Chapitre 14 : L'homme ou l'art de l'esquive…

Harry renversa son vis-à-vis sur le dos, s'installant à califourchon sur son ventre musclé, puis il entreprit de défaire sa chemise avec une lenteur calculée. Ses nombreuses expériences physiques avec le Serpentard lui avaient enseigné plusieurs choses d'importance dont l'une : il était simplement très, très, très impatient…

Il n'y a pas de petite torture pour un Malefoy.

C'est sur cette constatation fort rationnelle que le Griffondor amorça l'effeuillage complet de Drago, qui restait aussi passif que possible face aux effluves envoûtants qui émanaient de l'hydride en chaleur.

Une fois que le Serpentard se trouva totalement dépossédé de tout vêtement, il tenta de faire glisser des épaules colorées les pans de la chemise qui avait autrefois servi d'uniforme au petit brun, mais ses mains furent fermement repoussées et clouées contre le sol humide.

Harry souri de nouveau, narquois.

« -Ne bouge pas blondinet. C'est moi qui mène la danse maintenant. »

Drago acquiesça lentement, tout son être tendu vers l'hydride. Il ne s'était jamais senti aussi faible, autant physiquement que mentalement.

Son esprit perdit toute notion cohérente lorsqu'un doigt mutin s'introduisit en lui, provoquant au creux de son intimité une douleur sourde, escortée d'une foule de sensations qui lui étaient encore inconnues quelques minutes plus tôt.

Et Harry comprenait petit à petit comment le blond avait pu se laisser entraîner pas l'allégresse de la domination. Soumettre un être à sa volonté procurait un plaisir intellectuel assez approximatif de l'orgasme physique… Seule la conscience morale venait tout gâcher, du moins pour ceux qui possédaient une conscience.

Drago gémit doucement sous l'intrusion d'un second doigt.

Tu possèdes une conscience, blondinet ?

Le Griffondor amorça un lent mouvement de va et viens dans l'antre brûlant de son éternel rival. Les gémissements qui s'échappaient de la bouche du blond lui procuraient de véritables frémissements de jubilation. Il se sentait enfin le plus fort.

Tu as cette capacité de ressentir la douleur des autres ? Toi ?

Harry se fit soudainement plus brusque, ses idées se brouillaient doucement.

Impossible… C'est im-po-sible !

Il brûlait de colère sans réellement savoir pourquoi, ni contre qui. À l'instant, il haïssait tout et tout le monde.

Des milliers de questions battaient furieusement contre ses tempes, à commencer par celle-ci : « Pourquoi je me donne la peine de préparer ce connard alors qu'il m'a baisé à sec sans aucun scrupule ? »

L'hydride pénétra Drago d'une souple impulsion du bassin, provoquant du même coup les gémissements qui s'en suivirent, en provenance de la gorge de son vis à vis autant que de la sienne.

C'était la première fois qu'Harry faisait "l'amour" de cette façon…

L'impression n'était pas du tout la même. Le plaisir physique était bien moins puissant, le plaisir moral s'en trouvait décuplé. Il accentua ses à-coups, déchargeant son esprit de toute la rage qu'il avait accumulé.

Drago perdait pied sous la douleur et le délice mêlés, ses mains secouées de tremblements tentaient en vain de ralentir l'allure effréné qui entraînait son amant un peu plus loin en lui chaque seconde et qui le rapprochait de l'orgasme à grands pas…

…Ce qui ne tarda pas à survenir : dans un ultime élan, Harry se répandit au creux du Serpentard dont les cordes vocales avaient rendu l'âme depuis longtemps déjà.

Leur poitrine se soulevait encore à une vitesse effroyable plusieurs minutes après la jouissance commune de leurs organes génitaux. Harry se retira brusquement afin de se traîner vers la cascade suintante, sous les eaux de laquelle il se glissa, apaisé.

Ses chaleurs le laisseraient en paix quelques heures, et c'était déjà ça…

Les effets de l'orgasme étourdissants s'estompèrent rapidement, laissant place à un écoeurement dévastateur. Le jeune hydride se sentait lâche, hypocrite et sale, infiniment sale…Il se nettoya avec précaution, évitant soigneusement de croiser le regard d'acier qui le dévisageait depuis la berge.

Drago finit par baisser les yeux. Quelque chose en lui hurlait qu'il avait mérité la colère du brun, qu'il avait mérité une telle humiliation. Mais à côté de cela il savait comme une évidence que l'ancien Harry ne se serait pas vengé de cette façon.

L'ancien Harry, le gosse brun aux grands yeux pétillants aurait frappé, injurié, craché, rabaissé le serpent qu'il était plus bas que terre…Mais jamais il ne lui aurait fait subir ça.

