Ha'ge Ohasu [L'être lumière] ~ Partie IV Mishu-vravshaya [Panne moteur]
Chapitre 2 - Slor-shoklar
[Tendres baisers]
oOo
Précédemment:
Jim se colla à elle dans son dos, afin qu'elle puisse prendre appui sur son torse, comme s'il voulait lui transmettre sa force :
- Maintenant ! Dit-il avec une volonté de fer
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Spock sursauta presque quand il sentit des mains puissantes sur les siennes et la fermeté d'un buste d'homme dans son dos... Jim ! La profonde détresse de Ève exacerbait la transmission involontaire de ses affects et de ses perceptions via leur Kash-naf. Il perçut très nettement la force et la volonté inflexible qui se dégageait de Jim, et il comprit à quel point cela rassurait Ève de se sentir ainsi soutenue, protégée, à quel point cela l'aidait à ne pas être totalement noyée par sa douleur physique et mentale. Spock éprouva une vive culpabilité d'avoir imposé cette épreuve à son épouse. Il refoula cet affect: ils n'avaient pas le chois, la menace qui pesait sur la vie l'équipage devait avoir la priorité.
Ève avait de longs frémissements de souffrance pure. Jim se colla davantage à elle; la recouvrant presque de son corps puissant, protecteur... rassurant. Là où le corps de Jim était en contact avec celui de Ève, lui diffusant sa chaleur, elle souffrait presque moins.
Sa lumière tourbillonnait furieusement autour d'eux, acérée.
- Jim, ça fait si mal. Haleta-t-elle. C'est trop dur... je ne sais pas... comment ...que ?
C'était si douloureux que cela lui coupait le souffle et qu'elle ne parvenait même pas à pleurer.
- Vous allez y arriver ! Répliqua Jim d'une voix d'où ne perçait aucun doute
Spock sentit l'esprit de son épouse l'appeler, le supplier de l'aider, tenter désespérément d'entrer en résonance avec le sien. Elle était totalement désorientée, débordée par la douleur, toute son âme lui hurlait au secours. Il reconnut aussi des échos de l'esprit de Jim, sans doute transmis par la lumière, fort et opiniâtre. Il perçut même que l'esprit de Jim tentait inconsciemment d'entrer en contact avec celui de Ève pour l'aider!
Spock devait faire quelque chose. Mais pour cela, il devait tenter, non il devait réussir à établir une connexion avec elle. Il posa le pad sur ses cuisses, ferma les yeux, et concentra toute la force de sa pensée dans leur Kash-naf.
Leur lien était saturé de lumière qui agissait comme un catalyseur. Il parvint facilement à établir un contact avec elle, et, étonnement, avec Jim! La fusion mentale avec son épouse était aussi nette que s'il l'avait eue blottie dans ses bras.
Jim ne perçut pas ce contact mental entre Spock et lui, il souffrait trop pour être à même de s'en rendre compte. De plus, toute l'énergie son esprit indomptable était tournée vers Ève. Jamais Jim n'aurait imaginé que l'on puisse avoir mal à ce point, c'était comme si chacun de ses nerfs était écorché et mis à vif. Sur la passerelle Spock faisait la même constatation, mais parvenait à rester impassible et à maintenir sa connexion avec eux.
L'esprit de Ève s'agrippa aussitôt à celui de Spock. Ils n'échangèrent aucune parole, leur fusion mentale était au-delà des mots. Elle essaya de réunir et de stabiliser toutes ses pensées autour des siennes si solides. Elle pensa de toutes ses forces à Spock, à Jim, au Docteur, à toutes ces personnes qui avaient été si gentilles avec elle depuis son arrivée... l'affection et la reconnaissance qu'elle ressentait pour eux lui infusa un regain de motivation à se surpasser. Pour eux.
Elle sentit avec soulagement l'esprit de Spock approuver sa démarche et l'encourager. Les Vulcains se méfiaient des manifestation affectives, mais dans ce cas précis, ces sentiments aidaient Ève puissamment. Comme Jim tout contre elle, Ève sentait que Spock lui transmettait sa force. Lui aussi se battait à ses coté. Elle s'accrocha davantage à lui. Il rehaussa les barrières mentales de Ève, la guida afin qu'elle puisse ignorer la douleur et la peur, il l'aida à se concentrer.
