Chapitre 13 : Héros ?

Kanon part s'entretenir avec Athéna et Poséidon, l'Autre s'inquiète pour Cheshire et Rune et Scarlet ont une discussion lourde de conséquences.


Le Sanctuaire trembla alors qu'un cosmos divin s'insinuait dans chaque faille de pierre et das chaque brin d'herbe. Kanon et Seiya déboulèrent dans la salle du trône.

''Athéna ! Est-ce que vous allez bien ?'' appela Kanon en se portant à ses côtés.

''Je vais bien Kanon des Gémeaux, mais que se passe-t-il ?'' demanda-t-elle en apaisant doucement le Chevalier en posant sa main sur son bras avec douceur. Alors que la secousse cessait. Geste que Poséidon ne manqua pas de remarquer alors que Seiya s'interposait instantanément entre lui et la Déesse de la Guerre, prêt à intervenir contre le Dieu des Océans.

''Saori-san ! Que fait Poséidon ici ?!'' rugit le japonais sur le pied de guerre.

''Seiya ! Poséidon est venu nous apporter son aide ! Calme-toi je t'en conjure.''

Pégase déposa les armes avec prudence, son cosmos prêt à s'embraser au premier geste suspect de la part du Dieu des Océans.

''Seiya, attends-nous dehors. Je dois parler avec Kanon, d'accord ?'' demanda la Déesse au Bronze. Seiya hésita mais finit par se résigner et par tourner les talons, non sans fusiller du regard celui qui avait tenté de noyer celle qu'il protégeait. Kanon lui s'éloigna d'Athéna avec méfiance, qu'est-ce qu'Athéna pouvait bien lui vouloir ? Surtout quelque chose qui soit en rapport avec Poséidon.

''Athéna ! Est-ce une blague ?! Kanon n'a aucune armure d'Or comme tu le prétends ! Pourquoi mon Marina est-il affublé de ce ridicule surplis qui ressemble vaguement à l'armure de son frère ?!'' rugit le Dieu des Océans en se redressant de toute sa hauteur, furieux à l'idée d'avoir été roulé.

''Poséidon ! Le surplis des Gémeaux n'est qu'une option temporaire le temps que Mû du Bélier termine de forger une nouvelle armure d'Or, il lui faut attendre une éclipse totale pour créer une nouvelle armure d'Or ! Mais Kanon reste un Chevalier d'Athéna à part entière et je t'interdis de me critiquer simplement parce que je n'ai pas envie de lui donner une vulgaire armure de Bronze ou d'Argent alors qu'il mérite d'être parmi mes plus grand protecteurs ! Il est Kanon des Gémeaux et sauf s'il le souhaite tu n'auras pas ton mot à dire !'' rétorqua Athéna furibonde en se levant de son trône en réponse à l'accusation de son oncle.

''Euh...Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe ? Qu'est-ce que j'ai à voir avec une alliance avec Poséidon ?'' demanda le Kanon d'un ton cinglant et hargneux. Est-ce qu'Athéna essayait de le vendre ou de confirmer son asservissement ? Quel que soit l'option elle lui paraissait haïssable. Il se sentait trahi par chacun des deux Dieux. Mais qui était-il pour se plaindre après tout ? Il était celui qui les avait trompé en premier. Normal qu'il veuillent se venger en lui montrant à quel point il était insignifiant, devenu un objet des Dieu.

''Kanon, calme-toi. Tu n'es tenu de rien mais Poséidon voudrait savoir si tu compte réintégrer le rang des Marinas. Si tu souhaite rester parmi la Chevalerie ou la quitter je respecterai ton choix et ne t'empêcherai de rien.'' tenta la Déesse pour apaiser la colère de son second Gémeau.

