Perdu entre deux mondes
Chapitre 14
Le rêve d'hier
Ecrit par Ashbear et Wayward Tempest
Traduit de l'anglais par ChrisVIII
"Rappelle-moi encore pourquoi est-ce que je fais ça ?"
Elise rectifia son col de chemise en souriant doucement.
"Parce que c'est important pour ta carrière. Le conseil surveille chacun de tes gestes et après ton départ inexpliqué d'Esthar, ils se posent de nouvelles questions."
"Pourquoi chacun de mes gestes doit-il être rendu public ? Pourquoi est-ce qu'ils ne me laissent pas simplement mener ma vie comme je l'entends ?"
Elle soupira brossant une nouvelle fois son uniforme.
"Ta vie est publique, que tu le veuilles ou non. Squall, je sais que tu ne veux pas le faire… mais c'est important pour moi."
C'est important pour moi.
Les mêmes mots que ceux employés quelques mois auparavant pour le convaincre d'appeler Laguna. Elle prenait tellement sur elle et, comme toujours, il la voulait heureuse. La rendre heureuse était la seule chose qu'il pouvait faire ou, en tout cas, la seule raison qu'il ait trouvée de respirer encore aujourd'hui. Peut-être qu'en la rendant heureuse elle il n'aurait plus le temps de penser à ses échecs à lui.
"Ok, mais je n'aime toujours pas cette idée."
"Non." Répondit-elle doucement prenant ses mains gantées dans les siennes. "Tu n'as pas besoin d'aimer ça. Promis."
"Ne me promets jamais rien Elise." Il n'avait pas voulu être aussi sec et se corrigea. "Je veux dire… je peux prendre soin de moi. Ne crains rien."
"Squall, je m'inquiète. Je ne serais pas humaine sans ça." Elle lui fit un clin d'œil, entremêlant leurs doigts. C'était sorti comme une blague mais elle était incroyablement sérieuse. Elle ne voulait pas se laisser emporter par son comportement, mais lentement, progressivement, il se perdait et tombait encore plus bas. Elle le savait. Elle en voyait chacun des signes et elle voulait croire qu'elle pouvait l'en sortir ou alors peut-être que son travail, lui, le pourrait. Il pourrait peut-être garder la tête hors de ce cruel océan de doutes qui l'emportait.
Alors qu'elle allait ajouter quelque chose, une jeune femme s'approcha d'eux.
"Commandant en chef Leonhart, Docteur Vandermere, nous sommes prêts… si vous voulez me suivre."
Elise sourit poliment et suivit la jeune femme dans une petite salle annexe. Un homme s'avança et leur tendit la main.
"Enchanté, je suis Robert Woods, journaliste aux presses internationales associées. Je suis si heureux que vous ayez accepté cette interview."
"Le plaisir est pour nous." Répondit Elise s'asseyant sur l'une des deux chaises placées face à l'homme. Elle regarda Squall qui semblait indifférent à tout ce qui se passait autour de lui. Elle espérait seulement qu'il tiendrait tout le temps de l'interview. Elle avait raison, chacun de ses gestes était observé… encore une erreur et il était perdu.
Il essaya de ne pas regarder sa montre. Mais chaque seconde qui passait était une seconde passée à rien. Il n'aimait pas rester assis ici, à jouer le parfait exemple de, peu importe qui il était pour eux… commandant en chef, proviseur, fiancé. Le couple parfait, une parfaite vie, celle dont les enfants rêveraient… un vrai héros. Si seulement ils savaient les fantômes qu'il voyait chaque jour, ceux qui hantaient chacune de ses pensées, les cauchemars qu'il faisait même éveillé, ces mirages qui lui parlaient.
Dans sa tête s'enregistrait la voix d'Elise qui parlait au reporter, riant poliment, étant cette personne qu'il ne pouvait pas être. Il sentit qu'on le secouait discrètement sur le côté, il tourna la tête vers Elise qui sourit encore plus. Elle haussa un sourcil:
"N'est-ce pas chéri ?"
"Bien sûr." Il n'avait aucune idée de ce dont ils parlaient.
Remarquant qu'il n'écoutait pas, elle rit encore et reporta son attention sur le reporter.
"Vous savez, c'est l'une des choses que j'aime le plus chez lui… son entière dévotion à son travail. Faire passer le Garden avant sa vie privée, toujours. Son sens du devoir envers le SeeD."
Comme elle se trompait. Maintenant c'était au tour d'Elise de mentir pour lui. Où cela s'arrêterait-il ?
"J'aimerais vous poser quelques questions à vous plus particulièrement proviseur Leonhart. Que pensez-vous de l'affaire Ultimécia ? Avec le recul, les années passées, comment voyez-vous les choses aujourd'hui ?"
