Ce soir, Michael l'emmène dîner. En tête à tête. Rien qu'elle et lui. Un repas aux chandelles sans Lincoln pour les tenir. Alors elle n'a pas de gigantesque dressing dans lequel farfouiller - d'ailleurs elle n'en a jamais eu - elle n'a pas non plus des milliers produits de beauté ni de bijoux à sa disposition et son dernier rendez-vous chez un coiffeur autre qu'elle-même date de plusieurs mois mais elle tient à s'apprêter un minimum.

Elle a enfilé la petite robe légère et colorée qu'elle avait achetée dans le but de récupérer le Christina Rose, elle a essayé d'arranger ses cheveux mutilés par ses soins du mieux qu'elle a pu et, arquée au-dessus du lavabo de la petite salle de bain, pour être au plus près du miroir, elle enduit maintenant ses cils de mascara. Une fois que le résultat lui convient, elle attrape le petit tube de baume hydratant qu'elle a pris l'habitude de passer sur ses lèvres que le soleil a tendance à assécher. En plus de les protéger ça les fait briller, et ce soir ça fera office de gloss.

Après avoir quitté la salle de bain elle repasse rapidement par sa cabine pour s'emparer d'un cardigan qu'elle pend à son avant-bras puis elle remonte enfin sur le pont.

Il fait encore jour, encore doux, mais le soleil n'est plus très haut dans le ciel et dans approximativement deux heures il aura plongé dans l'océan.

Michael, vêtu d'une chemise blanche et d'un pantalon clair, est assis sur la banquette attenante au poste de pilotage, en face de Lincoln, et il stoppe aussitôt sa conversation lorsqu'il voit Sara s'approcher. Il se redresse et la scanne des pieds à la tête d'un regard comblé.

- Je suis prête, annonce-t-elle.

- Oui… euh… oui, et bien… euh…, balbutie-t-il.

- Ce qu'il essaye de te dire c'est que t'es très jolie, traduit Lincoln avant d'avaler une gorgée de sa bière.

Michael fusille son frère du regard et le sourire déjà amusé de Sara s'élargit.

- Ce que je voulais dire c'est que… si t'es prête alors on peut y aller, reprend Michael.

- Oui, confirme-t-elle.

- Je vais sûrement aller faire un tour en ville aussi, moi, indique Lincoln. Vous inquiétez pas si je suis pas là quand vous rentrerez.

- Ok, acquiesce Michael.

Il descend le premier du voilier puis il tend sa main à Sara pour l'aider à descendre à son tour. Lorsqu'elle l'a rejoint sur le ponton, il garde sa main dans la sienne et reste quelques secondes immobile, à la regarder de cette manière si pénétrante qu'elle manque toujours de la faire rougir.

- Linc avait raison tout à l'heure, souffle-t-il. Je te trouve magnifique.

Elle sourit.

- Je te trouve très beau aussi, lui murmure-t-elle.

Et elle a approché son visage si près du sien qu'il n'a plus beaucoup d'efforts à faire pour venir l'embrasser. Puis c'est toujours main dans la main qu'ils se mettent ensuite en route vers le restaurant.

Michael avait effectué la réservation dans l'après-midi, lors de sa petite escapade en solitaire. Il avait dû faire quatre établissements avant de trouver celui qui lui convenait, celui capable de servir un met bien particulier.

À leur arrivée, un serveur les a installés en terrasse, sous une vaste pergola en bois entourée de petits palmiers en pot.

La décoration évoque l'Europe méridionale à Sara mais elle ne sait dire précisément quel pays.

- Le chef est originaire du sud de la France, lui explique Michael qui a glané ces informations lors de la réservation. Ça fait un peu plus de dix ans qu'il s'est installé ici.

- Ça veut dire qu'on va manger de la cuisine française ?

Il hoche la tête pour confirmer.

- Ah, super ! se réjouit Sara. Les empanadas c'est très bon mais j'avoue que je commence un peu à saturer.

- Bonsoir, lance tout sourire un nouveau serveur en arrivant près de leur table. Est-ce que je peux vous proposer deux coupes de champagne pour l'apéritif ?

Michael regarde Sara pour voir si ça lui convient avant de valider auprès du serveur mais c'est une mine paniquée et non enthousiaste qu'il lui découvre.

- Euh… non, bredouille-t-elle, je…

- Il est excellent, argumente le serveur pour vendre son produit. Il est directement importé de France.

- Oui mais… je… je préférerai un thé glacé s'il vous plaît.

- La même chose pour moi, commande aussitôt Michael.

- Très bien, je vous apporte ça tout de suite, approuve le serveur avant de s'en aller rejoindre le bar.

Sara a baissé les yeux et, les coudes posés sur le bord de la table, elle se triture nerveusement les mains. Il essaie de rattraper son regard mais elle le fuit délibérément.

- Sara…, l'appelle-t-il alors doucement.

Elle secoue la tête sans relever les yeux.

