Bonjour

Les choses continuent de se compliquer et ce n'est pas fini. Heureusement, tout finira bien.

Merci de me lire, de m'écrire, de m'encourager. Et merci comme toujours à Elyrine pour son fantastique travail de correction.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Out of control d'Hoobastank

Chapitre 14 : Mise au point

« Je sais bien ce que j'ai écrit jusque-là. Je sais que j'ai répété encore et encore qu'il était important de ne surtout pas perdre de temps. Qu'il ne fallait pas trop réfléchir et plutôt agir. Mais il faut parfois savoir prendre le temps de parler. Quand il y a un malentendu ou que l'on n'est pas sûr de ce que l'autre ressent nous concernant, il faut discuter. Ce n'est jamais simple. Cela implique d'ouvrir son cœur et de révéler des choses qu'on aurait préféré garder pour soi. Mais c'est tout de même quelque chose qu'on ne doit surtout pas éviter si on veut survivre. Une bonne discussion est toujours préférable à un acte irréfléchi. Bien sûr, souvent, ce n'est pas simple. On peut se disputer, se dire des choses qu'on ne pense pas et finir fâchés. Mais une discussion, une discussion sincère et honnête, n'aura que des conséquences positives. Avec le temps, elle permettra de mettre les choses au clair. C'est le mensonge qui nous tue. Les secrets. Les non-dits. Jamais la vérité. La vérité nous sauvera tous. »

Manuel de survie de Dean Winchester.

Dean s'était réveillé reposé pour la première fois depuis son retour. Il avait dormi sans faire de cauchemar et sans être réveillé en plein milieu de la nuit en sueur et en pleurs. Il n'avait pas encore récupéré toute son énergie, une nuit ne suffisant pas à rattraper le retard accumulé depuis qu'il avait été retenu par Aaron. Mais c'était déjà un premier pas dans la bonne direction.

Il resta de longues minutes dans son lit, les yeux fermés à apprécier le confort dont il bénéficiait et le fait qu'il n'avait mal nulle part. Il finit par réaliser qu'il était toujours nu et qu'il devait s'habiller avant que le docteur Stevens ne vienne le voir pour sa visite quotidienne. Il se tourna sur le côté et posa les yeux sur le lit de Castiel. Il était vide. Son petit ami avait pris la peine de le refaire mais il ne s'était visiblement pas attardé plus longtemps. Il avait probablement quelque chose à faire. Après tout, lui n'était pas confiné dans leur chambre. Il avait parfaitement le droit de sortir pour vaquer à ses occupations. Il l'avait fait jusque-là. Dean ne put s'empêcher d'être déçu de son absence. Mais il choisit de ne pas s'inquiéter des raisons qui avaient pu le pousser à partir. Ils avaient beaucoup discuté la veille et s'étaient mis d'accord sur plusieurs points. Les choses allaient mieux entre eux, à défaut d'aller bien. Dean devait s'en contenter pour le moment.

Il n'avait de tout façon pas de temps à perdre à s'interroger inutilement. Il avait un plan à suivre et l'intention de s'y tenir. Il quitta son lit doucement pour ne pas réveiller les douleurs résiduelles dans ses muscles puis attrapa ses vêtements.

Il entra ensuite dans la salle de bains et alluma la douche. Pendant que l'eau chauffait, il se planta devant le miroir et se força à suivre son rituel. Il se tourna de sorte à pouvoir voir le nom d'Aaron dans son cou. Il l'observa de longues secondes, en mémorisant les contours et le dessin. Comme à chaque fois, il ne put s'empêcher d'être sensiblement nauséeux en regardant ses cicatrices. Mais cette fois, il parvint à les regarder durant de longues minutes sans avoir aussitôt besoin de détourner les yeux. Il détacha finalement ses yeux du miroir avant de pénétrer dans la douche.

L'eau chaude lui fit un bien fou, déliant ses muscles et atténuant quelque peu la nausée qu'il ressentait. Il baissa les yeux sur son sexe et hésita une seconde à tenter de se masturber. Il n'avait obtenu aucune réaction avec Castiel. Mais il était peut-être judicieux de vérifier qu'il était encore capable d'avoir une érection s'il était seul et qu'il ne se sentait pas acculé. Il était toutefois terrifié de ne pas y parvenir. Avoir des difficultés à accepter les caresses de son petit ami était quelque chose qu'il pouvait accepter. Après tout, il avait été, d'une certaine manière, agressé sexuellement durant sa détention. Mais se rendre compte qu'il était tout bonnement incapable d'obtenir quoi que ce soit, même seul, serait un tout autre problème. S'il était devenu impuissant, il serait dévasté. Il était préférable de ne pas obtenir confirmation pour le moment.

Il renonça donc et se lava rapidement. Une fois propre et sec, il se rhabilla et rejoignit la chambre. Il s'assit sur le rebord de son lit et observa à nouveau celui où Castiel avait dormi depuis son retour. Il le détestait. Il voulait que son petit ami puisse à nouveau prendre place à côté de lui. Il voulait pouvoir se blottir contre lui et oublier tout le reste. Mais Castiel avait probablement raison sur ce point aussi. C'était encore trop tôt.

