Posté le : 1er Octobre 2012. Heureusement que j'ai rédigé plusieurs chapitres en avance, dis donc. Ça rigole plus à l'université. Et sinon j'ai mon exemplaire de "The Casual Vacancy". Je suis en train de le dévorer.
Note :
(1) Titre du chapitre 12 dans le Tome 7, mais aussi le nom de la statue au Ministère sous le règne de Voldemort.
(2) Je me suis inspirée des habitations des hobbits dans Le Seigneur des Anneaux et surtout avec l'adaptation de Peter Jackson (à qui je rends honneur puisque le 12/12/12 marquera le début d'une nouvelle saga sans doute tout autant fantastique que la première.
(°) L'extrait de L'Histoire de la Magie appartient à x-Lilo qui a participé au projet la Bibliothèque Poudlard. Elle m'a autorisé à utiliser cet extrait de son ouvrage. :) Le lien du site est disponible en tête de profil. Vous y trouverez de nombreux autres ouvrages (dont certains qui paraîtront au cours de l'année) !
Réponses aux reviews (puisque c'est désormais autorisé) :
Mess : Merci du petit mot de réconfort mais j'essaie d'écouter tous les lecteurs (même ceux pensant que je devrais moins publier, that's my job). J'espère que ce chapitre te plaira encore plus que le précédent (si possible).
Guest : Le passage sur les peurs est bel et bien tiré d'une autre de mes fanfictions, de ROCKRITIC, chapitre "Vous avez reçu un nouveau message" pour être précise. Pour en revenir au chapitre précédent, rédiger l'article spécial de la Gazette du Sorcier fut un véritable plaisir et un exercice de style que j'apprécie particulièrement. Je ne sais pas, ça m'a vraiment plu de m'imaginer taper sur ma machine à écrire dans un bureau bondé et en effervescence avec ma plume à papote sur le côté. Je dois avoir un côté journalistique profondément refoulé. J'en sais fichtrement rien. Je sais bien que Hayden est antipathique (et je l'ai voulu ainsi, rasoir au possible et franchement con), mais j'apprécie Dorian. Je pense que même si ils n'ont pas vraiment le charisme d'un Blaise *gloussement* ou le magnétisme d'un Draco *rire hystérique*, ils ont leur intérêt. Ce sont des personnages fonctionnels : à travers eux ont peut mieux comprendre et cerner ce qu'il se passe dans le monde moldu. Je n'ai pas envie d'en faire de grands OC, mais juste de les utiliser pour avoir un jeu de miroir. Je trouvais ça trop réducteur de me focaliser sur le monde sorcier avec l'avis uniquement de sorciers, d'où des scènes assez décentrées du fil principal. J'espère juste qu'ils te sortiront de cette léthargie dans laquelle ils te laissent en voyant leurs noms apparaître sur l'écran au fur et à mesure que l'histoire avancera !
Oo : Merci pour tout !
Caro : Dis-toi que ta review m'a boosté pour rédiger un petit (très court) passage qui viendra dans plusieurs chapitres, mais bon, voilà, je tenais à le dire. Merci.
Carotteinnocente : Wow, thank u so much.
Piste de lecture : 01. Wolf & I – Oh Land. 02. Over you – Beth Hart. 03. Born to Die – Lana del Rey. 04. A Swan is Born – Clint Mansell. 05. Ruska – Apocalyptica.
GASLIGHT
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Chapitre 14 : « La magie est puissance » (1)
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« Les scandales, il était devenu ordinaire de les dissimuler. C'était un peu cette poussière que l'on cachait sous le tapis avant l'arrivée des invités… »
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La demeure des Diggory était entièrement ensevelie sous terre (2). On y entrait par une large porte ronde en bois. Tous les espaces étaient subdivisés grâce à de majestueuses arcades taillées. Draco n'avait jamais apprécié cette impression que l'on ressentait en étant sous le niveau zéro. Mais ici, tout avait été agencé et pensé pour qu'on n'ait nullement une telle sensation.
La maison était lumineuse, spacieuse et chaleureuse. On ne pouvait que se sentir bien. Près du feu, un énorme chat gris ronronnait, à moitié endormi. Il leva ses yeux verts en forme de fente vers eux et poussa un miaulement indifférent avant de balancer sa queue de droite à gauche.
La cuisine était au centre de tout et, au-dessus de la cheminée, il y avait une reproduction d'un célèbre portrait de Helga Poufsouffle. Draco retint avec peine un reniflement dédaigneux et suivit Mr Diggory dans une sorte de tunnel éclairé par des lampes à gaz. Ils devaient désormais être une dizaine de mètres sous terre.
Le propriétaire du Gaslight ne cessait de jeter des regards inquiets derrière lui. Sur les murs du corridor s'étalaient une multitude de photos de familles. Sur l'une, on voyait Mrs Diggory riant aux éclats avec le petit Cédric sur ses genoux. Sur une autre, il y avait Cédric filant sur un mini-balai, poursuivit par un garçonnet un peu plus âgé, le cheveu brun.
À sa droite, une photographie de Cédric et l'autre garçon où ils semblaient resplendir de bonheur. Ils étaient bras dessus, bras dessous, pointant du doigt le ciel resplendissant. Draco s'arrêta de marcher et s'approcha du cadre. L'autre garçon cessa de rire et le fixa de ses yeux gris orageux puis disparu du cadre. À ses côtés, Amos Diggory aussi avait cessé de marcher.
