Bonjour tout le monde !

Voici le 14ème chapitre de cette histoire ... déjà.

Merci à toutes les personnes qui m'ont écrit. Je vais vous répondre dans la foulée car je n'ai pas encore trouvé le moment de le faire.

Merci également de continuer à me lire ! Vous êtes mon inspiration.

Bonne lecture

Sydney8201

Musique du chapitre :

Across the universe de Rufus Wainwright

Chapitre 14 : Excuses

« On ne pardonne pas à son ami ses erreurs, on ne les excuse pas non plus. On les comprend. »

Philippe Soupault

Dean n'avait jamais réussi à en vouloir à son frère pendant très longtemps. Ils s'étaient disputés par le passé, notamment quand Sam était adolescent et qu'il commençait à envisager son avenir loin de Dean. Ils avaient eu quelques discussions houleuses au départ du jeune soldat pour l'armée. Mais jamais ils n'étaient restés sans se parler plus de quelques jours. Ils revenaient constamment l'un vers l'autre. Ils n'avaient personne d'autre sur qui compter après tout. Jess et Michael étaient des pièces rapportées. Bobby les avait pris sous son aile mais n'était pas de leur famille. A la mort de John, il n'y avait plus qu'eux deux.

Leur dernière grosse dispute, trois ans plus tôt, avait eu lieu le jour où Sam avait annoncé à Dean son départ pour la Californie et Stanford. Le jeune soldat n'avait alors pas accepté que son frère choisisse de faire sa vie à des centaines de kilomètres de Sioux Falls où Bobby vivait, à des centaines de kilomètres de Chicago où Michael et lui s'étaient installés pour le travail de ce dernier. C'était injuste bien sûr. Dean avait reproché à son frère de prendre la fuite quand lui passait le plus clair de son temps à l'étranger dans des situations qui mettaient constamment sa vie en danger.

Mais Dean avait alors vu dans le départ de son frère une volonté claire de tirer un trait sur sa famille qui se résumait uniquement à Dean après la mort de leur père. Il avait cru que Sam ne voulait plus rien avoir à faire avec lui. Qu'il avait honte de son idiot de frère. D'être lié à un jeune homme incapable de faire études et qui avait rejoint l'armée en désespoir de cause. Qu'il avait eu honte d'avoir un frère gay et en couple avec un autre homme. C'était irrationnel. Et même si Sam lui avait assuré qu'il voulait simplement mener sa vie comme bon lui semblait et réussir sa carrière, Dean lui avait reproché de l'abandonner.

Ils étaient restés brouillés trois semaines durant lesquelles Dean avait été misérable avant de partir en déploiement en Afghanistan sans même dire « au revoir » à son petit frère. Sam avait alors rencontré Jess et après seulement quelques jours passés ensemble, elle avait réussi à le convaincre de reprendre le contact avec Dean. Ils s'étaient réconciliés par Skype. Sam avait expliqué à son frère qu'il n'avait cherché à le fuir, qu'il était fier de lui et de ce qu'il faisait et qu'il se fichait de son homosexualité. Dean, de son côté, s'était excusé d'avoir porté des accusations stupides. La dispute avait été oublié et au retour du jeune soldat, Michael avait pris deux billets d'avion pour la Californie. Ils avaient passé une semaine avec Sam et Jess. Une semaine durant laquelle ils avaient mis tous les sujets de discordes sur la table, discuté de ce qui comptait et pris le temps d'apprendre à connaître les personnes qui partageaient à présent leurs vies.

Mais cette fois, les choses étaient différentes. Cela faisait maintenant deux semaines que Dean et Sam s'étaient disputés. Le jeune soldat n'avait pas pardonné à son frère et refusait même de l'envisager. Sam, de son côté, n'avait pas cherché à reprendre le contact. Benny et Bobby avaient beau avoir tenté de les réconcilier, Dean avait refusé de suivre ses conseils. Il ne voyait aucune issue au conflit que l'opposait à son jeune frère. Il ne savait même pas s'il serait capable d'accepter ses excuses. Il se sentait trahi et c'était quelque chose qu'il ne parvenait pas à pardonner facilement.

Charlie lui avait conseillé de l'écouter et de lui donner une chance de s'expliquer même si elle partageait son avis. Michael lui avait tenu un discours similaire avant de lui assurer qu'il ne s'en mêlerait pas même s'il avait toujours été proche de Sam.

Dean avait été surpris au début de sa relation avec son ex petit ami de voir à quel point ce dernier s'était pris d'affection pour Sam. Il lui avait donné des conseils quand Sam avait commencé à chercher une université et l'avait même aidé à remplir ses dossiers d'inscription. C'était à ce moment précis que Dean avait commencé à envisager de faire sa vie avec Michael. Bien sûr, il avait du se rendre à l'évidence avec le temps. Mais Michael n'avait pas fait payer à Sam leur séparation. Ils continuaient de se parler régulièrement. Ils étaient amis à présent.

C'était une bonne chose jusque là. Quand Dean était à l'étranger, loin de son frère, il savait qu'il pouvait compter sur son petit ami pour veiller sur Sam. Il savait que Michael était là si toutefois son frère avait des questions à poser. Mais maintenant les choses étaient différentes bien sûr. Dean ne partirait plus jamais loin de son frère. Michael n'était plus son petit ami et Sam finirait probablement par ne plus avoir le courage de lui parler.

