Voici le 13ème chapitre de Lorsque l'impensable est commis. Ce que j'adore, puisque c'est le 13! J'ai eu beaucoup de mal à me décider sur la finalisation de ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira tel quel. Je m'essaye aussi à une nouvelle page de présentation:

Remerciements spéciaux : Oura-chan et Mane-chan, un grand merci à vous deux, vous me permettez de maintenir le flot d'idées sans l'épuiser ou m'y noyer. Si ces chapitres sont là, c'est en grosse partie grâce à vous!

Disclaimer: Fairy Tail est l'oeuvre de Hiro Mashima.

Merci à tous ceux qui lisent et reviews, mettent en 'follow' ou 'favorite' cette histoire, et bonne lecture!


Chapitre 13 : Réveil redouté

Depuis l'accident, onze jours s'étaient écoulés. C'était ce à quoi Grey songeait en regardant par la fenêtre. Il s'était réveillé quelques jours seulement auparavant, ce qui était long par rapport aux blessures réelles qu'il avait subi. Il allait d'ailleurs devoir bientôt partir remercier Lola et son mari pour les soins, mais il ne pouvait pas. Pas maintenant qu'il savait. Que le maître, avec son air grave et ses yeux tristes lui avait expliqué l'intégralité de ce que Natsu avait vécu. Que le mage aux cheveux ébènes avait tout avalé, l'esprit soudainement aussi blanc que la neige. Neige souillée par l'écarlate du sang et de la haine, comme cette nuit-là, longtemps auparavant. Il n'arrivait à y croire.

Pas lui, s'il-vous-plaît pas lui... Si il y a ne serait-ce qu'un dieu en ce monde, s'il-vous-plaît ne lui faites pas ça, pas à lui...

Mais rien en ses prières muettes n'avait permis le moindre changement. Maintenant, alors que l'euphorie du réveil était passé, il ne pouvait s'empêcher de se questionner, de douter. Les heures et les jours passaient toujours aussi réguliers, tels des métronomes, sans que rien ne change. C'était le calme avant la tempête. Et quelle tempête promettait de défiler à l'horizon ! Une tornade que Grey appréhendait.

Il n'avait même plus de larmes pour extériorisé tout ça... Plus que les yeux qui piquent et la boule à la gorge qui l'empêche de respirer. Ses poumons en feu, que chaque inspiration brûle. Son estomac noué d'appréhension. Sa solitude, carcan de glace qui l'emprisonnait plus qu'elle ne le protégeait. Plus encore que jamais il désirait la chaleur de ses bras, la joie de son sourire, la vie dans ses yeux verts. Il le désirait si fort en cet instant. On ne se rendait jamais compte de se qu'on possédait avant de le perdre. C'était vrai. Tellement vrai... Puisqu'en un sens, il l'avait perdu. Plus rien ne serait comme avant, ou alors au prix d'efforts gargantuesques.

Et puis il se prenait encore à espérer que Natsu ne s'en souviendrait pas, et que tout reviendrait comme avant, du moins au début. Ce serait toujours plus facile à gérer, le retour de morceaux éparpillés de cet enfer, que tout d'un coup dés le départ. Peut-être qu'il aurait le temps de se préparer mentalement. Bien sûr, depuis son réveil la question le torturait. Comment réagir ? Quelle attitude adopter ? Surtout qu'il en savait beaucoup, tout en finalement n'en connaissant que très peu. C'était dur, si dur. Peut-être même aussi dur que pour Natsu, d'être le simple spectateur de ce drame et de ne pouvoir rien faire d'autre que ramasser les morceaux et reconstruire tant bien que mal le puzzle, espérant n'oublier aucune pièce.

Il savait que son petit-ami avait été... v-..vio...vio-... Putain ! Même le mot même était si difficile à prononcer ! Puisque l'énoncer, s'était admettre sa réalité, lui donner du pouvoir, une emprise sur lui et son monde. Et qu'il ne voulait pas le laisser déformer sa perception ! Surtout rejeter cette pitié qu'il surprenait dans ses pensées dés qu'elles s'égaraient vers le dragon slayer.

Natsu n'avait nul besoin de sa compassion ! Il avait besoin de son réconfort, de ses mots, mais pas de sa pitié ! Surtout pas.. Grey savait qu'à la place du mage de feu, il ne supporterait pas ce sentiment qui le diminuerait plus qu'autre chose. Et c'était si dur de l'écarter de ses yeux, de son âme. De ne pas réfléchir à travers son filtre miséreux.

Le mage de glace n'aimait pas se l'avouer -même si il savait qu'il devait faire face à ses démons avant que Natsu se réveille, pour supporter les siens- mais il appréhendait le retour à la réalité du dragon slayer. Il y avait trop d'incertitudes, trop de hasard et ça le mettait mal-à-l'aise. Contrairement à sa tête brûlée préférée, il préférait pouvoir prévoir ce que le futur lui réservait. Il détestait viscéralement les surprises...

