Chapitre 14 : Brume

Draco: «Urgence au bureau, je te rappelle ou sinon demain matin. Je t'aime aussi».

Harry : «Je viens de voir ton message, j'aurais aimé t'avoir ici avec moi, mais il est tard, on s'appelle demain matin. Bonne nuit!»

Harry : «Passe à la maison, on pourrait prendre le petit-déjeuner, j'ai envie de te voir»

Harry : «?»

-1 Appel manqué de Harry samedi à 11h15 am-

Harry: «Ça va? Si tu ne veux pas me voir c'est ok, mais dit moi que tout va bien»

-2 Appels manqués de Harry samedi à 14h23-


Une odeur âcre de moisissure emplit brusquement ses narines alors que Draco revenait à lui et, déjà nauséeux, il dut retenir un haut-le-cœur en se forçant à inspirer lentement pour calmer les étourdissements qui montaient en lui par vagues. Il esquissa un mouvement, mais s'immobilisa aussitôt, sur le point de vomir. Son sang battait sourdement contre ses tempes, martelant son crâne comme une horde d'éruptifs en colère. Il ignorait combien de temps il était demeuré inconscient, mais son corps était fourbu d'être resté trop longuement étendu directement sur ce sol de pierre dont il pouvait sentir la surface râpeuse contre sa joue et sa main gauche.

Qu'est-ce qui se passe? pensa-t-il.

Un frisson le traversa de part en part. L'humidité et le froid avaient imprégné ses vêtements et le glaçaient jusqu'aux os. Il ouvrit les yeux, mais il faisait si sombre dans la pièce que cela ne changeait rien de les ouvrir ou pas. Son esprit brumeux se demandait où il pouvait bien se trouver, s'il n'avait su mieux, il aurait dit qu'il était dans les donjons du manoir Malfoy, mais c'était, bien entendu, impossible. Qu'aurait-il bien pu faire là? Comment s'était-il retrouvé dans cette situation? Il tenta de fouiller dans sa mémoire, mais ses souvenirs fuyaient, hors de sa portée et plus il essayait de les attraper, plus ils lui échappaient.

Il crut entendre un murmure et redressa la tête, scruta l'obscurité qui l'entourait. Il retint un nouveau haut-le-cœur, tout autour de lui tanguait dangereusement. Il avait dû recevoir un coup sur la tête, car celle-ci était douloureuse.

-Allô? Il y a quelqu'un? tenta-t-il d'une voix incertaine, se sentant ridicule d'espérer que quelqu'un lui réponde en ce lieu.

Évidemment, seul le silence lui répondit. Il poussa un soupir. Pourquoi? ne put-il s'empêcher de penser, pourquoi moi? Pourquoi?

Ses pensées se dirigèrent d'elles-mêmes vers Harry. Lui saurait quoi faire, se dit-il. Le gryffondor avait passé son adolescence à affronter ce genre de péril, il avait échappé aux mangemorts, à Voldemort et il était Auror, qui plus est. Draco, bien au contraire, avait passé toute sa vie à fuir ce genre de situation et il n'avait aucune idée de comment se sortir d'une telle impasse. Il n'était pas un héros, loin de là et plusieurs fois il s'était dit qu'il n'aurait jamais pu passer au travers de ce que son amant avait vécu. Le seul risque auquel il s'était exposé était le jour où il avait choisi de tourner le dos à son destin et de devenir espion pour l'Ordre du Phénix. Mais, quand bien même, il s'agissait d'un risque contrôlé, puisque l'autre voie qui s'offrait à lui aurait fait de lui un esclave au service d'un Maître fou et cruel qui le méprisait, ce qui était loin d'être préférable.

Il ne parvenait pas à croire qu'il se trouvait dans ce genre de situation. Il tenta de se ressaisir, il n'avait pas le choix d'affronter la réalité et il devait sortir d'ici. Il glissa une main vers la poche de son pantalon où il rangeait normalement sa baguette, mais cette dernière n'était bien entendu plus sur lui. Les seuls sorts qu'il pouvait pratiquer sans baguette étaient des sortilèges de base qui n'auraient aucun emploi ici. Quoi que…

-Lumos, murmura-t-il dans la pénombre, tentant de concentrer sa magie du mieux qu'il le pouvait dans son état.

Une faible lumière clignota autour de lui avant de s'éteindre presque aussitôt. Il jura.

-Lumos, répéta-t-il et cette fois, la pièce s'éclaira juste assez longtemps pour qu'il distingue les murs de pierre de sa prison et la large porte de métal fermée qui devait être protégée de sorts.

Ce dernier sort le puisa de l'infime énergie qu'il lui restait encore. Il ferma les yeux, le cœur au bord des lèvres. Constater qu'il était bel et bien dans une sorte de donjon, Merlin seul savait où ne l'aidait pas à garder son calme, bien au contraire. Jamais il ne pourrait sortir d'ici sans sa baguette, ça, c'était une évidence. Selon ce qu'il avait pu voir du cachot où il se trouvait, il était très certainement dans un château ou un bâtiment du genre et ce dernier était ancien. Malheureusement, de nombreux bâtiments anglais pouvaient correspondre à cette description et ça, c'était s'il se trouvait encore en Angleterre. Comment savoir?

Il ne comprenait pas pourquoi on l'avait enfermé ainsi, mais il se doutait que cela devait avoir un lien avec la liste qu'il avait reçue ou du moins, avec les néo-mangemorts. Mais qui dans ce groupe avait accès à de telles installations? Les noms qu'il avait vus sur la liste appartenaient tous à des sorciers provenant de famille qui avaient été déchues après la guerre et dont le ministère avait saisi la fortune. Aucun de ceux-là ne possédait un tel château et, quand bien même, ce dernier aurait été confisqué. Et cela n'expliquait toujours pas pourquoi on l'avait enlevé de la sorte. Qu'attendait-on de lui?