Il venait tout juste de détourner les yeux quand le docteur Stevens frappa à la porte. Dean le fit entrer puis le laissa l'examiner longuement. Il lui refit son bandage à la main et étudia chacune de ses blessures avec attention. Puisqu'il ne présentait toujours aucun signe d'infection et que tout était en voie de guérison, il obtint l'autorisation de sortir quelques heures. Il n'avait toujours pas le droit de faire quoi que ce soit de physiquement contraignant mais il pouvait aller voir ses amis, marcher un peu dans le camp et respirer l'air frais. C'était tout ce dont Dean avait besoin pour poursuivre son plan.

Il remercia longuement le docteur Stevens avant de le reconduire à la porte. Il enfila ensuite une veste qui appartenait à Castiel. Elle était un peu trop petite pour lui et les manches étaient clairement trop courtes, mais elle portait son odeur. Et c'était agréable pour le jeune homme. C'était réconfortant. Il prit ensuite une grande inspiration puis quitta sa chambre pour la première fois depuis une semaine. Il ne croisa personne en sortant du bâtiment. Une fois dehors, il leva les yeux au ciel et inspira profondément. Cela lui faisait un bien fou. Il n'y avait rien de mieux que le soleil sur son visage et le vent dans ses cheveux pour lui redonner de l'énergie. Il resta ainsi durant quelques secondes et ne bougea que lorsqu'il entendit des bruits de pas dans sa direction. Quand il aperçut la personne qui approchait, il ne put s'empêcher de sourire. Il était content de voir Victor. Il aimait beaucoup l'ancien agent du FBI. Et il lui était reconnaissant de s'être porté volontaire pour venir le chercher. Mais il était plus content encore de voir Red à ses côtés. Il n'avait plus vu son chien depuis qu'on l'avait secouru et l'animal lui avait cruellement manqué.

Il s'agenouilla doucement et tendit les bras en direction de Red. Ce dernier courut dans sa direction avant de s'asseoir juste devant lui. Il semblait savoir qu'il devait agir avec délicatesse parce que son maître était blessé et que lui sauter dessus était dangereux. Dean referma ses bras autour de lui et enfouit aussitôt son visage dans son cou. Il ne fut pas surpris quand Red posa sa tête sur son épaule. C'était leur façon de se saluer quand ils ne s'étaient pas vus depuis un moment. Une étreinte qui pouvait sembler ridicule à ceux qui ne comprenaient pas son attachement à son animal. Mais Dean se fichait de ce qu'on pouvait penser de lui sur ce point.

- Hé, mon grand… tu m'as manqué, souffla-t-il.

Red pressa alors sa truffe contre son cou comme pour lui signifier qu'il ressentait la même chose. Dean ferma les yeux.

- Je pensais avoir le droit à un câlin moi aussi mais visiblement, je passe après lui, plaisanta Victor qui les avait rejoints.

Dean serra Red une seconde de plus contre lui avant de le relâcher. Il le laissa le lécher sur le visage avant de se redresser doucement. Il avait légèrement mal dans la cuisse mais il n'allait certainement pas se plaindre. Le simple fait d'être dehors l'aidait à tout oublier. Il fit ensuite un pas en direction de Victor et le prit dans ses bras.

- Merci, Vic… merci pour tout.

Il n'était pas sûr de le lui avoir déjà dit. A vrai dire, il ne se souvenait pas de lui avoir parlé depuis qu'il l'avait sauvé. Il était grand temps qu'il le remercie. Parce qu'il lui avait sauvé la vie mais aussi celle de Dylan. Parce qu'il avait veillé à ce que Castiel ne soit pas blessé et qu'il avait gardé Red en bonne santé. Victor était quelqu'un de bien et Dean était fier de pouvoir dire qu'il était son ami.

- Ne me remercie pas. Tu aurais fait la même chose pour moi, assura Victor en prenant soin de ne pas trop le serrer contre lui.

Il ne connaissait pas réellement l'étendue de ses blessures mais il semblait déterminé à ne surtout pas lui faire mal. Dean sentit sa gorge se nouer en réalisant combien son ami était attentionné envers lui. Il se racla la gorge pour déloger le nœud qui s'y était formé avant de sourire.

- Sans doute, oui, mais je ne pensais pas… je ne pensais pas que tu…

- Que je quoi ? Que je tenais suffisamment à toi pour risquer ma vie pour toi ? Dean, je t'en prie. Tu sais bien que je te considère comme un de mes plus proches amis. Et puis franchement, il était impossible de contraindre Castiel à rester au camp et il avait besoin de quelqu'un pour veiller à ce qu'il ne se fasse pas tuer bêtement.

Dean hocha la tête contre l'épaule de Victor avant de reculer. Il ne savait pas bien quoi répondre à ce que son ami venait de dire. Castiel lui avait dit que les gens au camp tenaient à lui, et pas uniquement pour ses compétences à l'extérieur. Il avait juste du mal à le croire. Toutefois, entendre Victor le lui dire aussi facilement l'y aidait.

- Je suis content de te voir sur pied en tout cas. J'en déduis que tu vas mieux ?

- Physiquement, je vais bien… je ne suis pas encore à cent pour cent mais je m'en approche.

- Et pour le reste ? Demanda Victor en fronçant les sourcils.

