Chapitre 14 :
Les Enfers :
« Sugizo ! Non ! Hurla Yoshiki en bondissant de son siège. »
Son visage était bouleversé. La peur se lisait dans ses yeux déjà plein de larmes, pourtant il n'en versa aucune. Il se contentait de mordre sa lèvre inférieure jusqu'au sang, sous le regard très attentif du diable qui ne le lâcha pas des yeux un seul instant. Par son comportement, Yoshiki trahissait ses agissements passés. Par son intervention, inutile puisque Sugizo ne pouvait ni le voir ni l'entendre, il venait de confirmer à Satan ce qu'il savait déjà à propos de Raphaël. Il restait toutefois quelques zones d'ombre que le prince des démons ne s'expliquait pas encore. Cela dit, il savait que sa patience serait récompensée et n'était pas pressé de percer l'ensemble des mystères qui entouraient les évènements relatifs à la mort d'hide et à la trahison de Raphaël. Pourquoi ce dernier avait-il tué hide ? Pour lui voler son sabre et sa puissance ? Non, cette explication était trop simpliste surtout que Raphaël n'avait jamais été avide de pouvoir. S'il y avait bien un ange représentant fidèlement les cieux dans toute sa pureté, c'était lui, cet archange qui avait refusé de se mêler à la guerre des mondes et qui s'était contenté de soigner les blessés tout en réclama la fin de ce conflit insensé. Raphaël avait toujours été un modèle de sainteté, jusqu'à ce jour funeste où Sugizo le surprit dans sa terrible besogne, ce fameux jour où il tua hide avec son propre sabre. C'est dans sa fuite que Raphaël avait blessé Sugizo à la poitrine, cette blessure aurait pu lui être mortelle mais elle l'avait simplement rendu à moitié fou, si le terme de folie était approprié à l'étrange phénomène qui se déclenchait chez ce démon de haute catégorie. Satan aurait bien ordonné qu'on le dissèque pour l'observer d'un peu plus près mais encore une fois, il n'était pas pressé et puis, il était curieux de voir jusqu'à quel stade la folie de Sugizo arriverait.
« Calme-toi Yoshiki, et regarde s'il te plait, déclara simplement Satan.
- Mais ils vont se faire tuer ! Protesta l'archange.
- La vie de ces inconnus t'importe tant ?
- Je suis un ange, rétorqua froidement le blond en s'asseyant à contre cœur, et je ne peux pas regarder mon prochain mourir sans rien faire.
- Je te demande justement de regarder sans rien faire. J'en prends l'entière responsabilité, Yoshiki. »
Le blond se mordit la lèvre inférieur jusqu'au sang tout en gratifiant Satan d'un regard noir qui laissa le diable indifférent, bien qu'au plus profond de lui, cette situation l'amusait au plus au point.
*
« Je vais te tuer Raphaël ! »
En même temps qu'il hurlait ces paroles, son sabre se leva au dessus de la tête de Toshi, prêt à le fendre de deux. Le professeur de physique, dépassé par les évènements, n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait. La vitesse du démon était bien trop déconcertante pour le simple humain qu'il était. Il n'eut même pas le temps de voir sa vie défiler devant ses yeux ; de toute façon, ses camarades ne l'auraient pas permis. Le sabre s'arrêta net. Du sang coula le long de la lame, mais ce n'était pas celui de Toshi. Tusk et Kaz avaient réagi à même temps. Le premier avait bloqué le sabre avec son poing, l'autre avec le plat de ses deux mains. Shou avait créé une barrière de protection autour de l'humain attaqué et de ses protecteurs alors qu'Hyde était resté près des deux adolescents afin de les protéger au cas où, bien que le démon enragé semblait en avoir uniquement après Toshi. D'ailleurs, il donnait l'impression de le confondre avec un autre, avec un certain Raphaël. L'archange déchu ? Personne n'en était sûr et les circonstances n'étaient ni propices aux questions, ni à la réflexion, car ils avaient un problème bien plus grave à régler, et il se prénommait Sugizo.