Ses pensées se tournèrent encore une fois vers Harry et il ne put s'empêcher d'espérer, pendant une seconde, que le Sauveur du monde sorcier viendrait le sauver. Il laissa cette pensée réconfortante et particulièrement stupide lui réchauffer le cœur un moment avant de la chasser fermement. Rien ne servait de rêver. Harry n'avait aucune idée du lieu où il se trouvait, peut-être même n'avait-il aucun idée qu'il avait disparu, d'ailleurs il ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait ici plongé dans cette obscurité, c'était impossible de savoir quelle heure du jour ou de la nuit il pouvait bien être.

Il pensa alors à Scorpius, son fils, celui pour lequel il donnerait sa vie sans hésiter, si ces néo-mangemorts s'en prenaient aussi à lui? Et Daphnée? Et Pansy? Il devait sortir d'ici coûte que coûte, avec ou sans aide, il devait y parvenir. Comment avait-il pu se mettre dans un tel pétrin? Mais, au fond de lui, il savait la réponse, il savait qui était la cause de tout ce foutoir, celui qui semblait attirer les problèmes comme s'il était un aimant à ennuis : Harry Potter. Néanmoins, comme toujours, ce n'était pas réellement de sa faute et il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, mais tout de même, c'était incroyable de constater combien le Survivant avait le don d'attirer les pires ennuis, et cela, Draco l'avait presque oublié en vingt-trois ans.

Soudain, il entendit des bruits de pas qui se rapprochaient de l'autre côté de la porte. Il tenta de se redresser, mais cette fois, la pièce chavira pour de bon et il perdit connaissance.


Draco soupira d'impatience, puis tenta de se concentrer à nouveau. Il pensa aux jardins du manoir où il jouait enfant, à son premier balai, à la première fois où il avait pénétré dans l'enceinte de Poudlard, à son premier match de Quidditch…

-Expecto Patronum! prononça-t-il de nouveau en tentant de ressentir le plus fort possible les émotions positives que ces souvenirs provoquaient en lui.

Un mince fil blanc s'échappa de sa baguette, mais sans plus. Il avait encore échoué. Une main se posa doucement sur son avant-bras et il détourna le regard, troublé par ce contact. Harry lui fit un mince sourire, un air compatissant sur le visage, cela ne fit que renfrogner Draco davantage. Il n'avait pas besoin de la pitié du brun. Il se dégagea de son toucher, reculant d'un pas.

-Moi aussi, ça m'a pris beaucoup de temps avant d'être capable de produire un patronus corporel, ne t'en fais pas. C'est un sort très avancé, certains sorciers n'y parviendront jamais… Peut-être que les souvenirs que tu as choisi ne sont pas encore assez forts, il faut vraiment un souvenir puissant, expliqua Harry.

Il détestait cette façon qu'avait Harry d'être compréhensif et gentil avec lui depuis qu'il avait joins les rangs de l'Ordre du Phénix, quelques moins plus tôt. Il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était faux. Granger et la belette n'avaient pas changé leur attitude à son endroit, ils évitaient simplement de l'insulter comme avant et il en faisait de même, ni plus ni moins. Mais Harry était différent. Il était froid et distant en public, après tout, ils devaient maintenir sa couverture puisqu'au moindre doute sur ses réelles allégeances, le Seigneur des ténèbres le tuerait lui et toute sa famille, ou pire encore. Cependant, lorsque le balafré était seul avec lui, il faisait preuve d'une sorte de… compassion. Et cela avait le don de porter sur les nerfs du serpentard qui y voyait là une sorte de pitié dont il n'avait que faire. Était-ce parce qu'il savait ce qu'il adviendrait de ses parents et de lui-même s'il refusait de prendre la marque? Était-ce parce que son père était emprisonné à Azkaban? Était-ce parce que les autres étudiants le regardaient avec mépris depuis qu'on savait que Lucius Malfoy était un mangemort? Qu'importe, Draco Malfoy n'avait besoin de la pitié de personne et certainement pas de Saint-Potter. Oh non!

-Ça fait des semaines que je m'entraîne avec toi et pas une seule fois je n'ai été en mesure d'arriver à quoi que ce soit! cracha le serpentard, excédé. Ça ne sert à rien!

Et c'était vrai, pas une seule fois, il n'était même passé proche de réussir ce foutu sort, malgré tous les conseils qu'avait pu lui donner Potter. Peut-être était-il tout simplement incapable de produire un Patronus. Peut-être que sa vie était trop pourrie et dépourvue de joie pour être en mesure de réussir. Mais alors, comment le gryffondor pouvait-il y parvenir? Lui qui avait perdu ses parents, lui qui avait le sort du monde sur ses épaules et à qui les pires choses arrivaient sans cesse?

-Il fallait que tu t'entraînes, si Voldemort…

Draco grimaça lorsqu'il entendit prononcer le nom honni.

-…ou l'un de ses mangemorts a, ne serait-ce que le soupçon que tu puisses être un espion, tu dois être en mesure de te défendre ou d'appeler à l'aide, continua Harry.

-Je pense que Dumbledore est bien optimiste de penser que ces quelques leçons me rendront capable d'affronter le Seigneur des ténèbres ou une horde de mangemorts. On sait bien que je n'aurais même pas le temps de dire «lumos» que je serais déjà mort, ou pire, commenta le blond avec nonchalance, comme si ces pensées ne le tenaient pas éveillé la nuit, comme si tout cela lui était égal.

-Es-tu toujours aussi défaitiste?

-Je crois que tu confonds réalisme et défaitisme, Potter, mais à ta place j'en ferais de même… commença-t-il en détournant le regard devant l'intensité de celui du jeune homme en face de lui, bizarrement conscient de la dureté de ses paroles.

