Les larmes coulant librement sur mes joues, je m'arrêtai sur le chemin de terre, juste avant la bifurcation qui donnait sur la villa, afin de me calmer. Je ne tenais pas à débarquer dans la grande maison, pleurant à chaudes larmes. J'étais toujours furieuse contre mon père, et je posai ma tête sur le volant de ma coccinelle en tâchant de respirer profondément. Allez Esmée, calme-toi, calme-t... Mais comment peut-il me traiter de la sorte ?! Mes larmes repartirent de plus belle. C'était peine perdue, à ce rythme-là, j'allais passer le reste de la journée n'eus pas à ruminer plus longtemps sur mon sort car la portière s'ouvrit et une main froide se posa sur la mienne.
- Esmée ? Chuchota Carlisle.
Comment avait-il bien pu me trouver ? Je m'étais arrêtée ici exprès pour qu'il ne me voit pas dans cet état. Je relevai la tête et le regardai. Son expression peinée quand il vit mes yeux rougis me fit culpabiliser. Il essuya mes larmes de sa main droite.
- Décale-toi, je vais conduire jusqu'à la maison.
Je m'éxecutai, et il s'installa à ma place. Quelques instants plus tard, nous étions arrivés, il m'ouvrit la portière et me porta franchement jusqu'à l'intérieur. Je ne pleurais plus, la présence de Carlisle m'apaisait. Il me posa sur le grand canapé blanc et s'assit juste à côté de moi. Je me blottis contre lui tandis qu'il caressait mes cheveux. Avec soulagement, je constatai qu'il n'y avait aucune trace des enfants. Je préférais qu'ils ne me voient pas comme cela.
- Que s'est-il passé ? Me demanda-t-il.
- Comme il fallait s'y attendre, on s'est disputés, et assez violemment.
Je lui racontai comment le repas avait été joyeux et imprégné d'une ambiance bon enfant, en passant sous silence la partie où les loups avaient discuté de la destruction des Cullen. Puis, je narrai comment j'avais raccompagné mon père chez lui, comment je lui avais expliqué ce qu'il en était et comment la dispute avait éclaté. À la fin de mon récit, Carlisle soupira. Il prit ensuite mes mains dans les siennes et se positionna de façon à avoir son visage bien en face du mien. Je me plongeai dans ses magnifiques yeux dorés. Comment une telle perfection pouvait-elle exister ?
- Esmée, mon amour, commença-t-il.
Le surnom me fit rougir, comme d'habitude.
- Je suis vraiment désolé d'être la cause de tout ceci, tu te porterais bien mieux sans moi, vu tous les problèmes que je t'apporte, et si tu ne veux plus me voir, je comprendrais.
Ça y est, il recommence. Il fallait vraiment que je le convainque une fois pour toute qu'il ne devait pas se sentir coupable de me fréquenter, et que jamais je ne souhaiterais ne plus le voir.
- Carlisle, tu penses vraiment que si je ne voulais plus te voir je serais là ? Tu fais partie de ma vie, autant que mon père et Jacob, et je ne veux pas que tu culpabilises parce que tu n'es coupable de rien. Billy se permet de te juger sans te connaître, parce que tu es un vampire, et il est hors de question que je te perdes parce qu'il est incapable de dépasser ses préjugés.
Nous nous regardions toujours, sans ciller.
- J'aimerais simplement être certain que tu ne regretteras pas plus tard, souffla-t-il.
Cette perspective animait ses yeux d'une lueur triste qui ne me plaisait pas.
- Je ne regretterais jamais de t'avoir rencontré, répondis-je sur le même ton. Et je ne veux pas te quitter. Jamais.
Je m'efforçai de lui montrer à travers mon regard à quel point j'étais sûre de moi, et aussi à quel point je l'aimais. Cela dut fonctionner car au bout de quelques secondes, il hocha lentement la tête. Je me blottis à nouveau contre lui, le serrant contre moi aussi fort que je le pouvais.
- Je ne veux jamais te quitter non plus, chuchota-t-il à mon oreille.
Je cherchai ses lèvres, et les trouvai sans difficulté. Notre baiser fut, pour mon plus grand bonheur, très long. Il m'embrassait tout doucement, avec une douceur infinie, comme s'il pouvait me briser au moindre effort. Ce qui n'était pas totalement faux. Je n'avais aucun doute sur le fait qu'il embrassait mieux que n'importe qui. Il finit par mettre fin au baiser afin que je puisse reprendre ma respiration.