"Le temps n'a pas d'importance. Je vois les choses de la même façon que je les voyais alors. Ca n'aurait jamais du se produire, la souffrance, les pertes humaines ne doivent pas être oubliées."
"D'après les tous premiers rapports, vous ne seriez pas revenu de la compression temporelle en même temps que les autres. On dit qu'on vous aurait retrouvé 24 heures après. Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé pendant ces 24 heures ?"
"Non." La réponse aussi brève fut-elle ne fut pas parlée mais jetée à la face du reporter.
Elise se tourna vers lui, choquée. Elle n'avait jamais entendu cela auparavant, ça n'était certainement pas inscrit dans ses rapports. Pas même sous la forme d'ouï-dire. Mais elle le connaissait… à voir sa réaction, le ton qu'il avait employé, il cachait quelque chose. Quelque chose dont elle ne savait absolument rien.
"Squall?"
Il secoua la tête pour nier ces rumeurs. Mais les sentiments bien cachés au fond de ses yeux azurs racontaient une autre histoire. Elle voyait la peine commencer à l'envahir.
"Proviseur Leonhart, ces mêmes rapports vous prêtent une relation avec la nécromancienne Linoa Heartilly. Vous confirmez ces rumeurs ?"
Il avait les poings serrés. Si fort! Il n'avait qu'une envie: frapper et frapper encore l'homme qui lui faisait face. Cette interview n'était rien de plus qu'un papier à tabloïd. Il sentit une main se poser gentiment sur sa cuisse, il n'avait pas besoin de la regarder pour deviner l'empathie présente dans ses yeux. Il n'en voulait pas. Grâce au ciel elle était là ou la une du lendemain aurait été entièrement consacrée au recensement des blessures qu'il aurait portées au reporter.
Sans desserrer les dents, il répondit:
"Non. La sorcière et moi n'étions pas ensemble."
Ce n'était pas un mensonge. Vraiment. Le pire qu'elle ait fait c'était s'asseoir sur ses genoux, passer ses bras autour de son cou et prendre dans son cœur une place à jamais occupée désormais. Mais ils n'étaient pas "ensemble". Peut-être voulait-il s'en convaincre, peut-être voulait-il libérer sa conscience face au SeeD, à Elise, à chacun d'entre eux…Squall Leonhart poursuivit, répondant aux questions qui n'avaient pas encore été posées.
"C'était une cliente. La perdre a été comme perdre n'importe quel autre client. Ca n'est pas bon pour la réputation du SeeD. Oui, je m'en veux. Je m'en veux de lui avoir ainsi fait, par ma faute, perdre un potentiel revenu."
"Mais pourtant, quand Esthar a voulu la transporter dans l'espace, vous avez été le premier à vous y opposer."
"Evidemment. Je suis un SeeD et notre but est de débarrasser le monde des nécromanciennes. Pourquoi gâcher une occasion de les étudier ? De découvrir leurs faiblesses ? Pensez au savoir que nous pourrions acquérir au bénéfice des générations à venir… Vivre dans un monde sans les semblables d'Ultimécia, d'Adel ou… de Linoa."
Chacun des mots le tuait un peu plus, l'amenait vers un point de rupture qu'il ne pouvait éviter. Et ça ne serait pas la première fois. Mais cette fois, il ne pourrait peut-être pas être sauvé. Chaque jour devenait de plus en plus difficile, et chaque jour il désirait un peu plus en finir avec cette souffrance.
"Donc c'était purement professionnel ? Vous n'avez aucun sentiment, aucun regret personnel ?"
"Je suis entraîné pour ne rien ressentir de personnel. Je le répète, je ne regrette que le préjudice porté au SeeD et je tiens à m'en excuser une nouvelle fois auprès de mes pairs."
"Donc, si Esthar trouvait un moyen un jour de la dé-cryogéniser en toute sécurité, quelle serait votre réaction ?"
Il ferma momentanément les yeux. Bien que pas une journée ne passait sans qu'il n'évoque cette possibilité, entendre un étranger prononcer ces mots sonnait comme un blasphème. Il se leva, faisant de son mieux pour ne rien laisser paraître, agissant avec l'attitude d'un proviseur digne de ce nom. Encore une responsabilité qu'on lui avait imposée trop jeune.
"C'est une sorcière, elle sera toujours dangereuse. La vie suit son cours. Laissez son souvenir être son héritage, laissez reposer cet héritage à Timber aujourd'hui libéré. Mais laissez Linoa Heartilly reposer en paix."
Il fallait qu'il sorte, il s'étouffait avec ses propres mots. S'il avait eu le courage nécessaire, il serait allé dans la campagne trabienne, courir jusqu'à ce qu'explosent ses poumons. Il aurait laissé les éléments l'achever, et alors, peut-être que ses proches seraient à l'abri du trou noir qui encerclait son cœur.
Mais il y avait Elise.