– C'était peu de temps avant la dernière Coupe de Quidditch. Hypérion et Cédric se faisaient une joie de s'y rendre. Mais Hypérion avait eu un empêchement de dernière minute : un examen très important pour ses études.
– Qu'est-ce qu'il étudie ?
– Il étudiait la médecine moldue. Mais depuis un peu moins d'une semaine, il n'a plus le droit de retourner dans son école ou de pratiquer en tant qu'interne. Le Ministère moldu nous a envoyé une circulaire nous indiquant que tout Cracmol est interdit dans les institutions et organisations gouvernementales. Ils ne veulent plus d'eux et les nomment les « infiltrés ». Évidemment, nous n'étions pas d'accord, alors nous avons décidé de nous opposer. Hypérion est retourné en cours, malgré tout. Mais étant donné qu'il est un Cracmol recensé, il a été facile de remonter jusqu'à nous et… enfin…
Amos Diggory se tut. L'histoire d'Hypérion était sans doute le plus grand secret de famille des Malfoy depuis des décennies… Draco n'en savait que les grandes lignes et ça lui avait suffi. Peut-être était-ce dû à sa lâcheté naturelle, sa désinvolture face aux complications et son respect profond pour son père ? Quoi qu'il en soit, ses parents n'avaient que très peu – et toujours malgré eux – parlé d'Hypérion.
Tout ce dont Draco était au courant, c'était qu'un an après le mariage de ses parents, ces derniers avaient donné naissance à un fils. Celui-ci ne ressemblait rien aux Malfoy : il avait tout pris du côté des Black, que cela soit sa chevelure noire ou ses traits. Seuls ses yeux gris témoignaient de sa double ascendance.
Hypérion avait suivi une éducation exemplaire et semblait s'y appliquer, sauf qu'aucun pouvoir magique ne s'était jamais manifesté en lui. Cela avait commencé à inquiéter ses parents et ils l'avaient même soumis à une batterie de test par un obscur mage tenu au secret par un Serment Inviolable. Le verdict tomba aux deux ans de l'enfant : il était Cracmol.
Narcissa était alors tombée dans une grave dépression, déshonorée d'avoir mis au monde un être de cette sorte. Elle avait si peur que son mari la répudie pour ce fait que Narcissa en fut angoissée. Lucius, lui, s'était renfermé sur lui-même, cherchant en toute hâte une solution pour se débarrasser du problème…
– Hypérion a été enlevé hier soir, à la fin des cours, pendant le massacre du Gaslight, reprit Amos Diggory. Ils nous l'ont ramené tout à l'heure, le déposant devant notre porte, dans le froid, comme ça…
Ses mots suintaient de rage. Nerveusement, Amos commença à tirer sur les boutons de sa robe de sorcier couleur ocre.
Une porte tout au fond s'ouvrit et une femme entre deux âges apparut. Draco la reconnut immédiatement comme la mère de Cédric, aperçu lors de la finale du Tournoi des Trois Sorciers. Elle portait un petit tablier brodé, contrastant avec sa majestueuse robe datant de l'époque baroque. D'un hochement de tête, elle salua Draco tout en restant en retrait.
– Vous êtes finalement venu, dit-elle. Je pensais que des sorciers de votre sorte n'avaient strictement rien à faire avec les Cracmols.
Elle avait raison et Draco le savait. Rien ne le poussait – hormis sa curiosité maladive – à venir ici. Après tout, Hypérion était un secret bien enterré. Pourquoi vouloir creuser là-dessous et essayer de comprendre ? Sur les murs, les divers Cédric et Hypérion des tableaux les observaient, dans l'expectative.
Lorsque Harry avait dit vouloir nommer Amos dans son bureau au Département de Reconstruction, Draco s'était de suite senti mal à l'aise. Il n'appréciait pas l'idée de le voir tous les jours, traînant derrière lui un si lourd fardeau.
Avec du recul, Draco avait compris que Amos n'en avait strictement rien à faire de sa nouvelle promotion (et c'est une des raisons pour lesquelles il avait pris autant de temps à donner sa décision finale), tout ce qui l'intéressait, c'était de se rapprocher de Draco pour lui parler de son frère inconnu. Et ça avait marché. Si ses parents apprenaient qu'il s'était rendu jusqu'à chez les Diggory, que diraient-ils ?
– Vous voulez boire ou manger quelque chose avant de rencontrer Hypérion ? demanda Mrs Diggory. Je ne fais pas ça par courtoisie mais simplement parce que… Nous avons besoin de vous.
– Enya ! gronda son époux. Il n'était pas obligé de savoir maintenant.
– Il l'aurait appris un jour ou l'autre.
– Apprendre quoi ?
Le couple fut tout à coup silencieux.
– Allez le voir, Monsieur Malfoy, reprit Enya Diggory. Ensuite, nous parlerons. C'est la porte juste en face.
Draco ne se le fit pas dire deux fois et les dépassa. Il toqua légèrement et entra. C'était une pièce circulaire – comme toutes les autres – et harmonieuse. Sur les murs, il y avait un melting-pot d'objets sorciers et moldus. Draco regarda le plafond où deux hamacs avaient été suspendus. L'un était vide, l'autre était rempli de balles en tout genre. Il devait sans doute être celui qu'occupait Cédric avant sa mort.