- Ça va mieux maintenant, non ? Me demanda-t-il.
J'éclatai de rire. La tension qui m'habitait encore disparut, et je pus me détendre complètement.
- Je t'aime, dis-je.
- Moi aussi.
Nous restâmes ainsi un long moment, simplement heureux d'être ensemble. Mon esprit tournait cependant à vive allure. Je savais que je voulais passer ma vie avec Carlisle. Mais... ma vie ? Ce que je désirais ce n'était pas une vie en compagnie de Carlisle. C'était plus. L'éternité. Car Carlisle était immortel, il avait vingt-trois ans pour toujours et ne vieillirait jamais. Moi si. Et je finirais par mourir, la seule façon de l'éviter était que je devienne à mon tour un vampire. Ainsi nous ne serions jamais séparés. Oui, quel autre moyen y avait-il pour que notre relation perdure ? Je n'en voyais pas. Il fallait que j'en parle avec lui, je ne savais pas trop comment il le prendrait mais j'étais déterminée à obtenir ce que je voulais. Devais-je mettre le sujet sur le tapis tout de suite ? J'hésitai.
- Quelque chose ne va pas Esmée ?
Evidemment il avait sentit mon trouble. Je me redressai mal à l'aise. Il me jeta un regard curieux de ses grands yeux dorés. Je tâchai de reprendre contenance en portant ma main à ses cheveux. Ses mèches blondes étaient douces et soyeuses, j'adorais sentir leur contact sur ma peau. Un contact qui m'intriguait depuis le début, car ses cheveux étaient extrêmement doux et légers sur mes doigts, comme une caresse aussi vive et infime que le vent... Stop, je m'égare là. Carlisle attendait patiemment que je dise ce que j'avais sur le coeur, et je me lançai.
- Tu sais, je t'ai dit que je ne voulais jamais te quitter, et, il faut que j'apporte une petite précision à mon propos.
Je regrettais instantanément d'avoir commencé mon explication ainsi, en voyant ses yeux se teinter d'inquiétude.
- Je veux être avec toi pour toujours, repris-je.
Il ne semblait pas comprendre exactement ce que j'entendais par là.
- Je ne te quitterais jamais, promit-il.
- Carlisle, je ne veux pas être avec toi simplement pour toute ma vie, je veux l'être... pour l'éternité.
Il ouvrit grand les yeux. Il avait l'air tellement innocent comme ça, tellement pur...
- Esmée, murmura-t-il. Te rends-tu compte de ce que tu dis ?
- Parfaitement, je sais exactement ce que je veux Carlisle. Et pour avoir ce que je veux, il faut que je devienne moi-aussi un vampire.
Il ne répondit pas, un pli d'inquiétude sur le front. J'eus peur tout à coup, il ne s'attendait visiblement pas à cela.
- Tu... tu n'as pas envie que je sois avec toi pour toujours, c'est ça ? Demandai-je.
Ma voix tremblait, et mon estomac se tordit du fait de l'angoisse que j'éprouvais.
- Bien sur que si Esmée, se récria-t-il.
Il prit mon visage en coupe entre ses mains.
- Je le désire plus que tout autre chose, continua-t-il. Mais Esmée, ta vie humaine est précieuse. Ce que je ne veux surtout pas , ce serait que plus tard tu éprouves des regrets d'avoir été transformée.
- Comment pourrais-je le regretter ? J'aurais la garantie de ne jamais être séparée de toi.
Il relâcha mon visage, et prit mes mains dans les siennes.
- Je ne suis pas certain que tu te rendes compte des conséquences qu'impliquerait ton choix, argumenta-t-il. Tu as une longue vie devant toi, il y a plein de choses que tu n'as pas vécues, et que tu ne pourrais pas vivre en étant un vampire.
- Comme ?
- Comme avoir des enfants.
Oh. Oui ce n'était pas rien, en effet. Pensivement, je posai ma tête sur son épaule et sa main caressa mes cheveux. Nous restâmes ainsi un moment, jusqu'à ce que j'ouvre à nouveau la bouche.
- Je ne veux pas d'enfants.
