Et voilà le nouveau chapitre !
Bonne lecture ^^
Chapitre 14 : La vie continue
Malgré leurs terribles constatations, ils avaient continué à abattre les Ishbals, elle à l'aide de son fusil, lui de ses flammes. Aucun ne l'avait avoué aussi faisaient-ils toujours bonne figure, mais un simple regard leur suffisait à comprendre que l'autre usait de la même duperie, qu'il était marqué par les mêmes troubles. Ils ne disaient rien, ils restaient seulement assis l'un près de l'autre, empêtrés dans leurs réflexions, écœurés par leur dévouement ; ils avaient beau se dire que pour atteindre leur idéal, ils n'avaient pas le droit de quitter l'armée, pas après avoir vécu ce massacre, ils ne trouvaient aucun réconfort dans ces belles projections utopiques. Ils prenait toujours soin de conserver une distance de quelques centimètres, ils ne se touchaient pas, jamais, ce serait mal venu. S'ils voulaient pouvoir avancer ensemble alors aucun attachement ne devait transparaitre, sans quoi on les séparerait ; jamais on ne permettrait à deux soldats liés de quelque manière que ce soit, de travailler dans la même équipe. Alors ils restaient distants, ne s'adressant que de rares mots, ne communicant que par regards chargés de culpabilité et de compassion.
Depuis dix mois qu'elle vivait dans cet enfer où elle jouait elle-même le rôle de bourreau, Liza agissait comme un automate désabusé. On ne s'habitue jamais à la mort et la souffrance, mais c'était à présent son quotidien, et elle avait appris à vivre avec, à défaut de l'accepter. La guerre semblait ne plus finir et les soldats avaient depuis longtemps déjà perdu l'espoir d'une conclusion proche. Les Ishbals tombaient tous, un à un, pourtant leur nombre semblait infini, d'autres arrivant toujours pour les remplacer. Peu espéraient encore revoir un jour leur famille laissée derrière. Le monde ne se limitait plus qu'à ce désert.
Un nouvel espoir avait germé lorsque le leader Ishbal s'était rendu pensant pouvoir obtenir la fin de la guerre, souhaitant ainsi sauver les survivants de son peuple. Les soldats avaient enfin cru que ce sacrifice mettrait un terme au conflit et que les dirigeants d'Amestris seraient satisfaits. Toutefois, rien n'avait fait plier le führer, il avait préféré persévérer dans son entreprise, comme s'il tenait plus que tout à exterminer les Ishbals jusqu'au dernier. Une vie a-t-elle plus de valeur qu'une autre ? Bradley avait clairement exprimé sa position, un homme restait un homme, aucun ne valait tout un peuple. Si on suivait cette pensée, alors le général en chef des armées ne vaudrait pas plus que n'importe lequel de ses subordonnés, en quel nom suivraient-ils ses ordres dans ce cas ? Pourtant, Liza ne pouvait s'empêcher de croire que malgré cela, toute existence avait la valeur qu'on lui accordait, que la valeur d'un individu se mesurait par sa place dans la hiérarchie de sa société et par l'opinion qu'en avait le peuple. Un dirigeant, estimé ne pouvait pas être rabaissé au même rang qu'un simple civil. On pourrait couper un bras ou une jambe à un homme, il aurait toujours la possibilité de les remplacer par un automail ou de s'accommoder de ce manque, cependant, le décapiter reviendrait à le tuer. La tête faisait vivre tout le reste, c'était grâce à elle que le corps avançait, et pourtant elle n'aurait pas plus d'importance ?
Alors qu'elle se perdait dans ses réflexions, la jeune femme réajusta son fusil sur son épaule. Froidement, elle pressa la détente. Un Ishbal de moins, un de plus. Le gouvernement semblait réellement vouloir les exterminer jusqu'au dernier. Liza ferma les yeux à s'en fendre les paupières pour réprimer les sanglots qu'elle sentait monter ; ce massacre n'avait plus de sens, ils avaient déjà pris le contrôle de toutes les zones et mis à genoux les survivants. La victoire leur appartenait déjà depuis plusieurs semaines, mais les hauts gradés semblaient se plaire à voir leurs subordonnés assassiner encore et encore des civils innocents. Cela n'aurait donc pas de fin ? Tant que les Ishbals auraient encore un souffle de vie elle serait condamner à les abattre.
