INTERROGATOIRE DE WERNER SCHUSTER

Werner Schuster attendait patiemment dans une pièce de l'hôtel réservée pour les interrogatoires du FBI. Il venait de passer la quarantaine mais conservait une allure jeune. Il se demandait bien pourquoi est-ce qu'ils commençaient par lui.

- Monsieur Schuster, asseyez-vous, l'invita Rossi. Je suis l'agent Rossi du FBI.
- Que puis-je faire pour vous? demanda l'entraîneur de l'équipe allemande une fois assis.
- J'aurais quelques questions à vous poser. D'abord, est-ce vous qui avez choisi de ne plus entraîner notre première victime? Ou vous a-t-on obligé à partir? lui demanda le profileur.
- Mais c'est quoi cette question? Qu'est-ce que ça a à voir avec les meurtres?
- C'est simple. Pour ne rien vous cacher, vous êtes un dénominateur commun entre nos victimes, donc, est-ce vous qui avez choisi de ne plus entraîner Schlierenzauer ou non, redemanda Rossi en regardant le suspect droit dans les yeux.
- L'évolution de carrière, vous connaissez? Après avoir entraîné les espoirs autrichiens pendant des années, j'ai voulu passé à l'étape supérieure. En Autriche, ce n'était pas possible. Puis, l'équipe suisse m'a proposé le poste et j'ai accepté. Voilà. Ça vous suffit? répondit l'Autrichien en croisant les bras.
- ça ne vous a pas vexé de voir que c'était un autre entraîneur qui recevait tout le mérite de la réussite de votre ancien protégé? Je veux dire, c'est quand même vous qui avez découvert Schlierenzauer. Ce n'est pas frustrant? insista David Rossi.
- Mais non. Bien au contraire. Je suis fier. Je me dis qu'il est là où il en est grâce à moi. Était pardon, corrigea-t-il.
- Et parlons de l'équipe suisse. Vous avez presque amené Simon Ammann à décrocher un globe de cristal, en tout cas en début de saison et après vous rechanger d'équipe. Et là, vous allez dire que c'est de nouveau une évolution de carrière? interrogea l'agent Rossi.
- J'ai entraîné les Suisses une seule année. Andreas Küttel était 7ème de la Coupe du Monde et Simon 9ème du général. Ces deux gars sont au sommet. Ils n'ont rien à apprendre. Et les autres débutent leur carrière. Le challenge n'était simplement pas intéressant en tant qu'entraîneur de l'équipe nationale. Lorsque les Allemands m'ont contacté, j'ai sauté sur l'occasion. L'équipe nationale est au fond du trou depuis des années. C'est pourquoi j'ai accepté. Et oui, en plus le salaire était plus intéressant, expliqua-t-il agacé.
- Je vois, mais les meurtres de Schlierenzauer et d'Ammann vous arrangent quand même. Ils y a moins d'obstacles pour votre équipe. C'est plus facile pour elle de briller maintenant, insista Rossi
- Mais non. Vous croyez franchement que je me suis mis dans la tête de tuer tous ceux qui sont mieux classés que mes gars? Prenez le classement et regardez. Je ne vais quand même pas tuer 15 personnes! C'est du délire, ajouta-t-il consterné.
- Il y a une question que j'aimerais vous poser. Que faisiez-vous les soirs des deux meurtres? lui demanda l'agent Rossi.
- Voyons. Samedi soir après la conférence de presse, je suis rentré à l'hôtel avec mon équipe. On a fait le point sur notre situation, contrôlé une dernière fois les combinaisons, puis je suis allé à l'hôtel des Autrichiens et j'ai bu un verre avec Alexander Pointner. Il m'a quitté après avoir reçu l'appel de Morgenstern mais sur le moment, il ne m'a pas dit de quoi il s'agissait. Puis, je suis entré à mon hôtel. Lorsque Simon a été tué, j'étais dans la chambre de Michael Uhrmann et Martin Schmitt avec mon portable pour regarder les vidéos de leurs sauts. Vous pouvez leur demander, expliqua-t-il.
- Mais je le ferai. Merci pour vos réponses monsieur Schuster.

Rossi se leva et ouvrit la porte. Il s'arrêta et se retourna vers l'entraîneur.

- Vous pouvez y aller. Encore merci pour le temps que vous m'avez consacré.

- C'est notre homme? demanda Morgan qui attendait dans le couloir.
- Non, je ne crois pas. Il a un solide alibi pour chaque soir. On va les vérifier, mais je pense qu'on ne trouvera rien, lui répondit-il.