14. Famille
La jeune femme se réveillait péniblement. Tout son corps semblait flotter dans un nuage, elle était incapable de bouger, incapable d'ouvrir les yeux. Alors, elle tenta de comprendre où elle était, de reprendre ses esprits tant bien que mal, les yeux clos. Elle sentit un souffle tiède sur sa joue, des lèvres effleurer sa peau. Elle pouvait dire que la respiration de la personne couchée tout contre elle était lente et régulière. Elle devait être endormie. Dans un effort considérable, Julia tourna doucement la tête sur le côté gauche. Son visage se perdit dans le cou de l'homme assoupi. Elle ne put s'empêcher de sourire en respirant son parfum. Elle le sentit bouger un peu et ses doigts se glisser dans son dos. Elle déposa alors sur sa peau un doux baiser du bout des lèvres, avant d'ouvrir enfin les yeux et de lever le regard vers lui. Comme elle l'avait pensé, William dormait paisiblement, la tenant fermement contre lui. Elle le regarda en silence un long moment, avant de glisser sa main sur son torse pour venir caresser sa joue. Une fois encore il bougea dans son sommeil, mais il ne se réveilla pas.
Julia voulait passer des heures à le regarder simplement, paisiblement, lorsque les évènements récents lui revinrent en mémoire, lorsqu'un petit gazouillement un peu plus loin lui fit reprendre pieds dans la réalité. Elle tourna alors la tête de l'autre côté pour voir un berceau à côté du lit. Doucement, pour ne pas réveiller William et parce que son corps ne semblait pas encore vouloir lui obéir pleinement, elle s'échappa de l'étreinte de son époux. Elle s'assit sur le rebords du lit, étouffant un soupir de douleur, puis, après un dernier regard à William, elle rassembla toutes ses forces et se mit debout. Elle fit les trois pas qui la séparaient du berceau avec difficulté, avant de se tenir fermement à celui-ci. Un large sourire se dessina alors sur ses lèvres lorsqu'elle vit le nourrisson qui s'y trouvait. Elle mourrait d'envie d'approcher sa main de lui, de le prendre dans ses bras, mais elle sentait que si elle lâchait le berceau, elle s'écroulerait sur le sol. Alors, elle resta là quelques instants, regardant tendrement l'enfant qui s'agitait de plus en plus en la voyant. Il se mit à pleurer doucement et Julia voulut se retourner pour prévenir William. Mais elle n'en eu pas le temps, que des bras forts s'enroulèrent autour d'elle et que le corps de William butta contre le sien dans son dos.
-Tu es réveillée, murmura-t-il dans le creux de son oreille avant de déposer un baiser dans ses cheveux, Dieu merci tu es enfin réveillée.
-Il doit…il doit avoir faim, répondit Julia sans regarder son époux, mais je n'ai pas assez de forces pour…
-Prends-le Julia, coupa William, je te tiens n'ai pas peur.
Aussitôt Julia lâcha le montant du berceau et se pencha dedans pour prendre l'enfant.
-Shhhht, dit-elle doucement en le mettant contre sa poitrine, ta maman est là mon cœur.
Elle le berça quelques secondes avant de défaire les boutons de sa chemise de nuit, toujours enlacée par William.
-Viens t'allonger, dit-il doucement, tu seras mieux.
Sans lui accorder la moindre attention, Julia se laissa guider vers le lit et William l'aida à s'y asseoir, la faisant s'adosser contre le montant en bois. Elle découvrit son sein et approcha l'enfant qui se blottit tout contre, bien trop impatient pour attendre une seconde de plus. Julia sourit tendrement en le voyant téter avec véhémence.
-Je vais chercher du…
-Non, coupa Julia en levant les yeux vers William, reste avec nous.
-Mais…tu…enfin tu veux que j'assiste à ça?
Julia rit doucement et caressa d'une main la joue du jeune homme.
-Ca ne me dérange pas que tu me vois nourrir ton fils. Cela risque d'arriver encore souvent tu sais.
