Bonsoir...

J'espère que vous allez bien. Comment débarquer avec un nouveau chapitre alors que l'on n'a plus posté depuis un peu plus d'un an ? Heu... Honnêtement, je ferais mieux d'aller me cacher, lol !

Mes plus humbles excuses pour cette horrible et cruelle absence (hum) alors que j'avais pris un rythme qui pour une fois était assez rapide chez moi... Visiblement, ça ne pouvait pas durer T_T.

Non, je n'ai pas abandonné cette histoire. J'ai juste eu une énorme page blanche, rien de ce que j'avançais ne me plaisait, bref, une vraie cata... Et le temps passe si vite ! Assez de blabla, j'espère qu'il reste encore quelques uns de mes anciens lecteurs et que vous apprécierez ce nouveau chapitre. Il ne casse pas la baraque, mais bon, il est au moins plus long que les anciens...

Je voulais aussi remercier tout le monde, particulièrement ceux qui ont continué à poster des reviews pendant mon absence et ceux qui ont pris des nouvelles de cette histoire. Ensuite, bien sûr, j'ai été ravie de voir qu'elle a été ajoutée en favoris et en alert. Je ne vous remercierai jamais assez pour votre soutien !

Bisous et bonne lecture !


Rating : M.

Note : Je rappelle que cette fiction est inspirée d'un téléfilm « Désidéria et le prince rebelle » qui passait quand j'étais petite à la télé. Seulement inspirée, pour un peu la trame et quelques situations, parce que dans l'ensemble, j'ai largement pris mes libertés et inventer une toute autre histoire ! Notamment avec les deux frères.


+ Chapitre 13 +

« Harry... Viens... »

La voix était faible, presque indistincte aux oreilles du Griffindor. Il avait conscience qu'on lui tirait le bras, peut-être même qu'on lui criait dessus mais ses cinq sens ne lui obéissaient plus. Harry n'était obsédé plus que par une chose...

Ses yeux verts ne se détachaient plus de son frère. C'était un instant étrange... Effrayé comme le nourrisson qu'on arrache au ventre de sa mère ; Harry sentait les larmes couler sur ses joues, impuissant. Perdre Drago... C'était impossible. Ça faisait trop mal.

Il aurait tout donner pour que son frère pose à nouveau un regard dédaigneux sur lui, qu'il le sonde de son air méprisant et hautain qu'Harry avait tant haï.

Tout donner pour ne plus affronter le néant qui habitait ses yeux.

La peau blanche du jeune blond était désormais d'une pâleur maladive et ses veines devenaient si superficielles qu'on pouvait toutes les voir, d'un noir intense, telles les branches d'un labyrinthe parcourant son corps. Les paumes de Drago étaient ouvertes vers le ciel et seul le spectacle terrifiant à l'extérieur laissait imaginer les incantations maléfiques qu'il devait psalmodier mentalement.

« Dra... Drago... », haleta t-il douloureusement, tendant une main désespérée vers son frère.

Effondré sur les dalles glacées, Harry tenta de se relever, fébrile, mais trébucha, ses pieds encore douloureusement étreints par les ronces.

Pris d'une colère sourde face à son impuissance, il attrapa les ronces pour les briser, en vain. Il ne réussit qu'à s'écorcher les mains à vif, et constata le sang qui le tâchait en poussant un geignement de désespoir.

Alors qu'il s'apprêtait à une nouvelle tentative, Harry sentit deux bras puissants lui maintenir les poignets et le tirer en arrière, le libérant de l'emprise des ronces. Son regard croisa celui très inquiet de Draco Slytherin, et il comprit que c'était lui qui l'appelait depuis tout ce temps.

« Harry », fit le rebelle en claquant des dents. « Par Salazar... Il faut que nous sortions d'ici, ou nous allons finir gelés ! »

Encore sous le choc, le brun n'avait pas remarqué l'état du château, absorbé par les yeux morts de Drago.

Autour de lui, la grande salle ressemblait à ces montagnes que l'on contait aux enfants pour les endormir. Ces dunes immenses et enneigées du lointain royaume des Hufflepuff. D'un blanc pur, immaculées et vénérées par le peuple qui les habitait. On disait que c'était un spectacle magnifique...

Et bien que tout ne soit que chaos dans cette pièce, Harry ne put s'empêcher d'être soufflé par la beauté de l'œuvre de Drago. Par la beauté de la magie noire.

Mais cela ne dura qu'un court instant ; un sentiment d'horreur l'étreignant brusquement. Toutes les personnes invitées au mariage étaient figées, telles des statues de glace, aussi belles et fragiles que le cristal.

Un tel froid allait forcément les tuer. Beaucoup d'entre elles ne bougeaient déjà plus, et quelques unes parvenaient encore à esquisser des mouvements, tentant de fuir ce cauchemar vivant.

La bel habit de mariage de Draco Slytherin était lui-même recouvert d'une fine poudre blanche, cristaux de neige faisant étinceler de mille feux ses yeux aussi bleus qu'un lac glacé.

Ce fut en constatant à quel point le rebelle semblait transi de froid – des petits nuages blancs sortaient d'entre ses lèvres gercées – qu'Harry se rendit compte qu'il n'était pas touché par le phénomène. Lui, il avait chaud...

C'était comme si des bras l'encerclaient, l'enveloppant dans une douce tiédeur humaine, protectrice. Une force invisible. La magie de Drago ?

Se pouvait-il qu'en dépit d'avoir sombrer du côté du mal, quelque chose soit encore humain en lui ? Quelque chose qui ne voulait pas tuer Harry... ? Le brun sentit un regain d'espoir grandir dans son cœur.

« Viens, Ha-Ha-Harry ! », s'exclama Draco, pantelant. « Tiens-tiens toi... à... à... moi. »

L'ancien Griffindor voulut répliquer qu'il savait encore très bien marcher seul – il en avait marre que le Slytherin se sente le besoin d'être l'homme dans leur relation, lui aussi était un guerrier bon sang ! Il voulait dire à Draco que c'était plutôt lui qui aurait besoin d'aide mais à peine posa t-il un pied en avant qu'il sentit une douleur lancinante se réveiller dans son dos.

La ronce ne l'avait pas épargné, et il était certain que son entaille lui laisserait une cicatrice horrible, naissant sur son épaule gauche et se prolongeant en une coupure profonde et nette jusqu'au bas de son flanc droit.

N'en pouvant plus et jugeant la situation critique, le rebelle le tira par le bras, ignorant les gémissements d'Harry, et l'entraîna à l'extérieur, coupant grâce à son épée les ronces qui tentaient de les retenir prisonniers.

A l'extérieur, le Slytherin les traina difficilement jusque derrière un arbre, où ils s'effondrèrent l'un contre l'autre. Ils formaient tout deux un contraste surprenant : Draco avait les lèvres bleuies et le visage affreusement blême tandis que Harry était rouge de sueur, sentant des bouffées de chaleur lui traverser tout le corps.

« Est-ce que... ça va ? », demanda faiblement Draco, repliant ses genoux contre sa poitrine et les entourant de ses bras, comme pour conserver un semblant de chaleur dans ce corps transi.