Apaisée par l'esprit puissant de Spock, rassurée par la force physique de Jim, galvanisée par la confiance qu'ils avaient déposée en elle, Ève sut enfin ce qu'elle devait faire, et comment le faire. Elle dirigea toute sa lumière dans le cristal qu'elle percevait sans le toucher, elle y concentra toute son énergie.
Il fallut 4.36 minutes de lumière intense pour que les moteurs acquièrent assez d'énergie. Dès que les jauges furent dans le vert, Sulu mit les moteurs en route à la vitesse maximum, et l'Enterprise fusa hors de la toile des Arachnoïdes. Leurs petits vaisseaux furent incapable de les suivre.
Ève continua à transmettre son énergie, aussi longtemps qu'elle le put. L'Enterprise fila à une vitesse qu'il n'avait jamais atteinte auparavant, s'approchant pendant même pendant une demi minute de la légendaire distorsion de facteur dix*. Il tremblait violemment.
- Oui! S'exclama Jim d'une voix enrouée. Vous avez réussi! Les moteurs fonctionnent à plein régime!
Ève ne cessa pas pour autant de transmettre sa lumière. Plus le vaisseau s'éloignerai de ces dangereuses créatures, et mieux ce serai.
Au bout d'un certain moment, elle sentit confusément qu'une bonne partie du cristal de dilithium s'était régénérée. Elle avait totalement perdu toute appréciation de l'écoulement du temps. Elle relâcha sa concentration et perdit aussitôt connaissance.
Emporté par l'énergie cinétique de sa propre accélération, l'Enterprise décéléra très lentement.
La douleur de Jim et Spock s'évanouirent en même temps de Ève et leur connexion fut brutalement rompue.
Spock s'inquiéta pour la vie de son épouse. Ils put vérifier avec soulagement, via leur Kash-naf, que celle-ci était sans connaissance, affaiblie, mais vivante.
Jim eut un moment d'effroi en sentant le corps de Ève devenir amorphe. Non! Ce petit Ange, l'épouse de son ami ne devait pas mourir! Il ne perdit pas son sang froid. Il posa deux doigts sur sa carotide et eut un soupir de soulagement: son cœur battait, très lentement, mais il battait avec régularité. Il l'allongea avec précaution sur le sol.
Jim se leva avec difficulté, tout engourdi et courbaturé comme s'il avait couru tout un marathon, et sans échauffement préalable.
Il n'avait pas dû s'écouler plus d'un quart d'heure depuis qu'ils avaient quittés la passerelle.
- Passerelle, ici Kirk. Dit-il d'une voix encore altérée par les échos de la douleur. Est-ce que cela a fonctionné ?
Son instinct lui disait que oui, mais il avait besoin d'une confirmations.
- Oui, Capitaine. Lui répondit Spock, la gorge enrouée. Vous avez réussi. Le vaisseau est hors de danger
- Quelle distance par rapport à notre position d'origine monsieur Chekov ? Demanda Jim dont la voix retrouvait sa tonalité normale
- ...euh... approximativement 26321 parsec* капитан ! Répondit Chekov estomaqué par l'incroyable distance parcourue en si peu de temps
- Un sacré bond en avant ! Répondit Kirk
Il ne se rendit pas vraiment compte du rebond spatial qu'ils avaient accompli, il verrait cela plus tard. De toute façon, LA seule chose qui avait de l'importance pour lui était que son équipage, Bones, Spock et son épouse soient en sécurité.
...enfin, jusqu'à la prochaine catastrophe (mais, par pitié, pas dès demain. S'ils pouvaient avoir quelques jours de calme...)
- Espérons que cela suffira. Commenta Kirk
- Ça, il n'y a aucun doute, Capitaine! Se réjouit Chekov. Il y a peu de chance pour que les Arachnoïdes puissent nous retrouver ou nous rattraper!
- Parfait! Descendez en vitesse de propulsion pour économiser l'énergie. Je veux un scan complet de la région, et tenez moi au courant. J'emmène Ève à l'infirmerie
- Je vous y rejoins. Intervint Spock.