Un bureau croulait de classeurs avec des schémas du corps humain. Un squelette portait un chapeau sorcier dans un coin, et dans l'autre, une reproduction du système solaire embellissait la pièce. Les sphères lumineuses tournaient les unes autour des autres. Irrésistiblement attiré, Draco essaya d'attraper une étoile au creux de son poing mais elle s'évapora aussitôt.
– Salut, prononça une voix faible. J'imagine que tu es…
Draco fit volte-face. Allongé sur un lit flanqué contre une fenêtre, se trouvait un homme semblable aux photos, quelques années en plus. Il avait les yeux de son père. Il avait ses yeux.
– Oui, c'est moi, répondit-il. Tu… Tu dois être Hypérion.
L'autre acquiesça et tira une chaise se trouvant près du lit. Draco s'avança sans le quitter du regard et finit par s'asseoir.
– C'est bizarre de te voir, là, alors que je t'ai toujours vu dans les journaux, reprit Hypérion.
– J'espère que je suis tout de même mieux en vrai, prononça le jeune sorcier afin de briser la glace. Alors, comme ça, tu as vécu ici presque toute ta vie ? Ça n'a pas été trop dur d'être coincé avec des Poufsouffle ?
Ce qui pouvait être interprété pour une plaisanterie par ses amis proches, fut très mal interprété par Hypérion car il eut un regard noir.
– Ce sont des gens biens. Ils m'ont recueilli alors que je n'étais que tout gamin. Ils auraient pu me laisser grandir dans un orphelinat moldu, comme ce qui était prévu. Mais les Diggory ont décidé de m'adopter et je leur en serai toujours infiniment reconnaissant. Grâce à eux, j'ai eu le droit à une famille. Ils m'ont élevé comme leur fils, tu sais. Ils n'ont jamais fait de différence entre Cédric et moi. Jamais.
– Je sais à quel point la famille peut être importante. Je le sais même très bien… Et… Je vais être honnête avec toi : Je ne te considère pas comme mon frère. Nous… Nous n'avons rien en commun si ce n'est les gènes. Et si je suis là, aujourd'hui, je ne le sais pas moi-même. Je dois encore vouloir me prouver quelque chose. J'en sais rien.
Hypérion mordit dans une Chocogrenouille, fixant ses genoux. Il avait des bandages aux bras.
– Il t'est arrivé quoi ?
– Hier soir, je suis rentré très tard des cours. C'était une dissection.
Draco se garda bien de demander ce qu'était une « dissection ».
– J'ai pris le chemin habituel pour rentrer à la maison. Une fois sur la petite route bordant Loutry Ste Chaspoule, une voiture de police moldue m'a arrêté sur le bas-côté. On a demandé les papiers du véhicule, simple contrôle de routine, puis on m'a demandé de sortir de la voiture et là… On m'a frappé à la tête puis le trou noir. Je me suis réveillé tout à l'heure dans ma chambre.
– Et qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?
– Ils… Ils m'ont transféré des pouvoirs.
Interdit, Draco conserva le silence.
– Comment ça « transféré » ?
Hypérion leva le bras et le badge du Ministère de Draco vola droit dans sa main.
– Depuis ce matin, je suis capable de faire de la magie. Je l'ai découvert par hasard, en voulant me rendre dans la salle de bain. Mais ce n'est pas sans conséquence… Cette magie n'est pas la mienne, comme si on avait greffé celle de quelqu'un d'autre à la place. Alors, c'est douloureux.
– Greffé la magie de quelqu'un d'autre ? Qui ?
– Je suis certain qu'au fond de toi tu as bien une petite idée mais tu te refuses d'admettre que cela est possible.
Draco conserva le silence un moment avant de dire :
– Un Né-Moldu ?
– Exactement. Quelque part dans le monde doit se trouver quelqu'un qui s'est réveillé sans pouvoir et doit cruellement en souffrir et je ne sais pas comment ils s'y sont pris mais cette pratique barbare est tout à fait… répugnante et contre-nature.
– Ce n'est pas ce que tu voulais d'avoir des pouvoirs ?
– Non… Non, je n'en ai jamais voulu, et surtout pas de cette manière-là. J'ai appris à m'aimer comme je suis, Draco.
Ce dernier eut un rire narquois.
– Ne me dis pas que ça te dérange d'être celui que tu devais réellement être. Les moldus emploient sûrement des méthodes contestables, mais au moins, eux agissent. Ils ne se complaisent pas dans la fatalité et accusent Merlin. C'est bien une de leur qualité que je peux leur attribuer : Ils cherchent. Et quand ils cherchent, c'est uniquement pour trouver. Ce qui est arrivé à ce Sang-de-Bourbe…
– Né-Moldu, corrigea aussitôt Hypérion.
–… a dû être extrêmement douloureux que cela d'un point de vue physique que psychologique. Mais il n'a fait que de te voler tes pouvoirs à la naissance. Tu reprends ce qui t'est dû.