Le brun se perdit quelques instants dans les yeux bleus, le souffle coupé. Il n'avait pas oublié ses sentiments pour le rebelle, bien qu'ils n'aient jamais été aussi forts que ceux qu'il éprouvait pour son jumeau. Harry eut soudain un vieux relent d'amour.

S'il n'arrivait pas à sauver Drago ; alors peut-être trouverait-il le bonheur dans les bras du rebelle. L'idée malvenue qu'il ne serait alors qu'un remplaçant le fit pâlir. Et si Draco Slytherin n'avait jamais été que ça à ses yeux ?

Harry tenta d'ignorer ses pensées honteuses.

« La douleur est supportable. Et toi ?»

« Un peu plus et je serais mort », déclara le rebelle d'un ton fataliste.

Puis son regard tomba sur la mine gênée du Griffindor.

« Pardonne-moi d'avoir mis si longtemps à réagir... », souffla Harry, prenant conscience de l'avoir mis en danger.

Le blond lui adressa un doux sourire.

« Ce n'est rien », murmura t-il. « Tu étais bouleversé. Tu... »

Pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Harry vit le jeune prince rebelle afficher un air maladroit, hésitant. Il se mordait les lèvres, semblant peser le pour et le contre de sa question.

« Mon jumeau et toi... avez vraiment... »

« Oui », s'étrangla le brun, et il baissa les yeux, afin de ne pas affronter ceux du rebelle qui semblaient fouiller son âme.

Harry ne vit pas le rebelle grimacer. Draco avait serré les poings et si le brun imaginait qu'il allait se mettre en colère, le Slytherin n'en fit rien. Ses traits n'affichaient que tristesse et déception.

« Je suis désolé », reprit enfin Draco.

Les yeux verts s'étaient relevés, surpris. Harry avait incliné la tête et affichait une moue coupable. C'était plutôt à lui de s'excuser, songea le brun. Il avait laissé envisager des choses au rebelle alors qu'au fond, c'était Drago qu'il aimait.

« Pourquoi ? Tu n'as pas à l'être... »

« Si. Je t'aime et lorsque tu as mal, je souffre avec toi, Harry... »

Ému que le Slytherin lui déclare à nouveau ses sentiments – après tout, Harry avait toujours espéré être aimé depuis son enfance – ce dernier ne put que déglutir.

« Je... »

« Tu n'as pas à répondre à mes sentiments tout de suite. La dernière fois que nous nous sommes vus je t'ai quasiment sauté dessus. Et depuis, j'ai été sous l'emprise d'un sortilège. Sache juste que je te soutiendrai, quelque soit ton choix. »

Comme pour appuyer ses dires, Draco lui caressa tendrement la joue et Harry eut envie de se frotter contre cette paume ouverte, recherchant un semblant d'affection, oubliant la situation chaotique dans laquelle ils se trouvaient.

« Tu es brûlant... », susurra le prince, inquiet. « Ôte ta chemise. »

Le rebelle déchira un long pan de sa belle tunique de mariage et l'enroula autour du torse de son aimé, afin de stopper – ou du moins de ralentir – l'écoulement du sang. Une fois la chemise sale remise sur ses épaules, Harry demanda anxieusement :

« Tu crois qu'ils sont tous... »

« Morts ? », le coupa le Slytherin d'une voix grave. « Je ne sais pas... J'espère que lorsqu'on aura tuer Drago, ils seront libérés de l'enchantement, mais il se peut qu'ils restent dans cet état pour toujours. »

« C'est impossible... Mes parents et mon peuple sont... »

Soudain, Harry écarquilla les yeux et posa une main sur sa bouche, affolé. « Non... », s'étrangla t-il. « JE TE L'INTERDIS ! », hurla t-il.

Fou de rage, Harry se redressa, des larmes au fond des yeux et entreprit de retourner au château, quitte à se faire brocher par les ronces. Il n'en avait rien à faire des intentions du rebelle, si lui avait perdu espoir, ce n'était pas son cas. Harry se remémora douloureusement les paroles de celui qu'il aimait désormais plus que tout.

-Je ne veux pas que tu me quittes, j'ai peur de la solitude. Je t'en prie, ne pars plus jamais...

Alors il n'allait pas l'abandonner. Plus jamais.

« Es-tu donc fou ?! »

S'arrêtant devant lui, Draco Slytherin le fixait intensément, une colère sans nom vrillait ses prunelles bleues, et peut-être même qu'il y avait aussi un peu de peur, ne put s'empêcher de penser le brun en tremblant.

« Tiens-tu donc tant à mourir ? », cracha t-il. « Y retourner serait du suicide ! »

« Je le sauverai quoique tu en penses ! TU NE LE TUERAS PAS ! »

Réalisant que le rebelle ne bougeait pas d'un pouce, l'air déterminé, le brun serra les dents et appuya ses mains sur le torse du blond, le repoussant en arrière de toutes ses forces.

« Laisse-moi passer ou nous devrons nous battre ! », siffla t-il, menaçant.

Un rictus amer déforma les belles lèvres du blond.

« Ce serait inutile. Nous nous sommes assez entraînés ensemble pour savoir qu'aucun de nous deux n'aurait l'avantage. Tu perdrais ton temps Harry. »

« Et comment peux-tu me connaître aussi bien ? Nous nous sommes peut-être affrontés, mais nous ne l'avons fait qu'un misérable mois ! Je suis peut-être bien plus fort que tu ne le penses ! La vérité c'est que tu ne me connais pas ! »

« Peut-être... », admit Draco. « Mais cela ne m'a pas empêché de tomber amoureux de toi au premier regard. »

Harry secoua la tête, incrédule. « Je ne crois pas au coup de foudre... »

« Ce n'est pas ce que tu disais quand je t'ai sauvé des Ravenclaw dans le désert. A ce moment-là, tu étais boule de chiffon entre mes bras. »

« Pas autant que lorsque Drago m'a fait l'amour... », murmura le Griffindor, sachant que cela blesserait vraiment le rebelle.

Et il n'avait pas menti, c'était si vrai... Si fort...

Cette révélation eut l'effet escompté. Le prince des Slytherin sentit sa maîtrise de lui-même partir en fumée. En quelques mots Harry l'avait poignardé, droit au cœur.

Poussant un cri de rage, Draco l'attrapa par le col de la chemise et le plaqua contre un arbre, l'emprisonnant de son corps musclé. Ses yeux semblaient fous et sa patience et sa gentillesse avaient été volées par la jalousie.