Jim se pencha sur Ève, toujours inconsciente, et la prit dans ses bras, délicatement. Elle lui parut plus légère qu'à leur arrivée dans cette pièce. Il croisa Scotty dans la salle d'à coté.
- C'est elle qui a fait toute cette lumière qui a traversé les murs? S'étonna-t-il. Sapristi ! Quel sacré petit bout de femme !
- Vérifiez combien de temps cette ré-énergisation durera. Nous ne pouvons pas nous permettre de lui demander de recommencer.
Scotty regarda Ève sans connaissance, d'une pâleur inquiétante et très amaigrie. Comment avait-elle pu maigrir autant en aussi peu de temps?
- Aye, Capitaine. Répondit Scotty d'une voix où perçait de la compassion et de la reconnaissance. On va faire en sorte que la p'tite Dame n'ait pas fait cela pour rien !
... Oui, songea Kirk, le Petit Ange de Spock avait assez souffert comme ça...
ooo
- Mais qu'est ce que vous lui avez encore fait ? Hurla le Docteur McCoy en voyant arriver Jim avec Ève inconsciente dans les bras. Et pourquoi le Gobelin n'est-il pas avec vous? Je croyais qu'il ne devait pas se séparer d'elle!
Il avait déjà remarqué sa pâleur le matin même. Mais là, même sans faire d'auscultation, il pouvait constater que son état était vraiment très alarmant. Il ne comprenait pas comment il se faisait que Spock et Jim, ordinairement si respectueux de la vie d'autrui, soient aussi négligeants avec la santé de cette Petite!
- Pas le temps de vous expliquer. Trancha Jim avec autorité. Spock va arriver. Et elle a grand besoin de vos soins. Je veux pour elle une chambre privative !
Jim semblait à la fois vivement inquiet et... si soulagé, que le Docteur en fut décontenancé
- Suivez-moi... allongez-là ici.
McCoy promena sur elle son médicorder, et s'indigna à nouveau :
- Je n'ai jamais vu ça ! Cela n'est pas possible! Elle est asthénique, sévèrement anémiée, comme si elle s'était vidée de toute son énergie vitale.
- Vous ne croyez pas si bien dire. Intervint Spock qui venait d'arriver.
Sa solide constitution Vulcaine lui avait permis de se remettre du choc subi, mais il ressentait tout de même une grande fatigue, et son corps lui donnait l'impression de peser de tonnes. Cette pensée était totalement irrationnelle, et pourtant elle décrivait bien la réalité de son ressenti physique. Il dépensait une énergie considérable rien que pour rester debout.
McCoy remarqua son éreintement mais ne l'évoqua pas, il savait que Spock était contraint de rester auprès de son épouse. Par la force des choses, il allait être obligé de se reposer lui aussi.
- Ève a transmis son énergie au cristal de dilithium en utilisant sa lumière. Expliqua Jim. Énormément d'énergie
- Si c'est une plaisanterie, Jim, ce n'est pas drôle. S'insurgea le médecin.
- Le Capitaine ne plaisante pas Docteur. Grâce à ce don, les moteurs ont fonctionné à pleine puissance le temps que l'Enterprise puisse s'extraire de la toile que les vaisseaux des créatures arachnoïdes tissaient autour du vaisseau. Mon épouse a transmis au cristal autant d'énergie qu'elle a pu. D'où cet état de grande faiblesse
McCoy connaissait bien Spock. Il perçut, bien cachée derrière le masque impassible du Vulcain, la fierté que celui-ci éprouvait vis à vis de l'acte que venait d'accomplir son épouse, et l'inquiétude pour son état de santé.
- Ok, si vous voulez. Concéda-t-il comme on parle à une personne en plein délire. Je ne vais pas vous contredire. Je vais lui élaborer un composé de micro-nutriments essentiels adapté à sa physiologie. Vous m'expliquerez toute cette histoire plus tard. Je ne comprends rien à votre histoire d'araignées
- Deux vaisseaux d'origine inconnue avait entrepris de tisser une toile autour de l'Enterprise. Expliqua Jim
- Les humanoïdophages dont parlaient Belok ? Comprit enfin McCoy. En attendant le fortifiant, une perfusion sanguine pourrait lui faire du bien...
