Au bal masqué.

La fête bat son plein ce soir au sein d'Arkadia. La grande salle qui sert généralement de cafétéria s'est vue transformer en salle de fêtes dans le courant de la journée. En hauteur, des guirlandes en papier sont accrochées alors qu'au milieu des tables trônent des soucoupes blanches sur lesquelles brûlent des bougies. Concernant la musique, celle-ci s'échappe de plusieurs petites enceintes posées aux quatre coins de la pièce.

Assise face au comptoir, Octavia. Malgré l'ambiance festive qui règne autour d'elle, la guerrière n'a pas le coeur à s'amuser. La cause : Murphy. Pourtant, cela fait déjà un moment que cet homme n'a rien tenté contre son couple et bizarrement, tout porte à croire qu'il a disparu des environs. Comment a-t-elle pu s'en rendre compte ? Grâce à ses nombreuses promenades dans les forêts avoisinantes.

Cette tristesse qui lui pèse sur le coeur n'est pas prêt de se volatiliser tant que cette menace respire.

- Octavia ?

L'appelée se retourne et tombe nez à nez avec un grand gaillard dont le visage est recouvert d'un masque blanc. Sur son corps, une tenue bariolée de losanges rouges et jaunes tandis qu'un pantalon vert dissimule ses jambes.

Quand cet inconnu lui tend l'une de ses mains en veillant à l'ouvrir, Octavia lève les yeux au ciel avant de soupirer. En cas s'il ne l'avait pas remarqué, elle ne porte aucune tenue de fête simplement parce qu'elle ne souhaite pas s'amuser.

Soudain, une mélodie romantique démarre et l'être costumé y voir là une belle occasion.

- Mademoiselle, voulez-vous m'accorder cette danse ?

- C'est gentil mais je n'ai pas très envie de danser. Tentez votre chance avec une autre jeune femme.

- Comme tu veux.

L'éconduit porte sa main tendue jusqu'à son masque qu'il retire. Lorsqu'elle voit le visage de celui qui se tient face à elle, la sœur de Bellamy réalise son erreur.

- Lincoln ?

- Continue à faire le jeu de Murphy et ne viens pas te plaindre si un jour, je te prends au mot.

Triste, le natif s'éloigne de sa dulcinée tandis que cette dernière descend de son siège. Levant le bras droit comme pour le rattraper, la demoiselle cesse quelques secondes plus tard.

Pourquoi l'empêcher de partir alors qu'elle ne cesse de se morfondre depuis son retour au sein de ce campement ? En retrouvant sa place, Octavia poursuit intérieurement. A la base, si Lincoln et elle sont ici, c'était pour se mettre à l'abri des manigances de Murphy…

- Et depuis notre retour, il ne s'est rien passé et je commence à croire qu'elle regrette cette initiative. Malheureusement, comme Octavia est fière…

- Elle a dû mal à reconnaître son erreur ?

- Exactement.

Lincoln est assit sur un banc se trouvant au fond de la salle, derrière les enceintes. Portant toujours son costume, l'homme a veillé à garder son masque dans ses mains. A ses côtés, recevant ses confessions, Miller. Contrairement au petit-ami d'Octavia, il porte une tenue complètement immaculée et à la grimace qui se dessine sur son visage, on devine que cet accoutrement n'est pas à son goût.

- J'en arrive à douter de ses sentiments, poursuit Lincoln.

- Tu plaisantes ?

En hochant négativement de la tête, le guerrier ne se fait guère d'illusions. Ne sachant plus quoi faire, le voilà qu'il baisse la tête pour évoquer une quelconque divinité de l'amour. Si celle-ci existe, qu'elle n'hésite pas à utiliser tous les moyens possibles pour ramener Octavia dans ses bras.

Mine de rien, cette histoire prend des tournures radicales et tout ça, à cause d'un pauvre type.

Touché de voir le natif aussi affecté, Miller décide de prendre les choses en mains. Aussitôt, il arrache le masque des mains de Lincoln, causant chez lui, un étonnement.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Fais-moi confiance.

Après cette réponse, Miller file rejoindre Octavia tout en s'assurant que son masque soit bien positionné. De son côté, Lincoln le regarde s'éloigner et se demande si cette aide n'est pas la réponse à sa prière.

