14. Susan
Susan Bones rangea sa malle dans le compartiment qu'avait gardé Hannah, puis redescendit sur le quai ses parents observaient les alentours, passablement nerveux, tandis que son petit frère, Andrew, tentait de retrouver certains de ses amis de deuxième année.
Susan, elle, se contentait de répondre aux questions de ses parents par des phrases courtes, sans faire aucun effort pour animer la conversation elle n'était vraiment pas de bonne humeur. Sans Justin, cette année promettait d'être beaucoup moins drôle que les précédentes.
Le coup de sifflet du départ retentit. Susan embrassa une dernière fois ses parents, qui lui conseillèrent d'être prudente, puis monta à bord du train après Andrew.
- Tu as vu Justin ? , demanda Ernie dès qu'elle le retrouva dans le compartiment.
- Non, bien sûr que non ! Ernie, calme-toi, il n'est certainement pas revenu.
- Je vais vérifier, quand même.
Susan se tourna vers Hannah, qui haussa les épaules, l'air inquiète malgré tout.
- Il est arrivé parmi les premiers, expliqua Hannah quand Susan se fut assise en face d'elle. Il voulait trouver Justin au plus vite, au cas où il n'avait pas reçu son hibou.
- Il me manque déjà, murmura Susan comme pour elle-même.
- A moi aussi. Cette année avec Rogue va être un véritable enfer. Il n'a jamais vraiment apprécié les Poufsouffle. Tu sais, je me disais que peut-être…
Susan la laissa parler, regardant sans la voir la banlieue de Londres qui défilait de plus en plus vite de l'autre côté de la vitre.
Au bout d'une demi-heure, Ernie revint dans le compartiment, la mine réjouie.
- J'ai de bonnes nouvelles, dit-il. Justin n'est pas à bord du train, donc il a eu ma lettre, mais j'ai également l'impression que Ginny Weasley et Neville Londubat vont redémarrer l'AD.
- Tu es sérieux ? , s'exclamèrent Susan et Hannah en choeur en se redressant.
- Tout à fait sérieux, répondit-il en s'asseyant à son tour. Qu'en pensez-vous ?
- C'est une excellente idée, se réjouit Hannah en souriant. Un peu de rébellion, comme à l'époque d'Ombrage…
A ces mots, Susan sentit une boule se former dans sa gorge.
- Il y a un problème, dit-elle à mi-voix. Zach. Il sait qui faisait partie de l'AD il y a deux ans, il pourrait nous dénoncer. Il serait au courant de la date et de l'heure des réunions, si on remet les Gallions d'Hermione en service, il pourrait le dire à Rogue…
- Il faudra trouver une solution, reprit Ernie en tentant de paraître serein.
Mais Susan le connaissait bien Zacharias l'inquiétait également.
- Contente-toi de lui voler sa pièce. Aucune intimidation.
Ernie eut un hochement de tête solennel, fier de recevoir une mission d'une telle importance, quand Susan se racla discrètement la gorge, un sourire aux lèvres.
- Susie ? Tu voulais dire quelque chose ? , demanda Ginny en se tournant vers elle.
- A vrai dire, non. Juste… vous montrer quelque chose…
Elle fouilla dans la poche de sa robe, et en sortit deux Gallions. Ginny fronça les sourcils un instant, puis son visage s'illumina et elle sourit à son tour.
- Quelqu'un m'explique ? , demanda Ernie, un peu déstabilisé.
- Quand est-ce que tu lui as volé ? , demanda à son tour Ginny sans faire attention à Ernie.
- Ce matin, après le petit-déjeuner. Je suis retournée dans la salle commune, je suis allée dans le dortoir des garçons… Où j'ai croisé Steven, précisa-t-elle avec une grimace, mais il ne m'a posé de questions. Il se doutait que cela avait un rapport avec l'AD. Il voudrait d'ailleurs pouvoir récupérer la pièce de Zach… Et nous rejoindre. A la prochaine réunion.
- Je ne sais pas si on devrait commencer à recruter de nouveaux membres, intervint Neville en relevant les yeux de ses lacets. C'est trop tôt pour ça, et pour l'instant on n'a pas vraiment de projet concret…
- On trouvera ça facilement, reprit Ginny avec un regard agacé en direction de Neville. Et plus on sera nombreux, plus vite on réussira à organiser des pièges et…
- Hermione aussi voulait qu'on soit nombreux, il y a deux ans, l'interrompit-il. Et on s'est retrouvés avec Smith et Edgecombe. Des bonnes recrues, au passage sans vouloir paraître…, ajouta-t-il à l'intention d'Ernie, qui haussa les épaules.
