~ Chapitre 13 ~

Jean touillait les glaçons dans son sirop à la fraise. Marco avait déjà fini sa boisson et regardait les passants du trottoir en face du café. Le silence gênant continuait de s'étirer, affaissant un peu plus les épaules de Jean.

Au début, ils avaient beaucoup discuté. Marco avait raconté à Jean comment sa famille semblait reprendre vit depuis les deux dernières semaines. Depuis la première fois où il était venu chez lui en fait. Depuis, ils faisaient plus de sorties, tous les deux, où avec tout leurs amis, comme les samedis où ils se retrouvaient au parc.

Jean avait même invité Marco au cinéma, rien que tous les deux, un soir. Il était devenu tout rouge derrière son téléphone en se traitant d'idiot, puis avait fait sa mini danse de la victoire quand finalement Marco lui avait répondu par la positive. Le faux blond n'avait rien retenu du film, et à la sortie du cinéma, Marco l'avait d'ailleurs grillé à ce sujet, juste en lui demandant ce qu'il avait pensé du film.

Et aujourd'hui, ils étaient assis l'un en face de l'autre, dans un café, comme ils l'avaient fait tant de fois déjà. Mais pour la première fois, ni l'un ni l'autre ne savait quoi dire.

Après encore dix bonnes minutes de silence total, Jean déglutit et décida de passer à l'attaque. Il se traita une vingtaine de fois d'idiot en même temps qu'il ouvrait la bouche et prenait la parole.

- Dis, Marco… Tu pourrais, tu sais… l'enlever… fit-il, le tout accompagné d'un geste significatif vers son visage.

Marco sembla soudainement se refermer alors que son mince sourire se fanait.

- Non.

Jean se pinça les lèvres, regarda sur le côté, et mis quelques secondes avant de trouver que dire de plus.

- Mais, ça peut pas être si terrible que ça… Je veux dire, t'as dit qu'avec tes parents-

- Jean, le coupa Marco. Non, c'est non. Avec mes parents, c'est différent, ce sont mes parents. Je pourrais être un violeur d'enfant cannibale qu'ils m'aimeraient toujours, malgré ce que je suis. Et ne juge pas alors que tu ne sais pas. Ça vaut autant pour les personnes que tu rencontres que pour ce qu'il y a là-dessous, finit-il en pointant son demi-masque de l'index.

- Mais- !

La protestation de Jean fut arrêtée par un simple haussement de sourcil de Marco. Il fit la moue, frustré, et s'enfonça dans son siège, emportant son verre avec lui pour boire et réfléchir en même temps. Il ne pouvait pas le laisser gagner la discussion. Certes, il était vraiment curieux de voir à quoi ressemblait cet autre bout de son visage, même s'il se détestait parfois pour ça, trouvant que c'était de la curiosité malsaine, mais il voulait également cela pour Marco. Il voulait qu'il se sente réellement à l'aise avec Jean, mais aussi avec lui-même. Il le sentait, il y avait toujours cette sorte de tension chez lui.

Il soupira, fermant les yeux avant de les rouvrir pour regarder Marco en face.

- Écoute. T'as raison. Mais, promets-moi juste que, un jour, tu me le montreras, ok ? Même si… même si c'est dans dix ans, j'm'en fous. Bon, ce sera un peu chiant à la longue, mais je peux faire avec, hein. J'veux que tu me le promettes. Parce que, tu sais, peu importe à quoi ça ressemble, ça fait partie de toi. Et tu sais, sans ça, je t'aurais jamais rencontré, et même si ça avait été le cas, peut-être que… peut-être que tu n'aurais pas été le même Marco que celui que je connais aujourd'hui, parce que, tout ça, ça t'as forcément changé, d'une manière ou d'une autre. C'est une partie de toi, alors je m'en fous si ça ressemble à un bout de beefsteak carbonisé, parce que, tu sais, c'est comme ça que…

« Que je t'aime. »

Jean se frappa mentalement et détourna le regard, les joues rivalisant avec son sirop.

- Ouais, 'fin, voilà, quoi, tu, hein, t'as compris ce que je voulais que tu comprennes quoi…

Jean s'inquiéta du silence et tourna ses yeux vers Marco, hésitant. Celui-ci le regardait pensivement. Il finit par hocher de la tête en approbation et un fin sourire étira ses lèvres alors qu'il rabaissait ses yeux vers sa tasse.

- Tu es un crétin, Krischtein.

Plus tard, la discussion avait repris, comme si de rien était. Ils avaient payé leur verre, puis étaient partis se balader un peu en ville. Ils étaient passés devant une boutique de bonbon, les yeux de Marco avaient brillé alors qu'il racontait comme ça lui rappelait son enfance, et Jean avait craqué, il était entré dans la boutique pour en acheter. Ils s'étaient posés sur un banc pour les manger en se racontant des anecdotes qui les faisaient rire. Jean faillit même s'étouffer avec un marshmallow tellement il riait.

Et puis quand le soleil commença à tomber, Marco insista pour raccompagner Jean chez lui, ce qui étonna ce dernier, même s'il accepta sur le champ, heureux de l'initiative.

Le ciel était presque noir quand ils s'arrêtèrent devant la porte, et se firent face, aucun n'osant dire au revoir en premier.

- Marco…

Celui-ci lui lança un regard interrogateur.

- Heu… C'était super aujourd'hui.

Jean serra son poing, se retenant de se frapper réellement cette fois-ci. Il se croyait dans une scène d'un mauvais film romantique ou quoi ? Mais Marco sourit, et acquiesça. Alors il sourit lui aussi. Et c'est comme si, affaibli par la fatigue de la journée, il s'était laissé hypnotisé par ce sourire, et ce regard brillant ne cachant pas la joie réciproque. Il avait fermé les yeux, et s'était penché. Avait levé la main, la posant à peine contre la joue en face.

Et il l'a embrassé.

Enfin, pas tout à fait, parce qu'au lieu de rencontrer des lèvres de chair, il rencontra des lèvres de porcelaine, blanches, froides.

En se redressant, la première chose qu'il pensa fut « foutu masque ».

La seconde fut que Marco était mignon avec les joues rouges.

La troisième fut qu'il venait de faire une connerie.

Il perdit alors toute couleur, bredouilla des excuses, et, plus vite que l'éclair, ouvrit la porte et la claqua derrière lui.

Non mais, qu'est-ce qui lui avait prit ?!