La pression qu'exerçait Sugizo avec son sabre, eut raison de la barrière créée par Shou. Cette dernière s'effrita avant de voler en éclat. Le sang coula un peu plus le long de la lame. Cette dernière entaillait le poing de Tusk et les mains de Kaz. Les deux compagnons de circonstance s'adressèrent un rapide regard entendu avant de puiser dans toute leur force afin de repousser complètement l'attaque du démon. Surpris qu'on lui oppose une telle résistance, Sugizo leur laissa une ouverture par son inattention. Tusk en profita pour lui donner un violent coup de pied dans la mâchoire alors que le vampire lui donnait un coup de coude dans les côtes. Le démon retomba en arrière, soulevant la poussière lorsque son corps toucha le sol, mais les choses étaient loin d'être terminées et ils le savaient tous. C'était là, le début d'un dur combat où les forces étaient complètement inégales.
*
« Yoshiki, te souviens-tu de cette créature ? Questionna Satan en perdant son regard sur le miroir reflétant une scène qui avait lieu bien loin du salon où ils dégustaient un verre de vin.
- De qui parles-tu ?
- De Cerbère, Yoshiki. De Tusk, comme hide aimait l'appeler. Du dernier représentant d'une race à jamais éteinte par nos crimes. Le sang des cerbères coulent sur nos deux mains, Yoshiki. Tu t'en souviens, de cette guerre des mondes ? »
Le généralissime des cieux ferma douloureusement les yeux, comme si cette évocation le blessait au plus profond de lui. En d'autre circonstance, Satan y aurait vu de la comédie mais à cet instant précis, il savait Yoshiki sincère sans qu'il n'ait pour autant de regret sur son visage car il n'en avait pas. Ce qu'il avait fait à l'époque, il l'avait fait pour le bien de tous. À jamais, ses mains étaient souillées de sang, mais il n'avait pu faire autrement.
« Le jour où Cerbère mourra, reprit Satan, tu pourras enfin dormir sur tes deux oreilles et te regarder correctement dans un miroir, sans avoir à repenser à cette atroce guerre et à ce génocide dont tu es l'unique responsable, Yoshiki. »
Le blond ne répondit pas mais son regard se fit plus sombre et plus dur. Il encaissait ces reproches mérités sans y répondre car il n'avait aucun droit de se défendre face à la vérité de ses crimes. Il en avait beaucoup commis dans cette guerre où paradoxalement il avait été le méchant et Satan le bienfaisant.
« Tu sais, Yoshiki. Je suis content que ce soit hide qui ait trouvé Cerbère dans les décombres de son village. Car si cela avait un de tes hommes, il l'aurait massacré au nom du Bien. Oui, murmura le diable avec un léger sourire, au nom du Bien vous avez massacré tant de créatures qui ne voulaient pas se soumettre à vous, dont le seul but était de contrôler un territoire que nous n'aurions jamais touché. Mais il vaut toujours mieux dans une guerre, être le premier à la déclarer, n'est-ce pas Général ? Alors n'aie crainte, si Sugizo tue Cerbère, tu auras la conscience tranquille et tu pourras oublier ces massacres que tu as ordonnés. »
Yoshiki garda le silence. Que pouvait-il répondre ? Satan avait raison. Une fois le dernier cerbère mort, il pourrait plus facilement oublier ses pêchers et se concentrer sur un avenir qu'il espérait plus radieux.
« Tu as remarqué également que cet homme ressemble à Raphaël, continua Satan. Rassures-toi, ce n'est qu'un humain. C'est l'homme des photos de Die, mais il est humain. Il est né de parent humain d'après un rapport qu'on m'a fait. Il vient d'un endroit qu'on appelle Chiba, je n'ai pas bien compris d'où exactement. Il y a tellement de noms sur Terre pour des choses qui se ressemblent. Il est né de père inconnu mais sa mère est toujours en vie et c'est une véritable humaine. J'imagine que puisque l'homme a été fait à l'image de dieu, nous devons tous avoir un sosie sur terre. Je trouverais ça très drôle de rencontrer le mien, pas toi ? »
Yoshiki ne lui répondit pas, Satan ne s'en vexa pas car il s'y était attendu et provoquait délibérément le blond par pur sadisme mais aussi par amour. Et il l'aimait ! Il l'aimait et il le désirait. Il désirait son corps, son cœur, son âme et sa puissance ! Oui, il aimait tout chez cet ange et se promettait continuellement qu'un jour, Yoshiki lui appartiendrait. Il savait que lorsque ce moment arriverait, il tiendrait dans le creux de sa main, l'univers dans son ensemble, et serait le maître absolu ; mais avant cela il lui faudrait encore beaucoup de patience.