Pendant ce temps, Miller évolue péniblement à cause des nombreuses personnes qui ne cessent d'évoluer dans la salle des fêtes. Passant près d'une table sur laquelle repose des gobelets sans propriétaire, l'homme voit des fleurs. Ces dernières ont leur tige qui trempe dans un fond d'eau, stagnant dans un vase transparent. Y voyant là une idée romantique qui pourrait avoir son petit effet, Miller s'en empare avant de reprendre son chemin.

Lorsqu'il arrive auprès de la petite-amie du natif, la guerrière lui tourne le dos. Espérant que la pénombre du lieu jouera en sa faveur, l'homme se lance. Afin d'attirer l'attention de la compagne de Lincoln, Miller lui tapote l'épaule gauche. Aussitôt, Octavia se retourne et quand son regard se pose sur celui qu'elle pense être, cette dernière s'interroge.

- Pourquoi tu as changé ton costume ?

Comme pour créer une diversion, Miller lui tend le bouquet de fleurs. Touchée par cette attention, la sœur de Bellamy prend le présent et à ce moment, un sourire se dessine sur ses lèvres. Cette joie soudaine demeure quand elle lève le bouquet pour le placer sous son nez. Là, elle hume le parfum qui s'en dégage pour mieux exprimer l'enchantement qui semble la ravir.

- Elle sentent très bon, merci Lincoln.

Voulant le remercier d'une manière affective, Octavia quitte une nouvelle fois son siège et s'approche du costumé.

Une chose est sûre : le masque qu'il porte va la gêner dans ses manœuvres. De sa seconde main, elle tente de s'emparer de l'accessoire lorsque Miller se dérobe sous ses doigts. Devant cette fuite, Octavia se montre étonnée.

- Tout va bien Lincoln ?

L'imposteur hoche positivement de la tête avant de reculer de quelques pas. Ensuite, avec sa main, il fait comprendre à celle qui se tient près du comptoir qu'elle doit le suivre. Etant de meilleure disposition suite au bouquet de fleurs, la jeune femme accepte sans trop se poser de questions.

Quelques secondes plus tard, le couple franchit la porte d'entrée de la salle et se distance de cette dernière pour être tranquille. Jugeant la distance parcourue suffisante, Miller s'arrête et la demoiselle ne tarde pas à imiter son comportement.

- Tu voulais me dire quelque chose ? Demande-t-elle.

Poursuivant dans la conservation du silence, Miller acquiesce une nouvelle fois. Cependant, il ne peut prendre la parole au risque d'être démasqué. A l'inverse, s'il ne fait rien, la femme va devenir soupçonneuse et son plan tombera à l'eau. Que faire ?

- Et puis merde !

Lâche-t-il avant de retirer son masque. Suite à cette révélation, Octavia laisse apparaître de la déception sur son visage, ce qui n'étonne pas Miller.

- Je me disais bien que c'était trop beau.

- Attends… Tu vas me faire croire que tu me prenais pour Lincoln ?

- Oui.

Stupéfiant ! Pourtant, Miller et Lincoln sont différents sur plusieurs points et le physique en fait partie. Par exemple, la taille. Le natif est bien plus grand et il est étonnant que la guerrière n'y a vu que du feu. Ensuite, la musculature. Même si Miller s'entraîne régulièrement, il reste bien moins imposant que le petit-ami de Octavia.

Comment se fait-il que sa soupirante se soit trompée ?

- Tu vas si mal que ça ? Lui demande l'homme.

- Fous-moi la paix !

Alors que la frangine de Bellamy retourne vers la porte de la salle des fêtes, Miller l'attrape par le poignet. Ne pouvant plus avancer, Octavia regarde par-dessus son épaule.

- Tu fais quoi là ?

- Je t'aide.

- En m'empêchant de retourner auprès de mon homme ?

- En cas si tu l'as déjà oublié, je t'ai trouvé assise face au comptoir et tu étais seule.

- Lincoln était parti aux toilettes.

- Faux. D'ailleurs, c'est après avoir discuté avec lui que je suis venu te voir.

- Tu as discuté avec lui ?

Miller lui répond positivement. Bien sûr, il ne compte pas lui révéler tous les sujets abordés mais l'un d'entre eux mérite qu'il s'y attarde.

- Il a peur.

- Comme moi. Même si cela fait longtemps que nous ne l'avons pas aperçu, Murphy arrive encore à nous terroriser.

- Ce n'est pas de lui dont je suis en train de te parler.

Cela explique leur retour sur Arkadia. Au début, Miller s'était posé de nombreuses questions mais dorénavant, il sait la raison.

- Il a peur pour votre amour.

- Quoi ?