Dean haussa les épaules. Il aimait beaucoup l'ancien agent du FBI mais il n'avait pas envie de lui confier ce qui se passait entre Castiel et lui. C'était trop personnel et trop gênant. Il ne pouvait pas non plus lui parler de Dylan. Il opta donc pour une réponse suffisamment évasive.

- Le reste suivra. Il me faut juste un peu plus de temps pour oublier ce qui s'est passé. Mais je suis confiant.

Victor sourit à son tour, visiblement soulagé de l'entendre.

- J'étais justement en route pour venir te voir. Red ne tenait plus en place. Je crois qu'il avait sérieusement besoin de passer un peu de temps avec toi. Mais si tu as quelque chose à faire, je peux l'emmener et…

- Non, je… il peut rester. Il m'a manqué et… je voulais aller voir Dylan. Tu ne saurais pas où il est ?

Victor eut l'air gêné pendant une seconde mais il se reprit rapidement. Dean savait que l'ancien agent du FBI était également proche de Dylan. Ils étaient amis, et ce avant même l'arrivée de Dean. Et il était de toute évidence inquiet pour lui. Ce qui n'était sans doute pas une bonne nouvelle. Il était grand temps pour lui d'aller voir comment Dylan allait.

- Il a insisté pour monter la garde malgré… enfin, tu le trouveras dans la tour au nord du camp.

Visiblement, Dylan n'avait pas été confiné dans sa chambre comme Dean. Ou il n'avait pas écouté les recommandations du docteur. Cela pouvait signifier que ses blessures étaient moins sérieuses que celles du jeune homme ou tout simplement qu'il était trop idiot pour faire ce qu'on lui demandait et ce qui était bon pour lui. Si c'était le cas, Dean allait lui passer un savon et lui faire entendre raison.

- Je vais aller lui parler, déclara-t-il alors.

Victor hocha la tête mais semblait toujours inquiet.

- Je pense que c'est une bonne chose. Il a besoin que quelqu'un lui parle mais… enfin, ne te formalise pas s'il est un peu… froid. Il a du mal à se faire à son retour. Il est un peu… sanguin pour dire les choses gentiment.

Dean tapota l'épaule de Victor avant de hocher la tête à son tour. Il savait exactement comment agir avec Dylan. Il comprenait son comportement et ses réactions. Lui aussi avait du mal à se montrer patient. Il s'énervait pour un rien depuis son retour. Mais lui avait la chance d'avoir Castiel pour l'aider à garder la tête froide. Dylan était seul. Dean allait remédier à tout ça.

Il salua Victor avant de s'éloigner. Red lui emboîta aussitôt le pas, visiblement déterminé à ne pas le perdre de vue. Cela faisait un bien fou à Dean. Avoir son chien à ses côtés lui rappelait la vie d'avant sa détention. L'homme qu'il avait été avant qu'Aaron ne pose les mains sur lui. C'était familier et rassurant. Et cela allait l'aider à retrouver un semblant de normalité.

Il rejoignit la tour de garde rapidement. Sur la route, il croisa quelques personnes. Il ne s'attarda pas pour leur parler mais les salua avec enthousiasme. Il était chez lui dans ce camp. Avant tout cela, le seul endroit où il se sentait bien était sa voiture et le garage où il travaillait. Il n'avait pas réellement de chez lui. L'apocalypse lui avait apporté une chose positive, finalement.

Il grimpa les escaliers pour rejoindre le sommet de la tour. Red le suivait toujours et sa seule présence donnait du courage à Dean. Il allait en avoir probablement besoin pour affronter Dylan. Quelque chose lui disait que leur discussion ne serait pas calme et posée. Il allait devoir convaincre son ami d'arrêter d'agir comme un idiot et de prendre un peu soin de lui.

- Dylan, appela-t-il quand il fut au sommet.

Le jeune homme apparut alors dans son champ de vision. Il semblait surpris de le voir là.

- Tu ne devrais pas être couché ? Je croyais que le docteur ne voulait pas que tu sortes.

Dean ricana une seconde. Son ami ne pouvait décemment pas lui reprocher d'être dehors quand lui n'avait probablement pas écouté les recommandations du médecin.

- J'ai le feu vert depuis ce matin. Je ne suis pas encore prêt pour un marathon mais je suis capable de marcher et de sortir. Et toi ?

- Comment ça, moi ? Demanda Dylan en détournant les yeux pour regarder à l'extérieur du camp.

Dean s'approcha alors des fenêtres qui leur permettaient d'observer les alentours du camp. Il n'y avait aucun contaminé dehors. Ni rien d'ailleurs. L'endroit était étrangement calme.

- Ne fais pas l'idiot, Dylan. J'ai parlé avec Victor et visiblement, il était inquiet de te savoir ici. Quelque chose me dit que tu n'as pas écouté les recommandations du médecin. Ce qui, permets-moi de te le dire, est totalement stupide. Qu'est-ce que tu cherches, exactement ?

Dylan avait un fusil dans les mains et il le serrait contre son torse comme pour se protéger du moindre contact. Une nouvelle fois, Dean pouvait le comprendre. Il avait le même problème.

- Je ne cherche rien du tout. J'essaie de me rendre utile. On sait tous très bien que ce n'est qu'une question de jours avant qu'Aaron ne passe à l'attaque et je refuse d'attendre son arrivée en me tournant les pouces dans ma chambre. Pas quand je peux au moins faire quelque chose pour empêcher qu'il nous attaque par surprise.

