Bonjour à tous ! Voici enfin le nouveau chapitre de Proies dont j'espère qu'il vous plaira. Nous voilà enfin au cœur des évènements de l'arc du Seireitei, avec des différences de plus en plus manifestes. Où tout cela nous conduira-t-il ? La réponse apparaîtra petit à petit au cours des prochains chapitres que j'espère publier rapidement.
Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos avis !
Chapitre 14 : Un orage sur le seireitei
Unohana parcourait sa division en s'efforçant de cacher sa frustration et sa colère. Il était rare qu'elle se sente impuissante et désarmée face à une situation. Son instinct, aiguisé par deux millénaires de combats, lui hurlait de dégainer son sabre et de se précipiter sur l'ennemi. Le problème, c'était qu'il n'y avait pas d'ennemi. Certes, les quelques ryokas en liberté étaient un inconvénient de taille, mais la plupart n'étaient pas assez dangereux pour représenter la moindre menace. Seul l'un d'eux avait un reiatsu suffisamment puissant pour pouvoir se révéler un adversaire difficile pour un vice-capitaine, voire un capitaine, mais rien ne disait qu'il avait les capacités de le faire.
Pourtant, elle sentait un ennemi rôder. Plusieurs fois durant les jours écoulés elle avait cru sentir quelqu'un la fixer du regard mais il n'y avait jamais personne à proximité, aucun reiatsu suspect. Son instinct ne la trompait jamais. C'est pourquoi elle avait ordonné à Isane de rester à proximité d'elle avec son sabre, afin qu'elle soit capable de se rendre au plus vite sur les lieux des combats qui allaient se dérouler. Elle ne prêtait qu'une attention modérée à l'avancée des ryokas, mais se tenait au courant de tous les déplacements de capitaines. C'est de l'un d'eux ou auprès de l'un deux que tout allait débuter. Elle ignorait si ce serait Kuchiki qui se déciderait pour une fois dans sa vie à faire passer quelqu'un avant son honneur, un capitaine idéaliste qui déciderait d'aider les ryokas ou une attaque impromptue de hollow, mais elle serait prête à la riposte.
En attendant, elle vérifiait l'état de ses patients, principalement des membres de la onzième division qu'il avait fallu droguer afin de pouvoir commencer à les soigner. La quatrième était sur le qui-vive, prête à accueillir blessés et prisonniers. Une nuit se passa, sans que rien ne se passe.
Ce fut le lendemain matin que le cadavre d'Hitsugaya Toshiro fut découvert épinglé par son propre zanpakuto sur une paroi du Seireitei.
Unohana se pensait prête à tout. Mais l'assassinat du capitaine Hitsugaya la prit autant par surprise que le reste des armées de la Cour. Le corps fut descendu dans les soubassements de l'hôpital sous ses yeux. C'était un spectacle difficile à contempler que de voir le cadavre ensanglanté de l'enfant déposé sur la table d'autopsie. Derrière elle, Isane avait du mal à retenir ses larmes. Unohana, elle, avait hélas l'habitude de voir les capitaines s'éteindre à toute vitesse. Elle ne comptait plus le nombre de ceux qu'elle, Ukitake et Kyûraku avait vu périr. Il était triste qu'un capitaine si prometteur périsse si jeune, voilà tout. D'ici quelques centaines d'années, il aurait peut être même pu être son égal au combat.
La capitaine força la part de son âme qui se languissait d'aller au combat à se taire. Elle servait la Soul Society désormais, et où qu'elle regarde, nulle part elle ne trouvait de shinigami ou de hollow qui ai une chance de la vaincre enfin. Tout en se forçant à se rappeler que les combats ne lui apporteraient qu'insatisfaction, comme toujours, Unohana se pencha vers le cadavre d'Hitsugaya. Elle saisit son scalpel et fit une incision dans la poitrine du jeune garçon.
Isane et Unohana passèrent des heures penchées sur le corps d'Hitsugaya, à chercher la moindre chose anormale. La vice-capitaine semblait surprise de l'obstination de sa capitaine à trouver quelque chose alors que la cause de la mort paraissait parfaitement claire. Mais l'instinct millénaire d'Unohana lui disait que ce corps cachait des secrets qu'elle n'arrivait pas à percer. Ce fut l'épuisement d'Isane qui la força finalement à abandonner.
