Ma berceuse

Résumé : Un matin banal dans la nouvelle vie de Bella à Forks, les Cullen Brothers, célèbre groupe de musique, débarque au lycée. Il semblerait que la petite ville de l'état de Washington soit devenue le nouveau fief d'un band qui ne souhaite que vivre une vie normale. Quoi de plus normal alors que de tomber amoureux? Bella/Edward Tous humains (enfin je crois^^)

Résumé du chapitre précédent : Bella s'est faite agresser dans la rue, Edward l'a sauvée à l'aide d'un revolver. Elle veut savoir d'où il le tient.

Note de l'auteur : Salut tout le monde ! Alors, cette fois, un vrai chapitre, plus long que d'habitude, d'ailleurs. Les choses avancent un peu. La première partie de ce chapitre a été corrigée par summer-cat75.

Merci beaucoup à elle. Je lui ai envoyé la deuxième partie, celle avec le piano mais j'avais trop hâte de publier le chapitre donc je republierai sa correction plus tard. Sinon, je rappelle que, dans tout à la fin de ma bio dans mon profil, il y a l'adresse du forum de cette fic sur lequel je publierai des news de mon travail sur Ma Berceuse puis sur Ma Lointaine.

Bonne lecture, et merci pour vos reviews. Je les lis toutes avec attention, elles me touchent énormément. Merci beaucoup. J'espère que vous appréciez toujours mon travail. A bientôt, j'espère !


Edward s'installa sur un fauteuil face à Bella et se prit la tête entre les mains. Il soupira longuement, les mains dans les cheveux, tandis que Bella ne le quittait pas du regard. Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'Edward achète une arme en cachette? Et comment avait-il pu se la procurer? Il n'était pas censé pouvoir porter une arme sans l'autorisation de ses parents même si le port d'arme était légal à partir de seize ans. Que cachait-il? Pourquoi prenait-il toujours cet air défensif quand il était en public? Les questions s'enchaînaient dans la tête de Bella comme un collier de perle. Plusieurs minutes passèrent sans que le silence ne soit brisé. Puis, alors que Bella allait dire quelque chose pour le faire réagir, Edward releva la tête et la regarda avec un air douloureux.

« Tu n'es pas obligé de m'en parler, si tu ne le veux pas.

-Non. J'ai besoin d'en parler à quelqu'un. J'en ai assez de garder ça pour moi. »

Il releva les yeux vers elle et lui fit un petit sourire.

« Et je te fais confiance. »

Elle lui sourit doucement en retour. S'il avait été près d'elle, elle lui aurait sans doute pris la main.

« Je t'écoute » murmura-t-elle.

Un nouveau silence s'installa puis il démarra son long récit, seulement interrompu par des silences lourd de sens.

« Tu as dû remarquer que Will et moi, nous ne entendons pas très bien. »

Bella acquiesça d'un hochement de tête.

« Et bien, ça n'a pas toujours été comme ça. À une époque, on était comme les deux doigts de la main. On faisait pas mal de conneries ensemble. C'était un peu notre crise d'adolescence. On s'amusait bien. »

Il lui sourit légèrement, mais son visage s'assombrit.

« Et puis, il y a deux ans, Will a voulu aller voir ce qu'il se passait sur Hollywood Boulevard, la nuit. »

Bella haussa les sourcils, comprenant qu'ils voulaient aller voir les prostituées et il lui fit un petit sourire contrit.

« C'était juste pour s'amuser. On n'aurait rien fait… Quoiqu'il en soit, on a quitté la maison en douce et, arrivés sur place, on s'est caché dans une petite ruelle. On regardait un peu tout ce qu'il se passait. Au bout d'une demi heure, un homme est arrivé. Il trainait une fille derrière lui. »

Son regard se fit vide, comme s'il revivait la scène.

« Ils se sont disputés et l'homme a frappé la fille jusqu'à ce qu'elle meure. C'était horrible. On était caché et on avait peur. On n'a rien fait… L'homme est parti et on a attendu… je sais pas… peut-être dix minutes. On était terrorisé de voir si le mec allait revenir. La fille était morte, elle ne bougeait plus. Je suis allé la voir. Je voulais appeler la police, mais Will n'a rien voulu entendre. Il m'a dit que… que le mec allait nous retrouver et nous tuer si on témoignait contre lui. Qu'il faisait peut-être partie d'un gang et qu'on était mort si on disait quoique ce soit. J'ai insisté et il m'a frappé. On s'est battu un peu et puis il est parti. Il était furieux. Il est rentré chez lui. C'est à ce moment qu'on a cessé d'être amis. Enfin… quand j'ai quitté la ruelle, je ne savais plus quoi faire. Je me souviens juste que l'homme qui l'avait tuée était sur le trottoir d'en face… et qu'il me fixait. Je suis parti en courant mais… mais je me suis toujours dit qu'il avait vu mon visage. Je pouvais rien dire… Je… »