- Sara…

- J'ai jamais vraiment été alcoolique, déclare-t-elle soudainement, mais…

- Sara…

- … je dois éviter tout ce qui peut susciter une addiction nocive et…

- Je te demande pas de te justifier, l'interrompt-il en saisissant ses mains pour les reposer sur la table avec les siennes.

Et elle consent enfin à le regarder.

- Je suis ok avec ça et je veux pas que tu te sentes embarrassée, surtout face à moi.

- Je le suis toujours un peu, souffle-t-elle dans un haussement d'épaules, la voix serrée et les yeux brillants. J'y peux rien… Y a quand même pas de quoi être fière.

- Moi je m'en fiche. On traîne tous des casseroles, je te prends avec les tiennes. Tu sais, je me dis qu'aujourd'hui tu ne serais peut-être pas tout à fait la même personne si tu n'avais pas vécu tout ça. Tu as su t'en sortir, ça t'a forgée, ça a fait de toi celle que tu es maintenant, devant moi. Et que j'aime… D'accord ?

Elle esquisse un sourire ému et hoche la tête. Il dépose un baiser sur une de ses mains.

- De toute façon le champagne c'est très surfait ! conclue-t-il ensuite d'un air faussement pompeux.

Sara pouffe de rire puis se reprend rapidement lorsque le serveur est de retour avec les boissons et une assiettes de petits fours plus appétissants les uns que les autres.

- Est-ce qu'ils servent un plat unique dans ce restaurant ? interroge Sara après que le serveur est reparti.

- Non, pourquoi ? s'étonne Michael.

- Bah je sais pas mais… personne ne nous a encore apporté la carte pour qu'on puisse commander, alors je me demandais…

- Oh, comprend-il. En fait, ils vont pas nous donner de carte parce que j'ai déjà commandé nos plats, je l'ai fait en même temps que la réservation.

Sara fronce un sourcil méfiant.

- Mais si j'aime pas ce que tu m'as choisi ?

- T'auras le droit de changer, je serai pas vexé, lui promet Michael.

- D'accord. Bon, à quoi est-ce qu'on trinque ? demande-t-elle en saisissant son verre de thé glacé dans lequel flotte cinq glaçons et une rondelle de citron.

- À la bonne nouvelle que j'ai apprise cet après-midi, propose Michael en levant légèrement son propre verre.

- Oh ! Donc tu vas enfin me dire de qui était le message ?

- Oui… Il était de Megan.

Sara se fige et sa bouche s'arrondit alors qu'elle comprend avec bonheur ce que ça signifie.

- T'es divorcé ?

- Non, pas exactement. Elle a obtenu que le mariage soit annulé, annonce Michael. Ça veut dire que maintenant, aux yeux de la loi, il n'a jamais existé.

Sara reste bouche bée de ravissement.

- Je… je sais pas quoi dire… Si : je suis contente ! jubile-t-elle.

- Et moi donc ! s'exclame Michael.

Ils font tinter leur verre puis avale chacun une gorgée de leur thé glacé.

- Il ne manque plus que l'annulation aussi des chefs d'accusation qui pèsent encore sur toi, analyse Sara en reposant son verre, et tu seras complètement libre ! Je rappellerai Bruce pour savoir où ça en est si on a pas de nouvelles d'ici lundi.

- Comme tu veux, mais y a pas d'urgence. Ce qui m'embêtait vraiment c'était d'être marié à une autre. Qu'un pays me considère encore comme l'ennemi public numéro un ça m'est égal.

Sara lâche un petit rire puis elle regarde Michael avec un sourire touché parce qu'il vient de lui dire clairement qu'elle était sa priorité.

- Attention messieurs dames, c'est très chaud.

Le serveur est de retour, une assiette copieusement garnie dans chaque main.

- Filet mignon en croûte et risotto au citron et légumes verts, annonce-t-il en déposant la première assiette devant Sara puis la seconde devant Michael. Je vous souhaite un bon appétit !

Il s'éclipse alors que Sara reste le regard fixé sur le contenu de son assiette et hoche doucement la tête :

- D'accord. Je vois enfin où tu veux en venir avec ce dîner.

- Je te l'avais promis, lui rappelle Michael.

- Oui… Et je m'étonne de ne pas avoir fait le rapprochement plus tôt… Merci, souffle-t-elle.

Et devant ses yeux dangereusement brillants, Michael s'inquiète :

- Tu vas pas pleurer ?

- Non, rigole-t-elle. Mais ça me touche… On était pas dans la meilleure situation qu'il soit quand tu m'as fait cette promesse et… avec tout ce qui s'est passé ensuite… enfin c'était pas gagné que tu arrives à la tenir.

- Je tiens toujours mes promesses, demande à Linc !

- Oui, s'amuse-t-elle. Il n'empêche que ce soir, c'est beaucoup plus qu'un bon dîner.

Sara n'allait en effet pas savourer qu'une succulente viande, elle allait aussi et surtout savourer tout ce qu'elle signifiait.