-Comment sais-tu que nous avons eu un fils?
-On me la dit.
Elle le vit froncer les sourcils et elle rit une fois encore.
-Reste chéri, dit-elle doucement, s'il te plait. J'ai besoin d'être dans tes bras.
Il acquiesça et fit le tour du lit pour venir se mettre à côté d'elle. Elle s'adossa contre son torse sans quitter des yeux le nourrisson.
-Tu m'as fait peur tu sais, murmura William, j'ai eu tellement peur de te perdre.
-J'ai aussi eu peur William, avoua Julia, mais tu as prié pour moi et pour notre petit ange.
-Je ne pouvais faire que ça, je sais que tu…
-J'aimerai le faire baptiser William, dit-elle en le regardant enfin, je veux qu'il croit en quelque chose, je veux qu'il te ressemble, qu'il ait cette foi inébranlable en lui.
-Tu…veux vraiment?
Elle acquiesça en souriant avant de reprendre la parole.
-En revanche, j'y ai réfléchis et je ne souhaite pas qu'il aille dans une école catholique, ou protestante, ou d'aucune religion que se soit. Il ira dans la meilleure école privée de garçons, mais une école athéiste. Nous irons à l'église ensemble, tous les trois, peut être pas tous les dimanches, je ne le supporterai pas, dit-elle en riant en même temps que William, mais je souhaite que tu lui apprennes tout ce que tu sais.
-Je le ferai, murmura William en caressant la joue de son fils, merci.
Julia lui sourit avant de déposer un tendre baiser sur ses lèvres. Puis, ils regardèrent tous les deux l'enfant s'endormir contre le sein de sa mère. Sans qu'il ne puisse s'en empêcher, William glissa son doigt sur la joue de son fils un instant encore, avant d'effleurer la peau sensible du sein de Julia.
-William j'aimerai m'excuser.
-Pour quelle raison?
-Je…pour ce que je t'ai demandé de faire. Aucun homme ne devrait voir son épouse dans l'état dans lequel j'étais. J'ai peur que…que tu ne me désire plus après avoir vécu ce que tu as vécu.
-Oh Julia, soupira William en riant au creux de son oreille, peu d'hommes peuvent vivre la joie de mettre au monde leur propre enfant et je suis heureux de faire parmi ceux qui l'ont fait.
-Mais tu m'as vu, enfin, tu vois ce que je veux dire.
-Je t'avoue que je savais ce que j'allais voir, après que tu m'ais annoncé que tu étais enceinte, j'ai lu des livres sur l'accouchement et j'en ai vu des illustrations. Bien entendu le vivre était tout à fait différent mais…
-Voudras-tu encore me faire l'amour?
Il rit une fois encore et lui tourna doucement la tête pour plonger son regard dans le sien.
-Docteur Ogden vous êtes une femme merveilleuse et très intelligente, mais parfois il vous arrive de penser des choses bien stupides. Bien entendu que je veux encore te faire l'amour, et lorsque ton corps se sera remit de la naissance de notre fils je m'emploierai à te faire l'amour, encore et encore, dit-il sur ses lèvres avant de l'embrasser langoureusement pendant un long moment, jusqu'à ce que tu me supplie d'arrêter.
-Ca n'arrivera jamais, répondit Julia en l'embrassant passionnément à son tour.
Ils se séparèrent à bout de souffle en souriant avant d'accorder à nouveau leur attention à l'enfant.
-Il est magnifique, soupira Julia en glissant un doigt dans la minuscule petite main de leur fils, il te ressemblera.
-Non, il a tes yeux et avec un peu de chance il aura ton entêtement.
-Sans mon entêtement, nous ne serions peut être pas là tout les deux.
-Que veux-tu dire par là?
-J'ai revu Jane, enfin ce n'est pas son nom en réalité, et j'ai compris.
-Qu'as-tu compris?