- Je ne l'ai jamais apprécié, ce type. Trop curieux.
Ginny fixait Neville, l'air un peu surprise par la réplique de son ami, mais elle récupéra rapidement contenance.
- A propos des pièces, Michael, tu as écrit que tu pouvais t'en occuper ?
- Oui, sans problèmes. Je n'ai pas encore bossé sur le sortilège, mais ça ne devrait pas être vraiment difficile.
- Bien, dans ce cas…
Elle s'avança vers lui et lui donna son Gallion, bientôt imitée par les autres membres.
- Bon, encore un problème réglé. Le suivant : Zabini.
- Quelqu'un sait comment ce type s'est retrouvé Préfet-en-Chef alors qu'il n'était même pas préfet ? , grogna Ernie, l'air renfrogné.
- Fais le calcul, Ernie, répondit Anthony. Je suis sang-mêlé, tu n'es « que » Poufsouffle, et Weasley était traître à son sang.
- Ca laisse Malefoy.
- Encore une chose qui peut vous confirmer ce que Neville et moi vous répétons depuis tout à l'heure, intervint Ginny. Malefoy est un Mangemort, qui a échoué dans sa mission en juin dernier, et qui ne vaut plus grand chose aux yeux de Voldemort.
Anthony eut un claquement de langue sceptique, puis croisa les bras et regarda ailleurs.
- Bref, dit Ginny en fusillant Anthony du regard. Ca ne règle pas la question. Zabini ?
- Je peux m'en charger, déclara Padma. Je pourrais le maintenir à distance, il est vraiment trop bête…
- Ce ne sera sûrement pas facile, hésita Ginny.
- Je me sens prête à le faire.
- Susie !
- Oui, oui, je sais, s'excusa aussitôt Susan en agitant les mains pour calmer Hannah et Ernie, qui lui adressait un regard de reproche. Mais elles ont insisté.
- Tu ne peux donc pas t'empêcher de bavarder ?
- Eh ! , s'exclama Susan en fronçant les sourcils. Neville et Ginny ont pensé qu'on pourrait recruter de nouveaux membres, mais en les testant d'abord. Lily et Megan ont toute ma confiance. Je sais qu'on peut leur faire confiance. Elles nous ont couvert, Hannah et moi, elles ont mis des oreillers sous les couvertures pour faire croire qu'on était couchées, toutes les deux. Alors qu'on était en pleine réunion. Elles ont menti aux Carrow et m'ont évité de me faire prendre, en novembre dernier… Et Steven est bien avec nous, maintenant, alors…
- Grâce à toi, l'interrompit Ernie d'un ton ironique.
- Oui, effectivement, grâce à moi, répliqua Susan, glaciale. Il nous a déjà bien aidé, et il est doué pour les contre-sorts. Et au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je n'en ai pas parlé à Wayne, le nouveau meilleur copain de Smith. Alors, ma langue bien pendue est également assez acérée pour te dire que la prochaine fois que tu es aussi paternaliste et suffisant avec moi, Macmillan, je te fais retourner dans ton Ecosse profonde pour que tu retrouves ta copine Nessie. Tu lui auras manqué, elle voudra sûrement te faire la bise.
Hannah éclata de rire, et Ernie rougit jusqu'à la racine des cheveux. Fière de sa victoire, Susan releva le menton et passa devant lui, qui n'eut d'autre choix que de la suivre jusqu'à la Salle sur Demande, dans un silence vexé.
Hannah et Susan discutaient tranquillement au fond de la Salle sur Demande, en attendant que la réunion commence. Quelqu'un frappa convenablement à la porte, qui s'ouvrit sans peine et révéla Padma, visiblement furieuse, qui poussait devant elle deux élèves plus jeunes.
- Andrew ! , s'exclama Susan en s'approchant aussitôt. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je le savais ! , s'écria son frère, les yeux brillants, écarquillés. Je savais que tu faisais partie de l'AD ! J'en étais sûr !
Susan lui adressa un regard sévère, que son frère ne remarqua pas, trop occupé à regarder autour de lui, tout comme son camarade, puis se tourna vers Padma, qui poussa un profond soupir.
