Hello!

Idiote que je suis. Idiote, idiote, idiote *se frappe la tête contre le mur comme Dobby* C'est moi qui dois être blâmée, parce que comme une cruche, je me suis toute seule privée de reviews pour le chapitre précédent. Figurez vous que j'ai posté mon chapitre vendredi, que je l'ai reposté Samedi après l'avoir tout bien corrigé, puis…pas de reviews. Je recommence à stresser, parce que je ne comprends pas ce qui se passe…et là…ça me fait tilt. J'ai supprimé la note d'auteur, parce que ça me décalait les chapitres, puis ça ne faisait vraiment pas beau en plein milieu de l'histoire -en vrai, je déteste ça. Et là…je me rends compte qu'en fait, l'ordre des chapitres s'est carrément abaissé d'un rang. Ce qui fait que mon chapitre de la semaine dernière devait être numéroté 14 (en incluant la note dans les chapitres), et que, suite à cette suppression, il est passé à 13. Or, tout le monde avait déjà reviewé un chapitre 13, qui était, comme vous l'aurez compris, le chapitre 12. Et donc, comme feufeu considérait que vous aviez déjà reviewé le chapitre 13 (ancienne numérotation), vous ne pouviez pas poster de commentaire sur le chapitre précédent, feufeu n'autorisant pas les utilisateurs à commenter deux fois un même chapitre, sauf si évidemment la connexion plante au moment d'envoyer la review, ce qui a pour effet de la doubler/tripler/quadrupler selon l'intensité du bug. Cette petite mésaventure m'a donc fait réaliser deux choses:

-d'une part, que je suis stupide, parce que je me fais un stress pour rien.

-d'autre part, qu'il était urgent que je poste le chapitre suivant pour pouvoir recueillir vos impressions sur le chapitre précédent, en plus du suivant. Et, comme je suis impatiente d'en finir avec ce tome 1, si je puis dire, ça m'a d'autant plus motivée pour écrire la suite.

Résultat, j'ai mis moins de 15 jours pour écrire ce chapitre, malgré les partiels, malgré le reste (autant dire que le week-end où j'ai terminé mes oraux, c'était orgie de fics, donc j'avais envie de me dépêcher pour poster la suite de would you be happier, puis Revivre dans la semaine suivante. ) et donc…et donc…voilà. Bref, encore désolée de ne pas vous avoir laissé la parole sur le chapitre précédent, c'était en partie de ma faute. *va se pendre, je crois qu'à ce stade là, on ne peut plus rien faire pour moi* Voici sans plus tarder le 13e chapitre. Plus que deux chapitres avant le dénouement de ce tome 1. Je reviendrai sur cette fic' pour vous avertir quand j'aurai posté le premier chapitre du tome 2, qui s'intitulera la chute, et qui devrait donner plus d'importance à Ginny, à Lupin, et à Rogue. Merci encore de me lire malgré ma bêtise (parce que je sais que vous l'avez fait) . Là, c'est bon, en principe, vous pouvez reviewer. Bisous, et à dans quinze jours pour le chapitre 14.


[DECEMBRE 1997]

.

J'étais allongé dans mon lit, légèrement songeur. J'avais les cheveux encore ébouriffés de l'étreinte partagée avec Hermione quelques instants plus tôt. Elle n'était pas avec moi, dans la mesure où je m'opposais farouchement à ce qu'elle plonge dans la fosse aux Serpents, comme les autres aimaient nous appeler. Elle n'était plus là, et sa présence me manquait déjà. Il était vrai que j'aurais voulu dormir avec elle, la contempler dans son sommeil. J'aimais pouvoir la réveiller d'un baiser sur les lèvres, la sentir tout contre moi. Oui mais voilà, ce soir, Hermione n'avait pas voulu rester dans la salle sur demande. Elle avait voulu retourner à son dortoir, sans me donner davantage d'explications. Et j'étais en droit d'en exiger, puisqu'elle était partie, légèrement préoccupée. Je savais juste qu'elle avait eu quand même du mal à quitter mes bras, et comme à chaque fois, on s'était embrassés longuement, tendrement, amoureusement tout en se promettant de se revoir le plus vite possible.

Et à présent que j'étais seul, je ressentais ce vide immense en moi. Elle me manquait déjà, quand bien même on se serait vus vingt minutes auparavant. Quelques heures tout au plus. Je n'avais aucune espèce d'idée du temps que j'avais passé dans ce lit, à tergiverser, à rêvasser. Je ne savais même plus si j'avais sauté le repas ou non, j'avais perdu toute notion du temps et de l'espace. Parfois, j'en venais à détester d'être amoureux, parce que je me sentais plus vulnérable que jamais. Elle était mon talon d'Achille, il suffisait qu'ils s'en prennent à elle pour m'atteindre. Je ne le voulais pas. Je voulais qu'elle soit en sécurité. Parfois, j'avais envisagé de la quitter, pour son propre bien. Mais cette simple pensée m'était douloureuse. L'amour était parfois égoïste et commandait de rester près de l'autre, quel qu'en soit le prix à payer. J'avais tellement attendu de pouvoir enfin être avec elle, que je ne me sentais pas prêt à y renoncer.

Alors, je devais vivre avec cette angoisse permanente de la perdre, de la savoir en danger. J'avais promis à Potter et à Weasley de veiller sur elle, ce que je ferais sans faillir. J'étais après tout quelqu'un de parole, je tenais toujours mes engagements. Et si j'ai dit que j'allais veiller sur elle, je le ferai. Je n'avais pas eu besoin de faire un pacte avec Potter et Weasley pour ce faire, j'avais déjà fait cette promesse à son père quelques années auparavant. Oui, j'avais promis quelque chose à un moldu, mais ce n'était pas n'importe quel moldu, c'était le père d'Hermione, qui me considérait également comme son propre fils. En comparaison, Jerry avait été davantage un père pour moi que mon propre géniteur. Voilà pourquoi je n'avais pas pu refuser.


FLASH BACK.

Le mois de juillet touchait à sa fin. À la fin du mois suivant, j'allais retourner à Poudlard, pour y entamer ma cinquième année. Mes valises étaient déjà prêtes. J'avais passé tout ce mois de juillet chez les Granger, attisant de par le fait la fureur de mon père, qui ne supportait pas que je puisse préférer les moldus. J'aimais bien la maison d'Hermione. Elle était chaleureuse et accueillante, aux antipodes de mon manoir où il faisait toujours froid, et qui était perpétuellement plongé dans l'obscurité, seulement éclairé par les lueurs d'une bougie. Avec une certaine fierté, je m'étais rendu compte que je savais identifier tous les objets présents dans cette maison, et m'en servir qui plus est. L'autre fois, je m'étais servi de la cafetière et du presse-agrumes pour nous concocter un petit déjeuner digne de ce nom. Hermione avait été particulièrement ravie que je lui apporte le petit-déjeuner au lit, malgré les réticences de Jane qui n'aimait pas qu'on mange dans les chambres.

Ce matin là, Jerry était en train de lire le journal. Il m'avait suffi d'allonger le cou pour m'apercevoir qu'il s'agissait du Times. J'avais boudé parce que les photos à la une ne bougeaient pas, contrairement à la Gazette du Sorcier. D'ailleurs, je m'étais abonné au célèbre journal sorcier pour ne pas être totalement dépaysé lorsque je reviendrai dans le monde magique. D'ailleurs, il m'avait semblé que mon retour dans le monde en question était plus prématuré que je ne le pensais.

-Théodore?

Je levai la tête en reconnaissant la voix d'Hermione, qui venait d'apparaître dans la cuisine, presque comme par enchantement. Il fallait dire que je ne l'avais pas entendue venir, elle s'était approchée à pas de loup. Et en moins de temps qu'il fallait pour le dire, elle était à côté de moi, attrapant gentiment mon bras. Je sursautai à son contact, comme électrisé.

-On peut parler? Demanda-t-elle, timidement, en glissant sa main dans la mienne pour m'entraîner à l'étage, loin des oreilles indiscrètes de son père.

Nous avions quinze ans. Notre amitié était toujours au beau fixe. Mais, elle n'avait plus l'innocence des premières années. Se tenir la main, c'était bon quand on avait sept ans. À quinze ans, le geste était tout de même plus significatif…car c'était ce que l'on faisait lorsqu'on était en couple. Dans la rue, je voyais tous ces couples défiler, main dans la main. Je ne pouvais que tressaillir au contact de la paume d'Hermione contre la mienne. J'avais les mains moites, troublée de voir ses doigts noués au mien, comme si finalement nous étions un vieux couple. Et les autres y croyaient d'autant plus qu'on se disputait parfois pour rien, à l'image de ces couples, justement. On boudait pendant quelques temps, et après, on revenait toujours vers l'autre. C'était comme ça.

-Parler de quoi? M'enquis-je, une fois que nous fûmes arrivés à l'étage.

Hermione ne répondit rien, se contentant de m'entraîner jusqu'à sa chambre. Sa chambre dans laquelle j'était plutôt réticent de mettre les pieds, surtout depuis que nous étions adolescents. Parce que sa chambre, c'était son intimité. Et cela m'embarrassait de m'y incruster. Elle me fit asseoir sur le lit, avant de prendre place en face de moi. Nos genoux se frôlaient presque. Alors, Hermione prit mes deux mains. Ses pouces caressèrent mes paumes, avec douceur.

-Je vais devoir partir. Annonça-t-elle de but en blanc, en baissant légèrement la tête.

-Mais pourquoi? M'insurgeai-je, la bouche légèrement sèche. La rentrée est dans moins d'un mois, et…

Elle me fit taire en posant son index sur mes lèvres. Je frissonnai de la tête aux pieds à son contact, avant de baisser les yeux à mon tour. Elle ôta finalement son index, et je pus respirer. Depuis quelques temps déjà, mon cœur s'accélérait quand Hermione se rapprochait de moi. Il loupait quelques battements lorsqu'elle me frôlait, et il s'arrêtait carrément lorsqu'elle me prenait dans ses bras. Je me sentais toujours bête face à elle, comme si j'étais fade et inintéressant. Il fallait dire que mon existence n'était pas spécialement trépidante, avec moi, elle n'avait pas vécu autant d'aventures qu'avec la Belette ou Saint Potter, si ce n'est que l'aventure de la vie.

