Hey ! Comment allez-vous ?

Je vais déjà remercier toutes les personnes qui ont reviewé c'est à dire : Ron Ravenclaw, Suna, LeLynxBlanc, LauraNyra, Bazilea et Minie Talie. Ce qui fait six et c'est le maximum que j'aie eu en un chapitre sur Torn ^^

Mais en réalité, je veux surtout remercier chaque personne qui a lu cette histoire parce que Torn a dépassé les 1000 vues ! ! ^^ Bon d'accord ce n'est pas extraordinaire mais quand même :) Donc merci merci merci et j'espère que vous continuerez à aimer cette histoire jusqu'à sa fin !

Donc donc donc, où en sommes nous ? Hannah est au Pays de Galles depuis presque un mois et s'est lentement rapprochée de Marcus. Si vous les aimez bien ensemble, ce long chapitre va vous contenter ;)

Apparition aussi de trois "nouveaux" personnages ;)

RGR :

Suna : Hey ! Merci beaucoup pour ta review :) C'est vrai que Marcus n'a jamais cherché à savoir si Hannah aimait quelqu'un ou pas, mais Vasco non plus ne le savait il y a quelques chapitres. Hannah pense juste que c'est tellement évident... Pour ce qui est de Leila, Susan, Ernie et Justin... Un peu de patience (moins que tu ne le crois en fait). La surprise de Marcus arrive et la musique de la BA c'est la version instrumentale de DNA des Little Mix. Voilà ^^Merci encore et à bientôt !

LeLynxBlanc : Heey ! La suite est là, et ne t'en fais pas je ne lâche pas Torn ^^ Des scènes cute j'espère que tu en trouveras plein plus bas et pour l'enfant aux yeux verts... Mmm patience ;) En tout cas merci énormément et à bientôt !

Harry Potter appartient toujours à JKR et à Warner Bros, Torn à Natalie Imbruglia et les lieux mentionnés (hormis le Nortmai) existent tous. Si vous ne connaissez pas l'île de Skomer, je vous conseille de regarder un peu à quoi ça ressemble, ça en vaut la peine ;)

Bonne lecture !


Torn

Nothing's fine, I'm torn

XII - Skomer Island


.

We're drivin' down the road

I wonder if you know

I'm tryin' so hard not to get caught up now

But you're just so cool

Run your hands through your hair

Absent mindedly makin' me want you

And I don't know how it gets better than this

You take my hand and drag me head first

Fearless

And I don't know why but with you I'd dance in a storm in my best dress

Fearless

Fearless - Taylor Swift - Fearless


.

Ses immenses yeux verts qui me fixaient se fermèrent violemment. Il était mort, alors pourquoi bougeait-il ? Il rouvrit les paupières et je me retrouvai à nouveau face à ses iris vides couleur des feuilles des arbres en été. J'étais tétanisée par cette vision horrifique. Un enfant n'avait pas à mourir. Et encore moins à hanter mes rêves.

Alors je vis ses lèvres. Ses lèvres bleues, sans doute glaciales, d'où aucun mot n'aurait dû sortir. Ses lèvres horriblement magnifiques bougèrent lentement pour formuler un mot, de sa voix douce d'enfant mais plate de cadavre :

- Hannah.

Je sursautai violemment et me réveillai dans le même geste. Je m'étais brusquement redressée sur le lit, désormais en position assise, réussissant à ne pas réveiller Marcus en haletant comme une désespérée en hyper-ventilation. Je pris le temps de me calmer, laissant ma respiration ralentir et les images dans ma tête se disputer avant de me dégager des couvertures pour me précipiter vers la salle de bain adjacente.

Je me jetai presque sur l'évier, ouvrant l'eau dans un geste saccadé et violent. J'étais encore tétanisée par la voix de l'enfant mort. Mon corps entier frissonnai encore. Je mis mes mains en coupe sous le jet et m'aspergeai le visage d'eau froide. Je ne me calmai pas. J'avais besoin de plus. Alors je me tournai vers la baignoire, bouchai l'évacuation et ouvris les robinets d'eau chaude.

Je me rappelai que Marcus m'avait préparé le bain le jour où Justin... Le jour où Justin m'avait abandonnée. Justin et Ernie. Je chassai les images de mon esprit et m'assis en tailleur sur le tapis au pied de la baignoire. Je pris ma tête entre mes mains, mes cheveux coupés aux épaules pour la Bohème qui pendaient devant mes yeux.

J'avais du mal encore à me relever. Je voulais changer. Mais pour ça il fallait enfin que je comprenne comment me faire confiance à nouveau. Je savais ce que j'avais à faire mais je ne savais pas comment m'y prendre. Je n'étais même pas sûre que j'avais bien fait d'accorder ma confiance à de nouvelles personnes. Mais oui, bien sûr. Hannah, c'est fini les questions. Bouge-toi un peu maintenant.

J'entendis la porte s'ouvrir. Je levai la tête pour voir qui c'était -comme s'il y avait le choix- et vis Marcus sur le seuil de la salle de bain qui me regardait, étonné. Il s'agenouilla à ma hauteur et déplaça une mèche de cheveux qui me cachait un œil. Ses gestes étaient lents, mesurés, comme s'il avait peur de ses propres actions. Comme s'il craignait d'aller trop loin.

- Quelque chose ne va pas ?

- Non... Tout va bien. Je suis désolée de t'avoir réveillé.

- Ce n'est pas grave. Mais dis-moi ce qui ne va pas.

Je n'avais jamais abordé concrètement ce sujet avec lui. On l'avait uniquement mentionné occasionnellement mais apparemment il jugeait bon de ne pas trop s'y attarder, voulant peut être éviter d'avoir à penser à quelqu'un d'autre de plus... Lointain.

- Je repensais à Justin et Ernie et à... À ma vie d'avant.

- Tu la regrettes ?

- Non. Mais j'ai tellement de questions dans la tête. Je ne sais plus quoi faire. Il y a le vrai et le faux, mais je ne sais pas les dissocier. Il y a ce que je sais et ce qui m'est encore inconnu mais je n'ai aucune idée de comment trouver une réponse à toute mes questions. Je suis perdue...

- Je t'aiderai à retrouver la lumière alors, dit-il avec un sourire en coin. Tu sais que tu devrais arrêter l'eau ou ça va inonder toute la maison ?

Je me levai en sursaut et me précipitai sur le robinet pour couper le jet. Je soupirai de soulagement en constatant que Marcus avait simplement exagéré en disant que ça allait déborder. Il restait quand même un peu de marge.

- Je vais sortir, lâcha-t-il en voyant que j'allais me déshabiller

- Tu peux rester.

- Ce n'est pas vraiment normal de rester avec quelqu'un qui prend un bain, tu sais...

- Et si je te demande de rester ?

Il soupira, se leva et se retourna. Je compris alors, et enlevai mes vêtements. Je me rappelai que la Bohème n'était pas la vraie vie. Les règles n'y étaient pas les mêmes et les enjeux non plus. Avoir une intimité, son propre corps et une certaine estime de soi n'étaient pas des choses auxquelles j'étais habituée en réalité mais j'avais à avouer que les retrouver ne me déplaisait pas.

Je mis une jambe dans l'eau et m'accrochai au rebord de la baignoire pour entrer complètement dans le bain. Une fois que mon corps fut immergé, j'appelai Marcus pour lui signaler qu'il pouvait se retourner. Il le fit et me fixa longuement, une lueur de peur dans son regard. Il finit tout de même par s'assoir sur le tapis, lentement, toujours comme s'il appréhendait que je lui saute dessus pour le déchiqueter. Mais je comprenais ce qu'il ressentait. Il n'avait aucune autre femme que ses sœurs et sa mère sous son toit depuis la mort de Mélissa. Il craignait peut être de s'attacher, pour ne plus ressentir ce que ça faisait de se faire arracher quelqu'un.

- Tu as bien dormi ? demandai-je comme si de rien était. Pas de cauchemars ?

- Ça allait... J'en ai refait un mais... Je ne sais pas... Je me suis réveillé en pleine nuit, je me suis rendormi et je n'ai rêvé de rien.