Le brun fronça les sourcils et Draco se sentit presque soulagé de voir se dessiner sur le visage de son rival, ce qu'il était habitué d'y voir depuis six ans lorsqu'il était en sa présence : de la colère.

-Et qu'est-ce que c'est censé signifier? demanda le Survivant en croisant ses bras, les lèvres pincées.

Draco haussa les épaules, un air de défi sur le visage.

Un silence s'étira entre eux alors qu'ils se jaugeaient tous deux du regard. Draco se prit à apprécier cette tension, parce qu'il savait comment agir dans ce contexte, parce que c'était beaucoup plus confortable de provoquer Potter que de lui faire la conversation. Une partie de lui espérait ardemment que le brun explose, qu'il lui cri de partir et de ne jamais lui reparler, ainsi il serait enfin débarrassé de lui. Mais ses espoirs ne furent pas comblés, puisque le brun inspira et que son visage se détendit. Visiblement, ce ne serait pas aujourd'hui qu'il perdrait son sang-froid. Meilleure chance la prochaine fois, pensa le blond.

-Reprenons qu'on en finisse, je n'ai pas envie qu'en plus on m'accuse de ne pas fournir d'efforts suffisants, dit Draco d'un ton hautain, déçu du peu de réactions de son vis-à-vis, il désirait reprendre le contrôle de la situation, au moins il aurait cette victoire, aussi petite soit-elle.

-Ce n'est pas moi qui rapporterais ça, pouffa Harry comme si cette idée était absurde.

-Permets-moi d'en douter, contra le blond du tac au tac.

-Je crois que cette fois c'est toi qui confonds mes intentions et les tiennes, répliqua Harry.

-Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire, au juste, Potter?

-Que ce sont les serpents et non les lions qui sont connus pour être de véritables rapporteurs, Malfoy, répondit-il, un sourire provocant aux lèvres.

Il ne semblait pas être le seul qui s'ennuyait de leurs affrontements, après tout, se dit le serpentard.

-Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, dit Draco de sa voix traînante, comme s'il mourait d'ennui.

Une lueur traversa les yeux verts et Draco se surprit à attendre avidement la réponse de Potter.

-Ce n'est pas moi qui faisais partie de la brigade inquisitoriale l'an dernier, se contenta de répondre Harry en haussant les épaules nonchalamment.

Un silence se fit, puis à la grande surprise d'Harry, les lèvres de Draco s'étirèrent dans ce qui aurait pu être, avec un peu de volonté, un sourire.

-Touché, dit le blond en se détournant du gryffondor avant de reprendre sa position de combat.


Lorsqu'il reprit connaissance de nouveau, Draco était toujours dans le même cachot, mais deux chandeliers accrochés aux murs avaient été magiquement allumés et il constata qu'on lui avait apporté un plateau sur lequel étaient posés un bol de soupe, un petit pain et un verre d'eau. Quelle gentillesse, pensa-t-il avec ironie. Il ne savait toujours pas qui étaient ses geôliers, même s'il s'en doutait fortement. Il ne put qu'espérer que Pansy n'ait pas été capturée elle aussi, car il était à peu près certain qu'ils seraient beaucoup moins cléments avec une traîtresse qu'ils ne l'étaient avec lui. Du moins, s'ils retenaient plus des véritables mangemorts que le simple emprunt de leur nom, ce serait le cas.

Il se souvenait encore des cris terribles qui s'échappaient des cachots du manoir Malfoy lorsque le Seigneur des ténèbres en avait fait son quartier général, comme un avertissement clair à ses fidèles du sort qui les attendrait s'ils venaient à le trahir ou même, dans une moindre mesure, à le décevoir. Ces cris avaient hanté ses nuits pendant de nombreuses années après la fin de la guerre, mais il s'était toujours dit que sa douleur n'était rien en comparaison avec celle des personnes à qui appartenaient ces voix ou avec celle de leurs proches qui ne les avaient jamais revus.

En devenant espion pour l'Ordre, lors de sa sixième année, Draco n'avait jamais pu s'empêcher de croire qu'un jour ou l'autre, ce serait son tour. S'il n'avait pas été aussi doué que son père en occlumencie, il était certain que jamais il n'aurait survécu à cette guerre. Il se souvenait du frisson de dégoût et de peur à l'état pur qui le traversait à chaque fois que le mage noir posait son regard sur lui. Et cette manière douce et terrifiante qu'il avait de susurrer son prénom lorsqu'il l'appelait à ses côtés qui lui soulevaient le cœur.

Il faisait tout pour éviter de penser à cette époque et remerciait Merlin que son fils n'ait pas eu à vivre l'enfer que lui-même avait traversé. Il préférait ne pas imaginer la réaction du Seigneur des ténèbres face à son fils, il l'aurait sans doute éliminé sans l'ombre d'une hésitation en constatant son handicap, croyant que de telles tares ne devaient pas souiller le sang pur des sorciers. Son cœur se serra à la pensée de son fils qu'il ne reverrait peut-être jamais, car il n'était pas dupe, personne ne savait où le trouver et les intentions des néo-mangemorts à son endroit ne pouvaient être bienveillantes. D'autant plus qu'après l'avoir ainsi kidnappé, ils étaient bien conscients que ce dernier n'allait pas tout simplement leur pardonner et oublier, il les dénoncerait et rapporterait aux Aurors tout ce qu'il savait à leur sujet et il en savait beaucoup trop déjà.


Draco traversa le couloir presque en courant, sans porter attention à où il se dirigeait, il ne remarqua pas les deux élèves de première année qui lui lancèrent des regards courroucés lorsqu'il leur coupa le chemin ni Peeves qui écrivait des mots grossiers sur les murs du couloir avec de la peinture rose. Il se rendit sans réfléchir jusqu'à la salle de bain des filles située au deuxième étage et y pénétra, sachant que personne n'y allait puisqu'elle était hantée par Mimi Geignarde.