Las de ce conflit, elle ne parvenait plus à maintenir sa carapace qui se fissurait à chaque balle qu'elle tirait, comme autant de coup qu'elle se porterait à elle-même. Elle se sentait vide, détruite par les atrocités qu'elle avait accepté de commettre. Personne ne l'y avait contrainte, alors pourquoi était-elle encore là ? Allait-elle ainsi suivre aveuglément un homme au détriment de ses considérations personnelles ? Ce pacte qu'elle avait scellé avait fait d'elle un monstre, parce qu'elle s'était promis d'être derrière lui quoi que cela lui coûte. Des larmes coulèrent alors enfin le long de ses joues noircies par la poussière ; elle était encore si insouciante lorsqu'elle avait juré de vivre pour lui, elle n'avait réellement compris le sens de son engagement que lorsque qu'elle avait vu tomber sa première victime. Elle n'était pas naïve au point d'avoir cru que sa tâche serait toujours aisée, mais jamais elle n'avait envisagé de vivre un tel enfer pour simplement tenir une promesse.
Recroquevillée sur elle-même, la jeune femme resserra ses bras autour de ses genoux pour calmer ses tremblements. Il était trop tard pour revenir en arrière, pour changer d'avis. Après tout ce qu'elle avait traversé elle ne pouvait se permettre de fuir, et pourtant, l'idée se faisait de plus en plus séduisante. Il n'y avait plus aucune nécessité de tuer, elle ne voulait plus faire la moindre victime dans ces conditions. Elle pouvait comprendre que protéger ses camarades faisait parti de son devoir de sniper, mais elle n'admettait pas qu'on leur demande de continuer alors que tout danger était écarté. Incapable de les retenir, elle laissa éclater ses sanglots pour soulager sa douleur. Elle les retenait depuis si longtemps, depuis ce jour où, sur le quai d'une gare, elle s'était promis de ne plus se laisser aller à verser la moindre larme.
Finalement, il restait en elle encore un peu d'humanité. Peu lui importait d'être faible à présent, elle avait trop cruellement besoin de laisser son désespoir s'exprimer pour réprimer ses pleurs. Elle resta un long moment la tête posée sur ses genoux sans plus se préoccuper des Ishbals qu'elle aurait dû abattre. Si ses supérieurs apprenaient qu'elle avait abandonné son poste en plein service, elle serait très certainement sévèrement punie, peut-être même mise aux arrêts, mais elle n'en avait cure. Plus rien ne lui importait à présent. Elle s'était assez voilé la face ; elle n'était pas une machine, et aujourd'hui son masque de froideur et d'indifférence venait de voler en éclat. Si la guerre ne cessait pas bientôt, elle sentait qu'elle allait devenir folle. Ses traits encore si enfantin à son arrivées s'étaient creusés du fait de la fatigue et du peu de nourriture qu'on leur accordait, son regard s'était voilé pour se faire plus dur et impénétrable, elle en avait trop vu, trop fait, et chacune de ses balles avait assassiné l'innocence qui restait en elle.
Elle était physiquement exténuée de si peu dormir, effrayée par les détonations qu'elle entendait au loin. Les mains crispées sur sa couverture, elle gardait les yeux grands ouverts sans parvenir à trouver le sommeil qui ne l'accueillait que pour lui faire revivre encore et encore ses crimes. Elle était lasse de tenir, des heures durant, des positions inconfortables, les sens en alerte à chercher ne serait-ce qu'un murmur dans une zone désormais déserte. La jeune sniper ne dormait plus assez depuis des mois et cela se ressentait sur sa concentration. Sans cesse à l'affût du danger, elle était pourtant restée aussi vive qu'au début du conflit, toutefois, elle ne réagissait à présent que par réflexe, sursautant au moindre bruit, guettant chaque mouvement dans les ombres, son arme jamais loin d'elle.