Je souris et passai mes bras dégoulinants d'eau sur le rebord de la baignoire, plantant mes yeux bleus dans les siens verts. Leur éclat me frappa soudainement. Ils brillaient comme un vieux souvenir, celui de la cheminée du salon de ma maison, tous les Noëls.

Je tendis ma main vers la joue de Marcus et la caressai brièvement. Il sourit tristement avant d'attraper mon poignet. Il examina ma main puis mon bras avec une étrange attention. Ce n'était pas le genre de choses qu'on faisait normalement mais bon, après tout la situation dans laquelle nous étions n'avait rien de normal non plus. Il finit par lâcher mon bras et me sourire maladroitement :

- Et toi, qu'est-ce qui t'a réveillée à cette heure-ci ?

- Quelle heure est-il ?

- On ne répond pas à une question par une autre question.

Je ris :

- Pardon !

- Mais sinon il est cinq heures et demie du matin. Maintenant à toi.

Je soupirai, tristement. Je n'en avais jamais parlé à personne...

- J'ai juste fait un mauvais rêve.

- Tu me racontes ? Enfin, si tu veux, je ne t'oblige pas.

J'hésitai un instant mais après tout je lui devais bien ça. Il s'était beaucoup épanché alors que je ne lui avais pas beaucoup ouvert mon cœur.

- J'ai fait un cauchemar aussi, finis-je par avouer. C'est... une sorte de cauchemar récurrent aussi.

Il hocha la tête, pas vexé que je ne lui en aie pas parlé avant :

- Et ça ressemble à quoi ?

- Un... Un enfant. Marcus... Dans... Euh non rien...

Il ne savait pas que j'étais allé dans sa chambre :

- Enfin bref un enfant. Il est mort et il me regarde. Il a des yeux verts et... Verts et vides...

Marcus me regarda fixement. Ses yeux étaient plantés dans les miens et j'en sursautai. Ils étaient verts, aussi verts que le petit garçon de mes cauchemars. Je commençais à penser qu'il y avait un lien entre les deux.

- Il... continuai-je en déglutissant. Il est blond... Et cette fois il a parlé. Il a dit mon nom. Je l'ai entendu une fois aussi dans... Une certaine de rêve ou d'hallucination... Et une autre fois alors que je regardais un... Un enfant qui lui ressemblait...

- Tu connais cet enfant mort ?

- Je n'arrive plus à m'en souvenir... Je suis sûre que je le savais. Mais ça a comme disparu de ma mémoire.

- Ah... Il a plus ou moins quel âge ?

- Je dirais trois ou quatre ans... Approximativement.

- Mmm... Et il n'est pas de ta famille ?

- Non. Je ne crois pas. Ses yeux... Non il n'est pas de ma famille.

Dans le regard de Marcus, planté dans le mien, je compris qu'il avait deviné les mots que je refusais de faire sortir. Il savait que j'allais comparer les yeux du garçon aux siens. Il avait comme sondé mon âme.

- On trouvera la réponse, dit-il après un long moment de silence. En attendant, on a une sacrée journée à commencer. Je vais me préparer.

Il se leva, m'ébouriffa les cheveux et quitta la pièce. Il avait l'air assez confus, mais je ne lui en voulais pas. Il était peut être même plus perdu que moi en ce moment. Pour une raison différente assurément.

Je me laissai glisser à l'arrière et plongeai ma tête sous l'eau, basculant sur le dos. J'émergeai aussitôt, prenant une grande inspiration avant de repasser sous l'eau. C'était très déstabilisant mais je commençais à croire que Vasco avait raison quand il disait que j'étais attirée par le danger et l'incertitude. Pourquoi je me serais embarquée dans la Bohème si j'avais eu un peu de bon sens ?

Je sortis la tête de l'eau et la posai sur le rebord, fermant les yeux pour me laisser envahir par mes souvenirs. Je voulais revoir le visage de ma sœur une fois de plus.

Toutes les filles du dortoir étaient dans les toilettes, où il était plus pratique de se préparer, grâce aux miroirs et aux éviers. Leila et moi avions décidé de se donner rendez-vous dans sa chambre. J'avais pu ainsi découvrir les dortoirs de Serdaigle, vides. J'avais apporté ma robe et mes affaires. Elle m'avait aidée à me changer et à me coiffer et venait à peine de disparaître derrière un rideau pour s'occuper d'elle. Grâce à un sort assez simple, elle avait créé une surface réfléchissante sur le mur, dans laquelle je me regardais à présent.

- Tu crois que si j'étais plus belle, Justin m'aimerait mieux ? lâchai-je soudainement

- Tu ne devrais pas avoir à changer pour plaire aux autres, répondit Leila depuis le rideau. Si tu veux changer, ça doit être pour toi. Mais je trouve que tu es très bien comme ça.

- Oh ne dis pas n'importe quoi. Tu as toujours été la plus jolie de nous deux.

- On est sœurs jumelles, Han. Tu n'as pas à nous comparer. Tu crois toujours que les autres sont mieux que toi, et c'est faux.

Je caressai mon reflet en soupirant. J'avais beau être préparée pour aller à un bal, mes cheveux relevés en une coiffure compliquée de celles que ma sœur arrivait à faire -d'ailleurs je n'arrivais même pas à comprendre comment- mais j'étais toujours aussi médiocrement jolie.

- Mais Justin aime les filles belles... gémis-je

- Il n'a qu'à s'acheter des tableaux ou des statues alors. Ne sois pas juste un objet à regarder.

Je soupirai et me laissai tomber sur le lit. Dans le reflet, je vis Leila sortir de la cachette où elle s'habillait. Elle s'assit derrière moi et enroula des bras autour de mon cou, calant sa tête dans le creux de mon épaule. J'étouffai un rire amusé :

- Mais dis-moi qu'est-ce que tu vas faire ce soir ? Personne ne t'a invitée, non ?

Elle sourit :

- Je trouverai bien une occupation. J'ai un livre à lire.

- Leila... Et te trouver un cavalier, non ?

- Non.

- Allez ! Il doit y avoir quelqu'un qui t'intéresse. Non, c'est vrai, qu'est-ce que je raconte ! Il n'y a personne.

- Qu'est-ce que t'en sais ?

- Tu me l'aurais déjà dit.

Elle éclata de rire :

- Bien sûr que je te l'aurais dit ! Et puis je ne suis pas comme Susan et toi, les garçons ne sont pas ma préoccupation principale.

- Hé ! C'est l'âge...

Je regardai nos reflets, cherchant le plus de ressemblances entre nous. Elle était plus pâle que moi, ses cheveux étaient d'un brun très très foncé quasiment noir, longs et presque raides, contrastant avec mes boucles blondes. Elle avait d'immenses yeux bleus, exactement les mêmes que les miens. C'était sans doute notre seul vrai point commun.

- Pourquoi je ne te ressemble pas plus ? soupirai-je

Et elle ne répondit pas, se contentant d'un sourire.

.

Je me levai de la baignoire brusquement, sortant sans prendre la peine de sécher mon corps dégoulinant d'eau plus si chaude. Je me précipitai vers le miroir et plantai mon regard dans celui de mon reflet. Ces yeux... Comme ceux de ma sœur.

Deux larmes brûlantes et amères coulèrent le long de ma joue en imaginant mon reflet se muer en l'image de ma jumelle. Je visualisai mes cheveux s'allonger et se foncer jusqu'à en devenir quasiment noirs, mon visage pâlir et s'affiner, mes vêtements s'assombrir... Mais mes yeux ne changèrent pas.

En me retrouvant nez à nez avec une Leila fictive, je hoquetai et m'effondrai au sol en éclatant en sanglots. Je ne me pardonnerais jamais ce que je lui avais fait... Si seulement j'avais pu la revoir une dernière fois... Mais non, non, non.

- Hannah ?

Je me retournai. Marcus était revenu. Il se cacha les yeux en voyant dans quelle situation j'étais et se retourna quasiment tout de suite après. J'attrapai une serviette et me levai en cachant mon corps trempé et découvert.