Une équipe les relaya pour s'occuper du corps du capitaine décédé et le préparer pour l'exposition durant laquelle ses collègues lui rendraient honneur avant sa crémation. Unohana devait s'avouer épuisée par l'utilisation de reiatsu qu'elle avait du faire. Elle ne souhaitait plus qu'une chose, prendre un bon bain et dormir. Il n'était pourtant même pas midi et elle avait encore bien des choses à faire.
Avant de remonter des soubassements de la division, elle se tourna vers Isane qui avait l'air encore plus fatiguée qu'elle.
« Isane, va donc te reposer un peu. D'autres peuvent se charger des soins à administrer aux membres de la onzième division, aucune de leurs blessures ne présentent de grave risque. Je crains que tu n'ai besoin de toutes tes forces d'ici la fin de la journée.
-Très bien capitaine. Mais vous, n'irez vous pas vous reposer aussi ?
-Je ferais de même dans un petit moment. Mais je dois d'abord préparer moi rapport au capitaine-commandant. Ensuite seulement je me reposerai. »
Son ton n'admettait aucune réplique. Isane devait se reposer et elle le comprit. Quand elles arrivèrent en haut des escaliers, elle salua sa capitaine et se dirigea vers les chambres qu'utilisaient les membres de la division pour dormir un peu lorsque le travail les submergeait.
Unohana, quand à elle, rejoint son bureau. Elle prit un pinceau et commença à écrire un rapport détaillé. Cette tâche généralement rébarbative lui permettait aujourd'hui de réunir ses pensées et de les trier afin d'essayer de comprendre la situation qu'elle avait sous les yeux. D'heure en heure, ses inquiétudes s'intensifiaient.
Quelque chose clochait avec le corps d'Hitsugaya et elle ne parvenait pas à découvrir quoi. Et comment se faisait-il que ni elle, ni aucun capitaine n'ai sentit le reiatsu d'Hitsugaya s'éteindre avant que le corps soit découvert ? Comment un capitaine de la puissance d'Hitsugaya avait-t-il pu être tué sans avoir le temps de se défendre ou d'appeler à l'aide ? Unohana détestait les mystères, saufs ceux que cachaient un corps humain ou spirituel. Elle aurait préféré se battre qu'essayer de comprendre les plans d'un ennemi invisible. Excédée, elle soupira et se massa les tempes pour essayer de faire passer le mal de crâne qui s'annonçait.
Sans même le réaliser, elle s'endormit la tête entre les mains.
« Vous m'avez l'air bien fatiguée Unohana-san, la réveilla une voix familière.
La capitaine redressa la tête, agacée d'être ainsi surprise en position de faiblesse. Cela faisait décidément trop longtemps qu'elle n'avait pas été sur un champ de bataille si elle était incapable de rester éveillée après quelques heures de travail intensif seulement.
-L'autopsie du capitaine Hitsugaya s'est révélée plus fatigante que je ne l'aurais pensé, reconnut-elle en souriant à Kyôraku qui la regardait d'un air goguenard, adossé à la porte. J'ai du également m'occuper du hollow, son état continue à se détériorer.
-Vraiment ? Et qu'en avez vous tiré ?
-Je dois encore tirer mes conclusions. Je ferais mon rapport ce soir au capitaine-commandant. Mais quelque chose est... étrange. Je voudrais bien trouver quoi.
Le sourire goguenard de Kyôraku disparut, remplacé par des rides d'inquiétudes. Il prit une chaise et s'installa face à elle.
-Vous m'inquiétez mon amie. Expliquez-moi.
-Il se trame quelque chose. Seulement, j'ignore ce dont il s'agit.
-A nous deux nous nous ferrons peut être une idée plus claire de la situation. Mais permettez-moi de vous mettre au courant des derniers rebondissements. J'ai capturé un des ryokas, un jeune humain aux pouvoirs tels que je n'en avait jamais rencontré. Il a été assez puissant pour terrasser le troisième siège de ma division et une bonne partie de mes hommes. Il a également confirmé que lui et ses amis sont ici pour libérer Kuchiki Rukia.
-Serait-il l'assassin ?
-J'en doute fortement. Il n'en a pas le tempérament, et il ne se bat pas avec un sabre. Ce peut être un complice toutefois. Nous l'interrogerons une fois qu'Isane aura stabilisé son état. Mais ce n'est pas tout. La vice-capitaine Hinamori était une amie d'Hitsugaya. Elle a accusé Ichimaru de l'avoir assassiné et s'est précipité sur lui. Elle est aux arrêts, mais je me demande d'où lui viennent ces soupçons.
-Ichimaru est quelqu'un de dangereux. Mais de là à tuer un collègue...
