Où l'on explore les préoccupations des jeunes filles


"J'emmène Lisa à la cour féérique le prochain week-end!" expliqua Mairead à Fergus. Elle prit un air soucieux. "J'espère que ça va bien se passer."

"Et n'as-tu pas PEUR" s'exclama Fergus "d'y trainer un vampire avec toi?"

Mairead secoua la tête négativement : "Abigail m'a expliqué. Elle m'a dit qu'il fallait protéger nos proches, parce qu'il pourrait trouver drôle de faire ses histoires avec, mais que comme les vampires vivaient la nuit, ce qu'il fallait, c'est ne pas y penser quand la nuit tombe, ça n'a aucun rapport avec ce qu'on fait le jour, si on se contrôle. Et elle m'a dit - Lisa aussi - que j'y penserais encore plus si je m'empêchais d'y aller. Et Vassili a ajouté, en faisant un de ses sourires qui n'en est pas un, tu sais, que vu comme il pensait à la cour féérique comme un endroit sans intérêt, ça dissuaderait n'importe quelle personne de goût d'aller y faire un tour." Elle fit la moue. "Ce n'était peut-être pas très gentil pour moi."

"Il a raison!" s'exclama Fergus. "La cour n'est peuplée que de vieux croulants qui n'ont aucune notion de ce qu'est une bonne baston sans règles, et puis après tout, la comtesse n'est pas si canon que ça." Il se mit à doner à sa main un mouvement de pendule et mima un hypnotisme, regardant Mairead droit dans les yeux "La-com-tes-se-n'est-pas-si-ca-non-que-ça."

Mairead hocha distraitement la tête.

"Ca a marché! Ca maaaaarche!" s'exclama Fergus, sautant en l'air et faisant tourner frénétiquement sa queue de chat. Puis il revint vers Mairead. "He! Réveille-toi! Nous sommes rivaux, tu te rappelles!"

Mairead le regarda d'un air interrogatif.

"Mais si! Tu ne te rappelles pas? Au cours d'une cérémonie solennelle, on a parié, euh, dix tonnes de chocolat, que gagnerait celui qui réussirait à se taper la comtesse en premier! Allez, dis oui, ça serait moins intéressant (très légèrement moins) de gagner sans les dix tonnes de chocolat."

"Je te la laisse!" dit Mairead avec un grand sourire en regardant Fergus dans les yeux.

"Aaaaaaaaaah!" gémit Fergus. Puis il se ravisa "Mais au fait, c'est une bonne nouvelle! Bon, alors, si tu n'es pas intéressée par elle en ce moment, c'est peut-être que tu as quelqu'un d'autre en vue, je ne suis pas sûr. Qui, qui, qui?"

"Lisa." répondit Mairead. Ele regardait toujours Fergus en face, mais elle ne souriait plus.

"Comment ça! Ce n'est pas encore fait!" s'exclama Fergus, ses oreilles se nouant d'étonnement.

"Euh... non. Je ne sais pas comment faire."

"Ben fais comme d'habitude!" conseilla le Pooka. "Tu lui sautes dessus, et tu regardes ce qui se passe!"

"Ce n'est pas comme d'habitude. Elle est... je ne sais pas, si loin! Même quand je la prends dans mes bras, je ne sais même pas si elle le remarque, tellement elle n'est pas de ce monde... et parfois je n'ose même pas la toucher..."

"Eh bien explique-lui!" dit le Pooka. "Elle t'écoute quand tu parles, si ma mémoire est bonne, et il y a certaines choses bien terrestres qu'il faudra bien qu'elle apprenne, la pauvre petite, pour ne pas mourir bête! Vas-y! Au nom de l'amour, de la justice, de la connaissance partagée et des relations sexuelles, fais-lui des propositions indécentes!"

"Mais c'est que..." Mairead hésita, comme si elle ne savait trop comment mettre en mots de qu'elle pensait. "qu'est-ce que... qu'est-ce que je vais devenir si elle dit non?"

"Nous y voilà!" s'exclama Fergus. "L'amour, l'amour, toujours l'amour! Ca ne t'est jamais arrivé, qu'on te dise non!"

"Si!" s'exclama Mairead, et j'étais triste et nous restions amis - ou pas, si la personne m'en voulait, et quand elle ne voulait pas j'étais encore plus triste. Mais là, ce n'est pas pareil. Je ne veux pas la perdre. Je ne veux rien perdre."

"Ecoute la voix de la sagesse millénaire :" claironna Fergus. Il prit la voix d'un vieillard et se courba sur sa canne "Pour gagner quelque chose, il faut risquer de perdre quelque chose. Quand on joue au loto, il faut payer le billet. Sauf quand on le trouve par terre dans la rue, mais ça arrive très rarement."

"Je sais." soupira Mairead.

"Tu vas essayer, alors?" demanda Fergus.

"Peut-être."

"Bonne chance!" conclut Fergus. "Tous mes voeux de bonheur! Ah, et si vous réussissez à faire un plan à trois avec la comtesse avant moi, je vous maudis!"