-J'ai reçu une lettre de Ron ce week-end. M'informa-t-elle en rougissant légèrement. Il veut que j'aille le rejoindre au Terrier avec les autres. Les autres, ce sont sa famille, ainsi qu'Harry. (1)

-Tu vas rester là bas un mois? Chuchotai-je, d'une voix blanche. Mais…

-Je sais, je suis un peu prise de court également. Tu sais qu'Harry ne va pas très bien depuis…depuis la mort de Cédric. Et…il a besoin de nous auprès de lui, tu comprends?

Non, je ne comprenais pas. Vraiment pas. Elle était en train de me dire qu'elle allait me laisser tomber pour tout le mois d'août, et que j'allais être livré à moi-même jusque Septembre. Je me mis alors à regretter que Poudlard ne reste pas ouvert pendant les vacances, parce que je n'avais aucune envie de retourner chez mon père. Je ne savais que trop bien que mon père m'accueillerait à coup de Doloris, offusqué que j'aie passé tant de temps chez les moldus. Et pourquoi j'avais l'impression qu'elle me mentait, tout du moins, qu'elle ne me disait pas toute la vérité? Parce qu'il s'agissait des Weasley, même si je ne les portais pas spécialement dans mon cœur, j'aurais quand même pu aller chez eux, non?

-Non, je ne comprends pas, lâchai-je dans un souffle. Cela veut dire que tu vas m'abandonner pour le mois qui reste, et que je serai à la rue pendant ce temps là.

J'étais en train de bouder. Et Hermione tenait toujours mes mains. Elle soupira longuement, avant de se pencher vers moi pour embrasser ma joue, très tendrement. Je frissonnai encore au contact de ses lèvres. Elle me lança un énième regard désolé, avant de regagner sa place initiale.

-Je prendrai une chambre au Chaudron Baveur. Grognai-je finalement, honteux de m'être laissé avoir. Je n'ai pas envie de rentrer chez mon père.

N'empêche que j'avais mal, parce qu'Hermione me mentait, à moi, son meilleur ami. Bien sûr, je ne remettais pas en doute qu'elle allait voir Potter et Weasley, mais je n'étais pas certain qu'elle passe ses vacances au Terrier, comme elle le prétendait. J'avais vu la lueur particulière qui avait habité son regard lorsqu'elle m'avait annoncé sa destination prochaine. Une moue boudeuse s'empara de mes traits, alors qu'Hermione avait lâché mes mains pour venir enlacer mes épaules, de façon à se serrer tout contre moi. Maladroitement, je refermai mes bras autour d'elle. Nous restâmes un moment enlacés. Et, comme il fallait s'y attendre, mon cœur avait cessé de battre. Je dus me rappeler de respirer pour ne pas mourir étouffé. Elle rigola doucement, avant de me lâcher, les joues légèrement roses. À part elle, je n'avais jamais tenu une fille dans mes bras. Jamais. Elle avait toujours été la seule. L'unique.

-on se reverra à la rentrée. Murmura-t-elle en embrassant une nouvelle fois ma joue. Puis, je passerai peut-être quelques fois au Chaudron Baveur pour prendre de tes nouvelles. Ça te dirait qu'on aille acheter nos fournitures scolaires ensemble?

Elle essayait vraiment de trouver un compromis. Mais moi, j'avais toujours la mort dans l'âme. Parce qu'on allait être éloignés pendant un mois. Parce que depuis qu'elle fréquentait Potter et Weasley, elle avait de moins en moins de temps à me consacrer. Bien sûr, j'avais Blaise, mais ce n'était pas pareil, il n'était pas elle. Quoique…à défaut d'aller au Chaudron Baveur, comme initialement prévu, j'allais peut-être pouvoir squatter chez Blaise, bien que la perspective de me retrouver face à sa mère m'impressionnait quelque peu, sa réputation d'empoisonneuse n'était plus à refaire.

-D'accord. Finis-je par lâcher, ne pouvant décidément rien lui refuser. On ira acheter nos fournitures ensemble si ça peut te faire plaisir.

Hermione m'adressa un énorme sourire, qui me réchauffa le cœur. Je faillis exploser de bonheur en me rendant compte que ce sourire m'était adressé, à moi, et que c'était moi qui la contentait ainsi. Néanmoins, une vague de mélancolie, que je n'avais pas vue venir, m'envahit tout entier, me faisant légèrement soupirer. Par la force des choses, j'étais contraint de la partager avec les autres, et je m'accommodais mal de cette situation. J'aurais nettement préféré la garder pour moi, rien que pour moi; Après tout, nous étions amis depuis l'enfance.

-Hermione, Théodore, vous venez à table? Appela Jane, depuis la cuisine.

-On arrive, Maman! S'écria Hermione, avant de se lever prudemment du lit.

Je me levai à mon tour, avant de laisser mon regard papillonner sur les murs de la chambre d'Hermione. La décoration était très sobre, mais élégante également. Les murs étaient peints en un mauve léger. Elle avait accroché sur un panneau en liège quelques photos. Bien sûr, Weasmoche et Potter apparaissaient, ses parents, toutes ces personnes qui étaient chères à son cœur. Mais, aussi, il y avait quelques photos de nous deux, prises à diverses occasions, à toutes époques: quand nous étions encore enfants, mais aussi, d'autres récentes. Comme celle qui avait été prise au début de l'été par les parents d'Hermione, pendant qu'on avait le dos tourné. En fait, on s'était endormis l'un contre l'autre sur le canapé, assommés par un film ennuyeux à mourir.

Nous descendîmes les escaliers, avant de surgir dans la cuisine, qui faisait également office de salle à manger. Un délicieux fumet émanait des fourneaux. Jane avait préparé des pancakes pour le petit déjeuner, et elle nous avait servi une assiette, à Hermione et à moi. Hermione s'avança vers sa mère, toute guillerette, et Jane serra affectueusement sa fille dans ses bras. Hermione revint ensuite à table, et arrosa son pancake de sirop d'érable. Quant à moi, je me contentais simplement de le manger nature.

-Maman, commença Hermione, tous sourires. Je vais devoir m'absenter le mois prochain, les Weasley m'ont invitée à venir chez eux.

-Les Weasley…réfléchit Jane, sourcils froncés. Ce n'est pas le nom de famille de ton ami Ronald?

-Oui, ce sont eux! S'écria Hermione, avec enthousiasme, non sans rougir légèrement au passage. C'est Ron lui-même qui m'a proposé de venir, et j'ai vraiment envie d'accepter.

Un cliquetis sourd les fit se tourner tous les trois vers moi. J'avais fait tomber accidentellement ma fourchette sur le bord de l'assiette en porcelaine. Hermione m'adressa un regard interrogatif, alors que j'arborais une expression des plus neutres, comme pour tenter de noyer le poisson. Car de toute évidence, j'avais volontairement fait claquer mes couverts sous le coup de la brusque colère qui m'avait envahi. À en voir la lueur dangereuse qui dansait au fond de mon regard glacé, on pouvait aisément déduire que je n'étais pas d'humeur à entendre Hermione et sa mère blablater sur la Belette, surtout si Hermione devait en faire son éloge, comme à chaque fois. Personnellement, je le trouvais plutôt lourd, bête, et inintéressant. Ça crevait les yeux qu'Hermione avait un faible pour lui. Et ça me faisait mal.

-Théodore, je comptais pourtant sur toi pour éloigner les garçons. Me taquina Jerry, gentiment, tandis que je me renfrognais.

-Pour le coup, répliquai-je d'un ton plus cinglant que je l'aurais voulu, je crois que je me suis planté.

Je comprenais les craintes de Jerry. Les parents d'Hermione avaient toujours compté sur moi pour éloigner ses quelconques prétendants. Soit, parce que son père répugnait à laisser sa fille adorée au bras d'un représentant de mon espèce, soit, parce qu'ils espéraient secrètement que je devienne un jour leur beau fils. C'était étrange tout de même que les parents Granger n'aient aucune méfiance à mon égard, parce que souvent, le danger venait de là où on s'attendait le moins.

Sur-ce, je me levai de table, sous leurs regards interloqués à tous, puis je pris mon assiette, mes couverts, avant de m'exiler dans le jardin, loin de leurs conversations. Je m'installai tranquillement à la table de jardin, avant de chercher dans la poche de mon jean mes sempiternelles cigarettes. Certes, les Granger ne cautionnaient pas cette manie, mais ils n'avaient rien à dire à ce propos, je n'étais pas leur fils, ils n'avaient donc pas à exercer leur autorité sur ma personne. Un cric de briquet plus tard, je tirai sur ma cigarette, sentant avec bonheur ma bouffée de nicotine matinale me rouler dans la gorge, pour faire le trajet jusqu'à mes poumons. Présentement, j'avais trop les nerfs en boule pour pouvoir me calmer d'une quelconque autre manière. En fait, il y avait un moyen, il fallait qu'Hermione me câline pour que je me calme, mais à l'heure actuelle, elle était trop occupée à jacasser sur son Weasley pour seulement faire attention à moi.

Je coupai un bout de pancake pour l'enfourner presque aussitôt dans ma bouche. Je bus ensuite une gorgée de café bien serré pour mieux me réveiller. Paresseusement, je m'étais affalé sur la chaise, profitant de la caresse des rayons du soleil sur ma peau. J'avais beau être brun, j'avais toutefois la peau très claire et j'avais plus tendance à cramer qu'à bronzer. J'enviais la peau dorée qu'Hermione arborait à chaque rentrée, et je ne pouvais m'empêcher de trouver cela amusant que, dès Octobre, à force de rester enfermée à la bibliothèque à étudier, Hermione perdait son bronzage pour redevenir pâle pour l'hiver. Maintes fois, je m'étais surpris à désirer caresser sa peau dorée et exprimer de tels souhaits, même en rêve, me mettait extrêmement mal à l'aise. Je sentais déjà qu'entre nous, plus rien n'était pareil.

-Je peux m'installer? Demanda poliment Jerry, en désignant d'un signe de tête la chaise en face de moi.

Je jetai un regard circonspect au père d'Hermione, tandis qu'il allumait sa sempiternelle pipe. Jerry était en train de m'étudier attentivement, comme s'il cherchait à comprendre ce qui se passait dans ma petite tête. Et, honnêtement, je me sentais encore plus mal à l'aise. S'il apprenait que j'avais des sentiments pour sa fille unique et adorée, autant dire que j'étais un homme mort. Tout à coup, je maudissais Blaise et ses idées tordues. Parce que si nous n'avions pas eu cette petite discussion quelques mois plus tôt, jamais je n'aurais admis pour de bon que je ressentais pour Hermione bien plus que de la simple amitié (2). C'était Blaise qui m'avait extorqué ces informations. Si j'avais pu emporter mon secret dans la tombe, je l'aurais fait.

