Bonjour/Bonsoir !

Voilà enfin le chapitre suivant! Je vous souhaite un bonne lecture!


Obi-Wan ouvre difficilement les yeux. Il devine que la lumière est tamisée, mais une pointe douloureuse lui pique néanmoins la pupille. Les yeux fermement clos à nouveau, il roule sur le dos et presse son avant-bras sur ses paupières, ces dernières ne calfeutrant pas suffisamment la lumière. Un soupir soulève ses côtes, et il laisse échapper une plainte en expirant. Une douleur rythmée par les battements de son cœur habite son crâne, et son dos est aussi courbaturé qu'après les séances d'entraînement intensif dans les salles de combat du Temple Jedi.

« Tiens, ça ne devrait pas te faire de mal. »

Obi-Wan écarte partiellement son bras de son champ visuel, juste assez pour ouvrir un œil dans la direction de la voix. Anakin est à genoux sur le matelas, assit sur ses pieds, et lui tend une gourde de ce qui doit probablement être de l'eau. La légère condensation sur la surface métallique du contenant est une promesse de fraîcheur qui fait se décider Obi-Wan.

Il retire à contre-cœur l'entièreté son avant-bras de sa vue et se redresse sur un coude avant de saisir la gourde offerte. Il réalise à quel point sa bouche était sèche que lorsque le liquide coule dans sa gorge. Il enchaîne alors les goulées, comme incapable d'étancher sa soif.

Il finit néanmoins par abaisser la gourde, reprenant son souffle resté coupé par l'action. La lumière lui semble moins agressive qu'auparavant et un nouveau soupir le prend. Il a l'impression que son mal de crâne est déjà moins puissant.

« Effectivement. C'est même tout l'inverse. »

Le sourire d'Anakin attire son attention et Obi-Wan détaille enfin l'homme à ses côtés. Anakin a les yeux fermés, les mains posées sur ses cuisses, le dos droit. Il parait absolument calme, mais Obi-Wan sait que quelque chose remue sous la surface. La présence d'Anakin est bien trop proche de la sienne pour encore pouvoir lui cacher quoi que ce soit. Mais il doit bien avouer que voir son ancien padawan ainsi le surprend.

« Anakin ? Est-ce que tu médites ? »

Le plus jeune peut entendre l'amusement dans la voix de son compagnon, et son sourire s'étend un peu plus.

« Il n'est jamais trop tard pour s'y mettre, non ? »

« Donc la seule fois où tu te décides à méditer, c'est quand je ne te le demande pas ? »

« Ça te surprend vraiment ? »

« Non, pas vraiment non. »

Anakin peut entendre le son du tissus qui se froisse dans un mouvement, il peut sentir la chaleur d'une main se répandre sur la peau de sa nuque, et enfin, les lèvres d'Obi-Wan se poser sur les siennes. Le baiser est chaste, tendre, lent. Il ouvre les yeux lorsque que le plus âgé se recule, et il sourit à nouveau à un Obi-Wan dont les cheveux sont tout sauf bien coiffés. La main quitte sa nuque et vient caresser sa joue alors que la voix d'Obi-Wan se fait plus douce.

« Bonjour toi. »

Anakin laisse un sourire radieux se dessiner sur son visage, et Obi-Wan sourit en voyant la fatigue disparaître temporairement du visage du plus jeune. Anakin n'a pas dormi, il en est sûr.

« Bonjour. »

Obi-Wan laisse sa main quitter le visage de son compagnon et l'utilise plutôt pour se maintenir plus facilement en position assise. Son regard parcourt rapidement la pièce où ils se trouve, et il manque presque de lever un sourcil en voyant les fenêtres. Le soleil filtre dans des morceaux de tissus blancs cloués au bois du chambranle, occultant efficacement toute visibilité.

Et il sait alors qu'Anakin ne médite pas. Sa présence est bien trop agitée pour une méditation. Non, il peut le sentir sonder la Force.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

La posture d'Anakin perd en rigidité, et il s'installe un peu plus confortablement, dépliant ses jambes sur le côté, une main enfoncée dans le matelas pour se soutenir.

« Tu ne te souviens pas de hier soir ? Remarque, ce ne serait pas surprenant. Tu t'es rendormi très vite. »

Obi-Wan fronce les sourcils, cherchant à savoir à quel événement Anakin fait référence. Il a soudain l'impression que les courbatures de son dos sont un peu plus fortes, et il retient une grimace face à l'inconfort.

« J'ai une théorie sur ce qui t'es arrivé, mais ça parait tellement improbable. »

Obi-Wan finit par laisser l'incompréhension réveiller une petite angoisse. Son ton est un peu sec lorsqu'il demande :

« Anakin, qu'est-ce qu'il s'est passé exactement ? »

« Ah. Tu ne te souviens vraiment pas. »

Le plus jeune semble chercher ses mots un instant, et Obi-Wan l'observe sans ciller.

« Quand je me suis réveillé en pleine nuit, je ne t'ai pas trouvé à côté de moi, dans le lit. Alors je t'ai cherché dans la Force, mais je ne pouvais presque plus sentir ta présence. La porte était ouverte, et j'avais l'impression que tu t'éloignais. Et puis il y a eut ce son, le parquet qui grince. Et quand j'ai enfin regardé autour de moi, il y avait quelqu'un près de la cheminée. »

Obi-Wan sent ses yeux s'écarquiller à l'entente des mots prononcés par Anakin.