Il se prit la tête entre les mains de nouveau. Bella était si surprise qu'elle ne dit d'abord rien. Il n'avait que quinze ans quand ça s'était passé. Il avait vu une femme mourir sous ses yeux. Ce n'était pas étonnant qu'il ait eu si peur qu'il ait voulu se procurer de quoi se défendre. Mais pourquoi n'en avait-il pas parlé? Ses parents l'auraient aidé. Ils lui auraient dit qu'il avait eu raison de fuir. Que ce n'était pas grave d'avoir peur. Ils l'auraient rassuré et protégé comme ils avaient toujours semblé le faire. Vivre un tel traumatisme, une telle peur à quinze ans devait marquer quelqu'un à vie.

« Je me sens tellement coupable… On aurait pu… on aurait pu aider cette femme. On aurait dû sortir de notre cachette et l'aider…

-Edward… vous n'étiez que des adolescents. Il aurait pu vous faire du mal. »

Elle alla s'asseoir à côté de lui et lui prit doucement la main, l'obligeant à se redresser. Il avait les larmes aux yeux. C'était si étrange de voir un garçon comme Edward Cullen, habituellement si sûr de lui, sérieux et sous contrôle, paraître tellement dévasté. Elle fronça les sourcils, et alla passer son autre main sur sa joue pour effacer les quelques larmes qui avaient coulé.

« Vous n'auriez rien pu faire.

-Mais… mais j'aurais du appeler la police… Après, j'ai pensé qu'appeler la police n'aurait fait que nuire à mon image. Le groupe était déjà formé et on commençait à vendre pas mal de disques. Je me suis dit que tout le monde se demanderait ce que je faisais sur Hollywood Boulevard à cette heure-là de la nuit. Mais ça, je ne l'ai pensé qu'après, comme pour justifier mon choix avec une mauvaise excuse. J'ai juste été lâche… Et même… ce n'était de toute façon pas une excuse…

-Ce n'était pas de ta faute. »

Elle caressa doucement sa joue et serra sa main. Un silence pesant s'installa. Il sécha ses larmes et tenta de se calmer.

« C'est à cause de cette histoire que tu as un pistolet dans ta voiture?

-Je… j'ai fait pas mal de cauchemars après ça. Ma photo était dans tous les magasines et l'homme avait, selon moi, très bien vu mon visage. J'ai ressenti le besoin d'avoir quelque chose pour me défendre, alors… j'ai demandé à un de nos gardes du corps de m'en trouver un contre un gros montant d'argent. Les premiers mois, je ne le quittais pas. Et après… j'ai fini par oublier, je suppose. »

Il tourna les yeux vers elle et elle put y lire une intense détresse. Il ne la connaissait que depuis quelques mois et déjà, il lui confiait tout ça. Qu'était-elle devenue pour lui? Elle s'allongea sur le canapé sur lequel ils étaient assis et, trop fatiguée pour réfléchir à ce qu'elle faisait, elle l'attira contre elle. Ils s'endormirent ainsi, sans dire un mot de plus, savourant juste cette présence réconfortante après cette soirée éprouvante.

Quand Edward se réveilla, le lendemain matin, Bella avait déjà déserté la bibliothèque. Il se passa une main sur le visage en repensant à la veille au soir. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de se confier ainsi? Bella ne le comprenait sans doute pas. Qui pouvait comprendre la réaction qu'il avait eue ce jour-là? Qui pouvait le prendre en pitié? Il avait laissé mourir cette femme et pas un jour ne passait sans qu'il n'y pense.

Il alla prendre une douche et s'habilla. Quand il descendit pour prendre son petit-déjeuner, tout le monde était déjà debout. Bella, assise à la table, sirotait son jus d'orange et n'osa pas relever les yeux quand il entra. Il s'assit face à elle et put ainsi remarquer son regard fuyant et ses joues rouges. Comment réagir autrement quand on avait passé la nuit dans les bras du garçon duquel on était amoureuse? Elle tendit la main pour attraper le beurre et entre en collision avec celle d'Edward. Elle releva les yeux et accrocha son regard au sien. Il fit un signe de tête vers le salon et elle se contenta d'acquiescer.

