Avertissement : voici un nouveau chapitre. Par ailleurs, je pense qu'il n'est pas trop tard pour prévenir que des thèmes sont, et seront encore abordés à l'avenir. Par ailleurs, je pense qu'il n'est pas trop tard pour prévenir que des thèmes sont, et seront encore abordés à l'avenir.
N'hésitez pas à me faire part de votre avis.
Et avant de vous souhaitez une bonne lecture, mille remerciements à Darkklinne pour son œil bienveillant sur cette histoire, ainsi que ses corrections.


Chapitre 14. Douteuses compagnies

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The wild Rover – Dropkick Murphys

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Deux jours après son départ, Gallion arriva enfin au village Bestiari, un amas de masures au Sud-ouest, composé principalement de masure anciennement battit par des trappeurs, agrandit suite à l'ouverture du commerce avec les elfes. Les yeux des riverains le dévisageaient avec curiosité, témoignant que, malgré les échanges commerciaux, peu d'elfes devaient passé par cet endroit.

L'ellon s'était sobrement vêtu de noir, le rendant plus semblable à présent à un rôdeur dunedain qu'à l'intendant du roi. Gallion était peu friand d'aventure, et très tôt après avoir pris la route,il sentit que la vie privilégiée au palais lui manquer déjà. La chaleur de son foyer, la douce elleth avec qui il s'était fiancé deux ans auparavant, la jovialité des siens qui berçait son quotidien... C'était tout un monde qu'il avait laissé derrière lui, un monde bien moins hostile que celui qui s'étendait devant ses yeux.

Sa monture, aussi sombre que ses habits, parcourait les rues d'un pas silencieux mais pas moins fier, car le jeune étalon semblait s'enorgueillir de son allure devant les vieilles bêtes de trait usées jusqu'à l'épuisement par les humains, si peut respectueux des animaux qui partageaient le labeur de leur vie.

Gallion commença par aller enquêter dans les auberges, allant de la plus luxueuse au pire bouge imaginable, en vain. Nul n'avait ne serait-ce qu'aperçu son amie, et tous les hommes présents étaient prêts à jurer ne pas avoir vu d'elfe dans les environs, et ce depuis le passage de Thranduil et de sa suite, comprit-il à leur description. Il voulut également rendre visite à l'apothicaire, qui en saurait peut-être davantage, mais l'échoppe était désespérément close. Le soir venu, quand il questionna le tavernier de l'auberge plutôt modeste où il s'accordait une nuit de repos, l'homme corpulent, lui offrit de précieuses informations en lui servant un verre de vin :

-L'apothicaire ? Ah, hélas, le vieux Loup est mort il y a deux semaines... C'était un homme de bien, et un véritable puits de science, sa mort est une grande perte.

-Comment est-ce arrivé ? demanda l'ellon brun, en tiquant sur la date du décès du vieil homme.

-Oh, il a eu une mort paisible, dans son lit, emporté par le poids des années. Enfin, c'est l'avis de tous, mais son fils, le médecin de la ville, n'en croit rien... Il soutient que le vieux a été tué. Tout ça pour quelques tiroirs vide et une fiole brisée... Mais si vous voulez mon avis, je pense juste qu'il se laisse emporter par son chagrin. On aimerait tous que nos parents soient immortels, mais Eru en à décidé autrement...

Cela ne pouvait être un hasard, songea l'elfe, tout concorde trop parfaitement...

Cependant, la pensée que Berethiel soit venu tuer un vieil homme dans son sommeil le chagrinait. Il refusait d'y croire. Croire qu'elle se perdait elle-même dans cette fuite. Mais que fuyait-elle vraiment ? Berethiel était une dame Noldo, pas une paysanne, et d'un point de vu purement politique, elle n'avait rien à craindre de Thranduil qui ne risquerait jamais la colère du clan qui peuplait dors et déjà le Valinor.
Mais cette histoire n'avait jamais été régie par une logique politique... Songea l'elfe en se demandant pourquoi. Son esprit était assailli de questions depuis son départ, et il sentait sa foi en son roi faiblir dangereusement. Un changement si profond en cet homme autrefois si pragmatique ne pouvait s'être opéré en quelques mois... Non, peut-être simplement que Berethiel avait mis à jour l'égarement de cet ellon las de sa si longue vie...
Et lui, l'intendant, dont le seul devoir était de s'assurer du bien-être de ce protecteur qui avait tout sacrifié pour son peuple, avait faillit, et ce voyage n'était qu'un juste châtiment pour son échec.