- C'est bon, dis-je maladroitement

Il enleva sa main de son visage et planta son regard dans le mien, suspicieux et inquiet à la fois. Il ouvrit un peu plus l'encadrement de la porte et s'avança dans ma direction, sans lâcher le contact visuel une seule seconde :

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

Je rassemblai nerveusement mes cheveux dégoulinants à l'arrière, tentant d'avoir l'air parfaitement normal. Mais j'étais incapable de feindre désormais :

- Je vais... Je vais très bien ne t'en fais pas...

- Ne mens pas, tu n'y arrives pas.

- Ce n'est rien d'insurmontable, ne t'en fais pas.

- Non c'est vrai... C'est toujours dur au début.

- De quoi ?

- De se... détacher des gens auxquels on tient.

Je frissonnai. Pas à cause du froid mais à cause de ce que je savais -bien que Marcus l'ignore toujours. Il n'avait pas eu le choix. Il avait dû renoncer de force à celle qu'il aimait. Même si je n'avais jamais vraiment eu d'affection pour lui avant de découvrir son vrai visage, c'était un sort que je ne souhaitais même pas à mes pires ennemis.

- Euh... lâchai-je. J'ai des vêtements sur le fauteuil là-dehors. Tu pourrais me les prendre s'il te plaît ?

Il s'exécuta rapidement et me tendit mes affaires, sans dire un mot. Je les pris en main, craintive. Marcus n'affichait aucune expression. Il était comme vide. Ce n'était pas ce que je voulais voir.

Je laissai mes vêtements sur le bord de l'évier et enroulai mes bras autour du cou de Marcus. Il se raidit, surpris par mon geste. Je le serrai plus fort contre moi, enfouissant mon visage dans le creux de son épaule :

- Je t'en prie... murmurai-je. Je t'en prie... Souris.

Je perçus son étonnement augmenter car il lâcha le maigre contact de ses doigts avec mes coudes. Puis je le sentis se ressaisir et enrouler ses bras autour de ma taille.

- Je suis désolé, chuchota-t-il. On doit être solide tous les deux. Je n'aurais pas dû m'affaiblir autant alors que tu as besoin de quelqu'un à qui te raccrocher. Je suis désolé.

- Je veux juste te voir vivant...

Il m'obligea à lever la tête pour planter ses yeux verts hantants dans les miens :

- Mais je suis vivant.

Il attrapa une de mes mains posée sur son épaule et la colla contre son torse. Je sentais le battement de son cœur sous mes doigts, qui montait en puissance.

- Je suis vivant. Et regarde...

Il prit ma main et la colla contre ma ma propre poitrine pour que je sente mon cœur aussi, qui battait dans ma cage thoracique :

- ...toi aussi. On est vivants tous les deux. Et tant qu'on le sera, on ira de l'avant et on ne laissera rien ni personne nous faire baisser les bras. D'accord ?

Je plongeai à nouveau dans le vert de ses yeux de chats et m'y perdis. Ils étaient exactement identiques à ceux de l'enfant de mes cauchemars, plus de doute là-dessus.

- Allez, Hannah. Habille-toi maintenant. On va aller manger quelque chose puisque ça ne sert à rien de se rendormir maintenant. Je vais désactiver l'alarme. Rejoins-moi en bas.

Et sur ce, il esquissa un petit sourire, et quitta la pièce.

.

Je secouai encore une fois mes cheveux pour leur donner du volume et poussai la porte des escaliers en même temps. Je descendis les marches rapidement et ouvris l'autre porte. Toutes les chaises étaient sur les tables, les stores étaient fermés, la lumière était allumée et Marcus était occupé au comptoir.

J'hésitai avant d'ouvrir la bouche. Entre nous, le lien était très ambigu. C'était comme si on avait besoin l'un de l'autre pour se relever, pour être plus fort. Mais de l'autre côté on avait plein de secrets qu'on ne se disait pas. Les miens me pesaient trop sur la poitrine à présent. J'avais besoin de m'en débarrasser. Mais est-ce que je faisais assez confiance à Marcus pour lui en faire part ? Cette journée était la preuve qu'il me manquait.

Je m'approchai de Marcus, en passant derrière le comptoir. Quand je fus dos à lui, je lui sautai au cou. Il sursauta et manqua de lâcher le couteau qu'il avait à la main :

- Hé ! s'exclama-t-il

J'éclatai de rire en descendant. C'était stupide mais la tête qu'il avait faire valait la peine de revenir un peu en enfance. Il sourit et secoua la tête :

- Si tu continues, fit-il faussement menaçant, tu ne manges pas ce matin.

- J'arrête, ris-je. Mais tu aurais dû voir ta tête !

- Oh je verrai la tienne quand je me vengerai.

Sur cette menace non déguisée, il esquissa un sourire en coin malin et me tendit une assiette pleine de pain grillé. Je l'attrapai et m'assis sur le comptoir. Nous mangeâmes en discutant d'un peu tout et n'importe quoi, et ne fûmes interrompus que quand une drôle de sonnerie retentit dans la cuisine.

- C'est ma mère, me rassura Marcus. Elle a besoin d'aide en haut. Il reste du pain ?

Je lui donnai l'assiette et il y ajouta deux cuillères, deux serviettes et le paquet de beurre. Il me fit signe de le suivre. Nous montâmes à l'étage des chambres mais au lieu d'entrer dans une des pièces, Marcus ouvrit une porte sur la droite qui donnait sur la deuxième cage d'escaliers. Nous gravîmes toutes les marches et il défonça presque la porte.

Le dernier étage était bien différent des autres. Il était beaucoup plus sombre, toutes les fenêtres étant fermées sauf une lucarne tout au fond. C'était comme un immense grenier fait de deux pièces séparées par un demi-mur. Marcus ferma la porte derrière nous et s'aventura dans la pièce qui nous était cachée. Il s'agissait en fait de la chambre. Un lit d'une place trônait en plein milieu, et un autre était calé contre le mur. Le lit du milieu était occupé et une femme était assise sur la chaise au chevet de son occupant.

Les parents Flint...

- Je suis là Maman, annonça Marcus

La femme tourna la tête vers nous et se leva lentement. Je ne distinguais pas ses traits dans la pénombre. Elle s'approcha jusqu'à être à deux pas de son fils, juste sous le jet de lumière de la lucarne. Je fus frappée. Je m'imaginais une femme extrêmement maigre, flétrie, dépérissante, une ombre de femme. Mais j'avais autre chose en face de moi. Elle ressemblait beaucoup à Lyou sur certain points mais elle était blonde, un peu comme Vasco. Ses yeux étaient d'un bleu clair semblable à ceux d'Aley. Elle n'avait pas l'air abattue, mais plutôt extrêmement forte, solide. Elle irradiait même de détermination. Elle esquissa un sourire chaleureux en voyant Marcus et le serra fort dans ses bras. Elle se détacha après un long instant et lui caressa les cheveux et la joue :

- Ça faisait longtemps que tu n'étais pas monté me voir, dit-elle sans se départir de son sourire heureux. Comment vas-tu, mon ange ?

- Je vais bien, assura Marcus. Enfin... Un peu mieux quoi.

- Est-ce que tu dors ?

- Oui, Maman.

- La nuit, s'entend.

- Oui, je dors la nuit.

- Je sais que tu es quelqu'un de très fort, mon ange, mais je ne veux pas que tu t'abîmes dans ta peine. Tu n'es coupable de rien, Mélissa le pensait aussi.

Marcus lança un regard alarmé dans ma direction mais je fis semblant de ne pas relever, observant tous les cartons autour de nous. Je n'allais pas aborder ce sujet là : Vasco avait bien dit qu'il avait à ouvrir son cœur seul.

- J'ai apporté à manger, déclara Marcus pour changer de sujet. Papa dort encore ?

Madame Flint hocha la tête, un sourire amusé sur ses lèvres :

- Mais on va le réveiller.