La situation rendait Dean malheureux. Il avait la sensation qu'on lui avait pris une nouvelle partie de lui même. Sam était la personne qui comptait le plus à ses yeux. Il était celui pour qui il était prêt à tout. Il détestait être séparé de lui. Il ressentait le besoin quasi permanent de vérifier si tout allait bien pour lui, s'il ne manquait de rien et si ses études se passaient bien. Peu importait que Jess soit là à présent pour veiller sur lui à son tour. Il restait son grand frère et son instinct lui commandait de s'assurer du bonheur de son petit frère.

Mais Dean ne craquerait pas. Il n'avait pas l'intention de s'excuser de s'être emporté. Pas plus qu'il ne se sentait prêt à écouter son frère s'expliquer. Il savait qu'il finirait inexorablement par reprendre contact avec Sam. Il ne pourrait pas lui en vouloir éternellement. Ils feraient comme à chaque fois qu'ils s'étaient disputés. Ils tireraient un trait dessus, oublieraient les paroles échangées et reprendraient les choses là où ils les avaient laissées. Mais Dean allait avoir besoin de temps. Il ne savait pas combien mais il avait réellement l'impression que cela risquait de durer un moment. Peu importait que la situation soit difficile à supporter. Peu importait que Sam lui manque énormément. L'essentiel n'était pas là. Il avait été trahi par la personne en qui il avait le plus confiance et il allait avoir besoin d'oublier ce que cela lui avait fait ressentir avant d'envisager de parler à nouveau à son frère.

De toute évidence, Sam savait qu'il était inutile de revenir vers lui pour le moment puisqu'il ne semblait pas décidé à reprendre contact avec lui. Et tant qu'il ne ferait pas le premier pas, Dean ne bougerait pas non plus.

En attendant, il partageait son temps entre la télévision qu'il regardait en continu même si rien ne l'intéressait vraiment, ses rendez vous avec Chuck et les quelques amis qu'il voyait toujours. A vrai dire, cela se résumait à Charlie et Michael. Mais c'était mieux que de rester seul à attendre que le temps passe. Charlie travaillait en free lance pour plusieurs grosses sociétés qui avaient besoin de ses compétences en informatique – Dean se demandait parfois si son travail était réellement légal – et pouvait heureusement se libérer du temps assez facilement. Michael était conseiller en patrimoine et avait des horaires plus compliqués. Mais il venait voir Dean dès qu'il le pouvait. Il n'avait pas cherché à embrasser le jeune homme à nouveau et ce dernier espérait que le message était passé à présent. Ils étaient amis et ils ne seraient jamais rien de plus. Il devinait toujours les regards que Michael lui lançait quand il pensait qu'il ne le voyait pas. Il savait qu'il avait envie de plus. Il le connaissait suffisamment pour reconnaître le désir dans ses yeux. Dans ses gestes. Ou dans l'intonation de sa voix. Dean était surpris de constater que son ancien petit ami pouvait toujours se sentir attiré par lui malgré ses blessures. Il se demandait s'il ne s'agissait pas uniquement de la force de l'habitude. Il avait pris conscience de certaines choses depuis sa discussion avec Charlie. Il savait que le problème venait essentiellement de lui. Mais il continuait d'avoir des doutes sur sa capacité à plaire à un homme. A être désiré par quelqu'un qui n'était pas déjà amoureux de lui.

Michael et Charlie étaient d'un réconfort immense pour lui malgré ses doutes et ses interrogations. La jeune femme avait toujours la bonne idée pour lui faire passer un bon moment et lui faire oublier tout le reste. Michael le connaissait par cœur et trouvait toujours les mots justes. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait sans eux.

Il pouvait également compter sur Jimmy. Il continuait de lui envoyer des messages tous les jours. La plupart du temps, c'était pour se plaindre de ce qui passait à la télé ou pour partager une blague que Charlie lui avait faite. Jimmy répondait toujours sans aborder de sujets importants. C'était le ciment de leur relation. La plupart du temps, ils ne se disaient rien de très intime ou de vraiment important. Mais leurs échanges rendaient les choses plus légères et plus supportables. Jimmy était une bouffée d'air frais et Dean en avait terriblement besoin.

Le jeune homme était en train de réfléchir au prochain message qu'il allait envoyer à son ami – il avait vraiment envie de partager sa consternation devant les confessions risibles d'une star de télé-réalité soit disant harcelée par la presse people et qui pleurait actuellement devant les caméras d'un reporter – quand quelqu'un frappa à sa porte. Il leva les yeux de son téléphone et fronça les sourcils. Charlie ne devait pas passer avant le début de soirée et Michael était actuellement à l'étranger pour rencontrer un client important. Il savait également que Bobby était rentré à Sioux Falls et Benny était forcément au travail. Dean posa son téléphone à côté de lui sur le canapé alors qu'on frappait à nouveau.