Il brûlait de retourner à Eryn Lasgalen, et d'épauler Legolas dans son rôle de souverain, mais faire cela, s'était aussi abandonner Thranduil. Bien que Gallion ne soit pas un guerrier, la couardise n'était pas dans sa nature, il avait juré de servir cet ellon tant qu'il serait roi, et il le ferait.
Mais la folie qui embrasait l'esprit du Grand Roi des Elfes depuis bien trop d'années, et il craignait de ne pas parvenir à stopper ce vieil ami à temps.

Le lendemain matin, après une nuit où il dormit bien plus qu'il ne l'aurait voulu, Gallion alla prendre un petit-déjeuner au comptoir de son auberge qui faisait office de taverne.
Bien qu'il eût avec lui du lambas, il voulait économiser ses réserves car il ignorait où le mènerait son voyage. Il ignorait s'il serait amené à fréquenter d'autres villages prochainement, et il en doutait fort. Acceptant le repas compris dans le tarif de sa nuitée, Gallion regretta bien vite son initiative.

Le repas, servit dans une écuelle en bois était une mixture de céréales et de fruits mélangés, baignant dans du lait à moitié tourné, à l'odeur repoussante et au goût parfaitement infecte. Pour couronner le tout, l'ellon ne savait par où continuer ses recherches. Ses sombres pensées de la veille l'avaient suivis jusque dans son sommeil pour l'assaillir dès son réveil, mettant à rude épreuve sa volonté.

Je suis intendant, pas éclaireur, je ne suis pas fait pour l'aventure... Ou si, mais seulement des aventures de palais, et qui y resterait, pour une fois.

Le tirant de ses songes lugubres, un assez jeune homme à la longue chevelure aile de corbeau lui tapa sur l'épaule et vint s'asseoir au comptoir de la taverne prêt de lui.

-Il paraît que vous cherchez quelqu'un... d'inhabituel.

-Cela se pourrait, répondit l'intendant royal, une lueur de méfiance brillant dans ses yeux noisette. Non pas qu'il avait quelques préjudices contre les Hommes, mais il n'avait aucune confiance en eux.

-Une dame elfe, guerrière, qui voyage seule et à pied. Du moins, avant.

L'homme avait enfin réussi à capter l'attention de l'elfe. Bien que les manières familières de ce personnage répugnait l'intendant, il semblait détenir de précieuses informations qui pourraient lui indiquer par où reprendre la route.

Gallion ordonna à l'aubergiste de servir à son voisin de table ce qu'il souhaitait et souriant, l'homme poursuivit, après avoir trempé ses lèvres dans son verre de whisky :

-Sur l'extrême ouest de la route des elfes, il s'est passé un truc étrange, il y a environ une semaine. Mon frère, m'a assuré avoir rencontré une elfe seule sur la route. Elle portait des vêtements de soldats et un capuchon noir, mais refusait de dévoiler son nom. Stupide, si vous voulez mon avis, car les elfes ne traitent pas ainsi les leurs, mais mon frère est un sombre idiot... Quoi qu'il en soit ; la rumeur parle d'une femme à la longue chevelure rousse et aux yeux verts, et mon frère m'a juré qu'elle lui correspondait. Il lui a proposé de la raccompagner jusqu'au refuge, mais elle refusait obstinément. Cet imbécile a du insister, et peut-être même tenté d'user de la force, car la richesse du Grand Roi Thranduil est légendaire, et il s'est pris une sérieuse branlée !

L'homme rit, visiblement séduit à l'idée que son frère puisse se faire corriger par une femme. Après avoir vider son verre d'un trait, il poursuivit avec plus de sérieux alors que l'aubergiste le resservait sur un signe de Gallion :

-Il dit qu'elle l'a maîtrisé en un rien, et qu'elle en a profité pour lui prendre sa bourse, et son cheval. Je ne sais pas où est le vrai dans toute cette histoire, maître elfe,car mon frère est un fieffé menteur en plus d'être à moitié idiot, et je vous avoue qu'au début je ne l'ai pas cru. Il est rentré au village avec une estafilade au visage, à pieds et sans un sous, mais ce genre de récit, ça ne s'invente pas, et si vous êtes là...
L'homme vida son verre d'un trait, et le lorgna dans un geste éloquent. Gallion soupira et lui offrit encore une tournée, se demandant comment un homme pouvait ingurgiter autant d'alcool fort à l'heure du petit-déjeuner.