– Tu ne comprends pas. Ce n'est pas moi d'être un sorcier. Je ne l'ai jamais été et je ne pense pas que cela soit une bénédiction de pouvoir lancer des étincelles à la figure des autres. J'étais bien comme j'étais… ma vie ordinaire, je l'appréciais beaucoup. Et ton discours sur les gens dépourvus de magie prouve plusieurs choses : de un tu n'es qu'un connard prétentieux à la hauteur de ta réputation, de deux tu ne fais que rabâcher ce qu'on a bien pu te dire durant ton enfance, de trois, tu es tristement plus bête que je ne l'aurais pensé en ayant aucun recul ni sensibilité.
Draco s'apprêtait à répliquer quelque chose, mais se tut.
– Et donc cette magie te fait mal, résuma-t-il.
– Oui. Je n'en suis pas le maître et… elle se rebelle. Je n'ai jamais appris à canaliser la magie comme tous les enfants sorciers. J'ai mis le feu aux rideaux tout à l'heure.
Le propriétaire du Gaslight éclata de rire.
– Ca m'arrivait très souvent quand j'étais môme. Maman n'arrêtait pas de me hurler dessus en disant que ce n'était pas digne d'un aristocrate. La pyromanie, c'était un peu mon truc.
Ses yeux se perdirent dans le vague. Hypérion n'avait sans doute pas besoin de savoir qu'à présent, il avait une sainte horreur des flammes, et qu'il en était littéralement phobique.
– Maintenant que je t'ai en face de moi, je me dis que je ne regrette finalement pas d'avoir été adopté. J'ai eu de la chance dans mon malheur : j'ai pu échapper à de nombreuses souffrances, comme de se faire enrôler par Tu-Sais-Qui. Je n'aurais pas pu supporter de servir sa cause.
Hypérion passa nerveusement une main dans ses cheveux bruns et Draco dit :
– Tu lui ressembles énormément.
– À qui ? Notre père ?
– Non, à Sirius Black, le cousin de Maman.
– J'en ai entendu parler, formula Hypérion. J'ai lu la biographie de Harry Potter. Ils en parlaient comme d'un aristocrate incompris, en marge de sa famille et pris au cœur d'une manipulation d'un de ses amis. Je préfère largement lui ressembler plutôt qu'à cette folle de Bellatrix Lestranges.
– Ah, maintenant que tu le dis, c'est vrai que tu as son nez, fit sournoisement remarquer Draco.
Hypérion se mit à rire, creusant des fossettes sur ses joues.
– J'ai lu dans les journaux que tu allais faire de la prison à cause du massacre.
– Il leur faut bien un coupable, et à leurs yeux, c'est moi l'unique responsable de cette boucherie.
– Il y a quelque temps, dans la Gazette un gars qui s'appelait… Garetth, disait un truc du même genre.
Draco arqua un sourcil.
– Qu'ils avaient besoin d'un coupable, éluda Hypérion.
Celui-ci ouvrit le tiroir de sa table de chevet puis un petit classeur.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Oh, je… je collectionne les coupures de presse.
Draco prit le classeur de ses mains : toutes les pages concernaient de près ou de loin la famille Malfoy. Cela lui fit mal de réaliser que son… "frère"… avait passé toute son existence à se raccrocher à ses maigres liens. En arrivant aux dernières pages, Draco relut un extrait d'article de la Gazette suivant de peu sa nomination au poste de Directeur du Département de Reconstruction :
« Je pense que s'ils ont nommé Malfoy c'est uniquement parce que Harry est là. Ils espèrent sûrement que sa formation d'Auror lui permettra de mieux le surveiller et de le coincer au moindre agissement suspect (...) Faut pas oublier ce qu'il se passe en coulisse. Tout le monde veut le voir derrière les barreaux. Y'a pas hier que (le nom a été protégé d'un enchantement, pour cela, nous l'appellerons Mr X) Mr X m'a dit qu'il était sûr et certain d'avoir aperçu Mr Malfoy dans l'Allée des Embrumes. Qu'est-ce qu'il y faisait ? Avec qui était-il ? Pourquoi là-bas ? On l'ignore. Des soupçons pèsent juste sur sa personne. (…) Oui, c'est de la stratégie avant tout. On lui donne un petit bout de gras pour ne plus l'entendre et mieux l'encadrer. Après, je ne dis pas qu'il peut faire du bon travail… J'attends juste de voir comment il va s'en sortir. Mais si j'étais lui, je me retournerai deux fois avant de m'engager dans une ruelle sombre… (voire la suite page 7 colonne 4) ».
Hypérion avait raison. Cet attentat arrangeait clairement les plans du Ministère de la Magie. Ils lui faisaient porter le chapeau en tout état de cause, sans aucune gêne. Peut-être même qu'ils le surveillaient depuis des semaines sans avoir pu mettre la main sur quoi que ce soit. Alors la démission de Harry et son hypothétique arrestation leurs permettent de reprendre les reines d'un secteur clef sans passer pour des anti-démocrates…
Ce qui était rassurant dans tout ce barda, c'est que s'ils avaient un véritable motif d'arrestation, Draco serait depuis longtemps derrière les barreaux. Après tout, n'était-il pas le créateur de la drogue Foudre qui était la cause de bien des excès de criminalité ? N'avait-il pas blanchi l'argent de Gringotts pour alimenter les fonds du Gaslight ? N'avait-il pas détourné des fonds du Département de Reconstruction débloqués pour les victimes pour mettre au point de nouvelles inventions et se payer une luxueuse villa sous les tropiques ? Et, comble, n'avait-il pas été là le soir où Harry Potter – sauveur du monde sorcier – avait perdu son âme ?
