Faiblesse

Un mois avait passé depuis cette fameuse nuit, après le bal et aucune attaque ne s'était produite depuis lors. L'ampleur de la dernière attaque avait été la goutte d'eau pour le Ministère et aujourd'hui, l'Ecole était sérieusement encore une fois menacée de fermeture. Enfin encore une fois pour moi.

Je m'étonnais cependant de ce brusque revirement. Pourquoi arrêter les attaques maintenant ? L'Ecole était encore ouverte, c'était le moment ou jamais de frapper un grand coup…

Mais au lieu de ça, Tom passait à nouveaux de plus en plus de temps à la bibliothèque, refusant de nous dire ce sur quoi il travaillait…

C'était durant l'une de ces soirées où il s'éclipsait pour ses recherchesque je me retrouvai à réfléchir, perdue dans la contemplation de mon baldaquin tout en jouant distraitement avec le bracelet au cœur de jade que je ne quittais plus depuis Noël.

Parfois, un sentiment de culpabilité venait me rappeler ce qu'il signifiait, mon lien, des plus proches, avec Lord Voldemort. Cependant je ne pouvais m'empêcher de le chérir, justement pour cette même raison…

-Tu viens Ginny ?

-Oui, oui, j'arrive, une minute…

J'enfilai alors ma robe d'uniforme tout en rajustant mes cheveux et suivi Andréa, Elayne et mes deux autres camarades en direction de la Grande Salle.

oOo

Ce mois passé n'avait pas uniquement donné sujet à réflexion à Ginny, mais aussi à Tom…

Tom qui n'avait jamais rien vu que le côté utile des gens. Tom qui n'avait jamais aimé, qui ne s'était jamais attaché et qui commençait à trouver que Ginny prenait de plus en plus de place dans sa vie et ses projets… Il ne voulait pas que l'on s'approche d'elle, qu'on la fasse souffrir. Elle était à lui. Entièrement.

Il avait le don de s'approprier les choses ; et il détestait qu'on les lui reprenne. Il en allait de même pour Ginny. Après tout, elle venait d'ailleurs, d'un monde où il l'avait fait souffrir. Qui savait si elle n'allait pas finalement se retourner contre lui, vouloir l'abandonner, tout comme son moldu de père avait tourné le dos à sa sorcière de femme alors qu'elle était enceinte.

Elle avait le pouvoir de le blesser. Volontairement ou non.

Il avait beau s'être attaché à elle, elle représentait un point faible.

Ses réflexions l'avaient donc amené à une seule conclusion, simple et définitive : il devait se débarrasser de cette faiblesse. Mais sa vie n'en restait pas moins importante à ses yeux.

Il ferait passer cela pour un accident. Une autre victime malencontreuse du monstre de Serpentard ... Mais en réalité, ce serait lui qui la tuerait et elle deviendrait alor son premier Horcruxe. Elle serait son tout premier pas sur le chemin de l'immortalité.

Il savait parfaitement comment atteindre son but il lui suffirait d'ouvrir la Chambre et elle viendrait le retrouver. Seule, comme toujours. A ce moment-là, il frapperait. Mais il fallait attendre que le contexte soit propice à son projet… Heureusement il était patient.

Ce soir-là donc, alors que Tom attendait le moment propice pour passer à l'action, tous les élèves se rendaient au dîner, réunis par dortoir, comme l'avait ordonné le Directeur. Il ne les suivait pas. L'admiration que lui vouaient ses professeurs, à l'exception de Dumbledore qui semblait se méfier de lui et de ses intentions, lui permettant d'échapper aux remontrances.

Devant lui, à quelques mètres, il apercevait Ginny, sa longue chevelure ondulant le long de son dos. Elle était entourée de ses camarades de dortoir.

Il arrivait à peine au grand hall quand un incident se produisit sans qu'il n'ait l'occasion, ou du moins le besoin d'intervenir.

oOo

Nous arrivions au niveau des escaliers centraux et malheureusement pour nous, les garçons de sixième année de Gryffondor descendaient au même moment. Ce qui devait arriver arriva.

La tension était à son comble du fait des nouvelles règles imposées par mesure de sécurité et chaque occasion de se provoquer était vivement saisie. Je savais que ce n'était qu'une question de temps avant que je ne me retrouve au milieu d'une dispute entre Gryffondors et Serpentards.

-Mais regardez donc qui voilà ! fit la voix railleuse de Cyrus White.

Je l'avais déjà remarqué. Préfet, populaire Capitaine de l'équipe de Gryffondor, Cyrus White était adoré de tous dans sa maison.

-La catin du Petit Prince des Serpentards accompagnée de ses Vipères… continua-t-il.

Ma main se referma violemment à l'intérieur de ma poche.

-La ferme White, répliqua Andréa en se plaçant en tête du groupe, toi et tes toutous feriez mieux de retourner à la niche avant que je ne vous apprenne les bonnes manières.

Cyrus fit à son tour un pas en avant, se retrouvant alors à seulement quelques centimètres d'Andréa.

-Je ne t'ai pas adressé la parole il me semble, mais peut-être que tu as déjà oublié que ton dégénéré de petit-copaint'a vite oublié au profit de cette petite garce, cracha-t-il en me désignant du menton. A moins que vous ne vous le partagiez ?