« Enfin, avec cette enquête, plus personne ne pourra dire que cet humain est en réalité Raphaël. Après tout, tu es sensé l'avoir tué et avoir complètement neutralisé son âme de sorte qu'il ne puisse ni aller au paradis, ni en enfer et encore moins se réincarner. Ce n'est pas comme si tu n'avais pas détruit l'âme de ce traitre et qu'il avait trouvé refuge dans l'utérus d'une femme, endormant par la même occasion ses pouvoirs pour se jouer de nous et ainsi revenir un jour se venger. Si tu es suffisamment cruel pour orchestrer un génocide et provoquer une guerre totale, tu ne peux pas être stupide au point de ne pas pouvoir tuer celui dont tu te disais être le meilleur ami, n'est-ce pas Yoshiki ? »
Devant le large sourire sadique de Satan, le blond se crispa en s'enfonçant un peu plus dans son siège. Il avait la désagréable sensation d'être à la place d'un coupable qu'on serait en train de juger. Cette position de faiblesse le faisait enrager sans qu'il ne puisse rien y changer car à ce petit jeu là, le diable était le plus fort.
« Qu'est-ce que tu attends de moi, au juste Satan ? Grogna le blond.
- Rien, Yoshiki. Je voulais te faire partager le destin de ces étranges créatures qui n'ont rien en commun. Trois humains, deux vampires, un cerbère et un ange. Un drôle de groupe, n'est-ce pas ? Je les trouve amusant mais ils n'ont vraiment pas de chance d'être tombé sur Sugizo. Je crains que leur quête ne prenne déjà fin. Il faudra un miracle pour qu'ils s'en sortent ou alors, il faudrait l'intervention d'un dieu maléfique… »
*
« J'ai une grande faveur à te demander Shinya, répéta Nao dans un tendre sourire charmeur. Je sais déjà ce que Satan t'a demandé du moins, je m'en doute. Pour tout t'avouer, je n'ai aucune confiance en ce démon, mais ce n'est pas nouveau. Je vais être franc avec toi. Je n'ai plus non plus confiance en notre Généralissime.
- Nao-sama, ne dîtes pas ce genre de chose ! Je vous en prie.
- Et moi je t'en pris Shinya, rétorqua Nao en lui prenant les mains pour les serrer tendrement. Pas de Nao-sama avec moi. Pour toi, je suis et je resterai Nao-kun, fit-il en remettant une mèche derrière l'oreille du conservateur, une mèche qui avait glissé sur son visage marqué par le trouble. Je suis, malgré mon nouveau statut, resté le même, je suis toujours ce petit ange que tu prenais dans tes bras pour l'aider à attraper les ouvrages les plus hauts de la bibliothèque, de cette bibliothèque où j'ai passé nombre d'année de mon enfance. Shinya, tu m'as vu grandir, tu as été aussi bon pour moi qu'un père. Tu as veillé sur moi et tu es sans nul doute celui en qui j'ai le plus confiance.
- Nao…
- J'ignore ce que manigance Satan, mais j'ai bien peur que ce rapport que tu vas lui préparer ne participe à ces funestes projets.
- Nao, tu ne peux pas parler ainsi. Nous sommes en paix depuis près de mille ans. Crois-tu que Satan la remettrait en cause après tout ce temps ?
- Oui et je l'affirme. Tout comme je le soupçonne de ne pas être étranger à la mort d'hide-sama.
- Je t'en prie ! s'écria Shinya en plaquant sa main contre les lèvres de son cadet. Plus un mot, tu blasphèmes.
- Je constate que ce sujet est toujours aussi tabou, alors nous n'en parlerons pas. Je vais simplement en venir à ma faveur. J'aimerais que tu me remettes une copie du rapport que tu vas fournir à Satan.
- Et pour quoi faire ?
- Pour te prouver que j'ai raison, murmura Nao dans le creux de son oreille. »
Shinya frissonna en sentant le souffle du brun contre sa peau et bien plus lorsqu'il pressa ses lèvres contre sa tempe. Après ce chaste baiser, Nao s'en alla tout en souriant légèrement, laissant un Shinya troublé au beau milieu de ses dossiers.