-Putain de merde, cracha-t-il, en appuyant ses mains sur la céramique froide des lavabos.

Les larmes qu'il retenait depuis qu'il avait quitté le bureau du Directeur inondèrent son visage alors qu'il sentait le masque qu'il maintenait toujours en place se fendre douloureusement. Ses sanglots, qu'il ne pouvait plus contrôler, désormais, emplirent la pièce. Il avait envie de hurler, mais seules de maigres lamentations s'échappèrent de sa gorge. Il serra ses mains plus fortement autour du rebord du lavabo, tremblant de rage et de douleur.

Son cœur manqua un battement lorsqu'il entendit un bruit ressemblant étrangement à un hoquet derrière lui et leva les yeux vers le miroir lui faisant face. Harry Potter se trouvait à l'entrée de la salle de bain, figé sur place, son regard rivé sur lui.

-Draco…

-SORS!

-Je… Draco…

-SORS D'ICI! LAISSE-MOI! hurla le serpentard, hors de lui, humilié.

Harry recula d'un pas, manquant de trébucher, stupéfié par ce qu'il voyait, comme s'il se serait attendu à tout sauf à ça. Draco passa rageusement une main sur son visage, tentant d'effacer, avec très peu de succès, toute trace de ses pleurs.

-TU ES SOURD OU QUOI? cracha-t-il en voyant que le gryffondor ne partait toujours pas.

Cela sembla fonctionner, puisque Harry sembla revenir à lui, mais, plutôt que de quitter, il fit un pas vers Draco, puis un autre et, finalement, il arriva à sa hauteur. Le blond serra les dents, le corps tremblant.

-Je t'ai dit de me laisser, répéta-t-il d'une voix étrangement calme et terriblement fragile.

-Je sais, murmura Harry si bas que Draco eut peine à l'entendre.

Très doucement, le Survivant tendait sa main vers lui et Draco ferma les yeux, retenant ses larmes avec une volonté frôlant le désespoir. Lorsque la main de Potter entra en contact avec son avant-bras, il sursauta, sa main était chaude, douce, apaisante et il se mordit violemment la lèvre inférieure pour distraire son esprit, le goût du sang se répandit dans sa bouche, alors qu'il réalisait avec horreur qu'il ne voulait plus jamais que l'autre jeune homme retire sa main.

Peut-être qu'Harry Potter était un grand légilimens ou peut-être n'était-ce que le fruit du hasard ou d'une maîtrise étonnante du savoir de ce qui était la mesure parfaite du réconfort à apporter à un autre être humain, mais Harry ne retira pas sa main.


Le goût de ses lèvres qui se posaient sur les siennes pour la première fois, ses mains sur son corps, ce sentiment terrifiant que tout cela n'était qu'un rêve et le bonheur de réaliser que c'était bel et bien réel, jour après jour. La peur d'être surpris, le plaisir de surprendre son regard en classe, la douceur de sa voix.

-Expecto Patronum!

-Encore, essaie encore! Concentre-toi! l'encouragea-t-il.

Ses baisers, ses caresses, cette volonté d'aller plus loin, mais cette crainte de l'inconnu qui les retenait, chacun. La haine devenue désir. Son souffle sur sa peau… Et cette réalisation, soudain, à la fois terrible et incroyable : il était amoureux.

-Expecto Patronum!

Un rossignol argenté s'envola de sa baguette et s'éleva au-dessus d'eux en chantant à gorge déployée sous le regard fasciné de Draco. Un sourire franc étirait les lèvres de Harry alors que l'oiseau se posait sur son épaule un moment avant de s'envoler de nouveau.

-J'ai réussi! Par Merlin! rit Draco en se tournant vers le gryffondor et en posant un baiser sur ses lèvres.

Harry l'entoura de ses bras.

-Je n'en ai pas douté une seconde.

-Je n'arrive pas à le croire, dit Draco en prenant conscience de ce qui lui avait permis de produire son patronus, il sentit soudain son cœur battre plus vite et se fustigea mentalement, il réagissait comme une collégienne, il était ridicule.

Les lèvres de Harry se posèrent encore une fois sur les siennes et cela coupa brutalement court à ses pensées, il sentit son cœur gonfler et poussa un soupir de plaisir alors que le gryffondor resserrait son étreinte autour de lui, rendant ce baiser de moins en moins innocent.

-Dray, murmura Harry entre deux baisers.

-hm, répondit l'autre en continuant à faire courir ses mains sur le corps invitant de son vis-à-vis.

-Dray, insista le gryffondor et l'interpellé plongea son regard acier dans le sien, je… je crois que je suis amoureux de toi.

Draco sentit une pierre tomber dans le fond de son estomac et cela dut transparaître sur son visage, puisque Harry se tendit contre lui, cherchant dans son regard à comprendre ce à quoi il pensait.

-Tu crois? répéta Draco.

-Je… c'est… Non… non! C'est plutôt… je sais. Je sais que je suis amoureux de toi. Mais si toi… je…

Le serpentard ne lui laissa pas le temps de s'humilier davantage, il reprit ses lèvres dans un baiser exigeant.


C'était l'odeur appétissante des pâtisseries de la boulangerie du coin qui avait donné l'idée à Pansy de se rendre au domicile de Draco, un sac de viennoiseries dans une main et deux grands cafés dans l'autre. C'était dimanche et elle s'était dit que, fort probablement, Draco devait être chez lui à cette heure et que rien ne valait mieux, pour établir les bases de leur nouvelle amitié que de lui apporter le petit-déjeuner qu'ils pourraient déguster ensemble en papotant.