-Je garde un œil sur lui. Dernière chose à prendre en compte, en dehors de la dernière avancée de la date de l'exécution de Kuchiki Rukia : j'ai vu un capitaine quitter discrètement les locaux de la cinquième division hier. Je n'ai pas pu voir de qui il s'agissait, mais il tenait à rester discret. Le capitaine de la cinquième est mort il y a quelques semaines. Qui aurait intérêt à aller fouiller en secret son bureau, et pour y chercher quoi ?
Les deux capitaines se turent un long moment, assimilant toutes les données du problème.
-Il y a un traître, finit par déclarer Kyôraku à contre-cœur. Quelqu'un qui travaille avec les ryokas, ou qui se sert d'eux pour ses fins. La mort des capitaines des cinquième et dixième division, l'exécution de Rukia Kuchiki, tout cela fait partie d'un plan plus vaste. Et un tel plan, quel qu'il soit ne peut qu'être monté de l'intérieur. Par ailleurs, qui en dehors de la Soul Society a les moyens de s'opposer à elle ? Les humains ? Les arrancars ? Ni les uns ni les autres ne sont assez puissants et informés pour infiltrer la Soul Society.
-J'en suis arrivé à la même conclusion. Mais qui est ce traître et que veut-il ?
-Ce serait moitié moins amusant si nous le savions, ricana Kyôraku.
Unohana fronça les sourcils et fusilla du regard son ancien élève.
-Ceci n'est pas un jeu. C'est une menace réelle qu'il nous faut abattre avant qu'il ne soit trop tard. Mon instinct me hurle que la situation est encore plus dangereuse qu'elle n'en a l'air mais je n'arrive pas à discerner le piège qu'on nous tend. J'ai l'impression d'être entourée de miroirs ne me renvoyant de faux reflets et illusions. C'est terriblement frustrant.
-Je prend la situation très au sérieux, rassurez-vous. Seulement, mon petit doigt me dit que le piège est trop bien préparé et que nous ne le verrons que lorsque nous serons pris dedans. En attendant, on ne peut que se tenir aux aguets pour ne pas être le prochain à y passer.
-Je le sais bien, soupira Unohana en se frottant à nouveau les tempes. Mais j'ai toujours haï ce moment d'attente avant qu'une bataille ne commence.
-En bonne Kenpachi vous étiez davantage du genre à foncer la première sur l'adversaire, reconnu Kyôraku en frissonnant. C'est un spectacle qui ne s'oublie pas.
Unohana sourit à ce souvenir. Les combats et la mort lui manquaient. Terroriser malades et subordonnés était amusant, mais ne palliait pas ce manque terrible dans son âme. Celle-ci était emplie du fracas de l'acier et de l'odeur du sang.
-Dans des moments d'attente comme celui-là, j'ai une envie terrible de sortir mon sabre et d'attaquer la première chose qui passe à ma portée, avoua Unohana en plaisantant à moitié.
Elle eut le plaisir coupable de voir Kyôraku blêmir à cette idée.
-Reprenez-vous mon ami, vous êtes tout pâle, lui demanda-t-elle en souriant. Je souhaite me battre, bien sûr, mais je sais que l'intérêt de la Soul Society veut que je demeure ici à attendre les blessés. Je ne sortirai de ma division que pour soigner les blessés ou en cas d'extrême nécessité. Et maintenant, si vous le permettez, je crois que je vais continuer mon rapport. Peut-être comprendrai-je enfin ce qui me chiffonne sur le corps du capitaine Hitsugaya. »
Le capitaine Kyôraku comprit qu'on lui signifiait son congé et se leva pour la saluer. Il ouvrit la porte pour se retrouver nez à nez avec une jeune shinigami au visage tout rouge d'avoir couru. Unohana fronça les sourcils et s'apprêta à lui rappeler doucement sa désapprobation face aux gens, patients, visiteurs ou docteurs, qui courraient dans les couloirs d'un hôpital. La shinigami ne lui en laissa pas le temps.
« Excusez-moi de vous déranger capitaine, mais l'état du hollow s'aggrave encore. Sans vos compétences ou celles de la vice-capitaine, je doute que nous réussissions à le maintenir en vie.