« T-tu veux dire que quelqu'un est entré ? Pendant qu'on dormait ? »

Les cauchemars d'Obi-Wan lui reviennent soudainement en mémoire. La sensation d'être observé, traqué, lui étreint la poitrine. La course poursuite, le ravin, la grande silhouette noire, le sabre-laser rouge.

« C'est ce que je pensais. Mais c'était toi Obi-Wan. Tu te tenais debout, parfaitement droit et— »

« Mais c'est impossible ! Je peux à peine bouger un muscle ! »

« Je sais. C'est bien ça que je ne parviens pas à expliquer. »

Obi-Wan passe nerveusement une main dans ses cheveux, cherchant à remettre inconsciemment de l'ordre dans quelque chose sur laquelle il a encore une emprise.

« Et qu'est-ce qu'il s'est passé ? Est-ce je—Est-ce que je t'ai blessé ? »

Son regard parcourt le corps d'Anakin à la recherche d'une preuve qui confirmerait ses craintes. Les mains d'Anakin viennent entourer son visage pour caler leurs regards ensemble, et il peut sentir la présence d'Anakin essayer de l'apaiser, caressant la sienne avec attention.

« Tu n'as absolument rien fait de tel, Obi-Wan. Essaie de te calmer. J'ai besoin que tu gardes ton sang froid. »

Obi-Wan ferme brièvement les paupières, essayant de reprendre le contrôle sur son corps et sur la petite panique qui remue son esprit. Ils ont besoin de trouver des réponses à leurs questions, et Anakin a besoin de lui. Il ne peut pas laisser ses sentiments prendre ainsi le dessus.

Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.

« Ok, dis moi tout ce que tu as pu voir. Est-ce que j'avais quelque chose de différent ? D'anormal ? »

« Oui, il y avait plusieurs choses. Tu ne te tenais pas comme d'habitude. D'ailleurs au premier abord, dans l'obscurité, je ne pensais pas tomber sur une personne humaine, mais plutôt une créature humanoïde. Ce n'est qu'avec un peu plus de lumière que je t'ai reconnu. Mais tu ne bougeais pas, tu restais les bras le long du corps, tu semblais comme absent. Et tes yeux étaient rouge. »

Obi-Wan acquiesce, tentant de se figurer ce qu'Anakin a pu voir. Il a extrêmement de mal à accepter que son être aie pu se retrouver ainsi, visiblement habité par une volonté extérieure, et qu'il ne parvienne pas à s'en souvenir.

« Mais tu n'es pas resté longtemps comme ça. Tu es revenu à toi, tes yeux sont redevenus bleu, et tu n'as plus su rester debout. »

« Vu comme tu me le décris, c'est comme si j'avais été... possédé ? »

« C'est ma théorie. Mais je ne saurais dire par quoi. Il y a avait bien quelque chose qui m'empêchait de t'atteindre, mais je ne parvenais pas à me concentrer dessus. Ça ne semblait même pas matériel, ni spirituel. C'était comme du vide. »

Une sensation revint à Obi-Wan. Violente, suffocante. C'est ça, cette sensation devenue étrangement familière qui l'éprend les nuits de cauchemars. Le vide. Il rencontre le regard préoccupé d'Anakin lorsqu'il relève les yeux.

« Et il y a ce que tu m'as dit aussi. Peut-être que ce n'était que tes pensées sur l'instant, avec le choc. Mais avec notre théorie ça pourrait avoir un sens. »

« Qu'est-ce que j'ai dit ? »

« Je pense que tu as essayé de me dire que tu as réussis à la repousser, et qu'il fallait qu'elle parte. J'ai essayé de te demander plus de détail mais tu as perdu connaissance avant de pouvoir me répondre. »

Obi-Wan passe à nouveau une main dans ses cheveux, avant de passer ses doigts sur son menton, de la même manière dont il avait l'habitude de caresser sa barbe une fois plongé en pleine réflexion.

« Anakin, j'ai un très mauvais pressentiment. »

Et comme pour confirmer ses impressions, la Force semble se tendre autour d'eux.

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Les écailles virevoltent dans l'air humide.

Tenir devient impossible. Ses membres ne le portent plus. Sa vue se floute et s'assombrit aléatoirement. Le lien se fragmente, tout comme sa carapace. La lueur violette dessine des fissures sur son dos.

« Saloperie d'humain... »

Son bras, nu d'écailles, est tendu droit devant, cherchant la terre. Un quelconque insecte, vers ou arachnide. Mais rien ne passe sous sa main. La terre, encore humide de la rosée, macule sa peau blanche de petits grains noirs. Les petits morceaux de bois mort sont semblables à des aiguilles contre sa peau à découvert.

Contre le sol, son abdomen est ouvert, une plaie béante laissant apercevoir une lueur violette qui s'éteint lentement.

Le lien n'est presque plus rien. Un infime filament s'étire encore, tentant de maintenir le contact. Mais il est trop tard.

« NON ! »

Le lien se rompt inévitablement.