Quelque chose avait changé. Quelque chose que même le naufrage, les blessures, la tristesse, la maladie et le viol n'auraient pas provoqué. C'était une douleur plus profonde qui jaillissait avec la fureur trop longtemps préservée.

Harry Potter souffrait depuis longtemps. Très, très longtemps…

« -C'était comment ? »

Drago sursauta. Il ne s'attendait pas du tout…

« -Ça t'a fait mal ? »

…à obtenir une quelconque parole de l'hydride.

« -Un…un peu.

-Ne te remet pas à bégayer, d'accord ?

-O…Ou…i. »

Le blond plaqua la paume de sa main contre sa bouche hésitante. Il avait honte, et mal à la gorge. Il inspira profondément, il fallait qu'il réussisse à parler.

« -J'ai…je…Qu… »

Harry haussa un sourcil d'une façon tout à fait malfoyenne.

« -Oui ?

-J…A…att..end. » Le blond se mordit violemment la lèvre inférieur, puis inspira de nouveau. « C'est très…d..diffi..cile.

-Alors ne parle pas, attend d'être près. Je ne vais pas refuser de… »

Drago abattit brutalement son poing contre le sol.

« …t'écouter.

-Je dois…te parler main…main…maintenant ! » Il reprit sa respiration. « Pourquoi tu fais…ça ? T…Tu détestes le f…faire, tu te f…fo…force.

-Non, je ne me force pas. Je fais ce que je veux maintenant.

-Arr…arrête P…Potter. J'ai senti ça. »

Les derniers mots du veela parvinrent jusqu'au brun avec la violence d'une gifle puissante. Son estomac se convulsa soudainement. Les mêmes mots, mais pas la même voix…

« Je sentis ça. »

Mao. Encore Mao !

Qu'est-ce qu'il a senti d'abord ? Hein ? Ça veut dire quoi "sentir" ? C'est l'odeur ? C'est ça ? L'odeur du serpent fou, ou celle de la trahison… ?

Qu'est-ce que tu as senti Mao ? Est-ce que tu as vu, mon bébé, le mal que ça m'a fait ?

Harry cligna des yeux. La silhouette du Serpentard tremblotait comme une chandelle, sous le soleil de midi. Tout était flou.

« Le cœur qui pleurer. »

Non, c'est pas comme ça qu'on dit bébé, on dit "tu m'as brisé le cœur" ou bien "j'ai beaucoup pleuré" à la rigueur. Mais un cœur ne peut pas pleurer, n'est-ce pas ?

Les genoux du brun se mirent à flancher dangereusement, son corps s'affaissait, comme s'il avait été aspiré par le bas.

« Tu jamais reviens… »

Jamais. Ça fait long…C'est trop long mon bébé, jamais. C'est beaucoup trop long pour moi…

Le corps du Griffondor disparut sous l'eau et durant un quart de seconde Drago pensa « C'est bon. C'est peut-être mieux si tout s'arrête là. »

Un quart de seconde qu'il fallut aux membres du veela pour réagir et se jeter sous la cascade à la recherche de l'évanouit…

OoOoOoO

Harry poussa un soupire à fendre l'âme, avant de dégager sa main de la poigne de fer qui la maintenait.

« -Non, Harry ! Mais attend ! Mais…mais explique-toi au moins ! »

Le brun tenta une esquive rapide, qui s'averra vaine lorsqu'une main ferme s'abattit sur son épaule.

« -Harry !

-Oh je t'en prie, fous-moi la paix Hermione ! C'est…c'est délicat, d'accord ? Je…Bon. » Il se pinça l'arrête du nez, paupières closes. La fin était proche. « Je te promets, voilà, je te jure… » Il éleva la paume de sa main à la hauteur de son visage hâlé. « …que je te dirais tout.

-Oui, quand ?

-Un jour.

-Ha…

-Quand je jugerais bon d'en parler !

-…rry ! Harry c'est important pour nous tous ! Personne n'ose te le demander, mais…Mais moi, c'est moi ! Enfin, tu sais que tu peux tout me dire, alors lâche-toi !

-Non. Je ne peux pas te dire comment j'ai fait… » Elle leva les yeux au ciel. « Pardon, comment j'ai trouvé, ce médicament. C'est…C'est trop dur, trop tôt, ok ?

-N'importe quoi. Tu…Tu me déçois. Bien sûr je te suis reconnaissante, bien sûr on te doit la vie. Mais je sais que tu cache quelque chose. En fait ! En fait je suis même certaine que tu caches plein de choses. Tu es un coffre-fort fermé à double tour, tu…Tu, tu…

-Tutu ? Turlututu chapeau pointu ? »

Hermione ne pu retenir un éclat de rire.