Il partit, après lui avoir décoché un grand sourire d'encouragement.


"Tu vois." dit Mairead, c'est ici! Cette maison!

"Le paysage est si beau..." dit Lisa. "Devons-nous vraiment entrer?

"Bien sur!" s'exclama Mairead, "parce que l'intérieur est encore mieux!"

Mairead entra, passa la petite porte et la porte de bois, salua Liew qui rougit.

"Liew, Je te présente Lisa! Et dans l'autre sens aussi!"

Liew tenta de prendre à part la jeune Satyre. "Est-elle enchantée?"

"Je crois." dit Mairead, réfléchissant à la question, sans baisser la voix. "C'est quoi la différence?"

"C'est un rituel que nous devons pratiquer pour qu'on nous voie sous notre forme féérique!" murmura Liew d'un air gêné - Lisa avait certainement entendu, même si elle ne manifestait aucun signe d'intérêt pour leur conversation.

"Ca va être bon, alors!" s'exclama Mairead. Elle leva un pied, le faisant dépasser de sous sa jupe longue, et en sautillant sur l'autre pied, elle demanda à Lisa "Combien j'ai de doigts?"

"Deux." répondit la jeune fille, très grave.

"Tu vois!" s'exclama Mairead d'un air triomphant. "Ca marche! Allez, emmène-nous voir dame Alexandrine. S'il te plait!"

Liew les guida le long du couloir. Les couleurs en étaient toujours le rouge et l'or ; et il était toujours aussi impossible d'en déterminer les limites. Mais les colonnes avaient été remplacées par des arbres d'or aux belles pommes rouges, et des oiseaux mécaniques dorés aux yeux de rubis volaient d'arbre en arbre. Mairead et Lisa s'arrêtèrent, poussant des exclamations d'admiration.

"Venez, venez." leur dit Liew. "Il y en aura d'autres sur le chemin. Elles le suivirent. Mairead, comme la première fois, perdit toute notion du temps alors qu'elle marchait dans les couloirs. Elle avait l'impression d'être ici depuis très longtemps, sans pour autant ressentir de fatigue ni d'ennui.

Ils entrèrent finalement dans la salle du trône. Mairead se demanda si, la dernière fois qu'elle avait vu la tenture qui l'en séparait, elle était déjà décorée d'arbres et d'oiseaux.

"Bonjour, Mairead de la Harpe!" salua la comtesse Alexandrine. "Viens-tu juste nous charmer de ta musique, ou as-tu quelque chose à demander?"

"Je jouerai si vous le désirez." répondit Mairead en faisant la révérence, "mais je suis venue pour faire visiter la cour féérique à une de mes amies."

Lisa observait la salle, tournant la tête de tous côtés. Outre la comtesse et la comte, avec leurs deux gardes du corps - la Sidhe rousse et Lukas - il y avait un Satyre et une vieille Eshue. Et, dans un coin de la salle, loin du centre et loin des fauteuils, une petite Pooka et une Trolle qui discutaient à voix basse, assises en tailleur. Il y avait aussi, comme l'autre fois, des humains qui faisaient le service, et qui l'intriguèrent beaucoup.

"Oh! Tu as récupéré une suivante humaine!"

"Ce n'est pas une suivante!" protesta Mairead. c'est une amie.

"N'est-ce pas quelqu'un qui file les rêves pour toi, pourtant?" demanda Alexandrine d'un ton inquisiteur.

Mairead, sans jamais s'être posé la question, comprit ce que la comtesse voulait dire.

"Elle filera les rêves pour qui elle voudra." dit-elle avec passion. "C'est mon amie, et elle ne m'appartient pas."

"Comme tu voudras." dit la comtesse. "Mais il est très difficile d'entretenir des relations égalitaires avec des humains, tu le sais.

Mairead ne croyait pas à cela. Elle pensa à ses parents, à ses frères et soeurs, à ses amies, et répondit finalement, doucement. "Je m'y efforcerai."

Elle regarda Lisa, voulant voir ce qu'elle avait pensé de la situation - elle ne pouvait pas ne pas avoir entendu! - mais Lisa était perdue dans la contemplation d'un homme large et de grande taille qui pulvérisait des parfums dans l'air.

Alexandrine aussi semblait regarder ailleurs. Pourtant, quand Mairead se mit à entraîner Lisa vers Iris et Lunella, elle reprit la parole. "Elle semble une très bonne fileuse, d'ailleurs. Me la prêteras-tu?"

Le sang de Mairead ne fit qu'un tour. Elle n'était pas du genre brutal, d'habitude, mais malgré la beauté de la comtesse qui la faisait toujours frissonner, elle ne put être réellement polie quand elle répondit. "J'ai dit qu'elle ne m'appartenait pas! Demandez-lui vous-même! Mais vous ne la connaissez même pas!"

Alexandrine lui répondit calmement : "Je lui demanderai le moment venu."