Elle n'avait rien mérité de cela, elle ne lui avait jamais rien demandé. Et elle restait là, silencieuse, attendant patiemment, jour après jour, nuit après nuit, le gardant près d'elle… tentant de chasser les démons. Pourtant, chacun de ces gestes altruistes la rapprochait un peu plus de ce trou noir. Elle ne méritait pas ça, elle ne le méritait pas…elle n'avait pas besoin de tant de problèmes. Personne ne le méritait.
Sans dire au revoir, il sortit de la pièce et appuya sa tête contre le mur le plus proche. Si au moins il pouvait ressentir, si seulement son cœur n'était pas aussi endolori. Il n'avait encore jamais parlé autant d'elle à qui que ce soit, et ça le déchirait. Ils ne pourraient jamais comprendre. Ils ne pouvaient pas.
La voix d'Elise se fit plus forte et son rire l'apaisa presque. Elle était si polie, si aimable… tout le monde pensait qu'elle était parfaite. Elle l'était. Alors pourquoi cela ne suffisait-il pas ?
"Squall, bon sang, c'était quoi ça ?"
"C'est ce qu'ils veulent que je sois. C'est ce que tu veux que je sois."
"Parce que parfois je ne sais pas qui tu es vraiment !"
"Moi non plus !" Conclut-il avec colère.
"Pourquoi maintenant ? Pourquoi soudainement ? On allait si bien, tu progressais… qu'est-ce qui s'est passé? C'est ça le problème ?" Ce disant elle agita sa main gauche devant ses yeux, le diamant brillait de mille reflets. "C'est ça le problème ? Parce que si c'est ça… Je peux l'enlever dans l'instant et on oublie tout. Je veux simplement que les choses redeviennent ce qu'elles étaient."
"Elise, j'étais quoi avant ? J'étais qui ? Tu dis tout le temps que le problème c'est le mariage, mais c'est faux. Porter ou non ta bague ne changera rien."
"Alors quoi ? Qu'est-ce qui va changer ça ?"
"Je ne sais pas." Murmura-t-il fatigué. "Je ne sais pas."
Confortablement reculé au fond de son fauteuil, Laguna Loire prit une autre gorgée de café, un rituel établi lors de ces 25 dernières années. Le personnel du palais était très respectueux de ses habitudes, ayant appris qu'il était plus sage de ne pas le déranger avant qu'il n'ait fini sa deuxième tasse. Comme tous les jours, un stagiaire avait déposé le journal du matin en évidence sur le bureau. Le président ne l'avait pas reconnu, ils changeaient plus vite que le temps à Dollet.
Il feuilleta rapidement les premières pages allant directement à la section sport. Quelques encarts tombèrent au sol quand il ouvrit les pages et il grogna pour la forme. Il continua à tourner les pages à la recherche des résultats du championnat de hockey galbadien, tout en se penchant pour ramasser les pages. Dans un même mouvement il se cogna la tête au coin de son bureau et aperçut le score humiliant de son équipe, évincée en demi-finale, il couronna l'ensemble d'un juron. Bien qu'il soit parti depuis des années de Galbadia, il était resté supporter de son équipe: et ce indifféremment du résultat de fin de saison.
Alors qu'il refermait la section sport, Laguna suspendit son geste. Il venait d'entrevoir les pages société. C'était une partie qu'il ne regardait que très rarement mais voir une photo de son fils et d'Elise en une le choqua encore plus que la défaite de son équipe. Il prit le temps de lire l'article et son état ne fit qu'empirer. Il pouvait sentir l'amertume et le mensonge présents dans les réponses de Squall, il savait pertinemment que ce n'était qu'un masque derrière lequel il tentait de se cacher. Laguna savait que ceux qui ne connaissait pas Squall ne ferait pas la différence et prendraient ses mots pour argent comptant, ne verraient pas le mépris de ses mots… ce n'était pas réellement du mépris, mais plutôt une blessure si profonde que personne ne pourrait espérer l'appréhender complètement.
Puis il pensa à une autre personne.
Si Laguna avait eu assez de courage, il aurait appelé son fils, l'aurait engueulé, lui aurait dit qu'il n'était qu'un imbécile sans cœur… Mais, entendre ces remarques de la bouche de son père absent aurait été le comble de l'ironie. Sans quitter l'article des yeux, il ouvrit le tiroir de son bureau, passant ses doigts sur l'anneau où était gravé un lion. Il soupira, vaincu, et reposa finalement l'article.
"Je m'en veux tellement Raine…" L'homme avait du mal à retenir ses larmes.
Une part de lui souffrait avec son fils et l'autre partageait la souffrance de la jeune fille, non, la jeune femme, qu'il avait fini par considérer comme sa fille.
