Que ceux qui sont encore là lèvent le doigt ? Ahah, ça fait plus de deux ans et demi que je n'ai pas actualisé cette histoire, alors j'imagine bien qu'il n'y a plus personne par ici. Néanmoins, pour ceux qui m'ont réclamé une suite, me voilà (enfin) de retour. J'avais bien dit que je n'abandonnerai pas. J'ai juste mis du temps. Et puis, il y a trois mois de ça, je me suis mise à relire cette fiction oubliée, et j'ai retrouvé le goût et l'envie de la terminer.

Bien sûr, ça se fera lentement mais sûrement ! Mais je suis motivée et remontée à bloque. D'autant plus avec vos commentaires, messages personnels et messages sur facebook, j'ai bon espoir de voir quelques anciens lecteurs (et nouveaux bien sûr !) au rendez-vous.

Je ne peux que vous conseiller de relire la fiction depuis le début, car je suis sûre que vous avez oublié pleins de choses (comme moi !). Pour ceux qui ont la flemme, voici un petit résumé rapide : Voldemort est au pouvoir et a décidé de monter une armée pour conquérir le monde. Poudlard est transformé en une sorte de caserne militaire où les recrues (née-moldue, sang mêlé et sang pur) sont entraînées par 4 formateurs (Drago, Blaise, Crabbe et Goyle). Hermione Granger fait partie des recrues de Drago Malefoy. Tous deux se rapprochent lors de recherches sur le café ensorcelé servi aux recrues, et s'embrassent. Cependant, lors d'une visite de Bellatrix, cette dernière lance un sort d'oubliette à Hermione qui oublie son rapproche avec Drago. Ce dernier part, à la fin du chapitre précédent, pour deux semaines d'entraînement auprès de Voldemort, et fait promettre à Blaise de s'occuper d'Hermione en son absence.

Vous pouvez aussi me retrouver sur ma page facebook Brunhild Ana Writings, où je mets mon actualité fanfictionnelle. Je vais essayer de reprendre un rythme d'un chapitre par semaine (le mercredi), mais soyez indulgents, je m'y remets tout juste !

En attendant je vous souhaite une bonne lecture !


Boum, boum. Dans le silence inquiétant, sur le sol humide et froid, Drago n'entendait rien d'autre que son cœur qui tambourinait contre sa poitrine. Allongé sur les pierres blanches qui recouvraient le sol du manoir Jedusor, le corps luisant de sueur, il respirait faiblement, tandis que son sang bourdonnait dans ses oreilles. Boum, boum. La pompe de son myocarde n'en pouvait plus d'irriguer un corps qui n'aspirait qu'à mourir. Pourtant, la palpitant battait à tout rompre, maintenant en vie les organes vitaux de Drago. Et sans doute aurait-il demandé la miséricorde d'un dieu inexistant, sans doute aurait-il imploré qu'on le laisse partir, s'abandonner à l'appel des Enfers, se noyer dans le Styx pour que son corps s'y perde à tout jamais, s'il avait été capable de prononcer le moindre mot. Mais la douleur, lancinante et destructrice, entravait chacun de ses muscules, chacune de ses terminaisons nerveuses. Et Drago restait silencieux, conservant la moindre étincelle d'énergie pour inspirer et expirer l'air putride qui régnait dans les cachots du Manoir.

Voldemort s'en était allé. Il l'avait laissé, nu, contre la dalle gelée, sans éprouver le moindre remord. Il avait souri, avant de fermer la porte derrière lui. Sa confiance en lui était telle, qu'il n'avait pas pris la peine de la fermer à clef, et peut-être avait-il eu raison, car Drago aurait été bien incapable de se redresser et de quitter ces lieux qu'il détestait pourtant plus que tout autre. Alors, plongé dans son incapacité, il serrait les dents, et laissait son corps frissonner et trembler sous l'assaut de l'humidité insidieuse. Il n'avait même pas la force de ramener ses jambes contre lui pour rassembler un semblant de chaleur. Dans ses oreilles résonnaient les derniers mots que son maître avait eu pour lui, avant de s'éclipser dans les méandres de sa demeure.