Les dernières écailles restées sur le corps blafard s'envolent, abandonnant leur hôte dans un nuage dense. Elles s'élèvent, tournoient par de-là les cîmes, avant de s'enrouler les unes contre les autres tel un cyclone. Dans cette vitesse acharnée, les écailles se frottes entre elles, jusqu'à créer une brume rouge qui finit par les engloutir.

Et puis, tout se ralentit. Le nuage rouge calme sa rotation. Le panache volumineux se laisse porter par l'air, jusqu'à atteinte les nuages blanc et épais qui recouvrent le bleu du ciel.

Les nuages se mélangent, se gonflent, le tout prenant une teinte rouge qui s'assombrit à mesure qu'ils prennent en volume.

Sous toute cette agitation, le corps blanc est étendu dans la terre foncée. De part et d'autre de cette silhouette contrastant avec le sol, s'étend d'un côté les arbres, des hautes herbes de l'autre, une étendue d'eau calme et lisse, et juste à sa gauche, une habitation en bois.

Étendu face contre terre, le bras tendu vers le lac, le corps s'est immobilisé dans une posture de douleur. Ses poignets et ses doigts sont tordus dans des angles extrêmes, crochus, comme essayant encore d'agripper quelque chose.

Quelques plumes pâles se secouent doucement sous une caresse de vent, puis se couchent les unes contre les autres lorsqu'une bourrasque violente secoue les lieux. Les troncs d'arbres s'entrechoquent en leur plus haut point, entament un balais irrégulier.

Un éclair barre soudain le ciel rouge, et le tonnerre éclate.

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Anakin et Obi-Wan tournent en même temps la tête vers une fenêtre. Plongé dans leur discussion, ils n'ont pas remarqué l'étrange teinte qu'à pris la pièce. Malgré le fenêtres occultées, une lueur rougeâtre filtre. Obi-Wan fronce les sourcils, intrigué, alors qu'Anakin se lève du matelas.

Le plus jeune arrive en deux pas devant la fenêtre, et s'appuie d'une main sur le rebord avant d'écarter le tissus cloué du mieux qu'il peut. Obi-Wan peut voir son dos se raidir sous la tunique légère qu'il porte. Et il y a ce son à présent, puissant mais maintenu en sourdine. Le plus âgé se déplace un peu sur le matelas, tenant de se rapprocher pour apercevoir quelque chose. Mais Anakin se redresse déjà.

« Alors ? Qu'est-ce que c'est ? »

Anakin ne se retourne pas vers lui pour lui répondre, mais il s'empare plutôt du verrou de la porte. Le son alors encore en sourdine dévoile sa puissance une fois la porte ouverte en grand. Anakin reste interdit face à ce qu'il découvre.

Tout semble rouge ou noir à l'extérieur, l'atmosphère est lourde et saturé en humidité, l'air est chaud mais le vent ne souffle plus. Les éclairs éclatent sans cesse, haut dans le ciel. Le son si puissant et régulier de la pluie torrentielle sur la nature camoufle tous les autres sons à part celui du tonnerre. L'odeur qu'il trouve habituellement agréable des plantes lors des pluies ne l'est pas. Elle est écœurante, intoxicante. Métallique.

Anakin avance à pas lents sur la terrasse couverte d'un petit toit. Ses yeux parcourent cette nature transformée, défigurée par cette pluie violente. Son attention est absorbée par le filet d'eau qui dégouline du toit de la terrasse. Le filin régulier et rapide fait jouer la lumière ambiante dans une étrange danse hypnotisante.

« Par la Force... »

Sorti de sa contemplation, Anakin tourne la tête vers la porte pour voir Obi-Wan, assit contre le chambranle, une expression horrifiée peinte sur le visage. Anakin se dit que la teinte rougeâtre de la lumière donne un aspect étrange à son compagnon, comme surnaturel.

« Du sang. »

La voix étranglée d'Anakin est presque étouffée par le brouhaha du déluge. Il tourne la tête vers la nature à nouveau, contemplant les arbres d'où de fins filets rouges coulent sur les troncs depuis leurs cimes, dessinant des veines qui apparaissent noires sur leurs écorces foncées.

« Il pleut du sang. »

Obi-Wan s'avance un peu plus loin sur la terrasse, atterré par le spectacle qui se joue devant eux. Comment une telle chose est-elle seulement possible ?

Les goûtes frappent le sol avec tant de violence qu'elles explosent et éclaboussent la terre déjà saturée. Des flaques rouges se forment dans les creux, les pierres se teintent, et des petits torrents filent vers le lac. Mais soudain, il y a cette silhouette qu'Obi-Wan discerne, cette chose informe étendue sur le sol.

« Anakin, il y a quelqu'un. »

Obi-Wan relève la tête vers son compagnon qui le regarde à nouveau.

« Il y a quelqu'un à terre, juste là. » ajoute Obi-Wan en pointant la silhouette du doigt.

Anakin suit son indication, et ses sourcils se froncent d'hostilité. L'étranger est immobile, allongé sur le sol, mais il fait trop sombre pour discerner quoi que ce soit de concret. Il se concentre alors avec la Force, cherche une quelconque trace qui puisse lui fournir une indication.

« Je ne perçois rien. Il ou elle n'est sûrement plus en vie. »

Anakin ne relâche pas sa garde pour autant. Il n'a pas perçu cette chose approcher de leur habitation, elle peut donc camoufler sa présence. Le besoin de s'assurer que l'intrus ne soit plus un danger potentiel prend le contrôle de ses actions.