-Bien sûr. Répondis-je, en adressant au père d'Hermione un sourire aimable. C'est encore chez vous, à ce que je sache.

-Je me suis dit que tu préférerais plutôt être seul. me dit simplement Jerry en s'asseyant. Je sais reconnaître quand tu es en colère, ou quand quelque chose te contrarie.

-Vraiment? M'enquis-je, légèrement acerbe, non sans arquer un sourcil curieux.

-Tu es comme un fils pour moi. Rit Jerry, en tirant une bouffée sur sa pipe. Depuis tout le temps que tu fréquentes mon Hermione, j'ai appris à te connaître. Et je sais que tu es quelqu'un de bien.

-Elle n'a d'yeux que pour ce Weasley. Grognai-je, avant d'engloutir une nouvelle part de pancake.

-Pourtant, je continue à penser que tu ferais le gendre idéal, tout comme Jane, d'ailleurs. Tu nous a prouvé à maintes reprises qu'Hermione était en sécurité avec toi. Nous n'aimons pas trop la façon dont elle se met en danger en étant à Poudlard. Sa mère et moi avons songé à l'en retirer, surtout depuis qu'elle a été pétrifiée par cette…chose.

-Un Basilic. L'informai-je, avec gravité.

-Oui, je sais que tu comprends ce que je veux dire. Confirma Jerry en me lançant un regard très paternel. Dans tous les cas, nous passons notre temps à nous inquiéter pour elle. On sait qu'Harry et Ron sont très importants pour elle, mais nous ne voudrions pas qu'elle prenne des risques inutiles en se laissant entraîner dans leur bêtise. Hermione ne nous dit peut-être rien de ce qui se passe à Poudlard pour ne pas nous inquiéter, mais n'empêche que tant que vous n'êtes pas majeurs, les professeurs continuent à nous envoyer des hiboux pour nous informer des retards, absences, punitions et autres passages à l'infirmerie. N'allez pas croire que parce que vous êtes loin de nous, on n'a pas un œil sur vous.

Le sourire de Jerry s'était élargi à ces paroles. Quant à moi, je m'étais renfrogné. Je me demandais soudainement si mon père était vraiment au courant de mes faits et gestes à Poudlard…a priori, non, puisque je n'étais pas le genre d'élèves qui faisaient parler d'eux. Je n'avais aucune implication particulière, ni Quidditch, ni organisations suspectes, j'avais juste cette réputation de rat de bibliothèque qui me collait à la peau. J'allais rarement à l'infirmerie, et si blessures il devait y avoir, ce serait probablement en me coupant sur les pages du manuel que j'étais en train de lire, ou bien en me blessant en cours de botanique ou de potions. Je n'étais moi-même pas très aventurier, il fallait bien l'avouer.

-Que voulez-vous que je fasse? M'enquis-je d'un ton qui se voulait détaché. Je ne suis que son meilleur ami, je ne peux influer sur ses décisions d'une quelconque façon que ce soit. À chaque fois que je tente de m'y opposer, elle me fait bien comprendre que ce ne sont pas mes affaires.

-Tu n'es peut-être que son meilleur ami, mais tu es la personne en qui nous avons le plus confiance. Tu nous as montré à plusieurs reprises que tu étais quelqu'un de responsable et d'intègre.

-Quand tout à l'heure vous disiez que j'étais censé éloigner les garçons, vous plaisantiez n'est-ce-pas? Questionnai-je, légèrement mutin. Vous avez tendance à oublier que j'en suis un également.

-Mais tu ne toucherais pas à ma fille, n'est-ce pas? Me demanda Jerry, en rivant ses prunelles sombres dans les miennes.

Question piège. Je regrettai aussitôt d'avoir fanfaronné. Qu'appelait-il exactement toucher? Toucher, dans le sens coucher avec? J'avais déjà du mal à envisager le simple fait d'embrasser Hermione, alors d'ici à coucher avec…il n'y avait qu'un pas. Bien sûr que je voudrais être celui à qui elle donnerait sa virginité, tout comme je voudrais partager avec elle ma première fois. Mais pour l'heure, ce n'était pas d'actualité. On avait quinze ans, on était un peu jeunes pour cela. Et, si ça se trouvait, d'ici à ce qu'on se décide, à ce qu'on ressente ce besoin de découvrir les joies du sexe opposé, elle se sera probablement trouvé quelqu'un d'autre…comme la Belette, par exemple. Et la simple pensée qu'il puisse la toucher de cette manière me répugnait particulièrement. Voilà pourquoi je me résignai à lâcher un simple:

-Non, Monsieur Granger.

Mes joues se colorèrent d'un beau rouge brique, alors que dans ma tête s'invitaient des images que je n'avais pas forcément envie de voir….Vous savez, ces images que l'on ne pouvait pas contrôler, et qui s'invitaient à notre esprit quand même. Qui plus est, j'avais la désagréable impression d'être testé, comme si, à travers ces quelques questions apparemment innocentes et dites sur le ton de la plaisanterie, Jerry Granger cherchait à connaître mes véritables intentions vis-à-vis de sa fille.

-Je peux te demander quelque chose? Me demanda finalement Jerry, le regard brillant.

-Dites toujours. Répondis-je, mal à l'aise, trouvant la conversation trop bizarre à mon goût.

-Déjà, appelle moi Jerry. Tu n'es plus obligé de me vouvoyer, surtout depuis tout ce temps.

-Désolé. M'excusai-je presque aussitôt, c'est mon éducation qui veut ça. J'imagine qu'il y a autre chose?

-Si Jane et moi-même venions à disparaître pour une raison ou pour une autre, est-ce que tu veillerais sur elle? Bien sûr, nous n'avons pas l'intention de partir tout de suite, cela va de soi…mais…ça nous rassurerait que tu sois là…au cas où.

-Jusqu'à ce que la mort nous sépare. Jurai-je, solennellement. Je lui donnerais ma vie.

Je lui donnerais ma vie. Je l'avais juré ce jour là, et les mots avaient franchi mes lèvres sans que je ne puisse faire quoi que ce soit pour les retenir. Peu importe, j'avais désormais lié par cette promesse. Si mon père avait su que j'avais promis quelque chose à un moldu, et que j'avais juré protéger une sang-de-bourbe, sans nul doute m'aurait-il fait la peau. Pourtant, cette promesse était on ne peut plus sincère. J'aimais profondément Hermione, depuis presque toujours, et elle était ce que j'avais de plus précieux au monde. Si j'avais dû aller chercher quelque chose au fond du lac le jour de la deuxième épreuve du tournoi des trois sorciers, c'aurait été elle. Pour autant, elle n'était pas à moi, elle ne serait jamais à moi, et j'allais devoir apprendre à la partager avec les autres…à savoir Ronald Weasley et Viktor Krum. De toute évidence, je n'étais pas de taille à rivaliser contre eux.


Je rouvris les yeux, m'extirpant de la torpeur dans laquelle j'étais plongé. Mon regard encore endormi papillonnait sur les rideaux vert et argent qui entouraient mon lit à baldaquin, et je mis un moment à me rappeler de l'endroit où je me trouvais. Je jetai un coup d'œil à la vieille montre qui entourait mon poignet. Il était un peu plus de 20h15, cela signifiait donc que je m'étais au moins assoupi pendant deux heures. Et étrangement, le seul souvenir que j'avais, en ce moment précis, c'était celui là, ce jour où le père d'Hermione m'avait demandé de veiller sur sa fille. J'eus un rictus amusé lorsque je me rappelai qu'il m'avait demandé d'éloigner les garçons. S'il apprenait que j'avais pris sa virginité à sa fille adorée, il allait sans doute me découper les bijoux de famille. Quoique…n'avait-il pas dit que pour Jane et lui, j'étais le gendre idéal? Hermione leur avait-elle seulement parlé de nous?

J'aurais voulu passer la soirée avec Hermione. J'aurais voulu pouvoir la dorloter encore un peu, rester dans la salle de bain des préfets ou bien dans la salle sur demande. Mais une fois de plus, Hermione avait prétexté avoir trop de travail à faire. D'habitude, on bossait toujours ensemble à la bibliothèque. Alors, j'en avais déduit qu'elle voulait être seule. La seule question qui subsistait dans mon esprit était pourquoi? J'avais l'impression d'avoir fait une bêtise, qu'elle m'en voulait pour une raison X ou Y. Aujourd'hui, elle avait été bien plus réservée que d'habitude, elle répondait à mes baisers mais pas avec la même fougue. Elle avait même évité mon regard à plusieurs reprises. Et maintenant, elle cherchait n'importe quelle excuse pour que je la laisse tranquille? Non, vraiment, quelque chose ne tournait pas rond.

Je finis par me lever. De toute manière, je n'avais plus sommeil. Et j'allais bientôt avoir une ronde à faire, comme tous les soirs d'ailleurs. Ce qui me laissait le temps pour prendre un bain, puisque j'avais décidé de sauter le repas. En soi, ce n'était pas une grosse perte, puisque je n'avais pas faim. En m'en allant dans les étages, pour rejoindre la salle de bain des préfets, je croisai Lavande Brown, qui sursauta lorsqu'elle me reconnut. À pas feutrés, je me dirigeai vers elle.

-Brown, je peux te parler? Questionnai-je d'une voix traînante, alors qu'elle cherchait à se défiler, comme d'habitude.

-Euh…oui. Hésita la commère, en regardant autour d'elle comme si elle craignait d'être épiée.

-C'est à propos d'Hermione. Commençai-je, tout en surveillant la réaction de la blonde. Tu ne saurais pas où elle est, par hasard?

-Tu es pourtant bien placé pour le savoir. Riposta-t-elle, toujours aussi méfiante. Tu es son petit-ami, à ce que je sache.

-Justement. Grognai-je, mécontent de son manque de coopération évident. Depuis un petit moment, Hermione se montre quelque peu…distante, dirons nous. Et j'ai besoin de savoir où elle est, parce que je m'inquiète. Tu peux m'aider?