─ Tu dois être capable de supporter un tel assaut, Drago. En tant que Lieutenant de mon armée, tu dois pouvoir subir les pires atrocités. Et je dois dire que tu ne t'en sors pas si mal. Nous recommencerons demain. J'ai une petite surprise pour toi, j'espère qu'elle te fera plaisir.

Si Drago avait toujours aimé les surprises, il en était qu'il n'était pas sûr d'apprécier. Car le Seigneur des Ténèbres avait une définition très personnelle du mot surprise. De mémoire de mangemort, jamais surprise n'avait été véritablement bien accueillie au sein du Manoir Jedusor. Et Voldemort de laisser Drago dans l'ignorance, prenant soin de lui laisser tout à loisir le temps de deviner, de fabuler, d'imaginer la surprise que son maître lui avait tout spécialement préparée. Se pouvait-il qu'il subisse des sessions de tortures plus insoutenables encore que celles qu'ils avaient vécue jusqu'ici ? Il en doutait. Cela ne pouvait réellement pas être pire. Mais alors, que justifiait le petit sourire assuré que Voldemort avait laissé se glisser sur ses lèvres inexistantes ?

Drago n'en avait pas la moindre idée, et il était de toute évidence trop épuisé pour y réfléchir convenablement. Sentant ses dernières forces l'abandonner, il oublia la promesse du Lord, et se laissa sombrer dans un monde où les surprises ne pouvaient qu'être merveilleuses.

x.x.x

C'était le deuxième jour après le départ de Drago. Blaise s'était levé de mauvaise humeur, et avait rejoint la grande salle pour y prendre son petit déjeuner en bien mauvaise compagnie. Crabbe et Goyle étaient déjà installés et se gavaient de fritures grasses et autres toasts beurrés. Un haut le cœur entrava la poitrine du dernier formateur, tandis qu'il s'installait aussi loin que possible des deux goinfres qui lui servaient de collègues. Blaise se servit une tasse de café et étala distraitement de la marmelade sur un toast, tout en jetant un œil aux recrues qui déjeunaient elles-aussi. Son regard s'arrêta quelques secondes sur Thaïs, qui buvait son thé en silence. Sans doute sentit-elle son regard sur elle, car bientôt, elle leva les yeux et lui adressa un sourire rayonnant que réchauffa le cœur de Blaise. Ses yeux balayèrent la pièce, et son regard glissa sur une autre silhouette, installée un peu plus loin, à l'écart des autres. Hermione découpait minutieusement l'omelette qu'elle avait dans son assiette, et prenait bien soin de ne croiser le regard de personne.

─ Bien dormi, Zabini ? demanda Crabbe la bouche pleine.

Blaise ne répondit pas, et ne prit pas la peine de le regarder. Il posa le couteau avec lequel il avait tartiné son toast, et mordit dans celui-ci sans aucun entrain, tout en faisant tourner méthodiquement sa cuillère dans la tasse de café qu'il venait de se servir. Son regard était toujours figé sur Hermione, et ses pensées tournées vers les évènements de la veille.

Après le départ de Drago, ses recrues avaient été réparties dans les trois autres groupes comme cela avait été entendu. Hermione avait été envoyée chez Crabbe – pour le plus grand bonheur de celui-ci qui s'était fait un malin plaisir à l'humilier dès le petit déjeuner. Alors qu'elle s'était installée à sa place habituelle, Crabbe était passé derrière elle et ne s'était pas privé de lui donner un coup de coude entre les omoplates alors qu'elle était en train de boire son thé brûlant. Celui-ci s'était répandu sur sa tenue et lui avait brûlé les mains, tandis que Crabbe se plaisait à répéter que la maladresse n'avait pas sa place dans les rangs du Seigneur des Ténèbres. Fort heureusement pour elle, Hermione avait eu le bon goût de ne pas répliquer et était partie se changer en silence.