Anakin tend la main vers la porte restée ouverte, et son sabre laser vole jusqu'à sa paume. Il tourne ensuite les talons vers la sortie de la terrasse. Une main se referme sur son pantalon, l'immobilisant dans sa progression. La voix d'Obi-Wan est toujours étouffée par la pluie battante, mais il reconnaît la manière dont les mots sont tranchés, le ton dur.

« Où penses-tu aller comme ça ? »

Anakin adresse une regard à son compagnon par dessus son épaule. Sa main se resserre sur son sabre.

« Tu le sais très bien. »

« Ça ne tiens pas à quelques minutes, la pluie à l'air de se calmer. »

Anakin se retourne complètement vers sa moitié, écartant la main qui agrippe encore son pantalon.

« Obi-Wan, il y a quelque chose qui cherche à te faire du mal là dehors, quelque part. On ne peut visiblement pas compter sur nos sens puisque cette chose n'est pas détectable avant qu'elle n'attaque. Si on ne capte rien de ce qui est étendu là-bas, ça ne veut pas dire qu'elle est morte ! »

« C'est peut-être justement un piège ! Elle pourrait chercher à mettre de la distance entre nous, à nous séparer pour mieux attaquer. »

« Tu plaisantes j'espère ? Tu es toujours celui qui fonce volontairement tête baissée dans les pièges ! »

Obi-Wan détourne le regard. Anakin a raison. Il a toujours profité des pièges tendus par leurs ennemis pour renverser la situation. Mais là, ayant toujours besoin d'une main pour se soutenir en position assise, il se sait parfaitement incapable de défendre sa vie si une attaque devait survenir et qu'Anakin ne puisse lui venir en aide.

« Attends au moins que la pluie s'arrête, tu n'y verras pas grand chose de toute façon. »

Anakin soupire en reconnaissant le ton plus défaitiste de son Maître. Mais il se doit d'admettre qu'Obi-Wan marque un point. Ils parviennent à peine à discerner une quelconque forme précise de cette chose, et il ne tient pas vraiment à se retrouver sous une pluie sanguinolente. Anakin décide de prendre son mal en patience, les bras croisés et le regard fixé sur la silhouette évanouie. Laissant son réflexe protecteur de côté le temps que l'averse se calme.

La Force vient tourner autour de lui, adressant quelques vagues rassurantes. Et il sait alors qu'il a fait le bon choix en choisissant d'écouter Obi-Wan. Mais si la Force se veut apaisante, il y discerne aussi cette petite mise en garde qui plane en arrière-plan. Quoi qu'ils découvrent avec ce corps, tout cela ne présage définitivement rien de bon.

Et il s'avère qu'Obi-Wan avait raison car la pluie semble déjà se calmer, telle une averse en plein été qui disparaît aussi vite qu'elle est apparue. Le ciel s'éclaircit, le tonnerre disparaît après un dernier faible éclat, et la teinte rouge a totalement disparue une fois la pluie arrêtée. Les nuages redevenu clairs commencent à se dissiper, et quelques rayons de soleil parviennent à traverser l'épaisse couche.

La nature est toujours totalement souillée, teinte par le sang. Le toit, les feuilles et les branches goûtent encore de perles rouges. L'éclaircissement du ciel parait presque absurde après un tel déluge morbide.

Anakin n'attend pas plus longtemps et remonte la terrasse en vue de s'approcher du corps. Sa présence ne quitte pas celle d'Obi-Wan pour autant, vérifiant constamment que rien n'approche son compagnon alors qu'il s'éloigne.

Ses pieds nus s'enfoncent un peu dans le sol détrempé, faisant ressortir le trop plein d'eau contenu dans la terre. Le liquide rouge de la pluie déborde, recouvre en partie ses pieds enfoncés et Anakin regrette de ne pas avoir enfilé ses bottes. Il se remet rapidement en route, retournant son attention sur la forme échouée. Il s'approche le plus prudemment possible, se déplaçant agilement dans la boue qu'est devenu le terrain entourant la maison.

Son sabre est toujours fermement enserré dans sa main de métal alors qu'il jette un coup d'oeil aux alentours, mais tout est d'un silence mortel. Seul les quelques goûtes tombant dans une flaque ou de feuilles à feuilles se font entendre par moment.

Ne détectant aucune menace autour d'eux, Anakin se penche enfin vers la créature allongée. Avec la couleur claire du ciel enfin retrouvée, il peut discerner les vraies couleurs. La chose a une forme humanoïde, et à en juger par son corps allongé ainsi dans la boue, elle le dépasse certainement en terme de taille. D'au moins une bonne tête.

Ce qui reste de ses vêtements sont en lambeaux, et étaient probablement blanc ou jaune avant d'être imbibés par le rouge de la pluie et sali par la boue. Sa peau est blanche, presque grise, ses veines apparaissant très clairement sur ses membres. Anakin se dit que cette chose est probablement réellement morte.

Il jette un coup d'œil à Obi-Wan resté sur la terrasse. Le plus âgé ne cesse de regarder Anakin et la créature tour à tour, et il n'a aucun mal à lire l'appréhension sur les traits de son compagnon. Il reprend ses observations malgré le mauvais pressentiment qui ne l'a toujours pas quitté.