Mairead se sentit rougir, blêmir, mais plus sous l'effet d'une sorte de crainte que dans un mouvement de colère - ce genre de sentiment se dissipait en elle avec une rapidité insoupçonnée.

Elle repartit vers le coin de la salle où étaient les deux jeunes fées. Lisa et Liew lui emboîtèrent le pas.

Iris et Lunella les accueillirent avec joie et, assis en cercle, ils commencèrent à discuter. Lunella exigea le récit de l'évasion de Lisa, qu'elle et Mairead racontèrent alternativement.

"Et tu ne rentreras pas chez toi?" demanda Liew.

"Non." dit Lisa, fermement.

"Tu ne reverras plus jamais tes parents?" insista-t-il. Elle secoua la tête énergiquement. "Mais toi? Tu n'habites pas ici? Où sont tes parents? Tu ne les vois pas non plus."

"A Perpignan!" dit-il. "Mais je rentre les voir tous les soirs où je ne travaille pas, et où ils ne travaillent pas de nuit à l'usine de chocolat."

"Et vous?" demanda Lisa aux jeunes filles.

"Nous restons ici, en général." dit Iris.

"Moi, mes parents sont des paysans, qui cultivent un maigre lopin du côté d'Ille-sur-Têt." ajouta Lunella. "Ce sont des évadés complets du 14e siècle, ils pensent encore que c'est normal pour une jeune fille de si bonne famille que moi d'entrer en domesticité chez des nobles. Je suis complètement sûre que si on leur montrait une image d'ici, avec les tenture, les épées, et les oreilles pointues, ils trouveraient ça normal aussi! Mais je me plais ici, je m'amuse, la seule école à laquelle je vais est celle des grimaces, et je n'ai absolument rien, rien, rien de quoi me plaindre."

"J'aurais bien voulu aller au lycée général," reprit Iris, mais il fallait que je travaille le plus vite possible, et mes parents m'ont mis dans une école de coiffure, mais je détestais ça! Quand je suis venue ici, je leur ai dit que j'allais devenir garde du corps. Au début, ils étaient très contrariés! Mais ils savaient bien que j'étais du genre à me défendre, et ils ont fini par l'accepter."

"Tu as tort de détester la coiffure!" dit sentencieusement Lunella, "la coiffure est la base de toute vie intelligente sur terre et ailleurs!" Joignant le geste à la parole, elle commença à nouer les cheveux d'Iris en tresses.

"Il y a tellement plus qu'un cheveu dans un cheveu!" acquiesça gravement Lisa.

"Et ils n'ont pas voulu savoir qui tu gardais et de quoi?" demanda Mairead à Iris. "Je pense que mes parents à moi se seraient inquiétés..."

"Si, ils auraient bien aimé!" s'exclama Iris. "Mais je ne voulais pas les amener ici et leur faire rencontrer Dame Alexandrine ; je ne sais pas s'ils l'auraient bien pris. C'est un peu bizarre, et ils n'aiment pas tellement le bizarre. Alors, c'est Dame Svetlana, mon maître d'armes, qui s'est fait passer pour une grande dame que je gardais. C'est si facile, elle est si belle, sans son armure! Avec aussi, je veux dire, mais sans on dirait vraiment une dame. C'était très gentil de sa part."

A ce moment, Alexandrine fit sonner une clochette, et Liew dressa l'oreille.

"Il faut encore que j'aille chercher quelqu'un à l'entrée."

"C'est toujours toi!" protesta Mairead. "Elle pourrait te laisser un peu tranquille, des fois. Il y a plein de serviteurs, ici."

Elle avait élevé la voix. Sa colère semblait finalement avoir laissé des traces. Tamara et Salam dressèrent la tête.

"Il est le seul à pouvoir le faire." dit Tamara.

Salam hocha la tête. "Le poste de guide est très important ; seul quelqu'un totalement de confiance peut tenir ce rôle. Qui peut dire ce qui arriverait, dans cette porte sur l'extérieur, à quelqu'un qui ne serait pas guidé? Et seules leurs majestés peuvent le faire, ou un guide ; et un seul de leurs serviteurs connait ce chemin. Même leurs gardes du corps ne savent pas."

Mairead et Lisa écoutaient, captivées. Liew s'était déjà levé et était parti en direction de la porte.

"Et donc, elle a raconté beaucoup de choses sur moi à mes parents, des vérités tissées de quelques mensonges, et j'espère qu'ils ne me regardaient pas, parce que je devenais toute rouge à chaque fois qu'elle faisait un compliment - et encore plus quand ce n'était pas vrai." Sa voix semblait quelque peu déçue, et Mairead se reprocha de ne pas l'avoir écouté.

"Tes parents ont dû être impressionnés!" dit-elle.

"Oui." s'exclama Iris. "Ils croyaient que c'était une actrice!"

"Je ne l'imagine pas jouer dans un film, à part peut-être "L'attaque de la crise de mauvaise humeur" ou "Je fais la gueule 2, le retour" observa Lunella."