- Prenez le mien, Docteur. Le sang Vulcain est plus riche en éléments nutritifs que celui des Humains, et le mien comporte aussi des éléments Humains.
- Vous n'y pensez pas, Spock.
- Il suffira d'en filtrer les éléments spécifiquement Vulcains. Insista Spock
McCoy bougonna. Il préleva une goutte de sang à Ève, puis à Spock. Il observa dans son micro-analyseur le comportement des deux mis en contact
- Incroyable ! Il n'y a aucun processus de rejet ! S'étonna-t-il. Son sang accepte même les composés Vulcains du vôtre, et le vôtre ne rejette pas ses éléments Humains ! Je n'ai jamais vu cela !
- Et s'il en faut d'autre, vous prendrez le mien. Intervint Jim.
McCoy le regarda comme s'il avait subitement changé de couleur de peau. Jim, qui faisait toujours tout un patacaisse à la simple vue d'un hypospray, proposait de donner son sang? Était-il au courant que cela se faisait au moyen d'une aiguille?
Le médecin se reprit et fit le prélèvement au bras de Spock. Jim détourna le regard et grimaça tandis que le Vulcain restait parfaitement impassible. Le médecin brancha aussitôt la perfusion au creux du coude de Ève. A nouveau Jim regarda ailleurs d'un air crispé. McCoy se rendit ensuite rapidement dans son laboratoire afin d'élaborer le composé hyper-nutritionnel.
- Dites moi, Spock, j'ai cru comprendre que nous avons franchi plus de 26000 parsecs. Ai-je bien entendu ?
- 26321 parsecs, Capitaine. Corrigea Spock. Nous avons parcouru une distance équivalente à la taille d'une galaxie. Cela a été possible car le vaisseau a atteint la distorsion 10 pendant 54.15 secondes, certainement au plus fort de sa transmission d'énergie électro-magnétique.
- Bordel !
- Il est probable que les propriétés spécifiques de son énergie électro-magnétique aient eu un effet accélérateur sur les tous les éléments du moteur du vaisseau. Je n'avais pas prévu cette incidence collatérale.
- Pas étonnant qu'elle soit à bout de force.
ooo
Une grande main chaude et ferme dans la sienne.
Un sensation de bien-être, de protection.
Un esprit fort et bienveillant aux lisières du sien
Spock.
Ève ouvrit les yeux doucement. Elle croisa ceux de Spock.
- Ça a fonctionné. Dit Spock doucement avant qu'elle n'ait eu le temps de s'inquiéter. Le vaisseau est à présent hors de danger !
Une vive allégresse remplit le cœur de la jeune femme, mais il n'y eut aucune lumière. Sa pudeur la fit lâcher la main de Spock quand elle remarqua la présence du médecin
- Ah, enfin ! Vous nous avez fait peur! Intervint McCoy. Je vais vous faire un hypospray de fortifiants que je vais mélanger à votre perfusion du sang de Spock. Cela va vous donner un bon petit coup de peps.
- Merci, docteur
Le médecin bougonna des mots indistincts. Elle avait cette façon de le remercier avec une telle reconnaissance, qu'il en perdait ses moyens et avait la sensation de devenir idiot
- Vous au moins, contrairement à cette tête de mule de Jim, vous ne grimacez pas à la vue d'un hypospray... Voilà, je vous laisse
Ève soupira.
Elle sentit rapidement une étrange chaleur se répandre en elle. Ses joues rosirent, ses membres s'engourdirent. Son esprit commença à s'alléger et sa tête à tourner un peu. Elle se sentit étrangement bien. Elle recommença à émettre une douce lumière, dorée et pétillante. Elle regarda sa perfusion et eut un petit rire :
- Nam-tor izzh-veh khafzz t'dular zzzvi'thezzzh ha ? [Z'est votre zang dans la perfuzion?] Il est zolii. Z'est tout vert ! Z'est rigolo !
Spock remarqua le zozotement, ainsi qu'une modification dans les intonations de sa voix, mais ne sut quoi en penser. Un effet secondaire de la perfusion de fortifiant ? Il se concentra sur leur lien. Il perçut en Ève une inexplicable modification dans sa gestion de ses émotions. Elle s'exclama avec un rire malicieux:
- Ze penzais pas que vous zétiez le zenre d'époux à vouloir pénétrer za femme zuzque dans zes zorganes zinternes !