-D'après les rumeurs, elle aurait également été vue aux alentours de la route des contrebandiers. Vous savez, ce vieux chemin tracé par le peuple sylvestre qui suit la rivière de Rimdath et traverse les monts brumeux par un tunnel... Il soupira et vidant son verre d'un trait, il poursuivit en se levant : comme vous m'avez l'air d'un brave type, je vais vous donnez un conseil gratuitement : hâtez-vous de la retrouver, car mon filou de frère ne doit pas être le seul à avoir entendu de drôle de rumeur, et votre demoiselle pourrait bien être en danger sur la route.

L'ellon resta planté là, prenant le temps d'analyser les informations qu'il venait d'obtenir, ignorant l'odeur écœurante qui s'échappait de son écuelle alors que son informateur s'éloignait, chancelant légèrement. Thranduil avait-il vraiment promis une récompense à qui lui ramènerait son amante ?
Si par malheur, il avait commis cette erreur, cela changeait bien des choses, et comme le disait si bien cet étrange humain, elle pourrait bien être en danger.
Plus que jamais, Gallion avait envie de rentrer au palais, mais plus que jamais, il savait qu'il ne pouvait pas se le permettre, car à présent, il avait la certitude de pouvoir la rattraper le premier.

Mais que lui dirais-je, si cela advenait ? Pourrais-je trouver les mots pour la raisonner ?

Après bien des heures de réflexions, tandis qu'il parcourait les chemins qui serpentaient les monts Brumeux, Thranduil avait finalement décidé de ne pas faire de halte à Imladris, dernière maison simple des elfes, cité natale de son amante.

Le message que lui avait fait parvenir son fils lui avait donné la certitude qu'elle n'était pas retournée auprès de son père pour tenter d'y trouver du réconfort. Ce dernier, sans le savoir, lui avait tourné le dos à un des moments les plus difficiles de sa vie, et Berethiel n'était guère le genre de personne à tendre l'autre joue. De plus, le chemin d'Imladris était tortueux, et il perdrait plusieurs jours sur une pareille route.
Glorfindel devrait attendre. Mais il se jura néanmoins que lorsque que son aventure serait finie, une discussion s'imposerait avec le tueur de Balrog.

Le roi savait qu'il peinerait peut-être à convaincre son amante de la suivre, mais il ne reculerait devant aucun argument. Sa détermination ne faiblissait pas malgré le temps passé sur la route, sans l'ombre d'un indice confirmant qu'il était sur la bonne voie. Il la retrouverait, peu importe le temps que cela prendrait. Le monde était hostile pour une elfe esseulée, et il n'y avait que peut d'endroit qui pourrait lui offrir une illusion de sécurité.

Même s'il refusait de se l'admettre, savoir Berethiel prisonnière des affres du lait de pavot l'avait sérieusement ébranlé. Il l'avait soustrait à son père dans l'espoir de lui offrir un avenir radieux, mais en vérité, il l'avait isolée des siens, et condamnée à souffrir, et cela, par pur orgueil. Elle avait souffert, dans sa maison, sous ses yeux aveugles, alors que lui se réjouissait. Car pour la première fois depuis longtemps, il était parvenu à envisager un avenir, autrement qu'à travers son fils et ses sujets. Un avenir qui lui était propre, et il ne reculerait devant rien pour que cette folie dévastatrice cesse, et que Berethiel lui revienne.
Enfin, au détour de ce chemin, s'étendait à ses pieds les plaines de Rhudaur, baignant dans les dernières lumières du crépuscule. Le fleuve Bruinen semblait s'être changé en rivière d'or, bordé par de petits bocages, offrant un paysage bucolique digne des plus belles peintures.
Il resta là, sans bouger, sur son élan, à contempler le paysage jusqu'à ce que le soleil ne disparaisse de l'horizon. Un spectacle qui lui arracha son premier sourire depuis des semaines, tout autant qu'il savait que dans quelques jours tout au plus, il atteindrait Bree, et la frontière de la Comté.