L'avocat lui avait donné son adresse, déjà, mais c'était la première fois qu'elle se rendait chez lui. Elle avait été surprise, elle se souvenait, lorsqu'elle avait compris qu'il vivait au cœur du Londres moldu, mais elle le fut encore plus en constatant qu'aucun sort de dissimulation ou repousse moldus ne protégeait sa demeure. Draco avait réellement changé, se dit-elle, celui qui était jadis son meilleur ami n'aurait jamais accepté de vivre parmi les moldus et de les côtoyer tous les jours. Elle ne connaissait pas Scorpius et l'avait seulement vu en photo, sur le bureau de Draco, mais elle se demanda comment il était. Suivant les quelques fois où l'avocat avait abordé le sujet de son fils, elle avait compris qu'il n'avait rien à voir avec les autres générations de Malfoy et elle avait cru discerner une note de fierté à cet effet dans la voix de son ami.

Elle avait bien envie de le rencontrer, tant par curiosité, que suivant un réel intérêt à prendre part à la vie de celui qu'elle avait considéré comme un frère, à une certaine époque. Elle qui croyait, il n'y avait pas si longtemps que la vie n'avait plus rien à lui apporter voyait soudain un espoir que les choses finissent par s'arranger ou du moins, que sa vie ne soit plus simplement une suite d'amères déceptions.

Elle sonna à la porte et patienta, doutant soudainement de son idée. Peut-être aurait-elle dû appeler avant? Serait-il content de la voir se présenter ainsi chez lui? Personne ne venait lui répondre. Elle sonna de nouveau, mais dut en venir à la conclusion que la maison était déserte. Elle tenta de lui téléphoner, ce serait stupide de partir comme ça, sans même essayer de l'appeler, peut-être que la sonnette ne fonctionnait pas. L'oreille collée contre l'appareil, elle écouta sonner et sonner et tomba dans sa boîte vocale. Elle haussa les épaules, décidément il n'était pas disponible. Puis, une idée s'immisça dans son esprit et un léger sourire fleurit sur ses lèvres. Il avait finalement dû se réconcilier avec Potter! Et il avait fort probablement beaucoup mieux à faire présentement que de répondre à son téléphone portable.

-Y'en a qui ont de la chance, rit-elle en faisant volte-face.

Harry noua furieusement sa cravate en évitant du regard son reflet dans le miroir. Ses traits étaient tirés et les cernes qui avaient élu domicile sous ses yeux donnaient l'impression qu'il n'avait pas dormi depuis une semaine. Il avait renoncé à tenter de mettre de l'ordre dans ses cheveux, mais avait tout de même fait l'effort de mettre des vêtements qui lui donnait une apparence soignée. C'était aujourd'hui que la sélection des jurés avait lieu dans son dossier et il n'avait pas pu parler à Draco depuis leur dispute de la semaine précédente.

Pour être exact, le dernier contact qu'il avait eu avec lui remontait aux messages qu'il lui avait envoyés la veille encore et auquel l'avocat n'avait pas daigné répondre. Il avait tenté de l'appeler, mais cela n'avait pas réussi non plus. Il ne comprenait pas comment le blond pouvait lui écrire un message en lui disant qu'il l'aimait et qu'il désirait lui parler pour ensuite l'ignorer complètement. Mais, en même temps, cela ressemblait tellement à Draco qu'il se trouvait idiot de ne pas s'être attendu à ce genre de réaction de sa part. Sans doute avait-il regretté de lui avoir envoyé ce message juste après avoir appuyé sur la touche Envoyer. Et, comme toujours, il avait jugé que le meilleur moyen d'échapper aux conséquences de ses gestes était de fuir.

Personne ne change, pensa-t-il amèrement en recommençant une nouvelle fois le nœud de cravate qui s'acharnait contre lui.

Draco devait venir le chercher pour qu'ils se rendent ensemble au tribunal, puisqu'il lui était interdit de quitter sa résidence seul. Il anticipait l'instant où ce dernier franchirait la porte, se tenait prêt à lui dire ce qu'il pensait de sa conduite et à lui crier combien il était le dernier des crétins. Il lui en voulait de le mettre dans un tel état. Le blond aurait pu appeler, non, il aurait dû appeler et non le laisser en plan ainsi. Mais c'était toujours pareil avec Draco, dès que ça devenait trop difficile, il préférait se retirer et ça, c'était incompréhensible pour l'ancien Auror.

Il entendit cogner à la porte et fronça les sourcils. Depuis quand prenait-il la peine de cogner? Était-ce sa façon de lui faire comprendre que, dorénavant, leur relation était de nature strictement professionnelle? S'il pensait s'en tirer en faisant preuve de cette froideur et de cette distance dont il était capable, il se trompait. Cette fois-ci, Harry en avait assez et il allait le lui faire savoir.

Harry descendit les marches avec une lenteur calculée, il voulait le faire attendre, lui faire voir ce que ça faisait de poireauter stupidement dans l'attente de quelqu'un qu'on sait pertinemment être de l'autre côté de la porte ou encore, à l'autre bout du fil.

Il tourna lentement la poignée, le cœur battant la chamade malgré lui, mais se forçant à avoir l'air particulièrement en colère, ce qui n'était pas si difficile au vu des circonstances. Harry resta un moment figé en réalisant que ce n'était pas Draco qui se tenait de l'autre côté de la porte. Devant lui se tenait Daphnée Greengrass, la mine sévère, ce qui était accentué par le chignon serré qui retenait ses cheveux d'un blond cendré. Elle portait un imperméable bleu électrique très stylé et des bottes à talons aiguilles d'une hauteur impressionnante. C'était la première fois qu'il la voyait depuis qu'ils avaient quitté Poudlard et il trouva qu'elle n'avait absolument pas changé, si ce n'était que les quelques rides de plus qui ornaient son visage. Que faisait-elle ici?