Elle fit quelques pas en arrière et s'en retourna au chevet de son mari. Elle se pencha sur le lit et murmura quelques mots. Je me tournai vers le deuxième de la fratrie Flint et lui souris. Il me le rendit et déplaça une mèche de mes cheveux qui devait faire n'importe quoi au-dessus de mon crâne.

Marcus attrapa ma main et m'entraîna avec lui vers le lit au centre de la pièce. Là, je vis le père. Rien n'était sans doute plus frappant que la vision d'une version cinquantenaire de Marcus ou Vasco. C'était peut être la dernière preuve qu'il me manquait pour affirmer qu'Aley avait raison : les deux frères se ressemblaient plus qu'il n'y paraissait de prime abord. Monsieur Flint -dont le nom avait été déjà mentionné devant moi mais je ne l'avais pas retenu- était un homme à l'apparence assez fatiguée, mais il souriait. Son corps était caché sous les couvertures, je ne voyais donc pas les séquelles de son passé.

- Marcus ! s'exclama-t-il en tendant les bras vers son fils

Le père et le fils se serrèrent dans une longue étreinte. Même si la fratrie n'avait symboliquement plus de parents, ceux-ci n'avaient perdu l'amour de leur progéniture. Et c'était sans doute là la force de leur famille. Ils étaient le contraire de la mienne.

Marcus déposa sur la chaise le petit-déjeuner qu'il avait apporté et se tourna vers moi. Il me tendit sa main, avec un regard rassurant. Même si je ne comprenais pas ce qu'il avait en tête, je fis ce qu'il me demandait et mis ma main dans celle qu'il m'offrait. Alors, il se tourna vers ses parents :

- Peut être que les autres vous ont déjà parlé d'elle, mais je vous présente Hannah.

Euh... La situation, pour le coup, était très étrange.

- Enchantée, me sourit Madame Flint

- De même, balbutiai-je en tentant de ne pas avoir l'air stupide

- Tu veux y aller maintenant ? me demanda Marcus

- Euh... Si tu veux... Oui...

Il embrassa sa mère sur la joue et serra son père dans ses bras une nouvelle fois avant de m'embarquer avec lui en direction des escaliers.

.

- Tu veux marcher ou je te porte ? demanda Marcus avec un sourire cavalier

- Je sais marcher, assurai-je en sentant mes joues chauffer

- Ne me dis pas que tu n'as pas l'habitude maintenant.

- C'est toi qui me porte, je ne te demande rien.

Il éclata de rire et me fit signe de monter sur son dos. Je souris et m'exécutai, pas mécontente du tout. J'enroulai mes bras autour de son cou et en l'entendant rire, je me sentis heureuse. Mon sourire ne pouvait pas s'envoler, je sentais mes yeux briller et mon ventre se réchauffer. Je pensais que le bonheur c'était l'accélération de mon cœur les rares fois où Justin me témoignait son "affection", ou bien vivre en équilibre sur une poutre au-dessus d'un ravin. Peut être qu'en fait le bonheur c'était d'accepter d'être qui on était et de ne pas être seul, sans plus préjugés. Peut être que le bonheur résidait dans des moments comme celui-ci...

- Awen est allé pêcher hier et m'a laissé sa barque. Tu n'as pas le mal de mer, j'espère.

- Non, lâchai-je. Je ne crois pas.

- Alors on va savoir tout de suite.

Je regardai le paysage autour de nous. On avait pris une autre direction que celle qui menait à Marloes ou à la plage où Justin, Ernie et moi avions dormi. Nous marchions sur un chemin peu fréquenté -surtout à cette heure- et et on voyait la mer en contrebas, après les falaises. Il faisait plutôt beau et j'en étais contente. La pluie n'allait donc pas gâcher cette journée.

Après plusieurs minutes de marche, Marcus descendit un sentier qui menait à une plage. Un certain nombre de bateaux gisait sur le sable, et Awen, que j'avais vu venir soigner le père Flint de nombreuses fois, se tenait près d'une barque dont il démêlait les cordages. Quand il nous vit, il nous fit de grands signes. Je descendis du dos de mon insolite monture. Nous saluâmes le moldu et il se mit à donner des explications techniques de dernière minute à Marcus. Je n'écoutai pas, préférant observer la mer. J'avais confiance en Marcus, il n'allait pas nous faire couler.

Les hommes mirent la barque à l'eau alors que je rangeais des outils de sécurité dans le sac à dos que nous avions emporté. Awen me sourit en revenant et me glissa :

- Tu as bien de la chance, petite.

Je le regardais, sans comprendre mais il s'en alla sans s'expliquer. Marcus me rejoignit alors, sourit, passa ses mains sous mes genoux et me souleva du sol. Je protestai, ce qui n'eut pour effet que de le faire éclater de rire. Il me porta ainsi jusqu'à la barque, où il me déposa :

- Et ça servait à quoi ? grognai-je

- À éviter que tu te mouilles, rit-il. Tu ne vas pas te plaindre.

Il monta dans l'embarcation et attrapa les rames. Je voulus lui proposer de l'aider mais il me fit taire d'un seul regard. Je secouai la tête, amusée :

- Donc où est-ce que tu m'amènes ?

- Il y a deux îles ici, mais il faut arriver au cap. On ne pouvait pas embarquer là-bas parce que c'est juste une falaise.

- Donc on va voir des îles ? C'est ça ta surprise ?

- Oui mais tu verras c'est magnifique.

- Je peux te poser une question ?

- Bien sûr, vas-y...

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi tu m'emmènes avec toi ?

- Je veux te montrer quelque chose. Et si la question c'est pourquoi toi, et bien je réponds "parce que".

- On dit que ce n'est pas une réponse.

- Pour moi si. Ça veut dire que c'est comme ça et qu'il n'y a peut être pas de vraie raison mais juste... On sent que c'est comme ça et on ne se pose pas la question du pourquoi.

- Oh... C'est vrai.

Marcus rama en bordant la côte jusqu'au fameux cap qui n'était effectivement qu'une falaise assez impressionnante. Il me montra un point derrière moi. Je me retournai et vis l'île dont il me parlait, verdoyante au milieux des flots, illuminée par le soleil qui venait à peine de se lever derrière. J'ouvris la bouche mais fut incapable de produire un seul son. Marcus me regarda, son sourire malicieux au coin de ses lèvres :

- Et ce n'est que le début.

Je tentai de répondre mais échouai lamentablement tant j'étais subjuguée par la vue du soleil levant sur l'île. Il y avait une myriade de couleurs et toutes leurs nuances : de l'orange et bleu dans ciel et sur la mer, du rose et du violet pour les nuages, du vert et du marron pour la terre ferme... C'était tout simplement magnifique.

Je posai mon regard sur Marcus qui me regardait, les yeux brillants et un sourire en coin que les lèvres.

- Je n'avais pas vu cet éclat dans les yeux de quelqu'un depuis des années, avoua-t-il en continuant de ramer

Son sourire se mua soudainement en quelque chose de plus chaleureux et sincère :

- Et je préfère voir ce sourire sur ton visage que te trouver en pleurs dans la salle de bain.

Je collai ma main sur ma bouche pour cacher mes lèvres qui s'étiraient en le sourire le plus large que je n'ai jamais fait. Si Marcus n'était pas en train de ramer, je me serais précipitée dans ses bras. Il avait la fâcheuse manie de provoquer ces envies chez moi. Même Justin n'arrivait pas à me faire sentir si spontanée. Mais je me retenais pour une autre raison : j'avais encore trop peur des excès pour m'en autoriser trop. Il y en avait déjà eu beaucoup ce matin.

- Comment s'appelle l'île ? demandai-je pour penser à autre chose

- Île de Skomer. Quand on est arrivés ici, Awen m'a dit qu'elle est très connue pour sa faune. On trouve des oiseaux assez particuliers et des phoques.

- Quoi ?

- Tu verras dans pas longtemps.

Je me retournai pour mieux voir l'île vers laquelle nous nous dirigions. Je savais qu'il existait des lieux magiques dans le monde, et j'étais certaine que nous allions vers un de ceux-là. C'était comme la sensation qui s'était emparée de moi la première fois que je m'étais approchée du Nortmai : l'île de Skomer était liée au monde sorcier d'une manière ou d'une autre.