- Pardon ?
Il me regardait comme si j'étais soudain devenue folle.
- Je veux dire... J'aurais adoré avoir des enfants, les élever, les voir grandir et tout ça. Mais j'aurais voulu que ce soit les nôtres, Carlisle. Et si je ne peux pas en avoir avec toi, alors je n'en veux pas.
Il me regardait, un mélange d'expressions assez contradictoires de surprise, de tristesse et de joie sur le visage. Il me regarda pendant quelques secondes, ouvrit la bouche, puis la referma. Sous le coup d'une vive émotion, il se redressa et prit sa tête dans ses mains. Je me sentis très mal de le voir ainsi. J'avais à tout prix besoin de savoir ce qu'il pensait. Je passai mes bras autour de sa nuque et déposai un baiser sur sa joue avant de poser ma tête dans le creux de son cou. Il m'enlaça et m'embrassa à son tour sur le haut du crâne.
- Tu ne cesses de m'étonner, soupira-t-il.
- Tu serais d'accord pour me transformer alors ?
Il m'observa un instant.
- As-tu pensé à la réaction de ton père ?
Je grimaçai.
- Une fois changée, reprit-il, tu ne seras plus en mesure de le voir pendant plusieurs mois.
Oui, et il y avait des chances pour qu'il ne me considère même plus comme sa fille étant donné son dégoût pour les vampires.
- Tu vois Esmée, la transformation te ferais perdre beaucoup, ce n'est pas une décision à prendre à la légère.
J'allais donc avoir à établir un plan d'action. Tout d'abord, il fallait que Billy accepte que je sorte avec Carlisle. Et ensuite, il faudrait que je réflechisse à un moyen de lui faire comprendre que ce que je désirais par-dessus tout était de devenir comme Carlisle, afin de ne jamais être séparée de lui. J'ai du boulot...
- Si j'y réfléchis, et que je trouve un moyen pour que Billy l'accepte, tu me transformeras ? Lui demandai-je.
Il me regarda longuement.
- Oui, murmura-t-il.
- Nous avons donc un marché, souris-je.
- Il semblerait, répondit-il, amusé.
Une lueur d'angoisse persistait néanmoins dans ses yeux.
- Dis-moi ce qui te tracasse, chuchotai-je.
Il prit son temps avant de répondre.
- Tu sais, lorsque j'ai trouvé Edward, en 1918, j'ai hésité à le transformer parce que je ne voulais pas condamner quelqu'un d'innocent à cette vie. Mais sa mère, elle-aussi mourante à cause de la grippe espagnole, m'a supplié de faire tout ce qui était en mon pouvoir le sauver. Le sauver tu comprends ? Si je l'ai fait c'était pour lui donner une seconde chance. Et ce fut la même chose pour Rosalie et Emmett, je n'ai fait que leur offrir une deuxième vie, et je ne regrette pas mon geste.
Il fit une pause tandis que j'attendais la suite.
- Je veux plus que tout que tu sois comme moi, parce qu'alors, plus rien ne nous séparerait. Mais je... je n'ai jamais transformé personne qui fut en bonne santé. Ce ne serait pas comme te donner une seconde vie, ça ressemblerait plus à...
Il laissa sa phrase en suspend et ferma les yeux tandis que ses poings se crispaient.
- ...Un assassinat, lâcha-t-il finalement d'une voix glaciale.
Son regard torturé me transperça, et je me sentis affreusement mal. C'était donc ça ; me transformer équivalait pour lui à attenter à ma vie, et ça le répugnait, mais il était aussi déchiré, parce qu'il désirait en même temps que je sois comme lui, pâle, gracieuse et belle à en tomber par terre...
- Ce ne serait pas un assassinat, arguai-je, parce que je ne serais pas morte. Je vivrais, et je serais plus heureuse que jamais je ne l'ai été car nous serons ensembles. Pour moi c'est tout ce qui compte.
- Ton coeur ne battrait plus...
- En effet, mais il serait toujours là, pour toi. Et je serais toujours là. Le but ultime de la vie n'est-il pas le bonheur ? Ce bonheur il n'y a que comme ça que je peux l'obtenir, et toi aussi.
Il me contempla, ses prunelles dorées retrouvant peu à peu leur magnifique éclat.