''Ne pas m'en empêcher ? Cela ne vous préoccupe donc pas que je parte ? Vous auriez toujours Saga n'est pas ? Ça à toujours été Saga de toute façon. ''

''Kanon, ce n'est pas ce que je voulais dire et tu le sais. Tu m'es précieux, Saga ne te remplacerait pas, personne ne le pourrait. Tu es unique et jamais je ne te forcerai à faire ce que tu n'auras pas envie de faire. Tu es libre de partir ou de rester, c'est ce que je veux te faire comprendre.'' Mais Kanon était trop loin, il n'écoutait plus. Il fit volte-face, quittant la salle du trône sans leur adresser le moindre regard, ruminant sa fureur.

''Il me semble que tu ne t'entendes pas aussi bien avec Kanon que tu ne le prétends. Peu importe il est mon Marina avant d'être ton 'Chevalier de remplacement'. Il reviendra vers moi.'' fanfaronna le Dieu des Mers. ''Bien ! Où en étions-nous de nos négociations ?''


''Qu'est-ce qui s'est passé ?'' s'inquiéta Sion sur ses gardes.

''Tu ne vas pas encore nous faire ta crise de panique, si ? S'il y avait un danger il s'est éloigné et maintenant et de toute façon Seiya est toujours Athéna et il ne brûle pas son cosmos. Alors arrête de sauter sur la moindre occasion pour faire du lèche-botte !'' cingla Dohko vers son amant.

''Dohko ! Protéger Athéna est mon devoir ! S'il lui arrivait quoi que ce soit à cause de ma négligence-''

''Arrête ton char ! Nous sommes dans un Sanctuaire truffé de combattantes bien plus expérimentées et efficaces que nous et aucunes d'entre elles n'ont levé le petit doigt. Si ça se trouve ce cosmos leur appartenait, si tu t'inquiète autant tu y vas mais ne t'avises pas de m'adresser la parole avant un bon moment !''

''Dohko ! Pourquoi tu réagis comme ça ?! Tu sais bien qu'Athéna passe avant tout ! Tu le savais ! Tu l'as toujours su ! Qu'est-ce qui a changé ?'' protesta le Bélier fatigué des reproches de son compagnon.

''Qu'est-ce qui a changé ?! Mais rien n'a changé, tu es toujours aussi lâche ! Toujours à te cacher derrière Athéna pour te justifier ! Dans ses moments où rien ne pressait nous aurions pu être ensemble mais c'était toujours la même chose ! 'Désolé Dohko, je dois te laisser, il y a une obscure affaire qui s'avérera être une fausse alerte dans une contrée dont tu n'as jamais entendu parler dont je dois m'occuper. Et pareil pour demain, et après.' au final tu n'as pas été plus capable qu'un autre à prévoir que les Dieux étaient sur le pied de guerre ! Nous aurions passer du temps ensemble, voyager un peu, tu avais Saga et Ayoros prêts à faire tout le boulot pour toi pour te laisser du temps libre mais toi tu les renvoyait plus tôt pour te charger toi même des 'grosses affaires', tu restais dans ton fichu temple, à regarder tes fichues étoiles ! Maintenant nous n'avons plus le temps ! Et c'est de ta faute ! Tu n'as jamais été capable d'admettre tes sentiments, tu m'as toujours considéré comme ta faiblesse, tu t'es toujours efforcé à me repousser le plus loin possible pour garder ton précieux statut ! Tu dois être content maintenant. Tu peux à nouveau jouer les protecteurs. Tu as enfin tes excuses toutes faites pour repartir. Des fois je me dit que tu m'aurais sûrement plus aimé si j'étais reparti pour les Chutes du Rôzan. Mais c'est trop tard encore. Comme toujours. Alors va, va retrouver Athéna. Tu n'as jamais su faire que ça de toute façon.'' feula la Balance fou de douleur. Sion ne répondit rien cette fois. Dohko avait parfaitement raison. Il était le fautif dans cette relation. Incapable d'admettre que l'on puisse se passer de lui ou considérer son attachement envers la Balance comme un fardeau.

