14.
L'horloge digitale du bureau du Général de la Flotte de Prian indiquait précisément neuf heures du matin quand les portes s'ouvrirent sans que l'Officier étoilé n'ait sollicité quelque chose ou qu'on lui ait annoncé une visite.
- Hein ?
- Voilà qui est élégant comme réplique, commenta Anthénor, en aussi parfait uniforme que la jeune femme à la longue chevelure cendrée et ses prunelles marron.
- Anthénor, Valandra ! Que fichez-vous ici ?
- Merci pour l'accueil. Nous sommes pourtant là au jour d'envol de nos cuirassés respectifs, remarqua cette dernière.
Mylon Desteyn esquissa enfin une sorte de sourire.
- Je pensais d'ailleurs que vous rejoindriez vos bords sans passer par la « case rapport au Général », expliqua-t-il. Et j'espérais davantage que vous entendriez la voix de la raison et que vous prendriez un peu de repos !
- Pas notre genre, reprit Anthénor, s'aidant toujours d'une canne même si l'attelle d'exosquelette qui ceignait son pied, sa cheville, jusque sous le genou, lui offrait un appui stable mais prudemment il préférait encore la ménager quelques temps.
Valandra leva légèrement la main.
- Mais, Général, si vous m'accordiez quelques heures, je souhaiterais voir mes parents. Pas pour moi, pour les rassurer !
Mylon sourit plus largement.
- Tous les deux, vous avez jusqu'au soir. Allez voir vos parents !
- Merci, Général.
De ses doigts, Valandra effleura fugitivement ceux de son mari.
- Je propose que l'on passe chez ta mère, ensuite allons chez mes parents. Toute la famille doit se retrouver !
- Tous mes vœux de bonheur, les enfants. Je suis heureux de pouvoir vous le dire en vous ayant devant moi.
- Merci, Mylon.
Valandra prêtant toujours son bras à celui valide de son époux, les deux jeunes gens quittèrent le bureau et le QG de la Flotte.
Tandis que Zénia la molosse faisait des bonds, Lyame serrait interminablement son fils contre elle.
- Je me suis tellement inquiétée !
- Papa et Warius étaient là, rappela le jeune homme à la crinière flamboyante.
Ses mains sur les joues de son fils, Lyame les lui caressa tendrement.
- Je ne pensais pas uniquement à ta sécurité physique, avoua-t-elle.
Elle passa ses doigts dans les longues mèches de feu.
- Tu avais été tellement éprouvé… Ton père se voulait rassurant dans ses appels, mais je le connais depuis trop longtemps. Il avait aussi très peur, sans doute pour la première fois de sa vie, à ce point tout du moins, mais il tenait avant tout à me protéger. Cet homme est plus que jamais l'amour de ma vie !
Lyame se tourna vers sa belle-fille.
- Anthie, tu as à ton tour le plus précieux des diamants à tes côtés. Albator et moi avons vécu notre amour à distance la plupart du temps. Vous deux avez vos commandements et vos Missions. Mais cet anneau que chacun de vous a au doigt est un lien qui vous unit encore plus que le serment prononcé devant Doc Machinar.
- Et nous comptons bien profiter de chaque instant qui nous sera donné, promit Valandra également accueillie à bras ouverts par Lyame Xendris.
Elle enfila son manteau Militaire.
- Mets le tien, Lyame. Nous avons une autre visite à rendre !
Comprenant instantanément, Lyame se sentit soudain soulagée au possible !
Bien qu'ayant été eux aussi tenus au courant des événements depuis que leur fille avait été récupérée, ayant reçu le film de leur mariage en petit comité, Sylpho et Tod Lumens resplendissaient littéralement de joie à la vue des deux jeunes gens qui montaient les marches du perron de leur villa.
- Nos amoureux sont réunis ! se réjouit Sylpho. Bienvenue à la maison ! Nous avons si peu de temps !
- N'en perdons pas une seconde, sourit sa fille.
- Venez, fit Tod en prenant les deux jeunes gens par les épaules pour les faire rentrer, sa femme discutant déjà avec Lyame toute complicité retrouvée.
Le majordome avait rempli les verres, fait servir quelques petits sandwiches salés et sucrés, puis avaient laissé les deux familles ensembles.
Tod plongea la main dans sa veste d'intérieur, en tira une enveloppe.
- Je suppose que ce courrier de rupture de vœux n'a plus de raison d'être, Anthie ?
- Quoi, vous ne l'avez pas transmis… ? s'étonna le jeune homme.
- Je n'ai jamais cessé de croire en toi, Anthénor ! Reprenez donc cette lettre !
- Et comment !
L'enveloppe entre ses mains, Anthénor la réduisit en confettis.