Il se sentait silencieusement coupable de posséder l'un des rares objets que Squall avait de sa mère… mais, lui rendre la bague était hors de question. Il aurait réellement préféré que Linoa la garde, cependant, la décision ne lui appartenait pas… Et dans toute cette histoire, il n'y avait plus rien qu'il puisse vraiment faire.
Squall ne rêvait que d'une chose: voir Linoa heureuse. Linoa, elle, voulait rester cachée de tous, y compris de Squall. Et Laguna se trouvait au beau milieu de tout ça. Le cliché de la force irrésistible et de l'objet qui ne pouvait bouger. Ce que la science n'expliquait pas, c'était lequel des deux devait finalement céder… car en théorie, ils restaient séparés. En réalité, il y avait toujours une faiblesse dans l'un des deux éléments. Refermant la main sur la bague, il décrocha le téléphone.
"Mettez-moi en communication avec Balamb Garden, Quistis Trèpe."
Linoa toussa en retirant la couverture blanche recouvrant un vieux rocking-chair: un épais nuage de poussière s'en dégagea. Elle éternua à plusieurs reprises et finit par s'asseoir par terre, de frustration. Jetant un coup d'œil à la pièce, elle soupira, de tous les efforts faits dans la semaine, elle ne vit pas grand chose.
"Cet endroit n'a pas seulement besoin d'être habité Laguna. Ca a aussi besoin d'être rénové."
La jeune femme chassa aussitôt cette idée de sa tête. Cette maison était un cadeau d'une extrême gentillesse, elle ne pourrait jamais suffisamment le remercier. En vérité, elle était très reconnaissante envers Laguna. Elle prendrait le temps qu'il faudrait mais elle rendrait cette maison à nouveau habitable.
Elle n'avait rien d'autre à faire.
Retournant dans le salon, Linoa s'arrêta devant le grand bouquet de fleurs posé sur la petite table à manger. Elle s'assit face à lui et le réarrangea avec soin. Etait-ce parce qu'elles étaient les seuls autres êtres vivants de la maison ou était-ce à cause de leur beauté? Elle les trouvait magnifiques. Elle aurait pu rester assise à les regarder pendant des heures, respirant leur léger parfum. Elle ne se rappelait pas avoir jamais été intéressée par les fleurs. Oui, elle les trouvait belles, mais au-delà de ça... Maintenant, elle ne pouvait plus les quitter des yeux. Elles lui rappelaient qu'elle était vivante.
Ce bouquet était un cadeau de bienvenue de la part de Laguna. Elle l'avait trouvé sur le pas de sa porte le lendemain de son arrivée. Il y avait un petit mot pour l'accompagner: "pour tes nouveaux débuts". Le voir l'avait prise par surprise, elle était restée bouche bée. C'était comme si toutes les beautés de ce monde avaient étaient rassemblées en cette composition. Cette nuit-là fut la seule nuit où elle dormit sans problème. Machinalement, elle enleva les feuilles fanées et les garda dans sa main. Leur beauté s'effaçait lentement, preuve du temps qui passait. Elle soupira et se releva, jetant les feuilles dans la première poubelle venue.
Quelqu'un frappant à sa porte la fit sursauter. Avec prudence, Linoa s'approcha de la porte et regarda par le judas qui cela pouvait-il bien être. Ne voyant personne, elle ouvrit la porte et sortit sur la rue. Son pied buta sur quelque chose et elle baissa les yeux pour voir qui était le coupable. Elle ramassa le journal et retourna à l'intérieur, maudissant la paranoïa dont elle se trouvait trop souvent victime. Elle faisait pourtant beaucoup d'efforts pour dépasser cette peur du monde extérieur. Elle n'avait jamais eu aussi peur de sa vie d'ouvrir la porte. Esthar était différente. Au moins là-bas elle voyait des visages familiers. Ici, elle avait l'impression d'être dé-cryogénéisée une seconde fois. Et là, le monde était encore plus froid et impersonnel. La jeune femme était déterminée à ne pas se laisser freiner par ses peurs. Elle ferait face et trouverait sa place dans ce monde.
Mais pas aujourd'hui.
Elle se traîna jusqu'au canapé et s'y laissa tomber sans grâce. La poussière l'encercla. Elle toussa à nouveau en agitant sa main à hauteur de visage pour dissiper le nuage. Elle joua bruyamment avec les coins des pages en lisant les titres.
Le journal de Winhill était encore plus ennuyeux que celui qu'elle avait l'habitude de lire à Timber. Linoa sauta les faits divers (une histoire de chocobo et de petits vols inexpliqués) mais s'arrêta un moment en arrivant aux pages société. Elle regarda les photos de jeunes couples, futurs mariés, bras dessus bras dessous, avec un pincement au cœur. Elle soupira sans s'en rendre compte. Elle ne put s'empêcher de penser que si les choses s'étaient passées différemment, elle serait peut-être parmi ces gens heureux, souriant en noir et blanc sur cette page.