Quand ses sanglots se calmèrent, elle redressa lentement la tête, essuyant ses larmes du revers de la main. Son tatouage ne la faisait plus souffrir depuis des semaines, preuve que tout danger avait été écarté, ils ne risquaient plus rien sinon sombrer doucement dans la folie. Peut-être même y avait-elle déjà succombé ; ne fallait-il pas qu'elle soit démente pour persévérer à ce point au détriment de toute valeur morale ? Rien ne justifiait qu'elle se soit tant investie dans le conflit. Elle avait suivi les ordres. Oui, et alors ? Elle aurait pu fuir, se rebeller comme certains l'avaient fait, mais elle était restée exécuter des Ishbals. Elle n'était ni plus ni moins qu'une criminelle de guerre. Quand la Vérité lui avait imposé de gâcher sa vie pour permettre la réussite de son ami, elle ne s'était pas figurée que ce puisse aller jusque là. Liza Hawkeye était bel et bien morte pour laisser la place à un soldat froid et désabusé. Ses années d'insouciance étaient bien loin derrière elle à présent. Après le décès de sa mère, elle n'avait eu de cesse de se demander si elle aurait approuvé ses choix, quels qu'ils soient, pas celui-là, elle en était certaine. Ses parents seraient sans doute terriblement déçus de la voir une arme entre les mains.
Et pourtant,un jour alors qu'elle avait perdu tout espoir, elle vit un soldat courir vers elle, l'air euphorique. Intriguée, elle resta immobile à écouter ses rires alors qu'ils grimpaient les escaliers qui menaient à son poste d'observation ; était-il devenu fou pour hurler ainsi de joie ? Quand le jeune homme se présenta enfin devant elle, il arborait un large sourire et une mine réjouie qui stupéfia la sniper. Liza l'observa quelques secondes avant qu'il ne prenne la parole, s'interrogeant sur la raison de cette soudaine excitation.
« La guerre est finie, cadet ! On rentre chez nous ! »
Prise par surprise, la jeune femme dévisagea son interlocuteur sans parvenir à lui répondre. Finie ? Depuis des mois qu'elle était enfermée dans cet enfer, elle avait abandonné tout espoir d'en sortir un jour, et voilà qu'on lui annonçait qu'elle allait enfin pouvoir rentrer chez elle, loin de ce désert, loin des cadavres et de la mort. Elle ouvrit la bouche pour parler pourtant, rien ne sortit tant elle était désemparée. Elle ne pouvait croire qu'elle ne passerait plus de longues heures à balayer une étendue déserte dans la lunette de précision de son arme ou qu'elle pourrait enfin dormir sans craindre de ne plus se réveiller, à condition bien sûr qu'elle trouve le sommeil. Elle se releva lentement, hésitant encore à y croire. Le cœur toujours alourdi par ses crimes, mais malgré tout étrangement vide, elle suivit son collègue jusqu'à son campement où régnait une vive agitation.
Certains commençaient déjà à emballer leur paquetage, d'autres riaient aux éclats tandis que la nouvelle se répandait : la guerre était enfin terminée. Un pâle sourire étira les lèvres de la jeune femme tandis que des larmes montaient à nouveau à ses yeux caramels ; elle allait enfin quitter cet enfer. Elle prit une profonde inspiration de manière à cacher son émotion, et alors qu'elle traversait le campement, la bonne humeur ambiante ne parvint pas à percer sa carapace qui se reformait petit à petit. Après des mois, ils allaient pouvoir quitter l'immense cimetière qu'était devenu le désert d'Ishbal, vivre loin de l'odeur du sang et de pourriture. Pourtant, Liza savait qu'elle ne pourrait jamais les oublier tant elles étaient profondément ancrée dans ses souvenirs. Sans doute les cadavres de ses victimes hanteraient-ils se cauchemars pendant des années.