Sans doute était-ce pour cela qu'aujourd'hui, elle avait pris soin de se mettre aussi loin que possible de la table des formateurs, et mangeait en baissant la tête sans l'espoir sans doute vain de passer inaperçue.

─ Je t'ai parlé, Zabini, grogna Crabbe qui ne l'avait pas lâché de ses petits yeux porcins.

Blaise fit mine de sortir de ses rêveries et jeta un coup d'œil hautain à Crabbe.

─ Excuse-moi, Crabbe, comme je n'en ai rien à faire de savoir si tu as bien dormi, j'ai préféré ne pas répondre pour ne pas être obligé de te retourner la question.

Crabbe s'étouffa avec un morceau de cheesecake tandis que Blaise retournait à son observation de la Grande Salle. Celle-ci n'avait presque pas changé, elle était égale au souvenir qu'il en avait, à la différence que la table autrefois réservée aux professeurs était désormais la propriété des formateurs. La matinée passa relativement vite pour Blaise et ses recrues. Celles de Drago s'étaient bien intégrées au groupe déjà existant, et le travail, bien que fastidieux, était accompli de manière sérieuse et efficace. Mais pour Hermione… Ce fut une bien autre histoire.

Le groupe de Crabbe avait passé quatre heures sur le terrain de Quidditch pour un entraînement intensif de corps à corps. Dans toute sa vivacité d'esprit, Crabbe n'avait pas pensé une seule seconde que le sol verglacé serait un obstacle au bon déroulement de la séance. Quand plus de la moitié des recrues s'était étalée sur le sol, il était sorti de ses gongs et s'était mis à hurler comme un babouin à qui l'on aurait diagnostiqué la rage – la bave en moins.

─ Bande d'incapables ! Même pas foutus de tenir sur vos deux pieds ? Qu'est-ce qu'on vous apprend depuis des mois, bande de crétins ?

Et Hermione, à qui l'on avait pourtant dit de se tenir bien tranquille, n'avait pas su retenir sa langue. Au fond du groupe, les bras croisés sur sa poitrine, elle répliqua d'un ton hautain :

─ Il a neigé Crabbe. Et quand la neige fond, mais qu'il continue à faire froid, le sol gèle. On appelle cela le verglas. Et devine quoi ? Le verglas glisse, et empêche nos pieds de prendre appui correctement sur le sol.

Le visage de Crabbe s'était transformé en un arc-en-ciel de couleur. La grâce et l'aspect magique en moins. Passant de rose, au jaune, au vert puis à l'indigo, il s'était précipité sur Hermione et lui avait attrapé le bras avec rage. Dans un excès de colère, il tira sur le bras de l'insolente, et la jeta violemment sur le sol.

─ Tu veux faire la maligne Granger ? Vas-y relève toi, je vais te montrer comme le sol est glissant.

Et Hermione de se relever avec souplesse, ne perdant pas la face et affichant un air aussi mauvais que celui peint sur le visage de son bourreau. Quand elle fut à nouveau sur pieds, Crabbe s'approcha juste assez pour lui faire un croche-pied, et la faire à nouveau tomber sur le sol dur et froid. Hermione grimaça quand elle sentit son coccyx heurter violemment la terre. Mais elle ne se démonta pas et se leva à nouveau. Cette fois, Crabbe l'attendait avec sa baguette. Et il la cueillit à l'instant même où elle trouvait enfin son équilibre. Durant les dix minutes qui suivirent, Crabbe se fit un malin plaisir à faire tomber Hermione, de plus en plus brutalement sur le sol, jusqu'à ce que sa tête cogne la plaque de verglas et qu'une giclée de sang vienne tâcher la glace accumulée autour d'eux. Elle se releva, encore. Avec moins d'aplomb et moins d'assurance, mais elle se releva quand même. Sa tempe saignait abondamment, et Crabbe était satisfait de son travail. Il était sur le point de lui jeter un ultime sortilège quand son pied, mal assuré, glissa à son tour sur la plaque de verglas.