- Tu as presque réussit à me convaincre, s'amusa-t-il.
- Presque ? Et de toute façon nous avans un marché, je te rappelle.
- Oh, je n'ai pas oublié ma douce, ne t'en fais pas. Réfléchis-y sérieusement tout de même.
J'acquiesçai avec un clin d'oeil, et baillai dans la foulée. La journée avait été longue, et mes pleurs de tout à l'heure m'avait fatiguée. Carlisle se leva et me déposa par terre au passage.
- Je te ramène chez toi, tu as besoin de repos, me dit-il, toujours prévenant.
Une fois que nous fûmes dans la voiture, en route vers chez moi, une chose qu'il avait dite me revint en tête.
- Carlisle ?
- Hm ?
- Tu as dit que tu avais transformé Edward, Emmett et Rosalie alors qu'ils allaient mourir, mais qu'en est-il de Bella ?
Je savais que Jasper et Alice n'avaient pas été transformés par Carlisle, mais qu'ils avaient rejoint sa famille quelques années après qu'Emmet ait été changé, Carlisle me l'avait dit lorsqu'il m'avait raconté son histoire.
- Edward et Bella se sont rencontrés alors que Bella était encore humaine. Elle vivait encore chez son père, dans la petite ville où nous habitions. A l'époque, Edward se faisait passer pour mon frère. Ils sont devenus amis et sont tombés amoureux l'un de l'autre. Mais Bella a eu un accident, et Edward l'a mordue. J'ai été plus que surpris quand il est rentré à la maison en la portant dans ses bras, complètement paniqué. Il était encore jeune et craignait d'avoir fait une bêtise. Mais il a très bien agit et a fait preuve d'un incroyable self-contrôle en la mordant.
À son ton, on sentait qu'il était fier de son fils.
- Une belle histoire d'amour, commentai-je.
- Oui, répondit Carlisle en me jetant un coup d'oeil. Ils se sont mariés environ un an plus tard. Mais la transformation de Bella fut cependant teintée d'un deuil, car nous avons du la faire passer pour morte afon d'éviter les questions gênantes. Son père a eu du mal à s'en remettre.
Je ne répondis rien. Je ne pouvais m'empêcher de me demander à quel point cela avait été dûr pour Bella de laisser croire à son père qu'elle était morte. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que j'aurais fait à sa place. Et je ne pouvais m'empêcher de me demander si Billy s'en remettrait, lui. Evidemment Bella n'avait pas eu le choix pour ce qui était de sa tranformation. Moi je l'avais. Et mon père le saurait si je devenais un vampire, les Cullen ne pourraient pas annoncer mon décès sans craindre des représailles de la part des Quileutes.
Nous arrivâmes finalement chez moi, et j'allai me chercher une canette de soda à l'orange.
- Carlisle ? Appelai-je, toujours devant le réfrigérateur.
- Oui ?
- Je te sers quelque chose ?
- Très drôle Esmée.
Je revins dans le salon, où Carlisle m'attendait sagement, appuyé au mur, parfaitement immobile. Je m'assis dans le canapé et tapotait la place à côté de moi. Il vint donc s'asseoir.
- Au sujet de ma transformation, commençai-je, tes enfants n'y verront pas d'inconvénient ?
C'était en quelque sorte ma hantise, et j'avais besoin d'être rassurée.
- Oh non je ne crois pas. Ils sont vraiment heureux que je t'aie rencontrée, et aussi soulagés.
- Pourquoi ça ?
- Et bien, j'étais le seul dans la famille à ne pas avoir trouvé la personne qui m'était destinée. Ils craignaient que je me sente seul, même si je leur répétait que je me suffisais à moi-même. C'est ce que je pensais avant de faire ta connaissance. C'est pour cela qu'ils ont été soulagés, et même... excités pour le cas d'Alice.
Je ris. J'imaginais très bien Alice sautillant de joie dans tous les sens.
- Elle avait eu des visions ? Demandai-je.
- Oui, elle en a eu plusieurs de nous deux dès le jour de la rentrée et en a immédiatement informé ses frères et soeurs. A partir de ce moment, ils ont été bien cachottiers, et n'arrêtaient pas de faire des messes basses. Moi bien sûr, je me demandais ce qui leur prenait, et je n'ai compris que le jourde notre première rencontre, au supermarché.