La jeune femme s'arrêta à cette pensée : bien qu'elle ait si ardemment souhaité rentrer chez elle, comment pouvait-elle à présent espérer reprendre un semblant de vie normale ? Elle ne se sentait pas capable de tirer un trait sur le passé, oublier ses erreurs et vivre comme si rien ne s'était jamais produit. Personne ne le pourrait, certains parviendraient simplement au mieux à feindre d'être heureux. Elle envia soudainement ceux qu'une famille attendait. Quand elle rentrerait à East City, elle ne trouverait aucun réconfort, il n'y aurait personne pour l'accueillir. Elle sentit tout à coup un profond vide en elle, comme si elle prenait soudainement conscience que sa vie telle qu'elle était ne valait pas la peine d'être vécue. Et pourtant elle continuerait ainsi, non pas pour elle, mais pour tout ceux à qui elle pourrait apporter un futur meilleur. Devant les ordres odieux de l'état major, plusieurs soldats avaient amorcé une insurrection ; aucun d'eux ne voulait revivre ça et elle savait que plusieurs seraient prêts à tout mettre en œuvre pour changer les choses.
Le camp fut rapidement démonté tellement les soldats s'activaient, impatients de regagner leur foyer. Alors que quelques heures auparavant le campement semblait hanté par une horde de cadavres ambulants, tous paraissaient à présent gagnés par un regain d'énergie. La vie s'animait peu à peu au fur et à mesure que des sourires d'allégresses se dessinaient sur les visages sales et fatigués des soldats. Certains laissaient couler quelques larmes de joie tandis que d'autres trinquaient à leur libération. Durant des mois, des années pour certains, ils avaient été prisonniers de ce désert, encerclés par les cadavres en putréfaction, mais maintenant que la guerre était terminée, la vie pouvait reprendre son cours. Pourtant, alors que Liza laissait son regard glisser sur la foule qui se pressait pour célébrer la nouvelle, elle ne pouvait s'empêcher de craindre la vie qui l'attendait loin du champ de bataille. Elle avait vécu l'enfer ici, et elle savait parfaitement que jamais elle ne pourrait l'oublier, mais comment recommencer à vivre après avoir pris tant de vie ? Elle ne pouvait pas tirer un trait sur ces quelques mois et faire comme s'ils n'avaient jamais existé, ils avaient marqué un tournant bien trop important dans sa vie, mais surtout, elle ne voulait pas oublier. Elle refusait catégoriquement de se draper dans cette hypocrisie ; elle avait sa part de responsabilité dans ce massacre et elle ne lui tournerait pas le dos quoi que cela lui coûte.
Elle adressa un faible sourire à un groupe de soldats qui passait devant elle en hurlant leur enthousiasme sans pourtant se sentir à sa place au milieu de ce débordement. Elle ne savait tout simplement pas comment réagir. Elle laissa ses yeux encore éteints balayer les visages souriants devant elle à la recherche de son ami sans le trouver, sans doute devait-il être avec son bataillon. Comment pouvaient-ils avoir le cœur à rire alors que le sien lui semblait incapable de ressentir le moindre sentiment positif ? Elle n'était même pas certaine d'être heureuse de rentrer. Bien entendu, elle était soulagée que cette guerre soit enfin terminée, mais alors qu'elle aidait à démonter les tentes, il lui semblait que sa vie s'arrêtait avec le conflit. Il lui semblait ne plus pouvoir exister au-delà de ce désert morbide.
« Ceux qui feraient partie du convoi du retour ne seraient pas les mêmes que ceux qui s'apprêtaient à prendre les armes. »
Ses propres pensées résonnèrent en elle et s'imposèrent comme une révélation : à l'époque, elle savait que quoi qu'il advienne, elle ne reviendrait pas indemne, elle n'avait seulement pas imaginé à quel point. Elle avait déjà enterré une Liza Hawkeye en entrant à l'académie militaire, la guerre avait achevé de la transformer. L'innocence de l'enfance était loin derrière elle à présent, et elle se sentait de plus en plus perdue, parviendrait-elle vraiment à trouver sa place dans ce monde qui la répugnait à présent ? Celle qui était descendu du camion quelques mois plus tôt était pleine d'ambition, une jeune fille encore accrochée à l'illusion qu'elle pouvait se bâtir un avenir, mais celle qui remonterait dans le véhicule était assaillie de doutes ; que pouvait-elle faire pour changer les choses ?