-Espèce de sale petit …

Mais Andréa n'eut jamais le temps d'exprimer sa haine envers ce sale petit con prétentieux. Je m'en chargeai à sa place, laissant libre court à toute ma colère et à la frustration accumulée ces dernières semaines…

Le Gryffondor ne vit pas le coup venir car je lançai le sort de manière informulée, mais la force de mon Chauve-furie l'envoya d'abord valser dix marches plus haut, où il s'écrasa violemment avant de se faire attaquer sauvagement par une nuée de petites bestioles noires très agressives…

Les cris de ses camarades qui se précipitaient pour l'aider ou au choix, pour nous attaquer en retour alerta les Professeurs réunis dans la Grande Salle pour le dîner et il leur fallu moins d'une vingtaine de secondes pour arriver sur les lieux de l'incident, accompagnés des trois quarts des élèves tandis que j'apercevais Tom qui arrivais de nos quartiers par la gauche, l'air vaguement surpris, ou peut-être songeur.

-Miss Prewett ! s'exclama alors Mr Hewitt, le vieux professeur de Sortilèges tandis que le Professeur Tetenjoy mettait fin aux tourments du Gryffondor larmoyant, le visage et les mains couverts de griffures sanguinolentes…

J'y étais allé un peu fort mais la culpabilité qui se nichait au creux de mon estomac ne parvenait pas à éclipser la satisfaction que je ressentais à cet instant.

-Miss Prewett, cela fera cinquante points en moins pour Serpentard, déclara le Professeur Dippet, et je laisse à votre Directeur de Maison le soin de vous trouver la punition adéquat. Mais sachez qu'un autre écart de ce genre vous vaudra un renvoi immédiat quelques en soient les circonstances ! s'égosilla-t-il de sa voix fluette. Maintenant que tout le monde regagne la Grande Salle !

Un brouhaha excité suivi les paroles du Directeur tandis que tous prenaient le chemin de leur table respective.

Je senti le bras de Tom passer autour de ma taille et m'entraîner à la suite de nos camarades. Je le suivi sans protester, même si j'aurais de loin préférer aller me réfugier dans mon dortoir. Ceci-dit, mieux valait ne pas briser de nouvelles règles ce soir-là.

-Tu as été… impressionnante tout à l'heure Ginny, remarqua Andréa. Je ne savais même pas que l'on pouvait projeter quelqu'un avec ce sort. Quand à le blesser, tes Chauves-souris étaient réellement furieuses, ajouta-t-elle en pouffant inconfortablement.

-Ce sort était la démonstration d'une puissance indéniable, enchaîna Tom.

Je le regardai alors et vis une fugace admiration traverser son visage… Si fugace que je me demandais si je ne l'avais pas imaginée.

-De plus il l'avait mérité.

Je remuai, gênée. Je l'avais quand même sérieusement amoché ce White… Un gamin arrogant et détestable, certes, mais un gamin quand même…

Le lendemain, après mon cours de Potions, le Professeur Slughorn me demanda de rester un peu plus longtemps, rassurant Andréa et Elayne, qui auraient voulu m'attendre, en leur assurant qu'il m'accompagnerait en personne à l'étage de Défense Contre les Forces du Mal.

Il prit soin d'enfermer soigneusement nos préparations dans une armoire scellée magiquement avant de se retourner vers moi.

-Voyez-vous Mademoiselle, le Professeur Dippet a insisté pour que je punisse sévèrement vos actions d'hier… commença le gros homme. Cependant, je ne peux me résoudre à brimer un tel talent pour les Sortilèges, d'autant plus que ce que vous avez fait hier témoigne d'une très grande puissance.

Il resta silencieux un instant, comme songeur. Mais je pensais plus ou moins savoir à quoi m'attendre. Il replaça méticuleusement ses affaires en ordre sur son bureau avant de reprendre.

-Je tiens des dîners, de temps à autres voyez-vous. J'y invite les élèves les plus prometteurs, quel que soit leur domaine de prédilection. Parfois, des personnalités importantes sont conviées… Cela pourrait être bénéfique pour votre avenir.

Il me regarda alors franchement, une pointe d'appréhension dans le regard, tel un amateur d'objets précieux qui se demande s'il va réussir à obtenir une nouvelle pièce pour sa collection.

-Si vous acceptiez de vous joindre à nous bien entendu.

Je lui souris franchement. Sa proposition était telle que l'on pouvait difficilement la refuser mais je savais par expérience que son discours ne se voulait pas clairement manipulateur. C'était un homme qui se voulait important sans pour autant désirer le feu des projecteurs… Plutôt l'homme de l'ombre qui conseille. Et profite aussi.

-Ce serait avec plaisir Professeur.

Il me sourit à son tour et je du réprimer une curieuse envie de rire.

Ce soir-là, le défaut de points que j'avais occasionné à ma nouvelle Maison était entièrement comblé grâce à la maîtrise parfaite que Tom avait du Sortilège de métamorphose humaine et qui m'avait donné l'apparence d'une magnifique lionne, à la stupéfaction de tous, sauf la mienne. Je m'attendais plus ou moins à un tel résultat. C'est donc en discutant des incidents de la journée, qui pour une fois étaient loin de toute morbidité, qu'Andréa et moi nous couchâmes, à mon grand soulagement. Je n'étais pas sûre d'apprécier d'être le centre de toute cette attention…

Mais à peine quelques instants plus tard, alors que le sommeil me gagnait enfin, j'eue de nouveau cet étrange pressentiment Tom venait de rouvrir la Chambre des Secrets…Finalement le répit n'aurait été que de courte durée.

Angoissée, je jetai un sortilège de silence sur tous les baldaquins qui m'entouraient, afin de ne pas attirer l'attention. Elayne tout particulièrement, avait le sommeil léger. Enfilant ma robe d'uniforme et mes ballerines, je me glissai alors vers la sortie, baguette à la main par simple précaution.