- Ils ont du bien s'amuser, remarquai-je.
- Oh oui, à mes dépens en plus. Quand je suis rentré à la maison ce même jour, je ne faisais que penser à toi et j'ai du m'isoler pour échapper à leurs railleries. Enfin, j'avais surtout besoin de réfléchir. Il était incroyable de constater que, l'esprit préoccupé, je n'avais absolument aucune autorité sur eux, déplora-t-il. Surtout avec Emmett...
J'étouffai un rire. Carlisle afficha une mine faussement vexée.
- Je pensais que tu serais plus compatissante Esmée !
- Désolée, dis-je en me raclant la gorge. Mais ils ne t'embêtent plus maintenant.
- Non, je me suis mis en colère et ils ont aussitôt cessé. Il faut dire que ça n'arrive pas souvent, et c'est d'autant plus impressionnant.
Je tentai aussitôt d'imaginer Carlisle en colère. Mais avant que j'ai pu visualiser une image convaincante, il m'annonça :
- Tu as de la visite...
La sonnette se fit en effet entendre.
- Qui est-ce ? Lui demandai-je.
Jacob ? Ou bien Billy ?
- Ce n'est pas un loup, mais pas quelqu'un que je connais.
Au moins, j'étais sure qu'aucun Quileute ne se transforme dans mon appartement sous le coup de la colère. J'avais vu le résultat chez Billy, et sa maison avait été plutôt abîmée... La sonnette retentit à nouveau et après un regard à Carlisle, j'allai ouvrir. C'était Harry Clearwater. Aïe, il est venu me sermonner.
- Bonsoir Esmée, me salua-t-il.
- Bonsoir Harry.
Il semblait hésiter sur la conduite à suivre.
- Euh... je peux entrer ?
- C'est comme tu veux... sachant que je ne suis pas seule.
Il fronça les sourcils, comprenant mon allusion.
- Ah, il vaut peut-être mieux que je m'abstienne dans ce cas.
Il se gratta la tête, ennuyé. Je patientai sans rien dire, attendant qu'il se jette à l'eau.
- Ecoute Esmée, commença-t-il en choisissant ses mots avec soin. Billy m'a raconté la discussion que vous avez eu cet après-midi.
Il appelait ça une discussion ?
- Il ne faut pas que tu lui en veuilles de s'être énervé, continua Harry, il s'inquiète pour toi.
- Il doit comprendre que je ne suis pas en danger. J'ai essayé de le lui expliquer, mais il n'a pas voulu m'écouter.
Et c'était un euphémisme.
- Non Esmée, tu es réellement en danger. Il faut que tu t'éloignes de lui tant qu'il est encore temps, ajouta-t-il plus bas.
Par "lui", je savais que ce n'était pas à Billy qu'il faisait référence..
- Il n'en est pas question.
- Je peux comprendre que tu te sentes attirée par lui. C'est là-dedans que réside le piège.
Il parlait tout bas, surement de peur que Carlisle ne l'entende, mais à mon avis ça ne suffisait pas, Carlisle ne devait pas perdre une miette de la conversation.
- Les vampires restent toujours entre eux, si toi tu restes avec lui, il finira par t'arriver malheur. Il te tuera, ou alors il voudra faire de toi l'une des leurs.
À vrai dire, Harry, c'est plutôt l'inverse. C'est moi qui m'échine à le convaincre de me transformer... J'aurais bien aimé pouvoir lui dire ça, rien que pour voir sa tête qui serait sans doute mémorable, mais mieux valait ne pas en rajouter.
- Vous ne comprenez pas ce que je ressens, tentai-je d'expliquer. Grâce à lui, je me sens entière, pleinement heureuse, plus que je ne l'ai jamais été. Et il est tout sauf mauvais, il est la personne la plus merveilleuse que j'ai jamais rencontré. Alors je te le répète, il est hors de question que je m'éloigne de lui. J'en serais incapable. Il va falloir que vous le compreniez, ajoutai-je, doucement. Je ne veux pas être en conflit avec Billy, c'est mon père. Mais pour cela, il faut qu'il dépasse ses préjugés.
Harry baissa légèrement la tête.
- Tu es bien plus impliquée que je ne le pensais. Tant pis, j'aurais essayé. Fais bien attention à toi Esmée, nous ne pouvons plus te protéger.