« Est-ce qu'il faut te baiser contre le tronc d'un arbre pour être aimer en retour, Harry ?! Mon frère ne t'a fait que des crasses dans sa jeunesse... Il n'a toujours désiré qu'une chose : le trône... Pourquoi est-ce lui que tu remercies alors que je pourrais te donner tout ce que je possède pour faire ton bonheur ? »

« Parce que tu n'es pas lui. »

Ses yeux verts emprisonnèrent son regard, le faisant se sentir soudain misérable. « Parce que les terres que tu possèdes, l'armée, le trône... Tout ça n'est rien face à l'amour qu'il m'a offert. Il est mon frère, mon âme-sœur, mon amant, celui que j'ai dans les tripes depuis que je l'ai vu pour la première fois à six ans, caché en haut des escaliers. Je crois qu'il mérite sincèrement que je me batte pour lui, parce que s'il avait eu ta chance, celle d'être Roi des Slytherin, et de ne pas être abandonné à une meute de loup vengeresse ; alors je suis sûr qu'il aurait été un bon prince et qu'il aurait aimer sa terre. Seulement la vie n'a pas été clémente avec lui. »

Il s'écoula une bonne minute avant qu'Harry ne retrouve complètement son souffle et petit à petit, la pression sur ses poignets diminua. Draco Slytherin s'était légèrement reculé, détournant ses beaux yeux bleus pour fixer le château au loin. Sa bouche se déforma en un rictus amer.

« Pars. J'imagine que te perdre doit être le prix à payer pour être né le premier des jumeaux. Pour être celui qui a hérité du royaume, l'enfant légitime. Même si je n'ai jamais rien demandé de cela. »

« Draco... »

Énervé par ce ton suppliant, le blond lui jeta un regard noir.

« Pars avant que je ne change d'avis ! »

Harry comprit qu'il n'avait pas de temps à perdre. Comme si c'était la dernière fois qu'ils se voyaient, le brun passa ses bras autour de son cou et déposa un baiser au coin de ses lèvres. Un adieu. Un merci. Tant de sentiments à la fois, qu'Harry voulait lui exprimer de tout son cœur.

Dans un élan de passion, Draco posa une main sur sa nuque et força le barrage de ses lèvres, transformant l'étreinte en un véritable baiser, que le Griffindor ne put refuser.

O

O

Dobby s'inquiétait beaucoup pour son Maître. Cela faisait des heures qu'il marchait et Harry semblait ignorer son souffle précipité, son front dégoulinant de sueur, ses muscles endoloris. Plus rien n'existait à ses yeux que son objectif...

« Prince Harry, excusez-moi mais allons-nous marcher encore longtemps ? La nuit va bientôt tomber et nous sommes perdus au beau milieu de la forêt... Elle regorge d'esprits maléfiques... »

Le Griffindor s'arrêta un instant et retira son sac de l'épaule. Son pantin n'avait cessé de gesticuler toute la journée et bien qu'Harry l'adorait quand il était enfant, en ce moment même il n'avait qu'une envie. L'abandonner. Ses yeux verts étaient devenus fous et quiconque se dresserait sur son chemin subirait sa colère.

Il souffla d'agacement. « Je ne sais pas combien de route il nous reste à faire, Dobby. »

En disant cela, le jeune prince réalisa qu'il n'en avait véritablement aucune idée. Il s'en remettait au destin. Si ce dernier ne mettait pas Drago sur sa route, alors il le perdrait définitivement...

Harry sentit ses yeux se brouiller et plongea son visage entre ses mains, avant de s'effondrer lamentablement sur un vieux tronc d'arbre. Il avançait en aveugle. Depuis des heures. Et ça durerait sûrement des jours.

Et si jamais il le retrouvait... Serait-il assez fort pour le libérer de sa malédiction ? Drago l'aimait-il assez pour lutter contre ça ?

Harry avait toujours eu l'impression que personne ne pourrait jamais s'intéresser à lui. A ses yeux, sa valeur avait toujours été inférieure à celle des vieux torchons souillés que Molly utilisait dans son enfance pour le débarbouiller. Après tout, Rusard disait que les détritus allaient avec les détritus.

Et Drago n'en faisait pas parti.

A bout de forces, à bout de nerfs, Harry se laissa tomber en arrière et s'allongea de tout son long, une main cachant encore ses yeux. Il avait beau serrer les dents, maudire sa faiblesse, des sanglots de désespoir et de remords secouèrent ses épaules et un cri déchira le silence de la forêt.

« Prince Harry, s'il vous plait, ne pleurez pas... »

Le jeune prince sentait le poids de Dobby sur son ventre, mais sa peluche ne lui était plus d'aucun réconfort. Il avait passé l'âge. Il avait perdu le rêve. Les illusions de bonheur. Il l'avait perdu...

« C'est ma faute. » Alors qu'il réalisait cela, Harry déglutit. La boule à avaler dans sa gorge ne lui avait jamais paru aussi grosse. « J'aurais pu le retenir. Tant de fois. Mais jamais... jamais je ne l'ai écouté, il a toujours été le méchant, le beau salaud... C'était si facile de rejeter la faute sur les autres et de haïr le monde entier. »

Le brun hoqueta, sentant le courage s'en aller. « C'est ma faute, j'ai tout gâché... Je les ai tous perdus... »

Lorsqu'il se calma enfin, Harry sentit la fatigue l'envahir et la douleur dans son dos se réveiller à cause de sa position, en appui sur la surface dure. Peut-être que s'il fermait les paupières, il allait mourir ainsi, et fuir enfin ce cauchemar.

Soudain, le sol trembla. C'était une très légère secousse toutefois il n'en fallut pas plus pour que le brun écarquille les yeux, surpris. En équilibre sur le bout de bois, le Griffindor l'avait nettement senti bouger. Et le bruit ne trompait pas.

Ça se reproduisit. Comme des pas d'une chose énorme, qui se déplaçait au loin. Harry se redressa brusquement et retint son souffle en observant les alentours.

Le silence paraissait soudain oppressant, étouffant. Même les oiseaux ne chantaient plus. L'obscurité, qui les avait bercé entre ses bras sombres pendant qu'ils marchaient, s'était à présent refermée définitivement sur eux. Harry avait si peur que même les mouvements des feuilles que le vent soufflait de temps à autre réussirent à lui arracher un frisson.

« Qui est là ? », demanda t-il d'une voix tremblante, avant de se gifler mentalement pour sa stupidité.

Quelque soit le monstre qui produisait cet affreux bruit – oh Merlin, ça se rapprochait ! - il était évident que ce dernier n'allait pas répondre à sa question et venir lui faire la conversation.

Lentement, Harry se leva, bien que ses jambes flageolantes eurent du mal à le porter. Bon sang, il était courageux. Un Griffindor. Un futur Roi, qui plus est.

Un hurlement déchirant le poussa à se retourner vivement.

O

O

Blaise Zabini était un homme fidèle.

Étant le second du prince des Slytherin, il se faisait un devoir d'accomplir à bien ses missions, même s'il ne partageait pas toujours le point de vue de Draco Slytherin. C'était un guerrier hors pair, et en ce moment même, sans lui, le prince rebelle n'aurait pu aller bien loin.

C'était la première fois que Blaise ramassait son chef dans un tel état. Immédiatement, dès que ses yeux s'étaient posés sur Harry, sauvé dans le désert, il avait compris. Qu'il serait le péché de Draco.

Blaise ne l'avait jamais vu tomber amoureux, c'était une première.