Spock verdit d'un coup, mais se reprit aussitôt. Qu'arrivait-il donc à son épouse d'ordinaire si pudique?
Ève éclata de rire, un rire d'une enfant malicieuse et candide malgré les propos qu'elle venait de tenir. Elle tendit sa main vers lui. Il la prit dans la sienne dans un geste réflexe et il sentit aussitôt à quel point la gestion de ses inhibitions étaient effectivement perturbée :
- Embrazez-moi ! Zzzzaanu ! [Z'iiiiil vous plaît!]
C'était tout autant un ordre qu'une supplique
Spock déduisit qu'un élément qui composait le fortifiant du Docteur avait dû faire perdre à Ève une bonne partie de ses inhibitions. Qu'importe, il n'y avait aucun mal à accéder à sa demande. Elle était son épouse, sa requête était légitime et il n'y voyait aucun inconvénient à la lui accorder. Il se pencha sur elle et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle eut un murmure satisfait
- Mmmm... niiiii mooozzz [siiiii douououx]
Jim s'arrêta à l'entrée de la chambre et ne put se retenir de sourire d'attendrissement.
Jamais il n'aurait osé rêver les surprendre ainsi en plein baiser. Il grava cette belle image dans sa mémoire et attendit que Spock remarque sa présence.
- Capitaine. Dit Spock, impassible.
- Bones m'a avertit que vous alliez mieux ! Sourit-il en entrant dans la pièce.
- Oui, Zim ! Répondit Ève d'une voix joyeuse
Jim tiqua lui aussi en entendant son zozotement. Il échangea un regard perplexe avec Spock et vint se mettre de l'autre coté du lit. Elle s'empara aussitôt de sa main dès qu'il la posa sur le lit. Jim se sentit gêné vis à vis de Spock, mais n'osa pas la lui retirer. Il rougit, puis se détendit lorsqu'il se rendit compte que Spock ne montrait pas le moindre digne de désapprobation... il semblait même approuver.(?)
- Vous nous avez tous sauvé. Dit Jim avec émotion. Je ne sais pas comment vous remercier.
- Ze peux tout vous demander, zalors ? Rit Ève malicieusement
- Oui, bien sur. Plaisanta Jim sur le même ton. Vous avez ma parole de Capitaine !
- Un biiizou !
Les deux hommes échangèrent un regard surpris face à cette attitude si puérile, et si totalement différente de son comportement habituel. Cependant, Spock acquiesça. Jim se pencha. Mais quand il s'approcha de sa joue, elle tourna la tête et ses lèvres rencontrèrent celle de la jeune femme. Elles étaient aussi suaves que dans ses rêves les plus doux. La respiration de Jim se bloqua.
Spock se figea, mais d'étonnement, pas de jalousie. Comme Jim précédemment, il ne put se retenir de percevoir une forme d'harmonie dans ce qu'il voyait. Jim se redressa, encore plus rouge. Il allait balbutier des excuses quand Ève s'exclama en riant :
- Ze voulais un bizzou, mais zentre vous deux !
- Pardon ?! s'étonna Jim alors que Spock haussait les deux sourcils
- Vous m'avez dit tout ze que ze voulais. Gémit-elle avec une moue boudeuse, comme une enfant qui fait un caprice
Les deux hommes se regardèrent, incrédules...
Cependant... Jim avait donné sa parole... si cela pouvait lui faire plaisir... ce n'était, après tout, pas grand chose à accomplir... surtout après la mer de souffrance qu'ils avaient traversée tous les trois... et puis... et puis Bones n'était pas là pour en rire ...et puis, il n'était pas contre le fait d'effleurer les lèvres de Spock. En fait, à présent que cela était possible, il commençait même à en éprouver le désir.
Spock hocha la tête en signe acquiescement. Jim était son T'hai'la, il pouvait se permettre d'accomplir cette irrationnelle demande avec lui.
Ils se penchèrent l'un vers l'autre au-dessus du lit.