"Tu n'es pas gentille!" s'exclama Iris. "Ce jour-là, je t'ai dit, elle n'était pas du tout sévère avec moi!"

A ce moment, elles entendirent du bruit derrière la tenture. Malgré tous leurs efforts, elles ne pouvaient s'imaginer Liew faire l'aller et retour dans le couloir en si peu de temps. c'est pourtant lui qui écarta le rideau, et annonça d'une voix solennelle.

"Le prince Ewen, fils du duc d'occitan, sollicite un entretien privé avec la comtesse Alexandrine."

Mairead jeta un oeil rapide dans l'entrebaillement du rideau. Derrière la tête de Liew, elle distingua un grand jeune homme aux cheveux d'or, à l'air triste. Il avait toute la beauté des Sidhes, et elle ne put au début en détacher son regard. Puis elle se retourna vers Lisa, qui était à côté d'elle, et lui sourit.

"Mène-le dans mes appartement, Liew." dit la comtesse. "Je le rejoins."

Le rideau se referma.


Mairead murmura, d'un ton de conspiratrice, à Iris et Lunella "Qui est-ce? Vous le connaissez? Il est déjà venu?"

"He he he!" dit Lunella d'un air dissimulateur. Elle fut déçue quand Iris, au lieu de l'aider à faire monter le mystère, répondit : "A ma connaissance, il n'est jamais venu, mais c'est quand même le fils du duc d'occitan, qui est le suzerain direct de Dame Alexandrine. Tout le monde en a entendu parler!"

"Pas moi!" s'exclama Mairead. "Que sais-tu sur lui?"

"Il ressemble à un prince." dit Lisa.

"Je ne sais pas à quoi il ressemble, je ne l'ai jamais vu. Mais il a en effet la réputation d'être très beau. De plus, c'est un grand guerrier. Il a vaincu le fils de la bête Rô, qui depuis est garde au palais d'Occitanie."

"Il a vaincu aussi la fiancée de la Tarrasque et l'arrière-petit-neveu de Troussepoil!" s'exclama Lunella. Mairead la considéra d'un air interrogatif, ayant oublié les caractéristiques des Pookas, mais Iris lui fit un discret "Non." de la tête.

"On dit qu'il est impitoyable avec tous ceux qui utilisent leur force pour maltraiter les faibles." continua Iris.

"Un jour, il a même cassé la gueule à mon prof de sport." reprit Lunella.

"Son père n'a jamais été rude avec ses vassaux, à ma connaissance."

"Mais que vient-il faire ici?" interrogea Mairead.

"Ca doit être un des multiples amants de la comtesse." suggéra Lunella. Iris rougit.

"Ou alors, il est en mission secrète pour la couronne de France." continua la petite Pooka. "Ou alors, ce n'est pas lui, c'est un assassin déguisé qui usurpe son identité pour s'introduire ici. Qui sera la prochaine victime?"

Il y eut un moment de lourd silence, et finalement c'est Mairead qui suggéra "On pourrait peut-être aller voir, non?"

Lunella hocha la tête frénétiquement en se frottant les mains comme si elle n'avait attendu que ça, Lisa sourit, Iris rougit et acquiesça. Quelques minutes plus tard, après avoir tenté de discuter naturellement et bruyamment de choses qui n'avaient rien à voir, Lunella s'exclama "Venez, je vais vous montrer ma chambre!" Elles partirent par une porte sous les tentures.

"Où va-t-on, maintenant?" demanda Lisa qui se frottait la joue contre les tentures comme pour vérifier qu'elles étaient vraies.

"On va entrer en force dans les appartements de la comtesse!" dit Lunella dont les yeux brillaient. Et de leur montrer le chemin.

"Les chambres d'amis sont par là aussi." dit Iris, probablement pour atténuer l'excès dans les paroles de Lunella. "Je ne sais pas où il a été installé."

"Il ne peut avoir été mis que dans la plus belle!" dit Lunella. "La comtesse ne fait pas les choses à moitié!"

"C'est juste toi qui aimes cette chambre!" dit Iris.

"J'ai décidé que c'était la plus belle, alors c'est la plus belle!" dit Lunella. Elle leur fit signe de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas se faire entendre. Mairead suivit ses consignes avec un rire silencieux, Lisa d'un air très grave, et Iris nerveusement, comme si elle n'avait pas confiance dans ses capacités de silence.

Elles arrivèrent devant une porte d'un vert pâle, et Lunella colla son oreille à la paroi.

"Tu entends quelque chose?" demanda Iris. Lunella semblait ne pas obtenir ce qu'elle attendait. Elle murmura "Après tout..." avant d'ouvrir le porte de la chambre en grand, s'exclamant "Dame Alexandrine, j'ai un soudain doute. A propos de la cérémonie..."

Mais elle s'interrompit en plein milieu de la phrase quand elle constata qu'il n'y avait personne dans la chambre. Les murs étaient du même vert pâle que la porte, et divers mobiles en forme de poissons et de créatures plus étranges laissaient imaginer un paysage sous-marin.