En être réduit à demander de l'aide à cette commère m'écorchait la bouche, mais je n'avais pas vraiment le choix. Je voulais trouver Hermione, sans avoir à la chercher dans tout le château. Alors, interroger ses amis était pour moi le seul moyen de savoir où elle était. Demander des renseignements à Lavande Brown était risqué, d'une part, lorsque l'on connaissait son goût prononcé pour les potins, et d'autre part, lorsque l'on connaissait ses talents pour fouiner dans la vie des autres. Un instant, je me demandai si la Gryffondor allait être capable de tenir sa langue, parce que si Hermione venait à savoir que j'ai osé demander de l'aide à une de ses amies pour la trouver, elle m'en voudrait, c'était couru d'avance. J'aurais pu m'adresser à la Weasley, mais vu toute l'animosité dont elle faisait preuve envers moi, l'idée avait été écartée d'office.

-Toilettes des filles. Lâcha finalement Lavande, à contrecœur. Elle est partie en plein milieu du repas sans même finir son assiette, c'est Seamus qui s'en est chargé.

Sans prendre la peine de remercier Lavande, je me précipitai vers l'étage où se situaient les toilettes de Mimi Geignarde. J'eus une pensée pour l'être ectoplasmique, cela faisait bien un moment que je ne l'avais pas vue. Apparemment, elle avait cessé de venir m'embêter pendant que je prenais mes bains. Sûrement s'était-elle trouvé une autre proie. Lorsque j'imaginai Mimi en train de dévorer des yeux Malefoy, mes côtes furent agitées d'un rire nerveux. Quoique…la Fouine, n'étant plus préfet, n'avait plus accès à la salle de bains qui nous est réservée. La seule personne auprès de qui il était susceptible de soutirer le fameux mot de passe était Pansy, mais à mon avis, Malefoy ne s'embêterait pas à y aller sans elle, si vous voyez ce que je veux dire.

Quelques marches et un bout de couloir plus tard, j'étais devant la porte des toilettes de Mimi Geignarde. Je vérifiai que personne ne se trouvait aux alentours, puis, j'ouvris la porte sans faire de bruit. Je la refermai tout aussi précautionneusement, avant de m'avancer dans la pièce. Les cabines se situaient plutôt vers le fond. Pour l'heure, j'étais entouré de lavabos, dont la propreté laissait à désirer.

Puis, j'entendis des pleurs, qui émanaient d'une des cabines. En m'approchant, je vis qu'une seule des cabines était occupée. J'en déduisis qu'Hermione se trouvait dedans. Comme une ombre, je me glissai jusqu'à la porte, jusqu'à appuyer mon oreille contre le battant.

-Hermione? Appelai-je, d'une voix incertaine.

Les pleurs s'arrêtèrent. J'entendis remuer à l'intérieur de la cabine, et un putain bien audible. Je me reculai légèrement de la porte. Ce n'était pas dans les habitudes d'Hermione de jurer ainsi. L'autre fois qu'elle l'avait fait, c'était quand on s'était violemment disputés à propos de Tracey. Et la fois d'avant, c'était dans le Poudlard Express. Les deux fois, elle était vraiment énervée. Se pouvait-il qu'elle était en colère contre moi une fois encore? Autant ces deux fois, j'étais en mesure de l'envisager, j'avais fait une erreur, mais pour aujourd'hui, je ne savais pas. Je poussai légèrement sur le battant, qui s'entrouvrit, à ma grande surprise. La personne qui s'y trouvait n'avait visiblement pas pensé à le fermer, ou bien ne pensait pas être dérangée.

-Va-t-en. Me répondit la voix, simplement. Je n'ai pas envie de te voir.

Je n'ai pas envie de te voir. Quelque part en moi, mon cœur se brisa. J'étais désormais certain qu'Hermione était derrière la porte, je reconnaîtrais sa voix entre mille, quand bien même son putain aurait semé le doute dans mon esprit. Je ne m'étais pas trompé. Elle avait une dent contre moi. Voire même plusieurs. Pourquoi?

-On doit parler. Dis-je doucement, en poussant un peu plus le battant. Ton comportement m'inquiète.

-Tu t'inquiètes de savoir comment je vais? Riposta Hermione, légèrement hystérique. Ça, c'est nouveau. D'habitude, tu t'en fiches de savoir comment je vais. Tout ce qui…

Elle ne finit pas sa phrase. Le silence revint dans les toilettes des filles. Cependant, après quelques secondes, je l'entendis vomir dans la cuvette des toilettes. Mes sourcils se froncèrent. C'était donc la raison pour laquelle elle avait quitté précipitamment le repas? Parce qu'elle était malade? Hermione était toujours d'une humeur de chien lorsqu'elle était malade. Cependant, à mesure que la maladie progressait, elle s'affaiblissait jusqu'à faire de fortes fièvres. Dès lors, elle ne disait plus rien, se contentant de dormir à longueur de journée. Heureusement pour elle, ce cas de figure était rare. Je soupirai, avant d'ouvrir carrément la porte. Hermione était agenouillée sur le sol des toilettes, appuyée contre la cuvette. Mon cœur se serra. Elle semblait vraiment mal en point.

-Je t'ai dit de t'en aller. Répéta-t-elle, le visage fermé.

-Non. M'exclamai-je, fermement, avant de m'agenouiller à côté d'elle. Je reste avec toi.

-Rester. Que vas-tu faire pendant tout ce temps? Me regarder vomir tripes et boyaux? C'est chouette comme activité.

-Je suis avec toi. Dis-je en lui prenant la main. Dans un couple, on est censés se soutenir, même dans les moments difficiles. Dans la misère comme dans la maladie, tu te souviens?

-On n'est pas en train de se marier, Théodore. Rétorqua-t-elle, froidement, avant de se remettre à vomir dans la cuvette.

L'odeur légèrement rance me monta aux narines, me faisant légèrement grimacer. Puis, tout en soupirant lourdement, j'allongeai le bras pour arracher plusieurs feuilles de papier toilette. Patiemment, délicatement, j'entrepris de lui essuyer la bouche, avant d'en faire une boulette et de la jeter dans la cuvette. Je posai un baiser sur son front brûlant.

-Tu devrais te reposer. Dis-je, avec sagesse. Ou aller à l'infirmerie. Tu as peut-être de la fièvre. Et tu trembles.

-J'ai froid. Marmonna-t-elle, en se blottissant contre mon torse.

Elle ferma les yeux et inspira profondément, guettant une nouvelle rechute. Rechute qui ne vint pas. Hermione soupira lourdement, avant de fermer les yeux, épuisée. Je posai un baiser dans ses cheveux humides, et caressai ses belles boucles brunes. Lentement, je lui frictionnais les épaules. Puis, je détachai ma propre cape, avant d'enrouler Hermione dedans pour qu'elle ait bien chaud. Elle retourna se blottir dans mes bras une fois qu'elle fut confortablement enroulée dans ma cape. Elle somnolait tout contre mon torse. Nous avions eu cours de botanique ce matin même, elle avait dû attraper froid en allant à la serre.

-Je me sens si mal. Gémit-elle d'une voix rauque. Ça fait des heures que j'ai mal au cœur. Et je suis gelée. Je vais me transformer en esquimau.

-Tu as juste attrapé froid. Murmurai-je d'une voix douce en caressant ses cheveux. Après une bonne nuit de sommeil, ça devrait aller mieux. Tu ne manges pas beaucoup ces temps-ci, et tu travailles beaucoup trop, tu dois arrêter de te surmener, ce n'est pas bon pour ta santé.

-Ce n'est pas de ma faute si l'idée même de la nourriture m'écoeure. Protesta Hermione, vivement. Et je n'ai pas le choix, je dois travailler sinon mon avenir est fichu.

-Si tu prends une ou deux soirées de repos, ce n'est pas la mort. Répliquai-je avec sagesse. Moi, j'ai bien deux soirs dans la semaine où j'ai Quidditch. Ça me ferait plaisir, tu sais, si tu assistais à l'entraînement.

-Mais j'assiste à vos entraînements. Grogna-t-elle d'une voix pâteuse, en réprimant un haut-le-cœur. Je vous vois depuis la Tour des Gryffondor. Je…je n'ai jamais manqué un seul de vos entraînements…même si je veux que Gryffondor gagne la coupe…j'ai toujours un ruban vert et argent autour de mon poignet quand vous jouez contre les autres maisons.

Face à cette révélation, mon cœur fit un bond. Lentement, je mesurais ce que cela pouvait bien impliquer. Ma belle Hermione ne s'était jamais intéressée au Quidditch, c'était un fait. Bien sûr qu'elle soutenait sa maison lors des matchs, comme tout le monde, d'ailleurs, mais elle n'assistait jamais à un seul entraînement. Quand je voulais parler de Quidditch, elle se fermait automatiquement, parce qu'elle n'y connaissait rien. Ça ne l'intéressait tout simplement pas. Ne pas pouvoir parler de Quidditch avec elle a toujours été une grande frustration. Et là…Elle était en train de me dire qu'elle regardait nos entraînements depuis la tour des Gryffondor? J'étais comblé. Véritablement comblé.

-Ne va pas croire que je soutiens toute ton équipe. Rectifia-t-elle en fronçant les sourcils. Il n'y a que toi. Les autres…je m'en fous. Il fallait bien que je montre mon soutien à mon joueur préféré d'une façon ou d'une autre, non?

-Hermione, tu es la meilleure! M'exclamai-je avant de plonger dans son cou pour y distiller une pluie de petits baisers.

Elle frissonna sous mon assaut, avant de pencher la tête pour me laisser le libre accès à son cou. Doucement, j'embrassais sa peau diaphane. Sous son épiderme fragile, je sentais pulser sa jugulaire, qui drainait toute sa vie. Mon nez frôla la ligne délicate de son cou, alors que mes lèvres partaient à la conquête de son épaule ronde. Concomitamment, ma main remonta doucement. Elle vint se poser délicatement sur le ventre d'Hermione. Elle se raidit à son contact, avant de repousser gentiment ma main.

-J'ai encore mal au cœur. S'excusa-t-elle en fermant les yeux.

-Alors tu dois aller te reposer. Dis-je simplement, en posant un baiser sur son front.

-Je t'aime. Murmura-t-elle d'une voix enrouée. Pardon de t'avoir envoyé promener.

-Je t'aime aussi. Répondis-je d'une voix rauque. Ne t'angoisse pas, tu es pardonnée. Je sais que tu es toujours d'une humeur massacrante quand tu as la crève.