Son petit-déjeuner fini, Edward se leva et sortit de la cuisine. Elle attendit quelques minutes pour que ça ne fasse pas trop suspect et monta les escaliers qui menaient aux chambres. Arrivée devant la porte d'Edward, elle se sentit attirée dans la pièce avant même d'avoir pu frapper. Doucement, mais fermement, Edward la plaqua contre la porte rapidement refermée et la coinça là. Il était si proche d'elle qu'elle pouvait sentir son odeur. Elle était de nouveau envoutée, mais elle tenta de garder l'esprit clair.

« Qu'est-ce qui te prend?

-Qu… quoi? »

Il fallait d'abord qu'elle se remette de leur proximité.

« Tu fuis mon regard… C'est à cause de ce que je t'ai raconté hier soir?

-Quoi? Non! Bien sûr que non, Edward. Je ne te juge pas. Au contraire…

-Alors qu'est-ce qu'il se passe?

-Rien. Laisse tomber.

-Dis-moi.

-Non.

-Pourquoi?

-Parce que.

-T'en as d'autres des comme ça?

-Écoute, ça ne te regarde pas, d'accord?

-Ça a un rapport avec moi?

-Oui. Non! Euh… peut-être!

-Alors ça me regarde.

-Mais… rooooh! Laisse-moi tranquille. »

Elle fronça les sourcils et tenta de se dégager, mais d'une main ferme sur sa taille, il la repoussa doucement contre la porte sans retirer sa main.

« Bella…, murmura-t-il de sa voix la plus suave à laquelle, évidemment, personne ne pouvait résister.

-Edward, laisse-moi tranquille…, soupira-t-elle en tentant de ne pas soupirer de contentement.

-Dis-moi…

-Non, Edward... »

Il se rapprocha d'elle, gardant sa main sur sa hanche et passa l'autre sur sa joue. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre. Si seulement il ne faisait pas ça pour la faire craquer…

« Je… je pensais juste que…

-Oui…?

-Je… j'étais mal à l'aise par rapport à… à cette nuit… »

Il interrompit brusquement ses caresses et elle n'osa pas ouvrir les yeux. Il se recula d'un coup et, quand elle rouvrit les yeux, elle vit face à elle un regard fermé, mais qui était accompagné d'un léger sourire qui étirait les lèvres d'Edward. Un sourire quelque peu arrogant.

« Je sais bien que ce n'était qu'amical. »

Bella se mordit les lèvres, mal à l'aise, et baissa les yeux. Bien sûr que ce n'était qu'amical. Comment un être tel qu'Edward pourrait s'intéresser à elle? Il avait une petite-amie superbe, il était beau, gentil et intelligent. La perfection d'Edward était nettement évidente. Il avait également une qualité supplémentaire que la plupart des gens n'avaient pas : il était célèbre, alors on l'enviait. Et il savait bien tout cela. Sinon, pourquoi lui aurait-il lancé un sourire si orgueilleux. Comme s'il était idiot de s'imaginer que cette nuit-là pouvait signifier quelque chose pour lui…

« Hum… pour hier soir… tu n'en parleras pas, n'est-ce pas?, demanda-t-il après un silence, son assurance déstabilisée.

-Non, bien sûr que non. Mais tu devrais en parler à tes parents. Ce n'est pas facile d'assumer un tel fardeau.

-Je… »

Il se passa une main sur la nuque.

« Tu as sans doute raison, mais… »

Il haussa une épaule, ne voulant visiblement plus en parler.

« En attendant, je vais aller régler son compte à mon abruti de cousin. Mais qu'est-ce qui lui a pris de te laisser rentrer seule?

-Il avait bu. Ce n'est pas vraiment de sa faute.

-Ah oui! J'avais oublié à quel point tu apprécies ce bon vieux Will. Ce n'est jamais de sa faute… », répondit-il, agacé.

Une pointe de jalousie perçait d'ailleurs dans sa voix. Mais qu'avait Will qu'Edward n'ait pas déjà?

« Non… enfin… pas comme tu le sous-entends. On est juste… amis. »

Pas vraiment, pensa-t-elle, mais c'était le seul mot qui lui venait à l'esprit.

« Et comment tu te sens aujourd'hui?

-Bien.

-Tu es sûre?, demanda-t-il l'air inquiet.

-Oui, ça va.