Le jeune homme coupa le son de la télévision, mettant un terme aux pleurs de la jeune femme siliconée et refaite de la tête aux pieds qui lui tapait de toute façon sur le système, et se leva difficilement du canapé. Il serra ses béquilles dans ses mains et s'approcha doucement de sa porte d'entrée. S'il trouvait derrière un homme ou une femme venu tenter de lui vendre quelque chose dont il n'avait pas besoin, il risquait fortement de perdre son calme. Il n'aimait pas qu'on le dérange pour rien. Surtout quand le simple chemin jusqu'à sa porte d'entrée le laissait essoufflé et épuisé. Pourquoi ne pouvait on pas le laisser ne rien faire en paix ?

Une énième coup contre sa porte le fit accélérer le rythme. Il repensa à l'émission de faits divers qu'il avait vu la veille – et qu'il avait détesté par principe – et jeta un coup d'oeil par le judas pour voir qui se trouvait de l'autre côté de la porte. On n'était jamais trop prudent. Dean savait qu'il n'était pas en état de se défendre si toutefois quelqu'un tentait de forcer le passage à l'intérieur de son appartement. L'idée le fit sourire tristement. S'il s'agissait d'un cambrioleur, il serait déçu. Le jeune homme n'avait rien qui valait la peine d'être volé.

Dean colla son visage contre la porte pour voir qui avait choisi de le déranger et sentit son cœur s'emballer quand il reconnut Jess de l'autre côté. La jeune femme avait la main levée comme pour frapper à nouveau et Dean recula aussitôt le visage. Il ne voyait pas ce que la petite amie de son frère faisait là. C'était le milieu de la semaine et elle devait probablement manquer des cours importants à cet instant précis. Ils étaient amis bien sûr mais cela ne justifiait pas une venue imprévue. Si elle était là, c'était très probablement pour lui parler de Sam. Dean secoua la tête. Il aurait du se douter que Jess finirait par prendre les choses en main pour réconcilier les deux frères. Elle l'avait déjà fait avant. Il soupira.

- J'arrive, jeta t-il pour éviter à la petite amie de Sam de frapper à nouveau.

Il prit ensuite quelques secondes pour se préparer à la conversation qu'il ne pourrait pas éviter d'avoir avec Jess et ouvrit la porte. Presque aussitôt, la jeune femme le dévisagea et croisa ses bras sur sa poitrine.

- Tu comptais nous dire que tu avais déménagé ou tu espérais qu'on ne te retrouverait pas ? Lança t-elle, visiblement furieuse.

Dean réalisa alors qu'il n'avait pas donné sa nouvelle adresse à son frère et qu'il ne lui avait à aucun moment dit qu'il avait enfin quitté le domicile de Benny. Il n'avait pas cherché à disparaître. Il avait simplement voulu attendre qu'ils se soient réconciliés pour l'avertir. Il supposait que Jess avait du obtenir son adresse par ses autres amis. Elle avait le droit d'être furieuse. Il s'effaça alors du pas de la porte pour la laisser entrer.

- Bonjour Jess, déclara t-il.

La jeune femme secoua la tête et pénétra dans l'appartement en regardant autour d'elle. Dean savait que l'endroit n'était pas parfait. Il était trop petit et la couleur sur les murs avait quelque chose de déprimant. Mais c'était sa maison à présent. C'était la preuve de son indépendance et il avait fini par aimer l'endroit. Même s'il était bien moins accueillant que l'appartement dans lequel il avait vécu avec Michael.

- Bonjour ? Vraiment Dean ? Tu ne trouves rien de plus à me dire ? Pas même des excuses pour m'avoir fait tourner en rond dans tout Chicago pour trouver ta nouvelle adresse ? Répliqua Jess en lui faisant face depuis le salon.

Dean sentit ses joues rougir devant les accusations de la jeune femme. D'ordinaire, il n'était pas du genre à se laisser parler ainsi quand il estimait être dans son bon droit. Mais quelque chose chez Jess l'empêchait de se comporter avec elle comme avec tous ses autres amis. Elle l'intimidait. Non, plus que ça. Elle le terrifiait et il n'avait pas honte de l'admettre. Elle faisait vingt centimètres de moins que lui et probablement trente kilos de moins mais elle pouvait être proprement effrayante quand elle était en colère. Dean plaignait Sam parfois. Leurs disputes devaient être épiques.

- Ne ferme pas la porte. Ton frère cherche une place et il sera là dans quelques minutes, ajouta Jess en posant ses mains sur ses hanches.

Dean fronça les sourcils mais laissa la porte entrebâillée.

- Sammy est venu ? Demanda t-il, surpris.

Il avait pensé que Jess avait pris sur elle de venir lui parler. Il aurait du se douter que son frère l'avait accompagné. Même s'il savait que l'idée venait de la jeune femme. Il était inutile de chercher à la décourager quand elle avait une idée en tête.

- Bien sûr qu'il est venu … vous devez parler tous les deux mais j'avais envie de te voir quelques secondes avant pour te donner mon point de vue sur votre dispute et votre attitude ridicule depuis. Tu veux bien t'asseoir ? Tu me rends nerveuse.

Quand Jess parlait à cette vitesse, ce n'était jamais bon signe. Elle était réellement très en colère. Il ne se souvenait pas de l'avoir déjà vu dans cet état. Et elle était pourtant du genre à s'emporter facilement. « Impulsive » c'était le mot que Sam employait toujours pour la définir. « Folle » était celui que Dean pensait le plus souvent. Cela ne l'empêchait pas de l'aimer comme une petite sœur.