Aucun d'eux ne se posa de question sur la facilité avec laquelle ils acceptaient de réaliser cela, ni sur le fait qu'aucun d'eux n'avait un seul instant songé à protester et refuser d'accéder à ce caprice futile et embarrassant.
Tous deux furent intensément surpris par la douceur de leurs lèvres, par le chaleureux sentiment de bien-être qu'ils ressentirent lors de ce contact caressant.
- Ze le zavais ! Murmura Ève d'un ton victorieux, mais qui commençait à s'endormir. Z'êtes siiii beaux tous les deux quand vous faites za! Troop beaux! Je le zavais, tous les deux, vous zêtes...
Spock ne put lui demander le sens de ces mots sur-réalistes, elle était déjà retombée dans le sommeil. L'embarras gagna les deux hommes. Leurs lèvres étaient gonflées, et leur semblaient brûler encore au souvenir de ce bref contact.
- Qu'y avait-il dans l'hypospray que lui a administré le docteur ? Demanda Spock pour retrouver sa rationalité rudement mise à l'épreuve par cette situation inattendue. Cela a modifié son comportement et libéré ses inhibitions.
- Vous pensez qu'elle fait une réaction allergique ? S'inquiéta Jim.
- Non. Je ne perçois rien de tel.
- À travers votre lien ? Demanda Jim.
Il savait à présent, pour l'avoir lui-même expérimenté dans sa chair à travers la lumière brûlante de Ève, à quelle point ce lien, non, cet asservissement mutuel, pouvait être douloureusement contraignant. Et pourtant, il se surprit à le leur envier.
- Effectivement.
- À bien y réfléchir, elle se comportait comme si elle avait bu. Suggéra Jim
- Qu'aurait-elle pu boire et comment ?
- Je veux dire, comme si on lui fait ingérer, ou qu'on lui aurait injecté de l'alcool.
- Elle serait en état d'ébriété ? Oui, vous avez raison, cela expliquerait son comportement irrationnel...
McCoy entra pour vérifier les constantes de sa patiente. Dès qu'il posa un pied dans la chambre, Spock lui demanda
- Dites-moi docteur. Y avait-il un composé alcoolisé dans le fortifiant que vous avez administré à mon épouse?
- Oui, mais en quantité infime, à peine 0.35%, pourquoi ?
- Pour rien. S'empressa de répondre Jim. Bon, je retourne auprès de Scotty, j'ai du travail.
- Jim! Protesta McCoy
- Voudriez-vous me transmettre les informations qu'il vous donnera, Capitaine?
- Sans faute, Commandant.
- Jim! Insista McCoy. Vous semblez fatigué, vous devriez...
- À plus tard, cas de force majeure, Doc... Répondit Jim trop heureux d'échapper aux "bons soins" de Maman-poule-Bones et de ses hyposprays.
- Cas de force majeure ! Répéta le médecin. Non, Jim vous avez besoin...
- J'ai juste besoin d'une tablette de chocolat noir et d'un bon croissant au beurre pour reprendre des force. Rétorqua Jim par provocation en franchissant la porte.
- Bon sang, cet homme va me faire vieillir avant l'heure ! Ragea McCoy. Quant à vous, vous allez rester ici !
- Vous savez bien que je ne puis aller nulle part sans mon épouse, Docteur.
- Prenez place sur la couchette. Ordonna McCoy en dégainant son médicorder. Vous ne semblez pas en meilleur état que votre épouse. Je vais vous ausculter, cela ne prendra que quelques minutes.
Bien qu'avec une réticence visible, Spock obtempéra sans protester, au grand étonnement du médecin.
ooo
Les multiples analyses de McCoy achevées, Spock se fit apporter un pad. Il resta en contact permanent avec Kirk, et il travaillèrent ensemble un long moment. Il apprit que cristal de dilithium recommençait à se désagréger, mais beaucoup plus lentement. Au moins, ils avaient gagné un sursit. L'accélération cinétique avait pris fin et le vaisseau fut maintenu en vitesse subliminique pour protéger les moteurs et prolonger la durée de vie du cristal. Kirk maintint l'état d'économie d'énergie qu'il avait décrétée, au moins le temps que Scotty achève les réparations des différents circuits principaux. Le don d'énergie de Ève leur avait fait gagner un mois d'autonomie.