-Comment…tu le sais? Balbutia-t-elle, légèrement rougissante;

-ça fait dix-sept ans que je t'endure. Murmurai-je à son oreille, avant d'en mordiller le contour, très tendrement.

Elle frissonna sous mes petites attentions. Je pris délicatement le lobe de son oreille entre mes lèvres, avant de le suçoter doucement. Très tendrement, je me remis à mordiller le contour de son oreille. Elle ferma les yeux, pour mieux apprécier mes caresses.

-Tu vas mieux? M'enquis-je finalement, avant d'embrasser sa joue brûlante.

-Pas vraiment. Soupira-t-elle en fermant les yeux, toujours blottie contre mon torse. Je pense que tu as raison…une nuit de sommeil me ferait aller mieux.

-Je te ramène à ta salle commune. Décidai-je, avant de me relever doucement, pour ne pas qu'elle tombe.

-Non! Je ne veux pas retourner chez les Gryffondor. Ajouta-t-elle avec un sourire d'excuse. Je…j'ai besoin d'un endroit calme. Je les adore, mais parfois, ils sont vraiment trop pénibles.

Je réfléchis à toute vitesse. Il fallait un endroit calme, où elle pourrait se reposer. La salle sur demande est à exclure, elle était loin de tout. Puis, doucement, je me baissai pour passer un de ses bras autour de ma nuque, avant de l'attraper en dessous des genoux, pour la porter.

-Tiens toi bien. Recommandai-je, en la serrant contre moi. Tu es bien installée?

-C'est parfait. Répondit-elle en me souriant légèrement.

Je l'embrassai sur le front, puis, je sortis de la cabine. Hermione était toujours enroulée dans ma cape, et elle commençait à somnoler. Suivant docilement mes instructions, Hermione s'accrocha à mon cou comme un naufragé à un rafiot de fortune. Mon regard se posa alors sur son visage. Il était vrai qu'Hermione paraissait bien pâle. Des cernes immenses soulignaient ses prunelles ambrées. Elle avait l'air tellement fatiguée, tellement fragile. Qu'elle ait attrapé froid, en soi, n'avait rien d'étonnant. Elle travaillait trop, mangeait peu et dormait peu. En ce moment, on croulait sous les devoirs. Moi-même je ne comptais plus les heures passées à travailler à la bibliothèque ou dans la salle commune.

Cela faisait à peu près quinze jours que je vivais en autarcie, pour me consacrer uniquement aux cours et à mes devoirs. Pour autant, deux soirs par semaine, j'avais Quidditch, et deux autres soirs, je voyais ma copine. Voir Hermione était véritablement une bouffée d'oxygène, et pas seulement parce que ces soirs où on se voyait, on finissait immanquablement par faire l'amour. Même s'il nous arrivait de nous disputer, comme tout à chacun, c'était toujours vers l'autre qu'on revenait. Nous étions complices et fusionnels, et ce, depuis toujours. On avait besoin de l'autre pour se sentir bien.

-Où tu m'emmènes? Demanda Hermione, légèrement perplexe, alors qu'elle regardait autour d'elle pour tenter de repérer l'endroit où nous étions.

-Tu verras. Répondis-je simplement, en lui offrant l'expression la plus mystérieuse qu'il soit.

Je savais précisément où je voulais l'emmener. C'était risqué, je m'y étais toujours opposé, mais elle me l'avait demandé quelque fois. Sans doute n'avait-elle jamais digéré le fait que Tracey avait pu dormir dans mon lit, et pas elle. Je savais que je risquais gros en amenant Hermione à la salle commune des Serpentard, mais je ne pouvais pas non plus l'abandonner alors qu'elle semblait mal en point. Malefoy allait gueuler, c'était couru d'avance. Crabbe et Goyle allaient s'en foutre, n'ayant pas l'intelligence nécessaire pour comprendre ce que la présence d'Hermione pouvait bien impliquer…et Blaise…j'étais foutrement incapable de prévoir la réaction de mon meilleur ami. J'avais qui plus est intérêt à garder un œil sur Hermione. La Gryffondor allait se trouver en territoire ennemi au sens littéral du terme. Je ne me souvenais pas d'avoir entendu parler d'une lionne chez les serpents…une première.

-Ce sont les cachots? Marmonna-t-elle, en s'agrippant davantage à ma nuque.

-Ouais. Me contentais-je de répondre, tout en continuant mon chemin.

Entre mes bras, Hermione éternua. Je pouvais la sentir trembler contre mon corps. Le contour de ses lèvres devenait légèrement bleu. Il fallait dire qu'il faisait plus frais dans les cachots qu'à n'importe quel endroit du château. Il faisait frais et humide. C'était d'ailleurs étonnant que les Serpentard, dont moi-même, étaient rarement malades.

-On est bientôt arrivés. L'informai-je, alors qu'elle claquait légèrement des dents.

-Je n'ai jamais su…où se trouvait votre salle commune.

-D'où l'importance de rester avec moi. Recommandai-je, en rivant mes prunelles glacées dans les siennes. Je connais le chemin pour en sortir, tu pourras rester autant de temps que nécessaire.

-Et si…et si…

-Ils ne diront rien. Répondis-je avec assurance, quoique n'étant pas certain de ce que j'avançais. Tu oublies que j'ai été leur prince pendant un temps. Même si Malefoy a pris le relais, ils continuent de me respecter et de dire amen à tout ce que je fais. Ils savent tous que je suis avec toi, mais ils ne disent rien. Seuls Malefoy et Blaise s'en soucient. Malefoy, parce qu'il me déteste et qu'il cherche tous les moyens de me mettre des bâtons dans les roues, et Blaise, parce que c'est mon ami et qu'il s'inquiète pour moi.

Hermione se redressa légèrement, pour pouvoir être à ma hauteur. Je serrai toujours la Gryffondor contre moi, même si mes bras commençaient à fatiguer. Hermione avait beau peser moins de soixante kilos toute mouillée, je n'étais pas non plus un surhomme, je ne pouvais pas la porter indéfiniment. C'était déjà bien que je sois parvenu à la porter jusqu'ici sans aide, mais probablement parce qu'Hermione avait coopéré en s'arrangeant pour ne pas peser de tout son poids entre mes bras. Mine de rien, je commençais à avoir mal au dos et aux épaules, et à être légèrement essoufflé sous l'effort.

Hermione détacha un de ses bras, tout en continuant à se cramponner à mon cou de l'autre, avant de caresser ma joue, mes cheveux et ma nuque. Puis, elle posa un léger baiser sur mes lèvres, la reconnaissance brillant au fond de son regard. Dire qu'au début de l'année, suite à nos retrouvailles pour le moins houleuses, elle avait osé marteler que je n'avais rien à offrir. Là, je venais de la porter dans presque tout le château pour l'amener à ma salle commune, déterminé à m'occuper d'elle alors qu'elle était malade. Même tout à l'heure, elle avait osé insinuer que j'étais égoïste, et que je ne me souciais pas assez de son bien être. Je pouvais bien admettre qu'elle était de mauvaise humeur, mais tout de même, il ne fallait pas abuser non plus.

-Voilà princesse. Annonçai-je en arrivant devant le tableau qui bloquait l'entrée de la salle commune. Nous voilà arrivés. Sang-pur.

-Menteur. Rétorqua le gros chevalier, avec un rictus méprisant.

-Je vous ai dit le mot de passe, il me semble. Soulignai-je, non sans hausser un sourcil perplexe.

-Elle ne peut pas rentrer. Objecta le chevalier, tandis que j'adressai au tableau une œillade meurtrière. Non seulement c'est une sang-de-bourbe, mais en plus c'est une Gryffondor. la maison ennemie.

-Hermione est la dame de mon cœur, lançai-je avec assurance. Vous devriez comprendre cela, noble chevalier? Ne vous-est-il pas arrivé de combattre pour les beaux yeux d'une dame?

-Dans ma jeunesse, commença le personnage de peinture, j'étais fou amoureux d'une duchesse, et…

-Alors, vous comprenez pourquoi il est important que vous me donniez l'accès à la salle commune, n'est-ce pas? Sifflai-je, menaçant. Elle est malade, elle a de la fièvre, elle a besoin de se reposer. Et j'ai promis de rester avec elle. Vous savez plus que quiconque à quel point les promesses peuvent être importantes.

-Très bien. Céda le chevalier à contrecœur. Mais s'il arrive malheur à votre dame, ce ne sera pas faute de vous avoir prévenu.

Le portrait pivota alors, faisant apparaître l'entrée de la salle commune. Hermione murmura quelque chose contre ma nuque, que je n'entendis pas. Je lui embrassai le front, qui était encore plus brûlant que tout à l'heure. Elle avait les joues légèrement roses, et le regard vitreux. Elle continuait de grelotter contre mon torse, et ses cheveux s'étaient encore humidifiés. En entrant dans la salle commune, je hélai Blaise. Blaise qui, en se levant, remarqua Hermione et ouvrit grand la bouche, de stupéfaction. Je n'attendis pas de savoir si mon ami avait répondu ou non, j'étais déjà monté au dortoir. Je déposai Hermione dans mon lit, avec délicatesse. J'allais lui retirer ma cape, mais elle refusa que je la lui enlève.

-J'ai trop froid. Grelotta-t-elle, en resserrant la cape autour d'elle.

-D'accord. Répondis-je avec tendresse. Tout ce que tu voudras, princesse.

-Reste avec moi. M'intima-t-elle, en me retenant par le bras.

Je soupirai, avant de m'asseoir sur le lit à mon tour. Elle vint se blottir entre mes bras, tremblante de fièvre. Elle s'accrochait à moi comme à une bouée de sauvetage.

-J'ai encore mal au cœur. Se plaignit-elle, péniblement.

-On va te chercher une bassine. Promis-je en lui caressant les cheveux. Blaise devrait bientôt se ramener. Ah, tu vois Hermione! Quand on parle du loup…

-Théo, je peux savoir ce que signifie ce bordel? Attaqua Blaise, sans autre forme de préambule. Pourquoi tu as ramené Granger ici? Tu es complètement malade!

-Pour l'heure, c'est elle qui est malade, Blaise. Tentai-je de tempérer en posant une main apaisante sur l'avant-bras du métis. J'ai besoin de ton aide.

-Tu es tombé sur la tête! S'écria Blaise, effaré. Imagine que Drago le sache, hein? Il déteste Granger. La plupart d'entre nous la détestent! C'est une Gryffondor, bordel de merde. La sang-de-bourbe de Potter! Je veux bien que tu la sautes de temps en temps, je veux bien que tu aies des sentiments pour elle, mais ne nous mêle pas à tout ça!