- Qu'est-ce que tu attends ? Demanda Jess le tirant de ses songes.

Dean soupira mais fit ce qu'elle lui demandait sans rechigner. Il se dirigea lentement vers son canapé puis se laissa tomber dessus et posa ses béquilles à côté de lui. Il savait qu'il n'avait aucune chance d'éviter cette conversation et qu'il était hors de question de fuir maintenant que Jess se tenait devant lui.

- Ok, tu es un idiot. Je le savais déjà bien sûr mais je ne savais pas à quel point ! Tu es un idiot et ton frère est un imbécile. Je lui ai déjà dit, rassure toi. Vous agissez comme deux crétins et tu veux que je te dise ce que j'en pense ?

Dean secoua la tête mais Jess semblait se ficher de ce qu'il voulait réellement. Elle était en mission et rien ne pourrait l'arrêter.

- J'en pense que vous faites fausse route tous les deux. Que vous avez tort l'un comme l'autre et que c'est insupportable pour tous ceux qui vous entourent et qui vous aiment. Bobby se fait un sang d'encre et Benny appelle Sam presque tous les soirs. Ca doit s'arrêter maintenant. Parce que je ne tolèrerais pas que vous restiez brouillés alors que vous êtes comme des frères siamois la majeure partie du temps. Vous allez vous réconcilier même si je dois vous y forcer. J'ai du temps à perdre de toute façon. Autant l'utiliser pour réparer vos erreurs.

- Tu ne devrais pas être en cours ? Demanda alors Dean timidement.

Il ne voulait pas énerver plus encore la jeune femme mais il avait besoin d'interrompre son flot continu de paroles sans quoi il risquait de la voir s'évanouir parce qu'elle n'avait pas repris son souffle depuis plusieurs minutes. Sam ne pourrait pas lui pardonner s'il la laissait suffoquer.

- Oh ne change pas de sujet ! Répliqua Jess, toujours furieuse.

Dean hocha alors la tête et baissa les yeux. Parfois, Jess lui faisait penser à sa mère. Ou à une mère en général. Elle se conduisait avec lui comme avec un enfant indiscipliné qu'il convenait de remettre à sa place de temps en temps. Elle allait être une mère stricte quand elle aurait des enfants. Heureusement pour ces derniers, Sam serait nettement plus « cool » qu'elle.

- Sam a fait une erreur. Je le sais. Tu le sais et il le sait. Mais il l'a fait uniquement parce que tu avais au préalable eu la brillante idée de le tenir à l'écart de ta vie. Ce que tu n'aurais jamais du faire puisqu'il a besoin de savoir. Besoin de veiller sur toi comme toi tu as toujours veillé sur toi. Je sais que les choses ne sont pas simples pour toi en ce moment et personne ne te demande d'être parfait et de savoir quoi faire à chaque seconde de la journée. Mais tu ne peux pas demander à ton frère de fermer les yeux sur tes problèmes. Parce que ce sont les siens au même titre que les tiens. Il souffre de te voir souffrir et il n'en dort plus la nuit. Il s'en veut et il s'interroge en permanence sur ce qu'il aurait pu faire de plus ou comment il aurait pu agir différemment. Je n'en peux plus de le voir dans cet état. Et je refuse également de te laisser ruminer dans ton coin. Ca n'arrange pas les choses … ni pour toi, ni pour lui … ni pour qui que ce soit d'autre d'ailleurs. Mon Dieu, vous, les Winchester, vous êtes vraiment fatigants.

Dean se l'était déjà entendu dire plusieurs fois. Sa relation fusionnelle avec son frère avait souvent été un problème par le passé. Michael avait fini par l'accepter mais il lui avait fallu quelques mois pour comprendre l'importance qu'ils avaient l'un pour l'autre. Le besoin quasi permanent qu'ils ressentaient tous les deux de se parler, de se voir et de savoir ce qu'ils vivaient chacun de leur côté.

- Dean, je t'adore … vraiment … je t'aime comme un frère et je te considère comme faisant parti de ma famille mais parfois, j'aimerais pouvoir te donner de grands coups sur la tête jusqu'à ce que tu prennes enfin conscience de ta propre stupidité. J'aimerais aussi le faire avec ton frère mais je n'atteins pas le sommet de son crâne de géant ! Ne t'en fais pas, j'ai d'autres moyens de le faire plier mais … là n'est pas le sujet. Tu dois comprendre que ton frère a fait ce qu'il a fait uniquement parce qu'il pensait que cela t'aiderait. C'était idiot. Il l'a compris. Mais il s'inquiète pour toi. Ce que tu as vécu, il l'a vécu aussi de son côté. Il se sent impuissant parce qu'il ne peut rien faire pour t'aider. Et … mets toi à sa place une minute. Comment réagirais tu si les rôles étaient inversés ? Tu le laisserais s'enfermer dans le silence et dans la dépression ? Ou tu tenterais quelque chose quitte à l'énerver ?

Dean s'était déjà posé cette question et il en était venu à la conclusion qu'il aurait probablement agi de la même manière. Il aurait tenté de forcer Sam à lui parler. Il l'aurait contraint à l'écouter et l'aurait harcelé jusqu'à ce qu'il accepte de se confier. Mais jamais il n'aurait accepté de se laisser guider sa conduite par un inconnu. Il l'aurait envoyé balader.