Dean fit son maximum pour ne pas prendre cela comme un reproche. Il était convaincu que Dylan ne lui en voulait pas d'être resté alité durant tous ses jours. Ce n'était pas contre lui qu'il tenait ces propos. Il avait juste la sensation d'avoir perdu du temps en restant captif quatre jours entiers. Il s'en voulait aussi certainement d'avoir été capturé. Dean, une nouvelle fois, ressentait la même chose que lui.

- Et tu crois vraiment que tu nous seras d'une grande aide quand tu perdras connaissance parce que tu auras trop forcé ? Dylan, je comprends ce que tu ressens mais il y a un moment où on doit se montrer réaliste. Et il est évident que tu tiens à peine debout.

- Je vais bien, protesta le jeune homme en regardant toujours dehors.

Il fuyait clairement le regard de Dean. Il ne pouvait pas le lui reprocher. Pas après ce qu'il avait appris sur lui durant leur détention. Il savait combien cela devait être difficile pour lui d'être en compagnie de l'homme qu'il aimait quand il savait qu'il n'avait aucune chance d'obtenir ce qu'il désirait tant.

- C'est ce que je dis aussi même si je sais que c'est un mensonge. Tu peux peut-être tromper les gens du camp, mais pas moi. J'étais là quand Aaron t'a torturé, je te rappelle. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut surmonter en quelques jours. On a besoin de temps… tous les deux.

- Sauf qu'on en a pas, Dean. Écoute, je te remercie de t'inquiéter pour moi mais je préférerais que tu t'abstiennes de me dire ce que je dois faire. Tu n'es pas mon père.

- Non, je suis juste ton ami.

- Et c'est bien là le problème !

Dean recula d'un pas. Il le savait déjà mais c'était difficile à entendre. Il prit ensuite une grande inspiration puis tourna le dos à la fenêtre et s'assit par terre. Red vint aussitôt à sa hauteur et se coucha devant lui, sa tête sur sa cuisse.

- Je suis désolé. Ce n'est pas ce que je voulais dire, assura finalement Dylan après quelques secondes.

Dean n'était pas en colère contre lui. Même si les propos de son ami étaient douloureux à entendre, il était sain pour lui de dire ce qu'il avait sur le cœur. Ils en avaient besoin pour aplanir les choses entre eux et repartir du bon pied.

- Ne t'excuse pas. Je sais que c'est difficile pour toi et je sais que c'est en partie de ma faute. Mais je suis justement là pour qu'on en discute. Je veux avancer et j'ai besoin de mettre les choses au clair avec toi avant.

Dylan soupira longuement. Il n'était visiblement pas enthousiaste à l'idée de parler. Pourtant, il l'avait déjà fait rapidement depuis leur retour mais ils n'étaient pas dans leur état normal à ce moment-là. Maintenant qu'ils avaient les idées un peu plus claires, il était nécessaire de discuter à nouveau.

- Ce n'est pas que je ne veux pas discuter avec toi mais il me semble qu'on a déjà dit tout ce qu'on avait à dire, non ? Je t'aime. Toi non. Tu aimes Castiel et tu veux faire en sorte que les choses fonctionnent entre vous C'est ce que je veux pour toi aussi.

- Dylan, ce n'est pas aussi simple, souffla Dean.

Il y avait tant de choses dont ils n'avaient pas réellement discuté. Ils devaient parler sérieusement de ce que Dean avait été contraint de faire. Il devait également évoquer avec son ami les soupçons de Castiel à son égard. Enfin, il voulait s'assurer que Dylan n'avait plus l'intention de partir. Il savait que tant que tous ces points ne seraient pas éclaircis, il ne pourrait pas reprendre convenablement le cours de sa vie, et Dylan non plus. Même s'il semblait penser le contraire.

- Bien sûr que si, ça l'est. Je ne vois pas ce que tu voudrais qu'on se dise de plus. Et de toute façon, je n'ai pas envie d'en parler. Ce n'est pas… je vais réussir à surmonter tout ça et je finirai par oublier les sentiments que j'ai pour toi. Mais tu dois me laisser un peu tranquille en attendant. C'est trop… douloureux pour moi d'être dans la même pièce que toi sans pouvoir te serrer contre moi… t'embrasser… te caresser et te dire que je t'aime encore et encore.

Dean aurait aimé pouvoir donner à son ami ce qu'il lui demandait. Mais fuir les problèmes n'était définitivement pas la solution. Il l'avait compris après avoir lui-même cherché à fuir les siens après la mort de Sam, ce qui n'avait fait qu'aggraver les choses.

- Castiel m'a demandé si tu avais des sentiments pour moi. Il m'a également demandé si j'en avais pour toi.

Il n'avait pas envisagé de le dire aussi directement mais il avait besoin d'attirer l'attention de Dylan. Et il savait qu'en tenant ses propos, il l'obtiendrait. Il entendit son ami jurer entre ses dents puis s'asseoir finalement à côté de lui sur le sol. Red tourna la tête dans sa direction mais la reporta presque aussitôt sur son maître. Dean commença à le caresser entre les oreilles.

- Et qu'est-ce que tu lui as répondu ? Est-ce que je dois préparer mes affaires ? Est-ce qu'il est déterminé à éliminer la concurrence ?