Marcus rama encore un moment avant que nous soyons aux pieds de l'île. Et puis nous montâmes jusqu'à atteindre le plateau.

Autour de nous, tout était incroyablement beau. Le ciel était quasiment dégagé et se teintait peu à peu d'un bleu plus vif. L'île était privée de tout sentier : c'était de la nature et seulement de la nature. L'herbe était fraîche et colorée, clairsemée de fleurs sauvages. Les oiseaux de mer volaient au-dessus de nos têtes et braillaient leurs chants respectifs. Je regardais sans cesse autour de nous, incapable de détacher mon attention des merveilles qui nous entouraient.

Je sentis deux bras agripper ma taille par derrière. Marcus cala son menton sur mon épaule et me fit tourner légèrement de droite à gauche :

- Alors ça te plaît ? demanda-t-il avec un sourire dans la voix

- C'est... Incroyable...

- Je prends ça pour un oui. Mais on vient juste d'arriver, tu veux voir la suite ?

.

Nous passâmes la matinée à nous promener sur les deux morceaux de l'île de Skomer. Elle n'était pas grande, certes, mais si nous n'avancions pas très vite c'était pour deux raisons : de un, le paysage était magnifique, de deux Marcus nous ralentissait en jouant avec moi. Mais le voir sourire aussi longtemps était plus important que notre vitesse de marche.

Vers midi nous nous arrêtâmes près d'une falaise pour manger. Je posai notre sac à dos au sol et déballai le repas que Marcus avait préparé ce matin. Nous nous assîmes dans l'herbe et commençâmes à manger.

- Tu viens souvent ici ? demandai-je

- Non, répondit Marcus. Je suis venu trois ou quatre fois depuis mon arrivée ici. C'est Awen, un jour où il m'avait demandé de l'aide pour la pêche, qui m'a amené ici pour la première fois.

- Vous êtes très proches ?

- Non c'est juste qu'il m'a appris tout ce que je sais sur les moldus.

- Il ne vous trouve pas... Différents ?

- Je n'ai jamais posé la question. Il n'a rien laissé paraître si c'est le cas.

- Mais à part sa faune et sa beauté, qu'est-ce que cette île a de plus que les autres ?

Il mordit dans son repas et prit le temps de mâcher, regard au loin, avant de me répondre :

- Tu te souviens de ce que je t'ai raconté sur la bataille du Pembrokeshire ?

- La plupart oui...

- Et bien l'île dont je te parlais c'est celle-ci.

- Mais... Elle est assez grande pour être un champ de bataille ?

- Tu serais surprise de voir que certains sont même plus petits. Tu es au cœur de la malédiction du Pembrokeshire, c'est le repère des fantômes.

Je regardai autour de moi. Une certaine mélancolie, non apparente de prime abord, colorait le paysage. Alors c'était bien ça la magie que j'avais senti en approchant. Les fantômes des sorciers du Pembrokeshire vivaient tous ici.

- N'aie pas peur, murmura Marcus en caressant ma joue

Je levai le regard et le plantai dans ses yeux verts :

- Je n'ai pas peur. Tu as des arguments, pas vrai ?

Il sourit à l'entente de la raison qu'il m'avait servie pour justifier que je n'avais pas à craindre de nouvelle attaque des fantômes. J'attrapai un fruit et décidai de profiter de notre solitude et de notre pause pour discuter avec lui :

- Où est-ce que tu allais quand tu t'isolais ?

Je connaissais une bonne partie de la réponse mais il fallait bien commencer petit. Marcus soupira tristement :

- Je me promenais...

Il hésita à aller plus loin :

- J'allais sur la plage, aux falaises et puis après j'allais quelque part près de la route où Vasco me retrouvait toujours.

- Tu aimes être seul ?

- Non.

Je frissonnai à son ton catégorique.

- Je déteste la solitude. C'est la prison dans laquelle je suis enfermé et je n'arrive pas en m'en sortir. Quoi que je fasse je me retrouve seul. À Poudlard c'était déjà comme ça.

- Je te comprends...

Il était peut être temps de lui ouvrir une brèche dans mes secrets :

- Quand j'étais petite... Quand j'étais petite, j'étais toujours avec ma sœur. On était inséparables, on dormait même dans le même lit. Je ne connaissais pas la solitude. Mais un jour, je me suis réveillée dans le lit vide. J'ai d'abord pensé que Leila s'était déjà levée et que je la trouverais dans la salle à manger. Alors je suis descendue en courant dans les escaliers et j'ai appelé son nom. Personne ne m'a répondu. La salle à manger était vide, personne n'était dans la maison à part moi. J'ai paniqué. J'ai d'abord cru qu'on avait enlevé mes parents et ma sœur. Mais j'ai vu que leurs manteaux n'étaient pas là non plus, je me suis alors dit qu'ils m'avaient abandonnée. Je me suis mise à hurler et à pleurer comme une hystérique. Peu à peu mon corps s'est mis à réagir violemment et j'ai fait... une sorte de première crise. Ce n'était pas aussi violents que celles que je fais aujourd'hui mais c'était terrifiant. Quand mes parents sont rentrés, ils m'ont trouvée étendue en travers des escaliers, inconsciente. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait mais quand j'ai repris connaissance je n'avais pas bougé. Leila était à côté de moi et me tenait la main. J'étais tellement contente qu'ils ne m'aient pas abandonnée mais je ne leur ai pas dit. J'ai juste demandé où ils étaient allés. Maman a juste répondu : faire quelque chose que tu n'auras jamais le droit de faire. Leila était trop jeune pour comprendre donc je ne lui en veux pas si elle n'a pas compris. En tout cas, c'est depuis ce jour que je suis devenue autophobe et que je déteste mes parents.

Marcus attrapa ma main :

- Personne ne t'abandonnera plus.

- Et toi, qu'est-ce qui te lie à la solitude ?

- Je ne sais pas montrer mes sentiments ou mes émotions. J'ai toujours le même visage. Alors comment faire comprendre aux gens ce qui se passe dans mon cœur ? C'est pour ça que j'étais seul : j'étais incapable de prouver que j'étais bon.

- Tu as dû changer alors, parce que je te trouve très expressif.

- Je ne sais pas...

- Tu n'as pas toujours été seul à Poudlard, quand même.

- Eh bien... Avant que Vasco n'entre, il y avait Lyou... Et une amie à elle, qui...

On y est.

- ...qui s'appelait Mélissa Aidenberg.

- C'est un joli prénom, dis-je pour ne rien laisser paraître

- Je... Mélissa et moi étions... Assez proches. Euh...

Je pris son poignet et caressai le bracelet où étaient inscrites les lettres M et A :

- C'est drôle, c'est exactement ses initiales...

Il soupira et plaqua sa main sur ses yeux. Quand il osa enfin me regarder à nouveau, sa voix devint un murmure :

- C'est encore dur pour moi d'en parler... Mais euh... Mélissa n'est plus là maintenant... Elle est... Elle est morte.

- Je... Je suis désolée...

Je caressai sa joue. Ses yeux brillaient, il était sûrement sur le point de pleurer mais se retenait. Il voulait paraître fort. Il laissa sa tête lentement tomber sur mon épaule, cachant ainsi son visage. Il resta comme ça quelques secondes avant de se redresser et s'essuyer ses joues :

- Si ça ne te dérange pas, murmura-t-il, on pourrait en parler plus tard ?

- Oui, bien sûr.

- Je vais te montrer quelque chose. Tu n'as rien à craindre.

Il se leva et me tendit ses mains pour m'aider à faire de même. Quand nous fûmes tous les deux debout, et sans lâcher ma main, Marcus m'entraîna plus près de la falaise. J'eus peur au début mais vu qu'il ne me poussa pas dans le vide, je me détendis et risquai un regard en bas. La mer frappait des rochers où d'étranges animaux que je n'avais jamais vus nulle part jouaient allègrement.

- Tu vois les oiseaux noirs au bec coloré ? m'indiqua Marcus. Ils sont typiques d'ici. On les appelle macareux. Et là bas, il y a les phoques sur le rocher tout en contrebas.