-Vous avez bien fait de vous précipiter ici, reconnu Unohana. Pardonnez-moi capitaine, je dois m'occuper de cette nouvelle urgence. Nous prendrons soin de votre adversaire et je vous ferais savoir quand il sera en état d'être questionné. »
Sans attendre de réponse, la capitaine s'engouffra dans les couloirs de la division et s'enfonça dans les tunnels menant aux prisons. Elle hésita un instant à faire chercher Isane qui gardait son sabre. Cependant, tous les pouvoirs de son shikai avaient été impuissants à enrayer la dégradation de l'état du hollow. Minazuki n'avait même pas pu soigner la plupart des dégâts causés au hollow par les séances d'interrogatoires. C'était la première fois que Minazuki était tenue en échec. Les autres sabres capable de soigner de la division s'étaient montrés tout aussi impuissants. Si elle avait pu, Unohana aurait aimé étudié le phénomène. Hélas, elle manquait de temps pour voir si Minazuki ne pouvait soigner aucun hollow ou si seulement celui-là était concerné.
La prison du hollow était emplie de shinigami s'efforçant de le maintenir en vie. Ils étaient trop nombreux pour être efficaces et manquaient de se marcher sur les pieds. Unohana toussota pour se faire remarquer et tous ses subordonnés se figèrent, attendant ses ordres.
« Je m'occupe de la suite, leur annonça-t-elle en souriant gentiment. De nombreux shinigami des huitième et onzième division ont besoin de soins, je vous laisse vous en charger. Que quelqu'un réveille Isane pour vous épauler. »
Les médecins refluèrent silencieusement vers les escaliers, laissant Unohana seule dans la cellule avec le prisonnier.
Un coup d'œil lui suffit pour comprendre que son état avait effectivement encore empiré et atteint un niveau critique. Cette fois-ci, le hollow n'avait même pas eu la force de se lever à son réveil. Un bras hors du lit, il restait allongé les yeux grands ouverts fixés sur le plafond. Ses yeux gris semblaient immense dans son visage maigre et gris. Il tourna la tête vers elle, à grand peine. C'était le premier geste qu'Unohana lui voyait faire depuis son arrivée.
Le hollow ne protesta pas quand elle renouvela les perfusions qui lui apportaient les nutriments nécessaires à sa survie. Toutefois, il leva lentement une main pour essayer d'arrêter son geste, mais il ne put que la frôler avant que son bras ne retombe. Dans l'état où il était, même un mouvement aussi simple épuisait ses maigres forces.
« N'essayez pas de résister hollow, déclara Unohana tout en concentrant son reiatsu pour l'examiner. Que vous le vouliez ou non nous vous maintiendrons en vie. Parlez, et vous aurez une mort douce. Lutter, essayer de vous laisser mourir, tout cela ne vous servira à rien. »
Il ne répondit pas. Unohana ne tenta pas de prolonger la conversation et se concentra sur l'acte de guérison.
Dans les veines du hollow, le reiatsu ne circulait presque plus. La capitaine lutta pendant de longues minutes pour rétablir cette circulation, mais c'était chose vaine. Malgré tout son art millénaire, le hollow se mourrait. Ce n'était pas seulement la faim, la soif, ses blessures ou le manque d'activité qui le tuait, c'était autre chose et Unohana n'arrivait pas à lutter contre sa dégradation rapide. Elle ne savait même pas s'il s'agissait d'une maladie, du manque de chair chargée en reiatsu comme nourriture ou de tout autre chose qui le rongeait. La médecin regrettait de ne pas en savoir plus sur ces arrancars pour sauver la vie de celui-là, même contre son gré. Mais elle ne pouvait rien faire, et le capitaine-commandant allait devoir se résigner à perdre leur seule source potentielle de renseignements sur le monde hollow.
Pour la première fois depuis des millénaire, Unohana abandonna l'idée de sauver un patient. Elle se redressa et quitta la cellule en la refermant soigneusement derrière elle. Elle ne débrancha pas les machines qui le maintenait en vie en insufflant du reiatsu dans son corps frêle. Il lui faudrait pour cela obtenir l'autorisation du capitaine-commandant, et elle doutait sérieusement qu'il la lui donne. L'agonie du hollow risquait donc de se prolonger plusieurs jours encore. Unohana n'était pas une femme particulièrement sensible à la souffrance, elle était un guerrier avant tout, mais elle éprouvait de la pitié face aux heures de souffrances inutiles qui attendaient le monstre.
Elle s'apprêtait à éteindre la lumière, le hollow agonisant n'en ayant pas vraiment besoin, quand sa voix s'éleva faiblement derrière elle.