Dean se retint de signaler à son ami qu'il ne représentait pas vraiment un danger pour Castiel et lui. Dean n'avait définitivement pas ce type de sentiments à son égard. Dylan ne représenterait jamais de la concurrence pour Castiel. Le fait qu'il le pense était d'ailleurs sensiblement inquiétant. Mais il ne voulait pas lui faire de la peine. Dean chassa donc cette idée de sa tête pour répondre à son ami.

- Dylan, je te l'ai dit. Peu importe ce qui arrive, j'ai besoin de toi et je ne te laisserai pas partir. Je ne laisserai personne te convaincre de partir non plus. Et puis de toute façon, je n'ai pas dit à Castiel pour… pour ce que tu ressens. J'ai préféré lui mentir.

Dylan sembla à la fois soulagé et inquiet de l'entendre. Dean continuait de caresser Red mais gardait un œil sur son ami. Il voulait pouvoir anticiper ses réactions et agir en conséquence.

- Il t'a cru ?

- Sans doute pas, mais peu importe. Castiel est quelqu'un de bien. Il ne s'en prendra pas à toi-même s'il devine.

- Alors pourquoi ne pas tout lui dire ?

La question de Dylan était logique. Si Dean était effectivement convaincu que son petit ami ne les jugerait pas, il était stupide de lui cacher ce qui était arrivé. Mais le jeune homme avait une explication.

- Il sait qu'on ne peut pas contrôler nos sentiments… nos actes, en revanche… c'est autre chose. Lui dire ce que j'ai fait, c'est comme lui annoncer que je l'ai trompé. Je doute qu'il soit en mesure d'accepter ça. Et c'est justement une des raisons qui m'a poussé à venir te voir. Tu ne dois surtout rien lui dire. Il serait d'ailleurs préférable que tu n'en parles à personne d'autre qu'à moi. Si ça lui revient aux oreilles, ce sera encore pire.

Il était probablement injuste d'exiger de Dylan qu'il ne se confie à personne. Il ressentirait peut-être le besoin de parler. Il avait d'autres amis que le jeune homme et il aurait été logique qu'il souhaite se confier à eux. Mais Dean refusait que cela s'ébruite. Il en allait de sa relation avec Castiel, de son bonheur et de ses chances de guérison. Il espérait que Dylan pourrait comprendre.

- Je ne le dirai à personne. De toute façon, je préfère aussi que ça ne se sache pas. Ça et tout le reste. Ça ne concerne que nous, hein ?

- Exactement, confirma Dean.

Ils étaient sur la même longueur concernant ce sujet et c'était une bonne chose. Il avait confiance en Dylan. Si son ami lui promettait de ne pas en parler, il ne le ferait pas. Il n'avait qu'une parole.

- Tu sais, c'est marrant parce que… quand on était là bas, je n'avais envie que d'une seule chose… revenir ici. Maintenant que je suis de retour, je me sens… enfermé. Pris au piège. J'ai envie de ressortir. J'ai envie de m'enfuir quelques jours et pour pouvoir éviter tout le monde.

Dean ressentait quelque chose de similaire. Être de retour au camp était étrange. Il avait lui aussi du mal à s'adapter.

- C'est comme si… tu vas sans doute trouver ça dingue mais quand Aaron nous torturait, je me sentais… pur, d'une certaine manière. Je sais bien que je ne le suis pas surtout après ma réaction à… enfin bref. Ce que j''essaie de t'expliquer, c'est que là-bas, j'ai été confronté au mal personnifié. A un être si abject que j'avais la sensation d'être quelqu'un de bien. Ici… c'est comme si mes péchés me rendaient différent. Ici, je suis celui qui a fauté et qui côtoie tous les jours des gens foncièrement bons. Ici, je me sens comme Aaron.

Dean secoua la tête. Il comprenait la logique de son ami mais n'était pas d'accord avec lui pour autant. Et il était important qu'il le lui dise.

- Là où tu te trompes, Dylan, c'est que tu n'es pas quelqu'un de mauvais. Peu importe ce que tu as fait, tu ne seras jamais comme Aaron. Tu n'as jamais voulu faire de mal à quelqu'un juste pour le plaisir. Tu n'as jamais fait souffrir un étranger parce que tu trouvais ça marrant. On commet tous des erreurs mais contrairement à lui, nous on en est conscient. Et on fait en sorte de les réparer.

- Ça ne rend pas ce que j'ai fait moins grave pour autant. Ce n'est pas parce que je ne suis pas aussi mauvais que lui que je suis nécessairement quelqu'un de bon.

Dean n'avait jamais réalisé jusque-là combien lui et Dylan étaient semblables. Ils pensaient de la même façon et avaient la même image négative d'eux-mêmes. Malgré que tous les gens autour d'eux aient une confiance aveugle en eux, ils en manquaient terriblement. Il était étrange de n'en prendre conscience que maintenant. Mais c'était évident, à présent.

- Mon père n'était pas… je ne crois pas que c'était quelqu'un de bien, commença-t-il alors en regardant droit devant lui.

Il ne savait pas bien pourquoi il disait tout cela mais il avait la sensation que partager ainsi son histoire avec Dylan l'aiderait à comprendre qu'il se trompait sur lui-même, que la façon qu'il avait de manquer de confiance en lui venait de son enfance. Qu'il avait tort.