-N'importe qui aurait été terrorisé pour moins que ça, insista-t-il, guettant le contre-coup.

-Tu es arrivé largement à temps.

-Ouais… », marmonna-t-il, septique.

Il l'observa attentivement et se rapprocha d'elle pour ouvrir la porte. Il reprit d'un ton plus léger en sortant dans le couloir :

« Que dirais-tu d'aller faire les magasins, aujourd'hui?

-Ça me paraît plus reposant que tout ce qu'on a fait jusqu'à maintenant, s'amusa-t-elle.

-Alice est parfois agaçante de vitalité, je te l'accorde. »

Les jours suivants virent un rapprochement évident entre Bella et Edward. Alice put ainsi constaté que quand Bella était dans un coin, Edward n'était pas loin. Même pour faire les magasins, Edward proposait de les accompagner avec Jasper. Heureusement qu'elle n'était pas du genre jalouse… Sinon, elle aurait pu croire que son frère, petit à petit, monopolisait l'une des seules filles avec qui Alice s'entendait bien. Non, à la place de penser ça, Alice Cullen se frottait les mains. Le plan de Rosalie marchait à merveille. Edward passait de moins en moins de temps avec cette peste d'arriviste de Nate. Bella était quelqu'un de bien mieux pour un garçon aussi adorable qu'Edward. Alice et Rose n'étaient pas de grandes fans de la chanteuse de pop et le dire ainsi était un doux euphémisme. Nate ne cherchait qu'à renforcer son image en sortant avec Edward : passer dans les magasines people, être plus connue et donc vendre plus de disques.

Avant que les Cullen partent pour Forks, Edward et elle étaient dans le même lycée –privé et cher. Ils avaient déjà rompu deux fois mais elle finissait toujours par revenir et il la reprenait sans cesse. Alors, quand Alice et Rosalie avaient vu Bella entrer dans la vie d'Edward comme une comète flamboyante, elles avaient su qu'elles tenaient là leur chance que le plus jeune frère soit bien. Juste bien, pour une fois, avec quelqu'un. Edward n'accordait pas facilement sa confiance et était difficilement approchable. C'est à se demander comment il avait laissé entrer une fille comme Nate dans sa vie. Du coup, depuis, elles mettaient tout en œuvre pour les mettre ensemble. Bon, Rose avait eu quelques agacements contre cette fille qui tentait tant de les repousser. Qui était-elle pour se croire mieux qu'eux, avait-elle demandé à Alice. Mais ce n'était pas ça, avait répondu Alice. Bella était juste aussi tourmentée et fermée qu'Edward. Au contact de celui-ci, cependant, tous deux semblaient juste… bien. Et c'était décidément l'effet recherché.

Ainsi, toute la maisonnée avait pu entendre Edward composer de nouveau un air au piano. Un air doux, enjoué et profond. Cela faisait longtemps que personne n'avait entendu le piano du sous-sol résonner avec autant de beauté. Edward ne composait plus depuis deux ans, à présent. Il se contentait de jouer la musique de ses frères. De les aider à arranger le morceau aussi.

Un jour où Bella se trouvait seule dans la maison, la plupart des autres membres de la famille étant sur la terrasse ou dans la piscine, elle entendit de nouveau cette douce musique s'élever. Cela faisait plusieurs jours qu'elle était intriguée de savoir lequel des Cullen jouait ce morceau magnifique. Etaient-ils en train de créer une musique pour leur troisième album ? Intriguée donc, elle descendit au sous-sol.

Plus elle se rapprochait, plus la musique était claire, plus elle se sentait touchée par la mélodie. C'était si doux, si mélancolique aussi… Comme un amour perdu, comme la mort de quelqu'un d'aimé… Comme une berceuse aussi… Et soudain, tandis que Bella descendait l'escalier, la voix d'Edward s'éleva. Les paroles exactes, Bella ne put les retenir dans leur totalité. Elle écouta presque la totalité de la chanson debout dans l'escalier, n'osant pas descendre et interrompre ce magnifique moment. La chanson parlait d'un amour lointain. Les notes et les paroles exprimaient toute la souffrance d'un isolement non voulu, d'une solitude absolue malgré toutes les personnes autour, impossible à combler si ce n'est pas une 'elle' qui n'existait que dans les rêves. C'était une comète dans ce ciel malheureux. Une comète aussi lumineuse qu'éphémère, une 'elle' qui apprenait à regarder derrière la carapace, une elle qui le voyait comme quelqu'un de normal. La chanson se terminait sur le fait qu'il devait dire adieu à cette lumière et retourner à l'obscurité car cet amour resterait lointain. Le piano continua encore une minute après la fin des paroles. Bientôt, la mélodie, qui ressemblait tant une chanson que Bella avait entendu petite, s'arrêta.