Sur le lit bleu, il y avait une valise entrouverte.

"Ce sont ses bagages!" remarque Iris.

"C'est notre chance!" s'exclama Lunella. "Cellule d'espionnage numero 2, au rapport! Je veux dire, les filles," elle s'adressait à Mairead et Lisa "vous allez au bout du couloir, et vous surveillez n'importe qui qui pourrait arriver! Si cela devait arriver, mettez-vous à chanter une chanson sur les crevettes! Pendant ce temps, nous allons fouiller cette valise. Soldat Iris, restez avec moi! Je sais que vous avez de la mémoire, et vous me rappellerez dans quelles positions étaient les affaires. Enfin, c'est pas que je n'en serais pas capable, n'allez pas vous méprendre, mais je n'ai jamais pu supporter les valises rangées! Bon, alors, on y va?"

Lisa sourit discrètement, Mairead pouffa, et elles rejoignirent le bout du couloir.

"Je suppose que nous devrions parler... de quelque chose." dit Mairead à son amie. "Pour que si quelqu'un arrive, il ne se rende pas compte qu'on surveille le couloir!" ajouta-t-elle hativement.

"De quoi veux-tu parler?" demanda Lisa.

"Je ne sais pas. Tu n'as pas d'idée?" demanda Mairead.

"Si. Mais tu ne voulais pas me parler de quelque chose?" demanda Lisa.

Mairead paniqua. "Pourquoi? Tu voudrais? Ou pas?"

"Mais je ne sais pas de quoi tu veux parler!" protesta Lisa. "C'est toi qui le sais. C'est... normal, non?" Elle prononçait cette phrase en mettant un accent d'étrangeté et de mystère sur le mot "normal".

"Non, vraiment, rien de spécial." mentit Mairead, qui avait trop peur d'aborder le sujet en question.

"Alors c'est moi qui choisis!" s'exclama Lisa. "Qu'est-ce que tu dirais de parler des têtes bizarres que font les koalas quand ils se rencontrent? On dirait vraiment des peluches, mais au moment où ils se voient, on se rend compte qu'à tous les autres moments, ils ont un regard très triste..."

Mairead regardait Lisa parler plutôt que de l'écouter, quand soudain, la jeune humaine s'interrompit : "Oh! Tu entends?"

"Non. Quoi? Quelqu'un arrive?"

"Une lumière bizarre..." essaya d'expliquer Lisa, "ou plutôt une douceur..." mais au lieu de regarder Mairead, elle s'éloignait, prenant le virage, disparaissant dans le couloir. Mairead lança un oeil coupable à la porte qu'elle était supposée surveiller, mais suivit Lisa. "Où vas-tu? Explique-moi où tu vas!"

"Suis-moi et tu sauras! Moi je ne sais pas encore. Peut-être que tu sauras avant moi." Elle marchait rapidement mais discrètement dans le couloir, et Mairead, d'instinct, se retrouva à modérer les claquements de ses sabots sur le sol dallé pour être silencieuse aussi.

Elles suivirent un chemin de couloirs compliqué, et Mairead manqua demander à Lisa si elle était vraiment sûre qu'elles pourraient se retrouver au retour, mais elle décida finalement de lui faire confiance. Enfin, Lisa s'arrêta devant une porte qui ressemblait aux autres. Au lieu de tourner la poignée et d'y entrer, elle se pressa contre le mur, comme si elle voulait passer à travers.

"Il y a quelque chose que tu cherches là-dedans?" damanda Mairead doucement, en finissant de se rapprocher. "Nous ne sommes pas chez nous, et je ne sais même pas si nous avons le droit d'être là, alors..."

Lisa lui fit signe de se taire, et colla son oreille à la porte. Mairead fit de même. A l'intérieur, elles entendirent la voix de la comtesse Alexandrine, et probablement celle de son invité.

"Alors vous voulez le manteau?" demanda Alexandrine d'un ton boudeur.

"Certainement pas!" répondit le jeune homme. "Il sera plus en sûreté ici."

"Quel est le but de votre visite, alors?"

"Je veux simplement une garantie que vous ne lui donnerez pas."

"Alors, il ne risque rien! Jamais je ne céderai ce qui m'appartient. De plus, tout noble et légendaire qu'il soit, je ne lui dois rien."

"J'espère que les sortilèges de votre cour seront suffisants. Méfiez-vous des inconnus."

"Vous n'avez rien à m'apprendre, prince Ewen. Y a-t-il autre chose que vous souhaiteriez?"

"Je me permettrai de demander votre aide pour le retrouver. N'avez-vous pas des espions?..."

"Des espions..." La voix d'Alexandrine se fit hésitante. "Je n'ai pas l'habitude de m'intéresser à ce qui se passe à l'extérieur..." Elle claqua des mains. "Je sais! Il y a un groupe de fées qui, dans la ville de Perpignan même, travaillent sur les liens avec les esprits et les mortels."