Elle chassa cette pensée de sa tête. Cela ne servait à rien d'y penser. Elle ne pouvait pas se permettre de vivre dans le passé. C'était mauvais… son thérapeute le lui avait dit. Elle retint de justesse un cri de surprise alors que ses doigts feuilletaient les pages. Le passé venait de ressurgir devant elle, comme un chat aurait bondi devant un oiseau à terre.
Squall la regardait droit dans les yeux de son regard perçant, exactement celui qu'elle avait gardé dans ses souvenirs. Il ne souriait pas, pour autant, son visage n'était pas aussi fermé que d'habitude. Elise était à ses côtés, pendue à son cou. Les mots "au sommet" étaient imprimés en gros caractères et lettres majuscules sous l'image avec un sous-titre en plus petit "Squall Leonhart chasse le passé et se concentre sur un avenir prometteur". Tout en elle lui disait de refermer le journal, de ne pas lire la suite. Pas une phrase de plus. Honnêtement, elle essaya… mais c'était comme une voiture en pièces dans le fossé… il était impossible de détourner les yeux.
Tout commençait comme un parfait conte de fée, Elise évoquait avec détails leurs réussites respectives et leur vie commune. Une part d'elle-même se réjouissait pour lui, l'autre avait envie de vomir. Elle riait intérieurement à la lecture de l'article. Elise était la seule à parler, elle répondait pour lui et elle le reconnut bien là: typiquement Squall.
Le peu de mots qu'il prononça suffit pourtant à lui arracher le cœur. Chaque mot était un coup de poignard. Les blessures qu'elle cherchait désespérément à guérir se retrouvèrent à vif. Le contexte s'effaça, elle ne retint que des extraits.
Le temps n'a pas d'importance.
La sorcière et moi n'étions pas ensemble.
C'était une cliente.
Ca n'est pas bon pour la réputation du SeeD. […] Je m'en veux de lui avoir ainsi fait, par ma faute, perdre un potentiel revenu.
Je suis entraîné pour ne rien ressentir de personnel.
La vie suit son cours
Laissez Linoa Heartilly reposer en paix.
Linoa se trouva plongée dans une sorte de léthargie, elle replia lentement le journal et le posa les gestes lourds. Elle avait envie de pleurer. Elle avait envie de crier à l'injustice de la vie. Elle voulait chasser la douleur présente en elle. Elle ne put pourtant ne faire ni l'un ni l'autre. Elle se contenta de fixer le sol en silence, laissant les mots agir et s'enfoncer encore plus profondément en elle.
C'était donc ce qu'il ressentait ? Ce qu'ils ressentaient tous ? Elle n'était qu'une source de revenus potentiels ? Non… Ca ne pouvait pas être vrai. Ils n'avaient pas à être amis pour gagner leur chèque. Mais, il avait été si difficile à comprendre… S'était-elle complètement trompée ? Elle n'était donc rien d'autre pour lui ? Elle le revit à travers la vitre… Sa main contre la paroi… ses yeux… Ce n'était qu'un jeu d'acteur ? Pour s'assurer de sa paie ?
De colère, elle donna un coup de pied dans la table basse et la renversa. Le journal glissa sur le sol et alla s'écraser contre le mur. Elle se prit la tête dans les mains, les larmes coulaient le long de ses doigts. La dernière chose qu'elle voulait faire, c'était pleurer. Elle ne voulait plus être faible. Elle ne pouvait pourtant pas contrôler ses larmes et elle éclata en sanglots. Elle ramena ses genoux à elle et se balança lentement d'avant en arrière, un geste dans lequel elle trouvait du réconfort depuis toute petite. Dans cette maison, elle n'avait pas de meilleure option. Elle se mit à écouter le tic tac régulier de l'horloge du siècle passé accrochée sur le mur opposé.
La sonnerie du téléphone interrompant brutalement ce silence faillit la faire tomber. Elle fixa l'objet et attendit que la personne se lasse. Après la vingtième sonnerie cependant, elle en eut marre et décrocha. Elle s'éclaircit la gorge dans l'espoir de cacher son état et répondit:
"Allô ?" Elle avait la voix encore un peu rauque.
"Linoa? Hey! Ca va ?"
"Oui, j'étais juste en train de faire la poussière." Elle toussota pour appuyer son excuse.
"Oh! Je ne voulais pas te déranger, je voulais simplement m'assurer que tu allais bien."
"Ca va oui." Elle retint un sanglot qui cherchait à sortir. "J'ai beaucoup à faire dans la maison… Je ne risque pas de m'ennuyer."
A l'autre bout du fil, Quistis écoutait attentivement… Quelque chose n'allait pas… Mais rien n'indiquait qu'elle avait vu l'article. Elle se jura néanmoins de botter les fesses du grand Squall Leonhart la prochaine fois qu'elle le verrait.