Quand Kirk rompit le contact après lui avoir transmis toutes dernière les informations principales, Spock entreprit de mettre à jour le programme d'enseignement de Ève. Elle apprenait vite, mais elle avait encore tant à assimiler. Il lui prépara une série de contrôle de connaissance.
Ève soupira, elle sortait de son sommeil. Spock se leva:
- Votre santé s'est-elle améliorée ? Avez-vous repris des forces ?
- Oui. Répondit-elle d'une toute petite voix. Ni'droi'ik nar-tor, Spock [Je vous demande pardon, Spock.]
Spock perçut sa vive culpabilité, qu'il ne comprit pas
- Stariben dular pa-ra ? [De quoi parlez-vous ?]
- De tout à l'heure, mes caprices stupides, je ne sais pas ce qui m'a pris...
Elle recommençait à diffuser une lumière sombre
- Le fortifiant du docteur contenait de l'alcool et a induit en vous un état d'ébriété. Expliqua Spock calmement. Vous n'aviez pas conscience de ce que vous faisiez ou disiez.
- Hi, vesht-shok-tor nash-veh Jim ! [Mais, j'ai embrassé Jim!] Se souvint Ève. Je l'ai même forcé à m'embrasser!
- Je vous assure que ni lui ni moi ne vous en tenons rigueur.
Elle rougit. Puis elle pâlit tout autant.
- Oh mon dieu, qu'est ce que j'ai fait ! Paniqua-t-elle
Il sentit monter en elle une crise émotionnelle. Il voulut immédiatement la rassurer :
- Il est illogique de culpabiliser de la sorte, je vous l'ai dit, vous n'aviez pas...
- Non Spock... il faut me pardonner, je vous en prie... je... Ashau nash-veh k'dular [je vous aime], vous le savez, depuis le premier jour ... mais...
Spock ne répondit pas, déconcerté et mal à l'aise face à cette déclaration d'amour faite à travers tant de larmes. Il savait par expérience, que chez les Humains, une phrase finissant par un 'mais' en suspension n'introduisait jamais rien de positif
- ... mais quand j'ai embrassé Jim... je me suis rendue compte... j'ai compris... oh pardonnez-moi... je crois que... Ashau nash-veh nuh'Jim ! [je suis aussi amoureuse de Jim...] Je ne sais pas comment c'est arrivé... je ne comprends pas comment c'est possible... je vous aime tant !
Il semblerait que Jim soit parvenu involontairement à ses fins, lorsqu'il les avait tous deux courtisés lors du souper. A moins que ce soit son implication dans cet éprouvant partage de lumière? Jim avait touché du doigt sans le savoir la puissance de leur Kash-naf. Ce lien des époux qu'il partageait avec Ève s'était-il aussi fixé entre ces deux Humains?
Quoi qu'il en soit, tout mari ordinaire, Vulcain ou Humain, aurait été mort de jalousie face à un tel aveu. Mais Spock n'était pas pas Homme ordinaire ou un Vulcain ordinaire.
Surtout, il appréciait à un tel point avoir Jim et Ève à ses cotés, leur présence lui apparaissait tellement naturelle, lui devenait jour après jour tellement indispensable, qu'il ne ressentit aucune forme de rivalité. Les Vulcains étaient pourtant sensément territoriaux, et lui-même l'était vis à vis de son épouse... excepté lorsque Jim était impliqué.
Mais Spock ne releva pas le paradoxe car Ève pleurait à présent à chaudes larmes. Elle était parvenue à contrôler sa peur grâce à ses Naph-fo-dan lors de "l'incident Balok" Mais elle éprouvait une telle culpabilité qu'elle ne songeait même pas à les utiliser pour se calmer. Ces affect extrêmement puissants venaient frapper les Naph-fo-dan shidik [barrières mentales] de Spock comme les vagues d'une marée haute, les mettant à rude épreuve.