- Il m'infantilise ! Protesta t-il finalement parce qu'il était temps pour lui de se défendre. Il pense que je suis trop stupide pour savoir ce dont j'ai besoin. Et je le comprends d'une certaine manière. Je n'ai pas fait d'études et je n'étais pas bon à l'école. Je sais que je ne suis pas aussi intelligent que lui mais cela ne fait pas de moi quelqu'un de stupide. J'ai vingt cinq ans, pas cinq et je peux prendre mes propres décisions. Sam n'a pas le droit de prendre le contrôle de ma vie simplement parce qu'il pense que je n'en suis pas capable seul … simplement par que je suis vulnérable en ce moment. Je suis son grand frère pas l'inverse !

Jess soupira longuement, visiblement agacée par ce qu'elle venait d'entendre. Il s'attendait à ce qu'elle lui hurle dessus à la minute où il avait fini de parler mais à sa grande surprise, son visage s'adoucit brusquement. Elle s'approcha ensuite de lui, s'agenouilla devant le canapé et posa ses deux mains sur ses cuisses. Dean se tendit dès que ses doigts furent prêts de son moignon mais il ne chercha pas à l'en déloger. Il avait confiance en elle.

- Premièrement, personne ne pense que tu es stupide pour la simple et bonne raison que tu ne l'es pas et que tout le monde le sait … ton frère en particulier. Bordel, Dean, tu es son modèle et il vit sa vie pour te rendre fier. Il te porte aux nues constamment et il t'a mis sur un piédestal depuis qu'il est gosse. Il ne te considère pas comme quelqu'un de stupide et peu importe que tu aies ou non fait des études, tu es quelqu'un d'intelligent. Je ne te laisserais pas dire le contraire.

Dean ouvrit la bouche pour protester mais le regard que Jess lui adressa alors l'en dissuada aussitôt. De toute évidence, il avait eu sa chance de parler mais à présent, la jeune femme avait repris la main. Et il avait tout intérêt à l'écouter s'il ne voulait pas l'énerver à nouveau.

- Deuxièmement, Sam n'a jamais voulu contrôler ta vie. Ce n'est pas du tout ce qu'il cherchait à faire en te parlant l'autre jour … tu as mal interprété ses propos et je ne doute pas une seconde que c'est en partie parce qu'il n'a pas su s'exprimer correctement … ce qui semble être une tare que vous partagez tous les deux mais passons … Sam n'a jamais cherché à te contrôler parce que … crois le ou non … il te sait parfaitement capable de prendre tes propres décisions. Mais il sait également que tu es … vulnérable comme tu l'as dit toi même il y a quelques minutes et cela signifie que tu n'as peut être pas les idées claires en ce moment. Tu peux avoir besoin de ses conseils … pas de ses ordres, de ses reproches et certainement pas de ses critiques mais ce n'est pas ce qu'il cherchait. Il voulait simplement te conseiller … t'aiguiller et te rappeler qu'il est là pour toi quelles que soient les circonstances.

Dean baissa les yeux sur les mains de Jess sur ses cuisses. Il savait qu'elle avait raison. Il savait, au plus profond de lui, que son frère n'avait jamais eu pour but de le contrôler d'une manière ou d'une autre. Mais même sans le vouloir, c'était exactement ce que Sam avait fait. Il avait été maladroit et stupide et il avait commis une grossière erreur.

- Troisièmement enfin … tu es et resteras toujours le grand frère de Sam. Il ne t'a jamais vu autrement sauf quand il réalise que tu as également été un père et une mère pour lui durant son enfance. Mais tu es son grand frère et il se tournera toujours vers toi quand il aura besoin de conseils. Il te demandera toujours ton avis quand il aura un doute sur quoi que ce soit. Je sais que tu seras toujours le premier au courant du moindre de ses problèmes et ce, même le jour où nous serons mariés ou quand vous aurez soixante ans et que vous serez trop vieux pour vous tourner l'un vers l'autre pour des conseils. Sam a besoin de toi aujourd'hui comme il avait besoin de toi quand il était enfant et comme il continuera à avoir besoin de toi tout au long de sa vie. Tu aurais tort d'en douter.

Dean releva finalement les yeux et lut dans ceux de Jess qu'elle pensait réellement tout ce qu'elle disait. Elle ne cherchait pas uniquement à les réconcilier. Elle voulait sincèrement rassurer Dean parce qu'elle tenait à lui comme elle tenait à Sam. Elle était triste de les voir se disputer et s'ignorer. Il sentit un mince sourire étirer ses lèvres alors que la jeune femme se penchait pour déposer un baiser sur son front qui avait une nouvelle fois quelque chose d'extrêmement maternel. Il avait ignoré les conseils de Benny et ceux de Bobby mais il ne pouvait pas ignorer ceux de Jess. Parce qu'elle était la personne, après lui, qui aimait le plus son petit frère et qui le connaissait sans doute le mieux. Cela donnait inévitablement une force supplémentaire à ses propos. De surcroît, il n'avait pas réellement le choix. Jess était trop terrifiante pour qu'il ose la contredire.