"Bien, tant mieux." Elle poursuivit la conversation. "N'en fais pas de trop tout de même, d'accord ?"
"Oui Maman." Chercha à plaisanter Linoa, sans grand succès. "Je serai au lit à 23h."
"Très bien jeune fille." Répondit Quistis jouant le jeu. "Dis, j'appelais pour te dire qu'un imprévu me retient ici, il faut absolument que je résolve le problème. J'ai bien peur de ne pas pouvoir aller te voir aujourd'hui. Mais je te promets de te consacrer toute ma journée demain. Alors on pourra fêter ça comme il se doit."
Fêter ? Pensa intérieurement la brune. Fêter quoi ?
"Y'a rien à fêter Quistis, vraiment, ça va."
"Mais quel genre d'amie serais-je si je te laissais seule pour ton anniversaire ?"
Elle n'avait même pas réalisé. Elle avait complètement oublié. Après tout, le temps n'avait plus d'importance, n'est-ce pas ?
"Ok, ça m'a l'air une bonne idée." Finit-elle par répondre après un silence.
"Ecoute, on se voit bientôt alors, ok ?"
"Oui, à demain." Répondit-elle machinalement.
"A plus."
Elle raccrocha.
La jeune femme alla ramasser le journal et entra dans la cuisine. Elle allait le jeter dans la poubelle mais arrêta son mouvement en croisant de nouveau son regard. Un flot d'émotions traversa son corps. Elle aurait tellement voulu le détester. Ca aurait été tellement plus facile. Mais une autre part d'elle se détestait de tant d'égoïsme. Elle pensait vraiment qu'il allait passer sa vie à l'attendre ? Et puis, c'était partir du principe qu'il s'était intéressé à elle… Elle n'avait peut-être qu'imaginé tout ça. Elle jeta le journal sur le plan de travail de frustration. Quoiqu'il advienne, Linoa comprit qu'il était impossible de le détester. Elle soupira et se résigna à la défaite. Elle glissa le journal dans le premier tiroir venu.
Elle revint ensuite dans le salon et s'allongea dans le canapé. Les pensées s'enchaînaient à une vitesse folle dans son esprit. Elle se roula en boule, ramenant ses jambes à elle. Elle ferma les yeux et se répéta qu'elle avait 25 ans aujourd'hui. Si elle était restée la même, elle aurait ri de la situation… à cet instant, elle l'accepta, amère.
Le temps est sans importance.
Quistis regarda une énième fois la pendule. Elle abhorrait ces réunions mensuelles inter-Gardens. Ce n'était que du jargon politique, de ces phrases qui en disent beaucoup mais qui ne parlent de rien. Etre engagée dans l'ensemble des projets n'était que la cerise sur le gâteau. Malheureusement, elle ne l'avait compris que trop tard. Ses yeux s'attardèrent sur le représentant Trabien qui avait l'air aussi pénétré qu'elle… Squall avait eu une bonne idée là… La prochaine fois elle pourrait peut-être commencer à envoyer un représentant elle-aussi. Penser à Squall lui fit serrer les poings de colère. A quoi pensait-il donc ? Elle savait pertinemment qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il avait dit. Le Squall qu'elle connaissait aurait envoyé au tapis quiconque aurait osé dire ne serait-ce qu'un tiers de ce qu'il avait dit.
Elle savait aussi qu'il était impossible de le contraindre à quoique ce soit. Et d'après ce qu'elle avait vu d'Elise, elle doutait sérieusement que ce soit elle qui l'ait forcé. Elle était très certainement aussi choquée et perplexe qu'elle en ce moment. Quistis se décida à lui laisser le bénéfice du doute… mais elle ne voulait rien de plus que le confronter sur la question. Ce n'était pas le moment. Elle ne pourrait s'empêcher de révéler l'existence de celle qui avait choisi de rester cachée. Hyne, faites que Linoa n'ait pas vu cet article !
"Hem. Mademoiselle Trèpe ?" Le président la tira de ses pensées.
"Oui, Monsieur ?"
"Etes-vous ou non d'accord pour ajourner cette session? Avez-vous autre chose à ajouter ?" Il la fixait sans expression.
Elle regarda autour d'elle et réalisa que tous les autres avaient la main levée, impatients de la voir faire de même pour de pouvoir enfin sortir de cette foutue salle.
"Non Monsieur, je n'ai rien à ajouter." Elle leva la main avec un parfait sourire.
"Très bien, nous nous revoyons donc le mois prochain." Il frappa du marteau sur le coin du bureau et se leva. "La réunion est ajournée."
Quistis plissa les yeux, éblouie par le soleil comme elle sortait du bâtiment galbadien. Ils devraient sérieusement envisager de faire une de ces réunions en extérieur pour changer. On va tous devenir vampires à ce rythme!