« Unohana Retsu, déclara-t-il dans un murmure rauque, pas besoin de me laisser mourir. C'est vous qui me tuez. »
Interloquée, Unohana se retourna vers le hollow. Mais parler avait représenté un effort exorbitant pour lui et il avait sombré dans l'inconscience. La capitaine resta un long moment à contempler en silence la silhouette inconsciente et à se répéter ses paroles. Enfin, elle vérifia le sort qui fermait la cellule, éteignit la lumière et partit s'occuper de ses autres patients.
Un orage s'accumulait sur le Seireitei, se répétait-elle. Elle n'avait pas le temps de chercher à comprendre les charades d'un hollow ou de s'apitoyer sur son sort. Elle ne pouvait rien faire pour lui, à part lui souhaiter une mort rapide. Elle l'écarta de son esprit et se fixa à nouveau sur les combats à venir.
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Le départ d'Unohana laissa Starrk dans le silence et l'obscurité. Il ne voyait rien, sa cellule n'avait pas même une fenêtre. Quand il pouvait encore se lever, il s'approchait des barreaux et regardait un minuscule rayon de soleil percer depuis la fenêtre de la cellule voisine. Il ne durait pas longtemps, seulement quelques heures le matin. La fenêtre devait être juste au niveau de la rue et passait rapidement dans l'ombre. Dans sa prison précédente, il n'avait même pas droit à ça. Mais maintenant, il n'avait même plus la force de se lever pour regarder le mince rayon.
Sans lumière, sans personne pour venir le voir, sans bruit à part celui de la machine qui le maintenant de force en vie, Starrk commença à perdre le sens du temps. Cela faisait-il deux heures, deux jours ou deux mois que la capitaine l'avait laissé là, il l'ignorait. La majorité du temps, il oscillait entre conscience et inconscience. Quand il était éveillé, ses pensées allaient vers Lilinette et le ciel noir du Hueco Mundo. Les grands espaces lui manquaient, mais pas autant que le rire de Lilinette.
Les shinigami pouvaient bien s'interroger sur ce qui le tuait malgré tous leurs efforts, Starrk avait lui compris depuis longtemps. La prison, la maltraitance et la solitude avaient détérioré son esprit au point qu'il n'était guère capable de formuler des pensées plus compliquées que du temps où il était 8945. Malgré cela, il savait que c'était l'éloignement d'avec Lilinette qui petit à petit épuisait ses forces. Lui et elle ne formaient qu'une seule âme, et qui peut supporter bien longtemps d'être privé d'une part de celle-ci ? Seul l'espoir de retrouver un jour Lilinette et de la tenir dans ses bras pour ne plus jamais la lâcher avait permit à Starrk de tenir aussi longtemps.
Il avait cessé d'y croire.
Attendre la mort était plus fatiguant qu'il ne l'avait imaginé. La douleur parcourait son corps par vagues brutales qui le laissaient à moitié conscient. Il avait soif et faim, les perfusions ne calmant pas vraiment le besoin de manger. Son reiatsu circulait de plus en plus mal dans ses veines. Il n'était pas enchaîné, les murs mangeaient son énergie, rendent des menottes inutiles. Le pire dans l'agonie restait les hallucinations. Par moment, il croyait sentir les doigts de Lilinette sur son bras. Une fois, il entendit Hallibel l'appeler dans un cri de détresse, une autre ce fut le rire rauque de Grimmjow qui retentit dans ses oreilles. À chaque fois, il avait ouvert les yeux, cherchant du regard ses compagnons et essayant de se lever. Mais alors, il réalisait que les ténèbres et le silence étaient toujours là.
Quand il entendit marcher dans le couloir, Starrk pensa que c'était une illusion supplémentaire et n'y prêta d'abord pas attention. Des paroles finirent toutefois par pénétrer la brume de son cerveau. Il ouvrit les yeux. Des lumières étaient allumées, trop violentes pour ses yeux fatigués. Il tenta de se redresser pour voir ce qui se passait, mais il n'en avait pas la force, ni même à vrai dire la volonté. Il referma les yeux et se contenta d'écouter.
« Il suffit de les mettre dans la cellule à côté de celle du hollow. Pas la peine d'aller plus loin.
-On n'est pas censé mettre des prisonniers côte à côte.
-Bah, qu'importe. Ce n'est pas comme s'ils étaient en état de s'allier pour sortir de prison, nom ? Le hollow a pas bougé depuis trois jours. Et puis, c'est l'affaire de quelques jours, le temps que leurs blessures guérissent et ils seront transférés ailleurs pour être interrogés et jugés.