Il y a quelques vagues restes de peinture rouge vif sur ses bras, effrités par le frottement, effacés par la pluie. De nombreuses plumes totalement souillées par la boue sont répandues autour de sa tête, emportées par les flots de la pluie. Il en reste néanmoins quelques unes sur la créature elle même, recouvrant ses épaules, sa nuque, et semblant totalement en recouvrir le crâne. Celles là sont certes salies par le rouge de la pluie, mais il aperçoit quelques tâches jaunes.

Un sentiment de familiarité naît chez Anakin, exacerbant son mauvais pressentiment. Et même s'il n'a pas encore totalement identifié la chose, il sait que ce n'est pas la première fois qu'il y fait face.

Le visage de la bête étrange est à moitié enfoncée dans la boue, et cachée en partie par les plumes restantes. Désireux d'avoir des réponses à ses interrogations, Anakin agrippe l'épaule presque squelettique de la créature d'une main, s'apprêtant a actionner son arme de l'autre en cas d'attaque.

Le corps se plie néanmoins à ses directives, et il parvient à retourner ce qu'il est maintenant certain d'être un cadavre. Il s'accroupit aux côtés de la dépouille, observant le masque noir recouvrant encore le visage de l'intrus. Sur la terrasse, il ne voit pas Obi-Wan se figer à la vue de cet artefact.

Anakin observe le masque à moitié couvert de boue pendant un moment, détaillant les courbes complexes gravées sur le bois noir. Il y a réellement quelque chose de familier dans cette image qui finit par l'hypnotiser. Ce corps étendu sur cette terre rendue pratiquement noire, le sang ruisselant encore dans les sillons de la terre, le silence.

Lentement, Anakin saisit le masque à pleine main, faisant glisser la sangle dans les plumes qui recouvrent le crâne de l'inconnu. Abandonnant le masque dans la boue ensanglantée, son regard reste rivé sur le visage qu'il vient de dévoiler. La peau est aussi noire que le charbon, la bouche cruelle ornée de dents tout aussi noires est déformée entre un sourire malsain et la douleur. Et juste au dessus, les yeux rouges sont sombres, éteints, s'accordant parfaitement à la teinte des flaques de sang qui entourent le corps vide de vie.

Anakin se relève brutalement, des flashs d'images lui revenant violemment en mémoire. Et soudain, c'est comme si il s'y retrouvait. Les corps étendus sur le sable noir, le sang qui macule le sol, son odeur métallique, le vent si puissant et infatigable, le son constant de son sabre, la vibration qu'il produit dans sa main, les gémissements de douleur lointains, la colère, la tristesse, la haine. L'obscurité. Anakin relève la tête du sol, et le vent rafraîchit les larmes qui roulent sur ses joues. Au loin, derrière les cabanes de fortunes et tous ces corps étendus dans l'agonie et la mort, se dresse une montagne. Non, ce n'est pas une montagne...

« ANAKIN ! »

Le plus jeune revient violemment au présent, la voix de son Maître l'alarmant. Ses yeux brûlent légèrement, et il sait alors que ses iris ont viré au jaune. La Force le percute elle aussi d'un chant criant le danger, et il sent enfin la prise qui lui enserre la cheville. Au sol, le cadavre n'en est plus un. La créature a refermé sa main griffue sur sa jambe, un grognement guttural émanant de la bouche en dents de scie. Ses yeux sont blancs à présent, si clair en comparaison de l'environnement. Relevant son autre main dans une attaque faible mais sans nul doute susceptible de lui infliger de graves dégâts, la créature hurle de rage.

Les réflexes d'Anakin lui permettent d'actionner son sabre à temps, tranchant le bras de la bête au niveau du coude. Le geste est brutal, violent. La bête hurle de douleur, ses serres se refermant sur la jambe d'Anakin qui retient un grognement alors qu'il fait tournoyer son sabre dans sa main de métal. Il l'immobilise au dessus de la tête de la bête, joignant sa main de chair à la métallique. Dans un dernier rugissement de la créature, Anakin enfonce son sabre entre ses deux yeux, mettant efficacement fin aux jours de la bête.

La main entourant la base de son tibia relâche sa prise au ralentit, alors qu'Anakin rengaine son arme, se redressant de son geste mortel. Son regard, passant du jaune au bleu, reste sur la créature, comme s'il s'attendait à ce qu'elle se réveille à nouveau malgré le trou béant qui orne son front. L'adrénaline quitte petit à petit son corps, lui permettant enfin de reprendre pleine conscience de ce qu'il vient de se produire.

Son regard rencontre enfin Obi-Wan, qui se masse les tempes d'une main, cachant efficacement ses yeux. Il perçoit toute la tension et la peur qui tournoie en son compagnon, et Anakin décide d'abandonner le corps maintenant inoffensif de la bête.

Il remonte la légère pente du terrain, et tente tant bien que mal de se débarrasser du surplus de boue qui lui colle aux pieds. Le bas de son pantalon, outre l'ourlet imbibé de la pluie, est orné de quelques petits points rouges correspondant à l'endroit où les serres de la créature ont réussi à percer sa peau de quelques millimètres.