Mais pour ce soir, le Grand Roi des Elfes, sous ses sobres habits d'éclaireur voulait prendre un peu de repos, et le village du Gué n'était plus très loin, regorgeant positivement d'auberge.
Ce village, aux pieds des Monts Brumeux, qui existait depuis plus de mille ans, parvenait à vivre grâce aux nombreux voyageurs qui, comme Thranduil, empruntaient la vieille route de la forêt redevenue sûr depuis un quart de siècle. Certaines masures détruites durant la guerre de l'anneau, avaient été reconstruites, mais le village ne s'était pas à proprement parlé, agrandit. Il paraissait presque figé malgré le passage du temps.

Après avoir interrogé plusieurs sentinelles et aubergistes à la recherche d'une personne ayant vu passé Berethiel par ce village, c'est avec une pointe de désespoir qu'il se résolut à cesser ses investigations pour ce soir.

Nul ne l'avait vu, nul part. Du Rohan au Gondor, Legolas lui avait certifié que personne ne l'avait vu tenter de trouver refuge dans les royaumes humains, où sur leurs routes.

Il avait espéré qu'elle n'emprunterait pas les vieux sentier des elfes, mais de toutes évidence, il s'était fourvoyé en pensant qu'elle lui faciliterait la tâche. Quelque soit la route qu'elle a du prendre, son meilleur espoir était à présent de la retrouver en Comté, en priant qu'il ne lui soit rien arrivé sur la route.

Atterré par cette constatation, il alla s'attabler dans une des tavernes les moins douteuses dont disposait la région à dix lieues à la ronde. Il sentait toute la fatigue de son voyage retomber sur lui, et son manque de sommeil n'en fut que plus flagrant.

Peut-être ne veut-elle pas être retrouvée... Mais pourquoi ? Souhait-elle donc mourir seule dans une ruelle sombre d'un village humain ?
Non...Ne plus y penser...Une nuit de repos... Et par les Valar, du vin !

Le seigneur avait épuisé sa flasque de voyage depuis plusieurs jours, et son humeur était des plus exécrable depuis qu'il avait fait cette constatation dans les Hauts Cols des Monts Brumeux.

S'installant à la table la plus reculée possible du tumulte des autres clients, il soupira en lorgnant le contenu de son verre et en avala la moitié d'une traite. C'était un picrate de basse qualité comparée à celles auxquelles il était habitué, mais hélas, c'était également la meilleure cuvée disponible dans cet établissement, fut-il le meilleur de la ville. Le vin prisé par les elfes ne se vendait pas dans toute la ville, car ce peuple n'était qu'une infime partie des voyageurs transitant sur cette route, qui n'avait pas pour coutume de fréquenter les auberges.
Sans doute allait-il devoir en ingérer quelques litres pour chasser ses démons nocturnes et espérer pouvoir dormir quelques heures. Mais qu'importe, il ne doutait pas que les réserves de l'aubergiste parviendraient à suivre.

Le temps passa, rythmé par les bouteilles que le Grand Roi des Elfes vidait à une cadence soutenue, résistant plus qu'il ne le voudrait aux effets de l'alcool des Hommes, si léger pour être supporté par leur faible constitution. Loin d'améliorer son humeur, Thranduil était de plus en plus irrité par le brouhaha environnant. Il se résolut à monter dans sa chambre, car rien dans cette taverne ne pourrait lui apporter la paix, et le fourmillement de l'endroit l'épuisait.

Tandis qu'il gravissait les marches de l'établissement avec bien moins de grâce qu'il ne le fit quelques heures avant, quand il avait libéré sa monture de ses effets personnels, il crut voir une silhouette familière. Une forme encapuchonnée qui avait tourné les talons dès qu'elle l'avait aperçu, ne le laissant qu'apercevoir ce qui lui sembla être une mèche rousse dépassant du sombre suivant du regard, cette personne à la fine silhouette disparue quelques mètres plus loin dans l'angle du couloir.