Dohko regarda le Bélier baisser le regard. Incapable de nier les attaques incendiaires du Septième Or. Incapable de regarder son amant dans les yeux. Le chinois siffla entre ses dents et tourna les talons pour disparaître de la Maison des Apprentis. Le Pope ne fit rien pour le retenir. Dohko était fâché. Dohko avait raison. Encore. Comme à chaque fois sur leur relation.

Dépité il s'effondra sur les marches de l'escalier principal. Il savait que Dohko arrivait à sa limite de tolérance mais il n'avait rien fait pour rattraper le coup. À chaque dispute il se réfugiait dans son travail, pour se persuader qu'il lui resterai son poste de toute façon. Se fermer les yeux. Se boucher les oreilles. Faire tout son possible pour cacher la vérité. Personne n'est irremplaçable. Ni au poste de Grand Pope ni dans le cœur de Dohko. Et il avait déjà bien abusé des deux.

''Par tout les Dieux de l'Olympe... Aidez-moi.''


L'Autre remonta les marches vers le treizième temple au galop. Il avait reconnu le cosmos. L'un des trois en tout cas. Il y avait le cosmos divin, le cosmos sombre et un tout petit cosmos chancelant qu'il avait immédiatement identifié. Cheshire.

Quelque chose impliquant son compagnon venait d'arriver et personne n'en savait rien. Ceux qu'il croyait étaient partagés entre l'hébétement et l'envie de suivre l'attitude des Platines, beaucoup plus sereines qu'eux. Personne ne lui prêtait attention alors qu'il traversait les maisons pour retrouver son camarade. Personne ne les voyaient. Les invisibles. Les reclus. Les méprisés. Les bons à rien. Malgré sa puissance et le don divin offert par Déméter il restait l'être honni. Mais Cheshire ne s'en préoccupait pas. L'acceptant sans même tenter de le changer ou de lui reprocher qui il était. Sans rien lui demander en retour de son...

L'Autre ralentit jusqu'à s'arrêter au beau milieu de la maison du Coq.

En retour de quoi ?

Cheshire le considérait-il comme... son ami ?

Qui voudrais de lui comme ami ? Il était égocentrique, égoïste, capricieux, vaniteux, mesquin, cruel, désagréable, sarcastique, moqueur, injuste, abominable... innommable.

Garçon sans nom auquel on en trouvait aucun.

Chaque nom à sa vérité.

Sa signification.

Son identité.

Quel identité pourrait-on donner à un être comme lui? Quel nom salir en le plaquant sur son visage ? Quel nom lui donnait Cheshire lorsqu'il ne l'écoutait plus ?

Comme un loup rancunier, sa solitude lui sauta à la gorge, l'empêchant de respirer correctement, arrachant de ses crocs impitoyables sa gorge et ses yeux, lardant ses muscles de ses griffes acérées jusqu'à le faire choir sur le sol du Neuvième Temple.

Au milieu d'un temple d'Athéna, un jeune garçon aux cheveux cendrés pleurait.

Parce qu'il n'avait pas de nom et personne pour lui en donner.


Kanon sortit du treizième temple avec fureur. Rhadamanthe l'avait attendu devant l'entrée. Le Gémeau l'ignora et lui passa devant sans ralentir ou même lui accorder un regard. À ce demander s'il l'avait même remarqué. Le Wyverne tendit le bras et intercepta le grec toujours aussi furibond.

''Laisse-moi passer.''

''Pas avant que tu ne m'es expliqué ce qui te mets dans cet état Kanon.'' trancha le Juge agacé par l'attitude de son amant qui tentait de se dégager tant bien que mal de son emprise.

''Tu n'a pas à me dire quoi faire ! Je suis autonome, et libre, et adulte, et indépendant, et-... et va te faire foutre !'' s'énerva Kanon en s'efforcer d'arracher la main de Rhadamanthe de son bras. Mais le blond ne lâcha pas prise, gardant le bras de l'homme aux cheveux bleus bloqué entre ses doigts.