Il s'avance ensuite vers Obi-Wan, laissant derrière lui des empreintes de plus en plus sèches de ses pieds. Il s'accroupit devant son compagnon, déposant une main qui se veut rassurante sur son épaule. Obi-Wan relève les yeux vers sa moitié, et Anakin peut y avoir la fatigue. Mais pas celle du manque de sommeil, la fatigue des événements.

« Cette... chose, c'est la même que celles qui étaient sur cette fichue planète. »

Anakin hoche la tête, pressant un peu plus fort ses doigts sur l'épaule de son Maître.

« Je vais l'emmener loin d'ici. J'aimerais que tu restes à l'intérieur pendant mon absence. Je vais faire le plus vite possible. »

Obi-Wan referme une main sur le poignet d'Anakin pour le retenir à nouveau.

« Ces choses, elles ne sont jamais seules. Elles se déplacent en groupe. Si d'autres s'amènent pendant ton absence— »

« Obi, calme-toi. Écoute la Force. Il n'y a plus de danger. »

Obi-Wan reste pantois un instant, surpris qu'il n'ait pas ressenti le message de la Force. Car Anakin a raison, à peine s'est-il concentré pour s'ouvrir à la Force, qu'il en ressent la positivité. Le danger est écarté, la menace est loin, trop loin pour courir un quelconque risque.

« D'accord. Je-je vais en profiter pour nous préparer de quoi manger. »

Anakin lui adresse un fin sourire, sincère.

« C'est une bonne idée. »

Anakin se penche ensuite un peu plus vers lui, effleurant ses lèvres dans un baiser délicat qui lui apporte plus de réconfort qu'il ne l'aurait cru possible. Et l'instant d'après, Anakin s'éloigne déjà, retournant au cadavre échoué.

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Obi-Wan est accoudé à la table, découpant du muja pour le réduire en une confiture. Ses gestes sont précis et fluides, alors que son esprit est tourné vers toutes autres préoccupations.

Il se repasse la scène en boucle. Le moment où Anakin retourne le corps alors encore inanimé, la vague de terreur qui lui a comprimé la poitrine lorsque l'image des créatures qui l'ont attaqué s'est superposé à celle de la bête étendue. Tout lui est revenu violemment en mémoire.

Les cris lugubres des bêtes, leur course folle dans le sable pour l'attaquer, leurs visages démoniaques, les dents se refermant sur ses jambes, les griffes qui entravent ses gestes, la douleur électrique qui lui parcoure le dos lorsque la blessure s'ouvre davantage, l'odeur du sang, son corps qui faibli, sa chute.

Ces souvenirs redevenus trop réels avaient comme effacé tout le temps qui s'était écoulé depuis ce combat qui devait lui être mortel. Ce combat qui lui avait valu de se retrouver ici, loin de son devoir de jedi.

La lame qu'il utilise est brutalement enfoncée dans le bois de la table.

Il a encore faibli. Il n'est parvenu qu'à ressentir de la peur, là où il avait précédemment pu ressentir le courage. Sa faiblesse fait naître en lui une colère sans nom, envers ces choses, envers lui-même.

La présence d'Anakin se presse un peu plus fort contre la sienne dans la Force. Obi-Wan soupire, acceptant la caresse de son compagnon. Le calme le gagne lentement, et il se laisse bercer par l'attention du plus jeune. Au moins Anakin est toujours à ses côtés quoi qu'il arrive. Et ce qu'ils construisent à deux reprend le pas sur la perte du rôle de jedi.

Les souvenirs de leurs étreintes sur la plage, ou étendu sur les draps dans le calme naturel qui les entourent viennent effacer les craintes et la colère pour de bon.

Obi-Wan reprend la lame enfoncée dans le bois sec de la table, et continue la découpe des fruits avec un calme nouveau, l'esprit tourné vers les souvenirs apaisants qu'il partage avec Anakin.

Il sent d'ailleurs le plus jeune se rapprocher de sa position, et il sait qu'il arrive à la terrasse avant même d'entendre ses pas sur le bois. L'instant d'après, Anakin s'avance dans la maison, se dirigeant immédiatement vers la baignoire. Il enclenche l'eau avant de se débarrasser de son pantalon et de s'asseoir sur le rebord du bain pour immerger ses pieds.

Ayant fini sa découpe, Obi-Wan l'observe pendant qu'Anakin efface toute trace de boue de ses pieds. Le plus jeune abandonne ensuite sa tunique sur le sol pour laver ses bras et ses mains. Transporter un corps est toujours salissant.

« Je l'ai mis entre les gros rochers sur la plage. Ces pierres créent pratiquement des grottes. Là où il est, personne ne le retrouvera. À moins que quelqu'un ne fasse une chasse au trésor. »

Le ton ironique d'Anakin parvient à arracher un sourire à Obi-Wan.

Après ce lavage rapide mais efficace, Anakin évacue l'eau de la baignoire et part récupérer des vêtements propres dans l'armoire près du lit. Obi-Wan dépose son menton dans la paume de sa main, toujours accoudé à la table. Anakin étant hors de portée de sa vue, il se concentre sur le son du tissus, la manière dont il se froisse sous les gestes d'Anakin. Le son du tiroir qui se referme. Les pas qui s'approche à nouveau.