L'année scolaire venait de se finir, et il avait reçu des remarques élogieuses de sa maîtresse sur son bulletin. Un grand sourire adorait son visage d'enfant alors qu'il se précipitait vers sa mère pour le lui donner. Celle-ci était plutôt grande, avec de longues boucles brunes qui lui caressaient le dos jusque dans la chute de ses reins. Un visage fin, des yeux un peu trop enfoncés mais ravissants, d'un bleu très clair. Son sourire qu'il cherchait toujours à faire naître sur ses lèvres tant il éclairait sa journée. Elle l'avait accueilli en ouvrant grand les bras pour le saisir au vol, puis l'avait soulevé contre son cœur en riant. Le son avait carillonné dans l'air pendant quelques minutes encore, son propre rire joignant le sien. Puis excité il s'était tortillé dans ses bras pour que sa mère le repose, ce qu'elle avait fait sans tarder. Alors il lui avait donné, si fier de lui, son bulletin où les félicitations n'attendaient que d'être lu. En abordant un air sérieux pour l'occasion, mais les yeux pétillant de malice sa mère avait ouvert le carnet.

« Ooooh ! Mais c'est que tu as de très bonne notes, Grey-grey ! ( C'était la seule à pouvoir l'appeler ainsi ) Et... ?! Les félicitations de aussi ! Il faut fêter ça, tu as vraiment fait du très bon travail, Grey-grey ! ( Elle s'était penchée pour lui ébouriffer les cheveux en lui adressant un sourire complice ) Bien ! Je vais appeler Papa pour lui dire que la surprise est maintenue !, lança-t-elle en lui faisant un clin d'oeil.

Une surprise ? Quelle surprise ? Mamaaaan ! C'est quoiiiii ? Cria Grey en sautant de joie et tapant dans ses mains.

Une surprise est une surprise, Grey-chou ! Tu verras ça un peu plus tard, lui avait-elle répondu avec un grand sourire face à son agitation croissante.

Nooooooonnnn ! » pleurnicha l'enfant en tentant d'amadouer sa mère, ce qui eut pour seul résultat de la faire rire. Quelle mère cruelle !

Et ils étaient partis main dans la main sur le chemin du retour vers la maison.

Sauf que Grey ne saura jamais qu'elle était cette surprise...

Le rugissement inhumain de la bête avait été la première chose qu'ils avaient entendu. Le village enneigé s'était tu, alors qu'un deuxième hurlement déchirait la nuit. Puis les tremblements de terre au rythme de ses pas, qui secouaient les masures et faisait tomber la neige des congères. La peur dans le regard écarquillé de sa mère. Lui qui n'y comprenait pas grand-chose, mais la terreur enflée quand même. Puis la main chaude, rassurante de sa mère dans la sienne et elle l'entraîne à l'opposé des tremblements de terre. C'est la panique dans les rues, et nombreux sont les passants qui se heurtent, tombent, s'abandonnent à terre. Il vient de voir le boulanger gifler sa femme parce qu'elle le « ralentissait ». Lui aussi ralentissait sa mère ? Allait-elle le frapper puis l'abandonner au milieu du chaos ? Apparemment non, elle le serrait plus fort encore par la main, pour être sûre de ne pas le lâcher.

Un nouveau rugissement et l'enfant qu'il était ne pût s'empêcher de se retourner, intrigué. La vision le cloua d'horreur. Un monstre gigantesque, avec des cornes plus grosses que sa chambre. Et des yeux... des yeux...

Il hurla alors que sa mère le poussait désespérément vers leur seule chance.

Elle fût forcé de le prendre dans ses bras. Il l'entendait murmurer des paroles apaisantes au creux de son oreille, mais aucune ne le calma. Parce que par-dessus son épaule il pouvait assister au massacre du démon. Et parce qu'il n'arrivait à détourner le regard des corps soulevés dans les airs. Ils décollaient, puis pendant un temps semblaient planés. Avant que la réalité ne les rattrape et qu'ils s'écrasent partout, n'importe où, dans une explosion rouge, rose et violette. Des bouts qui atterrissaient jusque très loin du « corps ». Grey avait envie de vomir. Il sentait la morsure glacée des larmes sur ses joues, c'était terrifiant. Tout était terrifiant. Pourquoi ? Pourquoi aujourd'hui ?

Tout avait si bien commencé, et sa mère lui avait promis une surprise. Était-ce ça la surprise ? Des morceaux de chairs ensanglantés qui peignaient les masures alentours, les congères et les rues ? Le monstre en arrière-plan qui rugissait encore, encore et encore ? Si c'était le cas, c'était cruel.