- Quand ma mère était encore en vie, c'était un père parfait. Il était très amoureux d'elle. Je crois que c'était son âme-sœur. Sa mort… elle l'a détruit. Elle l'a poussé à boire et à se couper entièrement de ses enfants. De moi en particulier parce que je lui ressemblais beaucoup. Il n'était pas vraiment violent mais il lui est arrivé de nous bousculer, Sammy et moi. Je faisais toujours en sorte que sa colère soit dirigée contre moi pour épargner mon frère. Mais cet idiot faisait toujours en sorte de le provoquer… et ça rendait ma tâche difficile.

Il s'interrompit une seconde pour se racler la gorge. Évoquer Sam restait difficile, même après tous ces mois. Ça l'était un peu moins, bien sûr. Mais il continuait de souffrir de sa mort et ne cesserait sans doute jamais. Il fut soulagé de voir que Dylan ne profitait pas de son silence pour l'interrompre. Il semblait curieux d'entendre la suite.

- Je ne sais pas s'il me détestait réellement ou s'il avait juste du mal à me regarder parce que j'avais les traits de la femme qu'il avait perdue. Peu importe, en fin de compte. Il me répétait constamment que je devais veiller sur mon frère. Mais il n'était jamais satisfait. Jamais fier de moi. Quand j'ai pris sa place au garage, il me critiquait tout le temps. Je n'étais jamais à la hauteur de ses attentes et il n'hésitait pas à me le dire. Ensuite, il cherchait à justifier en me disant qu'il faisait ça pour me rendre plus fort. Pour m'endurcir. J'ai fini par le croire. J'ai fini par penser que je ne valais rien. Que ma seule mission était de veiller sur mon frère mais que je n'avais aucune importance. J'y crois encore un peu aujourd'hui même si Castiel m'a aidé à reprendre un peu confiance en moi. A chaque fois je j'échoue dans quelque chose, j'ai l'impression de n'être bon à rien. D'être nul. De ne servir à rien. Mais je me trompe. Et tu te trompes aussi. Tu comptes beaucoup pour les gens qui t'entourent. Tous sont parfaitement capables de voir ta vraie valeur. Il te suffit de les croire quand ils te le disent. Je ne sais pas qui a pu te pousser à avoir une telle image de toi-même mais cette personne se trompait.

Dylan resta silencieux de longues secondes, visiblement perdu dans ses pensées. Dean ne chercha pas à le faire parler. Il savait qu'il avait besoin de temps pour assimiler ses paroles, et aussi sans doute pour savoir s'il voulait ou non en dire plus sur son passé. Il s'était déjà confié à Dean mais il n'avait probablement pas tout dit.

- Ma mère m'a toujours traité différemment de mon frère. Je sais que c'était en grande partie parce qu'il était malade et qu'elle estimait qu'il avait plus besoin d'elle que moi. Quand j'ai grandi, je l'ai accepté. Norman avait effectivement besoin d'être surveillé. Leur relation était presque… incestueuse. Et elle était exclusive. Je n'avais pas ma place entre eux. Ni à leurs côtés. J'étais toujours de trop. Je crois que c'est pour ça que… je pense que c'est ce qui explique ma façon de voir les choses.

Dean hocha la tête. C'était sans doute une partie de l'explication. Il était toutefois convaincu qu'il y avait plus. Mais il ne forcerait pas son ami à le lui dire. Il voulait lui laisser le temps. Il parlerait quand il serait prêt et pas avant. A sa grande surprise, Dylan reprit la parole presque aussitôt.

- Ma mère a couché avec son frère. Quand ils étaient ados… leur père était violent et ils n'avaient personne d'autre au monde. Ils ont fini par… ils ont trouvé le réconfort dont ils avaient besoin dans les bras l'un de l'autre.

Dean était presque sûr de savoir où son ami voulait en venir. Il garda toutefois le silence. Il espérait sincèrement se tromper. Car même s'il refusait de juger qui que ce soit sur ce qu'il faisait de sa vie privée, il trouvait tout de même l'inceste dérangeant.

- Elle est tombée enceinte… et elle est partie. Je suis l'enfant de mon oncle. C'est tordu, non ? C'est… quand je l'ai appris, j'étais déjà suffisamment grand pour comprendre et… pendant un moment, je n'ai pas réussi à l'accepter. Et puis mon père est entré dans ma vie et je… j'ai tenté de renouer les liens. Ça n'a pas vraiment fonctionné mais peu importe. Je suppose que c'était écrit ainsi. L'essentiel c'est que je suis non seulement le fruit d'un inceste mais également d'un viol, si j'en crois ma mère et… j'ai toujours pensé que ça expliquait pourquoi je n'étais pas… pas comme j'aurais voulu être.

Dean ne pouvait pas imaginer une seconde ce que son ami avait ressenti en l'apprenant. Comment pouvait-on reprendre une vie normale après une telle nouvelle ? Comment pouvait-on se reconstruire ? Il était admiratif du courage de son ami. De sa force. Il aurait pu devenir comme Aaron après tout ça. Il aurait pu lâcher prise et perdre totalement la tête. Mais il était devenu un homme bien malgré les circonstances.