Intrigué, il décida de suivre cette forme au pied bien trop léger pour être celui d'un ivrogne qui regagnait sa chambre. Le plus silencieusement possible au vu de son état légèrement ébrieux, le roi suivit les pas, ses oreilles le guidant vers un bruissement soyeux. Un espoir fou le poussa à presser le pas, et d'un geste vif, il attrapa cette mystérieuse personne qui se cachait derrière cette imposante cape noire.
Saisissant son bras, il sentit des muscles fins frissonner à son contact, et il la plaquant férocement contre le mur. De longues mèches rousse s'échappaient de son capuchon, et hâtivement, il le retira, priant pour avoir enfin retrouvé Berethiel.
Mais avec surprise, il découvrit une simple humaine, les cheveux mis longs de la même couleur que ceux de la dame de ses pensées, posant des yeux marrons interrogateurs sur le roi elfe. Sa peau était pâle et son visage assez doux, mais ses yeux n'avaient aucun éclat, et son expression était blasée.

-Que voulez-vous ? jeta-t-elle abruptement.

Il resta un instant muet, incapable de réagir alors que la déception l'envahissait, sans pour autant desserrer sa prise. Cette humaine était plutôt agréable à l'œil, et sa tenue ne laissait aucun doute sur sa profession. Elle était vêtue d'une courte robe rose aux tissus qui paraissaient transparents selon la lumière. Elle se cambra contre le roi elfe, prenant une position provocante.

-Oh, mais vous semblez être le genre d'homme qui a besoin de compagnie, sussura-t-elle d'un ton langoureux.

Il la repoussa sans ménagement poussant un grognement d'exaspération et tourna les talons, las de la compagnie des humains. La demoiselle lui emboîta le pas et alors qu'il s'apprêtait à refermer la porte derrière lui, il rencontra une résistance.

- Pourquoi me fuyez-vous ? Est-ce que je vous effraie, seigneur elfe ?

-Disparaît de ma vue, je n'ai que faire des catins.

-Êtes-vous si pressé d'être seul ? Elle brandit une bouteille de vin de la Treille, un de ces vins des terres de l'Est plutôt apprécié par le Grand Roi des Elfes et ajouta : avec ceci, peut-être accepterez-vous ma compagnie ?

Soupirant, le roi, s'effaça pour laisser entrer l'étrange demoiselle qui avait dévoilé un argument de taille. Elle le gratifia d'un sourire et dit :

-Mes parents m'ont nommé Féola, mais vous pouvez m'appeler comme bon vous semble.

Il soupira encore en guise de réponse, regrettant déjà de lui avoir permis de rentrer dans ses appartements. Il haïssait la compagnie des prostituées, et n'en avait qu'après le contenu de ce flacon de vin de taille plus que respectable.
Ce n'est guère raisonnable, songea-t-il. Mais en vérité, la solitude lui pesait, et il savait qu'il peinerait à trouver le sommeil cette nuit... Une courte discussion avec la demoiselle et un peu de vin digne de ce nom lui viendrait en aide, et il congédierait cette créature sans honneur avec quelques pièces de cuivres.

-Comment une femme de votre condition peut-elle avoir une bouteille d'un des meilleurs crus du Grand Est en sa possession ?

-C'est mon petit secret, dit Féola en allant vers un meuble de bois grossier et en tira deux verres.
À partir de cet instant, les souvenirs de Thranduil devinrent flous, et se fut le trou noir.

Ce n'est que bien après l'aube, alors que les rayons du soleil chauffaient son visage, que Thranduil s'éveilla difficilement. Ébloui par la lumière, il ne tarda pas à regretter ses imprudences de la nuit passée. Il avait perdu un temps précieux, et le vin laissait des traces désagréables de son passage, lui donnant l'impression d'avoir été piétiné par une horde entière de chevaux sauvages.
Sand doute la faute à cet infâme breuvage servit par le tavernier, songea Thranduil en se massant les tempes, s'asseyant sur le rebord du lit.
Jamais il n'avait eu un lendemain aussi difficile, alors qu'il avait eu des soirées bien plus arrosées au cours des millénaires... Mais il laissa de côté cela pour le moment, retraçant dans sa mémoire sa journée d'hier pour commencer à organiser son départ.