- Je n'ai pas besoin qu'on me protège Harry.
- Au revoir Esmée.
- Au revoir, soupirai-je.
Je refermai la porte, et retournai dans le salon. Carlisle n'avait pas bougé, il me regarda arriver et m'asseoir à côté de lui. Je fis la moue.
- Ils vont avoir du mal à l'accepter, mais il faudra bien.
- Toutes leurs légendes parlent des représentants de notre espèce comme des créatures damnées et maléfiques. Il est normal qu'ils se méfient, et qu'ils aient peur pour toi, me répondit tout naturellement Carlisle.
Il était si indulgent, je n'en revenais pas. A côté de lui, mon père adoptif ne semblait avoir aucune sagesse.
- J'aimerais simplement qu'ils me fassent plus confiance, murmurai-je.
- Cela viendra, il faut laisser agir le temps.
Et c'est ce que je fis. Enfin, j'essayai. Dès le lendemain matin, alors que Carlisle était partit travailler, je reçus la visite de Jacob. La sonnette me tira du sommeil, et je gagnai la porte en titubant, à peine réveillée. Je mis un moment avant de reconnaître mon visiteur. Quand ce fut fait, je me demandai quel comportement il allait adopter. A cet instant, il avait l'air mécontent ; ses sourcils étaient fronçés et son nez était plissé, comme s'il était gêné par une mauvaise odeur.
- Oh, salut Jake, marmonnai-je.
- Tu as perdu l'esprit ?
- Je vais très bien, je te remercie, et toi ?
- J'irais mieux si ma soeur ne sortait pas avec une sangsue.
- Allons bon. Toi aussi tu vas me faire la morale ? Parce que je te préviens tout de suite que c'est inutile.
Je regrettai aussitôt mes paroles agressives, mais étonamment, il se calma.
- Tu veux entrer ? lui demandai-je.
- Non merci. Rien qu'ici, l'odeur est insupportable.
- L'odeur ? Quelle odeur ?
- Celle du buveur de sang. Elle a empesté tout ton appartement.
- Ah, personellement j'aime bien... Donc, si tu ne veux pas entrer, pourquoi es-tu ici ?
- Pour te supplier de mettre fin à cette relation, dit-il d'un ton - en effet - suppliant.
Je soupirai. Si toute la Push défilait ici pour me dire la même chose, je finirais par avoir du mal à les accueillir aimablement. Mais pas question de m'énerver. Ce n'était pas n'importe qui que j'avais en face de moi, c'était Jacob. Et je ne voulais pas me disputer avec lui comme je l'avais fait avec Billy.
- Je ne peux pas, finis-je par répondre.
- Pourquoi ? Il t'en empêchera ? s'alarma-t-il.
Je levai les yeux au ciel.
- Bien sûr que non, idiot ! Je ne peux pas le quitter, je ne le veux pas. La souffrance serait insupportable.
Ce fut à son tour de lever les yeux au ciel.
- Tu dis ça comme si tu avais rencontré "l'homme" de ta vie ! S'exclama-t-il.
Précisément.
- Mais tu n'en sais rien, reprit-il. Si ça se trouve, tu vas vite te lasser, et le laisser tomber.
Ou pas. Chaque fois que j'entendais quelqu'un parler d'une éventuelle rupture avec Carlisle, mon coeur se serrait. Et c'était de pire en pire car cela arrivait bien trop souvent à mon goût.
- Tu ne comprends pas, dis-je lentement. Tu ne te rends pas compte de l'ampleur des sentiments que j'éprouve pour lui, et tu ne peux pas comprendre si tu n'as jamais connu quelque chose de semblable. Je te répète qu'il est inutile d'essayer de me convaincre, ça ne marchera pas.
A présent, il n'avait plus l'air si calme.
- Ça me rend malade, souffla-t-il, la voix tremblante de fureur.
- Ne t'inquiètes pas pour moi Jacob, je vais très bien.
Il me jeta un regard de ses yeux sombres de colère et tourna rapidement les talons. Je soupirai. J'en avais assez de leur réaction disproportionée, assez de leur colère, assez qu'ils pensent avoir raison alors qu'ils avaient tort. "Laisser agir le temps" avait dit Carlisle. Oui, je n'avais que cette solution en réserve.