- Je ne peux sans doute pas imaginer ce que tu as vécu mais ce dont je suis sûr, c'est que ce que tu viens de me dire est la preuve du courage et de la force dont tu as fait preuve. Dylan… si j'avais vécu la même chose, j'aurais fini entre quatre murs capitonnés. Ou mort… je n'aurais jamais pu surmonter une telle épreuve.

- Je n'avais pas le choix, assura le jeune homme sans hésiter une seconde. Pendant quelques jours, je me suis enfermé et j'ai bu jusqu'à m'évanouir. J'ai cru que je ne remonterais jamais la pente mais… j'avais mon frère et il avait besoin de moi. Il était évident qu'il perdait prise avec la réalité et qu'il n'était plus vraiment lui-même. Je devais l'aider. Je devais prendre sur moi et assumer mon rôle de grand frère. On ne peut pas dire que j'ai vraiment réussi quand on sait comment tout ça s'est terminé.

Dean se souvenait de ce que Dylan lui avait dit sur son frère. Qu'il avait fini par tuer leur mère et se suicider en même temps. Parce qu'il était jaloux de l'homme qu'elle fréquentait et qu'il voulait la garder pour lui seul. Bien sûr, il était évident que ça n'avait pas aidé Dylan à reprendre confiance en lui. Il estimait sans doute en être responsable. Et Dean pouvait le comprendre. Du temps de son vivant, il se sentait lui aussi coupable de tout ce qui arrivait de négatif à son frère. Même s'il ne pouvait rien faire contre, parfois.

- Ton frère était malade, Dylan. Tu m'as dit qu'il était schizophrène. C'est une pathologie grave et contre laquelle tu ne pouvais rien. Et sans doute que d'une certaine manière ce n'est pas non plus sa faute s'il a… s'il a fait ce qu'il a fait. Il est temps pour toi de te pardonner et d'aller pour de bon de l'avant.

Dean savait que cette remarque s'appliquait également à lui. Mais il était plus difficile de la mettre en œuvre pour ses problèmes que de convaincre quelqu'un de le faire. C'était le rôle de Castiel de le pousser à faire ce travail sur lui-même. Et son petit ami n'avait jusque-là pas failli à sa tâche. Il avait obtenu des résultats concrets.

- C'est difficile de faire table rase du passé, constata alors Dylan avec une certaine sagesse.

Dean hocha la tête aussitôt. Ça ne pouvait pas être plus vrai. C'était effectivement difficile. Mais pas impossible.

- Peut-être que c'est ce qu'on doit tirer de cette apocalypse, en fin de compte… elle a tout balayé et mis presque un terme à l'humanité. Elle a fait table rase d'un passé dont nous n'avons aucune raison d'être fiers. Peut-être qu'elle est notre chance d'oublier ce qu'on a vécu et de ne regarder que devant nous.

- C'est tiré par les cheveux, protesta Dylan.

- Oui, mais c'est agréable à penser… et ça nous donne quelque chose à quoi nous raccrocher. C'est un nouveau monde, Dylan. Libre à nous d'être de nouvelles personnes également.

Son ami fronça alors les sourcils puis prit quelques secondes pour réfléchir. Dean reporta son attention sur son chien. Red ne dormait pas et surveillait son maître avec attention. Il était évident que leur séparation avait été difficile pour son animal. Il avait sans doute pensé qu'ils ne se verraient plus. Dean se promit de ne plus jamais passer autant de temps loin de lui. Il lui avait faux bond. Il ne recommencerait plus.

- OK, disons que cette apocalypse me permette de prendre un nouveau départ… ça ne change en rien le fait que je ne me sens pas digne de l'affection des autres en raison de ce que j'ai fait depuis… de ce que je ressens pour toi.

- Commence par te pardonner pour ton passé et on travaillera sur le reste ensuite.

- Tu ne me lâcheras pas tant que tu n'auras pas réussi, hein ?

Dean ricana une seconde avant de secouer la tête. Non. Il ne baisserait pas les bras. C'était ainsi qu'il avait fonctionné depuis sa naissance. Il se concentrait sur les autres, s'assurait qu'ils allaient bien et qu'il avait fait tout le nécessaire pour que cela dure. Aider les gens qu'il aimait l'aidait à s'accepter. Il en avait besoin.

- Non, je ne vais pas te lâcher. Je suis tenace. Tu vas vite le comprendre.

- Je le sais déjà, confirma Dylan avant de rire une seconde à son tour.

Dean avait vu juste. Cette discussion leur avait fait du bien. Il se sentait bien plus léger. Et il avait l'espoir que leur relation soit plus forte que les sentiments de Dylan, plus forte que ce qu'ils avaient traversé.

- Tu sais quoi ? J'en ai assez. J'en ai assez de me morfondre. Assez de déprimer constamment et assez de me détester. Je suis en colère en permanence et je m'en prends à des gens qui n'ont strictement rien fait pour le mériter. Je veux redevenir le Dylan d'avant… celui qui riait avec les autres. Celui qui pouvait plaisanter de tout et qui refusait de prendre les choses au sérieux. Ce Dylan me manque.

- Il me manque aussi.

Dean voulait revoir ce Dylan là au plus tôt. Il voulait pouvoir rire et discuter avec lui de choses légères. Il voulait l'entendre débattre avec Gabriel de choses stupides. De super-héros et de musique. Il ferait en sorte de le retrouver.