''Kanon, tu n'a pas a t'énerver sur moi alors que tu m'en as fait le reproche i peine deux heures.'' rétorqua l'anglais d'un ton le plus calme possible. ''Et j'aimerai savoir ce qu'Athéna a bien pu dire pour te mettre dans un tel état. Tu sais bien que quoi qu'il arrive je ne te le reprocherai pas. Et puis...'' Kanon lâcha prise, laissant les bras du Wyverne s'enrouler tendrement autour de son corps pour l'attirer contre son buste. ''Je tiens à toi Kanon. Je tiens à toi et je n'ai pas l'intention de t'abandonner quel que soit l'enjeu, tu comprends ?''

Kanon ne répondit rien. Immobile et silencieux entre ses bras. Ils restèrent ainsi de longs instants, lovés l'un contre l'autre. Sans rien se dire, le visage du Gémeau pressé sur l'épaule du Wyverne. Rhadamanthe ne forçait pas le contact. Le grec ne faisait rien pour le repousser, acceptant sa présence sans s'en offusquer. Tout comme le Juge ne s'offusqua pas en sentant le Chevalier se dégager lentement. Il garda néanmoins sa main dans la sienne. Pour lui faire comprendre qu'il ne l'abandonnera pour rien au monde, dusse-t-il se battre encore pour cela. Kanon releva les yeux vers lui, ils n'étaient pas dégoulinants de larmes pitoyables, ses joues n'étaient pas rosies par la gêne de sa déclaration, et son regard n'avait rien de troublé.

Kanon était Kanon. Fier jusque dans la tombe. Fier dans sa colère, fier dans sa fureur.

Tel était celui que le Juge avait choisi d'aimer.

Bien qu'il n'admettra jamais ce sentiment. Et surtout pas devant Kanon.

''Te battrais-tu pour moi Rhadamanthe ?'' demanda le Gémeau avec sérieux. Le Juge sourit doucement, décalant une mèche devant le visage du grec.

''Oui, Kanon. Jusqu'à la lie. Tu es mon rival et personne n'a le droit de t'ôter de ma vue.'' murmura tendrement l'anglais. Continuant de caresser son visage avec légèreté.

''Et me laisserais-tu repartir si j'en avais envie ?'' souffla l'homme sans détourner ses prunelles azur des iris dorés du Wyverne.

''Tu es libre de tes choix Kanon. Je ne ferai rien pour te faire changer d'avis. Mais je ne te laisserai jamais oublier que quoi qu'il arrive tu ne peux pas changer ton passé. Que nous avons partagé le même lit, le même corps, la même mort. Je te harcèlerai nuit et jour. Tu ne pourra jamais m'exclure de ton regard. Car si un jour ton choix était de partir je te laisserai faire mais le mien restera de te garder à mes côtés. Que se soit comme amant...'' la paume du blond glissa lentement de la joue du Gémeau jusqu'à sa gorge, enserrant son cou de ses larges doigts. ''Ou comme ennemi.'' chuchota le Juge avec sensualité au creux de l'oreille du Chevalier immobile malgré le clair avertissement de son interlocuteur.

''Tu es mon choix, Kanon. Et je suis habitué aux décisions éternelles. Je ne te laisserai ni partir, ni me considérer comme un acquis. Et je ferai en sorte que tu agisses de même avec moi.'' termina le blond en resserrant un peu plus l'étau sur la gorge du Chevalier d'Or.

Kanon glissa son bras le long du torse du Wyverne pour poser sa paume sur son visage, caressant ses lèvres du bout des doigts. Avant de les happer dans un baiser sulfureux auquel le blond répondit instantanément. Kanon lui retournait son sentiment. Il avait su trouver les mots justes. Il avait su devenir celui dont Kanon avait besoin. Le juge le serra puissamment contre lui. L'être qui avait volé sa fierté. Il le laissa attaquer, comme son amant l'avait fait auparavant. Jusqu'à ce le Gémeau lâche prise pour planter à nouveau son regard dans le sien.