Juste après le petit-déjeuner, je reçu un appel de Julia. Elle me raconta sa séance de cinéma avec Mark, totalement excitée, et m'apprit que ce dernier l'avait embrassée. J'étais ravie que leur relation se concrétise, Mark ayant été un peu trop cordial avec moi par le passé. Un problème en moins, c'est déjà ça. Au bout d'une petite demi-heure, elle se calma et s'enquit à propos de mon après-midi de la veille à La Push. Je lui racontai dans les grandes lignes, en précisant juste que mon père et moi nous étions disputés car il ne voulait pas que je sorte avec Carlisle. Elle compatit et me demanda ce que je comptais faire. Je lui répondis que je ne pouvais qu'attendre. Après quelques instants à échanger des banalités, nous raccrochâmes.
Je passai le reste de la journée à travailler, puisque j'avais négligé mes corrections et autres travaux qui incombaient à ma profession ces deux derniers jours. Carlisle me rejoignit dans la soirée et je lui racontai la visite de Jacob. Il me réconforta comme il put, mais cela fonctionna tout à fait. Je me couchai tôt, tandis que Carlisle s'était installé sur le lit à côté de moi. Nous avions pris cette habitude, qui était parfois assez frustrante, mais je m'étais accoutumée à m'endormir avec lui à mes côtés.
- Au fait, puis-je venir te chercher au lycée demain après-midi, quand tu auras fini de travailler ? Me demanda soudainement Carlisle.
Je le regardai, surprise. Ses yeux brillaient d'un éclat de gaieté.
- Oui, bien sûr ! M'exclamai-je, ravie.
Puis, je me rappelai d'un détail.
- Mais ma voiture ne peut pas rester sur le parking du lycée !
Il afficha un sourire en coin.
- Je peux également t'emmener demain matin.
- Tu restes toute la nuit alors ?
Il acquiesça.
- Voilà qui va egayer ma journée.
Il rit doucement, et je ne tardai pas à m'endormir.
Le lendemain matin, Carlisle m'emmena au lycée, comme prévu. Il n'y avait pas grand monde, comme toujours. Je l'embrassai, prête à sortir de la voiture, mais il me retint.
- Je passe te prendre vers quinze heures trente alors ?
- Oui, comme ça j'aurais le temps de travailler un peu.
- D'accord, bonne journée.
Je l'embrassai à nouveau et il sourit contre mes lèvres.
- Bonne journée.
Je sortis de la voiture, puis, j'aperçus Mme Goff me regarder avec des yeux ronds. Pourquoi est ce qu'elle me regarde comme ça ? J'ai oublié de m'habiller ? Alors que je passai près d'elle, elle m'interpella :
- Votre voiture est en panne ?
Evidemment c'était cela qui l'avait perturbée. Il ne devait pas y avoir beaucoup de gens en ville possédant une Mercedes. Le fait que Carlisle m'ait emmenée allait alimenter les ragots.
- Non, la rassurai-je avec un sourire, un ami m'a emmené.
Un très bon ami même.
- Oh, je vois, dit-elle avec un ton qui montrait qu'elle voyait effectivement très bien.
D'ici ce midi, tout le lycée sera au courant. Et d'ici ce soir, toute la ville.
- Vous le connaissez bien cet ami ? Demanda-t-elle.
C'était une question tout à fait indiscrète, mais au point où j'en étais...
- Oui, je le connais très bien, répliquai-je sans me départir de mon sourire.
Elle sourit aussi et reprit :
- Tant mieux tant mieux, bon et bien je vais vous laisser Esmée, à plus tard.
Et elle s'éloigna, visiblement ravie par ce quelle venait d'apprendre. Je ris doucement en secouant la tête avec indulgence. Je n'eus pas l'occasion de voir Julia avant le début des cours, mais nous nous retrouvâmes à la machine à café lors de la pause.
- Hello Esmée ! Alors, il parait que tu n'as pas pris ta voiture ce matin, dit-elle d'un air espiègle.
- Ah ! Je constate que Mme Goff n'a pas perdu son temps. Au moins, elle est efficace...