Il mit plusieurs secondes à se souvenir de l'endroit où il se trouvait, et sans perdre un instant de plus, il se mit à chercher ses effets pour s'habiller. Il était entièrement nu entre ces draps de coton grossier, et ses vêtements de la veille étaient étalés un peu partout sur le sol, comme s'il les avait retirés en hâte. Ce constat lui rappela avec un frisson d'inquiétude qu'il avait ouvert sa porte à une prostituée.
Non, je n'ai pu tomber si bas, songea-t-il avec horreur, craignant d'avoir eut quelques relations charnelles avec cette étrange humaine. Dans toute son existence, jamais il n'avait eu recours à ce genre de pratique déshonorante, et il refusait de croire que quelques flacons de mauvais vin avaient pu le faire changer d'avis. Mais pourquoi avait-il fait une chose si stupide ?
Pour une simple bouteille de vin... se dit-il en se maudissant.
Observant les lieux autour de lui, il constata qu'il n'y avait nul trace de cette Féola, et il n'avait pas déboursé un seul denier de sa bourse.
Jamais elle ne serait partie sans rien demander, c'est absurde...
Il s'était passé quelque chose, il en avait à présent le cœur net, mais sa mémoire lui refusait l'accès à ces précieux souvenirs. Après avoir remis la main sur son pantalon, le roi se décida à quitter la chambre, à la recherche tant de sa tunique, que d'indice pour tenter de reconstituer l'histoire de la nuit passée.
À peine passa-t-il le pas de la porte qu'il se figea, tétanisée par l'horreur qui venait de s'offrir à ses yeux.
Un grand désordre régnait dans la pièce, comme s'il y avait eu une bagarre, et plusieurs objets de décoration disposés par le propriétaire pour faire plus "chaleureux" étaient brisés. Mais Thranduil ne pouvait détacher ses yeux de la table ronde qui trônait au milieu de la petite pièce.

Le corps d'une femme, mortellement blafard reposait sur la table, totalement inanimée. Il fit quelques pas chancelant sous l'émotion, et reconnu le corps de Féola, allongée sur le dos, entièrement nue, dans une position impudique, la tête tournée vers la porte, lui épargnant la vu son visage. De profondes entailles sillonnaient son abdomen sans vie, sans doute était-ce là la cause de sa mort, bien qu'il ne pouvait en être sùr...

Les mains du souverain tremblaient d'angoisse, et il constata avec horreur qu'il y avait d'autres blessures, plus partielles sur le reste de son corps. Alors qu'il fut intrigué par une blessure en forme d'étoile sur sa hanche, cette image lui fit écho à un souvenir, et il tendit sa main pour la frôler du bout des doigts, comme pour s'assurer que tout cela n'était pas qu'une farce de son esprit.
Mais pas le souvenir de la veille, non... Un souvenir plus ancien... Il observa toutes ses blessures plus superficielles, il les reconnut sans l'ombre d'un doute.
Elles étaient presque identiques à celle qu'il avait soignée sur Berethiel, il y a plusieurs lunes de cela...
Le Grand Roi des Elfes s'appuya contre un mur pour ne pas s'écrouler sous le choc de cette constatation, haletant.
Personne d'autre que Legolas et moi ne les a vu... C'est... Impossible... cela ne se peut pas...

-Jamais je ne pourrais... Je ne suis pas un monstre ! s'exclama-t-il comme s'il tentait de convaincre le cadavre devant lui.

Pourtant, sa dague gisait sur le sol dans une mare de sang, et il n'y avait aucune trace indiquant que sa porte avait été forcée...
Prit d'une soudaine panique, il s'agita frénétiquement pour regrouper ses affaires. Les empaquetant à la hâte pour quitter cette pièce qui ressemblait plus à une boucherie qu'à un salon. Il s'apprêtait à passer la porte, lorsqu'il hésita.
Devait-il vraiment la laisser comme ça ? Dans cette position humiliante... Elle n'était pas des siens, mais nuls ne méritait de finir ainsi...
Il alla rapidement chercher un drap dans la chambre, et enroula délicatement le corps de Féola à l'intérieur, puis il alla la déposer sur le lit, les bras croisés sur la poitrine. Il prit encore quelques minutes pour dire une brève prière pour le salut de son âme, avant de quitter la ville le plus vite qu'il put, tentant de fuir cette vision d'horreur, plus que le village.

Fin de chapitre !

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C'est ici que je pose ma plume, mais n'hésitez pas à prendre la votre pour me faire part de vos avis !

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Réponse au reviews anonyme :

-PaulinaDragona : Arwen, une odieuse manipulatrice ? Peut être, mais seulement pour protéger sa famille contre un odieux manipulateur... ^^ J'espère que la suite te plaira! Bises.