"Pensez-vous qu'ils m'aideront? Ce n'est pas vraiment leur rôle, et la tâche est dangereuse."

"Mais si, mais si, il faudra bien que je le leur impose. C'est une question de politesse envers le prince d'occitan." Sa voix était enjouée, et Mairead sentit poindre un fragment de sa rancune de tout à l'heure, qu'elle avait depuis longtemps oubliée. "Vous êtes seul ici? Ou vous avez amené une armée?"

"Je suis seul. Je n'ai pas besoin d'aide."

"Mais ce n'est pas une question d'aide, c'est une question de tenir son rang! Je ne voudrais pas vous faire des reproches, prince, mais comment peut-on imaginer l'héritier d'occitan seul? Je vous prêterai des serviteurs."

"Ne seraient-ils pas une gêne?"

"Vous sous-estimez ma cour! Ne protestez plus. Je vous accorderai quelqu'un qui connait bien la ville, comme ça, dans le pire des cas, il vous servira de guide! Et il pourra vous mettre en relation avec le groupe d'enquêteurs dont j'ai parlé. Vous aurez le droit de me le renvoyer après, si vous n'avez pas confiance en ses capacités. Alors? C'est oui?" Il y eut un silence, puis la comtesse continua, toujours enthousiaste et affable. "Je suis bien aise de voir que vous ne refusez pas mon aide. Mais je voulais vous proposer : ne voudriez-vous pas en savoir plus sur la vie de celui que vous affrontez? J'ai de très beaux objets magiques qui pourraient..."

"J'en sais bien assez." dit le jeune Sidhe d'une voix dure.

"D'accord, d'accord, mais n'oubliez pas que vous pouvez toujours revenir pour me le demander! Retournons dans votre chambre, maintenant..."

A ces mots, Mairead fut saisie d'un frisson de culpabilité. Occupée à écouter la conversation, elle n'avait absolument pas pensé à surveiller la porte de la chambre. De plus, Alexandrine allait probablement sortir par cette porte même et se demander ce qu'elles faisaient ici!

Elle prit Lisa par la main et se mit à courir dans la direction par laquelle elles étaient venues. Elle passa le coude du couloir, constata que la comtesse n'était pas sortie, et poussa un soupir de soulagement. Puis elle se rappela qu'elle ne savait plus comment retourner à la chambre.

"Tu sais par où on est venues?" demanda-t-elle a Lisa.

Lisa eut un petit sourire "Oui."

"Je suis désolée de t'avoir emmenée. Je veux dire : il y avait quelque chose qui t'intéressait?"

"Oh, ce n'est rien. Au moment où nous sommes parties, ils avaient déjà caché l'enfant des oiseaux."

"Mais tu es restée?"

"Parce que tu écoutais. Je ne voulais pas te déranger."

Mairead pouffa de rire, vaincue. "Il faut vite y retourner! Pour prévenir Iris et Lunella que la comtesse arrive!" Lisa la mena dans le dédale de couloirs avec une petit moue sûre d'elle.


"Il n'y avait rien, rien, rien!" s'exclama Lunella, déçue. "Rien de personnel! Pas de lettres, pas de journal intime, pas d'accessoires intimes embarrassants! Que des vêtements, peut-être bien coupés mais moins beaux que les miens!"

"Il y avait quand même cette photo..." répondit Iris. Elle tenait en main un cadre de bois précieux, qui encadrait la photo d'une magnifique jeune femme blonde vêtue d'un somptueux costume.

"Oui, elle a l'air plus sérieuse que notre Alexandrine, même si elle est très belle." dit Lunella. "Je parie qu'il ne la trompe que parce que sa chère et tendre officielle est moins amusante."

"Tu as encore tout inventé!" s'exclama Iris. "Pour ce jeune homme et la comtesse, tu ne sais rien!"

"J'imagine la seule façon dont ça pourrait se passer, et c'est déjà bien suffisant!" dit Lunella. Elle examina le dos de l'image, cherchant un nom ou une date. "Aelis. Tu connais un peu la noblesse d'occitanie?"

"Non, désolée."

"Franchement, moi je suis flemmarde et je déteste apprendre, mais toi, tu devrais savoir! Comment je vais inventer des ragots si tu ne m'aides pas à identifier les gens?" bouda Lunella. "Rappelle-moi où elle était. Iris lui indiqua une niche entre deux vêtements. "Voilà!" Le jeune Pooka referma la valise, jaugeant l'effet d'un oeil critique. "Exactement la même position que quand on est rentrés, personne ne se rendra compte de rien sauf si Sherlock Holmes vient faire un tour ici, et encore! Maintenant, il ne nous reste plus qu'à attendre les filles." conclut-elle en se frottant les mains. Elle entendit un bruit à la porte.

"Ca doit être elles!" dit Iris de sa voix timide.

Mais au lieu des deux jeunes filles, ce furent Alexandrine et Ewen dont les visages se découpèrent dans l'ouverture de la porte.