Elle prit le temps de regarder les magnifiques fleurs encerclant la fontaine qui ornait la cour. L'eau retombait en cascades dans le grand bassin de marbre. C'était si envoûtant qu'elle faillit crier en sentant quelque chose de frais et humide lui toucher la main.
"Angel!"
Le chien se mit à battre furieusement de la queue tout en léchant la main de la jeune femme. Elle s'agenouilla et lui gratta l'oreille. Angel grogna de plaisir.
"Comment ça va ? Je ne t'ai pas vue depuis l'anniversaire d'Irvine !"
Le chien répondit en se couchant sur le dos, montrant son ventre, attendant les chatouilles. Quistis rit et se plia au jeu.
"Ca m'a l'air d'aller… Je vois que tu es gâtée…"
"Quisty !"
Elle se redressa dès que le cri de guerre de Selphie se fit entendre, elle se retourna et vit la brunette se diriger vers elle en sautillant. Quistis aurait pu jurer qu'elle avait autant d'énergie aujourd'hui qu'à cinq ans. Il faudrait qu'elle pense, un jour, à lui demander qu'elle était son secret. Elle ne s'attarda pas à réfléchir puisqu'elle se trouva étranglée dans l'étreinte de son amie.
"Je suis tellement contente de te revoir !"
"Moi aussi…" Répondit-elle comme elle put, pouvant à peine respirer.
"Bon sang, Selphie ! Tu es en train de tuer un proviseur! Je ne suis pas sûr que ça fasse bien sur le C.V." Intervint une voix grave.
"Salut Irvine." Sur-joua Quistis répondant dans un souffle. "Juste à temps pour me sauver !"
"Je suis né pour cela, beauté." Conclut Irvine, portant la main à son chapeau. "Protéger le monde de Selphie."
"Désolée, désolée." Dit Selphie relâchant enfin son amie. "C'est juste que… c'est si long entre nos visites. Ca me manque. On a été ensemble si longtemps… j'ai l'impression qu'on est toujours une seule et même équipe."
"On l'est Selphie, on l'est…"
"Yes ! Vous savez quoi ? Ce qu'il nous faut, c'est une autre crise pour que tous les 6 on reparte botter les fesses des méchants !" Elle s'arrêta brutalement. "Enfin, tous les 5…"
Les secondes suivantes furent laissées à un silence inconfortable.
"Alors, quoi de neuf dans le monde merveilleux de la politique ?" Demanda Irvine pour changer de sujet.
"Les mêmes contes ennuyeux que la dernière fois, servis avec leur habituelle couche de me-" Elle s'interrompit juste comme passait le président de l'assemblée. "Monsieur." Salua-t-elle poliment.
Il acquiesça avec solennité et poursuivit son chemin. Une fois à bonne distance, ils laissèrent partir le rire qu'ils avaient retenu. La proviseur remarqua alors pour la première fois depuis le début de la conversation que la plus jeune avait les yeux rouges et bouffis.
"Selphie, ça va ? On dirait que tu as pleuré…"
Irvine se plaça derrière Selphie secouant vigoureusement la tête tout en passant son index à sa gorge, le signe universel pour "tais-toi si tu sais ce qui est bon pour toi!". Mais c'était trop tard, au même moment, la petite figure énergique se transforma en agonie et les larmes se formèrent dans ses yeux. Sa lèvre inférieure se mit à trembler et elle essaya de parler avant de se laisser submerger.
Quistis leva les yeux vers Irvine, perplexe. Il se contenta de secouer la tête une nouvelle fois et de marmonner:
"Et voilà, quatre heures passées à essayer de la faire sourire… fini!"
Finalement, Selphie céda et elle éclata en sanglots en se jetant dans les bras de la blonde, pleurant bruyamment:
"Oh, Quisty ! C'est affreux ! Tu ne devineras jamais ce qu'ils veulent que je fasse !!!"
Quistis lui tapota l'épaule, pour tenter de la calmer.
"Qu'est-ce qu'il y a ?"
Selphie murmura quelque chose d'incompréhensible et les sanglots redoublèrent, elle s'accrochait maintenant à la veste de son amie.
"On a des problèmes avec les gros pontes qui gèrent les finances du projet canin." Expliqua Irvine, relevant son chapeau. "Ils lui ont dit que trop d'argent allait dans l'entraînement d'un chien qui ne serait de toutes façons certainement jamais admis sur le terrain."
"Pourquoi ?"
"Elle est sourde." Se reprit Selphie, relâchant son amie. "Même si elle l'a été pendant les deux années de sa vie… mais évidemment, ça ne pose problème que maintenant, quand il s'agit d'économiser sur chacun des programmes pour financer des recherches en robotique !" Elle était montée dans les aigus, à deux doigts de crier.