Si un jour le Ministère apprenait tout ça, ils lui feraient aussitôt subir le baiser du Détraqueur. Mais – et c'est là que son plan devenait diaboliquement génial – ce sera bientôt impossible. Pansy venait d'être nommée directrice du Département de la Justice à la grande surprise générale. Dès qu'elle sortira de Sainte-Mangouste à cause de sa blessure au bras, elle occupera le poste de Feu Mr Upkring et sa première loi sera contre l'utilisation du Baiser du Détraqueur.
En plus de ça, tout était prévu pour qu'il n'atterrisse jamais en prison. Théodore avait expliqué comment déjouer les gardes du Ministère une fois en route pour Azkaban et Blaise lui avait envoyé une lettre pour lui expliquer quitter Londres d'ici les prochaines heures avec ses prostitués. Il se mettait à l'abri dans une de ses nombreuses demeures entourées de puissants sortilèges. Et puis, il y avait pire comme châtiment que de passer plusieurs semaines enfermé dans un harem…
– Je peux te poser une question, reprit Hypérion.
– Dis toujours.
– Pourquoi est-ce que tu as invité cette délégation moldue chez toi alors que la situation entre les deux mondes est plus que tendue ?
– Pour être franc, je n'étais pas très partant, au début. Cette idée me semblait grotesque, mais finalement, en y réfléchissant bien, cela semblait être une bonne chose pour asseoir mon autorité au sein du Ministère. J'en avais besoin pour faire passer des projets de loi sur la taxe d'habitation et les emprunts à taux zéro.
– Cette idée te semblait grotesque ? Tu… Tu veux dire que ce n'est pas la tienne ?
– Pas vraiment. C'est un ami qui me l'a soufflé. Et elle aurait pu être franchement excellente si ça n'avait pas dégénéré. Tu imagines, moi, Draco Malfoy, une fois de plus à la première page de la Gazette pour avoir rapproché sorciers et moldus ? J'aurais été un petit roi.
– Mais ce n'est pas comme ça que ça c'est passé.
Draco soupira.
– Il faut toujours prendre des risques en politique.
– Tu… Tu n'as aucun remord pour tous ces gens qui sont morts ce soir-là ?
– Non, aucun, c'était une vraie bande de crétins profiteurs. Ils auraient fini par mourir d'une overdose de petits fours ou un coma éthylique, sois en sûr.
Le propriétaire eut un petit rire sinistre.
– Dans tous les cas, reprit-il, ce qu'il s'est passé ne profite qu'aux Moldus. Et ça ne va pas être sans représailles.
– Tu veux les affronter ?
– Oh que oui ! Ils ont salopé ma réputation, il serait temps que je fasse de même avec celle de O'Fustfill.
– Fais attention, ils ont une technologie qui te dépasse. Surtout que les Sang Purs pensent toujours être si… supérieurs, fit remarquer Hypérion. En vivant avec les Moldus, j'ai appris des tas de choses utiles. S'ils ont eu le temps de créer des balles incurables et des machines à transfert de pouvoirs, qu'est-ce qu'ils ont d'autres ?
– Les Diggory m'ont fait comprendre qu'ils avaient besoin de moi pour quelque chose. Qu'est-ce que c'est ?
Hypérion planta son regard dans le sien avant de dire :
– Ils pensent qu'un peu de ton sang pourrait me sauver. Mais je leur ai répondu qu'aucun Sang-Pur, aussi proche soit-il, ne donnerait son sang pour un Cracmol.
Draco referma la porte de l'appartement londonien derrière lui. Depuis que le Ministère avait décrété que le Manoir Malfoy était une scène de crime, le jeune sorcier ne pouvait plus y retourner. Queen lui avait généreusement ouvert sa porte, le temps qu'il faudra.
En fait, le soir de l'attentat, les deux hommes s'étaient considérablement rapprochés, se rappelant alors l'horreur connue dans le camp de concentration. Draco enleva sa lourde cape émeraude et la suspendit au portemanteau. Queen était assis derrière son bureau, lisant un dossier d'un de ses clients. Le jeune avocat leva ses yeux noisette vers lui et dit :
– Alors, il est comment ?
– Hypérion ? Eh bien… Il ressemble à un de mes oncles qui a mal tourné. Pourquoi ?
– Comme ça, je m'en fous en réalité. Je voulais juste faire la conversation.
Draco s'approcha et l'embrassa langoureusement. Queen finit par se détacher, un sourire aux lèvres :
– Tu as fini ta journée de travail ?
– Non, mais Lipi Zuales s'occupe du département à ma place. De toute manière, que j'y aille ou non, je finirai probablement en taule d'ici une semaine ou deux.
– Raconte pas de connerie, Draco, je suis ton avocat. Rien ne peut t'arriver.
– On ne trouvera pas ça étrange que le grand Gabriel Queen défende un fils de Mangemort ? Tu risques de perdre la plupart de tes clients et ta crédibilité au sein de ta profession… ou dois-je simplement en déduire que tu tiens suffisamment à moi pour prendre tous ces risques ?