- Ils étaient dehors, tous les deux. Je les ai surpris à essayer d'ouvrir la porte du bureau d'Alecto pour pouvoir libérer la première année qui était dedans. J'ai appelé Terry et Michael pour qu'ils s'occupent de la petite, et je t'ai ramené celui-là, dit-elle avec un geste de la main vers le jeune Serdaigle.
- Merci Padi, répondit Susan avec un sourire un peu crispé. Je vais les ramener à leur salle commune.
Elle passa devant Padma, qui la retint par le coude.
- Susie… Je sais que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, et je sais que je n'ai pas de petit frère, donc, je ne pourrais même pas me permettre de te donner une leçon, mais…
- Je sais. Il faudra que je lui parle. Merci.
Elle se dégagea un peu brusquement, et abattit une main ferme sur la nuque de son frère pour le faire sortir. Son camarade suivit docilement.
- Qu'est-ce qui t'a pris ? , demanda Susan dans un chuchotement furieux dès qu'ils furent dehors. Pourquoi tu as fait ça ? Tu es trop jeune, Andrew, tu te serais fait prendre à tous les coups, tu ne sais même pas quel sortilège…
- Je voulais faire comme vous ! , s'exclama Andrew en lui lançant un regard déçu. Je veux faire partie de l'AD…
Susan ressentit aussitôt comme un coup au coeur elle s'était engagée dans l'Armée de Dumbledore par conviction personnelle, mais elle n'était pas prête à laisser son petit frère suivre la même voie. Elle avait déjà suffisamment souffert, avait vu ses amis se faire torturer suffisamment souvent pour savoir que ce n'était pas un jeu. Luna avait été kidnappée quelques semaines plus tôt, par des personnes sans remords.
Mais Andrew ne voyait pas tout cela il était trop jeune pour comprendre l'énormité et l'horreur de ce qui se passait autour de lui. Il voyait seulement le soi-disant héroïsme des septième année, que les première année, elle en était sûre, n'avaient jamais autant respectés et admirés. Il était dans l'ordre des choses qu'ils se mettent en tête de les imiter.
Ils montèrent les escaliers en silence puis, arrivés devant la porte, l'ami d'Andrew donna la bonne réponse à la question de cette dernière, et entra dans la salle commune. Andrew s'apprêta à le suivre, les yeux baissés.
- Andy, murmura Susan en le retenant par l'épaule.
Elle se pencha un peu vers lui, voulant se mettre à la hauteur de ses yeux, mais son frère monta aussitôt une marche, pour être à la bonne hauteur. Susan eut un sourire, mais ne fit aucun commentaire.
- Andy, il faut que tu comprennes une chose, c'est que ce n'est pas un jeu. Les membres de l'AD ne font pas ça pour s'amuser, ou simplement parce qu'ils ont envie de tendre des pièges aux Carrow et à Rogue.
- Moi non plus, protesta Andrew, les sourcils froncés. Ce n'était pas un jeu. Je le sais. J'étais sérieux, je voulais vraiment libérer Kate…
- Je sais. Je sais, Andy, mais…
Susan soupira, tentant de trouver les bons mots.
- Je sais que tu serais parfaitement à la hauteur, et que tu te bats pour tes amis. C'est bien pour cela que le Choixpeau a hésité à t'envoyer à Poufsouffle. Je sais aussi que certains de tes amis ne sont pas revenus cette année. Mais… J'ai besoin de savoir que tu resteras à l'abri, et que tu ne te feras pas remarqué, parce que pour Papa et Maman, je suis responsable de toi, ici.
Andrew l'observa un moment, puis haussa les épaules et rentra dans sa salle commune, sans plus un regard pour sa soeur. Susan soupira une nouvelle fois, une petite voix désagréable lui sifflant aux oreilles qu'elle avait échoué dans son rôle d'aînée.
Susan observait ses amis danser et faire semblant de chanter comme des Moldus, avec un manche à balai en guise de micro. Neville avait eu une bonne idée d'organiser cette fête pour célébrer la réapparition de Harry, au retour des vacances de Pâques, quoique Susan le soupçonnait de vouloir également combler le vide que Ginny avait pu laisser en partant se cacher, avec toute sa famille.
Pour la troisième fois de la soirée, Anthony et Terry avaient relancé Highway to Hell, et jouaient à présent de la guitare à grand renfort de grimaces torturées, tandis qu'Ernie tentait de comprendre les paroles, assis sur un tas de coussins un peu plus loin. Elle ne put s'empêcher de rire en le voyant aussi concentré, lui pour qui la chanson la plus violente qui soit était la dernière des Bizarr'Sisters, mais elle s'arrêta bien vite quand Hannah vint la rejoindre.
