Encore un petit passage guimauve entre Kate et le Docteur, leurs gamineries etc... Bon ce n'est pas un chapitre crucial dans l'histoire, c'est juste un petit passage mignon, bah oui ça m'arrive de temps en temps, que voulez-vous, à force de torturer mon pauvre Docteur... je craque ! J'ai envie de le consoler... lol Mais ne vous inquiétez pas, ce matin j'ai eu une heure de philo et puis 15 épisodes de 24heures chronos, je peux vous garantir que mes instincts sadiques sont de retour, du moins vous le pourrez le constater très prochainement.

Blablablabl... Bonne lecture !

- Je crois que je ne vais pas tarder à l'imiter, déclara Jack en mimant un bâillement bien trop bruyant.

La fin du repas était proche, et il ne fallait guère être devin pour comprendre que le Capitaine était peu désireux d'aider à la tâche et ainsi ranger tout cet attirail de pique-nique. Et oui, Jack aimait bien se faire servir et apparaissait un petit peu –mais alors un tout petit peu- fainéant à ses heures perdues. Il quitta la table sans trop attendre, lâchant un sourd « bonne nuit » et s'éclipsa sans demander son reste.

Kate un faible soupir d'exaspération, peu stupéfaite par cette envolée soudaine de moineaux. Elle se leva et commença machinalement à débarrasser, un sourire triste aux lèvres, se remémorant son enfance difficile où elle occupait déjà cette place de « bonne à tout faire ».

- Allez-y, je ne vous retiens pas, signala-t-elle à l'adresse du Gallifréen.

- Je n'ai pas fini mon dessert, annonça-t-il alors en épluchant une banane. Restez à table, je n'aime pas manger tout seul.

La jeune femme le dévisagea d'un œil sceptique, puis haussa les épaules et accepta –enfin !- de lui obéir, s'installant à nouveau face à lui, une tasse de café décaféiné brûlant entre les mains. Elle l'observa déguster le fruit durant de longues secondes et il porta vers elle un regard tout aussi attentionné et énigmatique.

- Alors ? s'écrièrent-ils simultanément pour entamer la conversation.

Ils pouffèrent de rire et détournèrent les yeux, gênés il est vrai de se retrouver seuls autour d'une table, à une heure aussi tardive, Rose et Jack traînant dans les parages. Ce n'était pas un embarras lié à une quelconque romance, non, loin de là cette idée. Il s'agissait simplement de deux amis qui, malgré leurs quelques gamineries et leur rivalités complices, avaient appris au fil des semaines à connaître davantage de détails intimes l'un sur l'autre, et que l'évocation de ces détails avait tendance à se faire dans de telles conditions : autour d'une table. La question qui se posait était donc bien la suivante : sur quel sujet chacun pouvait-il interroger l'autre ?

Ne supportant guère ce silence gêné, Kate se leva à nouveau, récupéra les assiettes de chacun et les vida dans une poubelle recycleuse. L'appareil émit un bourdonnement mécanique avant de vider un litre de carburant enrichi dans un réservoir annexe.

- Attendez je vais vous aider, proposa le Docteur en quittant à son tour la table.

Il saisit un torchon et vint l'assister à la vaisselle.

- Vous devriez plutôt aller la border, nota Kate en frottant une poêle particulièrement grasse.

- Non, elle se repose. Je ne veux pas la perturber davantage, avoua-t-il tristement.

- Etes-vous timide par nature, ou aimez-vous particulièrement souffrir pour rien ?

- Pour l'instant je préfère vous aider, conclut-il en essuyant la poêle couverte d'eau chaude.

Kate se stoppa un instant de manœuvrer, considérant la remarque, puis hocha vaguement la tête, articulant un faible :

- Merci.

Le Docteur haussa un sourcil, la poêle toujours en main, épris d'une malice taquine. Il leva légèrement l'ustensile de cuisine au-dessus de la jeune femme et l'abattit avec douceur sur son crâne, histoire de corriger son mauvais caractère.

- Aïe ! s'écria-t-elle alors surprise par ce coup de traître.

- Bizarre, nota-t-il en analysant à nouveau l'objet.

- Quoi ? s'intrigua l'autre.

- Ca n'a pas sonné creux…, j'aurais pourtant cru.

- Hey !

La jeune femme rougit légèrement, vexée par l'allusion et, animée par un instinct de vengeance enfantine, elle laissa l'eau couler dans le creux de ses mains, puis se retourna vers le Gallifréen, lui jetant le liquide savonneux au visage.

- Argh ! grogna-t-il aveuglé par l'irritation du produit vaisselle dans ses yeux.

Il parvint néanmoins à attraper la jeune femme et à lui plonger la tête sous le robinet, lui offrant alors une douche tiède dont elle se serait volontiers passée. Elle tâcha de se débattre, lui envoyant de piètres coups dans l'abdomen, mais le Gallifréen fit preuve d'une force et d'une adresse qu'elle ne lui aurait jamais soupçonnées, tant et si bien qu'au bout de cinq longues minutes à se quereller sous l'eau, elle finit par capituler, sa tignasse noire clairsemée de bleu complètement détrempée.