Draco commença à défaire un à un les boutons de sa chemise. En toute réponse, Queen captura ses lèvres, déposant une main derrière sa nuque afin d'approfondir le baiser.
– Disons que je t'apprécie mais je préférerais prendre une couverture, si tu vois ce que je veux dire.
– Une couverture ?
Le propriétaire du Gaslight sourit franchement et tira Queen jusqu'à la chambre où ils tombèrent sur le lit, l'un près de l'autre. La chemise tomba au sol et les mains impatientes de Draco parcouraient son torse.
– J'ai trouvé l'identité parfaite pour faire mon plaidoyer, celle d'un brillant avocat à la retraite complètement fêlé avec qui j'avais fait un colloque. Je lui ai piqué quelques cheveux et… oops, dans du Polynectar.
Draco se mit à rire nerveusement. Queen était décidément trop tordu pour lui. C'est peut-être ce qu'il appréciait le plus chez lui. Il détailla son visage, se souvenant alors du premier jour où il l'avait vu. Il pleuvait à verse sur la falaise escarpée où se trouvait le camp de concentration. Déjà une dizaine de Sang-de-Bourbe étaient morts, alors qu'il venait à peine d'entamer sa première semaine de surveillance.
Le froid et la faim les gagnaient. Un groupe de geôliers s'était amusé à les regarder s'entre-tuer pour un petit peu de nourriture. Mais une grande majorité des prisonniers se laissaient crever. Queen faisait partie des battants, de ceux qui n'acceptaient pas leur sort et cherchaient par tous les moyens de s'en sortir. Pour le punir, on lui avait fait subir de nombreux sévices, dont un viol collectif qui avait failli mal tourner.
Si on s'en était pris à lui, en réalité, c'est parce que les Mangemorts haïssaient par-dessus tout les Moldus, Cracmols, Sang-de-Bourbe, Traître à leur Sang mais aussi les homosexuels. Et la désinvolture et la fierté de Queen d'être simplement ce qu'il est les avaient fait rager. Draco n'avait pas eu « l'immense privilège » d'assister ou de participer à ce viol.
À l'époque, il n'était qu'un Mangemort fraîchement initié dont l'autorité du père n'était plus que lambeaux. Très tard, en plein milieu de la nuit, on lui avait quasiment balancé le corps souillé de Queen devant sa tente avec pour seul ordre de le soigner. Les Mangemorts n'appréciaient pas les morts rapides. Il fallait, disaient-ils, que les Sang-de-Bourbe soient pleinement conscients de ce qui leur arrivait.
– À quoi tu penses ? murmura Queen en le dévisageant.
– À nous, notre histoire… à la manière dont tu m'as superbement repoussé dès la libération des prisonniers du camp.
– Tu sais bien qu'à l'époque je n'étais pas prêt pour tout ça et j'avais mon propre combat à mener.
– Et maintenant ?
– Maintenant j'ai envie de passer à autre chose, de ne plus regarder en arrière.
– C'est pour cette raison que tu as accepté le poste que te tendait Harry ? Pour mieux être dans les parages et me surveiller ?
Queen éclata de rire.
– J'étais vert de jalousie.
– De qui ?
– Potter. Vous sembliez tellement proches tous les deux. Alors je me suis dit que… l'aider me rapprocherait de toi et comme ça, puisqu'il me faisait confiance, je pourrais mieux te dire ce qu'il préparait.
– Et je dois dire que tu m'as été d'une utilité sans limite, grogna Draco en mordillant son cou.
– Tu sais, parfois, quand je repense à tout ça, je me dis que jamais on nous laissera en paix… En plus de ça, je ne comprends pas pourquoi tu t'autorises à flirter et coucher avec moi que je ne suis qu'un Né-Moldu. Je veux dire… ça va à l'encontre de tes principes.
Draco roula sur le côté, sur le corps étendu de Queen et dit :
- Je ne suis même plus sûr d'avoir des principes.
Queen venait de s'endormir après une longue conversation à propos de la façon dont ils voyaient l'avenir. Un bras derrière la tête, son amant ne parvenait pas à trouver sommeil. Draco eut beau changer de position, il n'en trouva pas une seule de confortable.
Dans sa tête, il y avait en boucle des images de Hypérion, des cadavres jonchant le sol du Gaslight et de Potter qui passait la porte de son bureau afin de lui annoncer sa démission. Tout se bousculait dans sa tête à une vitesse folle. Le jeune aristocrate se redressa et enfila un pantalon. Il se dirigea vers le bureau et sortit papier et plume. Il s'installa sur la chaise et écrivit :
Chers amis,
Je tenais à m'assurer que vous alliez tous bien.
Je m'excuse platement des débordements survenus lors de notre dernière soirée.
Bientôt, la tour sera frappée par la foudre et nous pourrons, enfin, prendre notre revanche sur les événements passés. Tenez-vous prêts.
N'oubliez jamais que la magie est puissance.
Votre allié,
Gatsby
Draco avait pris l'habitude de signer ses lettres par « Gatsby ». Si son courrier était intercepté, ce nom moldu n'évoquerait rien à l'intrus. Le propriétaire du Gaslight prit sa baguette magique et créa des duplicatas de sa lettre. Il les donna toutes à un hibou qui se chargerait de les amener à Pansy, Théodore et Blaise. Lorsque le strigidé s'envola, il referma la fenêtre.