Autour de lui, toutes les recrues eurent un petit rire. Discret, certes, mais pas moins moqueur. Rouge de rage et sûrement de honte, Crabbe se releva péniblement – peut-être n'aurait-il pas du se resservir de pommes frites une quatrième fois – et pointa un doigt accusateur sur Hermione.

─ Tu m'as fait tomber, s'exclama-t-il, furieux.

─ Non, tu es tombé tout seul comme un grand, répliqua Hermione qui ne souriait cependant pas.

Mais Crabbe ne l'écouta pas – d'ailleurs, il savait qu'elle avait raison, mais c'était bien plus facile de faire croire qu'elle l'avait tout bonnement agressé. Il s'approcha d'elle et l'attrapa par les cheveux. Avant même qu'il n'eut parlé, Hermione savait où ils allaient. Les cachots l'attendaient, sans doute pour une période plus longue qu'elle ne l'espérait.

x.x.x

La nuit qui précéda la surprise promise par Lord Voldemort fut plus douce qu'aucune autre nuit que Drago avait passé depuis qu'il était au manoir. Jusqu'alors, il n'était parvenu qu'à aligner quatre ou cinq petites heures de sommeil, car il se couchait tard et se levait à l'aube. Mais cette nuit-là fut différente. Grelottant dans la nuit noire, complètement nu, Drago sentit Morphée l'envelopper de ses bras blancs et le bercer vers des horizons oniriques qui eurent le mérite de panser son âme.

Il s'était interdit, jusqu'ici, de penser à Granger. Non pas qu'il eut de l'amertume ou de la haine envers elle, bien au contraire. Mais il avait voulu garder son souvenir pour les moments difficiles. Il s'était dit qu'il ne devait pas y penser, jusqu'à ce que ce soit trop pénible et que la situation insoutenable l'oblige à plonger dans des pensées plus douces et rassurantes que celles qui peuplaient son esprit depuis des jours. Et ce soir-là, alors que Drago avait si froid qu'il ne sentait plus ses pieds ni ses mains, alors que Voldemort lui promettait une surprise qui faisait déjà froid dans le dos, il s'autorisa à sombrer dans des fantasmes nébuleux mais néanmoins rassurants qui eurent le mérite de réchauffer son cœur le temps d'une nuit.

Il s'imagina cette même soirée où ils s'étaient disputés. Cette soirée où elle l'avait supplié de s'enfuir avec elle, et où il lui avait ordonné de dégager, de ne plus lui adresser la parole. Il se mit à imaginer ce qu'aurait pu être sa vie s'il avait accepté. S'il avait attrapé la main qu'elle était venue lui tendre et s'ils s'étaient bel et bien échappés des griffes de Lord Voldemort. Plongé dans l'imagination la plus pure, Drago se mit à rêver de la vie qu'ils auraient pu avoir. Peut-être auraient-ils trouvé une petite maison, près d'une falaise des Highlands, coupée du monde et de la civilisation. Ils auraient eu un petit jardin, un potager peut-être… Drago se voyait déjà plonger ses mains dans la terre pour y planter pommes de terre, laitues, poireaux et radis. Le soir, à l'heure où le soleil termine sa course et disparait peu à peu dans l'horizon, ils se seraient installés sur une vieille balancelle grinçante et s'y seraient balancés en silence. Sans doute aurait-il pris la main d'Hermione dans la sienne, et peut-être aurait-elle posé délicatement sa tête contre l'épaule de Drago, remontant prestement une couverture tricotée sur leurs genoux, pour parer à la bise fraîche qui balaie sans cesse les hauteurs écossaises.