"Maintenant, Selphie, calme-toi… tu as failli nous faire jeter dehors quand tu es allée dire ça au proviseur !" Irvine passa un bras autour de la jeune fille, tremblante.
"Sourde de naissance ?" Redemanda Quistis.
"Oui," développa Irvine, "C'est l'un des derniers enfants d'Angel. En fait, Angel n'était pas censée avoir des petits à son âge. Mais, par une chaude soirée de printemps, Jake est sorti de son box et… une chose en entraînant une autre. La grossesse était à hauts risques et pour Angel et pour les petits. C'est le seul des trois qui a survécu, mais à l'évidence, pas sans séquelle. Elle a toujours été particulière pour Selphie…"
"Elle est si intelligente Quistis!" Reprit Selphie en s'essuyant les yeux, "Plus intelligente que la moyenne des autres! Mais pas un étudiant ne voudra lui donner une chance… ils sont bien trop fainéants pour faire des heures sup'!"
La remarque n'échappa pas à trois étudiants qui s'éloignèrent rapidement.
"Le commandant nous a dit qu'elle serait trop imprévisible sur le terrain, que ce serait comme donner un fusil à un aveugle! Pourtant, comme l'a dit Selphie, elle est plus intelligente que la moyenne, est excellente à chacun des exercices. Elle se fie tout simplement à des ordres visuels et non auditifs. On leur a montré encore et encore mais sans les convaincre. Ils ne veulent rien savoir. "
"Ils ne la laisseront pas être adoptée par des civils mais, tu ne connais personne dans le Garden qui pourrait la prendre avec lui?"
"On a bien demandé, mais soit réaliste Quistis, ils disent tous qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper d'un chien, en vrai, personne ne veut d'un chien sourd, c'est tout…"
"Qu'est-ce qu'ils en disent ?"
"Qu'il faut la faire piquer…" Sanglota Selphie, "Ils veulent que moi je la fasse piquer! Je ne le ferai pas ! Je refuse de la trahir ! Pas pour eux, ni pour personne d'autre!"
Irvine passa son autre bras autour de la brunette et la serra contre lui. Quistis la regarda avec compassion, ne sachant quoi dire. Soudain, elle eut une idée. Bien sûr, pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ! C'était parfait…
"Selphie… Je crois que je peux aider…"
Elle redressa le nez.
"Com… comment ?"
"Je connais quelqu'un qui apprécierait vraiment la compagnie d'un chien en ce moment. Et je sais que ton chien serait chouchouté et bichonné…C'est quelque part à la campagne, le chien aurait de quoi courir et se défouler. Qu'est-ce que tu en penses ? "
Ses yeux s'emplirent une nouvelle fois de larmes.
"Quistis, je crois que je t'embrasserais!" Elle joignit le geste à la parole et se jeta au cou de son amie. "Merci, merci, merci!"
La proviseur, la serra dans ses bras, répondant à l'étreinte.
"Tout le plaisir est pour moi. Maintenant, file, va leur dire que tu obéiras ce soir. Je vais de mon côté demander à rester une nuit supplémentaire et j'irai en ville louer une voiture. Ce soir, on la fera discrètement échapper et je la conduirai tout droit à sa nouvelle maison!"
Irvine eut un sourire mauvais.
"Je vois que vous devenez rusée et coquine avec l'âge Mademoiselle Trèpe. Je crois que ça me plaît…"
Quistis fit les gros yeux.
"Oh waouh !" Selphie retrouva son naturel. "C'est comme dans Mission Impossible!" Elle se mit aussitôt à fredonner la chanson du générique.
"Alors, qui c'est cet ami, hmm ? S'agirait-il de ce mystérieux inconnu pour lequel tu disparais régulièrement pendant plusieurs jours?"
"Mystérieux inconnu, tu veux dire, petit-ami ?"
Il acquiesça d'un clin d'œil coquin.
"Euh… Ben… c'est…" Elle haussa finalement les épaules. Ce n'était pas vraiment un mensonge, si ? Juste une réponse un peu vague…
"Tu sais, tu ne vas pas pouvoir le garder caché pour toujours! Il finira par être découvert un jour ou l'autre…"
"Peu importe. Je vous retrouve ce soir. Rendez-vous devant l'entrée principale."
"Très bien, Squall." Laissa-t-il tomber. Il enleva son chapeau et se pencha légèrement "Sérieusement, merci pour le coup de main."
"Ravie de pouvoir aider !"
"Salut Quistis, à ce s- enfin, à la prochaine!" Dit Selphie en s'éloignant.
"A plus Selphie! Et oh ! Comment elle s'appelle ?"
La plus petite se retourna, un grand sourire sur les lèvres.
"Esperanza ! Ca veut dire espoir en espagnol !"
Quistis sourit à son tour. C'était parfait.
Linoa avait certainement besoin d'espoir en ce moment.