-Que je devais lâcher prise avec le passé et n'avoir aucun regret. Que je devais être fière de la femme que je suis devenue et heureuse d'avoir l'homme que j'aime dans ma vie. Mon entêtement m'aura poussé à vouloir connaitre la vérité et c'est ce qui m'a sauvé. Aujourd'hui je ne veux plus lutter avec mes vieux démons, je veux être heureuse, avec toi et David.
-Tu m'en vois ravi.
Ils se sourirent et échangèrent encore un autre baiser.
-En revanche, reprit Julia, je ne souhaite pas interrompre ma carrière parce que nous avons un enfant. Comme nous en avons discuté, je partagerai mon temps entre notre fils et l'asile. Des gens ont besoin de moi et il a besoin de moi aussi, je ne souhaite pas devoir choisir.
-Je ne te demande pas de le faire, tu seras donc une femme moderne une fois encore.
-Et cela te dérange?
-Pas le moins du monde, je t'aime pour ça chérie, je t'aime, répéta William sur ses lèvres avant de l'embrasser.
-Moi aussi je t'aime William.
-Dis-moi juste encore une chose, tu ne verras plus Jane alors à l'avenir?
-Non, je ne crois pas, elle est partie pour toujours, en quelque sorte. Mais nous en reparlerons; pour l'instant, regarde notre petit ange, regarde comme il est adorable.
William fronça les sourcils à la remarque de son épouse mais celle-ci lui adressa un tendre sourire avant d'accorder toute son attention à l'enfant qu'elle tenait toujours contre elle. Elle sentit William resserrer son étreinte autour d'elle pour venir déposer un baiser dans ses cheveux.
-David William Murdoch, notre petit miracle, murmura-t-il contre sa peau.
-Notre fils.
Julia était en paix et heureuse. Elle savait que le bonheur était maintenant à portée de main, qu'il l'avait toujours été mais qu'elle en avait eu peur. Elle n'avait plus peur maintenant. Elle, qui avait sauvé tant de vie, elle avait sauvé une âme ce jour là, la sienne.
Le couple se trouvait assis sur un banc en bois dans le parc, enlacé. Ce dimanche était particulièrement beau et chaud. Ils en avaient profiter pour aller à l'église, pour prendre un pique-nique, faire une balade à bicyclette et venir se reposer au bord du lac. Cela faisait maintenant une heure qu'ils s'y trouvaient, savourant ce moment de calme.
Julia avait sa tête posée sur l'épaule de son époux qui caressait tendrement son dos.
-Et que dirais-tu de rentrer maintenant? Grommela-t-il contre son oreille.
-Il est encore tôt William, répondit Julia sans le regarder, David peut encore jouer dehors, il est enfermé toute la semaine à l'école.
-Il peut jouer à la maison, dans le jardin.
La jeune femme fronça les sourcils et se redressa pour plonger son regard dans le sien.
-Toi, tu as une idée derrière la tête.
-Peut être bien, murmura William sur ses lèvres avant de l'embrasser langoureusement, mais pour la connaitre, il te faut me suivre à la maison mon amour.
-Je crois en avoir un avant goût, répondit Julia en souriant.
-Tu n'imagine même pas, soupira William dans le creux de son oreille alors qu'elle sentit la main de son époux glisser sur sa cuisse pour s'aventurer vers son intimité, j'ai très envie de vous Madame Murdoch.
-Rentrons, grommela Julia, David jouera dans le jardin.
William rit doucement et se leva en un bond.
-David, viens, il est l'heure de rentrer, cria-t-il.
Aussitôt un petit garçon aux cheveux noirs et au regard couleur de l'océan, arriva de derrière les fourrés en courant, tenant un ballon dans ses mains. Julia se leva à son tour et William plaça David sur le siège aménagé à l'arrière de sa bicyclette. Ainsi, après un dernier regard, le couple se remit en route, vers leur maison.
FIN
Voila, cette fiction s'achève ici. Merci pour toutes vos reviews et pour ceux qui ont lu sans commenter également, merci beaucoup d'avoir suivi cette fiction jusqu'au bout. Peut être à bientôt et sinon...bon vent et bonne mer chez lectrices et lecteurs...
Julia R.
