès en géographie, ainsi les pays cités ne lui étaient pas du tout inconnus. Mais il était vraiment trop fatigué pour réfléchir à tout ça. Antonio semblait du même avis que lui, puisqu'il bailla longuement et referma les yeux.
-Tu devrais faire une sieste, toi aussi, chico… murmura-t-il, à priori déjà à moitié rendormis.
-Il a raison, approuva Francis en souriant et en remettant ses écouteurs.
N'ayant pas le courage de les contredire, il enfouit son visage dans le plaid bleu et serra son oreiller contre lui. Il avait fini par s'habituer à l'odeur de Francis, qui était partout sur les draps et l'oreiller, et il se sentait presque en sécurité dans son lit désormais. Il ferma les yeux, et n'eut encore une fois aucun mal à s'endormir.