Dans son sommeil, Drago se mit à sourire. Ce n'était qu'un rêve bien sûr, mais c'était bougrement tentant. Et puis la réalité le rattrapa. S'enfuir ? Pour aller où ? Etait-il prêt à vivre une vie de secret et de fuite en avant ? Sans doute oui. Mais pas Hermione. Hermione était faite de sang chaud, de révolte contre les inégalités et d'indignation. Elle n'était pas faite d'ombre et de chaos comme Drago. Elle était de lumière et de bienveillance, et il était l'ombre qui gisait à ses pieds. Et de toute façon, songea-t-il en se retournant sur le sol, ce n'était pas lui rendre service que de s'enfuir avec elle. Car dès lors qu'il aurait franchi le seuil de Poudlard, le serment inviolable qui entravait son corps aurait tôt fait de le transpercer de part et d'autre et de faire de lui rien de plus qu'un corps déserté de toute vie.

x.x.x

A l'instar de Drago, qui se trouvait pourtant à des centaines de kilomètres de là, Hermione grelottait dans sa cellule. La nuit était tombée sur Poudlard, et personne n'avait pris soin de venir allumer un feu de cheminée dans les cachots froids et silencieux qui servaient autrefois de salle de classe pour l'enseignement des potions. Hermione s'était assise dans un coin de sa cage – car c'en était une – et avait ramené ses genoux contre elle, les entourant de ses bras, pour mieux garder le peu de chaleur qui émanait encore d'elle. Le sang sur sa tempe avait séché, ses cheveux s'étaient collés dessus, tandis que Crabbe avait bien pris soin de retirer à Hermione son pull et ses chaussures avant de la jeter dans les cachots. Rien n'était en faveur du réchauffement de son corps grelottant.

Ce n'était cependant rien de plus qu'une situation familière pour Hermione qui était restée de bien longs mois dans l'une des cellules d'Azkaban. A côté de celles de la prison, la pièce qu'Hermione occupait actuellement avait l'air d'un luxueux appartement. Il n'y avait pas de fenêtre, ce qui empêchait la brise glaciale de s'y engouffrer, et le sol, bien que froid, avait l'avantage d'être sec. Sentant le sommeil l'envahir peu à peu, Hermione posa doucement son front contre ses genoux et s'autorisa enfin à fermer les yeux. Son répit ne fut que de courte durée néanmoins, car bientôt, une voix vint la sortir de sa léthargie.

─ Tu n'auras pas mis bien longtemps à te mettre Crabbe à dos, murmura la voix qui venait de la cellule d'à côté.

C'était une voix basse et calme. Une voix masculine qu'Hermione mit un moment à reconnaître. C'était la voix d'un garçon de son groupe qui avait été, lui, envoyé chez Goyle en l'absence de Drago. Il s'appelait Bartholomew McGibbons. Elle n'avait jamais vraiment discuté avec lui, mais elle avait souvenir d'un garçon grand et fort, discret et solitaire.

─ Je vois que tu n'es pas en reste, avec Goyle, répliqua-t-elle finalement, sans rouvrir les yeux.

Un petit rire rauque s'échappa à côté d'elle, et elle ne put s'empêcher de sourire à son tour. Au moins, ici, elle n'était pas obligée de regarder l'énorme tête de gorille de Crabbe. Elle n'avait pas à supporter sa voix grasse ni ses allusions perverses. Elle n'était pas contre l'idée de rester là jusqu'à la fin de la guerre. A condition que l'on vienne lui donner à manger et à boire au moins un jour sur deux.

─ Pour toi, c'était couru d'avance, ajouta Bartholomew.

Hermione ne répondit pas mais son silence en disait long sur son incompréhension. Que voulait-il dire ?

─ Tu étais sa favorite.

─ A Crabbe ? ricana Hermione.

─ A Malefoy.

Hermione était sur le point de le questionner, de dire qu'elle ne voyait pas de quoi il parlait, quand la grande porte du cachot s'ouvrit sur une silhouette familière. Le silence s'abattit entre les deux compères. Il n'était pas question que le formateur pense que l'ambiance n'était pas si mauvaise ici, et que l'on ne s'y ennuyait pas tant que ça. Hermione redressa cependant la tête et tendit le cou pour mieux connaître l'identité du nouvel arrivant.

x.x.x

Le soleil s'était levé depuis longtemps quand Lord Voldemort entra enfin dans les cachots de son manoir. Il avait sciemment attendu, patientant à l'étage que le soleil commence son ascension. Il savait qu'en bas, Drago n'avait aucune notion du jour et de la nuit, puisqu'aucune fenêtre ne laissait le jour entrer dans les cachots. Mais malgré tout, son Lieutenant avait conscience du temps qui passait. Et s'il ne savait pas quelle heure il était, Voldemort était certain qu'il savait qu'il attendait là depuis des heures.