- Alors maintenant, tu vas dire à ton frère que tu lui pardonnes, que tout est oublié et tu vas le prendre dans tes bras. Ensuite, tu feras en sorte d'aller mieux et plus jamais tu ne le laisseras de côté quand tu auras le moindre problème. C'est entendu ?

Dean hocha aussitôt la tête. Jess déposa un nouveau baiser sur son front avant de se redresser et de se diriger vers la porte de l'appartement qui était restée ouverte depuis son arrivée.

- Sam, tu peux venir ! Cria t-elle dans le couloir.

Dean ne put s'empêcher de rire en réalisant qu'elle avait du ordonner à son frère de l'attendre pendant qu'elle disait au jeune soldat ce qu'elle avait à lui dire. Et Sam l'avait fait. Son géant de frère avait accepté de suivre les ordres de sa minuscule petite amie – à côté de Sam, tout le monde avait l'air d'un nain – sans s'y opposer. Et Dean savait exactement pourquoi. Il était lui aussi terrifié par elle.

Le jeune soldat secoua la tête, amusé et regarda son frère apparaître dans l'encadrement de la porte de son appartement. Il lui fit alors signe de s'approcher. Jess lui caressa le bras quand il passa à côté d'elle avant de disparaître dans le couloir à son tour, sans nul doute pour leur laisser l'occasion de parler seul à seul. Elle ferma la porte derrière elle et Dean nota silencieusement qu'il était grand temps de lui acheter un énorme bouquet de fleurs pour la remercier. Ou un bijou.

Quand Sam fut à sa hauteur, il s'agenouilla à son tour devant Dean mais contrairement à Jess, il posa ses mains sur le canapé de chaque côté de ses jambes, devinant sans nul doute qu'il n'aimait pas qu'on lui touche sa jambe gauche.

- Tu es un idiot et Jess est formidable. Tu ne la mérites pas et j'espère que tu le sais, lança Dean en croisant ses bras sur son torse.

Sam acquiesça. Il semblait nerveux à l'idée de se retrouver seul avec son frère et Dean s'en voulut aussitôt. Il n'aimait pas être responsable des émotions qui se lisaient sur le visage de Sam. Il était grand temps d'y remédier.

- Tu n'aurais jamais du accepter de relayer ainsi bêtement le message de Novak et je t'en veux toujours de l'avoir fait mais je sais également à présent pourquoi. Je crois que je l'ai toujours su mais j'étais trop énervé pour avoir les idées claires. Ce que je veux te dire par là c'est que je sais que tu n'avais que mon bien en tête et que je suis désolé de mettre emporté. Mais cela ne veut pas dire que tu n'as pas eu tort parce que tu as eu tort compris ?

Une nouvelle fois, Sam hocha la tête. Il acceptait tous ses torts même si Dean savait qu'il avait également des reproches à lui faire. Il était prêt à les entendre. Maintenant que Sam avait admis s'être comporté comme un idiot, il était prêt à assumer sa part de responsabilité dans leur dispute. Il avait beau être têtu, il savait également se montrer raisonnable. La plupart du temps avec son frère.

- Maintenant, je reconnais que j'ai eu tort de te tenir à l'écart et de ne pas partager avec toi les choses qui pesaient sur moi depuis … depuis ça, expliqua Dean en agitant sa main vaguement en direction de sa jambe gauche.

Le regard de Sam s'attarda alors une seconde sur ce qu'il restait de sa cuisse avant de se poser à nouveau sur le visage de son frère. Il n'y avait aucun dégoût dans ses yeux. Aucune pitié. Sam ne le regardait pas différemment simplement parce qu'il avait perdu une jambe et Dean ne comprenait pas comment il avait pu en douter une seule seconde. Il supposait que c'était en parti du au fait qu'il n'avait plus aucune confiance en lui depuis son réveil. Ou que son propre reflet le mettait mal à l'aise. Il était réellement urgent qu'il travaille sur ce dernier point.

- Je ne ferais pas la même erreur deux fois. Je ne veux pas que tu t'inquiètes constamment pour moi et je peux te promettre qu'à compter d'aujourd'hui, je te dirais tout … du moins tout ce qui concerne ma convalescence. Mais en échange, j'ai besoin que tu me jures que tu me feras confiance et que tu me soutiendras … quelles que soient les décisions que je prendrais … qu'elles te plaisent ou non. C'est entendu ?

Sam adressa un large sourire à son frère avant d'hocher une énième fois la tête. Il n'avait pas encore prononcé le moindre mot mais déjà Dean savait que la dispute était oubliée. Il n'avait pas l'intention de continuer à en vouloir à son frère. Jess lui avait ouvert les yeux et l'avait forcé à voir les choses telles qu'elles étaient vraiment. Sam avait réellement de la chance de l'avoir trouvé.

- Dean, je suis désolé, souffla finalement le jeune homme après quelques secondes.

Quand il s'excusait de la sorte, Sam avait tout d'un enfant qui venait tout juste d'être pris sur le fait et qui voulait éviter d'être puni trop sévèrement. C'était le même regard qu'il avait servi à Dean durant son enfance et son adolescence à chaque fois qu'il commettait une bêtise quelconque. Heureusement pour lui, le jeune soldat était totalement immunisé contre. Mais son regard avait fonctionné sur bien des personnes par le passé. Bobby en premier lieu. Ellen ensuite. Et sur la majorité des professeurs qui avaient eu Sam dans leur classe.