*
Un sinistre ricanement flotta dans l'air rendu presque irrespirable, par l'ouverture des portes de l'Enfer. Cet immense gouffre dessiné dans l'espace, sentait bien plus la mort que Die en personne. Et ce lugubre personnage leur avait fait un bien cruel présent, en leur envoyant ce démon de Sugizo. Ce dernier, toujours étendu sur le sol, poussait un rire qui leur glaçait à tous le sang. Même Toshi, qui n'était qu'un humain égaré, transpirait à grosse goutte et était pris de frisson qu'il ne pouvait s'expliquer. Toya ressentait très nettement, depuis l'apparition de ce démon, le danger qui planait sur eux. Mais que pouvait-il bien faire ? Lui qui n'était qu'un simple être humain, sans défense. Il mesurait à présent toute l'absurdité de leur quête. Ils étaient bien naïfs d'imaginer qu'ils pourraient parvenir jusqu'en Enfer pour y arracher des griffes de ces démons, leur ami Mikaru. Jun aurait sans doute partagé sa pensée, s'il n'était pas ailleurs en ce moment critique, mais il n'était pas n'importe où puisqu'il était auprès d'hide qui l'avait appelé à lui.
« Bien, murmura Sugizo toujours allongé dans la poussière. Je vois que vous voulez jouer avec moi, vous aussi. »
Avec l'agilité d'un félin, le démon se redressa comme si de rien n'était. Il ne semblait pas souffrir des précédents coups, ce qui affecta beaucoup le moral de ses adversaires, quoique Tusk et Kaz s'y fussent quelque part attendus. Après tout, c'était un général qui leur faisait face, qui plus est, un démon qui avait connu la Guerre des Mondes et qui avait survécu à Raphaël lors de sa trahison alors qu'hide y avait laissé sa vie.
« Je vais vous tuer, déclara le démon en leur adressant un large sourire sadique. »
Kaz et Tusk eurent à peine le temps de déglutir, que le démon se jeta sur eux, sabre en main, avec la ferme intention de les découper en morceau. Éviter la lame n'était pas une évidence et chaque fois, le vampire comme le chien maléfique, n'y parvenaient qu'au prix de sérieuses égratignures qui bientôt se transformèrent en profondes entailles qui les handicapèrent en leur faisant perdre de la vitesse. Ce cercle vicieux prit fin lorsque Sugizo enfonça son sabre dans le ventre de Kaz et qu'il blessa gravement Cerbère au torse. Les deux créatures mortellement blessées, tombèrent lourdement à terre sous le sourire amusé de leur adversaire qui ne prit pas la peine de les achever car seule sa vengeance comptait à ses yeux et après ce petit échauffement, il allait pouvoir tuer Raphaël et ainsi venger la mort de son ami, hide.
« Pousses-toi microbe, rétorqua Sugizo en bousculant violement Shou. Si je te tue, Satan va encore me faire une scène. Tu as de la chance d'être un ange. »
Shou tomba au sol beaucoup plus par peur que sous la violence du coup de Sugizo. Ses jambes l'avaient littéralement lâchées. Il se dégageait tant de haine du démon ! Ça en était insoutenable pour le simple ange qu'il était.
« Maintenant, à nous deux, Raphaël, déclara le démon en souriant à pleines dents. »
Le visage de Toshi était pâle, mais il ne s'en dégageait aucune peur, ni rien d'autre du même genre. Toya qui était trop loin, ne le remarqua pas. Hyde, qui avait une vue plus développée que son ami humain, s'en rendit compte sans parvenir à se l'expliquer mais se poser des questions n'avait aucun sens à cet instant où Sugizo avait la pointe de son sabre, ruisselant de sang, posée sous le nez d'un Toshi impassible.
« Comme vous devez souffrir, je le vois dans vos yeux, déclara le professeur d'un air compatissant qui troubla le démon. »
*
« Il va se faire tuer ! hurla Jun.
- Probablement, répondit hide d'un air sombre. »
L'adolescent se retourna vers le démon qui était assis sur son trône, depuis lequel il régnait sur cet espace sombre et vide. D'ici, ils pouvaient observer ce qui se passait dans la réalité grâce à un grand miroir qui leur faisait face.
« Tu ne vas rien faire ? hide ! »
La voix de Jun était tremblante aussi bien de peur que de rage. Le démon, impassible, le fixa longuement avant de déclara calmement :
« Et toi ? Peux-tu seulement quelque chose contre Sugizo ?
- Tu as donc oublié cette promesse que nous nous sommes faites ?