Des heures, c'était assez long pour laisser place à son imagination. Pour le laisser s'interroger sur la surprise promise et tant attendue. Au petit matin, Drago s'était glissé contre un mur, et avait attendu. Longtemps. Les yeux grands ouverts, rivés sur la porte de sa cellule, il avait attendu des heures, tendant l'oreille au moindre bruit suspect qui pouvait provenir du monde extérieur. Il ne savait pas à quoi s'attendre. En fait, il ne s'attendait plus à rien, quand son maître fit son entrée. Celui-ci était tout sourire, et bien évidemment, cela n'annonçait en rien une bonne chose. Quand il fut au milieu du cachot, il attendit que son poulain se lèvre pour prendre la parole.

─ Tu sais, Drago, que je ne fais pas cela pour te punir de quoi que ce soit. En fait, je n'ai absolument rien à te reprocher, et je peux même t'avouer que je suis fier de toi.

─ Merci, Maître, répondit Drago d'une voix rauque et mécanique, en baissant le regard sur ses propres pieds.

Il avait pris l'habitude de remercier le Lord dès que celui-ci pensait faire preuve de grande mansuétude. Cela flattait son égo – déjà protubérant – et permettait à Drago de récupérer quelques précieuses secondes de tranquillité.

─ Et chose promise, chose due, je ne suis pas venu seul aujourd'hui.

Drago releva brusquement la tête pour croiser le regard animal de Voldemort. Celui-ci était de si bonne humeur que Drago sentit ses poils se hérisser tout le long de son corps. Quand le regard de Voldemort se fixa sur la porte, Drago s'autorisa à en faire de même. Et son cœur d'arrêter de battre. Traînée par une Bellatrix folle de joie, Pansy entra à son tour dans le cachot. Elle n'avait pas fière allure. Elle ne portait qu'une vieille robe de sorcier élimée, et ses cheveux n'étaient pas aussi soyeux que dans ses souvenirs. Ses yeux, cependant, n'avaient pas perdu de leur intelligence ni de leur vivacité. Quand elle fut arrivée à la hauteur de Voldemort, elle arracha brusquement son bras à l'étreinte de Bellatrix, et ses yeux croisèrent enfin ceux de Drago, qui était resté jusqu'alors silencieux.

Du moins, silencieux pour Voldemort et sa tante. Car Pansy le connaissait si bien qu'elle savait déjà ce que tout son corps lui criait. Sa mâchoire crispée dénonçait sa rage, ses lèvres pincées confirmaient son inquiétude, ses yeux brillants lui demandaient « Est-ce que ça va ? », ses poings crispés dévoilaient sa nervosité. Et Pansy de le rassurer autant que possible. Car malgré tout, malgré tout ce qui s'était passé et tout ce qui allait se passer, elle était heureuse de le revoir enfin. Voilà des années qu'ils ne s'étaient pas vus, des années qu'elle chérissait leur souvenir, des années qu'elle pensait à lui tous les jours. Et si le destin n'était pas en sa faveur, elle ne pouvait que remercier Merlin de le revoir une dernière fois. Loin d'être naïve, Pansy se doutait bien qu'elle ne ressortirait plus de ce manoir. Du moins, pas vivante.

Voldemort, qui s'était tu le temps de ces retrouvailles silencieuses, eut un large sourit et se frotta les mains d'un air conspirateur.

─ Comme tu le vois, Drago, j'ai remué ciel et terre pour retrouver notre chère Pansy. Voilà des années que nous ne l'avions pas vue, et je ne crois pas mentir en affirmant qu'elle nous a beaucoup manqué.

Bellatrix, à côté de son maître, laissa échapper un rire de démente.

─ Et maintenant que nous sommes tous réunis, la joie s'insuffle dans mon cœur.

En avait-il vraiment un ? songea Drago.