-Monsieur Potter, je suis l'associée de Me Malfoy et je suis venue vous prévenir que la sélection des membres du Jury pour votre procès a été reportée à une date qu'il restera à déterminer, puisque des circonstances exceptionnelles font en sorte que mon confrère n'est pas disponible ce matin, expliqua-t-elle d'un ton chirurgical.

Les mots mirent un moment à se frayer un chemin jusqu'aux pensées d'Harry qui tentait de comprendre ce que tout ceci voulait dire. Quelles circonstances exceptionnelles? Comment cela Draco n'était pas disponible? Que racontait-elle?

-Où est Draco?

-Me Malfoy n'est pas disponible, malheureusement, répondit-elle et il devina, derrière le masque de froideur qu'elle se forçait à revêtir, toute la profondeur de son inquiétude.

-Où est-il? répéta Harry et elle dut sentir la panique dans sa voix, car son masque se fissura.

-Je… il semble avoir disparu. Je n'en sais pas plus, avoua-t-elle à mi-voix, comme si prononcer ces simples paroles l'anéantissait.

-Disparu? répéta-t-il un peu trop fort, sans comprendre.

Il avait l'impression d'assister à un canular. Comment Draco pouvait-il avoir disparu? Ça ne faisait aucun sens. Personne ne disparaissait, pas juste comme ça, sans raison. Lui qui était si en colère, prêt à lui crier dessus lorsqu'il franchirait le pas de sa porte, il regretta aussitôt tout ce qu'il avait pu penser de son amant. Tous ces messages qui n'avaient jamais été répondus, ses appels… Tout s'expliquait.

-Je dois partir, notre cabinet vous tiendra informé de la suite des choses, nous sommes sincèrement désolés des inconvénients, coupa-t-elle en se tournant pour descendre les quelques marches menant à la rue, comme si elle était pressée de se trouver ailleurs.

-Me Greengrass! Attendez! Daphnée! cria-t-il, mais elle avait déjà transplané. Merde!


Peut-être est-ce une forme de torture particulièrement sophistiquée, pensa Draco en soupirant, alors que son esprit semblait déterminé à lui remémorer tout ce qu'il avait enfoui pendant toutes ses années au plus profond de ses souvenirs. Ça fait mal, n'est-ce pas? De voir tout ce que nous avons été, tout ce à quoi tu as renoncé, tout ce que nous aurions pu être, murmura la voix de Harry.

Il sourit faiblement.

-Qu'importe, ce qui est fait est fait et rien ne pourra changer cela, je ne suis pas comme toi, je ne passe pas mon temps à ressasser le passé en léchant mes plaies. J'avance moi, répondit-il à la pièce vide.

Un rire cruel emplit sa tête. Tu n'es pas comme moi? Mais de qui parles-tu, Dray? Tu sais pourtant que tout ceci n'est que dans ta tête, que je suis une pure création de ton esprit… C'est toi qui choisis de revoir ces souvenirs et de les rejouer inlassablement dans ta tête et personne d'autre. Je ne suis pas Harry, je ne suis pas ton père, je ne suis personne d'autre que toi… pitoyable.

-La ferme.

Encore une fois, je vois que tu préfères fuir la réalité. Vas-y, noie-toi dans tes souvenirs, je ne serai pas là pour t'en empêcher, loin de là et voyons comment la douleur de tes souvenirs heureux se compare avec celle de ceux que tu aurais préféré oublier, se moqua la voix.

Les examens étaient finis depuis la veille et tous les élèves étaient assemblés dans la cour intérieure du château, prêts à se diriger vers le Poudlard Express. Draco se dit qu'il devrait ressentir quelque chose à l'idée de quitter cette école où il avait passé huit ans de sa vie, mais lorsqu'il avait fini de ranger ses choses dans sa malle, aucune émotion particulière ne l'avait traversé. Ni lorsqu'il avait traversé la salle commune de Serpentard, ni quand il avait pris son dernier petit-déjeuner dans la Grande salle qu'il ne reverrait sans doute jamais ni en jetant un dernier regard vers le stade de Quidditch.

Le vide. Voilà tout ce qu'il ressentait. Un incommensurable vide.

Était-ce parce que ce lieu était rempli de trop de mauvais souvenirs? Peut-être. Mais il lui semblait que ce château était aussi le témoin d'autant de bons souvenirs que de mauvais. Peut-être n'était-il tout simplement pas du genre à s'épancher sur ses sentiments, peut-être que demain, la mélancolie s'emparerait de lui, mais il en doutait. Cette huitième année avait été tout ce qu'il avait espéré, il avait fini deuxième de sa cohorte, juste derrière Hermione Granger, mais ça, il fallait s'y attendre, il y avait longtemps qu'il avait renoncé à obtenir de meilleurs résultats qu'elle. Curieux, tout de même, que les deux meilleurs élèves de Poudlard n'appartiennent pas à Serdaigle, eux qui se croyaient plus brillants que tout le monde. Par ailleurs, Harry et lui avaient pu passer cette année ensemble, sans guerre, sans Voldemort, sans qu'une force occulte ou qu'une créature monstrueuse ne veulent attenter à leur vie, et pourtant… Pourtant Draco ne pouvait s'empêcher de quitter avec cette impression que quelque chose restait à accomplir sans savoir quoi.

Était-ce le vide causé par ces absences qui ne seraient jamais comblées dans leurs vies suite à la guerre? Ces lits dans les dortoirs des différentes maisons qui étaient demeurées obstinément vides cette année, ces bureaux désertés à jamais par ceux qui avaient fait les mauvais choix ou par ceux qui avaient payé de leur vie le choix des autres. On n'en parlait très peu, les plaies étaient trop fraîches, les traumatismes à fleur de peau. Il y avait eu les cérémonies, bien sûr, les chandelles, les discours, les promesses de ne jamais oublier, puis plus rien. On désirait passer à autre chose. Tourner la page. Avancer. Mais comment continuer à marcher lorsque vos jambes ne vous obéissent plus, lorsque tout vous retient sur place, lorsqu'on vous fait comprendre, quotidiennement, que le futur ne vous appartient pas et que vous n'y avez pas votre place?