- C'est... C'est incroyable...

- C'est le plus bel endroit que je n'aie jamais vu.

- Merci...

- De quoi ?

- De me le montrer.

- De rien...

Il me sourit. Il me tenait très fort, comme s'il avait peur que je tombe de la falaise. À vrai dire j'avais peur aussi en fait.

- Attention, lâcha-t-il gravement

Une silhouette transparente émergea de l'eau l'espace d'un instant et y replongea immédiatement. Je sursautai et Marcus m'obligea à reculer.

- C'était un fantôme ?

- Oui, il y en quelques uns qui traînent sous l'eau. Il ne vaut mieux pas rester près des falaises dans ce cas. Ils aiment... faire de mauvaises blagues, disons.

Je récupérai le sac à dos et toutes les affaires que nous avions déballées. Je remis le tout sur mes épaules et refis face à un Marcus qui affichait à nouveau son sourire en coin amusé.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je en me retenant de sourire également

- Rien... C'est juste que tu me fais rire. Tu réagis au quart de tour, tu comprends tout au moment où on le dit.

Je me mordis la lèvre. C'était déjà rare qu'on me dise ces choses-là, mais que ça sorte de la bouche de Marcus Flint en était encore plus étonnant. La situation dans laquelle j'étais aurait été inimaginable jusqu'à il y a quelques semaines mais maintenant elle me paraissait absolument normale.

- Il y a la deuxième île, celle de Skokholm. Tu veux la voir aussi ?

- Elle est comment ?

- À mes yeux, Skomer est plus belle mais...

- Et bien restons sur ta préférée. Il y a plein de choses à faire.

- Oh ça oui...

Il m'attrapa par la taille et me fit basculer à l'arrière. Nous nous retrouvâmes au sol, lui sur moi. J'éclatai de rire :

- Tu veux jouer les enfants ?

- Ça ne fait jamais de mal. Et puis ça fait longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de le faire. Peut être... Bien vingt ans.

- Allons-y alors !

- Jusqu'à ce qu'on arrive au Nortmai, on a cinq ans, d'accord ?

- D'accord !

Je ne compris pas comment mais il réussit à nous faire rouler sur le côté pour inverser nos positions, et désormais c'était moi qui était sur lui. Je ne me souvenais pas des moments d'insouciance heureuse de mes cinq ans, j'allais donc devoir réapprendre le bonheur, avec Marcus. Elle était loin la Bohème et la peur...

Marcus et moi passâmes l'après-midi à nous courir après, à rouler dans l'herbe, à nous sauter dessus, à dire et faire n'importe quoi, à s'asperger d'eau quand nous descendîmes aux rochers. Il me porta de toutes les façons possibles : à cheval sur son dos, en travers de ses épaules, allongée dans ses bras, la tête en bas... Et j'en passe. Il me montra ses talents d'athlète, enlevant son maillot et faisant toutes sortes de figures acrobatiques dans l'herbe. Et jamais, jamais, jamais dans ma vie je n'avais autant ri qu'en ces quelques heures. Le rire de Marcus se mêlait au mien et la mélodie qu'ils formaient remplaçait bien des mots. Le bonheur n'était pas aux côtés de l'homme que je croyais, ni dans le lieu que je pensais : c'était ici, dans la région du Pembrokeshire, avec Marcus Flint. Je n'avais pas peur quand il était à côté de moi. Ou du moins, j'étais capable de toutes les surmonter.

Quand il fut environ six heures et demie, nous constatâmes qu'il était temps de prendre le chemin du retour. Vu que j'étais allongée dans l'herbe pour sécher mes vêtements mouillés par nos jeux dans l'eau, Marcus me tendit ses deux mains. Je fermai les yeux et grognai en les attrapant. Il me tira si fort que mes pieds quittèrent le sol et que je m'écrasai contre le torse de l'ancien Serpentard. Il éclata de rire :

- Ne te fais pas mal...

- Tu n'y vas pas de main morte.

Il rit une fois de plus et m'ébouriffa les cheveux :

- Allez, on y va.

Il prit ma main et mit le sac sur son dos. Et nous repartîmes en direction de la barque d'Awen. Quand nous y fûmes installés, Marcus reprit les rames, me regarda droit dans les yeux avec un petit sourire satisfait :

- Je ne crois pas aux contes de fée mais cette journée est sans doute ce qui s'y apparente le plus.

Et il se mit à ramer, me laissant stupéfaite, incapable de dire quoi que ce soit. Je plaquai ma main sur ma bouche, cachant mon sourire grandissant et restai ainsi pendant la moitié de la traversée. Puis tout à coup, Marcus éclata de rire :

- Allez, tu peux parler, je ne vais pas te manger.

- Et qu'est-ce que je raconte ?

- Je ne sais pas... Parle-moi de toi. De n'importe quoi sur toi.

- Euh... Eh bien... Je ne suis pas douée pour trouver des choses bien à dire à mon sujet mais je peux essayer d'en trouver... Euh... Non je n'en vois pas. Je suis quelqu'un de trop fragile, que les gens prennent pour une gamine tout le temps, je n'arrive pas à dire ce que je pense, je ne sais pas mentir, je suis influençable, naïve, bê...

- Non, trouve toutes tes qualités au lieu de raconter n'importe quoi. Ton seul défaut c'est peut être d'être incapable de te juger correctement.

- Euh...

- Est-ce que tu avais de bons résultats à l'école ?

- C'était correct.

- Bon tu vois ! Est-ce que tu avais des amis ?

- Oui quelques uns.

- Voilà, ce n'est pas un défaut ça. Part des petits détails et arrive à de grandes conclusions.

- Dans ce cas à ton tour. Décris-toi.

- Alors... Je suis quelqu'un de très réservé et taciturne. Je reste tolérant et ouvert aux propositions des autres. Je travaille, je ne baisse pas les bras très souvent, je m'accroche le plus possible mais si ça ne peut pas marcher, je lâche. Mais comme je te disais tout à l'heure, je suis absolument incapable de montrer ce que je ressens sauf si quelqu'un arrive à le lire dans mes yeux.

- Comme Vasco ?

- Comme Vasco.

- Tu es plus objectif que moi.

- Se rabaisser c'est comme s'enfoncer. Mes parents ont toujours prêché l'appréciation de soi et des choses à leur juste valeur.

- Pas les miens... Ils raisonnaient par maisons à Poudlard. Il n'y avait que deux solutions pour eux : Serdaigle ou Gryffondor. Si tu tombais à côté, tu étais indigne de porter leur nom. Ma sœur a eu "de la chance" et pas moi.

- Laisse ces bêtises te passer au-dessus de la tête, tu vaux beaucoup mieux que ça. Ne perd pas ton temps.

- Si un de vous quatre était tombé dans une maison que Serpentard, qu'est-ce qui se serait passé ?

- Rien. Absolument rien. J'aurais juste démonté le cou de celui ou celle qui insulterait mon frère ou ma sœur en question. Ma mère n'était pas Serpentard, elle était à Pouffsouffle.

- Quoi ? Comme moi ?

- Oui. Et tu vois, il ne lui est pas arrivé malheur à cause de ça. Les maisons ne déterminent qu'un parcours d'apprentissage, pas une raison d'être. Ne te prend pas la tête.

- D'accord...

- Sinon, ça t'a plu aujourd'hui ?

- Je crois que c'était le plus beau jour de ma vie...

Il me regarda, étonné :

- Sérieusement ?

- Oui... J'ai eu l'impression d'être heureuse et ce n'est pas quelque chose dont j'ai l'habitude. Pendant plus d'un an et demi, mes journées étaient frustrantes et instables, sans aucune sécurité ou hygiène. Je me suis fait des illusions sur la liberté...

Je soupirai, m'allongeant à l'arrière :

- Je croyais que c'était ça : être en cavale avec mes deux meilleurs amis, loin de chez moi, loin de mes parents, de leurs préjugés, de la Purge... Mais en réalité j'étais tout sauf libre. Je m'étais emprisonnée toute seule dans un contrôle constant de ma parole, de mes sentiments. Je crois avoir payé le prix fort mais en fait je me rends compte que j'ai surtout gagné. Maintenant je suis libre.