─ Bien entendu, sa trahison n'est pas passée inaperçue parmi nos fidèles mangemorts. Nous t'avions proposé, n'est-ce pas, Pansy, de rejoindre nos rangs ?

─ Oui, affirma Pansy sans baisser les yeux.

─ Mais tu as refusé.

─ En effet.

─ Et tu penses que ce refus va rester sans conséquence ?

─ Non.

Drago se vit sourire intérieurement. Qu'elle était belle, sa Pansy. Dans toute sa condescendance polie, dans son regard provocateur et sa bouche candide. Même vêtue de haillons, elle était charmante et étincelante. Elle brillait dans ce cachot miteux, et sa tête, fière et hautaine, ne méritait rien de plus qu'une couronne. Reine conquérante, impératrice intrépide, elle ne craignait les feux d'aucun enfer, et Voldemort échouerait comme tous les autres dans sa quête veine de voir un jour briller la peur dans ses yeux mordorés.

─ Depuis combien de temps ne vous êtes-vous pas vus, Drago ?

─ Près de sept ans, maître.

─ Juste après Poudlard, n'est-ce pas ?

─ Oui.

─ Ainsi, Pansy vous a abandonnés, Blaise et toi. Elle nous a abandonnés. Alors que nous comptions sur elle. Et maintenant, elle sait qu'elle doit être punie.

Le regard de Pansy croisa à nouveau celui de Drago, et ce dernier aurait pu jurer la voir hausser les épaules avec toute la désinvolture dont elle était capable. Mais Drago, lui, n'était pas aussi serein quant à ce qui attendait son amie. Il craignait que la punition soit à la hauteur de la trahison, et que Pansy n'en ressorte pas indemne. Il craignait qu'elle subisse ce qu'il avait subit jusqu'alors, et s'il avait pu supporter cela, il ne le souhaitait à personne, et encore moins à la belle Pansy.

─ Mais je sais parfois être bon. Et je suis quelqu'un de patient, n'est-ce pas ? Ainsi, j'ai décidé de vous laisser une journée. Rien que tous les deux, en souvenir du bon vieux temps. Tu l'as mérité Drago. Quant à Pansy… Et bien j'imagine que je ne suis pas à un jour près. Ainsi, demain, Drago, tu assisteras à la punition qu'elle mérite.

Drago serra les mâchoires. Il était furieux. A quoi cela servait-il d'être docile et d'encaisser chaque séance de torture que Voldemort jugeait nécessaire ? En quoi était-ce utile d'obéir à ses ordres, de serrer les dents et d'être son Lieutenant si le Lord s'entêtait à lui faire subir toujours pire ? Car il savait déjà qu'il ne supporterait pas de voir Pansy souffrir. Il savait qu'il ne pourrait s'empêcher de s'interposer. Et qu'arriverait-il alors ?

─ Bellatrix va vous apporter de quoi vous restaurer. Demain matin, à l'aube, je reviendrai pour tenir ma promesse.

Et il quitta la pièce, Bellatrix sur ses talons. Drago et Pansy se retrouvèrent seuls, et sans que ni l'un ni l'autre ne parle, les bras de Drago s'ouvrirent largement pour laisser Pansy s'y lover doucement. Alors que son nez s'enfouissait dans les cheveux longs et bruns de son amie, Drago laissa échapper les mots qu'il retenait depuis qu'il avait croisé son regard.

─ Tu m'as tellement manqué.

x.x.x

Le cœur d'Hermione s'était mis à battre à tout rompre quand un formateur était entré dans le cachot. Non pas qu'elle craignait que Crabbe ne revienne, mais elle n'était pas prête à subir une nouvelle séance d'humiliation. Fort heureusement, ce n'était pas lui, mais Blaise Zabini qui venait d'entrer avec un plateau dans les mains. Sur celui-ci, une assiette pleine de daube et de pommes de terre cuites au four, ainsi qu'une énorme part de moelleux au chocolat, et une bouteille de jus de citrouille. Il s'approcha de la cellule d'Hermione et l'ouvrit à l'aide sa baguette.