- Tu crois qu'il accepterait, si je le lui demandais ? , murmura-t-elle en regardant Neville à l'autre bout de la salle, en pleine conversation avec Michael et Steven.
- Pourquoi pas ? , l'encouragea Susan en prenant une gorgée de sa Bièraubeurre. J'espère juste qu'il a fait des progrès en danse, depuis le Bal de Noël.
Mais Hannah ne l'écoutait déjà plus elle prit une profonde inspiration, puis avala une gorgée de la bouteille de Susan, avant de traverser la pièce. Elle aborda Neville au moment où le groupe moldu – et le duo magique – lançait un dernier accord de guitare. Susan fut soulagée de voir que Su et Mandy poussaient les garçons loin du gramophone afin de passer leur chanson préférée, Eternal Flame, que Susan fredonnait souvent, elle aussi, quand personne ne pouvait l'entendre.
Etonnement, Neville n'hésita pas longtemps avant d'accepter, la nuque et les joues rouges. Les tapes dans le dos que lui prodiguèrent Michael et Steven n'étaient certainement pas étrangères non plus à son courage, exceptionnel à ces occasions.
Une fois au milieu de la salle, il sembla un peu indécis quant à savoir où poser ses mains exactement, et Susan entendit Anthony ricaner à quelques mètres d'elle. Elle les observa un moment, heureuse pour Hannah, qui discutait doucement avec son cavalier celui-ci semblait avoir fait des progrès remarquables, n'ayant pas l'air de faire d'effort considérable pour marcher ailleurs que sur les pieds d'Hannah. Il semblait même de plus en plus à l'aise, poursuivant la conversation avec son amie.
Susan détourna un instant les yeux, et vit alors l'expression de Parvati. Lavande l'avait abandonnée pour danser avec Seamus, et à présent, la jeune Gryffondor était crispée dans son fauteuil, les yeux rivés sur son petit ami et Hannah, les lèvres pincées, et le pied droit s'agitant nerveusement.
Susan n'appréciait pas la jalousie quand elle n'était pas fondée, mais elle aimait trop Parvati pour lui avouer que cette fois-ci, elle avait raison de se méfier. Après tout, Hannah avait eu un faible pour Neville depuis la fin de leur cinquième année.
Au moins, conclut Susan pour elle-même en avalant les dernières gouttes de Bièraubeurre.
- J'ai un mauvais pressentiment, murmura Susan à Steven au détour d'un couloir, en pleine nuit.
- Ca va aller, Susie, chuchota Steven avec un sourire. Comme d'habitude, on désactive les sortilèges d'alarme, on rentre, on libère les gamins, on les met à l'abri, et on rentre à la maison.
Ils arrivèrent à l'entrée du bureau d'Alecto Carrow, et Steven refit exactement ce qu'il venait de dire mais le plan ne se déroula pas exactement comme prévu…
- Andy ! , s'exclama Susan en se précipitant sur son frère.
Celui-ci était enchaîné au mur du fond, les pieds touchant à peine le sol, des larmes laissant des traînées humides sur ses joues sales.
- Andy ! Oh mon Dieu, Andy… Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je… Je sais pas…, sanglota Andrew tandis que Steven brisait ses chaînes à l'aide d'un sortilège. Je… Je n'ai rien fait… J'ai juste laissé tomber mon encrier aux pieds de Carrow…
Il s'arrêta de parler dès que Steven l'eut libéré, et enfouit aussitôt son visage dans l'épaule de sa sœur, où il pleura à chaudes larmes. Susan le serrait contre elle, elle-même en pleurs. Elle croisa le regard de Steven, et sut qu'il pensait la même chose qu'elle ; Carrow s'était attaquée à son frère pour l'atteindre, elle. Pour la pousser à se trahir, à sortir à découvert…
Ils ont gagné, pensa férocement Susan en essuyant ses joues humides. Ils paieront pour ça.
- J'en étais sûre ! , rugit quelqu'un à l'entrée du bureau.
Susan se rendit alors compte du bruit qu'ils avaient pu faire quelques minutes plus tôt. Elle poussa Andrew à terre, et celui-ci rampa aussitôt sous le bureau.