- La vie qu'on mène ici n'est pas non plus la liberté, Hannah. Si par malheur on nous retrouve, on est morts.

- Ce ne serait pas plus simple de partir de l'île ?

- Les aurors surveillent les aéroports, les gares et les ports moldus aussi. Ils veulent empêcher quelconque recherché de s'enfuir, pour les emprisonner sur l'île et les attraper les uns après les autres. Les sorts sont surveillés, donc pas question d'utiliser quoi que ce soit de magique. La Purge c'est ça : éradiquer les résidus de Mangemorts et associés, peu importe comment.

- Comment est-ce que vous avez appris la fin de la guerre ?

- C'est un fantôme qui nous l'a dit.

- Mais vous n'avez aucun moyen de prouver votre innocence ?

- Non, Hannah... Si ils nous attrapent, ils ne nous écouteront même pas. Ce sera l'exécution arbitraire, sans procès. Il n'y a pas de neutralité dans le monde sorcier. C'est soit on est avec eux, soit on est contre eux. Et il est hors de question que je m'associe avec ces assassins...

- Ce sont eux qui ont tué...

Je me tus avant de prononcer le nom en question. J'avais une occasion de me rattraper alors je la pris :

- ...Athena.

- Oui en quelque sorte. Ils l'ont laissée agoniser dans la rue parce que son père avait participé à l'attaque des Mangemorts à la Coupe du Monde. Mais ce sont les "héros de la lumière" qui ont tué...

Il déglutit. J'étais raide comme un bâton. Est-ce qu'il allait le dire ?

- Je... lâcha-t-il avec difficulté. Je t'ai dit que... Que Mélissa était... Qu'elle était... Qu'elle était morte...

- Oui.

- Et bien... Elle a...

Il prit une grande inspiration, comme si les mots brûlaient sur sa langue :

- Elle s'est tuée... Elle avait été attaquée et... Déchirée... Par des affiliés à l'Ordre du Phœnix.

Il l'avait dit. Il avait lâché la vérité que je connaissais déjà mais qu'il avait été incapable d'affronter jusqu'à aujourd'hui. Je plaquai ma main sur ma bouche, affichant l'air le plus choqué qui ne fasse pas forcé. Je portai ma main à son visage et caressai doucement sa joue :

- Je suis tellement désolée...

Et je l'étais. J'avais enfin l'occasion de le lui dire. Je l'étais déjà parce que je lui cachais que je savais déjà ces horreurs mais aussi parce que ni lui ni ses frères et sœurs n'avaient mérité de perdre ceux qu'ils aimaient comme ça.

- Qui a survécu à ce massacre ? demandai-je dans un souffle

- Nous et je ne sais pas qui d'autre. Les Greengrass sont morts, les Parkinson sont morts, les Nott sont morts, les Montague sont morts, les Malfoy sont morts... Je ne vois vraiment pas qui d'autre.

- Je suis tellement désolée. Je... Je n'aurais jamais dû me plaindre de...

- Non, ne t'en fais pas. C'est moi qui n'aurait pas dû.

Il esquissa un faible sourire et regarda ailleurs :

- Tout le monde est confronté à des difficultés différentes. L'important c'est d'aller de l'avant tant qu'on peut.

- Est-ce que tu es allé de l'avant ?

- J'ai... J'ai essayé... Je fais ce que je peux mais il y a... Il y a une chose que je ne peux pas régler. C'est... La culpabilité. Je...

Marcus venait à peine de cracher le morceau. Vasco avait raison, c'était difficile pour lui.

- Tu vois, Hannah... Mélissa et moi... Enfin je veux dire on était... On n'était pas tout à fait des amis, on était... Plus en fait.

- Un couple.

Ce n'était pas une question mais Marcus ne sembla pas relever la différence. Il hocha la tête en se mordant la lèvre. Il arrivait à parler et réfléchir intensément sans se déconcentrer de ses rames. Le sportif n'était jamais parti de ce corps.

- On a été ensemble pendant environ sept ans... Jusqu'à sa mort. Et... Je suis désolé si mes phrases ne veulent rien dire, je n'ai pas parlé de ça depuis cinq ou six ans.

- Ne t'en fais pas, je ne te force pas.

- Elle a été enlevée alors que je n'étais pas à la maison et en rentrant on ne l'a pas trouvée. On l'a cherchée partout. On l'a retrouvée trop tard... Elle... Elle... Elle était... Disloquée... Pâle... Les yeux fermés... On aurait... On aurait dit qu'elle... Qu'elle dormait et... J'ai toujours cette image dans la tête. Elle m'empêche de dormir parce que... La mort et le sommeil sont si semblables et...

Il reprit sa respiration et me regarda, une lueur de détermination dans les yeux :

- Si je m'isole toutes les nuits c'est parce que je ne peux pas passer une nuit sans revoir le cadavre de Mélissa et la culpabilité me ronge au point que j'ai parfois envie de me jeter la tête sous l'eau pour la rejoindre. Mais je résiste parce que je sais qu'elle est morte pour que je vive.

Il arrêta de ramer un instant pour prendre sa tête dans ses mains. Je décidai alors de m'approcher de lui pour enrouler mes bras autour de son corps. C'était un effort important qu'il venait de faire. Je n'en voulais pas tant et je n'allais certainement pas le pousser au-delà de ses limites. Il étouffa un sanglot et passa ses bras autour de ma taille. Quand il me serra à m'en écraser les côtes, je compris qu'il pleurait. Je passai mes doigts entre ses cheveux blonds et l'embrassai sur le sommet du crâne.

- Je suis désolé, sanglota-t-il. Tu... J'avais promis d'être fort...

- J'ai appris récemment grâce à Vasco que pleurer n'est pas un signe de faiblesse mais de force. C'est moi qui m'excuse. Ce n'était peut être pas le sujet à aborder...

- Si, lâcha-t-il après avoir repris son souffle suite à un violent accent de sanglots. Si... C'est peut être dur et violent mais... Ça fait du bien de parler et... Merci de...

- Chhh... Calme-toi... Tout va bien maintenant.

- On est un peu trop sérieux pour des enfants de cinq ans, sourit-il malgré tout

J'étouffai un rire :

- Est-ce que tu aimes les enfants, Marcus ?

- Mmm... Oui. Je trouve ça incroyable.

Je lui caressai les cheveux en le regardant. Il avait beau avoir la joue collée à ma poitrine, il avait les yeux levés vers moi. Je lui souris tendrement, rassurée d'avoir réussi à l'entraîner sur un sujet moins hantant.

- Je n'avais pas un très grand écart d'âge avec mon frère et mes sœurs, continua-t-il. On est tous nés à un écart de deux ans du précédent. Maman a dit qu'elle n'avait pas fait exprès. Mais je pense que notre différence d'âge pas énormément conséquente a favorisé le lien entre nous quatre. Mais en même temps, je n'ai pas connu d'enfants.

- Quand est ton anniversaire ?

- En automne. Le quinze novembre. Aley est née en juin, Lyou en décembre et Vasco en avril.

Il se redressa et reprit les rames. Il souriait légèrement mais son regard était comme celui d'un animal pris en chasse, effrayé et déterminé à la fois. Ça lui avait coûté de s'ouvrir autant mais il ne le regrettait apparemment pas. Il semblait être autant conscient que sa fratrie de la signification de ce changement.

Nous arrivâmes rapidement à la plage d'où nous étions partis. Awen nous y attendait avec un autre homme que j'avais déjà vu au Nortmai, et si je me souvenais bien il s'appelait Neil et travaillait au Lobster Pot comme Awen et Brin. Marcus descendit de la barque, m'indiquant de ne pas le suivre, et la poussa jusqu'au rivage, aidé par Neil au bout d'un moment. Je descendis enfin de notre embarcation quand elle fut sur le sable.

- Alors les jeunes ? rit Awen. Vous vous êtes bien amusés ?