« -Arrête ! » Pour redevenir sérieuse aussi soudainement. « Ne te fous pas de moi !

-Pardon, pardon. Excuse-moi, d'accord ?

-D'ac. Maintenant dis-moi.

-Hermiooooooooone…

-Harryyyyyyyyy…

-Nan, sérieux. Tu sais, quand je te dis que je suis pas prêt à dire ou faire un truc, c'est vrai. Laisse-moi du temps. Tu seras toujours, toujours la première informée, mais là…Tu dois me laisser réfléchir. »

La jeune fille baissa les yeux, puis poussa une exclamation de terreur à la vue de sa poitrine complètement dénudée. Elle s'empressa de refermer les pans de sa chemise antérieurement grande ouverte.

« -Harry ! Tu aurais pu me dire…

-J'avais pas remarqué, pardon. » Elle le fusilla du regard. « Quoi ! Attend, tu sais très bien que, bien malgré moi, je ne m'intéresse pas à tes petits seins, Mione.

-OH !

-Hein ? Mais tu le sais ! »

Hermione fit un pas en avant, l'indexe droit dangereusement tendu vers l'hydride, plus rouge qu'une écrevisse au sortir de la marmite.

« -Oh oui je le sais, Harry James Potter ! » Il avala sa salive avec difficulté. « Je le sais que tu ne baves que devant les poitrines bien plates et fermes de tes homologues masculins ! Mais si tu t'avises d'insinuer encore une seule fois que mes seins sont…sont petits ! Je te…

-Tu quoi ? »

Hermione tourna férocement la tête vers son petit copain…Roux, bien évidemment, qui venait tout juste de faire son apparition.

« -Toi ! Tu trouves que mes seins sont petits ?

-Nan. Enfin, tu as maigri, c'est vrai. Et du coup, ils ont certainement diminué légèrement de volume…Mais je les trouve parfaits moi.

-J'ai…maigrit ? C'est vrai ? Ooooooooh, mon amour ! »

Elle se rua dans ses bras, toute câline.

Harry leva les yeux au ciel, soupirant de soulagement. Cette histoire de nichons lui avait probablement sauvé la vie.

« -Vous vous engueuliez à propos de tes seins, 'Mione ?

-Ben, pas vraiment. » Elle scinda le brun du regard. « On en reparlera, de toute façon… »

Ok, la journée plutôt. Cette histoire de nichons avait sauvé sa journée…

OoOoOoO

Une semaine s'était écoulée depuis qu'Harry avait rapporté le fameux médicament au camp.

Une semaine s'était écoulée depuis qu'Harry avait pénétré le sieur Malefoy pour la première fois.

Parce que oui, bien évidemment, ils avaient remis ça…Harry avait remis ça, pour être exact. Il n'avait pu s'empêcher de savourer une nouvelle fois le bonheur malsain de se sentir puissant. Puis celui de soulager ses chaleurs aussi.

Un seul problème persistait, et pas des moindres : sa conscience le hantait, pire encore, Mao le hantait. Un vrai fantôme. Sa voix raisonnait aux oreilles de l'hydride continuellement, à chaque moment d'égarement. Dès que le petit brun se mettait à penser, aussitôt qu'il avait cessé toute activité, l'image du métis lui revenait à l'esprit.

C'était on ne peut plus dur à supporter. Harry savait le mal qu'il avait fait à l'indien, mais aussi à quel point leur séparation était basée sur un énorme malentendu.

Puis il ne comprenait pas pourquoi.

C'est vrai, au départ, à la base, il n'était pas amoureux…Non, non, non. Jamais. Alors voilà, il ne comprenait pas pourquoi Mao restait fermement ancré au creux de son crâne. Fixé, collé, fermement rattaché à son esprit.

Et c'est ainsi, à force de ne plus pouvoir fermer les yeux, de ne plus pouvoir dormir sans craindre les rêves trop douloureux, qu'Harry se permit de croire que s'il parlait enfin et se déchargeait de ses peines et de ses questions boiteuses, il pourrait évoluer dans l'espace-temps, l'esprit en paix.

Et la personne qui lui semblait la plus indiquée, celle qui engloutirait sans mot dire ses secrets les plus profondément enfouis, c'était Moon bien sûr.

Hermione engloutirait de la même façon, mais certainement pas sans rien dire. Ok, ok…Hermione serait plus réactive, et au fond c'était pas plus mal.

Sûr cette constatation plus ou moins forcée, Harry quitta le poste d'observation que Seamus, expert en chasse, lui avait attribué, afin de se diriger d'un pas chancelant vers le camp où sa moitié féminine s'affairait à la confection de nouvelles couvertures de peaux, en compagnie des autre "femelles"…

« -Merlin…Je vais en prendre plein la tronche. »

OoOoOoO