Sur le bureau de Queen sommeillait un exemplaire de L'Histoire de la Magie par Bathilda Tourdesac. Draco se souvint que l'étudier fut passablement ennuyant, ou peut-être était-ce seulement dû à la voix monocorde du professeur Binns ? Quoi qu'il en soit, Draco commença à le feuilleter et tomba sur quelques pages concernant les Cracmols. Il lut :
ALLER PLUS LOIN
I. Pourquoi certains naissent-ils de parents moldus et pourquoi certains enfants
de sorciers naissent-ils sans aucun pouvoir magique ?
La magie soulève bien des mystères, que ce soit au sein du folklore moldu ou au sein même de notre communauté. On se demande « Quand ? », « Où ? », « Pourquoi ? » et « Comment ? ». Si certaines de nos interrogations ont trouvé des réponses au fil du temps, d'autres demeurent. Parmi ces choses qui nous échappent, la plus grande et la plus mystérieuse reste, sans le moindre doute, l'attribution ou non de facultés magiques à la naissance.
Ainsi, pourquoi certains enfants issus de familles moldues se découvrent-ils des aptitudes à la magie ? Parallèlement, comment des enfants de sorciers s'en retrouvent-ils totalement dépourvus ? Longtemps, il a été colporté que les premiers avaient, d'une quelconque façon, dérobés les pouvoirs des seconds. Cependant, aujourd'hui, l'absurdité de ces dires ne fait plus aucun doute et il apparaît nécessaire de chercher plus loin.
Théodule Pancrase s'interrogea sur la question tout au long du XIXe siècle, se basant sur l'exemple concret de sa propre fille, Annabelle, née sans la moindre trace de magie en elle. Il dira à propos d'elle dans sa biographie : « Elle était tellement jolie, tellement souriante. Elle ressemblait à un ange. C'est du moins l'image que je souhaite garder d'elle, celle-ci et non celle de la fillette triste et renfermée sur elle-même qu'elle est devenue quand elle a compris qu'elle ne pourrait jamais faire de magie, qu'elle ne serait jamais comme les autres petites sorcières de son âge. À cet instant, deux possibilités s'offraient à moi : haïr de tout mon être les né-moldus ou chercher à comprendre. Personne n'ignore aujourd'hui quelle solution j'ai choisi ! »
Pour Théodule Pancrase commencent alors de longues années de recherches et de tentatives pour faire sortir de l'ombre ces fils et filles de sorciers, nés sans pouvoir magique, dit vulgairement « Cracmols » et qui restent, bien souvent, cachés aux yeux du monde. « J'ai mis des années à comprendre que je n'avais rien fait de mal, que je n'étais pas coupable.
Mes parents me cachaient, m'inventant des maladies contagieuses qui justifieraient le fait que je n'aille dans aucune école de Sorcellerie. J'ai mis du temps à assumer ce que je suis vraiment. Une fille de sorciers, sans le moindre pouvoir magique. Tout comme la baguette choisie son sorcier, la magie choisit l'habitacle qui sera amené à l'héberger. Ainsi, je ne pense pas ne pas avoir été digne de recevoir de la magie en moi, mais plutôt que mon destin était ailleurs », déclare Zora Anki, membre du comité des relations Sorciers/Moldus, dans son ouvrage « Vie de Cracmole ».
Un point primordial de la question est ici abordé. Si nous ne parvenons toujours pas à expliquer ce phénomène avec précisions, quelques vérités à ce propos se révèlent indéniables.
En effet, il est désormais prouvé que l'absence de pouvoir magique n'est en aucun cas une sorte de punition ou de rejet de la part de la magie en fonction d'actes passés. Tout comme il se révèle inexact que tous les sorciers né-moldus seraient amenés à avoir un destin exceptionnel.
La multiplicité des cas, au fil des années, dans l'une ou l'autre des catégories, nous a prouvé qu'il s'agissait d'autre chose. D'une attribution qui se rapprocherait en fait plus d'un fait du hasard, ou plus vraisemblablement d'un libre arbitre venu d'une sorte d'entité à part entière.
Les recherches effectuées nous poussent à nous interroger sur l'existence de la magie non plus
en tant que fait ou mode de vie, mais plutôt comme une personne à part entière qui serait
capable de « prendre ses propres décisions ».
Aujourd'hui, le désir de Théodule Pancrase d'en savoir plus est perpétué à travers des équipes de chercheurs qui continuent à s'intéresser au projet du sorcier, sans pourtant apporter de résultats concrets laissant donc ce mystère sans réponse. Les dernières découvertes portent, ce n'est un secret pour personne, sur la qualité du sang. Comme dit précédemment, les sorciers enfants de moldus ne sont pas moins capables que les sorciers issus de vieilles familles de sorciers. De même, l'absence de magie chez les personnes dites « cracmoles » ne remet absolument pas en question une quelconque croyance en la magie. (°)
Pensivement, Draco referma le livre et retourna se coucher.
Un cortège avançait, baguette à la main, une rose bleue accrochée à la boutonnière. Au-dessus d'eux un cercueil en acajou volait lentement. Couvert par un puissant sortilège de Désillusion, le groupe progressait dans une des rues sinueuses de Godric's Hollow. Ce lieu, c'était l'idée de Luna. Au départ, Harry avait pensé qu'il serait préférable d'enterrer Hermione dans sa ville natale. Ron, lui, maintenait que Poudlard avait toujours été sa maison.