Edward hocha la tête, visiblement satisfait, et écrivit quelque chose sur la feuille de partition devant lui. Bella fit un pas en avant et apparut dans l'encadrement de la porte. La dernière marche de l'escalier craqua et Edward tourna la tête vers elle. Il parut d'abord surpris mais se reprit bien vite, secouant légèrement la tête.

« Je ne savais pas que tu étais là.

-Je suis arrivée il y a tout juste quelques instants. »

Bella s'approcha de lui en souriant légèrement, pourtant extrêmement troublée. Il était assez difficile d'entendre le garçon qu'on aime écrire une chanson pour une autre. Car Bella ne doutait pas qu'elle parlait de Nate.

« Qu'est-ce que tu en penses, alors ? » Il parut gêné et se tourna vers elle quand elle s'assit sur le banc à côté de lui.

« C'était magnifique, Edward. Sûrement une des plus belles musiques que j'ai entendu.

-Merci.

-C'est toi qui l'a écrite ?

-Pas tout à fait… » Elle allait demander comment une chanson pouvait être « pas tout à fait la sienne » mais il la regardait si intensément qu'elle n'osa ni relever les yeux de ses mains ni argumenter.

« Pourquoi est-ce que vous ne sortez pas plus de créations comme celle-ci sur vos albums ?

-Chaque auteur a son empreinte et c'est Jasper qui écrit la plupart de nos textes.

-Oh… »

Elle se retint d'ajouter qu'elle préférait les siens et resta là quelques secondes, les yeux baissés, assise à califourchon sur le banc de pianiste, tournée vers lui. Doucement, il avança une main vers l'un de ses bras nus et le caressa doucement.

« Alors, murmura-t-il sans cesser de la transpercer du regard ni de la caresser, cette chanson te plait vraiment ? »

Elle releva les yeux vivement, presque agacée qu'il remette ce qu'elle avait dit en doute, mais l'intensité de son regard et sa caresse finirent de coincer les mots dans sa gorge. Une fois qu'elle eut croisé son regard, impossible de le lâcher. Edward avait de magnifiques yeux verts. Il pouvait tout dire à travers ses yeux, avait-elle remarqué : la curiosité, l'amitié, la froideur, l'indifférence, la douceur… la tendresse. Elle était à présent témoin de ce dernier sentiment. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais Alice les interrompit en appelant Edward depuis le haut de l'escalier.

Bella sursauta et Edward ferma les yeux, visiblement agacé.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en rouvrant les yeux, sourcils froncés.

-Nate est là. Elle exige de te voir. » Bella retint un sourire en entendant toute l'ironie dont Alice était capable réunie dans cette phrase. Et elle fit tout pour ne pas voir la réaction d'Edward, sachant très bien qu'elle serait mal à l'aise si elle croisait de nouveau son regard. Elle ne vit donc pas qu'il avait blêmi.

« J'arrive, répondit-il en soupirant. Je suis désolé, je vais devoir remettre le moment où je t'apprendrai à faire du piano, plaisanta-t-il en se levant.

-Le piano ? Il faut de la coordination pour ça, non ? J'arrive déjà pas à coordonner assez mes pieds pour ne pas les emmêler quand je marche alors le piano… » Elle roula les yeux et il sourit de toutes ses dents.

« Tu as raison. Il faut mieux laisser les pianistes jouer pour toi. »

Et, sans lui laisser le temps de demander ce que cette phrase sous-entendait, Edward avait disparu en quelques enjambées dans l'escalier. La jeune fille soupira, et détourna la tête vers la partition. Les paroles et les notes qu'elle avait entendu tout à l'heure y étaient écrites au crayon à papier avec application. Mais ce n'est pas vraiment l'écriture fine et soignée d'Edward qui retint l'attention de Bella. Le titre du morceau était « Ma Lointaine » ce qui paraissait assez logique vu le contenu de la chanson. Ce qui étonna réellement Bella fut le sous-titre : Berceuse par Edward Cullen. Si c'était lui qui l'avait écrite, pourquoi avait-il répondu 'pas tout à fait' quand elle lui avait demandé s'il était l'auteur de la chanson ?