- Ne suis-je pas un démon ? »
Jun se mordit la lèvre jusqu'au sang tout en étouffant un juron. Que pouvait-il contre hide ? Rien. Il était coincé dans son inconscient par cette sournoise créature qui le condamnait à observer ses compagnons périr les un après les autres sans lever le petit doigt afin de changer ce triste destin. Finalement, hide était peut-être comme Sugizo…
*
Sugizo semblait hésiter sans qu'il ne sache réellement pourquoi. Peut-être parce que le regard de cet homme le troublait sans qu'il ne puisse se l'expliquer. Il avait l'impression que ces yeux qui le fixaient, étaient capables de lire son cœur et son âme. Il avait le désagréable sentiment d'être mis à nu devant un parfait inconnu, un homme qu'il haïssait plus que tout pour avoir tué son seul et unique ami, hide. Alors qu'il semblait perdu dans ses pensées, Sugizo ne remarqua pas qu'un étrange brouillard s'était levé autour d'eux et que bientôt, il enveloppa soigneusement chacun des protagonistes, aussi bien Kaz et Tusk, inconscients sur le sol, que Hyde, Toya et Jun, simples spectateurs de ce triste spectacle. Lorsque le démon se rendit enfin compte de ce qui était en train de se passer, Toshi et lui étaient déjà coupés du reste du monde, enveloppés dans un épais brouillard impénétrable.
« Qu'est-ce que c'est que ça ! s'écria le démon. Qu'est-ce que tu viens de faire ?
- Moi ? Mais rien du tout, se défendit l'humain en lui adressant un sourire gêné. Je… je crois que c'est un phénomène naturel de ce marais qui nous entoure. Si vous voulez, je peux vous faire un cours dessus. Vous savez, je suis un très bon professeur de physique.
- Te fous pas de moi, Raphaël ! grogna Sugizo en resserrant sa main sur le pommeau de son sabre. Peu importe, je vais te tuer ici et maintenant et ce n'est pas ta petite brume qui te sauvera. »
*
« Brume d'hiver…, murmura Yoshiki d'une voix si faible que si Satan n'avait pas une ouïe si développée, il ne l'aurait pas entendu.
- Brume d'hiver, je ne l'ai jamais vue, déclara le diable. J'imagine que ce phénomène naturel, fréquent dans les marécages qui entourent la porte des Enfers, te fais penser à cette fameuse technique que notre feu Raphaël utilisait, n'est-ce pas Yoshiki ? Après tout, Raphaël est mort et tu es bien placé pour le savoir puisque c'est toi qui l'as tué, non ? »
Le blond se tendit un peu plus mais ne répondit pas aux provocations de son vis-à-vis. Satan était habile avec les mots et lui répondre, c'était se compromettre par une parole malheureuse. Par prudence, et en prenant compte de son trouble, Yoshiki opta pour le silence. Il ne pouvait rien faire d'autre mis à part attendre de savoir ce qui en résulterait de ce combat, une fois la brume dissipée car pour l'instant, ils ne pouvaient plus rien voir dans le miroir de Satan. Ce dernier avait beaucoup de mal à se retenir de rire ; toutefois, il devait faire preuve de retenue devant celui qu'il convoitait, après tout ce n'était pas le moment de vexer le blond qui pouvait y voir là, une bonne excuse pour quitter ce jeu qui commençait à peine.
*
« Putain Kaz ! hurla enfin Hyde lorsque Sugizo eut disparu dans le brouillard qui s'était levé.
- On y voit plus rien, balbutia Toya. Ni lui, ni Tusk. Et encore moins Deyama-sensei. Tu crois qu'il va vraiment le tuer ?
- Possible. Et on ne peut rien faire. On a déjà de la chance d'être dans une zone où on voit encore devant nous, mais si on se rapproche trop, on ne verra plus rien et ça pourrait être dangereux.
- Alors on les abandonne ? Merde ! »
Hyde partageait le sentiment d'impuissance de l'adolescent, mais que pouvaient-ils bien faire ? Rien. Il ne pouvait rien faire à part attendre et espérer un miracle. Le vampire s'apprêtait à ajouter autre chose lorsqu'il s'arrêta net dans son élan. Il se figea d'abord un court instant avant de se retourner brusquement vers la porte des Enfers encore ouverte. Toya ne tarda pas à l'imiter en étant parcouru de frisson et de sueur froide, un peu comme ce qui avait précédé l'arrivée de Sugizo un peu plus tôt. C'était exactement la même sensation. Quelqu'un d'autre était en train d'arriver et il ne tarderait pas à franchir les portes des Enfers pour leur plus grand malheur…