Mais la course désordonnée de sa mère et ses bras qui l'étreignaient tellement forts qu'il étouffait presque démontraient le contraire. Ce n'était pas un cadeau. C'était un cauchemar. Un cauchemar apparut dans son quotidien, et qu'il était impuissant à repousser. Impuissant. Trop faible. Si loin des super héros qu'il affectionnait tant... Et obligé de se cacher dans les jupes de sa mère, qui courait pour les sauver tout deux. Autour d'eux la situation n'était guère mieux. Il voyait certains de ses camarades de classe, ou des connaissances s'effondrer dans la neige, la terreur les paralysant. Ils n'avaient pas d'adultes, eux, pour les relever et les entraîner au loin. Ils n'avaient personne.

Et ils allaient mourir.

La réalisation le frappa de plein fouet. Ils allaient se faire tuer parce que contrairement à lui, ils n'avaient pas eu la chance d'avoir des proches à leurs côtés. Ils allaient mourir. Et il ne pouvait rien faire, parce que ça signifierait que lui et sa mère s'arrêtent. Qu'ils meurent avec eux.

C'était encore un enfant. Un enfant qui venait de comprendre dans le sang et dans la terreur, que vivre ne se faisait pas sans sacrifices. Qu'il ne pourra jamais oublier ses visages tordus par l'horreur, ses gémissements et plaintes déchirantes, ce sang qui tâche la neige, les bras de sa mère qui le soutiennent et le portent. Sa propre impuissance, sa peur de ne quand même pas réussir à survivre. Le visage du monstre qui se dessine petit à petit loin au-dessus de lui. Ses yeux... ses pupilles jaunes, deux fentes dans un visage démoniaque, pleines du vice et de la destruction.

Des yeux vides. Vides...

Si vides qu'il se demande si la chose est vivante. Mais il ne fixe rien, ne regarde pas les meurtres qu'il commet. Banalité. C'était devenu des banalités pour lui. Mais ça, Grey ne le comprendra que plus tard. Là, en cet instant, il est confus. Pourquoi tuer lorsque l'on semble si indifférent ? Il n'y avait aucune logique à ce massacre. Pas qu'il puisse y avoir une raison derrière le meurtre d'un village entier. Mais là, plus encore par ses yeux d'enfant, il ne comprenait pas. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Et sa mère trébuche, s'effondre. Il sent son corps tressauter sur le sien sans en connaître la cause. Il a un peu plus chaud aussi, et c'est visqueux. Rouge aussi. Ça s'étale en corolles autour de leurs formes couchées. Il appelle sa mère, la secoue. Elle ne bouge pas. Il se démène pour sortir et la faire réagir. Il y arrive. À sortir de son étreinte devenue suffocante, pas à la faire bouger. Alors il insiste, soudainement aussi perdu que les autres enfants, ceux qui n'avaient pas eu de chance. Elle remue un peu. Relève la tête faiblement pour rencontrer son regard. Il la sent loin, très loin de là alors qu'elle est encore ici. Il ne comprends pas, tout est si confus. Ses yeux restent figés sur le sang qui dégouline de la bouche de sa mère. Ses lèvres visqueuses bougent, forment des mots. Il les entends, comme en transe. Elle lui demande de fuir ? Où ? Pourquoi ? Sans elle ? Non ! Non, non, NON ! Pas sans elle. Il avait déjà perdu beaucoup. Il ne supporterait pas de devoir l'abandonner. Il pleure, mais ses larmes ne l'amadouent pas. Sa voix se fait plus faible mais plus pressante. Elle lui crie de fuir, même si en volume sonore, ce n'est qu'un murmure. Il secoue la tête, refuse, tente de la relever.

Elle le gifle. Elle lui hurle de partir, de s'enfuir loin d'ici, de survivre ! Elle pleure aussi.

Il se relève, hébété. Fais un pas en sa direction, deux autres en arrière. Ses jambes flageolent, il chancelle. Curieusement son corps tient bon. La tête de sa mère est retombée sur la neige, et le rouge a fini de s'étendre autour d'elle. Il en a plein les vêtements, de son sang, il le sait. Il n'arrive pas à partir, même si profondèment en lui, il sait qu'elle n'ait plus là. Partie. Loin, sans retour en arrière possible, sans lui.

Morte.

Le souvenir est trop prenant, il sait ce qui va se passer après, il sait que l'horreur est loin d'être terminée, mais il n'arrive pas à sortir, à se détacher de tout ça. C'est si lointain et pourtant si prêt. Il sent son esprit dériver encore, comme toujours lorsqu'il devient émotionnellement trop instable, que ses frontières de glace s'effondre autour de lui.

« Grey... Tu pleures ? S'étonna une voix en arrière-plan.

Voix qui prit tout à coup toute la place, rompant le cauchemar éveillé.

Éberlué le mage de glace se lèva de son fauteuil et fit quelques pas vers la source de son éveil. Il n'osa y croire. À un mètre de là, la tête légèrement penchée dans sa direction, deux pupilles vertes inquiètes plongèrent dans les siennes.

Natsu !