Lui, sa faiblesse, c'étaient les femmes. Il les adorait, les collectionnait. Du plus loin que remontent ses souvenirs, le jeune blond n'en avait jamais touché une d'entre elles. En quelque sorte, Harry était son premier...

Blaise espérait qu'il ne serait pas le dernier.

« Mon prince... ? », chuchota t-il.

Le Slytherin, assit paisiblement dans l'herbe, leva vers lui des yeux effrayants. Blaise déglutit, prit son courage à deux mains, et descendit de son cheval. S'agenouillant devant Draco, il s'inclina et lui baisa le front.

« Mon prince, je vous en supplie, reprenez vos esprits. »

Les yeux bleus changèrent légèrement de couleur, signe qu'il avait toute son attention. Le guerrier prit une profonde inspiration.

« Ça ne me plait pas de sauver des Griffindor », déclara t-il en crachant ce dernier mot, « mais si nous ne le faisons pas, Salazar sait ce que pourrait faire cette créature au reste du monde. Ce qu'elle pourrait nous faire. »

Un sourire cruel étira les lèvres pâles. « Et ça serait dommage qu'on se soit battus toutes ces années au nom de la liberté, pour se faire tuer par un monstre... »

Ses longs cheveux étaient sales et ses yeux semblaient un peu fous. Avait-il perdu son prince dans la folie ?

Ce dernier passa une main sous sa nuque, le prenant par surprise, et l'attira vers lui pour souffler sur ses lèvres. Le respiration du guerrier devint soudain haletante.

« Mon prince ? », paniqua t-il.

« Es-tu troublé, Blaise ? »

« Oui... Lâchez-moi, s'il vous plait ! »

Draco s'exécuta mais une lueur déterminée persistait dans son regard. « Pourquoi as-tu réagi ainsi ? », insista t-il.

« Parce que vous êtes mon supérieur, parce que vous êtes... un homme. Et que nous n'avons pas le temps pour cela. Reprenez-vous ! »

Lentement, le rebelle se redressa, refusant de s'appuyer sur son guerrier, malgré ses blessures. Il était tâché de sang. Blaise regretta de ne pas être arrivé à temps, au château... Ils auraient dû aider leur prince.

« Ça t'a troublé », déclara le blond, « alors que tu n'aimes pas les hommes. Je sais que ça l'a troublé aussi. C'est juste une question de préférence... » Draco grimaça. « Mais je peux encore renverser les choses. »

« Mon prince ? »

« J'ai été manipulé, Blaise. Par mon propre frère. J'ai failli l'épouser. Qu'importe qu'il n'ait pas eu la chance de grandir en terre des Slytherin, c'est désormais un monstre et jamais je ne le pardonnerai. J'ai moi même perdu mon père sur un champ de bataille, j'ai vécu caché toute ma vie, j'ai dû faire couler mon sang pour survivre. Si je lui avais raconté tous mes déboires, peut-être qu'Harry aurait eu pitié aussi... »

Une colère aveugle prenait doucement possession de lui. Le démon de la jalousie le consumait. Draco en avait plus que marre d'être bon, juste, gentil. Puisqu'il n'y avait que les salauds qui étaient récompensés, alors il allait en devenir un.

Hors de question qu'il termine sa vie auprès de la Fée. C'était décidé depuis le début. Son père, Lucius Malfoy, avait fait don de Drago, et non de lui. Et puisque son frère ne voulait pas saisir les opportunités de bonheur qu'on lui offrait sur un plateau d'argent, et qu'il préférait servir les familles de traîtres sanguinaires ; tant pis pour lui.

Harry ressentait encore des sentiments pour lui. Avant toute cette histoire, il avait eu un coup de foudre pour le rebelle. La balance pouvait encore basculer...

« Allons réaliser cette vielle prophétie, Blaise. »

Draco grimpa sur son cheval avec un port altier, le dos droit, déterminé. « Renversons la suprématie des Griffindor, tuons ce monstre. »

Et je pourrais être aux côtés de Harry, sur le trône...

« Allons voir la Fée du Lac ! »

O

O

Muet de stupeur, Harry ne pouvait qu'écarquiller les yeux.

Drago.

Le nom résonnait dans sa tête à la vitesse des pulsations de son cœur. Drago, Drago, Drago. Il y avait tellement de choses qu'ils n'avaient pas fait, et tout le reste, ils l'avaient fait à l'envers. Son frère l'avait tourné à l'envers. Il avait la tête à l'endroit, à l'envers.

Harry allait faire un malaise...

Le Dragon qui lui faisait face était affreux, énorme. Terrifiant. Sa peau écailleuse brillait dans la nuit. D'un bleu métallique, elle donnait l'impression d'être aussi chaude que de la lave en fusion. De la vapeur s'échappait à travers de minuscules pores sur tout le corps de l'énorme bête.

Ses ailes paraissaient immenses, alors même qu'elles étaient repliées sur son corps. Il suffisait que le Dragon les ouvre pour qu'il l'envoie balader à des kilomètres.

Inconsciemment, le cœur au bord des lèvres, le brun recula. Alors c'était ça la malédiction ?

Le plus choquant, restait probablement ses yeux. D'un noir sans fin, ils avaient l'air... creux, vides. Comme s'ils pouvaient vous aspirer dans les ténèbres.

La créature poussa un nouveau hurlement et un courant électrique traversa ses narines, laissant échapper une petite fumée.

Harry ne put s'empêcher de glapir, effrayé. Sa réaction ne passa pas inaperçue pour le Dragon qui tourna la tête vers lui et le regarda de ses yeux morts. Aussitôt, sa longue queue en forme de pointe frappa violemment le sol, envoyant un éclair de foudre que la terre absorba.

Sa bouche ainsi que ses ailes s'ouvrirent, balançant une nouvelle décharge en direction du Griffindor. De justesse, Harry évita l'attaque en se jetant au sol.

Il poussa un douloureux geignement de douleur. Sa plaie dans le dos lui donnait l'impression d'être déchiré en deux et il était certain que s'il sortait vivant de ce cauchemar, il aurait des hématomes sur tout le corps.

« Drago ? », haleta t-il alors qu'il voyait flou.

Sa vue le trompait... L'ancien ange du château ne pouvait devenir une créature aussi hideuse. Harry dût détourner les yeux, incapable de supporter le spectacle.

Les ailes déployées, le Dragon révélait son ventre maigre et plissé, couvert d'une substance noire visqueuse, comme si ses écailles étaient en décomposition.

Des petits éclairs parcouraient son corps surchargé en électricité, semblant faire fondre la peau déjà malmenée de la bête.

Et cette odeur... Une véritable infection...

Harry était sur le point de vomir, il fallait qu'il reprenne de l'air mais le Dragon l'en empêcha en l'attaquant de nouveau.

« Drago, arrête, je t'en supplie ! Écoute-moi ! »

Croyait-il sincèrement avoir une chance de le raisonner ? Harry ne savait pas, mais il avait besoin d'espoir... C'était la seule chose à laquelle il pouvait s'accrocher.