-Oh, très bien. Je n'ai pas envie de faire des kilomètres chaque fois qu'il faut changer un pansement. »
Starrk entendit une grille s'ouvrir dans un grincement strident puis se refermer peu après. Un faible gémissement parvient à lui depuis la cellule voisine, puis ce fut à nouveau le silence. Il se rendormit.
Des bruits de conversation le réveillèrent à nouveau, provenant cette fois de la cellule d'à côté. Il lui fallu un peu de temps avant de se rappeler qu'elle était désormais habitée elle aussi. Starrk entendait trois voix, trois voix d'hommes dont deux très jeunes. Il tenta de les ignorer, souhaitant se rendormir, mais la souffrance le maintenait éveillé.
Il ne cherchait pas à écouter, mais des bribes de conversation lui parvenaient néanmoins. Ils parlaient d'une certaine Rukia et d'un Ichigo, d'une exécution. Ils semblaient vouloir aider – sauver – une amie, et les pensées de Starrk divaguèrent à nouveau vers Lilinette. La plupart du temps, il n'était même plus capable de se souvenir de sa voix. Il espérait que ces gens à côté retrouveraient leur amie avant d'oublier son sourire et la couleur de ses cheveux sous la lune.
Il essayait de se remémorer la forme de ses yeux quand un bruit de course retentit non loin de lui, à l'extérieur. Ce bruit fut suivi par une violente explosion et l'arrivée d'une énergie spirituelle puissante terrifiante. Le mur entre la cellule de Starrk et celle des trois autres blessés s'effondra sur lui, le faisant tomber au pied de son lit. Un pan de mur arracha la perfusion qui le nourrissait, lui arrachant un petit gémissement de souffrance. La fumée avait envahie la pièce, empêchant Starrk de voir ce qui se passait. À côté, une voix hurlait de terreur, le nom de Zaraki revenant sans cesse dans sa bouche. La mémoire de Starrk semblait lui jouer des tours dernièrement, mais il lui semblait que le nom était celui d'un capitaine. Une voix tonitruante enjoignit aux prisonniers de le suivre s'ils voulaient sauver leur ami. Une dizaine de personnes parlaient toutes en même temps pour échanger des nouvelles, et Starrk ne comprenait pas la moitié de ce qu'ils disaient.
Enfin, ces gens partirent. le bruit se calma et la fumée causée par la destruction du mur commença à se dissiper. Starrk se redressa avec difficulté, son bras s'accrochant en tremblant au lit pour le maintenir assis. Il se pencha pour voir la cellule voisine et les dégâts occasionnés par l'arrivée intempestive de la petite troupe.
C'est alors qu'il le vit.
À travers le trou creusé dans le plafond et les murs, le ciel bleu s'étalait, radieux. Un nuage passa lentement dans le champ de vision de Starrk. À sa suite, un rayon de soleil frôla son visage, le réchauffant doucement. C'était l'été, même si Starrk n'avait pas de mot pour désigner cette saison, sa préférée même au temps où il n'était qu'un hollow sans intelligence. Le soleil réchauffait la peau et lui donnait envie de se rouler en boule pour dormir en emmagasinant cette chaleur. Malgré la souffrance, pour la première fois depuis des années, Starrk se sentait bien. Il réussit à se lever après quelques efforts infructueux et s'approcha du trou.
Ce trou, c'était la liberté. Il lui semblait se souvenir de quelque chose. Une douleur dans la poitrine. Un endroit gris plein de souffrance, un endroit mauvais. Une course pour s'en échapper. Le souvenir s'effilocha.
Starrk grimpa sur des débris de mur et de plafond. Il n'avait depuis longtemps plus assez d'énergie pour marcher sur de l'air comme avant son emprisonnement. D'une main, il s'accrocha au plancher de l'étage supérieur et se hissa avec difficulté. Il franchit le mur détruit et pour la première fois en cent ans posa le pied sur de l'herbe. Il lui semblait sentir chaque brin d'herbe, chaque minuscule caillou. Ouvrant en grand ses poumons, il avala l'air frais et l'énergie spirituelle dont baignait le Seireitei. À chaque bouffée d'air, il se sentait davantage vivant. Il était encore faible, toujours privé de l'autre moitié de son âme, mais il retrouvait la volonté de vivre et de se battre.
Lilinette. Maintenant qu'il était libre, il pouvait aller la retrouver. Mais il avait encore une chose à faire avant. D'un pas encore tremblant, mais résolu, il se dirigea vers sa cible.
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J'espère que cette lecture vous aura plus, à bientôt avec le prochain chapitre !
En attendant, n'hésitez pas à laisser vos review !