Draco traversa un groupe de première année survolté et se dirigea directement vers Daphnée qui tenait d'un seul bras le chat angora de sa sœur. Astoria, elle, n'était nulle part en vue. L'animal se débattait légèrement, insulté de se faire tenir avec aussi peu de considération. La jeune femme adressa un bref signe de tête au blond, elle semblait de méchante humeur.

-On a réussi à graduer de Poudlard en un seul morceau, tu ne devrais pas faire cette tête, commenta Draco en jetant un œil autour de lui, il n'avait pas vu Harry ni Pansy.

-Tu parles… juste l'idée de retourner chez mes parents pour l'été, j'ai envie de fuir dans la forêt interdite et d'y vivre dans une cabane de branchage jusqu'en septembre, répliqua-t-elle.

-Idée intéressante, mais je crois bien que je vais passer mon tour, Poudlard m'a définitivement enlevé l'envie d'aller dans quelque forêt que ce soit, et ça, depuis ma première année.

Elle lui jeta un regard curieux.

-Une retenue avec Hagrid… aussi dangereuse que ses cours, j'aurais pu y laisser ma peau.

Il fronça les sourcils en voyant qu'elle se retenait difficilement de pouffer de rire. Il ne voyait absolument pas ce qu'il y avait de drôle dans cela! Il s'apprêta à répondre quelque chose de particulièrement bien senti lorsque son regard fut attiré par une chevelure noire en bataille qu'il connaissait par cœur pour y avoir enfoui ses mains un nombre incalculable de fois. Son cœur manqua un battement, comme à chaque fois.

Harry se tenait de l'autre côté de la cour accompagné de Ron, Hermione, Neville et Luna. Ils semblaient en grande conversation et ils riaient de bon coeur. Ron posa sa main sur l'épaule d'Harry pendant un instant, puis Luna serra Harry dans ses bras, immédiatement suivi de Neville qui les salua en se dirigeant vers d'autres de leurs amis. Ils semblaient tous si proches, si unis et Draco ne put s'empêcher de penser qu'ils ne seraient jamais comme ça avec lui. Il savait bien qu'il suffisait qu'il fasse un pas dans leur direction pour que Ron lui lance une remarque peu amène et pour qu'Hermione perde son sourire. Peu importe son rôle durant la guerre, certaines choses ne changeraient jamais.

Draco n'arrivait pas à détacher son regard des trois amis, le trio d'or comme certains les appelaient, mais pas lui. Il était facile de voir la force de ce qui les unissait. Ils avaient traversé tant d'épreuves ensemble et il était clair que jamais rien ne les séparerait. Le regard d'Harry croisa alors le sien et il s'illumina pendant un instant. Ils s'étaient réconciliés après leur dernière querelle, mais n'avaient pas eu beaucoup de temps ensemble avec les examens et la fin de leur septième année qui se précipitait. Draco sentait qu'il y avait toujours un froid entre eux, même si son amoureux lui avait assuré que non. Il aurait voulu être avec Harry plutôt que de retourner au manoir Malfoy, même s'il ne savait pas trop ce qu'il entendait par là.

Il y avait de cela quelques mois, le brun lui avait parlé du Square Grimmaurd, lui avait dit qu'ils pourraient y demeurer ensemble, mais Draco n'avait su quoi répondre à l'époque et le sujet n'avait jamais refait surface. Il se doutait qu'Harry avait dû être blessé par son silence. Il aurait voulu traverser la cour et se jeter dans ses bras, mais il n'en fit rien.

-… et je ne sais pas pour toi, mais moi je n'étais plus capable d'entendre leurs commentaires et de voir leurs regards sur nous, simplement parce qu'on est des serpentards, on n'est pas des putains de mangemorts… et dire qu'après ils disent que c'est nous qui avons des préjugés… T'en penses quoi Draco? Draco? Tu m'écoutes? dit Daphnée et il se tourna vers elle, détachant son regard de son amoureux.

-Euh… ouais…

-Et de penser que je vais sûrement les revoir à l'université en septembre, ça me lève le cœur! Je pense que je vais aller étudier à New York si c'est pour être comme ça… continua la jeune femme.

Il jeta un autre regard vers l'endroit où se tenait Harry un instant plus tôt, il vit que les trois gryffondors étaient partis. Il chercha son amoureux du regard, mais il avait disparu.


Daphnée retourna au bureau immédiatement après avoir quitté Harry Potter. Les Aurors étaient encore présents et passaient le cabinet au peigne fin. Adam les regardait faire en triturant la tasse de carton contenant son habituel café du matin, une mine inquiète peinte sur le visage. L'avocate lui avait dit qu'il pouvait rentrer chez lui, mais il avait refusé, il désirait savoir si les Aurors trouvaient quelque chose. Quoi que Daphnée puisse dire de lui, il était réellement inquiet de la disparition de son patron et elle n'avait pas eu le cœur de le forcer à quitter.

C'était Daphnée qui avait appelé les Aurors deux heures plus tôt. Elle était arrivée au bureau pour découvrir un désordre incroyable, comme si une bataille s'y était déroulée. Les dossiers étaient partout sur le sol, une chaise avait été renversée, un tableau avait été décroché du mur et la vitre s'était fracassée sans doute en tombant par terre. Elle avait immédiatement appelé Draco sur son cellulaire pour l'informer qu'ils avaient été sans doute cambriolés, puis son cœur s'était arrêté en apercevant la baguette de son associé par terre, au pied du bureau d'Adam.

-Êtes-vous allés chez lui, avez-vous trouvé quelque chose? demanda Daphnée à l'Auror qui semblait en charge de l'enquête.