- Stupéfix ! , hurla Steven, mais Carrow esquiva et riposta aussitôt dans une pluie d'étoiles vertes, qui manquèrent Susan de peu.
- Incarcerem ! , s'écria-t-elle à son tour, mais une fois encore, Carrow s'écarta à temps, et dans un énorme mugissement…
- Expelliarmus !
Les baguettes de Susan et Steven leur échappèrent, et Carrow éclata de rire, persuadée d'avoir gagné.
- Je savais qu'en m'attaquant à ton morveux de frère, j'allais pouvoir t'attraper. Et oh surprise, j'en choppe aussi un que je ne soupçonnais même pas. Cornfoot, hein ? Il y en a d'autres, que j'ai pas encore eu l'honneur de torturer moi-m…
Elle s'interrompit quand elle vit une ombre se dresser derrière elle, mais elle n'eut pas même le temps de se retourner, qu'elle reçut un grand coup de batte de Quidditch sur la tête elle resta un moment debout, puis finit par s'écrouler de tout son long sur le tapis poussiéreux. Et enfin Susan et Steven purent voir leur sauveur il avait lâché la batte, et tenait ses mains à hauteur de ses épaules, comme pour se disculper.
- Wayne, murmura Susan.
- Je… Je l'ai vu emmener ton frère ici… J'ai voulu trouver quelqu'un de l'AD, mais rien à faire, vous aviez tous disparu. Alors j'ai voulu venir le libérer moi-même, et…
- Mais pourquoi la batte ? , demanda Steven tandis que Susan relevait son frère et époussetait le devant de sa robe.
- Si j'avais utilisé ma baguette, ils lui auraient fait ressortir les sortilèges jetés. Priori Incantatum… Megan est avec vous dans votre salle secrète, n'est-ce pas ?
- Oui, avoua Susan.
- On n'avait pas pensé au Priori Incantatum, murmura Steven en enjambant le corps de Carrow.
- Vous feriez mieux d'y aller, on a fait un sacré raffut..., reprit Wayne avec un sourire.
Il se pencha pour récupérer la batte, jetant un dernier regard à Carrow, comme s'il avait du mal à réaliser qu'il était le responsable de la bosse qui se formait à l'arrière du crâne du professeur.
- Merci, Wayne, chuchota Susan en refermant la porte du bureau.
- Si… Si tu as le moindre problème avec les Carrow, ces prochains temps, dit Steven en sortant son Gallion d'or et en le fourrant dans la main de son camarade… Tapote-le sept fois avec ta baguette. Celui de Neville va virer au rouge, il saura que c'est toi. On viendra te chercher.
Avec un sourire reconnaissant, Wayne resserra sa prise sur la batte de Quidditch et commença à s'éloigner, quand Steven l'interpella :
- Où as-tu eu cette batte ?
- C'est celle de Smith, un cadeau de son père. Il la garde dans sa malle depuis Noël.
Et sur ces quelques mots, il disparut. Susan et Steven échangèrent un regard inquiet.
- Si les Carrow font le lien, ils vont interroger Smith à coup sûr, murmura Susan en ravalant le nœud qu'elle avait dans la gorge. Et s'ils l'interrogent…
- … alors il va nous dénoncer, acheva Steven.
- Malgré le maléfice de Michael ?
- On ne sait jamais. Il faut parler à Neville au plus vite.
- C'est de ma faute, répéta Susan en fixant le bout de ses chaussures.
- Mais non, répéta Megan en glissant un bras autour de ses épaules. Tu ne pouvais pas savoir que les Carrow avaient Andrew dans leur collimateur.
- Je suis la seule de l'AD à avoir un frère aussi jeune à l'école. J'aurais dû savoir qu'ils s'en prendraient à lui pour tenter de me faire sortir de la Salle sur Demande. Andrew paye pour…
- Pour ton engagement pour une cause juste, intervint Neville en s'asseyant en face d'elle sur un petit tabouret. Arrête de t'en vouloir comme ça, tu n'es pas responsable du côté tortionnaire et sadique de ces abrutis.
- Andy s'est fait torturé, Neville, reprit Susan en relevant la tête, les sourcils froncés. Dis-lui, Meg', il avait des bleus sur le torse et une sacrée bosse à l'arrière du crâne. J'aurais dû faire attention, j'aurais dû le protéger, j'aurais dû…
Susie s'interrompit, enfouissant son visage dans ses mains, coupable et abattue.
- C'est ce que tu as fais, Susie, dirent Neville et Megan en chœur.