- Oui, sourit Marcus. Merci pour la barque, au fait.

- Mais de rien ! C'est un plaisir vu que toi et ta sœur vous êtes enfin décidés à stabiliser vous relations sérieuses ici.

- Euh... lâchai-je en regardant Marcus

Est-ce qu'Awen se faisait des idées ou est-ce que Marcus lui avait raconté des sornettes ? J'eus vite la réponse en voyant le regard surpris de mon ami. Oui, apparemment les gens nous avaient désormais pris pour un couple.

- Merci encore en tout cas, dit Marcus en feignant de ne pas avoir relevé. On va rentrer maintenant. Bonne soirée et à demain sans doute.

- À demain, Marcus...

Il attrapa ma main et se mit à courir, m'entraînant à sa suite. Il éclata de rire quand je manquai de trébucher dans le sable. Nous ne nous arrêtâmes qu'une fois que nous soyons revenus sur la route. Marcus lâcha alors ma main et sourit faiblement :

- Tu veux marcher ou je te porte ?

- Tu as fait beaucoup d'efforts aujourd'hui, on ne va pas en rajouter plus.

Il hocha la tête et reprit ma main. Nous nous mîmes alors calmement en chemin. Il était presque sept heures, il faisait encore jour. Je levai la tête pour détailler le visage de Marcus. Il y avait une sorte d'étrange mélancolie dans son regard rivé vers le ciel, et de l'indécision aussi. Il avait l'air d'être en train de réfléchir intensément.

- Ça me fait plaisir que tu te sois amusée aujourd'hui, murmura-t-il. Ce que tu as dit dans la barque sur le fait que tu te sois sentie heureuse, et bien... Ça m'est allé droit au cœur. Je ne suis pas vraiment le type qui rend vraiment les gens heureux autour de moi...

- Ce n'est pas vrai.

Il me regarda enfin, un sourire mince mais sincère et redevable sur les lèvres.

- Et toi tu t'es amusé ? demandai-je craintivement

- Oui... admit-il. Ça ne m'arrive pas vraiment de sortir accompagné ou de jour mais je dois admettre que c'était une journée magnifique.

Je serrai sa main un peu plus fort :

- Ce sont les jours comme ça qui me prouvent que j'ai eu raison de ne pas me laisser sombrer comme je voulais au départ.

- Toutes les blessures finissent par cicatriser, même celles d'un cœur déchiré.

- Vasco... Vasco m'a dit l'autre jour quelque chose qui voulait dire que toi et moi on pourrait arriver à se relever si on s'y prenait ensemble.

Marcus sourit et me montra nos mains l'une dans l'autre :

- Et c'est exactement ce qu'on fait.

Je ris. Mon estomac choisit donc ce moment-là pour signifier son existence.

- On n'est pas loin de la maison, me rassura Marcus. On va pouvoir manger avec les autres. Hé, regarde le ciel.

De gros nuages noirs et menaçants s'approchaient de la région :

- Il va pleuvoir cette nuit.

- On a bien fait de profiter d'aujourd'hui, constatai-je. Si c'était calculé, bravo.

- Non, ça ne l'était pas mais je prends le bravo quand même.

Je ris. Il arrivait à surmonter le choc des mots qui avaient franchi ses lèvres, après toutes ses années, plus facilement que ce que je croyais. Ou alors il avait choisi de ne pas le montrer. Oui, ça devait être ça. Il voulait paraître fort.

- Il n'y a pas beaucoup de monde dans les environs, remarquai-je. Même sur l'île et sur les routes.

- C'est une période de travail assez chargé ici. En plus on est jeudi, et le temps est encore frais. On n'est qu'en mars, ce n'est pas encore le mois de juin où tout le monde est dehors.

Après plusieurs minutes, nous arrivâmes enfin en vue du Nortmai. Il avait sûrement déjà fermé parce que je n'apercevais aucun mouvement dedans. Je reconnus Aley à la couleur de ses cheveux, qui se tenait adossée devant la porte. En nous voyant, elle se redressa et appela Lyou et Vasco qui devaient être à l'intérieur. Les intéressés sortirent au moment où nous arrivions en face de la plus jeune de la fratrie. Marcus avait lâché ma main quelques mètres plus tôt, ça m'évitait d'y penser.

- Alors ? sourit l'aînée. Bonne journée ?

- Excellente mais je meurs de faim, répondit Marcus

J'attendis que Vasco pose le regard sur moi pour formuler silencieusement, de sorte à ce qu'il lise sur mes lèvres : il a parlé. Heureusement, le blondinet comprit et sourit. Il se jeta au cou de son frère, qui ne comprit pas ce qui se passait. Les deux filles me regardèrent un peu plus gravement.

- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? demandai-je

Elles se consultèrent du regard. Le silence tomba, et ce simple fait m'effraya :

- Lyou...

- Quelqu'un veut te voir, finit-elle par m'annoncer. Elle est arrivée dans l'après-midi et je l'ai faite patienter depuis. Elle est à l'intérieur.

- Elle ?

- Oui... Elle veut te parler.

Je regardai Vasco et Marcus, alarmée. Ici, à part les clients du bar, personne ne me connaissait. Et personne n'avait quoi que ce soit à me dire, vu qu'à part mon nom et ma non-appartenance à la famille Flint rien n'était su. Ce qui ne laissait qu'une option et elle n'était absolument pas positive : c'était quelqu'un qui sortait droit du monde sorcier.

Lyou ouvrit la porte. Craintive, j'avançai lentement vers elle et entrai. La lumière était faible et le local vide. J'étais effrayée : qui que ce soit, il m'avait retrouvée et c'était très mauvais signe. Très très mauvais signe. Combien de temps est-ce que ça allait prendre avant que ça arrive aux oreilles du Ministère ? Et si la nouvelle leur était déjà parvenue ? Et si c'était là la fin ?

- Ne t'en fais pas, chuchota Lyou. Tout va bien se passer.

- C'est une sorcière ?

Elle se mordit la lèvre et opina.

- Lyou... Et si la malédiction n'arrêtait plus les sorciers de venir au Pembrokeshire ?

- Ce n'est pas tout à fait un cas comme les autres.

- Où est-ce qu'elle est ?

- Je l'ai installée dans une des tables du fond.

Elle me fit signe de la suivre. Les trois plus jeunes nous suivaient aussi, étant entrés peu après nous. Je sentais l'appréhension augmenter à chaque pas qui me rapprochait de cette femme qui avait bravé la peur pour venir dans la région maudite du Pembrokeshire, pour me trouver.

- Là, chuchota Lyou en m'indiquant une table

Il y avait une femme de dos devant nous, dont je ne distinguais même pas clairement la chevelure tant la lumière était faible. Lyou haussa la voix :

- Hannah est là.

La sorcière se leva alors et se retourna. Mon corps entier se raidit avec une violence inouïe. La personne devant moi était très jeune -vingt-trois ans très exactement. Ses cheveux étaient longs, raides et d'une couleur si sombre qu'il était impossible de dire s'ils étaient noirs, bruns ou violets. Son visage était très pâle et ses yeux étaient d'un bleu vif et brillant. Elle était vivante mais à la manière dont elle sortait tout droit de mon passé, j'aurais pu dire que c'était un fantôme. Parce que je connaissais cette femme mieux que quiconque.

De ma voix tremblante, je réussis à balbutier :

- Mais... Qu'est-ce que tu fais là ?

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Tadam... Si vous n'avez pas compris qui est la personne en question c'est que je suis nulle en descriptions ^^'

Alors Verdict ? Qu'est-ce que vous avez pensé de ce long chapitre (le plus long depuis Lys Ecarlate chap19) ? Les parents Flint, la surprise de Marcus, la relation qu'il entretient avec Hannah, la tournure que prend l'histoire à la toute fin ? Les conséquences ?

La bande annonce est toujours en ligne, pour ceux qui veulent la voir aussi :)

Voilà ! Alors à la semaine prochaine pour plus de Torn ^^ Et je vous rappelle : à mercredi ou jeudi pour l'OS des 1 ans !

ACSD