« Je suis sûr qu'une part en toi est encore là ! Je suis désolé ! Pour tout ce que je t'ai dit, tout ce que j'ai pu te faire ! Je ferai tout ce que tu veux, tu m'entends ? Mais reviens, je t'en prie... »

Encore plus en colère qu'auparavant, l'animal maudit vola vers lui et s'apprêta à l'écraser. La rage déformait ses traits le rendant encore plus laid mais, contre toute attente, il fracassa son énorme patte à deux centimètres de Harry, qui s'était replié sur lui-même.

Oh Merlin. On aurait dit que les gouffres noirs étaient une mer de tristesse, à le dévisager comme il dévisageait Harry...

En état de choc, le brun tendit une main maladroite et tremblante :

« Drago ? », gémit-il. « C'est... C'est toi ? Tu... »

Harry déglutit, la gorge horriblement sèche, avant d'esquisser un pauvre sourire. « Tu m'as sauvé... »

Incertain, il effleura la peau écailleuse qui recouvrait les pattes du Dragon. Instantanément, la bête fit un bond en arrière, poussant un feulement d'avertissement. Son corps fut traversé d'une forte décharge électrique, qui illumina la créature bleuté dans la nuit.

« D'accord, d'accord. Je ne te toucherai plus, promis ! »

« Tu m'as laissé seul... »

De la télépathie. Le blond acceptait de lui parler ! Une part de lui était encore vivante... Le brun sentit l'espoir gonfler son cœur d'une nouvelle bouffée d'oxygène.

« Pardonne-moi », dit-il en retenant sa respiration, les yeux légèrement brouillés à cause de la mauvaise odeur qui lui piquait les narines. « C'est fini, ça n'arrivera plus. »

« Je ne te crois pas... Tu as choisi, Harry, et ce n'est pas moi... Va t'en... »

Indigné, l'héritier des Griffindor secoua véhément la tête, hurlant un « Non ! » déterminé. Dire qu'il avait enfin eu le courage, la force de lui déclarer ses sentiments et Drago n'avait rien entendu ! Il allait falloir recommencer... Merlin que c'était dur.

« Tu te trompes. J'ai réalisé mes vrais sentiments, et je n'en ai rien à faire de... »

« Tais-toi. Les remords te font dire des choses stupides. Tu te sens coupable d'avoir perdu ton petit frère, de voir la chose écœurante que je suis devenu. Je dégoûterais même un mort. »

La voix de Drago sonna horriblement dans sa tête tandis que les yeux noirs du Dragon s'étrécissaient et s'écarquillaient régulièrement. On aurait dit qu'il luttait pour garder le contrôle sur son instinct animal.

« Souviens-toi qui dégonflait tes gâteaux, qui te dénonçait à Père, qui t'a pris ta précieuse virginité pour ensuite dire que tu m'avais violé... Souviens-toi du monstre qui est devant toi, et va t'en ! »

« Arrête ! », supplia Harry d'une voix désespérée. « Tout n'est pas perdu. Tu peux retrouver ton apparence, il suffit que tu contrôles ta magie, et la malédiction... »

« Je ne peux pas. Il y a trop de haine en moi. La malédiction ne fait que refléter ce que je suis lorsque je me regarde dans un miroir. »

« Quoi ?! Mais tu n'es pas laid, tu ne l'as jamais été ! »

« Les apparences, Harry, les apparences... Toi aussi, tu t'es laissé envoûté... »

Se relevant difficilement, le brun avança à quatre pattes au sol, s'approchant de la créature qui le fixait dangereusement. Haletant, il bégaya :

« Non, moi, je t'ai toujours détesté, souviens-toi... Et finalement, j'ai vu ta beauté intérieure, pas celle superficielle dont tu te bernes à penser qu'elle est la seule en toi... C'est en pensant ainsi que tu t'enterres dans la malédiction. Tu te détestes trop, Drago. Tu as besoin de gens qui t'ai... »

« NE T'APPROCHE PAS ! », claqua la voix tonitruante du blond, l'assourdissant.

Harry dut se boucher les oreilles et se contorsionner au sol pour ne pas entendre le cri strident du Dragon. Il pouvait sentir l'électricité dans l'air, et ça lui donnait une peur terrible.

Tenant bon, l'aîné rampa jusqu'à s'accrocher à une des pattes écailleuse et électrique de la créature, qui bougea en grognant terriblement de nouveau. Mais Harry s'y cramponna, résistant péniblement à la douleur cuisante de la foudre qui parcourait son corps.

La bile lui monta soudain à la gorge et il faillit régurgiter tout ce qu'il avait sur l'estomac, l'odeur de décomposition se faisant insoutenable.

« De gens qui t'ai... t'ai... », tenta t-il de terminer avec l'énergie du désespoir. « T'aiment... »

« JE SUIS LAID ! VA T'EN ! VA T'EN ! »

« Non, non, je t'aime, moi ! Tu es magnifique, Drago ! Je t'aime ! »

Les larmes dévastant ses joues, Harry pleura, secoué par le trop plein d'émotions. La bête recula, le laissant gémir à même le sol. Les yeux noirs le regardaient, immenses. La créature semblait peiner à le croire mais le brun savait qu'il lui avait mis le doute, et que Drago espérait que ça soit vrai...

« Je t'aime », répéta t-il. « Je t'en supplie, crois-moi ! »

Ça avait son impact. Ces mots là. Ils étaient puissants. Ça marchait. Ça marchait.

Comme une litanie, une prière, Harry les répéta en boucle, rampant à nouveau vers Drago dont il s'agrippa et embrassa la peau abimée.

« On retournera dans notre chambre, et on reprendra tout du début. Avec tendresse... »

De belles promesses.

« J'embrasserai toutes les parcelles de ta peau dénudée, je les vénèrerai... Redonne-moi la, Drago... J'veux que tu me le fasses à nouveau... Encore, et encore... »

C'était si beau. La foudre qui secouait le corps du Dragon semblait s'apaiser tandis que Harry couvrait ses écailles de baisers, s'enivrant même de l'odeur qui l'avait dégoûté. Il avait l'air prêt à tout pour lui. Alors, peut-être... Oui...

Peut-être...

« HARRY ! Éloigne-toi ! »

O

O

Draco était tout simplement dégoûté.

Le spectacle qu'il avait sous les yeux le laissait sans voix. Il ne sentit même pas Blaise remuer derrière lui, afin de descendre du cheval.

« Mon prince ! », l'appela t-il. « Il faut réagir. Harry va se faire dévorer... »

Le rebelle peinait à croire que l'horrible monstre avait été humain, avait été son frère. Mais ce qu'il avait le plus du mal à comprendre, c'était l'amour de Harry. Harry, à genoux en train de baiser ce monstre comme s'il vénérait un Dieu. C'était juste... répugnant.

Pris d'un brusque sentiment d'inquiétude, il s'exclama de toutes ses forces : « HARRY ! Éloigne-toi ! »

L'écho de son cri résonna doucement dans la forêt tandis que l'atmosphère changeait brusquement. Le Dragon, qui s'était calmé depuis quelques instants à peine, écarta ses ailes immenses et s'envola, se tournant vers eux de façon menaçante, envoyant des éclairs dans leur direction.