- Tu l'as protégé, ajouta Neville. Il est avec nous, à présent. Il est chouchouté par toutes les filles de l'AD, et les garçons lui apprennent tout plein de choses. Il a l'air heureux, regarde.
Susan leva les yeux dans la direction qu'indiquait Neville, et ne put s'empêcher de sourire en voyant Andrew étalé à plat ventre sur un tapis multicolore, au côté de Seamus et Lavande qui lui apprenaient un enchantement pour faire voler une grue en origami.
- Vous avez raison, murmura-t-elle après quelques secondes.
- Mais bien sûr qu'on a raison, reprit Megan en lui serrant doucement l'épaule. Tu es une super grande sœur, Susie. Tout le monde sait que tu serais prête à tout pour le défendre. Et il le sait aussi. C'est tout ce qui compte.
- Non, Andy, c'est hors de question !
- Mais pourquoi ?
Susan soupira, glissa sa baguette dans sa poche et prit son frère par les épaules.
- Parce que c'est dangereux. Oui, je sais, tu es grand, et je sais aussi que tu vas me jeter à la figure tous tes arguments préférés, ajouta-t-elle en le voyant ouvrir la bouche d'un air indigné. Mais je refuse que tu restes. Les Mangemorts vont tous venir, et ils n'ont aucun scrupule. Ils ont tué des centaines de personnes en quelques mois, et ils ne renonceront pas à faire pareil avec toi simplement parce que tu n'as que douze ans. Des sorciers et des sorcières plus doués et plus expérimentés que toi sont tombés sans pouvoir rien faire, et je refuse, tu m'entends, je refuse que cela arrive aussi à mon frère… Pense à tante Amelia… On savait tous que c'était une sorcière extraordinaire, et…
Susan s'en voulut de lui rappeler le souvenir de leur tante, qu'Andrew idolâtrait quand il était petit, mais elle devait prendre des mesures radicales.
- Je veux que tu restes à la maison, avec Papa et Maman.
- Et toi ? , murmura Andrew en ravalant ses larmes.
Susan prit une profonde inspiration, mais ne répondit pas. Elle le serra dans ses bras, espérant de tout cœur que cela ne serait pas pour la dernière fois.
- Je t'aime, Andy. Et dis à Papa et Maman que je les aime aussi.
Puis elle s'écarta de lui et le poussa vigoureusement dans la marée des élèves qui se dirigeaient vers la Salle sur Demande. Il tenta de lutter contre le courant, se débattit, l'appela encore, mais Susan partit sans se retourner, les larmes aux yeux.
- Il dort ? , demanda Susan en souriant.
Hannah sursauta en relevant les yeux sur elle, comme si elle était un peu désorientée.
- Hein ? Qui ?
- Neville.
- Euh, oui, oui, répondit Hannah, étrangement distraite.
- Ca va ? Tu as l'air bizarre.
- Oui, oui, ça va.
Susan fronça les sourcils, un peu intriguée. Hannah croisa son regard et hocha la tête en esquissant un sourire rassurant.
- Je… Je suis juste un peu fatiguée.
- Tu devrais aller dormir aussi, tu es debout depuis bien trop longtemps.
- J'y vais. Dès que j'aurais vérifié l'état de Kevin.
Susan sourit à sa meilleure amie, puis quitta l'infirmerie avec un soupir. Plongée dans ses pensées, elle se retrouva dans le couloir du premier étage sans trop savoir comment. Et là, elle le vit enfin…
- JUSTIN !
Justin et Ernie s'arrêtèrent aussitôt, et ce dernier s'écarta un peu, tout sourire.
- Susie !
Susan se mit à courir à toute vitesse et entra littéralement en collision avec son ami qui lui avait tant manqué. Elle le serra contre elle, jusqu'à ce qu'elle l'entende gémir :
- Susie… S'il te plaît, tu me fais mal, là…
- Oh pardon. Désolée, s'excusa-t-elle aussitôt en le lâchant.
- Ce n'est rien…
Elle le regarda un instant, profitant de chaque seconde pour graver dans sa mémoire chacun des petits détails qui faisaient de lui le garçon qu'elle aimait tant…
- Et puis zut…
Elle s'avança à nouveau, se hissa sur la pointe des pieds, saisit le devant de son pull et l'embrassa. Elle entendit à peine le petit rire d'Ernie quand Justin passa ses bras autour de sa taille pour la rapprocher encore un peu de lui.