''Athéna veut me refourguer à Poséidon.'' lâcha-t-il sans ciller.

''Plaît-il ?''

''Apparemment elle envisage un pacte avec Poséidon, il veut me récupérer comme son marina et je pense qu'elle ira dans son sens pour s'assurer de l'avoir dans son camp. Elle essaie de déculpabiliser en prétextant qu'elle respectera mon choix avant tout mais...''

''Tu n'y crois pas.'' compléta le blond en démêlant les mèches de son amant.

''Oui. Elle se fiche de me garder comme Chevalier, elle a Saga de toute manière. J'étais pratique pendant la guerre d'Hadès mais maintenant... Je ne crois pas... Qu'elle tienne à ce point à garder un fauteur de trouble dans ses rangs. Je n'ai même pas été nommé officiellement. Je suis sensé attendre mon armure d'Or et tu as une idée de quand la prochaine éclipse totale aura lieu au Sanctuaire ? J'aurai eu le temps de crever la bouche ouverte, crois-moi.'' marmonna Kanon en détournant les yeux du visage du Juge.

''Mais toi qu'est-ce que tu veux ?''

''Je...Je ne sais pas.'' souffla-t-il en laissant ses mains retomber sur les épaules du blond. ''J'ai toujours voulu être un Chevalier d'Athéna. Je voulais rester avec Saga quoi qu'il arrive. Je voulais qu'on reste ensemble, avec le même but parce qu'on se l'était promit. Parce que c'était notre raison d'être. Rester ensemble. Puis il a trouvé Athéna. Pas moi. Il m'a laissé par ce que j'étais resté bloqué sur notre premier vœu en délaissant le sien et maintenant... je pensais avoir trouvé ma place mais... Elle est encore remise en cause finalement. Je crois que je suis pas fait pour servir quelqu'un. Mais j'aurai tellement voulu... que Saga et moi...''

''Tu n'a pas à être Saga, Kanon. Si tu étais lui je ne t'aurai jamais trouvé intéressant.'' rétorqua l'anglais avec certitude. Kanon releva le nez vers lui. Il retenait ses larmes de toutes ses forces. Parce qu'il n'avait pas le droit de craquer devant lui. Plus jamais. ''Tu n'a pas à sacrifier ta personne pour qui que se soit. Tu es quelqu'un Kanon. Nous construisons nous même ce que nous sommes et si tu te laisses submerger par Saga alors...'' le Juge lâcha son amant et recula d'un pas. ''Tu ne vaudra pas mieux que lui à mes yeux.'' Kanon sentit sa gorge se serrer et ses yeux le piquer, il ne discernait aucune hésitation dans le regard de Rhadamanthe. Mais il ne ressentait aucune peur à l'idée de le perdre. Parce que ce que le Juge venait de lui faire comprendre c'était qu'il était fondamentalement différent de Saga.

Ce que le Juge venait de lui dire n'était pas, je ne veux plus de toi mais c'est toi que je veux et personne d'autre.

Kanon sourit bêtement. Au diable les Dieux. Au diable Athéna. Au diable Hadès et Poséidon. Son royaume il l'aura dans les yeux de Rhadamanthe.


Lorsque Scarlet regagna son Temple se fut pour constater que Rune était toujours assis sur son tapis là où elle l'avait laissé. Après son départ précipité elle s'était attendue à le voir repartir s'entraîner ou rejoindre un de ses amis, peut-être même parler avec Minos mais de toute évidence le Balrog avait décidé qu'il était très bien là où il était.