Les sanglots du brun se firent plus faibles, tandis que ses yeux horrifiés balayaient les bois sombres à la recherche des intrus. Quand il vit ceux qui l'avaient adopté dans leur famille ; le jeune prince se mit à courir précipitamment vers le Dragon, se plaçant devant lui.

Le protégeant. Plus comme un grand frère. Mais comme un amant.

« Ne le tuez pas ! »

Protégeant l'amour d'un être fragile et superbe, superbe parce que fragile.

« Blaise, retiens-le », ordonna froidement Draco Slytherin.

C'est à peine s'il entendit Harry se débattre contre son second. Le rebelle avait l'esprit trop occupé à réfléchir à une tactique pour tuer la bête dangereuse. Techniquement, il était l'élu... et il possédait l'épée de cristal.

Mais Drago était son frère. Lequel des deux la prophétie désignait-elle ? Son jumeau était également un fils de prince rebelle...

Que le meilleur gagne, songea t-il avec sang-froid. Le Dragon était peut-être puissant mais Draco savait se battre depuis sa naissance, il avait l'avantage. Le rebelle s'apprêta à lancer sa première attaque quand Drago s'envola, plus rapide que l'éclair.

« Et que le meilleur le gagne, n'est-ce pas, cher frère ? »

« Sale bête ! », s'énerva le rebelle en se retournant. Le démon bleu avait disparu. Inspirant profondément, Draco prit mentalement note des deux techniques qu'utilisait son jumeau : l'esquive et la diversion.

« C'est assez lâche d'user d'une aptitude psychique pour surprendre l'adversaire, Drago. Je ne pensais pas qu'il y avait encore quelque chose de vivant en toi, vu les dégâts que tu as causés au château. Tu les as tués. »

Lui aussi allait se servir de ses armes. Parler occupait son jumeau, parler lui laissait le temps de prévoir ses futures attaques...

« Notre père n'aurait pas été fier de toi. »

« Je me fiche de cet homme, je ne l'ai pas connu », répondit glacialement l'héritier d'Asthar. « Ça devait être un Roi indigne, pour abandonner son fils de cette façon... »

« Puisque tu ne sais rien de lui, tu ferais mieux de ne pas en dire plus et de ne pas salir sa mémoire ! Il n'était peut-être pas un Roi exemplaire, mais c'était un bon père ! »

« On ne t'a pas vendu aux loups, toi. Tu ne sais pas l'enfer que c'est d'être maudit. Le beau prince rebelle des Slytherin va récupérer son trône et épouser l'héritier des Griffindor. C'est si beau, que je vais en pleurer... », fit Drago d'un ton suintant l'ironie et le mépris.

Draco grimaça. « Si tu te rends, j'épargnerai ta vie. Tu iras écouler des jours heureux auprès de la Fée du Lac. »

« Comme c'est charitable... Quel magnifique cadeau tu m'offres... »

Alors qu'il ne s'y attendait pas, le prince rebelle perçut un mouvement brusque sur sa gauche avant que le Dragon bleuté ne fonce droit sur lui en un mugissement de fureur. Ses étroites narines laissèrent échapper une fumée crépitante d'électricité, tandis qu'une boule de foudre de plus en plus grosse gonflait dans sa bouche.

La créature ouvrit sa grande gueule et l'envoya vers Draco qui eut juste le temps de dresser l'épée de cristal devant lui. Contre toute attente, l'arme absorba l'énergie et la renvoya à son agresseur.

L'animal se pencha et avala la boule de foudre, l'ingurgitant. Si le rebelle fut réellement effrayé par l'idée que le Dragon s'en nourrissait ; il constata vite que son jumeau semblait souffrir de l'intérieur, car une substance similaire à des larmes noires s'échappait des yeux vides.

Drago replia ses ailes sur lui-même, secoué de tremblements. Au bout d'un moment de silence interminable, il chuchota, affaibli :

« Crève, faux frère. Je ne te laisserai jamais Harry. »

Pas maintenant, alors qu'il m'aime enfin...

« Alors reprends forme humaine », lança Draco d'un ton de défit, « et battons-nous à la loyale. Celui qui l'emporte, gagnera le droit de l'aimer. »

Fier de sa proposition, il posa l'épée et attacha sa longue chevelure en une queue de cheval. Ainsi, la ressemblance avec son jumeau sautait aux yeux...

O

O

« Salaud ! Je ne suis pas à vendre !! », cria la voix de Harry dans la nuit noire.

Ce dernier s'était fait plaquer impitoyablement par Blaise Zabini et il gémissait à terre, fou furieux.

« Dire que je t'estimais, en fait, tu n'es pas différent des brutes comme Zacharias Smith ! »

La lassitude et le désespoir l'envahissaient par vague. Ne serait-il donc jamais heureux ? Avant, il n'y avait personne pour l'aimer, et maintenant, la seule personne qui pouvait le chérir allait mourir. Non, non, non. Ses yeux verts brillèrent de mille feux lorsque Draco Slytherin s'agenouilla près de lui.

« Harry ? », murmura t-il, comme s'il parlait à une poupée de porcelaine, qu'il ne fallait surtout pas briser. « Je suis désolé. »

Emmuré dans son désarroi, le Griffindor ne vit pas l'immense peine qui ravageait le bleu de ses yeux.

« Alors relâche-moi ! », hurla t-il.

« Non, tu vas tenter de le protéger. »

« Oui », souffla t-il faiblement. « Tu m'as laissé partir, Draco. Je croyais que... »

« Chuut », l'intima t-il, glissant un doigt sur la bouche rougie du brun. « Je n'ai pas abandonné Harry. J'ai encore ma chance, n'est-ce pas ? »

Secouant doucement la tête, Harry lui adressa un regard désolé. Il supplia encore Blaise de le lâcher mais le Slytherin tint bon, attendant les ordres de son prince.

« N'est-ce pas ? », refit le blond avec optimisme.

Ça n'était pas un refus. Non, c'était impossible. Pas après ce qu'ils avaient vécu, pas après leurs baisers...

« Drago ne peut pas redevenir humain, laisse-moi m'en occuper, je t'en supplie... »

Harry l'implorait encore pour l'autre. Il se fichait de sa question. Ça faisait si mal...

« Les animagi aussi étaient maudits, ils n'ont pas pu retrouver leur apparence ! Peut-être que... »

Peut-être. Peut-être. Peut-être. Qu'il se taise. Bon sang, qu'il la ferme.

Un bourdonnement satura son système nerveux, et Draco se plaqua les mains sur les oreilles. Saloperie d'espoir amoureux. Qu'est-ce qu'il pouvait haïr ce sentiment !

Sous le coup d'une impulsion, le blond attrapa les joues du Griffindor et les serra amoureusement dans ses paumes. Harry cessa aussitôt de geindre, tandis que leurs souffles se stoppaient, à quelques millimètres seulement l'un de l'autre. Les yeux verts s'ouvrirent démesurément alors que Draco sortait doucement sa langue, réclamant un passage dans cet antre des plaisirs qu'il désirait tant.