- Je n'aurais pas du écouter Novak et je n'aurais pas du attendre son coup de fil pour te parler. Je me suis montré maladroit et je m'en excuse. Mais je pensais réellement tout ce que je t'ai dit. Tu es mon grand frère et je t'aime. Mais je sais que tu ne vas pas bien en ce moment et je veux que tu saches que je suis là pour toi. Que je serais toujours là pour toi parce que tu es la personne la plus importante au monde pour moi. Ca ne changera pas. Ca ne changera jamais. D'accord ?

- D'accord Sammy, accepta Dean en souriant à son tour.

C'était donnant donnant. Ils avaient chacun admis leur erreurs et pouvaient enfin repartir sur de bonnes bases. C'était toujours comme ça que terminaient leurs disputes. Ils s'excusaient chacun à leur tour, se promettaient de ne pas recommencer puis faisaient comme si de rien n'était. Ils avaient connu trop de moments extrêmement difficiles côte à côte pour laisser une dispute – aussi sérieuse soit elle – mettre en danger leur relation. Ils avaient toujours été extrêmement proches. Personne ne pourrait jamais les séparer. La vie ne leur avait pas fait de cadeaux mais ils étaient suffisamment forts pour tout affronter du moment qu'ils étaient ensemble. Ce n'était pas quelque chose de facile à comprendre pour les personnes extérieures. Dean avait besoin de Sam comme il avait besoin d'oxygène dans ses poumons. C'était réciproque.

- Je suppose qu'on doit de sacrés remerciements à ta petite amie … peut être même un cadeau. Ou deux. Elle nous a sorti une belle épine du pied. Tu as intérêt à la garder crois moi parce que si vous veniez à vous séparer, je serais obligé de choisir son côté, avança Dean pour alléger quelque peu l'atmosphère.

Sam éclata alors de rire avant de se redresser pour venir s'asseoir à côté de son frère sur le canapé. Il posa sa main sur le bras de Dean et haussa les épaules.

- Je ne t'en voudrais même pas. Je t'encouragerais probablement à le faire, plaisanta t-il à son tour.

Dean secoua la tête avant de poser son regard sur l'écran de télé qu'il n'avait pas éteint. L'émission avait changé en revanche. A présent, il était question de réparer une maison à moindre coût. Dean le savait sans avoir besoin du son uniquement parce qu'il avait déjà vu le programme la veille et l'avant veille … et le jour d'avant. Il ne sortait pas assez. Il allait finir par devenir complètement dingue entre ces quatre murs. Mais il n'était pas prêt. Pas encore.

- Tu sais, Michael m'a appelé l'autre jour … pour me dire que tu avais repris contact avec lui, déclara Sam en regardant la télévision à son tour sans doute pour éviter les yeux de son frère.

Dean aurait pu se mettre en colère. Il aurait pu s'indigner du fait que son petit frère continuait de discuter avec son ex petit ami dans son dos. Il l'aurait probablement été s'il n'avait pas arrangé les choses avec Michael avant de le savoir. Ou s'il n'avait pas su l'importance que Michael avait gagné au fil des années dans la vie de Sam. Il ne pouvait pas le priver de son ami après s'être réjoui qu'ils le deviennent.

- Ce n'est pas ce que tu crois, assura Dean pour éviter à son frère de se faire de fausses idées.

Sam l'avait toujours encouragé à assumer pleinement son homosexualité et à vivre au grand jour sa relation avec Michael. Il lui conseillé d'accepter de vivre avec lui et même félicité d'envisager le mariage. Il savait que son jeune frère était triste de les savoir séparés.

- Lui et moi, nous ne sommes plus … plus un couple. C'est définitif. Je ne reviendrais pas en arrière, expliqua t-il calmement.

Il savait que Sam respecterait sa décision. Mais il espérait sincèrement que son choix ne le blessait pas. Qu'il ne se montrait pas égoïste en renonçant à Michael. Il baissa les yeux sur ses jambes et ne put s'empêcher de fixer l'endroit où sa cuisse gauche s'arrêtait abruptement. Il ne pourrait jamais s'y habituer. Même après plusieurs mois dans cet état, il continuait à être surpris de ne pas trouver le reste de sa jambe quand il baissait les yeux. Il soupira longuement.

- Parce que tu ne l'aimes plus, avança Sam avec curiosité.

Il voulait comprendre. Et Dean était prêt à lui expliquer. Ils n'avaient pas encore eu l'occasion d'en parler calmement. Il estimait devoir à son frère la vérité sur sa rupture avec Michael.

- Parce que je ne suis plus amoureux de lui … mais je l'aime toujours. Je crois que je l'aimerais toujours. Il a été mon premier petit ami … mon seul petit ami. On a passé sept années ensemble et on a été vraiment heureux ensemble mais … je n'étais déjà plus amoureux de lui avant de partir pour la dernière fois. J'aurais du rompre avant. J'ai été stupide. Je pensais simplement que les choses finiraient peut être par rentrer dans l'ordre et que je finirais par retomber amoureux de lui en rentrant. Ca n'a pas marché de toute évidence.