-Pourquoi, tu as peur? Le défiais-je, en rivant mes prunelles sombres dans le regard d'ébène de mon ami. Tu as peur d'être toi aussi un traître à ton sang parce que, d'une part, tu traînes avec moi, et d'autre part, parce que tu auras aidé quelqu'un?

-Ce n'est pas n'importe quel quelqu'un, Théo! Me rabroua Blaise, qui suait à grosses gouttes et se frottait nerveusement la nuque.

-Que ce soit Hermione, ou une autre fille ne change rien! Tonnai-je avec colère. Toi, tu roucoules bien avec Tracey, dois-je te rappeler qu'elle a le sang tout aussi impur qu'Hermione? Non, ce n'est pas tant le sang d'Hermione qui te dérange, c'est bien parce que c'est elle. je me fiche bien de tes raisons, mais si tu ne veux pas l'aider elle, fais-le au moins pour moi.

Fais le pour moi. Un argument au moins vieux comme le monde. Bien plus que la colère, c'était la déception qui m'avait envahi tout entier. J'avais soudainement réalisé que j'étais seul. Blaise répugnait à m'aider alors qu'il était quand même mon meilleur ami. Oui mais voilà, dès que ça touchait de près ou de loin à Hermione, Blaise n'était jamais là. Il la détestait pour une raison qui me demeurait inconnue, et ce n'était certainement pas parce qu'elle était une née moldus, Gryffondor de son état, et amie de Potter qui plus est. Devais-je lui rappeler qu'avant d'être l'amie de Potter, elle était mon amie? Que ce n'était pas de ma faute si elle est devenue amie avec eux après avoir vaincu le troll en première année? Devais-je rappeler que Ron l'avait tout d'abord qualifiée de cauchemar? Une fois, la belette avait même dit que ça ne l'étonnait même pas qu'elle soit aussi exaspérante si elle avait un ami à Serpentard.

-Bien. Concéda Blaise, en serrant les dents. Que faut-il que je fasse?

-Va me chercher les elfes Dobby et Wink à la cuisine. Ordonnai-je d'une voix forte. Et dis leur de préparer une bassine, et des linges humides. Je verrai au fur et à mesure ce dont j'ai besoin.

-Théo, ce ne sera pas nécessaire….balbutia Hermione en se redressant, lorsque je fis mention du nom des elfes.

-Oublie la SALE pour le moment. Chuchotai-je, avant de poser mes lèvres sur les siennes pour la faire taire.

Hermione gémit de protestation, mais n'eut pas l'occasion de formuler ses objections. Je n'avais toujours pas lâché ses lèvres, et elle répondait à mon baiser timidement. En voyant qu'elle hésitait encore, je n'insistai pas. Elle laissa retomber sa tête sur mon épaule, alors que je passai un bras possessif et protecteur autour des siennes.

-Je déteste être malade. Geignit-elle, d'un air penaud qui m'attendrit. Ça ne m'est pas arrivé depuis une éternité, et là, il faut que ça m'arrive, à cette époque précise de l'année où on a beaucoup de travail. Je vais prendre du retard dans mes révisions. Et puis, comment je vais faire pour rendre mon devoir de sortilèges? Je dois encore finir la dissertation pour les potions et…

-Personne n'aime être malade, princesse. Répondis-je en posant un index sur ses lèvres rosées pour l'intimer au silence. Puis tu es en avance dans tes devoirs, tu as toujours de l'avance. Tu as quinze jours pour faire ton devoir de sortilèges, et trois semaines pour rendre celui de potions. Tu sais très bien qu'ils espacent les devoirs à rendre parce qu'ils n'ont pas que nous à corriger, mais aussi les années inférieures.

-Mais imagine que je sois malade pendant quinze jours, imagine que je n'aie pas le temps de finir mes devoirs, imagine qu'on loupe le coche pour les vacances de Noël…Tu sais, j'aimerais bien dire à papa-maman que tu es mon petit-ami. De toute manière, guérie ou pas, demain je viens en cours.

J'avais oublié à quel point Hermione pouvait être pénible lorsqu'elle était malade. Elle était bien plus loquace que d'habitude, et il était difficile de la faire taire et de la rassurer. Quand elle avait une idée derrière la tête, elle ne l'avait pas ailleurs. Et j'avais beau tout faire pour la rassurer, pour lui dire que tout irait bien, elle continuait à geindre comme si la fin du monde était avancée. Je m'étais raidi lorsqu'elle a dit vouloir retourner en cours dès demain, guérie ou pas. Il fallait que je trouve un moyen pour la forcer à se reposer, quitte à lui faire prendre une potion de sommeil, ou à la séquestrer avec moi je ne savais où.

-Et, le pire, c'est que je ne vais même pas pouvoir aller à la sortie à Pré-Au-Lard. Ronchonna-t-elle en se blottissant contre moi. Dire que tu étais prêt à y aller pour moi. On ne pourra même pas en profiter, c'est injuste!

-On va peut-être louper ce week-end là, mais il y en aura plein d'autres. Murmurai-je en la berçant dans mes bras. J'irai à la prochaine avec toi…et à toutes les suivantes, jusqu'à la fin de l'année.

-C'est vrai? S'extasia-t-elle en m'adressant un regard de chien battu.

-Bien sûr. Répondis-je en posant une couronne de baisers sur sa tête. Ce n'est que partie remise, ne t'en fais pas.

-Je n'ai même pas pu acheter tous vos cadeaux pour Noël.

-Je t'ai déjà dit que je ne voulais rien. Soupirai-je, avec lassitude, alors qu'Hermione se crispait légèrement sous mes caresses.

Une fois encore, j'avais tenté de lui caresser le ventre. Et pour la deuxième fois consécutive, elle me repoussait, comme si elle ne voulait pas que j'y touche. Je fronçai les sourcils, légèrement contrarié, avant de la prendre directement à parti:

-Hermione, qu'est-ce qui se passe? Demandai-je, un peu trop brusquement. Ça fait deux fois que je te caresse le ventre et ça fait deux fois que tu me repousses. Tu n'as vraiment pas envie que je te touche là, ici?

Joueur, je dessinai des arabesques sur son ventre plat, juste pour l'embêter. Ma petite plaisanterie ne sembla pas être au goût de la lionne, puisqu'elle me tapa sur les doigts, comme elle l'aurait fait pour un enfant pris en flagrant délit de bêtise. Je retirai ma main en soupirant, agacé par l'attitude plutôt étrange d'Hermione. Puis, elle se dégagea de mes bras et se coucha sur le côté, en prenant bien soin de me tourner le dos. Lorsque je me penchai légèrement au dessus d'elle, je pus voir qu'elle était clairement en train de bouder. Elle semblait pensive, comme quand elle réfléchissait à quelque chose.

Je soupirai lourdement, tout en me demandant ce que fabriquait Blaise. Il devrait être revenu depuis un moment déjà, avec Dobby et Winky. Pourquoi ces deux elfes là en particulier? Parce que je ne connaissais pas les autres. À dire vrai, si tant est qu'un sorcier pouvait avoir des affinités avec un elfe, je m'entendais davantage avec Winky, probablement parce que Bartemius Croupton senior était une figure récurrente de mon enfance, je les avais souvent vus, lui et son elfe, aux réceptions que donnaient mes parents, et, par suite, je les avais souvent vus chez nous, avec sa défunte femme, qui n'était qu'un mirage.

-Hermione? Demandais-je, d'une voix rauque, au bout d'un moment qui me parut être une éternité.

Pas de réponse. Je me penchai doucement sur la lionne pour embrasser son cou. Elle geignit tout doucement, avant de se raidir complètement, et de me repousser. Cette fois, je ne me pliai pas à ses caprices. Je continuai à embrasser son cou gracile, puis, ma main glissa tendrement sur son côté. Je poursuivis mes caresses jusqu'à ce qu'elle se détende. Résignée, Hermione noua ses doigts aux miens, pour que je laisse son ventre tranquille. Elle avait dû deviner mes intentions, puisqu'elle venait de les contrer plutôt habilement. C'était fou de voir à quel point elle pouvait me connaître.

-Pourquoi tu fais la tête? M'enquis-je, en suçotant le point sensible juste sous son oreille.

-Théo, laisse moi. Râla Hermione, ce qui me vexa légèrement.

Et il y avait réellement de quoi être vexé! Tout à l'heure, elle s'accrochait à moi comme à un rafiot de fortune, et à présent, elle ne voulait pas que je la touche. Et je savais très bien que quand elle s'était éloignée, c'était bien parce que j'avais essayé de toucher son ventre. Il fallait toujours qu'elle fasse la tête pour n'importe quoi. C'était une fille, quoi. Et les filles étaient vraiment capricieuses. Pour ne pas dire…chiantes. Alors, j'abandonnai la partie. Je lui tournai à mon tour le dos, pour m'allonger confortablement dans mon lit, légèrement déçu. J'avais voulu lui faire plaisir, et voilà comment elle me remerciait. Vraiment, je n'y comprendrai jamais rien.


Il se passa encore quelques longues minutes, pendant lesquelles je broyais du noir. Je ne comprenais vraiment pas l'attitude d'Hermione envers moi, ni ce que j'avais pu lui faire pour la mettre en colère. Je songeai un instant à la réexpédier dans sa salle commune, ou mieux, à l'infirmerie, mais je me ravisai: il n'était guère prudent de tenter le diable en ravivant sa colère. Je me redressai finalement en entendant la porte du dortoir s'ouvrir. Blaise y entra, accompagné par Dobby et Winky. Dobby portait une bassine et Winky amenait du linge propre, conformément à mes demandes. Winky ouvrit des yeux grands comme des soucoupes lorsqu'elle m'aperçut.

-Maître Théodore! S'écria-t-elle d'une voix suraigüe. Maître Théodore aurait pu dire à Winky que tout ça, c'était pour lui!

Puis, Winky laissa tomber les linges au sol avant de se jeter à mes pieds, en sanglotant bruyamment. Une expression vaguement dégoûtée s'invita sur mon visage alors que Winky se roulait à mes pieds, marmonnant des paroles incompréhensibles. Parmi le flot de mots et de larmes, je parvins à distinguer quelques uns de ses propos:

-Winky doit se punir! Cria l'elfe. Winky est une très mauvaise elfe. Winky n'a pas obéi à Maître Théodore.