C'était un homme d'un certain âge qui ne semblait pas posséder la capacité de sourire. Son visage peu amène semblait d'ailleurs refléter sa personnalité, à en juger par la manière dont il s'adressait à ses collègues.

-Laissez-nous faire notre travail, moi je ne me mêle pas de vos avocasseries, faites-en de même, répliqua-t-il, excédé par toutes les questions que lui avait adressées l'avocate depuis son arrivée sur les lieux.

Elle poussa un soupir indigné, peu habituée de se faire adresser la parole sur ce ton.

-Il s'agit de mon meilleur ami et de mon associé, il est normal que je m'inquiète! répliqua-t-elle en lançant un regard vers Adam, comme si elle cherchait son appui.

Ce dernier acquiesça silencieusement. Le vieil Auror s'apprêta à répondre, lorsqu'une Auror s'approcha d'eux, coupant court à leur conversation.

-Chef, nous venons de terminer les vérifications et nous pouvons certifier que les sorts ont été lancés vendredi dernier dans la soirée.

Le chef se tourna vers Daphnée.

-Avez-vous eu des contacts avec Monsieur Malfoy depuis vendredi soir?

-Non, il a quitté le bureau après moi, je ne saurais dire à quelle heure, mais je ne lui ai pas reparlé.

-Moi non plus, commenta Adam.

-Et la nouvelle employée dont vous m'avez parlé, Miss Knightley, c'est bien ça? Croyez-vous qu'elle aurait pu le voir? Est-elle supposée rentrer travailler ce matin? demanda l'Auror.

-Elle devait être là pour huit heures, mais elle ne s'est pas présentée… Merlin, croyez-vous qu'il lui soit arrivé quelque chose à elle aussi? intervint Adam d'une voix aigüe.

-Avez-vous un moyen de la joindre? demanda l'Auror en griffonnant dans son calepin.

-J'ai déjà essayé de l'appeler deux fois ce matin, pour l'aviser de ce qui s'était passé, mais je n'ai pas pu la rejoindre. Je lui ai laissé un message il y a peut-être quinze minutes, répondit Adam, nerveusement.

-Très bien, il n'y a rien de plus qu'on puisse faire pour le moment, si vous avez des informations, contactez-nous, dit l'homme en refermant son calepin.

Daphnée eut l'impression d'avoir été giflée.

-Quoi? s'écria-t-elle, incrédule.

-Le dossier est ouvert, nous ferons une annonce pour tenter de le retrouver, mais pour l'instant, nous ne pouvons rien faire de plus.

Elle se sentit bouillir de l'intérieur.

-Comment vous ne pouvez rien faire de plus? Draco a été enlevé, c'est clair! Il a été attaqué! Il est peut-être blessé ou mort et vous me dites que le dossier est ouvert? Vous n'allez pas enquêter davantage? Vous ne pouvez pas rester les bras croisés! s'emporta-t-elle.

Il lui lança un regard peu amène en croisant les bras sur sa poitrine.

-Nous allons contacter les journaux et la radio, mais de notre côté, nous ne pouvons pas en faire plus. Il n'y a pas de témoin, pas d'indices, que voulez-vous. Monsieur Malfoy travaille tous les jours avec des criminels, c'est un métier risqué, ce genre de chose… il est bien placé pour savoir que certaines choses nous rattrapent tôt ou tard.

-PARDON? Êtes-vous en train d'insinuer que parce que c'est un avocat criminaliste, il a couru après le fait de se faire enlever? Ou voulez-vous dire que parce qu'il porte le nom de Malfoy, il mérite ce qui lui arrive? cracha-t-elle en faisant un pas vers lui, mais elle fut immédiatement arrêtée par Adam qui posa une main sur son bras, la retenant de poser un geste qu'elle regretterait.

-Je n'insinue rien du tout ma petite dame, je ne fais que mon travail! répliqua le vieil Auror, mais dans son regard, on pouvait lire tout le mépris que le nom Malfoy suscitait chez lui.

Il s'éloigna d'elle, se dirigeant vers la cheminée.

-JE ME PLAINDRAI À VOTRE SUPÉRIEUR! ÇA NE S'ARRÊTERA PAS LÀ, CROYEZ-MOI SUR PAROLE! hurla-t-elle en se débattant dans la poigne de son adjoint.

-Mais je vous en prie, ne vous gênez surtout pas, notre nouveau supérieur, l'Auror Weasley adore les enfants de mangemorts dans votre genre!

Elle n'eut pas le temps de répondre qu'il avait disparu dans la cheminée, bientôt suivi des deux autres Aurors qui l'accompagnaient et qui dévisageaient Daphnée avec surprise et dégoût.

-PUTAIN DE BORDEL DE MERDE!


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Mais où est Draco? Qui sont ses ravisseurs? Parviendra-t-il à s'enfuir?

Que feront Harry, Pansy, Daphnée?

Ce sont toutes des questions qui trouveront réponse dans un futur proche, je vous invite donc, dans l'attente à m'envoyer vos commentaires et qui sait, peut-être que vous obtiendrez un petit sneak-peak du prochain chapitre (Quoi? Qu'est-ce qu'elle a dit?!).

Ce chapitre est publié le jour de la fête du Canada (ma chère patrie)! Yeah! Sois dit en passant, quand je fais jurer les personnages, ils jurent comme des Français, car je suis bien consciente de mon public, mais dans ma tête, ils sacrent en québécois, hahaha! Parce que «putain de bordel de merde», ce n'est JAMAIS quelque chose que je dis… Jamais.

Merci de lire, de me suivre et de commenter, vous lire me fait chaud au cœur,

-xxx-

Harley

P.S. Gens de Serdaigle, ne soyez pas offensés, je suis moi-même une fière Serdaigle et il faut bien avouer qu'on n'a habituellement pas une basse opinion de notre intellect… Hé hé!