Les yeux brouillés à la fois par le chagrin et l'irritation, Harry tourna la tête, lui offrant sa joue en signe de refus.

Un cri de pure fureur les firent tous les deux bondir.

Le Dragon avait assisté silencieusement à la scène, souhaitant voir son amour se refuser au Slytherin. Mais que ce sale profiteur tente de l'embrasser, avec ou contre le grès d'Harry, fut la goutte qui fit déborder le vase.

Le peu de contrôle que Drago possédait sur la créature maléfique partit en fumée. Quelque part, au fond de ce corps répugnant, une âme martela à l'aide. Voilà qu'il était redevenu sourd, aveugle, impuissant...

O

O

Un éclair de glace foudroya de manière effroyable le jeune prince rebelle. La neige, bien trop belle dans un tel paysage morbide, pleura à nouveau ses flocons, annonciatrice d'une nouvelle tempête. Les pouvoirs du Dragon semblaient sans fin.

Avec stupéfaction, Draco prit conscience qu'il ne sentait plus sa jambe droite. Alors qu'il entendait les pas de l'énorme bête se rapprocher, le rebelle ferma lentement les yeux. Il allait mourir, aussi bêtement, sa jambe prise dans un étau de glace...

Désormais, le Dragon était si proche qu'il pouvait sentir le froid s'échapper de ses narines fumantes. Salazar, que l'odeur était écœurante...

Se forçant à ne pas respirer, Draco reprit mollement ses esprits, détournant le regard, cherchant un ultime espoir de s'en sortir.

Quand il la vit. L'épée.

Elle brillait, semblant l'attendre.

Sa main tremblante palpa le sol frénétiquement. La bouche grande ouverte de l'animal était juste au dessus de lui, prête à cracher une boule de glace. Sans hésiter, le guerrier retourna l'épée et la planta dans son palais, l'enfonçant jusqu'à la garde.

Les gouffres sans vie du Dragon l'aspirèrent alors dans sa souffrance. Le cri d'agonie de la bête lui arracha un long frisson d'effroi, tandis qu'il réalisait qu'il venait de tuer son jumeau...

Oh. OH. Non...

Petit à petit, l'animal maudit changea de taille, sa longue queue disparut et ses écailles redevinrent chaire humaine. Un corps chaud, celui de son propre sang, tomba sur lui, gémissant dans son cou. Sa bouche et sa gorge dégoulinaient de sang.

Instinctivement, ses bras glissèrent autour de sa taille, le serrant avec force.

Dire qu'il avait toujours rêvé d'avoir un frère...

O

O

Cela faisait un moment qu'ils restaient enfermés dans leur mutisme, partageant des sentiments différents mais néanmoins très forts envers la personne qui gisait, inanimée sur le sol d'un blanc éclatant.

La douce chaleur du soleil levant les réchauffait quelque peu, bien que ça n'avait pas le moindre effet sur Harry. Il avait l'impression qu'une chape de plomb était tombée dans son estomac, écrasant ses entrailles, le gelant de l'intérieur.

Il avait l'impression qu'il ne pourrait jamais s'en remettre. Et Merlin que Drago pouvait être magnifique alors qu'il caressait la Mort du bout des doigts ; non, c'était bien plus que cela. Il n'y avait pas de mots pour décrire l'émotion qui submergeait Harry, à le contempler comme on s'abreuve d'un ange, un ange déchu.

La comparaison pouvait paraître des plus banales. Drago l'aurait d'ailleurs détestée. Il aurait blâmé être un être vil, laid, qui se fichait de ces histoires de pureté ; alors un ange... Pourtant, comment mettre d'autres mots sur ce visage pâle qui reposait doucement dans la neige ? Sur ces cheveux d'un blond si clair qu'ils semblaient vouloir se fondre dans le paysage ? Sur ce corps si fin, sur ces paupières qui paraissaient si fragiles, papillonnant sous la douleur...

Le deuxième héritier des Slytherin, leur prince – car c'est ce qu'il était, un véritable Prince, et pas uniquement un enfant sauvage adopté par des loups maudits n'avait jamais eu conscience de sa beauté intérieure. Désormais, alors qu'il n'y avait plus la moindre trace d'une aura envoûtante, Drago restait un beau garçon.

Un splendide jeune homme, dont Harry était éperdument amoureux.

L'aîné des jumeaux, Draco, s'était éloigné de l'étreinte de son frère, dès lors qu'Harry s'était approché d'eux. Il fallait qu'il fasse son deuil. Il avait cru que le brun le haïrait pour son acte, deviendrait fou ; mais rien de cela.

Harry semblait être dans un état second, amorphe, comme s'il venait de perdre une partie de lui-même.

S'agenouillant dans la neige, le brun aux yeux verts avait glissé délicatement ses doigts chauds dans ceux gelés de Drago, les entremêlant pour ne jamais les lâcher. Il s'était allongé face à lui, serrant plus fort la main dans la sienne, ne se souciant pas d'attraper froid. Et il le regardait.

Et il s'en abreuvait.

Blaise Zabini se força même à détourner le regard, s'occupant de son Prince qui semblait lui aussi anéanti, les yeux vides, avachi misérablement contre un arbre.

Une douce torpeur envahissait petit à petit les membres engourdis d'Harry, qui se pencha en avant pour embrasser les lèvres ensanglantées de Drago. Il fit cela, avec beaucoup de tendresse. C'était agréable. La tendresse avec Drago. C'était quelque chose qu'ils n'avaient jamais fait.

Le goût du sang ne le gêna pas, ne l'empêcha pas de lécher cette bouche, ces joues, ce front, qui n'avaient toujours attendu que sa langue. Drago l'avait désiré depuis qu'ils étaient enfants, et c'est maintenant, alors qu'il allait mourir, qu'Harry voulait lui faire l'amour jusqu'à plus d'heures.

Le sang lui rappela cet étrange rituel que le Roi James tenait à accomplir chaque année. Cette coupe de sang, dont ils buvaient quelques gouttes, les liant en tant que frères. Il aurait tant voulu retourner à ce temps-là.

D'une oreille endormie, Harry perçut un hurlement caractéristique retentir dans la forêt. Alors, ils allaient venir finalement... Ils l'aimaient, eux aussi. Sa famille.

« Mon fils », murmura la voix anéantie d'Asthar.

La meute de loups s'approcha d'eux et forma un cercle autour de leurs deux corps, protégeant l'être qui leur était cher. Le loup au pelage noir pencha son museau au dessus du visage de Drago, poussant une plainte déchirante. On aurait dit qu'il pleurait.

« Pardonne-moi », chuchota leur chef. « Nous t'avons détruit. Nous t'aimions, mon fils... »

« Cela nous a servi de leçon », enchaîna un autre loup. « Le prix pour redevenir humains est bien trop élevé. Nous te demandons tous pardon, Drago. »

Alors que depuis son enfance, c'était toujours le blond qui s'était agenouillé devant ses chefs ; cette fois, ce furent les bêtes qui s'inclinèrent, en signe de grand respect.