Sans un mot la Rat partit rejoindre sa place en face du norvégien qui continuait tranquillement de boire son thé. Elle le fixa derrière son masque. Il semblait bien plus paisible que la dernière fois qu'elle l'avait vu. La Platine décida d'attendre qu'il lui donne la raison de ce changement de lui-même. Le Balrog termina sa rasade de thé avant de se décider.

"Si tu étais dans ma situation, que ferais-tu? " demanda Rune sans quitter le liquide fumant du regard. Scarlet ne répondit pas tout de suite, laissant d'abord place à quelques instants de réflexion.

" Si j'étais amoureuse... Et que l'homme que j'aimais me trompais je l'aurai tué selon les anciennes lois du Sanctuaire. Mais si je n'étais pas ce que je suis. Si j'étais libre d'aimer et de pardonner... si l'homme que j'aimais avait décidé de miser toute son âme dans notre relation et que sa pire faiblesse l'avait un instant dévié du chemin mais qu'il n'avait pas eu peur de me dire la vérité parce qu'à ses yeux un mensonge est pire qu'une trahison alors... je lui redonnerai une chance... une seule. Et s'il me trompe encore je le tuerai. De la façon la plus horrible qui ne puisse me venir à l'esprit. C'est ce que je ferai si j'étais à ta place. " répondit calmement la Platine sans détourner une seconde son regard de celui qui lui avait posé sa question.

Rune se surpris à retenir son souffle alors qu'elle laissait les syllabes s'échapper lentement de ses lèvres. Elle ne doutait de ses mots à aucun moment. Avec sa sentence une étrange impression. Un poids sur le cœur de la Rat. Des non-dits qui planaient sur cet endroit.

" Qu'est-ce que tu veux dire par 'si j'étais libre d'aimer et de pardonner' ? " demanda le norvégien du bout des lèvres, tendu par la soudaine moiteur de l'air.

" Il y a beaucoup de choses que vous ignorez, toi et tes camarades. Le destin des Chevaliers de Platine n'est pas aussi clément qu'il n'y paraît. Vous pensez sans doute que nous nous la coulons douce jusqu'à ce que de véritables ennuis apparaissent. Vous vous leurrez tous. Mais je ne vous en veux pas. Sais-tu où se trouvent nos armures jeune Balrog ? " demanda la Rat en se redressant devant lui, elle semblait soudain plus grande. Mais plus fragile aussi.

" Je l'ignore Scarlet. Mais je ne comprends pas. " chuchota presque le Procureur. Écrasé par la pesanteur devenue brusquement étouffante.

La Platine leva lentement la main à son visage. Et décolla le masque qui recouvrit ses traits fins et gracieux. Le cœur de Rune se serra dans sa poitrine. Scarlet délaça également son écharpe pour découvrir le reste du tatouage qui s'étendait sur son visage et le haut ses épaules. Un rat d'une blancheur ivoirienne se détachait sur sa peau mate. De petits yeux rubis trouvaient leurs échos dans les prunelles de l'égyptienne. La marque était parcourue de cosmos comme de petits éclairs courant sur le fourrure fantomatique du rongeur.

" Voici l'armure du Rat. Elle partage mon corps et mon esprit. Chaque Platine est née avec cette marque. Je la porte sur mon visage, chacune d'entre nous la garde à un autre endroit. Je suis sûr que Minos te dira qu'Hécate a un tatouage de Dragon sur la hanche gauche. Chenjie garde le sien autour de son bras droit. Elles nous parlent souvent, un véritable vacarme incessant, elles vivent avec nous chaque seconde de notre vie. Elles effacent doucement nos êtres pour que nous devenions nous même les armures de nos signes. Pour protéger Athéna coûte que coûte au détriment de nos envies et de nos rêves. Si nous voulons nous défaire de leur emprise il faut que nos armures atteignent le stade divin. À ce moment nous devenons pleinement maîtres de nos actions. Leslie est la seule avec Wise a y être parvenue. " expliqua lentement la Rat au Spectre tétanisé.