Et puis les bras d'Anakin qui l'enlacent. Les jambes du plus jeunes qui viennent se positionner de part et d'autre de lui, son dos se retrouvant collé au torse fort d'Anakin. Un soupir d'aise lui échappe alors qu'il se laisse aller contre le corps solide. Il bascule sa tête en arrière jusqu'à la déposer sur l'épaule de son compagnon. Obi-Wan réalise que c'est ce dont il avait justement le plus besoin. Il a oublié à quel point son dos est encore douloureux.

Ils restent ainsi de longues minutes avec le silence comme seule musique. Leurs présences sont à nouveau mélangées, au plus proche l'une de l'autre. Dans une danse apaisante, elles se complètent, se rassurent mutuellement. Autour d'eux, la Force brille si fort à nouveau, comme à chaque instant où ils se retrouvent ainsi.

« Comment penses-tu que cette chose est arrivée jusqu'ici ? »

La voix d'Obi-Wan est basse, à peine plus bruyant qu'un chuchotement.

« Honnêtement, je n'en ai aucune idée. Ce n'est pas une espèce suffisamment évoluée pour avoir accès à la technologie, et encore moins pour piloter un vaisseau. Elle a du sûrement s'infiltrer d'une manière ou d'une autre dans un vaisseau, ou alors elle a été amenée ici en tant qu'esclave mais elle s'est échappée. Je ne me souviens pas avoir vu de marchant d'esclave au marcher, mais il n'est pas impossible qu'elle vienne de plus loin sur la planète. »

« C'est étrange tout de même. Elle semblait morte. Et juste devant notre maison, comme par hasard. »

Anakin étouffe un petit rire, caressant les côtes d'Obi-Wan du plat de la main.

« Qu'est-ce qui te fais rire ? »

« Tu as dit 'notre maison'. »

Obi-Wan cligne des yeux, réalisant l'implication de ses mots. Mais il doit avouer, il a l'impression de se sentir chez lui. Le Temple Jedi a toujours été sa maison, il en connaît tout les recoins ou presque, il a grandit dans ses murs et c'est le lieu qu'il attendait de retrouver avec impatience après chaque mission.

Mais aujourd'hui, ce qu'il considérait comme sa maison autrefois lui parait bien grand et vide en comparaison de ce qu'il a trouvé ici. Cette maison abandonné est devenu son lieu de paix intérieur, l'endroit où il a redécouvert le calme. Une maison où naissent les souvenirs qu'il partage avec l'homme qu'il apprend encore à aimer.

« Tu n'es pas d'accord ? »

« Si. C'est ce que je ressens aussi. »

La bouche d'Anakin trouve son cou, et il se détend encore plus, si possible, sous les trois petits baisers qui y sont déposés.

« J'ai gardé son masque. »

Obi-Wan se raidi un peu dans ses bras.

« Pourquoi ? »

« Je pense qu'il pourrait nous apporter des réponses. J'ai un souvenir qui m'est revenu tout à l'heure, après avoir retourné la créature sur le dos. »

« Ah. Je comprends mieux pourquoi tu es resté immobile quand elle t'a attrapé la jambe. »

« Oui, c'est ta voix qui m'a fait revenir. »

« Au troisième appel. Il était temps. »

Anakin est un peu surpris par les mots de son Maître. Il n'a pas souvenir de l'avoir entendu les deux premières fois.

« Qu'est-ce que tu as vu alors ? »

« Il y avait une montagne. Non, pas une montagne... On aurait dit comme une sorte de bâtiment. »

« Un temple ? »

« Peut-être. Je n'ai pas eu le temps de bien voir. Mais c'était très imposant. »

Les deux hommes réfléchissent en silence un instant, avant qu'Anakin ne reprenne la parole.

« Je pense qu'en méditant avec le masque à portée, on pourra peut-être avoir d'autres réponses. Peut-être même que l'on se souviendra du reste ? »

Obi-Wan se contente de hocher la tête. Il est vrai que leurs souvenirs sont toujours vagues. Ils sont incapables de se souvenir de ce qui a précisément causé leur chute, à part cette chose qui rongeait leur appareils et ses jambes.

« Où tu l'as mis ? »

Anakin détache une main du corps d'Obi-Wan pour la tendre vers la porte d'entrée. Le masque, posé au pied du mur à côté de la porte, vole jusque dans sa paume offerte. Obi-Wan s'est redressé entre temps, et s'est accoudé à la table. Anakin vient se coller à nouveau à son dos alors qu'il lui présente l'objet.

Obi-Wan le regarde un instant, les bras croisés sur le bord de la table. Anakin a débarrassé le masque d'une bonne partie de la boue qui en recouvrait encore la moitié, dévoilant les motifs symétriques qui ornent le bois.

La Force s'anime un petit peu autour d'eux, et Obi-Wan sent une petite appréhension grandir. Cet objet a quelque chose de spécial. Il ne s'agit pas que d'un masque, il abrite une puissance étrange. Mais familière.

N'écoutant que sa curiosité, Obi-Wan lève doucement une main. La pulpe de ses doigts entre finalement en contact avec le bois encore humide, et c'est comme s'il recevait une décharge. Il sursaute, éloignant sa main, alors que son esprit le replonge dans le cauchemar de la veille.

Il est à nouveau sous la surface, se débattant de toutes ses forces, mais incapable de rejoindre la lumière. Sa respiration est bloquée, son corps se tend, et il est comme paralysé.