Il leva à nouveau les yeux et vit que son jeune frère le regardait à son tour.

- Tu m'en veux ? Demanda t-il parce qu'il avait besoin de savoir.

Sam secoua aussitôt la tête et Dean ne put s'empêcher d'être soulagé. Il se mordilla la lèvre une seconde alors que son frère haussait les épaules.

- Je trouve juste … je trouve que c'est triste. Vous formiez un joli couple et Michael t'aime profondément. Mais si tu n'as plus les mêmes sentiments qu'à l'époque alors tu as eu raison de rompre. Je suis content que vous soyez restés amis. Il est important pour toi. Il te fait du bien.

- Il est important pour toi aussi, intervint Dean en inclinant la tête sur le côté.

Sam sourit faiblement en hochant la tête.

- Je l'aime bien. Il est cool.

Dean savait qu'il avait eu de la chance de trouver Michael au moment où il ne savait pas réellement qui il était encore. Son ancien petit ami lui avait appris à s'accepter et à s'assumer. Il lui avait prouvé qu'il pouvait être aimé. Qu'il avait le droit d'être aimé. Il s'était montré patient avec lui et n'avait jamais cherché à brusquer les choses. Il avait également trouvé sa place facilement au sein de leur petite famille. Il était devenu ami avec Sam, s'était attiré les bonnes grâces de Bobby et avait réussi à séduire également Benny et les autres. Il était parfait. Attentionné et gentil. Drôle et généreux. Il était extrêmement séduisant. Dean aurait aimé pouvoir être toujours amoureux de lui. Ca aurait sans doute grandement facilité les choses pour lui.

- Tu sais, tu pourras continuer à le voir. On est amis et je sais que tu lui manquerais beaucoup si toutefois tu coupais les ponts avec lui, lança Dean.

Sam lui tapota alors l'avant bras avant de se passer la main sur le visage.

- Je le sais. Mais merci de me le dire, souffla t-il.

Ils restèrent ensuite de longues secondes en silence. Dean ne voyait pas quoi ajouter. Ils s'étaient tout dits. Mais le silence n'était pas inconfortable entre eux. Il ne l'avait jamais été. Ils se comprenaient la plupart du temps sans avoir besoin de parler. C'était un don qu'ils avaient développé durant leur enfance. Parfois, il était préférable de ne pas parler devant leur père pour éviter de le mettre en colère. John Winchester aimait ses enfants. Il ne savait simplement pas comment se comporter avec eux.

- J'espère que tu trouveras quelqu'un qui te rendra heureux comme Michael … un homme avec qui tu pourras vivre, avoua Sam en détournant à nouveau le regard.

Dean aurait pu lui dire qu'il en doutait. Qu'il n'était pas prêt et ne le serait probablement jamais. Il aurait probablement du lui expliquer qu'il pensait ne plus jamais avoir de relation amoureuse parce qu'il ne voyait pas comment quelqu'un pourrait l'aimer dans son état. Mais ce n'était pas une conversation qu'il voulait avoir avec son frère. Elle impliquerait qu'ils abordent des sujets un peu trop intimes qui finiraient par les mettre mal à l'aise tous les deux. Ils pouvaient parler de tout mais pas de sexe. Du moins jamais sérieusement. Et dire à son petit frère qu'il ne parvenait plus à avoir d'érections depuis son accident ne faisait pas partie des choses qu'il voulait faire dans un avenir proche. Il déglutit avec peine et finit par hocher doucement la tête.

- Oui, j'espère moi aussi, mentit il.

Il avait aimé être en couple avec Michael. Il avait aimé savoir qu'il ne se réveillerait jamais seul et qu'il aurait toujours quelqu'un avec qui parler de son travail, de ses collègues ou de tout ce qui pouvait lui passer par la tête. Il avait aimé la sensation d'appartenir à quelqu'un. D'être aimé et d'aimer sans restriction. Il savait que cette sensation finirait par lui manquer. Mais il était terrifié à l'idée de s'ouvrir à nouveau et de s'exposer au regard des autres. C'était un handicap certain.

- L'homme qui partagera ta vie dans le futur aura une sacrée chance en tout cas … et il aura tout intérêt à s'en montrer digne, jeta Sam en guise de conclusion.

Dean sourit alors, touché par ce que son frère venait de dire. Il aurait aimé pouvoir trouver cette personne et la présenter à Sam et Jess. Mais il avait trop de problèmes à régler pour le moment pour envisager quoi que ce soit de ce genre. Il devait d'abord apprendre à s'accepter tel qu'il était avant de penser à quoi que ce soit d'autre. La solitude était pesante parfois quand il passait ses journées cloitré dans son appartement à regarder la télévision. Mais il avait des amis et une famille sur qui il pouvait compter. Il n'était pas seul. Pas totalement. Et si les choses finissaient par s'arranger un jour, s'il parvenait enfin à accepter son corps tel qu'il était et par sortir de chez lui sans être terrifié, alors il tenterait de mettre les conseils de Charlie et de Sam en application. Ce ne serait probablement pas dans un futur proche mais cela restait une possibilité. Et pour Dean, cela valait tout l'or du monde dans sa situation.