- Comment ça se passe avec Castiel ?

La question de Dylan surprit Dean. Il avait pensé que son ami refuserait d'aborder le sujet parce que c'était douloureux de lui d'évoquer la relation amoureux de l'homme qu'il aimait. Mais il semblait sincèrement inquiet pour le couple de son ami.

- Ça se passe aussi bien que possible, je pense. C'est difficile. J'ai encore du mal à le laisser me… me toucher ou même m'approcher. J'ai tenté de précipiter les choses mais ça n'a pas fonctionné. J'ai eu la chance qu'il ne m'en veuille pas. Il est extrêmement compréhensif.

- Comment ça, ça n'a pas fonctionné ?

Dean n'était pas forcément enthousiaste à l'idée de parler de ses problèmes sexuels avec Dylan. D'abord parce qu'il ne savait pas ce qui motivait son ami à l'interroger à ce sujet mais aussi et surtout parce qu'il en avait un peu honte. Il savait toutefois qu'il ne pourrait jamais se confier à qui que ce soit d'autre. Dylan était le seul à tout savoir et sans doute le seul à pouvoir comprendre.

- Tu es sûr que tu veux entendre cette histoire ? Demanda-t-il tout de même.

Dylan hocha la tête aussitôt.

- Je veux t'aider, répondit-il tout simplement.

Dean prit alors une grande inspiration et tourna le visage vers son ami. Il ne semblait pas triste. Il ne semblait pas non plus trop curieux. Juste concerné. Cela l'encourageait à lui dire la vérité.

- Je lui ai demandé de… de me toucher… là. Je l'ai déshabillé parce qu'il se cachait depuis mon retour et que je ne voulais pas qu'il se sente contraint de le faire. J'ai vite remarqué qu'il était excité par ce que je faisais et moi… moi, je ne l'étais pas. Alors j'ai voulu voir si avec un peu plus de stimulation, les choses changeraient. Ça n'a pas été le cas.

- Oh… souffla alors Dylan dont les joues étaient brutalement rouges.

- Oh, comme tu dis, répliqua Dean.

Ils ne dirent rien pendant de longues secondes mais Dean ne voulait pas laisser le silence s'installer. Il rendait sa confession plus sérieuse et plus grave.

- Castiel m'a parlé de syndrome dissociatif. Apparemment, c'est une maladie qui empêche le cerveau et le corps de communiquer correctement. Ça bloque les réactions qu'on devrait avoir et ça peut se traduire par une forme de… d'impuissance. Il pense que c'est normal.

- Il a sans doute raison, assura Dylan.

- Sans doute, oui. De toute façon, c'est trop tôt pour tenter quoi que ce soit. Je dois me laisser le temps de guérir, d'accepter ce que j'ai vécu et de surmonter mon traumatisme. C'est aussi pour ça que je veux que les choses rentrent dans l'ordre entre nous. Je veux qu'on reprenne notre vie là où on l'a laissée. Je veux qu'on reparte en expédition toi et moi. Je veux retrouver une vie normale.

Dylan sourit alors. Visiblement, il ressentait la même chose. C'était une bonne nouvelle. Car cela prouvait qu'ils pouvaient guérir ensemble. Qu'ils avaient le même objectif.

- On va s'en sortir, déclara alors Dylan.

Il semblait convaincu. Sûr de lui. Dean en fut soulagé. Il saisit alors la main de son ami pour la serrer dans la sienne. C'était un geste innocent. Le fait que Dylan ne cherche pas à s'en soustraire prouvait qu'il avait réellement envie d'avancer.

- Bien sûr qu'on va s'en sortir, confirma-t-il.

Ils restèrent ainsi, main dans la main durant quelques minutes. Puis Dylan se remit debout, mettant un terme à ce contact. Dean le regarda faire sans bouger.

- Tu veux que je te laisse tranquille ? Demanda-t-il alors.

Dylan secoua la tête en regardant à nouveau par la fenêtre.

- Non, je préférerais que tu restes. Je me sens seul depuis trop longtemps.

- Alors je reste.

C'était aussi simple que ça. Dylan avait besoin de lui et Dean était prêt à le faire pour lui. Parce qu'il voulait l'aider et que cela lui faisait du bien à lui aussi. Ils n'avaient pas besoin de parler. Plus besoin d'avoir de discussion sérieuse. Ils pouvaient juste se contenter de rester l'un avec l'autre en silence, à l'aise grâce à la certitude qu'ils pouvaient compter l'un sur l'autre. C'était suffisant. Ça ne le serait peut-être pas toujours mais c'était agréable. Dean resta assis par terre pour épargner un peu sa cuisse douloureuse, Red resta couché à ses pieds et Dylan continua à surveiller l'extérieur inutilement. Il était évident que les choses avaient changé entre eux mais le simple fait d'être à l'aise ensemble était la preuve que tout pourrait finir par s'arranger. Cela leur demanderait du travail. Mais ils étaient forts et déterminés. Ils étaient capables de tout. Et quand tout finirait enfin par aller mieux, ils pourraient regarder en arrière et repenser à ce moment. Celui où ils avaient posé ensemble la première pièce de l'édifice de leur reconstruction. Cette simple idée arracha un sourire au jeune homme.