Perdue dans ses pensées, elle suivit la file de ses camarades qui marchaient en riant pour rejoindre le convoi qui les ramènerait chez eux. Plus personne ne semblait voir la poussière qu'ils soulevaient ni même ressentir l'écrasante chaleur, ils semblaient infiniment plus légers, comme libérés d'un immense poids. Liza ne se laissa pas gagner par la bonne humeur ambiante, elle savait que ce n'était que passager, que bientôt, ils seraient assaillis des souvenirs qui hanteraient leurs cauchemars, aussi garda-t-elle le silence, préférant les laisser savourer ces instants de bonheur, ils le méritaient, mais plus que tout, ils en avaient besoin. Elle tourna la tête vers l'étendue déserte qui les entourait pour l'embrasser une dernière fois de son regard de faucon, plissant les yeux pour les protéger du soleil qui l'éblouissait. Alors qu'ils balayaient l'océan de sable parsemé des décombres d'une ville, ils accrochèrent une silhouette gisant au sol. Dans l'euphorie générale, personne ne remarquerait qu'elle s'attardait un peu sur la route, elle avait le temps en attendant que les autres se répartissent dans les camions.
Elle rompit le rang pour se diriger vers la petite forme étendue à quelques mètres d'elle. Toutefois, elle s'arrêta avant d'avoir atteint le cadavre ensanglanté, ébranlée par la terrible vision qui se présentait à elle ; un enfant. Une jeune Ishbal certainement âgé d'une dizaine d'années et dont la vie avait été fauchée par l'un de ses compatriotes. Ils avaient abattu tout le monde, même les innocents, même les plus jeunes et à présent leur corps gisaient négligemment à l'air libre sans que quiconque ne leur accorde le moindre regard. Les parents de ce garçon faisaient sans doute partie des victimes, nul ne viendrait rendre hommage à sa dépouille abandonnée. Cette pensée lui serra l'estomac ; cet enfant ne méritait pas d'être ainsi ignoré, aucun Ishbal ne le méritait, et pourtant très peu seraient enterrés dignement selon les coutumes de leur peuple. Elle prit une profonde inspiration qu'elle expira lentement, comme pour balayer de son souffle les troubles qui l'assaillaient.
Comme mués par une volonté propre, ses doigts vinrent creuser le sable brûlant autour du corps, ignorant l'ardent soleil dont les rayons malmenaient sa nuque. Peu lui importait d'attirer les regards curieux ou d'attiser les moqueries de ses camarades, elle ne supportait pas l'idée de laisser ainsi la dépouille de cet enfant. Certes, enterrer un Ishbal ne réparerait pas ses erreurs passées, ni n'offrirait de sépulture à toutes les autres victimes indifféremment entassées dans des fosses communes, mais cette fois, elle ne put retenir ses gestes. Depuis des mois, elle avait enfoui en elle trop de ressentiment à l'égard de cette guerre, et à présent qu'elle était enfin terminée, en voir les stigmates lui devenait insupportable. Elle recouvrait chaque centimètre d'une épaisse couche de sable sans prêter attention au départ imminent du convoi Amestris. Ce n'était qu'une bien maigre consolation qui resterait très certainement ignorée des survivants, mais elle avait à cœur de ne pas laisser ce petit cadavre pourrir au soleil et subir l'assaut des prédateurs nécrophages. Par cette simple attention, même si ce devait être pris pour une faiblesse, elle manifestait tous ses regrets, sa honte, mais aussi son respect pour ce peuple méprisé des siens.
Alors qu'elle terminait sa besogne, achevant de tasser le sable autour de la branche qu'elle avait placé en guise de pierre tombale, un soldat s'approcha doucement d'elle. Elle sentit son regard sur elle mais ne dit mot, attendant qu'il prenne la parole, sans doute était-il venu la saluer.