" Comment est-ce possible ? Jusqu'alors je n'ai jamais rencontré aux Enfers ou sur Terre d'être comme vous. J'ignorais jusqu'à vos existences, comment pouvez-vous toutes être passées inaperçues dans la mort ! " protesta le norvégien mortifié toujours écrasé sur le sol par le poids de ses aveux. Scarlet sourit doucement. Sur son visage le tatouage sembla la suivre.

" C'est très simple. Les âmes ne quittent jamais la Terre. " répondit-elle.

" Par tous les Dieux de l'Olympe... tu veux dire qu'elles... "

" Si nous n'atteignons pas le stade ultime nous restons prisonnières de nos 'armures' ce que je porte comme protection sur mon visage et sur mon corps n'est pas constitué de métal mais d'âmes humaines ayant un jour partagé le même sort que moi. Si je veux me libérer et libérer mes prédécesseuses je dois toutes les surpasser en servant Athéna contre les Dieux jusqu'à atteindre leur niveau. Et si je n'y parviens pas de mon vivant alors je brûlerai les dernières parcelles de mon existence en soutenant et conseillant les suivantes. E espérant que celle-ci sera suffisamment forte. " murmura-t-elle, sa voix déraillant dans ses dernières paroles.

" Mais pourquoi ? Comment son choisies les Platines ? Pourquoi Athéna infligerait-elle de telles sévices à des êtres humains elle qui prétend protéger les Hommes ! " cria le Balrog terrorisé. Scarlet s'agenouilla doucement à ses côtés pour le calmer, le visage tranquille, elle avait accepté ce sort il y a bien longtemps, elle connaissait ce sentiment.

" Ce n'est pas Athéna qui est responsable de nos existences. C'est le sang de son père qui coule dans nos veines qui nous condamne. Nos mères ont été séduites par un Dieu, et leurs filles sont alors maudites. " susurra-t-elle avec tendresse, effleurant les longues mèches du Balrog devenu aussi blanc qu'un linceul.

" Vous êtes... les filles de Zeus ? " Scarlet hocha du chef avec lenteur.

" Mais... Chenjie ? Elle n'est pas la fille de Minos alors ? "

" Rune... Je n'ai pas dit que le sang de Zeus coulait dans nos veines. Pour la plupart parce qu'il est notre père. Mais Minos a un point commun avec nous jeune Balrog. "

" Minos est le fils de Zeus et d'Europe... Par Hadès... quel chance qu'il soit né homme. " soupira le norvégien perdu dans un torrent d'émotions de plus en plus contradictoires.

" Rune, s'il a été épargné c'est parce qu'à sa mort la Chevalerie n'était pas encore né. Elle est arrivé quelques décennies plus tard, après l'attaque de Typhon. Lorsque Wise a été mise au service d'Athéna pour la protéger. "

" Mais...Que deviennent les Hommes alors ? "

" Dans la Chevalerie, connais-tu beaucoup d'enfants sans pères dont les armures portent en elles les âmes de leurs prédécesseurs ? " demanda doucement la Rat.

" Tu veux dire que... par l'Olympe. " Quelle horreur. Les Dieux sont bien cruels. Les héros sont-ils donc condamnés à s'entre-tuer sans répit ? Le malheur des Spectres n'a rien a envier à celui des Chevaliers.

" Sont-ils seulement au courant ? "

" Non. Mis à part leur Pope peut-être. "


Voilà pour le chapitre 13, j'espère qu'il vous aura plu, j'essaie d'accélérer l'intrigue, je ne compte pas faire trente chapitres, j'en vise plutôt vingt, enfin bref ! On verra !

J'essaie toujours de publier le plus souvent possible et croyez-bien que c'est loin d'être aisé, je vais continuer de faire de mon mieux, n'hésitez à pas à poster vos remarques/critiques/avis/questions j'y répondrais sans faute