-Winky, relève toi. Ordonnai-je, sèchement.

L'elfe s'exécuta. Hermione m'adressa un regard outré, probablement parce qu'elle n'était pas d'accord sur le ton que j'étais censé employer avec l'elfe. Tout à coup, je me mis à maudire ma meilleure amie fanatique des elfes de maison. Qu'y pouvais-je si je n'avais jamais aimé ces créatures? Jinx, l'elfe de maison des Nott, dont mon père avait hérité, était assez infernal dans son genre…toujours à surgir aux moments les plus inappropriés. Maintes fois, la bestiole s'était corrigée pour m'avoir désobéi, et ça, Hermione n'en avait jamais rien su.

-Winky, je ne suis pas ton maître. Ton maître, c'était Bartemius Croupton senior et il est mort il y a voilà deux ans. Maintenant, c'est Mrs McGonagall ton maître, tout comme Dumbledore a été ton maître. Moi, je ne suis qu'un mauvais élève venant chiper très régulièrement des victuailles à la cuisine.

-Vous êtes le fils de madame Philomène! S'écria Winky en m'enlaçant les jambes. Vous avez le même regard qu'elle! Et si madame Philomène était ma maîtresse, alors monsieur Théodore est également mon maître!

Le monsieur Théodore en question leva les yeux au ciel, ennuyé par les paroles insensées de l'elfe, qui avait probablement dû abuser sur la bièraubeurre. Paraissait-il que les elfes y étaient bien plus sensibles que les humains. Néanmoins, parmi tout ce qu'elle avait pu dire, un seul mot avait attiré mon entière attention: ce mot, c'était le prénom de ma mère, Philomène. Winky était l'elfe des Croupton depuis des années, tout comme l'avaient été sa mère et sa grand-mère avant elle. Winky appartenait aux Croupton, et à ce que je sache, ma mère n'avait pas de lien de parenté avec eux. Elle était beaucoup plus jeune que Bartemius Croupton, et elle était même plus jeune que son fils. Ma mère était une très jeune femme qui avait épousé un presque vieillard. Par conséquent, Winky ne pouvait pas être l'elfe de ma mère. Encore moins le mien.

-Si tu ne veux pas que Winky soit à ton service, commença Hermione, d'une voix pâteuse, tu pourrais peut-être la li…

Hermione n'eut pas le temps de finir sa phrase, que Winky venait de pousser un hurlement strident et de se jeter à nouveau à mes pieds en pleurant de plus belle. Je jetai un regard noir à Hermione, parce que calmer l'elfe allait être une tâche particulièrement lourde et fastidieuse. Merci chérie, il ne fallait vraiment pas.

-Maître Théodore, ne libérez pas Winky! Wink a toujours été dévouée à la famille Croupton, tout comme l'ont été sa mère et sa grand-mère avant elle! Winky a connu l'humiliation d'avoir reçu un vêtement de Maître Barty, et…

-Si tu as reçu un vêtement de ton maître, c'est que le lien avec ta famille est rompu. Arguai-je, m'attirant le regard furieux d'Hermione. Si le lien avec ta famille originelle est rompu, cela veut dire que Minerva McGonagall est ton unique maîtresse et que, par conséquent, je ne peux pas être ton maître.

-C'Est-ce que Dobby a répété à Winky, monsieur Théodore! S'écria Dobby, qui était resté silencieux tout ce temps. Winky s'entêtait à croire que vous étiez le seul et unique survivant de sa famille. Elle espérait que vous la repreniez à votre service, monsieur.

-Je ne suis pas…protestai-je, mais Hermione me donna un coup de coude réprobateur, qui me fit taire.

-Winky s'occupait du jeune maître quand il était enfant! S'écria l'elfe d'une voix suraigüe. Madame Philomène vous avait confié à Winky! Winky allait promener Monsieur Théodore quand il était enfant, dans la grande propriété des Nott! Winky vous habillait, monsieur. Winky s'assurait que vous alliez bien! Et Winky est ravie que le jeune maître ait envoyé son ami la chercher!

Imperceptiblement, je m'étais raidi. Je ne comprenais pas ce qui se passait avec les elfes de maison. Entre Dobby qui me confirmait que Winky espérait que je la reprenne à mon service, et Winky qui était persuadée que j'appartiens à sa famille, je ne savais plus quoi penser. Il est vrai que je ne savais rien sur la famille de ma mère, pas même qu'elle ait pu avoir des frères et sœurs. Je n'avais plus aucun contact avec mes grands parents maternels, je ne pensais pas les avoir connus un jour. Certes, j'avais vu Bartemius Croupton senior chez moi lorsque j'étais enfant, mais ça s'arrêtait là. Je savais également que mon père haïssait les Croupton.

Je m'assis sur le lit, découragé. Hermione sortit de sa torpeur et me serra contre elle. Je sentais sa poitrine appuyer sur mon dos, et le mélange de cannelle et d'ambre envahir mes sens. Finalement, avoir fait demander Winky n'avait pas été l'idée du siècle, loin de là. L'elfe leva vers moi un regard rempli d'espoir et d'adoration. Je ne savais pas quoi faire vis-à-vis d'elle. Si je la reprenais à mon service, Hermione allait me tuer, sauf si je lui accordais un salaire exorbitant. Payer un elfe de maison alors qu'il était de son essence même de servir…ridicule.

-Je…Je vais y réfléchir, Winky, laisse-moi un peu de temps, d'accord? En attendant, continue de travailler pour Mrs McGonagall, et par pitié, arrête d'abuser sur la bièraubeurre.

-Tout ce que voudra le jeune maître! Couina Winky de sa petite voix suraigüe. Winky est tellement heureuse que vous soyez en vie! Winky se languissait d'avoir de vos nouvelles, monsieur! Wink a cru le jeune maître mort!

D'accord. Je comprenais de moins en moins ce que cela pouvait bien signifier. Lorsqu'elle sous-entendait craindre ma mort, elle parlait bien de mon exil forcé en Bulgarie, n'est-ce pas? Il n'y avait qu'à cette période là que j'avais disparu de la circulation. Blaise était la seule personne avec qui j'étais resté en contact, c'était peu dire. Même Hermione n'avait pas eu de mes nouvelles. Je n'étais plus qu'un souvenir, et que j'eus été mort serait revenu du pareil au même. Pour autant, Winky avait dû entendre parler de mon retour, sauf si elle restait aux cuisines. N'importe comment, mes vêtements portaient des étiquettes, si elle venait ramasser le linge des élèves pour les laver, elle aurait dû savoir que j'étais rentré. J'en conclus donc qu'elle perdait la boule. À moins qu'elle me confondait avec un autre Croupton. Comme par exemple…Barty junior. Lui aussi était mort, à ce que je sache. Et il était absent pour une longue période également. Winky délirait. Il n'y avait pas d'autre option possible.

-Oh, quelle charmante réunion! Fit remarquer une voix traînante derrière nous. Quelqu'un aurait pu me prévenir, je serais venu plus tôt.

Cette voix…je me crispai davantage. Malefoy. Il ne manquait plus que lui. C'était vraiment le bouquet. Hermione était malade et elle avait besoin de repos, bordel! Mon ennemi juré me toisa de la tête aux pieds, avec le sourire goguenard qui allait de pair. Puis, un éclat de fureur apparut dans son regard anthracite, alors qu'il aperçut Hermione, toujours accrochée à mon cou.

-qu'est-ce qu'elle fout là? M'agressa-t-il, en foudroyant Hermione du regard.

-Elle est mon invitée. Me contentai-je simplement de répondre, paré de mon flegme habituel. Au cas où cela te dérangerait, je te prierais d'aller voir ailleurs si j'y suis.

-Comment oses-tu inviter ta copine sang-de-bourbe dans mon dortoir? S'emporta le blond, qui rougissait à vue d'œil sous l'effet de la colère.

-C'est tragique. Commentai-je, toujours impassible. Pour une seule petite soirée, elle va respirer le même air que toi.

-Si tu as envie de puer la sang-de-bourbe, c'est toi que ça regarde. Cracha Malefoy avec hargne. Mais ne nous impose pas sa puanteur. Granger n'a rien à faire ici. C'est un scandale! Si mon père savait…

-Oui, c'est ça. Coupai-je avec mépris, va donc te plaindre à ton cher papa. En attendant, dégage, nous n'avons pas besoin de toi ici. C'est plutôt toi qui empestes la connerie et les préjugés. Alors, va polluer ailleurs. Je ne t'oblige pas à rester ici cette nuit si ça ne te convient pas.

-Mon cher Nott, siffla Malefoy, méprisant. Tu sembles oublier qui fait la loi, ici. Si j'ai décidé qu'elle ne passerait pas la nuit ici, elle partira.

-Et toi, contrattaquai-je, déterminé à avoir le dernier mot, tu sembles oublier que moi, je faisais la loi ici bien avant toi. Tu n'es pas légitime à te comporter comme un roi devant sa cour. Ils ne sont pas tes sujets, tous autant qu'ils sont. Et ce n'est pas en les tyrannisant comme tu le fais qu'ils vont reconnaître ton autorité.

-Parce que tu crois qu'ils vont reconnaître davantage l'autorité d'un sale traître à son sang? Je t'avais pourtant prévenu, Nott. C'est désormais l'image que tu te traîneras dans le monde magique, et qui te collera à la peau comme un mauvais sort. Tu sais quel est le sort réservé aux gens de ton espèce, n'est-ce pas? Tout comme tu sais ce qui arrivera à la sang-de-bourbe si elle se fait attraper?

Je plissai les yeux, considérant mon ennemi avec tout le mépris dont j'étais capable. Tout ce qu'il insinuait ne me faisait pas peur, il pouvait jacasser autant qu'il voulait, jamais il détruirait le lien qui m'unissait à Hermione. Hermione, quant à elle, ne perdait pas une miette de ce qui se disait, elle était même restée accrochée à mes épaules, qu'elle serrait plus fort que tout à l'heure, comme si elle avait peur que je fasse quelque chose de malheureux.

-Moi vivant, crachai-je avec hargne, il ne lui arrivera rien. J'ai juré la protéger contre les gens de ton espèce et je tiendrai ma promesse, au détriment de ma propre vie. Peut-être que pour toi une promesse ce n'est rien, mais en ce qui me concerne, je n'ai qu'une parole. Une promesse est aussi sacrée qu'un serment.