C'est alors que Lunella sauta sur Iris et se mit à l'embrasser à pleine bouche.

Le "Que faites-vous ici?" que s'apprêtait à prononcer Alexandrine expira sur ses lèvres devant l'évidence de la réponse.

Iris poussa un cri. Lunella se retourna comme si elle voyait la comtesse pour la première fois, et se mit à débiter à toute vitesse : "Désolée, m'dame la comtesse, mais j'avais emmené Iris ici dans l'espoir de conclure parce que j'aime beaucoup cette pièce, vous savez, et..." Elle serrait toujours dans ses bras Iris rougissante, qui ne savait pas où se mettre.

A ce moment-là, Maired et Lisa arrivèrent en courant, et poussèrent elles aussi un cri de surprise.

"Vous êtes là aussi!" s'exclama Lunella.

"On vous cherchait justement, on se demandait où vous étiez passées!" improvisa Mairead.

"Alors vous..." continua la comtesse, confuse.

"Ben en fait, j'essayais juste..." dit la petite Pooka d'une voix traînante.

"Mais..." continua Iris "Tu as treize ans, et..."

Alexandrine se reprit, et dit d'un ton légèrement condescendant.

"Je vais être obligée de vous déranger, j'ai promis cette chambre à mon hôte. Il y a déjà installé ses affaires, comme vous auriez pu le constater si vous n'aviez pas été si... occupées."

Iris fuyait son regard, et se dirigea vers la porte. Lunella la suivit, et tout en faisant une grande révérence à la comtesse, déclama. "Et pourquoi juste cette chambre? Ah, malédiction, madame, vous avez trop bon goût!"

Elles rejoignirent Mairead et Lisa, et partirent dans le couloir qui menait à la grande salle.

"Ne vous en voulez pas, les filles, on s'en est sorties sans trop de pertes, vous avez vu!" s'exclama Lunella.

"Mais tu as quand même... devant tout le monde..." protesta Iris.

"Bah, c'est pas si grave. C'est rien que de la comédie, de toute façon."

"Oui..." balbutia Iris, légèrement rassurée. Mais les gens vont croire...

"Si tu veux, je dirai à tout le monde que tu m'as jetée!" proposa Lunella, serviable. "Comme ça, ta réputation de vierge effarouchée ne sera pas entachée!" Iris regarda Mairead, puis Lunella, et rougit de plus belle.

"Je préfèrerais que tu ne parles de rien." dit la jeune trolle. Mairead eut un sourire embarrassé, et Lisa se mit à regarder ailleurs.

"Et donc, c'est pas grave si vous nous avez laissées tomber, mais quand même, racontez-nous au moins ce que vous avez fait, pendant ce temps!" s'exclama Lunella. "Vous êtes vraiment allées vous embrasser dans les coins, vous?"

Mairead rougit elle aussi, et Lisa essaya d'expliquer "Il y avait un enfant d'oiseaux..."

"En fait, Lisa a senti un objet magique, et nous avons retrouvé la comtesse." dit Mairead. "Il est venu ici pour affronter quelqu'un - mais on ne sait pas qui - et il va demander conseil à Vassili, Abigail et Fergus."

"Oh! Si tu en entends parler, raconte-nous, hein! Nous, on a découvert que ce qu'il fait, c'est probablement pour une fille. Sûrement sa petite amie."

"Nous avons trouvé sa photographie." ajouta Iris. "Elle est très belle, et elle s'appelle Aelis. mais rien ne dit que ce soit pour elle : peut-être qu'il garde juste un souvenir de sa fiancée qu'il a laissée à la cour..."

"Tu ne comprends rien au romantisme!" s'exclama Lunella. "Je suis sûr que c'est pour elle! Faire des quêtes quand on a une fiancée et qu'on pourrait rester avec elle, c'est complètement has been! Par contre, aller la délivrer, ça, par exemple, ça passe mieux. Ca permet de rajouter du coeur à la baston. Si vraiment, tu aimes aller guerroyer pour sauver les innocents de façon désintéressée et tout, alors tu te choisis une fille qui vient avec toi guerroyer pour la même chose! Sinon, c'est trop nul de pas pouvoir mélanger les deux!"

"Alors il va venir nous voir..." dit Lisa. "J'espère qu'il ne se fera pas prendre dans les griffes du grand méchant vampire..."

Mais alors que Lunella allait l'interroger, elles regagnèrent le grand salon, et reprirent des sujets de conversation moins secrets.


Après quelques minutes que les jeunes filles passèrent à discuter sur l'intérêt esthétique de la chambre d'Ewen - ce qui mit Iris légèrement mal à l'aise - la comtesse Alexandrine entra à nouveau dans la pièce. Mairead se rendit compte à cette occasion que les tentures interdisaient de voir de quelle porte elle venait.