« Il ne nous entend pas », constata le corbeau, qui parlait pour la première fois. Ce dernier, perché sur une branche, voleta jusqu'à se poser tout près du garçon qu'il voyait toujours comme « le petit Drago ». « Nous ne voulions pas que les choses terminent si mal, tu sais... », dit-il néanmoins.

« Il est mort ? », haleta craintivement Harry.

Lui aussi parlait pour la première fois depuis que le mal avait été fait. Tous le fixèrent, incertains, puis ce fut Asthar qui reprit dignement la parole :

« Son cœur bat encore faiblement. Notre famille a ressenti l'épée de cristal blesser la magie de Drago, notre magie. Paniqués, nous avons couru voir la Fée du Lac... » A ces mots, le regard du loup devint un peu plus perçant. « Elle doit punir notre fils pour avoir abuser de la magie. Il va devenir un animagi. C'est la seule façon pour qu'il guérisse... Sous sa nouvelle forme, ses plaies disparaîtront. »

« Un... Un loup ? »

Salazar que c'était insupportable. Draco Slytherin se boucha les oreilles. Ferma les yeux. Il n'y avait pas de mots pour décrire l'état de Harry...

« Mais, il va vivre ? »

« Oui. »

Cette affirmation fut accueillie par un lourd silence.

Harry caressa le dessus de la main pâle avec son pouce. Ses yeux d'un vert brillant se perdaient sur leurs doigts entrelacés. Au bout d'un moment, il déclara, d'une voix lointaine :

« Laissez-moi être sa famille. » Puis, il leva son regard vers la meute et les plongea avec détermination dans ceux d'Asthar : « Je serai un bon compagnon. Laissez-moi prendre soin de lui. »

Le loup recula d'un pas. S'il aurait été humain ; on aurait pu entendre son hoquet de stupeur. Poussant un grognement méprisant, Asthar l'avertit : « Tu désires être maudit ? Sais-tu au moins ce que cela signifie ? Et la Fée te demandera quelque chose en échange ! Que pourras-tu donc lui offrir ? »

Le brun eut soudain un sourire terrifiant. « Oh, pour ça, j'ai déjà ma petite idée. Et je demanderai à ce que mon vœu soit temporaire, le temps que Drago guérisse. »

« Mais lui restera un loup... »

« Non. » Harry secoua la tête brusquement. « Il ne mérite pas d'être puni éternellement, comme vous. Il a tenté de se racheter. Et s'il en est arrivé à utiliser une telle dose de magie, réveillant le Dragon, c'était pour vous satisfaire, pour vous aider. Vous m'aiderez à appuyer ma requête auprès de la Fée. »

C'était un ordre. L'héritier des Griffindor paraissait terriblement imposant ainsi. Asthar, qui avait toujours été si avide de pouvoir, ne put que donner son accord, devant bien cela à son fils. De plus, leur meute avait commis bien trop d'erreurs... Ils allaient devoir se calmer, du moins, pendant les prochains siècles à venir.

Harry se redressa afin de faufiler ses mains sous les cheveux blonds, soutenant sa tête sur ses genoux. Se baissant afin d'être à la hauteur du visage endormi, il embrassa son front, descendit sur son nez et baisa enfin ses lèvres, chuchotant à même sa bouche la plus belle des promesses :

« On se retrouve bientôt, mon amour... »

Puis il se recula et laissa les loups laper chaque parcelle de peau découverte de leur fils. De loin, on aurait pu croire qu'ils allaient le dévorer, tant le spectacle était impressionnant. De là où se trouvait le brun, il avait l'impression qu'ils le câlinaient, le serraient dans leurs bras d'animaux.

Au centre du cercle, une lueur apparut lentement, semblant se nourrir des rayons de soleil qui filtraient vers elle. Drago se transforma sous leurs yeux : son pelage devint blanc comme la neige, ses yeux s'étrécirent et s'allongèrent... Gardant néanmoins leur magnifique couleur argentée.

Il était déjà conscient. C'était bien au-delà de leurs espérances.

Même si l'animal ne parvenait pas à tenir vraiment debout, et qu'une cicatrice encore rougeâtre partait du haut de sa gorge jusqu'au milieu de son flanc ; il avait l'air de s'être un peu régénéré.

Asthar ainsi que le reste de la meute le frôlèrent, l'encerclèrent, comme s'ils lui souhaitaient la bienvenue. Drago poussa un hurlement et se frotta contre eux. Puis, par un accord implicite, les loups le laissèrent seul avec Harry et se retirèrent à l'orée du bois.

« Drago ? », murmura ce dernier, incertain.

En l'espace de quelques heures, trop d'émotions l'avaient secoué. Il avait d'abord cru que le blond resterait cet affreux Dragon, puis il avait ensuite pensé le perdre, et désormais il était là... majestueux... Bon sang, un loup !

Les yeux gris fouillèrent longuement son âme et ils s'observèrent mutuellement. Les pattes de Drago creusèrent leurs empreintes dans la neige tandis qu'il s'approchait du brun. Sans prévenir, l'animal plongea son museau sous la chemise de Harry, comme s'il voulait la soulever.

Troublé, les joues rouges à cause du trop plein d'émotions, le Griffindor entreprit d'en défaire les boutons, offrant son torse nu et musclé à la vue du blond. Celui-ci enfouit sa tête dans le creux de son cou et hurla, heureux. Il descendit son museau et lécha la peau découverte, à l'endroit où le cœur de Harry palpitait affolement.

Il lécha plusieurs fois ce cœur qu'il avait conquis, cette poitrine qu'il honorerait une fois à nouveau humain. Écarlate, Harry se força à penser qu'il ne partageait pas un tel degré d'intimité avec un animal quelconque, mais bien avec Drago...

Et ça changeait complètement la donne. Se laissant aller, il posa ses lèvres sur le front duveteux du loup et caressa les flancs de l'animal. Ils restèrent longtemps ainsi enlacés.

Le Loup dans les bras de l'Homme. Le Serpent épris dans les bras du Lion. Le Frère dans les bras de son Frère.

L'amour au creux de leurs peaux.

A suivre...


Alors, alors ? Pas trop long, ni trop catastrophique ? Personnellement, je ne le trouve pas fameux, mais bon... Je suis désolée pour les fautes, j'étais tellement pressée de poster ce chapitre que je ne l'ai pas fait passer par ma bêta.

Ne vous affolez pas, ça reste toujours un HAPPY END, malgré ces rebondissements (dont certains un peu dramatiques, j'avoue...)

C'était censé être le dernier chapitre de l'histoire mais vous l'aurez compris, elle va s'allonger. Beaucoup de questions restent en suspense. Le chapitre 14 (qui devait être un court épilogue) sera seulement un peu plus long. Mais bien le dernier.

Le délais sera beaucoup, beaucoup moins long (haha!). Je vais tenter de le boucler le plus vite possible.

Une petite review pour avoir vos impressions ? ^^

Je vous aime !

Bonne soirée à tous.