Le Docteur éclata de rire devant sa mine déconfite, et se maintint un long instant les côtes, à bout de souffle. Kate croisa les bras, boudeuse et lui tourna le dos. Il s'approcha alors d'elle sans prévenir et la prit tendrement dans ses bras, la respiration calme, et les cœurs battant pourtant la chamade. Kate resta figée un long moment, quelque peu surprise par cet élan d'affection, puis elle sembla comprendre : il avait besoin de décompresser, de se détendre avant la bataille finale, de se laisser aller sans trop réfléchir au lendemain. Non, ce n'était pas de l'affection, mais bel et bien de la peur, une angoisse profonde, une perte totale de confiance en soi, un appel à l'aide, silencieux mais distingué.

La jeune DJ resserra alors l'étreinte, passant un bras derrière sa nuque, et un autre dans son dos, calant son rythme cardiaque sur le sien, partageant ses craintes et ses doutes l'instant de quelques secondes. Habituellement, c'étaient les femmes qui se réfugiaient dans les bras du Docteur lorsque tout allait mal, et il les soulageait de sa douce présence, de sa lumineuse personne, les berçant tendrement avec toute la compassion du monde. Pauvre Docteur… à jouer les anges consolants, il finissait indéniablement par se retrouver seul, sans personne pour prendre s'occuper un tant soit peu de lui. N'avait-il pas le droit à un peu d'attention comme chacun dans ce vaste Univers ?

Il est vrai que d'un certain côté, il restait très –voir trop- réservé, ce qui ne lui facilitait jamais la tâche pour gagner la confiance –et à meilleure raison la confidence- de quelqu'un. Toutefois, inconsciemment, il avait trouvé en Kate une force suffisamment puissante et une perspicacité agaçante –et oui elle devinait toujours tout- pour le soulager de son si lourd fardeau.

- Ca se passera bien, la rassura-t-il en se reculant, réalisant soudainement la portée de son geste.

- Mais j'en suis sûre, puisque vous avez un plan.

- Quel plan ? demanda-t-il le timbre aiguë par l'angoisse.

- Voyons, vous l'avez dit vous-même : le Docteur a toujours un plan !

- Hum ? Oui, bien sûr, marmonna-t-il en baissant les yeux vers ses converses.

- Pourquoi la Terre ? l'interrogea-t-elle alors en reprenant ses distances et lui faisant à nouveau face.

L'extraterrestre releva le regard dans sa direction, les sourcils froncés, le front plissé et les lèvres étirées en une grimace totale d'incompréhension :

- Quoi ?

- Pourquoi êtes-vous obnubilé par la planète Terre ? Par les humains ?

- Comment ? Je ne vous suis pas, mentit-il en revenant à ses chaussures.

- Vous faîtes souvent du tourisme sur Terre -trop souvent- à tel point que c'est devenu votre planète d'accueil. Vous passez la plupart de votre temps en compagnie d'humains, vous sauvez leur monde une vingtaine de fois par an. Sans compter que vous êtes… comment dire ? Vous êtes toujours aussi émerveillé de leur parler, de partager leur vie, de connaître leurs motivations, ahuri devant leur curiosité parfois dangereuse. D'un autre côté, si l'un d'entre eux commet une faute grave, vous apparaissez alors comme le plus triste et le plus déçu des hommes.

- C'était quoi la question déjà ?

- Pourquoi tant d'intérêt pour nous ? Pour notre espèce ? Pour la Terre ?

Il passa une main dans ses cheveux, réfléchissant à ce qu'il s'apprêtait à dire. Encore une fois, Kate mettait le doigt sur un point sensible de sa vie –à croire qu'elle prenait un malin plaisir à le décrypter de A à Z-.

- Eh bien…, commença-t-il hésitant,… la Terre est une planète de vieille histoire. Il s'est passé un nombre considérable d'évènements à sa surface depuis sa création ! D'ailleurs, même sa création est un évènement incongru… Bref passons. Quant aux humains, j'apprécie leur compagnie, voilà tout, même si je trouve que certains posent beaucoup trop de questions !

- Bah voyons ! Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que vous me cachez quelque chose ?

- MOI ? s'écria-t-il outré. Ce serait particulièrement mal me connaître !

Kate leva les yeux au ciel, dans une moue tout ce qu'il y a de plus exaspérée, puis elle essuya la table et retira son tablier de cuisinière, achevant enfin son service du soir. Le Gallifréen l'observa faire, un sourire taquin aux lèvres.

- Merci pour le repas, c'était très bon.

- Vous êtes un mauvais menteur, ricana-t-elle d'un air de défi.

- Bon c'est vrai que ce n'était pas excellemment bon, mais du moment que c'est comestible…

- Tsssssst !

Il lui sourit une fois encore puis fila en direction du couloir, de peur probablement qu'elle ne repasse à l'attaque. Il lui murmura d'une voix douce un « bonne nuit » tout ce qu'il y a de plus sincère et amical, avant de disparaître à son tour dans une des chambres prévues à cet effet.

Kate patienta quelques secondes qu'il s'éloigne, puis se dirigea au pas de course vers un placard inférieur, qu'elle se pressa d'entrouvrir, découvrant alors un énorme seau de dix litres d'huile. Un sourire méphistophélique fleurit alors sur ses lèvres tandis qu'elle attrapait le récipient par la hanse.

- Bonne nuit Docteur…