"Je vous présente Ewen, fils du duc d'occitan!" annonça Alexandrine de sa voix suave, mais qui ne souffrait pas de réplique. "Il nous fait l'honneur de sa présence, et j'espère bien que vous saurez le recevoir en improvisant quelque chose! Mais avant tout..." elle fit une pause, comme pour faire durer le suspense. "Je tiens à signaler que j'assignerai Lukas au service du prince Ewen pour le mois à venir."

"Quoi?" s'exclama le Troll, sans aucun respect du protocole. Il fixait la comtesse d'un air furieux. "Avez-vous oublié que je vais bientôt vous quitter?"

"Oui, justement." dit la comtesse avec un sourire froid. "Il faut que je m'habitue à ton absence. Et donc, prêter tes services à un de nos alliés pour le dernier mois pendant lequel tu es sous serment me semble une très bonne idée!"

"Vous est-il venu à l'esprit de me demander ce que j'en pensais?" demanda le Troll.

La comtesse, sembla hésiter, eut une petite moue, et puis un grand sourire éclaira son visage alors qu'elle répondait "Non."

Ewen et Lukas se fixaient. La comtesse continua : "De toute façon, puisque bientôt tu ne seras plus à mon service, il faut bien que je profite... que tu profites du temps qui te reste pour avoir l'occasion de travailler dans une quête, avec de vrais enjeux. Je suis sûre que vous pourriez bien vous entendre. Et de toute façon, il faut que ce soit toi, car tu dois l'amener auprès de Vassili et Abigail pour qu'il leur demande des services. Alors résigne-toi et cesse de faire la tête! Et promets-lui aide et obéissance, même si ce n'est que pour un mois!"

"Lukas n'aime pas beaucoup le système hiérarchique des Sidhes." chuchota Mairead, à voix très basse, à l'oreille de Lisa. "Et dame Alexandrine le laissait tranquille, d'habitude."

Lukas s'approcha d'Ewen. Même si le jeune Sidhe était très grand, le Troll, sous forme féérique, le dépassait encore largement. Il s'avança jusqu'à être suffisamment près pour que le Sidhe, pour continuer à le regarder dans les yeux, doive lever la tête. Puis, obéissant au protocole, il s'agenouilla, et murmura : "Pour le mois à venir, j'abandonne le service de dame Alexandrine et je vous promets aide, protection et obéissance, au nom de l'honneur des Trolls." La formule était la bonne, mais il y avait dans son ton beaucoup de froideur, et même un peu de bravade, par exemple dans l'insistance sur "Pour le mois à venir".

C'est sur le même ton froid et presque défiant que le Sidhe lui répondit : "Je suis honoré par votre dévouement. Votre offre sera appréciée à sa juste valeur."

La comtesse se rendit bien compte que cette scène n'amenait pas la touchante émotion qu'elle espérait, aussi elle alla demanda au vieux Salam "Allez, joue-nous quelque chose. Ewen, vous m'accorderez cette danse?"

La musique était tellement entraînante que l'incident fut vite oublié, mais au milieu d'une valse avec Liew, Mairead se demanda soudain si elle devait vraiment laisser Ewen et Vassili entrer en contact.

"Nous avons suffisamment de problèmes avec cette histoire de vampire!" pensa-t-elle. "Il ne faut pas que Lukas et lui soient pris là-dedans! Ni que Vassili ait des épreuves supplémentaires!"

Elle alla retrouver Lukas, qui était encore plus froid qu'elle le connaissait. "Salut! Je voulais dire... Vassili et Abigail ont eu des problèmes, ces derniers temps, et ça doit rester secret, alors... est-ce que tu pourrais ne pas lui amener le prince? Ou au moins, pas tout de suite?"

Lukas la fixa, eut un sourire amer. "Tu as bien vu que tant que Dame Alexandrine réclame que je remplisse mon serment de vassalité, je ne peux rien faire que de lui obéir."

"Ah..." Mairead fut gênée devant l'énervement latent de Lukas. "Mais, alors, est-ce que tu pourrais y aller... le jour? De préférence tôt?" Il la regardait sans comprendre. "Et puis..." Elle se sentit très gênée. "Tu leur en veux? Même si tu es fâché contre eux, tu ne vas pas aller les assassiner quand le mois sera fini..."

A leur grande surprise à tous les deux, Lukas éclata d'un grand éclat de rire, sincère et bruyant.

"Je fais si peur que ça?" demanda-t-il, pouffant encore. "Non, ne t'inquiète pas. Je ne leur en veux pas à ce point! Je ne leur en veux pas vraiment, en fait. c'est dans leur nature, et ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Non, je me contenterai de m'en aller, et je ne les reverrai plus."

"Tout va bien, alors!" s'exclama la jeune fille. Puis, elle lui murmura comme un secret à l'oreille. "Je comprends ce que tu veux dire. Je n'aime plus... pas tellement Alexandrine. Enfin, pas tout le temps."

"Tu as compris plus vite que moi." lui dit le Troll. Il se leva. "Tu danses?"

"Voui!" s'exclama la petite Satyre, avant de s'élancer sur la piste.