Malefoy m'adressa un rictus dédaigneux. Ça m'étonnait que ses parents, aussi stricts et conservateurs soient-ils, ne lui aient pas enseigné la valeur d'une promesse. Pour moi, il état inenvisageable de rompre une promesse quelconque. Lorsque je jurais fidélité et loyauté à quelqu'un, c'était à vie. Je connaissais la valeur des engagements, quels qu'ils soient.

-Tu es navrant. Commenta Malefoy, en secouant la tête d'un air navré. Dans tous les cas, tu as plus qu'intérêt qu'elle débarrasse le plancher. Je n'aime pas me répéter, alors, assure-toi de faire ce qu'il faut, pour une fois.

Je me levai brusquement, m'arrachant à l'étreinte d'Hermione, qui bascula à la renverse, dans le lit. Winky et Dobby n'avaient pas bougé d'un iota, contemplant la scène avec une expression effarée, se demandant s'il fallait intervenir ou pas. Je devinai qu'ils n'allaient bouger que si je les congédiais. Blaise me retint par le bras, fermement.

-c'est bon Théo, laisse. Tempéra mon ami, en serrant fermement mon poignet. Tu ne gagneras rien à surenchérir, alors laisse le jacasser. Tu sais comment il est.

Je savais comment il était, malheureusement. Malefoy allait faire sa petite crise, et s'éclipser la tête haute, content d'avoir mouché son adversaire. Cependant, je n'escomptais pas lui donner satisfaction, c'était ma fierté contre la sienne. Je n'avais toujours pas digéré qu'il avait profité de mon absence pour usurper mon titre et foutre en l'air tous les principes que j'avais commencé à instaurer. Malefoy n'était qu'un petit con tyrannique imbus de sa personne, qui écrasait les autres pour mieux pouvoir régner.

-Je n'infléchirai pas ma position. Me contentai-je de conclure, durement, pour bien leur faire comprendre à tous que c'était comme ça et pas autrement. Hermione reste ici cette nuit. Si ça ne vous plaît pas, tous autant que vous êtes, vous êtes cordialement invités à passer la nuit ailleurs. Il me semble, mon cher Malefoy, que tu ne t'es pas encore tapé certaines filles de septième année, alors je t'en prie, va faire quelque chose de constructif pour une fois, plutôt que pomper l'air de ton entourage.

Mon flegme transparaissait à travers mes paroles. Mon ton était parfaitement calme, quoique ferme et suffisamment persuasif pour que l'autre puisse comprendre que je ne plaisantais pas et qu'il valait mieux pour lui qu'il la ferme. Drago nous adressa un regard méprisant, assorti du reniflement qui allait avec, puis, il quitta le dortoir d'un pas digne. Je me laissai tomber sur le bord du lit en soupirant lourdement. J'espérais vraiment que Malefoy n'était pas totalement irrécupérable et qu'il aurait compris la leçon. Blaise me fixait toujours, de ses prunelles insondables.

-J'espère que tu as conscience du grabuge que tu viens de créer. M'asséna le métis, avec gravité. Cette fois, je ne serai pas là pour assurer tes arrières, tu devras répondre de tes actes tout seul.

-Je ne sais pas si vous vous en rendez compte, tous autant que vous êtes, mais vous êtes en train de faire une affaire d'état pour rien du tout. Répliquai-je, de méchante humeur. Vous vous comportez comme si j'avais invité le diable en personne entre nos murs. Ce n'est pas le diable. C'est Hermione. Ma copine. Et si vous n'êtes pas contents avec ça, vous n'avez pas le choix à part l'accepter.

-Ne demande pas l'impossible, Théo. Soupira Blaise, en s'asseyant sur son propre lit. Tu sais comment sont vus les Gryffondor. Tu sais comment ils considèrent Potter. Tu sais aussi comment ils considèrent Granger. La plupart s'en foutent, mais pas ceux qui suivent Malefoy aveuglément. Et comme tu le sais, ils sont de plus en plus nombreux.

-Le règne de Malefoy doit cesser. Déclarai-je, sèchement, avant d'ôter ma cravate aux couleurs de Serpentard, et d'ouvrir mes boutons de manchette. Ils n'arriveront à rien en s'enfonçant dans les ténèbres. L'épisode d'aujourd'hui m'a conforté dans mes opinions. Vous êtes tous corrompus, tous autant que vous êtes. Moi, ce n'est pas ce que je veux. J'espère pour vous que, quand vous vous rendrez compte que vous vous êtes trompés, il ne sera pas trop tard.

Sur-ce, je m'allongeai dans mon lit, en tirant les rideaux vert-et-argent, signifiant à Blaise mon envie de couper court au débat. J'entendis mon ami soupirer, puis je congédiai les deux elfes, non sans les remercier de m'avoir apporté le matériel exigé. Je pris la bassine, ma baguette magique, et je la remplis, d'un aguamenti. J'écartai quelques mèches bouclées du visage fatigué d'Hermione, avant de tremper le linge dans la bassine. J'essorai la pièce de tissu, avant de tamponner doucement le front brûlant d'Hermione, qui ne bronchait pas.

Elle avait plutôt rivé ses prunelles ambrées dans les miennes. Je soutenais son regard, les lèvres pincées. J'étais en colère, et j'allais mettre encore longtemps avant de m'apaiser. Hermione commençait à m'agacer, à me dévisager ainsi, d'autant plus que son expression était indéchiffrable, tout comme son regard. Ses lèvres remuèrent faiblement, comme si elle cherchait à dire quelque chose, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle fronça les sourcils, légèrement contrariée. Puis, elle répéta, cette fois-ci avec plus d'assurance.

-Je déteste quand tu te comportes comme un sale petit con. Murmura-t-elle, l'éclat de la déception brillant au fond de son regard marron.

-C'est pourtant une partie de moi que je ne peux pas renier.

-Je sais. Mais je me dis que ce n'est pas mon Théodore qui parle, j'ai eu l'impression d'avoir affaire à un autre.

-Tout le monde a son côté sombre, princesse. Éludai-je en pressant le linge contre son front. Je coexiste avec le mien depuis presque toujours. S'il n'existait pas, je ne serais pas celui que tu connais. En étant avec moi, tu as tout accepté, le meilleur comme le pire. Je ne suis pas un gentil toutou comme Potter ou Weasley.

-Je ne t'ai jamais demandé d'être comme eux. Soupira-t-elle avec lassitude. C'est juste que…des fois, tu me fais peur. Je sais que tu étais déterminé à me défendre coûte que coûte…mais ta confrontation avec Malefoy a mis à nu un côté de ta personnalité que je déteste plus que tout.

-Je suis désolé. Répondis-je simplement. J'espère que tu comprends maintenant pourquoi je n'ai jamais voulu que tu viennes. Non pas parce que j'avais particulièrement honte de toi, mais c'était exactement pour éviter les incidents comme celui-là. Tu vois quelle est ma vie entre ces murs, la lutte pour le pouvoir, les préjugés, l'atmosphère malsaine qui règne. Je ne voulais pas t'exposer à tout ça. On a tous nos raisons d'agir comme nous le faisons.

-je…si jamais la situation empire dans les jours suivants, tu peux toujours venir chez nous. Harry et Ron ne sont plus là, il y a deux lits libres dans le dortoir des septième année. Neville ne dira rien. Seamus et Dean râleront peut-être au début, mais ils n'auront rien à dire. Ils n'ont jamais rien eu contre toi particulièrement…juste le fait que tu es un sale Serpentard.

-Mouais. Grognai-je, peu convaincu par ses dires. N'empêche que d'être entouré de Gryffondor prêts à m'égorger dans mon sommeil ne me dit rien que vaille. Même si cela dit, à présent que j'ai fait le pas de trop, les autres Serpentard risquent de vouloir m'égorger dans mon sommeil eux aussi.

J'éclatai d'un rire sans joie, alors qu'Hermione me donnait une petite tape sur l'épaule, ne me trouvant sans doute pas très drôle. Hermione avança ses doigts timides vers ma joue, pour la caresser doucement. Je me penchai au dessus d'elle, pour poser un baiser sur ses lèvres. À ma grande surprise, elle accepta mon baiser sans rechigner, y répondant même.

-Tu ne boudes plus? Demandai-je, avec une moue dépitée.

-Je n'ai jamais boudé, où as-tu été chercher ça? Répondit-elle, en passant ses bras autour de mon cou pour reprendre mes lèvres avec passion.


(1) En principe, Hermione est censée passer les vacances d'été au 12, Square Grimmaurd. Je change donc un peu le cours des choses, en coupant la poire en deux: elle passe un mois avec Théodore, et rejoindra le Square au mois d'août, comme ce fut le cas au début du tome 5. Certes, Théodore aurait pu venir avec elle au Square Grimmaurd, mais cela ne concordait pas avec l'intrigue que je comptais développer dans la chute donc j'ai laissé tomber.

(2) voir le flash-back Blaise/Théodore dans les chapitres précédents. C'est à cette discussion que je fais référence.


Et voilà pour ce chapitre! Un peu de guimauve ne fait de mal à personne, surtout que, ne vous habituez pas trop, il n'y en aura plus avant un long moment. D'accord, il y aura encore un peu de guimauve dans le chapitre 14, mais après, c'est tout. Le chapitre 15 est apocalyptique dans son genre, et la chute va être un tome très sombre. Les moments entre Théo et Mione arriveront donc au compte-gouttes.

Sinon, pour ce chapitre. Hermione attrape froid, et Théodore joue les infirmiers…ils sont chou, je trouve x) Et Hermione a enfin pu dormir dans le lit de son Serpentard préféré, si ce n'est pas mignon…Bon, d'accord, tout le monde sait qu'ils sont ensemble, Malefoy a pété son petit câble, et Blaise n'est pas d'accord avec tout ça. Le clou du spectacle, c'était quand même Winky, je trouve. Quel est donc le lien entre les Nott et les Croupton? N'empêche que bon nombre des éléments de l'intrigue continuent de s'installer, et ça va monter crescendo jusqu'au chapitre 15. Là, on pourra considérer que tous les éléments de l'intrigue sont installés, je ne laisse rien au hasard. Et je n'ai pas non plus laissé tomber l'intrigue avec la mère de Théo, on va en savoir plus dans le tome 2, héhé. Comme d'habitude, tous les indices se situent dans mes chapitres. Bisous, et à dans quinze jours pour la suite! N'oubliez pas la petite review en partant ^.^