D'une voix douce, Luna leur avait prouvé que Godric's Hollow serait un endroit parfait. À la base, il s'agit d'un village moldu puis progressivement les sorciers sont venus s'y installer. C'était un lieu mixte, plein de magie, d'histoire et de tolérance. Ginny marchait auprès de Dean qui avait sa main posée sur son épaule.
Ron et Harry marchaient en tête de cortège. Harry ne sut si son meilleur ami pleurait ou si c'était à cause du froid. Percy avait été enterré en début de matinée. Ils cumulaient les enterrements : c'était mauvais signe. À partir de là, Harry s'était juré que plus personne ne mourrait à cause de la magie. Elle avait déjà causé tellement de dégâts… Ils entrèrent dans le petit cimetière, passant devant les tombes des Dumbledore, Peverell et Potter.
Hermione avait une place près d'une vigne, le bois de sa baguette. Bill fit glisser la pierre tombale grâce à un sortilège et, lentement, le cercueil de Hermione alla se poser sous terre. La sépulture se referma et le groupe se serra tout autour. Molly Weasley était pétrifiée, ne réalisant pas encore les derniers événements. Ron commença à pleurer pour de bon et Neville le soutint, les yeux également humides. Minerva McGonagall, Mrs Pomfresh, le professeur Flitwick et d'autres enseignants avaient fait le déplacement jusqu'ici. Aucun ne soufflait mot, se laissant bercer par cette lancinante douleur.
Harry sortit sa baguette et créa un feu bleu qu'il plaça dans un bocal. Le feu avait été ensorcelé pour qu'il continue de brûler tant qu'on ait souvenir d'Hermione. Il était invisible aux yeux des Moldus, bien sûr, mais il n'en demeurait pas moins magnifique. C'était une de ses spécialités autrefois.
Hagrid se mouchait régulièrement dans son large mouchoir à pois, les yeux bouffis. Il tremblait tellement qu'on se demandait s'il allait s'évanouir d'un instant à l'autre. George se cramponnait littéralement à Charlie, comme ayant le mal de mer. Les enterrements successifs lui rappelaient sans doute la perte de Fred. Pourtant, il avait insisté pour venir. Tout le monde attendait que Ron reprenne son calme pour prononcer son épitaphe. Harry lui murmura quelques mots l'oreille.
D'une main hésitante, Ron sortit le petit bout de parchemin qu'il avait préparé pour l'occasion et le mouilla de larmes. Luna passa une main sur sa joue et lui murmura « Courage ». Tremblant, Ron se mit face à la petite assemblée et aperçut Kingsley, au fond du cimetière, qui commençait tout juste à s'avancer.
Il avait certainement laissé ses gardes du corps à l'entrée. Ginny et Dean se retournèrent, sentant les feuilles mortes crisser sous ses pas. Kinglsey était visé par la balle qu'avait reçue Hermione. C'est lui qui aurait dû tomber. Pas elle. Mais le sort en voulut autrement. Ron n'en avait jamais voulu à Kingsley de s'en être sorti vivant. Comment l'aurait-il pu ? Ce n'était pas sa faute, seulement celle des moldus complètement timbrés. Kingsley, par pudeur peut-être, resta toutefois en retrait et attendit que Ron débute son discours.
– Au risque d'en décevoir certains, je vais être plutôt bref. Je… Je n'ai jamais été un professionnel des mots. C'était Hermione, l'intellectuelle, celle qui savait nous galvaniser avec un petit discours ou nous apaiser en trouvant la phrase juste. La première année que nous avons passée à Poudlard a été… extraordinaire et… imprévisible. Derrière ses airs de Miss-Je-Sais-Tout se cachait une force de la nature, un désir sans limites d'acquérir un savoir, mais surtout – et je pense qu'on a tendance à l'ignorer – un profond malaise sur la place qu'elle avait dans la société. Le fait que Hermione venait d'une famille moldue ne l'avait jamais dérangé, jusqu'au jour où les autres enfants lui ont prouvé sa différence. C'est alors que les désillusions sur ce monde si idyllique et magique ont commencé. J'imagine que si elle tenait tant à être la meilleure dans toutes les disciplines, c'était pour rattraper son retard et prouver sa valeur. Et je regrette de lui avoir jamais dit que sa valeur, elle l'avait déjà prouvé à maintes reprises. Pas par son savoir, mais ses actions. Sans elle, nous n'aurions jamais pu affronter un dixième des épreuves qui se dressaient contre nous. Elle m'a aidé… à voir la vie d'un angle différent, d'être plus réfléchi et ouvert. Je ne la remercierais jamais assez. Je sais qu'elle manquera à chacun d'entre nous. Dans les moments difficiles, je penserais à tout ce qu'elle a pu nous transmettre… Je ne l'oublierais jamais… jamais. Hermione est une partie de moi. Je l'ai toujours su, sauf que je n'aurais jamais cru qu'un tel prodigue lirait sa vie à la mienne. Hermione disait que la peur d'un nom ne fait qu'accroître la peur de la chose elle-même. Alors ne craignons pas de dire qu'elle est morte.