- Ça tu peux le dire ! En arrivant ce matin je l'ai vue au milieu d'un groupe d'autres profs en train de discuter. Je me suis jointe à eux et j'ai eu le compte-rendu détaillé de ton arrivée de ce matin. C'est vrai que Carlisle t'a plaqué contre la voiture pour t'embrasser fougueusement ?
- Quoi ? Mais non ! Il n'est même pas sortit de la voiture ! Qu'est ce qui lui prend de raconter ça ?
Julia éclata de rire.
- Je plaisantai Esmée, elle n'a pas dit ça. Elle a simplement raconté que tu étais sortie tout sourire de la voiture du docteur Cullen, et elle a rapporté votre conversation.
- Je vois, très drôle Julia. Et toi, comment va la vie ? Mark n'est pas là ?
- Il est malade et cloué au lit, il ne sait même pas s'il pourra venir demain, m'expliqua-t-elle, malheureuse.
- Ne t'inquiètes pas, tu vas le revoir ton Roméo !
Elle rit, les joues légèrement roses. A la cafétéria, je fus abordée par le professeur de sport, et par celle de langues anciennes.
- Bonjour Mlle Platt, m'interpella le premier, il parait que vous avez quelqu'un dans votre vie ?
- Les nouvelles vont vite, répondis-je en souriant légèrement.
- Et bien félicitations, intervint la seconde, le docteur Cullen tout de même, quel homme !
Je ricanai dans ma barbe. "Homme" n'était peut être pas le mot qui convenait... Julia et moi allâmes nous asseoir à une table, et elle profita du repas pour commenter les ragots qui allaient bon train et se moquer gentiment de moi. Je fis de même en retour, et je riais encore en retournant en cours. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir Alice, Jasper, Edward, Bella, Rosalie et Emmett m'attendre devant la salle.
- Euh... Bonjour les enfants.
- Salut, répondirent-ils, tous en choeur.
Je me retins de rire à grand peine et leur demandait ce qu'ils faisaient là.
- On voulait juste te témoigner notre soutien, dit Edward.
- Carlisle nous a parlé de ce qui s'était passé avec ton père, expliqua Alice.
- Nous sommes désolés, ajouta Bella.
- Oh, c'est gentil, merci beaucoup. Mais ce n'est pas de votre faute, c'est la leur, ils ne veulent pas comprendre...
J'avais finis ma phrase tout bas, comme si je me parlais à moi-même. Mais leur ouïe étant très fine, ils avaient entendu.
- Je ne peux que me douter de la manière dont vous les considérez, continuai-je. Ils s'inquiètent pour moi, même s'ils n'ont aucune raison de le faire.
- Ils ne nous aiment pas, et nous on ne les aime pas tellement non plus, marmonna Rosalie.
Emmett lui donna un coup de coude. Je comprenais plus ou moins Rosalie, mais je tentai néanmoins de mitiger son propos.
- Je suis certaine que si vous vous connaissiez mieux, vous vous rendriez compte que vous pouvez bien vous entendre. Mais je sais malheureusement qu'il est absurde d'espérer une telle chose, ajoutai-je en ouvrant la salle.
- Peut-être, oui, admit Rosalie.
Ils me souhaitèrent une bonne journée et s'éclipsèrent si vite qu'ils eurent disparut en un battement de cils. Mon dernier cours fila lentement. Trop lentement car j'avais hâte de retrouver Carlisle. La sonnerie finit cependant par retentir et les élèves quittèrent la classe, me saluant au passage. Il me restait une demi-heure à attendre, je me mis donc à travailler sur des feuilles de cours. Mais j'étais trop impatiente, et à quinze heures vingt, n'y tenant plus, je rangeai mes affaires et sortit du bâtiment. Je fus surprise de découvrir que la Mercedes était déjà là, alors que j'étais en avance. Depuis combien de temps Carlisle attendait-il ? Je me précipitai vers la voiture, sous les regards des quelques personnes qui se trouvaient encore là. J'ouvris la portière côté passager, et m'installai. Je remarquai aussitôt la mine soucieuse de Carlisle.
- Carlisle ? Que se passe-t-il ?
- Je suis un idiot...
- Pardon ?
- Ton père est venu me voir à l'hôpital.
Ce chapitre 14 vous a-t-il plu ? Je m'attaque au chapitre 15, dans lequel vous apprendrez la discussion qu'on eu Billy et Carlisle. A bientôt ! =)