« Obi ! Obi-Wan ! Hey, tout va bien. »

Les bras d'Anakin l'entourent à nouveau, sa respiration est pleine. Il est à la surface. Il est avec la lumière. Sa lumière.

« Ça va ? Tu t'es mis à trembler tout d'un coup. »

« Oui, ça va aller. C'est... Ce masque. Il porte la même énergie que celle de la créature qui a tenté de me posséder. »

Obi-Wan jette un regard au masque abandonné sur la table en bois.

« Cette créature. C'est elle qui m'a fait ça. J'en suis sûr. »

Anakin se détache un peu d'Obi-Wan, se déplaçant un peu pour pouvoir croiser le regard de son compagnon plus facilement.

« Tu es vraiment sûr ? »

« Certain. »

La voix d'Obi-Wan ne faiblit pas. Elle est intransigeante, implacable. La certitude l'assaille. Ce masque appartient à ce qui a tenté de prendre son contrôle et cette chose est morte. Elle est morte.

« Elle est morte. » répète-t-il tout haut, d'un ton un peu déconfit.

Il réalise à peine. Le cauchemar est fini, il ne sera plus jamais noyé dans l'obscurité de la Force. Anakin porte une main à sa joue, lui adressant un sourire doux.

« Oui, c'est fini. »

Obi-Wan lui attrape les épaules, l'enserrant contre lui du mieux qu'il peut malgré la position un peu inconfortable. Sa voix est à nouveau si basse lorsqu'il parle à nouveau, gorgée de soulagement.

« Tu l'as tué. Tu l'as fait partir. Merci. »

Anakin lui rend son étreinte, touché par le remerciement d'Obi-Wan. Une fois de plus, cet homme lui offre ce qui lui avait tant manqué à ses retours de batailles. Une félicitation, un remerciement, une récompense si simple et jamais formulée par le Conseil Jedi.

« Je t'aime. »

Obi-Wan resserre son étreinte à l'entente des mots d'Anakin, son cœur tambourinant d'émotion en plus du soulagement procuré par la disparition de la bête. Il a l'impression d'être si léger d'un seul coup. Cette menace qui pesait encore sur leurs têtes peut-être une heure auparavant venait de disparaître.

« Je t'aime aussi, Ani. »

Les poings d'Anakin se referment sur la tunique d'Obi-Wan, la sincérité de son compagnon et ses émotions transparaissant dans leur lien l'atteignent en profondeur. Anakin se sait particulièrement sensible, réceptif aux émotions. Mais jamais il n'a connu de tels échanges avec d'autres personnes. Il a certes eu un lien très fort avec sa mère, ou encore avec Padmé, mais tout est pourtant si différent. Il n'a rien connu d'aussi intense, aussi pur que l'amour qu'il reçoit et ressent envers Obi-Wan. Et cette nouveauté lui semble maintenant vitale. Il ne sait comment il a pu survivre avant de la connaître.

« Tu renoncerais vraiment à ta place de jedi pour rester avec moi ? »

Sa voix est si faible, débordée par l'émotion qui l'habite. Obi-Wan s'écarte un peu, et il desserre sa prise pour croiser son regard.

« Comme je te l'ai dit hier, oui. Ma place n'est plus parmi eux, mais à tes cotés. » Obi-Wan semble chercher ses mots « En étant avec toi, j'ai l'impression de découvrir ma vraie personnalité, celle qui a été étouffée par les règles du Temple. »

« Si un jour on m'avait dit que tu transgresserait le règlement, j'aurais ri au nez de cette personne. »

« J'aurais probablement ri avec toi. »

Ils s'échangent un sourire, Obi-Wan retraçant la mâchoire d'Anakin du bout des doigts. Leurs yeux ne se quittent plus, le bleu du ciel plongé dans celui de la mer.

Obi-Wan s'avance en premier, et Anakin intercepte le baiser à mi parcourt. L'échange est doux, traduisant simplement l'affection qu'il se porte l'un à l'autre. Dans la Force, leurs présences s'étreignent à forces égales, blotties l'une contre l'autre.

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Le vent souffle l'air humide. La poussière s'élève et retombe sans cesse sous les bourrasques. La terre est chaude. Le soleil, incandescent.

Et puis soudain, semblable à l'onde d'une goûte tombant dans l'eau, une force invisible se précipite sur le sommet d'un monticule de pierre. L'onde résonne dans la roche, avant de ressortir de sous la cavité du monticule, un arc soulevant la poussière. La rafale agite les tuniques des corps étendus, sans vie, et ne s'arrête qu'après avoir franchit les limites du vaste village.

Sous l'espace qui sépare la parois du monticule et le sol, une lumière violette se met à briller, intense, avant de disparaître brutalement.

Le vent ne souffle plus. Le silence tombe sur le désert.

Et puis, soudain, un son s'élève. Grave, le cris résonne entre les parois rocheuses. Des symboles illuminent les faces de pierres, violets eux aussi, avant de virer au rouge.


J'espère que ce nouveau chapitre vous plait! N'hésitez pas à me donner votre avis en review :)

J'ai un peu galéré pour trouver une traduction potable du "hello there" d'Obi-Wan. J'ai finalement opté pour la traduction faite dans l'épisode 4.

Réponses aux reviews anonymes:

Stef: J'espère que je ne t'ai pas décroché avec ce nouveau chapitre :p