- A cause de ce détraqué, il craint que vos sentiments ne soient pas assez forts.

- N'importe quoi.

- Dans ce cas, explique-moi pourquoi tu le repousses ?

Sur le moment, Octavia allait lui répondre de se mêler de ses affaires mais ce sont d'autres mots qui sortent de sa bouche.

- En restant avec moi, il s'expose au danger.

- Ton raisonnement est un peu stupide, tu ne crois pas ?

D'où il se permet de telles paroles ? Miller ne sait pas par quoi sont passés Lincoln et Octavia et il ose l'ouvrir. Rapidement, la guerrière s'énerve et réplique en étant sur la défensive.

- Au lieu de me faire perdre mon temps, retourne t'amuser et à partir de maintenant, s'il te plaît, mêles-toi de ce qui te regarde.

D'un geste violent, Octavia parvient à libérer son bras. Ensuite, elle délaisse Miller mais ce dernier est loin d'en avoir terminé.

- Murphy doit être ravi de cette distance que tu as veillé à installer entre toi et ton homme.

A l'entente de ces mots, la femme s'immobilise. De son côté, le costumé enchaîne.

- Si tu penses mettre ton cher et tendre à l'abri, c'est l'effet inverse qui va surtout se produire.

- Comment ça ?

Cette fois, il a toute son attention lorsqu'elle se retourne pour la énième fois et son visage ne présente aucun signe d'agacement. Désormais, Miller a le champ libre pour lui soumettre le fond de sa pensée.

- Murphy en a après toi parce que tu es la sœur de Bellamy, nous sommes d'accord ?

- Oui.

- Et s'il devait arriver malheur à Lincoln, tu irais à son secours, n'est-ce pas ?

- La question ne se pose même pas.

- Et tu penses qu'en l'isolent comme tu le fais actuellement, ton cher et tendre ne constitue pas une cible encore plus facile ?

Octavia n'y avait pas songé. Si jamais Lincoln devait se risquer dans la forêt en solitaire, Murphy pourrait profiter de cette occasion. Forcément, si la sœur de Bellamy devait le savoir, elle s'empresserait de lui porter secours et là, c'est son frère qui fera le nécessaire pour les sortir de ce mauvais pas. Au final, Murphy aura obtenu ce qu'il voulait sans trop faire d'effort.

- Tu te rends compte qu'il arrive à vous empêcher de vivre ? Continue Miller.

La jeune femme aux longs cheveux noirs n'avait pas besoin qu'on lui pose la question pour le savoir. Si seulement le mec à l'origine de ces menaces pouvait disparaître de la surface de cette planète.

- Je suis prêt à me joindre à vous pour lui mettre la main dessus, au besoin.

- Vous ?

- Toi, Lincoln et Bellamy. Si à quatre, l'opération s'avère infructueuse, on sera en droit de se poser des questions.

Miller a raison. Toutefois, pourquoi fait-il tout ça ? Après tout, cette histoire ne le concerne pas. Elle se doit de connaître ses motivations.

- Pourquoi nous aides-tu ?

- A mes yeux, vous êtes la plus belle histoire d'amour qui puisse s'exprimer. Je ne veux pas vous voir malheureux à cause d'un type. Votre amour se doit d'être plus fort que ça.

Touchée par ces paroles, des larmes montent aux yeux de la jeune femme. Jamais elle n'aurait pensé qu'un tel soutien pouvait se manifester chez un membre d'Arkadia. Désormais, Miller n'est plus qu'un simple gars parmi tant d'autres mais bel et bien un véritable ami. Ecoutant son coeur, l'émotive s'approche de l'homme et le prend dans ses bras.

- Merci Miller.

- Si vraiment tu souhaites me prouver ta reconnaissance, va rejoindre ton homme et présente-lui tes excuses.

- Compte sur moi.

Pour accomplir cette demande, Octavia libère son ami de son étreinte. Ensuite, elle sèche ses larmes avec le revers de son bras avant de faire apparaître un sourire sur ses lèvres.

- Allez, courage, lui dit Miller.

Cette dernière acquiesce et se glisse dans la salle des fêtes quelques secondes plus tard. Lorsque la porte se referme, Miller se sent bien. Au tout début, ses manœuvres ont rencontré des difficultés et maintenant, tout semble s'arranger. Désormais, il est temps pour lui de retrouver son homme et sur le chemin, le voilà qui s'exprimer à haute voix.

- Si jamais il existe un quelconque paradis, j'estime avoir mérité une place suite à cette bonne action de ma part.