« Vous ne partez pas ? Ils vont vous laisser ici... »
Liza ne répondit pas. Elle savait parfaitement que si elle ne rejoignait pas ses compagnons pour retourner à East City, personne ne viendrait la chercher. Elle n'avait nullement l'intention d'abandonner après s'être tant battue pour tenir le coup, pourtant, retourner à l'académie militaire pour y recevoir son diplôme et reprendre sa vie là où elle l'avait laissée lui paraissait être une injure à tous ceux dont elle avait pris les vies. Un sourire désabusé étira ses lèvres alors que le commandant Mustang lui demandait dans un murmure si elle enterrait un camarade. Les corps des soldats tombés au combat avaient depuis longtemps étaient ensevelis sous le sable, et des cérémonies honorifiques les attendaient au retour des survivants, la nation n'avait pas négligé ses « héros ». Elle répondit simplement, sans rien justifier, sachant qu'il comprendrait sans mal le besoin qu'elle avait ressenti d'inhumer cet enfant.
Il chercha à la convaincre de tourner le dos au champ de bataille, mais elle ne se laissa pas berner par ses arguments ; il était tout aussi marqué qu'elle. La fin de la guerre avait, certes, était déclarée, mais ils savaient l'un comme l'autre que le temps n'effacerait pas leurs souvenirs, qu'ils devraient vivre avec et s'en accommoder. La guerre ne serait jamais finie pour elle. Elle avait trop tué et ce n'était qu'un juste retour des choses qu'elle vive accablée de la honte d'avoir fait partie de ceux qui avait pris les armes contre des innocents. Elle devait à ses victimes de ne pas les oublier. Elle savait qu'elle ne méritait pas d'obtenir le pardon des survivants pour tout le mal qu'elle avait causé, tout ce qu'elle pouvait faire à présent, c'était continuer sa route pour un jour faire en sorte que plus jamais, une telle horreur ne se reproduise. Elle le devait aux génération futures. Elle porterait pour eux le fardeau des erreurs commises ici, nul autre que les soldats n'avait à être impliqué dans cette croisade insensée.
Roy l'écoutait en silence, tête baissée. Chacune de ses paroles trouvait un écho en lui et pourtant, il l'admirait d'oser ainsi mettre des mots sur cette profonde blessure que leur avait causé la guerre. Ils avaient perdu foi en leurs dirigeants, mais ils gardaient l'espoir en un futur meilleur. Ensemble, ils auraient la force de faire bouger les choses. Avant de tourner les talons, il glissa l'air de rien qu'à son retour à East City, il aurait très certainement le privilège de pouvoir composer son équipe, et qu'il espérait bien trouver les meilleurs éléments possible. Liza sourit faiblement, comprenant le sous-entendu. Elle allait bientôt terminer sa formation et il allait lui falloir intégrer un service. Son ambition avait toujours été d'intégrer celui de son ami, mais elle n'avait jamais imaginé pouvoir compter sur son appui, s'il demandait son intégration alors il était peu probable qu'on s'y oppose.
Elle se leva le cœur plus léger ; cette conversation, si simple fût-elle lui avait redonné le courage d'envisager le futur. Elle s'était engagée pour protéger son ami, pour l'aider à servir le peuple d'Amestris et il venait de témoigner lui-même l'envie de l'avoir à ses côtés. Elle ne doutait pas que leurs efforts conjugués leur permettraient de toucher du doigt ce rêve qu'ils faisaient ensemble. Elle rejoignit la file des cadets qui se pressaient devant les camions qui les ramèneraient à l'académie ; elle n'avait plus le droit de baisser les bras, quoi qu'il lui en coûte, elle devait achever sa formation et intégrer l'armée. Elle ne pouvait se permettre de décevoir son ami qui la croyait capable de l'aider à atteindre le sommet. Il avait toujours foi en elle et cela l'aidait à prendre place parmi ses camarades pour retourner à East City.
Ils écriraient leur futur ensemble.
Merci de votre lecture, de votre patience, et de votre soutien ^^ Je vais essayer de continuer cette fic pour la finir le plus vite possible, parce qu'un chapitre tous les deux mois, ça doit cassez un peu la lecture non ? ^^"
Merci pour vos commentaires en tout cas.
J'ai aussi une petite annonce à passer, si un bêta motivé passe par là, cette fic n'en a plus, j'en cherche donc un ^^ Donc, contactez moi si ça vous intéresse ;)
A la prochaine !