Le premier objectif de Spock était par conséquent de faire cesser cette désagréable crise émotionnelle qui mettait son propre équilibre mental en péril. Il se souvint de la dernière fois où elle avait eut une telle explosion émotive de ce type, et il sut quoi faire. Il la souleva pour l'asseoir sur le lit, elle ne lui opposa aucune résistance. Il la prit dans ses bras. Elle se serra contre lui. Elle tremblait. En une fraction de seconde, il reçut en son esprit tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui, incommensurable. A nouveau, il sentit ses Naph-fo-dan vaciller.
- Kroi'uh maf-tor, Adun'a t'nash-veh. [Cessez de pleurer, mon épouse]. Dit-il de sa belle voix calme. Je vais trouver une solution rationnelle à ce problème.
- Ri nam-tor qsa'ksas tehnat nah-veh ha ? [Vous n'êtes pas fâché contre moi ?] Hoqueta-t-elle avec étonnement. Je croyais que la fidélité était un élément essentiel dans les mariages Vulcains.
Spock glissa sa main dans la sienne et initia un Ozh'esta. Cela sembla la rassurer.
- Certes. Cependant vous n'avez rien fait de mal, vous ne m'avez pas été infidèle et vous avez fait preuve d'honnêteté. Répondit-il avec une impassibilité apaisante. Vesht-tar dular ish-veh nash-dular [Vous me l'avez dit vous-même.] Un Humain ne peut pas contrôler ses sentiments. Trafa, nam-tor tenai nahyan-fam ! [Par conséquent, votre culpabilité est irrationnelle].
- Ce n'est pas de la faute de Jim...
- Je le sais. Nam-tor Jim heh dungi nam-tor kwon-sum t'hai'la t'nash-veh [Jim est et restera toujours mon ami.].
Rassurée, elle pleura encore un peu et s'endormit dans ses bras, vaincue par la fatigue...
Alors qu'elle glissait dans le sommeil, Spock perçut involontairement des fractions de ses pensées et sentiments, comme si elle cherchait à lui expliquer ce qu'elle ressentait.
Jim et lui étaient à ses yeux plus que des amis intimes, plus que des frères de sang. Elle savait l'amour que Jim portait à Spock, elle savait l'attachement profond qu'il éprouvait pour Jim. Elle les considérait Jim et lui comme les deux parties indissociables d'un tout, comme le Yin et le Yang... comme des... T'hylara!... Elle trouvait leurs liens merveilleusement beaux. Elle ne voulait en aucun cas les briser.
Considéré sous cet angle, le fait qu'elle éprouve des sentiments de nature romantique vis à vis d'eux était parfaitement logique.
Et Spock était un Vulcain logique.
ooo
à suivre...
La période nocturne était bien entamée quand Jim revint à l'infirmerie, les traits tirés, manifestement à bout de fatigue...
Selon vous, quelle sera la solution logique de Spock?
* Le coin Star-Trekien
fr(point)memory-alpha(point)wikia(point)com/wiki/Facteur_de_distorsion
Distorsion facteur 10
La vitesse maximale de l'Enterprise est la distorsion de facteur 9, le facteur dix est comparable à une vitesse infinie...
pour info : le facteur 9,9999 correspond à 199 516 fois la vitesse de la lumière, et permet de traverser le système solaire en 0,2 secondes, soit 12 milliards de km.
Le commandant Spock tient à préciser que la propulsion en distorsion a été inventée en 2063, Zefram Cochrane.
...
* Le coin science physique:
fr(point)wikipedia(point)org/wiki/Parsec
le parsec, ou parallaxe-seconde, est une mesure aujourd'hui obsolète, mais comme ils l'utilisent dans la série, alors moi aussi
Définition prise de tête : Historiquement, le parsec est défini comme la distance à laquelle une unité astronomique (ua) sous-tend un angle d'une seconde d'arc. Autrement dit, la distance à partir de laquelle on verrait la distance terre-soleil, sous un angle d'une seconde d'arc.
Une unité astronomique est la distance Terre-Soleil ...
que celui ou celle qui a comprit lève la main... parce que moi, non ^^'
1 parsec = 3,26156 années lumières = 9 460 582 000 000 km (soyez heureux, je vous épargne la conversion en mètres).
L'Enterprise a franchis 26 321 parsec ... faites chauffer vos calculettes, mais je doute qu'elle contiennent assez de chiffres
:3
ooo