─ Tiens Granger, c'est pour toi, dit-il en lui tendant le plateau.

Il affichait un air désolé et un sourire aimable qu'Hermione avait souvent vu chez le formateur. Ses recrues s'entendaient toutes à dire qu'il était bienveillant et juste. Il avait déjà puni les plus réfractaires, mais c'était toujours avec justesse et jamais dans l'excès. Cela n'expliquait cependant pas pourquoi il venait lui apporter à elle, et pas à ce pauvre McGibbons à côté dont le ventre gargouillait déjà.

Hermione regarda le plateau d'un air suspicieux.

─ C'est toi qui as fait le plateau ? Ou c'est Crabbe, qui t'a demandé de me l'apporter ?

Blaise éclata d'un grand rire sincère avant de lâcher le plateau dans les mains d'Hermione.

─ Tu crois vraiment qu'il se serait donné cette peine ?

─ Alors pourquoi tu…

─ Parce que, répliqua Blaise. Parce que tu mérites mieux et que …

Blaise ne termina pas sa phrase, mais sans doute aurait-il évoqué Drago s'ils avaient été seuls. En entrant, il avait vu qu'un deuxième détenu avait été installé là.

─ Que ?

─ Laisse tomber Granger. Arrête avec tes questions et contente-toi de manger.

Blaise tourna les talons et s'apprêtait à fermer derrière lui quand Hermione l'interpela.

─ Attends !

─ Quoi, Granger ? soupira Blaise en levant les yeux au ciel. Tu veux du ketchup et de la moutarde peut-être ?

─ Non, répliqua Hermione vexée. Est-ce que je peux en donner la moitié à Bartholomew ?

Blaise ne mit pas longtemps à comprendre que le garçon en question n'était rien d'autre que celui qui habitait la cellule d'à côté. En bonne samaritaine, Granger ne pouvait pas s'empêcher de sauver la veuve et l'orphelin alors qu'elle-même était dans une situation plus que pénible et délicate. Malgré tout, un énième gargouillement dans le ventre de Bartholomew acheva de le convaincre. Il sortit sa baguette et fit apparaître un plateau identique. Inutile de partager un plateau en deux alors que la magie pouvait en offrir deux entiers.

─ C'est ton jour de chance, Barthy. Granger en colloc' et te voilà avec un festin. Evitez de dire que vous vous êtes rempli la panse quand vous sortirez de ce trou, grogna Blaise en passant le second plateau au second détenu.

Et sans ajouter quoi que ce soit, il tourna les talons et quitta les cachots. Dans leur cellule, Hermione et Bart étaient songeurs, mais cela ne les empêcha pas de s'emparer d'une fourchette et de manger avidement ce qui se trouvait dans leur assiette. Hermione avait déjà englouti la moitié du plateau quand la voix d'à côté murmura :

─ Bon appétit, et merci.

─ C'est Zabini qu'il faudra remercier, répliqua Hermione en avalant une gorgée de jus de citrouille.

Et cette phrase pouvait sembler étrange, car jamais elle n'aurait pensé devoir remercier l'un de ses formateurs. Il fallait bien admettre néanmoins, que Blaise les avait empêchés de sombrer dans une nuit de jeun, et que ces pommes de terre étaient fichtrement délicieuses.


Et voilà ! Je ne me voyais pas écrire 4 000 mots que sur Drago avec Voldemort (c'était trop pour moi), donc j'ai alterné entre Poudlard et le manoir Jedusor. On dirait qu'Hermione a un allié parmi les formateurs, et peut-être un ami en la personne de Bartholomew.

Quant à Drago, s'il résistait jusqu'à maintenant aux entraînements de Voldemort, avec le retour imprévu de Pansy, on peut dire qu'il se sent bien moins sûr de lui. Pansy est pour lui une véritable sœur, alors que se passera-t-il quand Voldemort la punira ? J'attends vos hypothèses !

Le prochaine chapitre arrive mercredi prochain. En attendant, portez-vous bien, et à très vite.